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Epilogue

Les embruns fouettaient le visage de Seren et c’est avec bonheur qu’elle sentit l’humidité et le vent qui jouait dans ses cheveux. Cela faisait trois jours qu’ils étaient partis, et elle ne s’était jamais sentie aussi bien, aussi libre de toute sa vie !

Elle n’était encore jamais montée sur un bateau et fort heureusement, elle découvrit qu’elle n’était pas sujette au mal de mer, même si le fleuve était très calme. Elle adorait rester sur le pont, voir le paysage défiler devant ses yeux. Cela faisait plus de dix ans qu’elle n’avait pas quitté cette ville et elle redécouvrait avec joie la sensation de voyager. La nuit était belle et le ciel, dégagé, laissait voir les milliards d’étoiles qui constellaient le ciel. Malgré ce bonheur retrouvé, elle passait des nuits assez angoissante, revivant les scènes terrifiantes qui s’était déroulées dans le mois. Et puis, elle avait peur qu’en se réveillant, elle constate que tout cela n’avait été qu’un rêve. Elle avait ensuite du mal à se rendormir. Alors elle montait ici, pour ne pas réveiller Rain et parfois admirait le lever du soleil sur chaque nouveau paysage.

Elle avait finalement décidé de confier sa soeur au Cercle de Férelden. D’une part, parce qu’elle avait effectivement constaté que sa soeur avait constamment besoin qu’on lui trouve une occupation et elle ne pourrait malheureusement pas s’occuper d’elle tout le temps. Il allait lui falloir trouver un travail. Certes, la bourse donnée par Magnus est assez pleine pour qu’ils n’aient pas à se préoccuper de l’argent pendant quelques temps. Mais elle avait envie de mener une vie normale, d’occuper utilement et agréablement ses journées.

D’autre part, elle faisait entièrement confiance au jugement de Rain. S’il pensait qu’Elora pourrait trouver un semblant de bonheur là-bas, alors elle l’y emmènerait.

Mais d’abord, ils feraient halte au Névarra, trouveraient un endroit où s’installer. Une jolie petite maison peut-être. Et ensuite seulement, elle ferait le voyage avec sa sœur.

Elle soupira de bonheur car pour la première fois depuis une éternité, elle sentait complètement détendue. De sorte qu’elle n’entendit même pas des pas approcher et elle sursauta légèrement quand elle sentit deux bras puissants l’étreindre et un visage barbu se frotter contre sa joue.

– Il est beaucoup trop tôt pour se lever.

Seren sourit et posa les mains sur les bras de Rain.

– Désolée de t’avoir réveillé. Je n’arrivais plus à dormir alors je suis montée.

– Humm, comme d’habitude. Mais cette fois, j’aimerais te montrer une méthode infaillible pour s’endormir.

– Oh vraiment ? Tu me sembles bien sûr de toi !

– Tout à fait. Suis-moi et je vais te le prouver.

Avec un rire, Seren se laissa guider vers leur cabine.

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Chapitre 21 – Dernière épreuve

Seren était nerveuse. Très nerveuse. Magnus avait insisté pour attendre la tombée de la nuit pour agir. Lorsque Rain avait parlé du bateau qui les attendait pour la fin d’après-midi, il avait simplement agité la main comme s’il voulait se débarrasser de ses trivialités comme de moustiques gênants. Il avait fait jouer ses relations et sa bourse qui semblait sans fond, leur assurant que le capitaine attendrait autant qu’il le faudra. Pour autant, cela ne rassura pas la jeune femme. Si jamais le capitaine décidait de s’en aller, ils n’avaient plus de porte de sortie.

Elle était assise sur le lit dans lequel ils avaient dormi la nuit passée et ne cessait de se repasser la conversation avec Magnus dans la tête. Elle avait la nette impression de s’être faite totalement embobiner par les belles paroles et le charme de Darius, allant jusqu’à admirer, respecter et peut-être un peu, aimer, l’assassin de sa famille. Que diraient-ils s’ils savaient ce qu’elle avait fait ? Ce qu’elle était devenue ? Seren sourit, se rappelant de leur bienveillance et de leur gentillesse. Ils lui auraient certainement caressé les cheveux en la rassurant que tout le monde faisait des erreurs. D’ailleurs, elle était presque persuadée qu’ils n’approuveraient pas ce qu’elle s’apprêtait à faire. Mais elle le devait, pour elle, pour sa sœur. Elle était tellement plongée dans ses pensées qu’elle n’entendit même pas Rain entrer dans la chambre et approcher d’elle, lui posant une main rassurante sur l’épaule. La jeune femme sursauta violement, preuve de son trouble émotionnel. Rain s’assit à ses côtés et lui passa le bras autour des épaules, l’attirant tout contre lui.

– Pardon Seren, je ne voulais pas te faire peur.

La jeune elfe se colla à lui alors que ses mains agrippèrent sa tunique.

– Je sais, ne t’en fais pas. Je suis un peu… bon, très nerveuse.

– J’ai vu cela. Rien ne nous oblige à y aller, si tu as changé d’avis.

Seren secoua la tête contre le torse du jeune homme.

– Je dois y aller. Au moins pour ma sœur.

– Tu fais réellement confiance à ce Magnus ?

– Non, pas vraiment. Mais je crois qu’il pense vraiment avoir besoin de moi. Et je compte bien en profiter pour lui soutirer ce que je peux en compensation de toutes ses années perdues.

Seren sentit la joue de l’humain se poser contre le haut de sa tête et entendit presque son sourire lorsqu’il déclara :

– D’ailleurs, je ne te savais pas si bonne négociatrice.

Seren rit doucement et se redressa :

– Figure-toi que je l’ignorais aussi. J’ai peut-être utilisé mes pouvoirs de Berserker sans m’en rendre compte. Cela expliquerait qu’il ait cédé si facilement.

– Ou alors comme tu le suspectes, il a réellement besoin de toi. Après tout, son plan tient la route, même s’il est très tordu.

Rain prit la main de Seren et la serra dans la sienne.

– Je serai là pour couvrir tes arrières, mais j’ai besoin d’entendre que tu resteras prudente.

Seren releva la tête et lui sourit.

– Ne t’inquiète pas. Une nouvelle vie est à ma portée et je ne compte pas tout gâcher. Je veux juste que tu saches que… te rencontrer a été la plus belle chose qui puisse m’arriver.

Le jeune homme la serra contre lui et l’embrassa.

– Même si cela ressemble un peu trop à des adieux à mon goût, je ressens la même chose pour toi, Seren.

La jeune elfe allait lui répondre quand elle fut interrompue par la voix de Magnus, qui se faisait pressante dans les escaliers.

– Il serait temps d’y aller !

Les deux amants échangèrent un dernier regard avant de sortir de la pièce.

Cachés dans un coin d’ombre, tout près de la porte de service de la grande demeure de Darius, Seren jouait avec ses saïs. Doucement, Rain posa une main sur son poignet pour l’obliger à stopper. Il ressentait physiquement la nervosité de la jeune femme, et du pouce il lui massa gentiment. La jeune elfe tourna la tête vers lui et lui sourit, reconnaissante. Comme par magie, elle ressentit immédiatement un calme nouveau l’envahir. Elle n’était pas seule dans une arène cette fois-ci, elle pouvait compter sur les compétences et la présence de Rain. Elle rangea donc ses saïs et se laissa aller contre le corps de l’humain.

Comme Magnus l’avait deviné, avoir à son côté une alliée qui connaissait parfaitement les lieux était un sérieux avantage. Seren savait que les gardes qui étaient de surveillance le soir, avaient tendance à s’attarder en cuisine pour profiter des bons petits plats de Marva. Ils attendraient simplement le changement de tour de garde et une fois entrés, ils n’auraient plus qu’une heure pour maîtriser Darius avant l’intervention de Magnus.

Aussitôt que les quelques gardes de jour sortirent de la maison, ils patientèrent encore quelques minutes et entrèrent enfin. Seren guida Rain à travers le dédale de petits couloirs, essentiellement utilisés par les domestiques. Au détour de l’un d’eux, ils tombèrent nez à nez avec une elfe. Heureusement, il s’agissait de Marva qui tenait dans sa main un poulet mort. Elle eut un léger mouvement de recul, surprise de voir apparaître les deux fugitifs devant elle.

– Dahlen ?

Seren leva les mains en signe d’apaisement.

– Tout va bien Marva, c’est bien moi.

– Mais enfin, es-tu folle ! Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu devrais déjà être loin, avec ton shem !

– Je sais Marva, mais on nous a fait une proposition que l’on ne pouvait pas refuser.

– Quelle proposition ?

– C’est un peu compliqué, mais disons que nous sommes là pour rendre la monnaie de sa pièce à Darius et reprendre en partie ce qu’il m’a volé.

Marva soupira bruyamment et prit les mains de la jeune femme dans les siennes.

– Seren, il n’est pas encore trop tard, fais demi-tour. Va refaire ta vie comme tu le souhaitais et oublie la vengeance. En plus, le Maître n’est pas seul ce soir.

Rain demanda aussitôt :

– Qui reçoit-il ?

– Dame Emilia est venue le calmer. Quand il a su que vous aviez réussi à vous enfuir tous les deux, il est devenu comme fou. Pendant un moment, on a même craint qu’il ne s’en prenne à nous. Mais Dame Emilia est aussitôt arrivée. Ils ont discuté un moment et depuis, le Maître est enfermé dans son bureau et ne veut pas être dérangé. Dame Emilia est sur le point de partir. Et tu ferais bien de faire de même !

Malgré sa forte envie d’aller mettre son poing dans la face d’Emilia, elle ne devait pas se laisser distraite de son but. Le temps était compté.

Seren embrassa la vieille elfe sur la joue.

– Merci encore pour tout, Marva. Retourne dans la cuisine et si tu le peux, retiens le plus possible les gardes. Surtout n’en sors pas avant un moment.

Marva grommela sur la bêtise de la jeunesse et s’éloigna. Seren et Rain reprirent leur progression dans la maison et ne croisèrent heureusement personne d’autres. La maison était calme et personne ne soupçonnait leur présence dans les lieux. Bientôt ils se retrouvèrent tout près de l’atrium. Une voix connue se fit alors entendre.

– Dépêche-toi donc, petite empotée ! Ahh, comme j’ai hâte de te vendre Elora, tu m’ennuies de plus en plus.

Malheureusement, il semblerait qu’Emilia se soit attardée. Tout le corps de Seren se crispa et Rain posa une main sur son épaule, comme s’il craignait à tout instant qu’elle ne s’élance vers la Magister. Le bruit de ses talons claqua sur le carrelage et se rapprocha dangereusement de leur position. Discrètement, il chuchota dans l’oreille de la jeune femme.

– Seren, elle n’en vaut pas la peine. Cachons-nous, d’accord ?

Mais l’elfe ne l’écoutait pas et lorsque Emilia apparut devant eux, suivie de près par Elora, elle serra fortement les poings. La Magister s’arrêta aussitôt et l’expression de son visage aurait presque pu paraître comique si l’atmosphère n’était pas aussi tendue. Elle siffla entre ses dents serrées :

– Vous ?! Comment osez-vous ! Gard…

Seren bougea tellement vite que Rain ne la vit même pas. Elle s’était arrêtée juste devant l’humaine, un saï contre sa gorge, l’autre contre son ventre. Le cri que la Magister allait pousser se bloqua dans sa gorge et ses yeux s’agrandirent de frayeur.

Aussitôt Rain se précipita vers les deux femmes, prêt à désamorcer une situation qui devenait franchement compliquée. Il posa une main sur le bras de Seren et d’une voix apaisante, il déclara :

– Seren et moi ne sommes pas venus pour vous, Emilia. Nous sommes simplement là pour discuter avec Darius.

La Magister fit une grimace et tourna ses yeux vers lui.

– Pff, à d’autres ! Vous me prenez vraiment pour une idiote ? Vous êtes revenus pour nous tuer tous.

– Non, ce n’est pas notre intention. Je vous en fais la promesse. N’est-ce pas, Seren ?

Plus doucement, il répéta :

– Seren ?

Comme si elle revenait subitement à elle, la jeune elfe cligna des yeux et éloigna les saïs de la peau de l’humaine. D’une voix encore tendue, elle confirma :

– Non, nous ne sommes pas là pour vous, Emilia.

L’humaine rit.

– Dit-elle en me menaçant de ses armes ridicules ! Vous êtes tellement pathétiques tous les deux et votre petite amourette. En admettant que vous puissiez vous en sortir sains et saufs, je ne vous donne pas deux mois avant que votre petite passion passagère ne s’éteigne.

Elle regarda Seren dans les yeux.

– Oh oui, Elfe ! Il te quittera, dès qu’il se sera lassé de toi et cela arrivera bien plus vite que tu ne le penses, petite traînée !

Alors que Seren crispa les doigts autour des lanières de cuir de ses armes, la voix de Rain claqua comme un coup de fouet.

– Taisez-vous ! Vous ne savez rien et vous ne méritez même pas la salive qu’on dépense pour vous parler. Seren, nous n’avons pas beaucoup de temps, nous devons y aller.

Les yeux toujours plantés dans ceux, cruels, de la Magister, Seren déclara :

– Vous devez être une femme bien triste et bien amère pour être toujours si seule. Je ne suis peut-être qu’une trainée d’elfe, mais je n’ai jamais été seule et si les Faiseurs le veulent bien, je ne le serai jamais. Finalement, ce qui vous fait le plus mal c’est que Rain m’aime alors qu’il vous a repoussé. Je vous souhaite bien du bonheur dans votre grande et riche maison vide. J’ai presque de la peine pour vous.

Lentement, elle rengaina ses saïs et la dépassa, la tête haute, adressant un petit sourire à Elora qui fixait droit devant elle, le visage toujours aussi inexpressif. Arrivé à la hauteur de Rain, celui-ci lui adressa un sourire plein de fierté et lui tendit la main.

Subitement, Emilia poussa un cri de colère pure et dans le même temps, elle sortit une petite dague, s’entaillant une veine du poignet. Une main ensanglantée fusa vers Seren et les doigts immatériels lui enserrèrent le cou et la soulevèrent de quelques centimètres du sol. Par réflexe, Seren essaya de se dégager, alors que le souffle lui manquait déjà. Rain envoya un puissant sort de glace pour paralyser la Magister, mais celle-ci avait bien entendu anticipé sa réaction et s’était entourée d’un puissant sort de protection. Il essaya alors de se débarrasser de la main meurtrière, sans plus de succès. Emilia était une Magister à la magie puissante. Rain se décida alors à passer à l’action, il empoigna sa lance et se précipita vers la femme. Il n’était plus question pour lui de ne pas lui faire de mal, Seren était en danger et cela seul le préoccupait. Il n’eut pas le temps d’atteindre la magister qu’elle invoqua une lame immatérielle pour le stopper. Il échangea quelques passes avec son adversaire invisible mais ses compétences de guerriers étaient bien plus puissantes et il en vint à bout aisément. Il avança de quelques millimètres, mais Emilia en invoqua une autre et encore une autre. La situation devenait critique. Seren était maintenant sans force et ses bras pendaient le long de son corps. Il y avait urgence ! Alors il fit quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis très longtemps. Il prit une profonde inspiration et puisa en lui une toute autre magie, au plutôt l’inverse de sa magie. Il savait que cela le condamnerait à de longues minutes sans plus pouvoir utiliser sa propre magie, mais il n’avait pas d’autre choix. Il fit le vide en lui et propagea ce vide, ce silence, autour de lui, l’étirant le plus loin possible vers Emilia. Aussitôt, la Main ensanglantée disparu et il entendit le corps de Seren s’effondrer au sol. Emilia tenta un autre sort mais, voyant qu’elle n’arrivait à rien, elle siffla :

– Que m’avez-vous fait ?

Toujours concentré sur son sort anti-magie, Rain retourna auprès de Seren, qui reprenait ses esprits lentement. Il l’aida à se redresser et inspecta son cou qui portait déjà des marques de meurtrissures.

– Tu vas bien ?

Légèrement livide et la voix très enrouée, elle tenta de lui répondre :

– Ça va, tout va bien. Et toi ? Tu n’as rien ?

Il lui caressa doucement la joue.

– Ne t’en fais pas pour moi.

Lui tournant le dos, il ne remarqua pas qu’Emilia se précipitait vers lui, le visage déformé par la rage, sa dague prête à le frapper dans le dos. Seren vit alors rouge. Elle poussa Rain sur le côté, para la dague de l’humaine avec l’une de ses armes et enfonça l’autre profondément, dans sa poitrine.

– Ne vous avisez pas de lui faire du mal, sorcière !

La stupéfaction et la douleur pouvait se lire sur le visage de la Magister. Elle essaya de faire appel à sa magie du sang mais Rain n’avait pas relâché son sort.

Emilia tenta de parler, mais seul un flot de sang s’écoula de sa bouche. Elle se recula alors sortant, du même coup, le saï de son corps. Elle pressa une main contre la blessure, tentant vainement d’endiguer le flot de sang et enfin réussit à articuler :

– Je…je vous maudis, tous les deux !

Ces derniers mots ne furent plus qu’un murmure. Rain aurait pu la sauver, mais il n’était certainement pas assez indulgent pour sauver la femme qui avait failli détruire leurs vies. Lorsqu’il se tourna vers Seren, il constata que ses pupilles étaient encore rouges de colère et qu’elle fixait avec intensité l’agonie de son ennemi.

– Seren ? Tout va bien.

– Non, elle allait te blesser, te faire du mal !

– Mais tu l’en as empêché.

Subitement, Seren sembla se rappeler de quelque chose. Elle murmura alors :

– Elora…

Et elle tourna la tête vers sa sœur qui avait assisté à toute la scène. Elle ne semblait pourtant pas perturbée et n’avait pas bougé d’un millimètre de sa position, contre le mur, ni pour essayer de s’enfuir, ni pour porter assistance à sa maîtresse qui venait de rendre son dernier souffle. Lorsque Seren s’approcha d’elle, elle ne cilla pas plus, se contentant de regarder sa sœur et de déclarer d’une voix plate :

– Tu as tué ma maîtresse. Où vais-je aller maintenant ?

Doucement, comme pour ne pas l’effrayer, Seren lui prit la main.

– Ne t’en fais pas, Elora. Maintenant que je t’ai retrouvé, je vais m’occuper de toi. Nous allons partir avec Rain, d’accord ?

– Je ne serais qu’un poids pour toi, ma sœur. Je vais rester là et attendre.

– Très bien, attends-moi là pour le moment, je reviendrai. Mais je t’en prie, attends-moi, Da’Nehn.

– D’accord.

Accompagnée de Rain, Seren reprit son chemin vers le bureau de Darius, chemin qu’elle avait pratiqué plus d’une fois durant ces dernières années. Mais aujourd’hui tout était différent et lorsqu’ils croisèrent la route de deux gardes en pleine ronde, ils ne purent se contenter de leur adresser un petit signe de la tête. Les deux hommes armés les reconnurent immédiatement et dégainèrent leurs épées. Malheureusement parmi les deux, se trouvait le garde muet avec qui elle faisait ses trajets jusque l’arène. Seren n’avait aucune envie de se battre contre lui, mais elle savait qu’il était incorruptible et qu’il était tout à fait prêt à mourir pour Darius. Rain se crispa à ses côtés. L’autre soldat ne perdit pas de temps et fonça vers lui en hurlant. Seren continua de fixer le soldat muet, elle ne s’inquiétait absolument pas pour son amant. Elle connaissait ses capacités et savaient qu’il s’en sortirait parfaitement.

Ce qui était évidemment le cas, Rain para le premier coup avec sa lance et jaugea rapidement le niveau de son adversaire. Il était bon, mais pas assez pour lui faire peur. Ils enchainèrent quelques passes et le soldat donna vraiment tout ce qu’il avait, essayant de toucher un point vital à chaque fois. Finalement Rain arriva à nouveau à retrouver sa magie et intérieurement il poussa un soupir de soulagement. Depuis qu’il était devenu mage il n’avait utilisé ses capacités de Templiers qu’une seule fois et avait perdu ses pouvoirs pendant une semaine. La semaine la plus longue de sa vie, où il avait craint de ne jamais retrouver sa magie.

Tout en évitant toujours les coups d’épée du soldat, il concentra son pouvoir et l’atmosphère de la pièce se refroidit subitement. Lorsque le bout de ses doigts le démangea il laissa enfin s’échapper la magie qui s’accumulait dans son corps. Il utilisa le même sort que celui qui l’avait faire reprendre le dessus sur Seren, quelques jours plus tôt. Les jambes de son adversaire se firent plus lourdes, glacées et bientôt il ne put plus les bouger. Le froid remonta doucement le long de son corps, emprisonnant son torse, ses bras, son cou et bientôt son corps en entier. Il n’était pas mort, Rain n’aurait pas permis qu’un innocent meurt encore pour Darius. C’était maintenant à lui de payer ses fautes et pas sa maisonnée.

Pendant ce temps, Seren avait dégainé ses armes et s’était inclinée devant son presque ami. Même sans s’être jamais parlé, ils avaient partagé beaucoup de choses. Le soldat s’inclina à son tour et se mit en position de combat. Seren savait qu’elle pouvait le tuer rapidement, mais elle ne le souhaitait pas, pas si cela n’était pas nécessaire. Elle savait qu’il se battrait jusqu’au bout, par honneur et il pensait certainement que Seren allait donner le meilleur d’elle-même et donc le tuer honorablement. Mais il oubliait qu’il avait, certes, en face de lui une guerrière mais avant tout une championne, qui avait plus l’habitude de la ruse et des coups bas. Elle avait donc dans l’idée de tenir jusqu’à se que Rain puisse le neutraliser en douceur.

Sans avertissement, le soldat enchaina une série de coup qui l’obligèrent à reculer de quelques pas. L’homme était plutôt doué et avait une grande expérience du combat, cela se sentait et se voyait à la façon qu’il avait de bouger autour d’elle et d’essayer de chercher une faille dans sa garde. Elle para et para encore. Rapidement, le soldat se rendit compte qu’elle ne participait pas vraiment au combat et cela sembla le rendre furieux. Ses coups se firent plus rapides et plus précis. Seren grimaça mais ressentit un changement dans l’atmosphère qui lui fit lever les yeux vers Rain. Celui-ci était en train d’utiliser sa magie pour geler le soldat. Plus que quelques minutes à tenir et il pourrait faire de même avec son adversaire. Soudain, elle sentit une coupure sur son bras. Profitant de son manque de concentration, le soldat muet en avait profité pour enfin passer sous sa garde.

Rapidement, Seren constata que la blessure était profonde mais pas assez grave pour l’handicaper vraiment. Mais il s’agissait d’une bonne piqûre de rappel et elle ne pouvait pas se permettre la moindre faute d’inattention.

Enfin, elle cessa d’entendre des bruits de lutte provenant du côté de Rain. Par contre, elle le vit s’approcher dans le dos du soldat et lever une main vers lui. Afin de garder son attention sur elle, elle cessa le combat et lui déclara :

– Je suis désolée mon ami, je ne peux te donner ce que tu souhaites.

D’abord interrogateur, le visage du soldat se tourna subitement vers l’arrière. Mais il était trop tard, ses jambes étaient déjà paralysées. Alors il tourna un regard plein de reproches vers Seren qui lui sourit.

– Je sais. Mais je préfère te savoir vivant.

Lorsque le corps du soldat devint parfaitement immobile, elle s’approcha et posa une main sur son épaule, comme pour s’excuser puis elle se tourna vers Rain et lui dit :

– Merci, je pense que je n’aurais pas pu le tuer.

L’humain lui offrit un petit sourire :

– Je sais.

Son regard tomba subitement sur sa blessure. Il s’approcha d’elle, lui prit son bras pour l’examiner.

– Tu as besoin de soin.

Gentiment, Seren se dégagea de son étreinte.

– Non, garde ta magie pour Darius. Ce n’est qu’une égratignure, crois-moi j’ai connu bien pire.

Ne pouvant se résigner à ne pas lui venir en aide mais ne pouvant que valider son argument, Rain déchira un bout de sa chemise et noua le morceau de tissu autour de son bras, arrêtant l’écoulement de sang.

Quelques pas et quelques minutes plus tard, ils se trouvaient enfin devant le bureau de Darius. Seren s’avança et inspira profondément. Elle approcha sa main de la poignée, la tourna et pénétra dans la pièce.

Darius leur tournait le dos, debout devant la fenêtre les mains jointes dans le dos. D’une voix calme, il déclara :

– Je ne sais pas pourquoi, mais je pressentais que tu reviendrais. Tu me reviens toujours, n’est-ce pas ?

Seren s’avança de quelques pas alors que Rain se mit en retrait. Ils avaient convenu que c’était à elle de lui parler, il serait son soutien.

– Je suis venue pour comprendre. Pourquoi, Darius ?

Lentement, le magister se tourna vers eux. Ses traits semblaient tirés et de profonds cernes creusaient le dessous de son regard argent, comme s’il n’avait pas dormi de la nuit.

– J’imagine que tes connaissances nouvelles ne sont pas étrangères à la disparition de mon très cher père.

Il leva les yeux vers Rain.

– Et je vois que ces idiots de Templiers n’ont même pas réussi à faire leur travail correctement avant ton intervention.

Seren s’approcha encore et les yeux dans ceux de celui qu’elle avait longtemps considéré comme une sorte de Dieu, elle répéta :

– Pourquoi ?

Pour la première fois de sa vie, elle le vit mal à l’aise et détourner son regard du sien. Cet instant fut bref mais elle lui redonna espoir. Darius n’était pas quelqu’un de mauvais au fond. Il a juste été élevé dans une famille, dans un monde, où seuls les plus forts et les plus ambitieux gagnaient. Il avait commis des erreurs mais il allait peut-être enfin s’excuser, admettre ses torts.

Lentement, il leva une main vers son visage et passa le dos de ses doigts contre sa joue. Il leva à nouveau les yeux vers elle mais toute trace de culpabilité semblait l’avoir déserté.

– Je l’ai fait parce que je le pouvais, Seren. Ton clan n’était rien à mes yeux.

Instinctivement, Seren recula, comme si elle venait de recevoir une gifle. Impitoyable, Darius continua ses explications :

– Lorsque je t’ai vu chez ce Magister de pacotille, il m’a raconté ton histoire et j’ai su que c’était mes mercenaires qui avaient détruit ton clan. J’ai vu cette lueur dans ton regard, et malgré tout ce que tu avais subi et vu, tu t’obstinais à t’accrocher à la vie et tu nous regardais tous comme si tu allais nous tuer dès que l’occasion se présenterait. Je savais qu’un jour ou l’autre cela allait se retourner contre moi, mais par sorte de jeu un peu pervers, j’ai décidé de te racheter, de voir ce que je pourrais faire de toi et de toute cette colère. Et étonnamment, tu t’es montrée bien plus docile que prévu. Tu as fini par arrêter de me regarder comme tu regardais le monde entier. Alors j’ai su que je t’avais à ma merci, que la petite esclave avait finit par succomber aux charmes de son maître. Assez pathétique, n’est-ce pas ? Mais, je dois dire que j’en ai bien profiter.

Seren n’en revenait pas. Comment avait-elle pu croire que cet homme pouvait être bon.

– Vous êtes un monstre, Darius !

Celui-ci éclata d’un rire désabusé, faux.

– Je suis comme on m’a fait, ma pauvre Seren ! Mais oui, certainement, je suis un monstre. Un monstre qui prend du plaisir à vous voir vous entretuer dans une arène. Un monstre prêt à tout pour conserver ce qu’il a …

– Qui est même prêt à empoisonner son propre père !

Subitement, Darius explosa de colère, envoyant au sol un bibelot qui se trouvait sur son bureau :

– Surtout, ne va pas le plaindre ! Il n’a eu que ce qu’il mérite, tu entends ! Si c’était à refaire je recommencerais sans hésiter ! Cet homme est une vraie ordure et tu as fait le mauvais choix en t’associant à lui !

– Comment savez-vous …

– Ne m’insulte pas ! Tu reviens alors que lui disparait ? Si tu es là, à la place de t’être enfuie, c’est parce que tu as passé un pacte avec lui. Je le connais par cœur, il n’a pas dû tellement changer depuis toutes ces années ! Que t’as-t-il proposé en échange de ma mort ? Peu importe ce que c’est, je te paierai le double !

Seren secoua la tête :

– Impossible Darius, ce qu’il m’a promis, vous me l’avez retiré il y a bien longtemps.

Plus posément, Darius remis ses cheveux en arrière.

– Bien, tu as pris ta décision je vois. De mon côté je ne peux te laisser me reprendre c’est qui m’appartient, tu sais que j’ai horreur de cela.

Seren sentit soudain un flot de magie la traverser. Etourdie, elle recula de quelques pas et éprouva une douleur fulgurante à la tête. Le décor autour d’elle avait changé, elle était dans l’arène. La foule autour d’elle hurlait mais elle n’arrivait pas à comprendre quoi. Mais comment avait-elle atterri là ? Venait-elle de s’endormir ? Tout était flou dans sa tête. Elle devait sans doute combattre ce soir. Elle entendit les grilles de l’arène s’ouvrir et une centaine de combattants en sortirent. Le sable de l’arène était noir de monde, tous prêts à la tuer. Sans trop savoir pourquoi, elle apprécia se spectacle et n’en fut pas effrayée un seul instant. Elle dégaina ses armes et se mit au travail, elle avait du monde à tuer ce soir et la petite voix dans sa tête en était enchantée.

De son côté, Rain aussi fut parcouru d’une magie étrangère. Et malgré ses connaissances en la matière, il n’arriva pas à identifier le sort utilisé. Une vive douleur lui vrilla le crâne et il se retrouva bientôt dans une vaste pièce qu’il ne reconnut pas. Elle avait des proportions gigantesques et était remplie de petits lits, tous occupés. Pourquoi rêvassait-il alors qu’il avait du travail ? Une soeur s’approcha de lui :

– Rain ? Nous avons besoin de vous, cette maladie fait des ravages.

– Bien sûr, ma soeur. Je m’y mets tout de suite.

Il retroussa ses manches et s’approcha du premier lit. Il était occupé par un homme d’une quarantaine d’année qui semblait souffrir énormément. Doucement Rain posa une main sur le front du malade et essaya de l’apaiser:

– Ne vous en faîtes pas, tout ira bien, je suis là pour vous aider.

Comme à son habitude, il insuffla sa magie dans le corps de son patient, à la recherche du mal qui l’habitait. Mais à l’instant où il commença, l’homme hurla de douleur. Rain le maintient sur le lit et continua son travail. Mais rien… il ne trouvait rien et l’homme continuait de souffrir. Il persévéra mais son patient finit par mourir dans un râle d’agonie. Décontenancé et sous le choc, Rain arrêta tout. La sœur, qui était restée à ses côtés, plaça le drap sur le visage, déformé par la douleur, du mort. Puis, déclara calmement :

– Au suivant, Rain.

Comme mécaniquement, Rain passa au lit suivant, occupé par une petite fille. Et malheureusement, la même scène se produisit. La sœur répéta ses mouvements et l’incita à passer au suivant. Ce qu’il fit. Même scénario. Pour le lit d’après et celui qui suivit. Ses forces et son énergie diminuait mais il ne pouvait pas arrêter. Cela lui était impossible. Il vit ainsi mourir une vingtaine de personne. A bout de nerfs, il finit par répliquer à la sœur qui le poussait à continuer.

– Mais enfin, vous voyez bien que je n’y arrive pas !

– Allons, vous n’en savez rien, il vous suffit de persévérer. Continuez, voulez-vous.

Au lit suivant, il vit sa grande soeur, Sybille, allongée, mourante. Il redoubla d’effort pour la sauver, mais rien n’y fit. Il n’y arrivait pas et il ne put qu’être le spectateur de la mort de celle qui avait partagé ses jeux d’enfant. Lorsqu’il vit la soeur se pencher pour recouvrir son visage, il l’a stoppa :

– Non ! Non! Il y a surement quelque chose à faire !

– Bien sûr qu’il y a quelque chose à faire, Rain ! Et vous l’avez fait. Il faut abrégez leurs souffrances. Vous êtes là pour ça ! Que croyez-vous ?

– Non ! Je suis un soigneur. Je guéris les gens, je ne les tue pas !

– Bien sûr que si ! Vous êtes né avec ce don.

Gentiment, elle le poussa vers le lit suivant et les yeux de Rain s’agrandir d’horreur. Il se précipita vers le lit, sans toutefois toucher le corps qui s’y trouvait, trop anxieux de lui faire du mal.

– Seren ? Seren, c’est moi ! Je t’en prie, ouvre les yeux.

La jeune elfe était méconnaissable. Son teint était cireux, ses cheveux, ternes et sales, auréolaient son visage au traits tirés. Avec beaucoup d’efforts, elle ouvrit des yeux éteints.

– A.. Alexei ?

– C’est moi, Seren. Tout va bien.

– Je t’en prie… ne… ne me tue pas.

– Jamais ! Je ne te ferais jamais de mal. Je te le promets.

Contrariée, la soeur s’avança vers lui et de force, elle lui prit la main qu’elle posa contre le front de celle qu’il aimait. Il eut beau lutter de toutes ses forces, la femme était bien plus forte que lui. Il n’arriva même pas à monopoliser sa magie contre elle.

– Cela suffit Rain, vous avez une mission et encore beaucoup de gens à voir. Vous ne pouvez pas faire de simagrée à chaque fois !

Malgré lui, sa magie se diffusa dans le corps de Seren et elle se mit à le supplier d’arrêter de lui faire du mal. Les mains de la jeune femme s’agrippèrent à son bras et tentèrent de retirer sa main. Mais la soeur tint bon et Seren, comme les autres, finit par mourir. Seulement alors, la soeur le lâcha.

Dévasté par la douleur, Rain ne put que serrer le corps de l’elfe entre ses bras.

Mais la femme ne lui laissa pas un instant de répit. Elle le releva de force, lui arrachant le corps de son aimée.

Dans un sursaut de rébellion et de rage, Rain se dégagea de son étreinte, envoyant la femme buter contre un petit meuble de bois. Il se mit alors à courir. Il devait s’échapper de là, s’en aller au plus vite. Mais partout ou il regardait il n’y avait que des lits encore et encore, à perte de vue. Pire encore, il avait l’impression que plus il s’approchait de la porte, plus elle s’éloignait de lui. Non ! Il n’était pas fait pour ça. Il ne voulait pas de cette vie. Il fallait que cela s’arrête. Il posa alors les yeux sur une longue dague effilée, peut-être sa seule voie de sortie dans cette enfer. Il la prit dans sa main et l’approcha de son cou. Oui, il allait sortir de là.

Seren n’était même pas essoufflée. Elle venait de tuer cent hommes et était prête à en tuer cent autres. Elle se rendit vaguement compte qu’elle n’était pas vraiment maîtresse de ses mouvements et un étrange voile rouge obscurcissait sa vue. Mais peu lui importait, du moment qu’elle sortait victorieuse de son combat. Les gens l’acclamaient et elle aimait ça. C’était grisant. Elle rentra chez Darius, comme à son habitude, mais il y avait quelque chose de différent. Son corps réclamait plus de sang. Encore et toujours. Lorsqu’elle atteignit les cuisines, elle s’approcha de Marva. La vieille elfe lui sourit et elle fit de même. Puis, elle leva son arme encore tâchée du sang de ses nombreuses victimes et l’enfonça dans le ventre de l’elfe. Son corps semblait terriblement satisfait de ce meurtre gratuit, mais son esprit hurlait d’arrêter. Elle avait l’étrange impression de ne plus rien contrôler, de n’être qu’une spectatrice horrifiée de ce qui se passait sous ses yeux. Chaque domestique qu’elle croisait finit comme la cuisinière, en sang sur le carrelage. La jeune elfe essaya de reprendre les reines de son corps, mais elle ne pouvait rien faire. Elle était faible et impuissante face à la voix :

« Arrête donc de pleurnicher ! N’est pas ce que tu voulais ? Qu’ils paient tous pour ce que tu as enduré ?

– Non, jamais je n’ai voulu la mort d’innocents!

– Tu n’y peux rien, c’est dans ton sang. C’est ainsi que tout ce finira pour toi. Tu seras seule et entourée de cadavres. Tiens, tiens, ne serait-ce pas cette petite elfe pour laquelle tu t’es prise d’affection ?

– Non, pas Tia ! Pitié ! »

Confiante, la jeune elfe se dirigea vers elle, heureuse de la voir en vie et fut reçue par un coup de saï qui lui trancha la gorge. Un geyser de sang éclaboussa Seren. La voix ricana alors que la jeune elfe, prisonnière de son propre corps hurlait de douleur.

 » Bien, les parasites doivent mourir. Il n’en reste qu’un. Le plus important pour toi. « 

Rain ! Seren continua de marcher tranquillement dans la maison, semant la mort sur son passage. Elle finit par arriver devant la porte de la chambre de Rain qu’elle ouvrit. Le jeune homme était confortablement installé sur son lit, en train de lire un livre. Lorsqu’il aperçut l’état de Seren, il se leva aussitôt et se dirigea vers elle.

– Créateur ! Seren, tu es en sang ! Tout va bien ? Laisse moi t’examiner.

Mais Seren ne lui en laissa pas l’occasion, elle lui sourit et l’embrassa fougueusement. Rain la serra contre lui, découvrant ses flans. C’était le moment. Elle leva son saï l’enfonça profondément dans ses reins. Rain eut un hoquet de douleur et recula son visage qui exprimait la stupéfaction et la trahison.

– Mon amour… pourquoi …

Sans un mot, Seren lui enfonça son arme dans le corps, encore et encore.

Intérieurement, l’elfe hurlait sa douleur et son agonie. Tout ça n’était qu’un cauchemar, il ne pouvait pas en être autrement.

« Voilà tu es maintenant libérée de tout, Seren. Il ne te reste plus qu’une chose à faire. Et pour cela, je te redonne le contrôle. »

Violemment, Seren se sentit à nouveau elle-même. Elle avait les mains et le corps en sang, le cadavre encore chaud de son amant à ses pieds, les yeux grands ouverts sur une incompréhension éternelle. Ses mains tremblèrent et elle lâcha ses armes. Elle hurla encore et fut bientôt ravagée par la douleur. Les sanglots déchiraient sa gorge alors qu’elle se pencha sur le corps de Rain pour lui fermer les yeux.

Comment pouvait-elle continuer à vivre ? Elle était un monstre ! Une abomination! Elle devait disparaitre de la surface de la Terre.

Toujours tremblante, elle ramassa l’un de ses saïs et, à genoux, se prépara à se l’enfoncer dans le coeur.

Mais, subitement une voix familière raisonna à ses oreilles.

 » Tu n’es pas un monstre, Seren. Je suis là, reviens vers moi. Tu n’es pas un monstre… tu es une femme… »

Intriguée malgré elle, elle essaya de se souvenir de qui lui avait dit ces mots. C’était un homme…un homme qu’elle appréciait beaucoup, non qu’elle aimait. Rain ! C’était lui qui lui avait dit cela, mais pas ici, pas celui qui se trouvait à ses pieds. D’ailleurs jamais elle n’aurait pu faire cela. Et puis comment était-elle arrivé là ? Elle se souvenait de l’arène mais avant ? Rien le trou noir. Non, Darius ! Elle se souvenait de Darius. Ils étaient en train de discuter. Petit à petit, ses pensées se firent plus claires et elle secoua la tête pour remettre de l’ordre dans ses idées.

Soudain elle prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Quand elle les ouvrit à nouveau elle se trouvait dans le bureau de Darius. Celui-ci, debout, yeux fermés, était concentré sur son sort. Elle tourna la tête vers Rain et vit qu’il semblait souffrir terriblement et avait la pointe de sa lance sur sa gorge. Elle devait arrêter Darius, coûte que coûte.

Sans plus réfléchir, elle dégaina ses saïs et fonça vers Darius. Son corps entra en contact avec celui du Magister et elle le plaqua contre le mur, l’une de ses armes profondément enfoncées dans son épaule droite. L’humain hurla de douleur et relâcha son sort.

Derrière elle, Rain reprit subitement ses esprits. Créateurs, il venait de vivre un vrai cauchemar ! Rapidement, il se redressa et aida Seren en gelant les mains de Darius au mur.

Passablement surpris, Darius ne put que regarder Seren et articuler :

– Comment as-tu fait ? Comment as-tu pu te libérer ?

– Vous l’avez dit vous-même, Darius. Mon instinct de survie sera toujours plus fort.

Comme vaincu, Darius sourit et appuya sa tête contre le mur derrière lui.

C’est évidemment ce moment que choisit Magnus pour faire son apparition.

– Eh bien ! Il était temps que j’arrive, dites-moi ! Heureusement que je vous avais dit de ne pas faire de mal à mon fils. Et vous n’aviez pas besoin de faire d’excès de zèle, j’ai vu le cadavre d’Emilia.

Avec flegme, Seren libéra son saï des chairs du Magister et répondit à Magnus :

– Nous n’avons pas de compte à vous rendre ! Et croyez-moi, vous feriez mieux de me remercier !

Epinglé au mur, Darius regarda son père dans les yeux et siffla :

– Père ! Quel plaisir de vous voir. Je vous serrerais bien la main mais je suis un brin occupé.

– Tes sarcasmes ne t’aideront pas, Darius ! Tu sais pourquoi je suis là ?

– Oh, vous venez certainement pour faire de ma vie un véritable enfer.

Un poing immatériel vint s’écraser contre le ventre du jeune Magister, qui eut le souffle coupé.

– Il suffit Darius ! Je reprends cette famille en main ! A cette heure-ci, toute la ville doit déjà être au courant que je suis miraculeusement guéri et que tu t’en vas pour un pèlerinage afin de remercier le Créateur de ce cadeau.

– Oh, c’est donc cela que vous me réservez, père ? L’exil ! Comme c’est pittoresque.

– Tu as toujours joué au plus malin. Mais c’est fini Darius, tu as tout perdu maintenant. Je t’envoie à Orlaïs, sans argent. Estime-toi heureux que je ne te tue pas.

– Je suis votre seul héritier, comment le pourriez-vous ?

– Oh, à ce propos je ne serais pas aussi catégorique si j’étais toi. Jusqu’à nouvel ordre, c’est mon cousin qui reprendra la maison Varinus à ma mort. Je te conseille donc de tout faire pour me garder en vie le plus longtemps possible afin que je puisse constater ton repentir. Maintenant Rain, je souhaiterais récupérer mes gardes dans le couloir si cela ne vous ennuie pas trop.

Après avoir échangé un regard avec Seren pour savoir si elle pouvait la laisser seule dans la cage aux lions, Rain sortit et s’occupa de dégeler les pauvres soldats. Aussitôt qu’ils purent à nouveau bouger, il leva les mains en signe d’apaisement et leur annonça :

– Il va y avoir du nouveau dans cette demeure et votre nouvel employeur à besoin de vous.

Intrigués, les deux hommes en armure le suivirent. Aussitôt qu’ils aperçurent la situation, ils se figèrent. Le soldat muet était assez âgé pour avoir connu Magnus, alors il s’inclina devant le nouveau maître de maison en attendant ses nouvelles instructions.

– Messieurs, veuillez escorter mon fils dans mes anciens appartements.

Puis se tournant vers Darius.

– Prépare quelques affaires, fils, ton départ est imminent.

D’un geste de la main, Rain fit fondre la glace autour des poignets de Darius et celui-ci, n’ayant nullement perdu de sa superbe passa devant son père en inclinant ironiquement la tête. Puis, il s’arrêta devant Seren.

– Malgré ce que tu peux croire, je te souhaite d’être heureuse.

– J’en ai bien l’intention.

Enfin, il sortit de la pièce et Seren put enfin respirer plus librement. Elle sourit à Rain qui lui rendit. Il semblait fatigué mais heureux. C’était fini.

Croisant les bras, elle se tourna vers Magnus.

– Bien, vous avez eu ce que vous vouliez, non ?

Le Magister se déplaça derrière le bureau, puis avec une certaine délectation, s’installa sur le fauteuil. Il retira une poussière imaginaire sur le bois foncé du bureau et enfin, daigna regarda Seren.

– Bien sûr, et vous avez ma reconnaissance.

– Je crois que nous avions convenu d’un peu plus que votre reconnaissance.

– Oui, je me souviens et il ne sera pas dit que j’ai manqué à ma parole.

Rapidement, il prit une feuille et se mit à rédiger ce qu’elle espérait être son acte de liberté. Sans qu’elle ne le remarque, Rain s’était éclipsé quelques instants et revenait maintenant en tenant par la main une Elora qui ne semblait toujours pas perturbée par les évènements. Magnus signa le papier et le tendit à Seren.

– Votre liberté, ma dame.

Et c’est avec des doigts tremblants que Seren prit le document dans ses mains. Elle le lut rapidement pour s’assurer que tout était en ordre, mais oui, tout y était. Elle était libre et ne put empêcher un large sourire d’étirer ses lèvres. Magnus se leva ensuite et se dirigea vers le coffre fort dans le mur. La combinaison ne semblait pas avoir été changé depuis sa « maladie » puisqu’il l’ouvrit avec facilité. Il commença à remplir une bourse d’un bon paquet de pièces qu’il posa ensuite sur le bureau.

– Et voilà pour votre dédommagement, comme convenu.

Sans ramasser l’argent, Seren demanda :

– Et pour ma sœur ?

– Eh bien, il semble que vous avez vous-même réglé le problème. Emilia est morte sans laisser d’héritier. Ses biens vont être mis aux enchères et ses esclaves vont certainement s’enfuir avant que cela n’arrive. La disparition de votre sœur passera totalement inaperçu, je dirais même plus que tout le monde s’en fichera complètement.

Seulement alors, Seren empoigna la bourse, agréablement lourde et se dirigea vers Elora.

– Tu es libre, petite soeur, et je vais m’occuper de toi maintenant.

Magnus se gratta ostensiblement la gorge :

– Si je puis me permettre, la place la plus aisée pour une apaisée reste un Cercle. Elle y trouvera une utilité et une certaine stabilité. Mais je ne fais que donner mon humble avis.

Seren se tourna alors vers Rain, en qui elle avait confiance, contrairement au Magister. Elle ne voulait pas qu’Elora pense qu’elle sautait sur la première occasion pour se débarrasser d’elle.

– Qu’en penses-tu ?

Rain réfléchit quelques instants et finit par répondre :

– Eh bien, je me rangerais à l’avis du Magister. Les apaisés sont des êtres à part et nécessite une attention constante. Mais étrangement, ils semblent plus heureux entourés de mages. Là-bas, elle pourra y trouver une véritable utilité et un nouveau but.

– Mais on dit tellement d’horreurs sur les Cercles, je ne peux pas la laisser n’importe où !

– Au cercle de Férelden, elle sera heureuse. Le Premier Enchanteur est un homme bon qui prendra soin d’elle.

Seren soupira et ne put s’empêcher de demander son avis à Elora, même si elle savait parfaitement que les Apaisés n’utilisaient plus leur libre arbitre.

– Que souhaites-tu, Da-Nehn ?

– Peu m’importe, Seren. Là où je pourrais être utile. Il y a tant à faire.

Elle ne savait pas encore quoi décider, le plus important pour elle était maintenant de s’éloigner de ce triste endroit. Elle se tourna vers le Magister et sans un mot de plus, elle le salua de la tête, signifiant son congé.

– Au revoir, ma dame.

C’est un bras sur les épaules de sa petite sœur et une main dans celle de Rain qu’elle quitta cette maison. Définitivement.

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Epilogue

Chapitre 20 – Révélations décisives

Seren, n’arrivait pas à y croire. Pourtant l’évidence se trouvait sous ses yeux. Darius et son père se ressemblaient beaucoup : même silhouette, même menton et surtout des yeux quasiment identiques. Elle n’avait jamais fait sa connaissance mais savait par les on-dit et les racontars des elfes que c’était un homme orgueilleux et un maître dur et exigeant. Mais elle savait aussi qu’il souffrait d’une maladie étrange qui l’avait rendu grabataire. Or, l’homme qui se trouvait en face d’elle semblait tout sauf malade. Il respirait la puissance et la santé. Elle jeta un coup d’œil vers son ami Ray, prête à le fusiller du regard mais l’air coupable sur son visage l’en dissuada. Elle savait que les Magisters ne jouaient pas au même niveau que les honnêtes gens. La grande force de Rayburn avait toujours été de savoir faire passer sa survie avant tout.

Instinctivement, Seren se plaça devant Rain, en position de défense, et demanda d’une voix aussi acérée que ses lames :

– Que faites-vous là ? Et que nous voulez-vous ?

Calmement, Magnus sourit et tendit une main vers les banquettes.

– Et si nous nous installions pour discuter plus tranquillement ?

Rain, même s’il ne saisissait pas tout, sentait la tension dans la pièce et comprenait que cet homme pouvait représenter un potentiel danger. Il avait cru comprendre que le père de Darius était alité. Il avait d’ailleurs trouvé étrange que Darius ne lui demande pas d’aller voir l’état de son père. Il intervint alors :

– Pourquoi devrions-nous vous faire confiance ?

Le visage du Magister se fit plus dur :

– Parce que vous n’avez pas le choix. Maintenant asseyez-vous ! Si j’avais voulu vous tuer je n’aurais pas toqué à la porte pour entrer…D’ailleurs je dois vous féliciter pour votre sens de la « survie », si je puis dire. J’ai mis plus d’une nuit à vous trouver.

Seren et Rain échangèrent un long regard puis subrepticement le jeune homme hocha la tête. Seren se fiait à son jugement. S’il pensait que cela valait le coup d’écouter ce que cet homme avait à leur dire, alors elle ne tenterait rien contre lui. Elle rengaina donc ses saïs et se dirigea vers la banquette ou elle s’assit, suivie de près par Rain qui se plaça à ses côtés. Magnus, satisfait, se réinstalla confortablement et prit tout son temps pour supprimer les poussières imaginaires de sa manche. Seren trépignait mais ne lui fit pas le plaisir de lui poser des questions.

Finalement Magnus prit la parole :

– Vous avez sans doute entendu dire que j’étais malade, voire sur le point de rendre l’âme ? Eh bien, c’était le cas jusqu’à il y a quelques mois. Il se trouve que j’ai découvert que mon fils m’empoisonnait régulièrement. Pas assez pour me tuer évidemment mais suffisamment pour me rendre inapte à exercer mes fonctions de chef de famille.

Seren n’en revenait pas. Elle avait du mal à concevoir qu’un homme puisse en venir à empoisonner son propre père ! Elle savait les Magister pleins d’ambition, mais elle pensait Darius différent. Comment avait-elle pu être aussi aveugle pendant toutes ses années ? Comment n’avait-elle pas vu ce qui se tramait ? Rain, plus terre à terre, haussa un sourcil et demanda :

– En admettant que ce que vous dites est vrai, comment avez-vous fait pour vous sortir de cette situation ?

– Eh bien, je dois ma liberté retrouvée à un esclave peu minutieux. Darius lui demandait de me donner ma petite dose de poison. Heureusement pour moi, il en a oublié quelques-unes. Juste ce qu’il me fallait pour reprendre conscience et comprendre ce qui m’arrivait. J’ai fini par réaliser que la visite de cet esclave coïncidait étrangement avec une rechute de mon état de santé. Alors que lorsque je m’abstenais de toucher à ce qu’il apportait, j’aillais subitement beaucoup mieux. Après, la suite a été facile. Il a suffi d’interroger cet imbécile d’elfe, qui après une menace ou deux, s’est empressé de tout divulguer. Cela fait trois mois maintenant.

Il avait raconté cela comme s’il n’en était pas la victime, d’une voix égale et calme. Cela surprit Seren qui ne put s’empêcher de lui demander.

– Je me trompe ou vous ne semblez même pas être en colère contre Darius ?

Magnus ricana.

– Oh, bien sûr que je lui en veux ! Mais mon fils est maintenant un puissant Magister, qui a su prendre sa vie en main. Et pour cela, je suis extrêmement fier de lui.

Dégoutée, Seren fit une légère grimace. Comment pouvait-on être fier de votre presque meurtrier ? Tout cela la dépassait largement. Elle regarda Rain qui semblait étonnement concentré. Il fronçait légèrement les sourcils et regardait intensément Magnus. Elle sentit soudain la magie de Rain irradier littéralement de son corps. Il serra les dents pour contrôler ce flot de magie et demanda d’une voix pleine de colère :

– C’était vous, n’est-ce pas ?

Nullement inquiété, Magnus haussa un sourcil interrogatif et innocemment demanda :

– Vous devriez faire attention à votre magie, jeune homme. Et vous pourriez être plus précis ? C’est moi qui quoi ?

Rain se leva, poings serrés contre son flanc.

– Laissez-moi m’exprimer plus clairement, alors. C’est vous qui avez tenté d’assassiner Seren ! Vous vouliez saper la puissance de votre fils et reprendre votre place.

La jeune femme se leva à son tour et reprit ses saïs en main.

Le Magister sourit.

– Allons calmez-vous et rasseyez-vous ! Oui, c’était moi. Et je veux toujours retrouver ma place. Mon fils a assez profité de mon statut et de ma richesse. Je pensais qu’en tuant sa précieuse championne, il perdrait un peu de sa superbe et surtout, de ses alliés.

Seren réfléchit quelques instants. Jamais elle n’avait pensé sérieusement être la cible du premier tueur ! Et puis avec tout ce qu’Emilia lui avait fait subir depuis…Soudain, cela la frappa. Dans un murmure, elle se mit à réfléchir à voix haute.

– Je me suis toujours demandée pourquoi Emilia m’en voulait subitement plus qu’à l’accoutumé. Avant, elle se contentait de m’ignorer. Mais depuis quelques temps, on dirait dit qu’elle faisait tout pour… pour me supprimer. Faiseurs ! Vous en avez fait une alliée, n’est-ce pas ? Que lui avez-vous promis ?

– La mariage tout simplement, très chère ! Si j’avais réussi à vous tuer, certain des alliés de Darius lui auraient tourné le dos et puis j’aurais trouvé d’autres choses encore pour le miner. Il aurait perdu son pouvoir, petit à petit. J’aurais alors fait mon grand retour, prétextant que ma maladie n’était plus qu’un mauvais souvenir. J’aurais repris ma place et épousé Emilia. Mais vous êtes plus coriace que prévue, ma foi !

Seren vit soudain rouge.

– Tia ! C’est à cause de vous que Tia est morte !

Elle voulut se jeter sur lui, lui faire payer cette mort totalement inutile. Mais ses membres ne lui répondaient plus. Elle était comme paralysée. Par contre, sa nuque et sa tête lui répondait encore et lorsqu’elle la tourna vers Rain, elle constata que lui aussi restait immobile. Il sembla lutter un instant, puis réussit à se défaire de l’emprise du Magister. Il envoya un sort contre lui, qui se matérialisa par un énorme poing de pierre. Celui-ci le frappa à la poitrine, le faisant perdre sa concentration.

Etonnamment, c’est Rayburn qui intervint pour éviter un vrai massacre chez lui. Il se posta devant Magnus pour le protéger des futurs assauts de Seren et Rain.

– Hey ! Arrêtez un peu ! Seren, si j’ai mené cet homme jusqu’à toi c’est parce que je crois que l’offre qu’il a à te faire pourrait fortement t’intéresser. Je sais que j’ai pas assuré, mais fais-moi confiance et écoute-le jusqu’au bout !

Les mâchoires serrées pour maitriser la colère qui menaçait de la submerger, Seren dévisagea son ami et hurla presque.

– Il a tué Tia !

Magnus toussa un peu et essaya de reprendre sa respiration. La voix cassée, il tenta de s’expliquer.

– Ecoutez, je suis désolé pour la petite. Je ne voulais pas cela. Je ne pouvais pas savoir qu’elle mangerait le gâteau qui vous était destiné ! C’est un regrettable accident. Jamais je n’ai donné l’ordre de la tuer. Mais votre ami Rayburn dit vrai, j’ai bel et bien un marché à vous proposer, un très bon marché.

Encore une fois, Seren chercha le regard de Rain, quêtant son soutien et son avis. Au fond d’elle, elle savait qu’elle ne pourrait jamais faire confiance à ce serpent en face d’elle, pas après avoir tué l’être le plus innocent, le plus pur, le plus gentil qu’elle est jamais rencontré. Mais d’un autre côté, elle était intriguée. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui vouloir ? Quel était le marché qu’il avait en tête ? Il semblait si sûr de lui, si sûr qu’elle allait accepter. Elle croisa le regard de Rain et elle sut d’instinct qu’il se posait sans nul doute les mêmes questions qu’elle mais il haussa légèrement les épaules, l’air de dire que c’était à elle de prendre cette décision.

Elle décida alors de continuer à écouter cet homme. Parce que le tuer ne ramènerait pas Tia. Elle se rassied donc et posa ses saïs à plat, juste à côté d’elle.

Rain ne s’était même pas rendu compte à quel point lui-même était crispé. Sa magie bouillonnait. Il avait rarement atteint ce niveau de colère et de perte de sang-froid. Mais face à ce Magister pédant, tueur d’enfant et qui était prêt à tout pour supprimer la femme qu’il aimait, il sentait qu’il n’était plus maître de ses émotions. Presque tous ses muscles lui faisaient mal. Alors, lorsqu’il vit Seren s’asseoir à nouveau, il essaya de les forcer à se détendre et lui aussi reprit place aux côtés de la jeune femme, sur la banquette, attentif au moindre mouvement de Magnus. Seren reprit la parole :

– Bien, j’accepte de vous écouter. Que me voulez-vous et que me proposez-vous en échange ?

Magnus se recoiffa et se réinstalla confortablement dans son fauteuil.

– Oh, droit au but, n’est-ce pas ? J’aime votre efficacité, Championne. Je suis sûr que nous allons pouvoir trouver un terrain d’entente. Ce que je veux de vous ? C’est simple. Je souhaite que vous m’aidiez à neutraliser mon fils. Mon plan A ayant échoué, il me faut passer à un autre. Il m’a fallu improviser et votre petite fuite avec votre amant me donne une opportunité en or de reprendre les rênes bien plus tôt. J’avoue en avoir assez d’attendre. Je veux reprendre ma place. Mais attention, je ne veux pas qu’il arrive quoi que ce soit à mon fils. C’est à moi de le punir et à personne d’autres.

Seren haussa un sourcil :

– Et pourquoi avez-vous besoin de moi pour cela ? Vous êtes assez puissant pour maîtriser votre fils seul, non ?

– De cela, il n’en est pas question ! Je ne veux pas qu’on raconte partout que mon fils et moi nous battons comme de vulgaires chiffonniers. Par contre une révolte d’esclaves est plus que probable et envisageable ! Toute la ville sait que vous êtes en fuite ! Personne ne posera de question si l’on apprend que la maison de mon fils s’est faite attaquer par l’ancienne championne, revenue se venger. C’est même extrêmement romanesque. Les gens vont adorer !

– Vous nous en voyez ravis, ironisa Rain.

Les iris argentés de Magnus lui lancèrent un regard froid qui aurait cloué sur place n’importe qui, mais Rain n’en n’avait que faire et lui décocha un sourire tout aussi glacial.

– Bref ! J’ai besoin de vous, la meilleure guerrière de cette ville et pourquoi pas, de l’aide de votre mage. Vous pénétrez dans la demeure, vous neutralisez Darius, je m’occupe du reste.

Seren en vint finalement à la partie qui l’intéressait vraiment :

– Et qu’obtiendrons-nous en échange ?

Les deux coudes en appui sur les accoudoirs du fauteuil, Magnus joignit les mains et sourit, prolongeant le suspense avant de finalement lâcher :

– Ta liberté Seren, et la possibilité de fuir où bon te semble, sans être inquiétée, sans être jamais pourchassée.

La jeune elfe n’arrivait pas à y croire, la bouche ouverte et les yeux agrandis par la surprise. C’était tout ce qu’elle avait jamais désiré. Et cet homme se proposait de la lui donner sur un plateau. Sa liberté ! Elle ne serait plus esclave, aurait une vie nouvelle. Elle ne fuirait pas la ville, elle la quitterait tout simplement, comme n’importe quelle habitante de Minrathie. Mais, elle n’en oubliait pas pour autant que Rain serait toujours un fugitif. Rester à ses côtés signifiait vivre cachés, craindre à tout instant qu’il ne soit découvert et elle y était prête. Elle ne laisserait pas se reproduire ce qu’il s’était passé la veille. Jamais ! Devenir libre serait une chose merveilleuse, mais elle avait trouvé aujourd’hui quelque chose de bien plus précieux.

Et puis, en y réfléchissant bien, malgré tout ce que Darius lui avait fait, elle se rendit soudain compte qu’elle ne lui en voulait même plus. Pas assez en tout cas pour peut-être devoir blesser ou tuer des gens qu’elle connaissait depuis des années.

– Je ne sais pas Magnus, je …

– Oh, Madame est gourmande ? Très bien je rajoute une jolie somme en prime. Après tout, je pense que mon fils te les doit bien.

Seren leva une main pour l’interrompre.

– Non Magnus, vous ne comprenez pas. Je ne passerais pas de marché avec vous. Je me fiche de ce que deviendra Darius et de votre querelle familiale. Rain et moi avons d’autres plans.

Le Magister sembla véritablement surpris, si bien qu’il en perdit pendant quelques secondes sa superbe et sa langue.

– Tu ne… tu ne veux pas ?! Créateur ! Comment peux-tu lui pardonner aussi facilement après tout ce qu’il t’a fait subir ?

Seren haussa négligemment les épaules.

– Oui, il a fait de moi ce que je suis et il m’a fait risquer ma vie à chaque combat dans l’arène. Mais après tout, j’aurais pu finir bien pire. Et si Darius ne m’avait pas achetée à l’époque, j’aurais sans nul doute fini comme tant d’autres. Vidée de mon sang par mon ancien maître, ou utilisée comme vulgaire objet sexuel. Au lieu de cela, je sais me défendre, j’ai eu une chambre à moi et je suis toujours en vie. Donc oui, je sais aussi ce que je dois à votre fils.

A ces mots, Magnus retrouva le sourire.

– Alors tu ne sais pas, n’est-ce pas ?

La jeune femme était de plus en plus agacée par cette conversation et par l’attitude de l’humain en face d’elle. Sa voix trahit cet agacement lorsqu’elle lâcha :

– Quoi ? Qu’est-ce que je ne sais pas ? Faites-moi donc part de vos connaissances !

– Oh, mais je vais le faire ! Sache simplement que tout à commencer à cause de mon fils…

Seren fronça les sourcils.

– Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.

– Je veux dire, ma chère, que c’est de sa faute si votre clan a été attaqué. J’étais déjà mal à l’époque, donc c’est Darius qui tenait les rênes de la Maison. A l’époque, il était à la recherche d’esclaves à tout va, pensant qu’ils refléteraient sa puissance. Et puis, je le soupçonnais de vouloir également trouver un combattant assez talentueux pour résister dans les arènes. Il en était déjà très friand. Il a donc engagé une bande de mercenaires. Des gens assez répugnants si vous voulez mon avis… Ils tuaient pour le plaisir, violentaient les femmes, bref vous voyez le tableau, je suppose. Ils ont découverts ton clan, Seren, et comme tu le sais, ils l’ont détruit et ont finalement fait peu de prisonniers. Dont toi. Mais, le chef des mercenaires ne lui a pas livré ses prisonniers. Il voulait plus d’argent voyez-vous et mon fils n’a pas cédé. C’est pourquoi tu t’es retrouvée sur un marché aux esclaves.

Un maelstrom d’émotions traversa la jeune elfe et instinctivement elle chercha la main de Rain, qu’elle serra fortement dans la sienne. La colère, la haine firent flamboyer ses yeux et elle dut prendre sur elle pour ne pas se laisser emporter par la rage. Rain le sentit et lui insuffla tout le calme et le courage qu’il possédait encore.

– Darius a… a tué ma famille, mon clan ?

– En tout cas, il y a largement contribué.

Seren ne put se contenir plus longtemps, elle se leva d’un coup et se dirigea vers un mur qu’elle frappa en hurlant de toutes ses forces. Le bois épais résista au premier coup mais pas au deuxième. Une marque d’impact très nette s’y incrusta. Son poing pulsait et saignait mais elle ne le sentait pas. De même qu’elle ne sentit pas l’aura qui se dégagea d’elle et qui alourdit la pièce d’un cran. Voulant montrer que la démonstration de Seren ne lui faisait aucunement peur, Magnus feignit la décontraction :

– Je suppose que vous trouvez subitement ma proposition alléchante, n’est-ce pas ?

La tête de la jeune elfe pivota vers lui et son regard rubis glaça le sang du Magister qui se trouva cloué sur son siège. Il savait qu’elle allait se jeter sur lui d’un instant à l’autre mais la peur l’empêcha de faire le moindre mouvement.

Rain avait bien senti que la situation allait très vite déraper. Il se précipita donc vers Seren et lui passa le bras autour de la taille, pour la retenir autant que pour essayer de la calmer et stoppa son poing qui allait continuer à marteler le pauvre mur de bois. Il ordonna ensuite aux deux hommes :

– Dehors. Tout de suite.

Le Magister, qui n’aimait pas plus que cela qu’on lui donne des ordres, essaya de protester :

– Mais je …

Rain fut donc obligé de clarifier la situation d’une voix sèche et glaciale.

– Si vous ne sortez pas à l’instant, je doute de pouvoir retenir Seren de vous tuer. Je doute même d’avoir envie d’essayer. Alors si vous avez le moindre instant de survie, je vous demande me laisser seul avec elle.

Après quelques de réflexions, Magnus se leva enfin et quitta la pièce, suivit de Rayburn qui ferma doucement la porte derrière lui.

Rain sentit le corps de la jeune femme extrêmement crispé contre le sien. Elle bandait ses muscles pour essayer d’échapper à son étreinte. Pourtant il sentait qu’elle était toujours elle-même, juste une version plus enragée d’elle, mais au moins il n’aurait pas à la ramener à elle.

– Seren, je sais ce que tu ressens, mais tu ne peux pas laisser la rage guider tes choix.

– Il a… c’est de SA faute ! J’aurais pu continuer à vivre une vie normale. Ma sœur aurait…

– Chuuut je sais.

Il la serra plus fort dans ses bras, l’obligea à se tourner vers lui et à lever les yeux. Il caressa doucement sa joue à un rythme régulier.

Les yeux de la jeune femme, bien que toujours rouges, étaient voilés par des larmes contenues.

– Je veux lui faire mal ! Je veux qu’il souffre autant que je souffre !

– Seren, calme-toi.

Ils restèrent enlacés quelques minutes, dans le silence, la tête de Seren enfouie dans le cou de Rain. Elle prenait de grande inspiration pour faire passer son état de colère extrême. Et quand elle releva enfin la tête, elle se sentait plus maîtresse d’elle-même. Elle ne cessera jamais de s’étonner de l’effet que Rain avait sur elle.

– Je dois y aller, Alexei. Je veux voir l’expression sur son visage lorsque je lui annoncerai que je suis au courant. Je veux qu’il s’excuse.

Rain soupira. Cette idée ne lui plaisait guère mais il savait déjà qu’il la suivrait malgré tout.

– D’accord, nous irons. Il s’agit de ta liberté après tout.

Les yeux de Seren brillèrent soudain d’une lueur calculatrice.

– Oh, mais je ne compte pas m’arrêter à cela !

Surpris, le jeune homme lui sourit, mais préféra lui préciser.

– Tu es bien consciente que nous ne pourrons pas forcément éviter les dégâts collatéraux ?

– Je sais, nous ferons le maximum. Mais j’en ai assez que les responsables s’en sortent alors que les innocents doivent fuir. Il doit payer !

Rain déposa un baiser sur son front.

– Alors allons chercher ces messieurs !

Seren se réinstalla sur la banquette, pendant que Rain alla ouvrir. Une fois tout le monde à nouveau installés, Seren laissa s’installer un long silence tendu. Elle observa avec plaisir la crispation des doigts du Magister sur les accoudoirs du fauteuil. Il était encore tendu, tant mieux.

Elle lui sourit et lui annonça :

– J’aimerais revoir votre marché.

Magnus reprit ses esprits à la notion de négociation. Il se pencha légèrement en avant et demanda :

– Comment cela ?

Seren, soudain très décontractée et se sentant pleinement maîtresse de la situation, croisa les jambes et s’adossa confortablement.

– J’accepte de vous aider à reconquérir votre place. En échange vous me donnez cinquante mille pièces d’or et je consentirai à ne pas tuer Darius. Oh et sans parler de ma liberté, bien sûr ! Vous vous assurerez que nous puissions prendre le bateau sans encombre et accompagnés de ma sœur.

Magnus éclata de rire :

– Vous ne manquez pas d’air, jeune demoiselle ! Trente mille pièces d’or et j’accepte le reste.

– Quarante-cinq mille.

– Trente-cinq mille.

– Quarante mille ou je refuse ce marché sans promettre pour autant de ne pas aller rendre une petite visite amicale à votre fils.

La main caressant son menton, Magnus réfléchit et finit par lui tendre la main.

– Marché conclu pour quarante mille pièces d’or, votre retraite, ta liberté.

– Et ma sœur !

– Et ta sœur, bien sûr.

Après quelques secondes d’hésitation, Seren finit par accepter la main tendue.

Elle ne savait pas trop quel genre de pacte elle avait accepté, mais elle comptait bien prendre sa revanche sur cette famille qui lui avait trop pris en ne lui rendant que des miettes de sa vie.

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Chapitre 19 – Le refuge

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Seren se concentrait. Elle devait à la fois tenir à l’écart la colère qui faisait encore bouillir son sang, mais aussi s’orienter dans les rues de la ville rapidement pour arriver à leur destination. Ils devaient faire vite avant que les rues ne grouillent de soldats ou de templiers à leur recherche. Heureusement, l’air nocturne avait redonné un peu d’énergie et de vie à Rain qui n’avait plus besoin de son aide pour se déplacer. Ils rasaient les murs et s’arrêtaient à chaque coin de rue pour vérifier qu’ils n’étaient pas suivis ou qu’ils n’allaient pas tomber sur de nouveaux ennemis.

C’est avec un profond soulagement que Seren vit enfin la maison qu’elle cherchait désespérément. Elle passait totalement inaperçu dans le amas d’autres bâtisses. Elle était néanmoins grande et semblait bien entretenue.

Seren n’hésita pas un instant et se dirigea vers la porte où elle se mit à frapper fort contre le panneau en bois épais. Un petit panneau de bois coulissa, puis une voix grave et puissante se fit entendre.

– Seren ?

– J’ai besoin de ton aide Rayburn, tu m’as toujours dit que tu serais là…

Le panneau de bois se remit en place et un cliquetis de clés se fit entendre. La porte s’ouvrit soudain en grand et un homme, ou plutôt un géant, apparut dans l’encadrement. Un humain, d’une cinquantaine d’années, tout en muscles, très brun, avec une barbe qui lui mangeait la moitié du visage, prit Seren dans ses bras et la souleva comme une poupée de chiffon.

– Rayburn, je t’en prie, tu me serres trop fort !

L’homme la reposa aussitôt au sol et, d’un mouvement du menton, les invita à entrer. Ils pénétrèrent dans une maison coquette, haute de plafond. La pièce principale était grande et chauffée par une haute cheminée. Plusieurs banquettes et fauteuils étaient disposés autour de cette cheminée et une grande table, entourée de chaises, se trouvait dans un coin de la pièce. En face de l’entrée montait un escalier qui menait à l’étage supérieur.

Le géant referma derrière lui et verrouilla les nombreux verrous. Il se tourna ensuite vers le couple et leur demanda :

– Bon, expliquez-moi un peu ce que c’est que tout ce bazar ! Toute la ville est en alerte et recherche une esclave dangereuse en fuite,  ainsi qu’un mage criminel.

Seren soupira et se laissa tomber sur l’une des banquettes. Rain se posta près de la cheminée, tout près de Seren, essayant de réchauffer son corps secoué de légers frissons, surement un effet secondaire du choc qu’il avait subi ce soir.

– Je suis désolée de te mettre dans l’embarras Ray. Je…je ne savais pas où trouver refuge.

– Pas de soucis, petite guerrière ! Tu sais bien que la promesse que je t’ai faite tiendra toujours.

– Je ferais mieux de commencer par le début. Rain je te présente Rayburn, ancien champion de Minrathie. J’ai dû le battre pour prendre sa place.

Avec un petit sourire, elle ajouta :

– Nous sommes amis depuis presque aussi longtemps que ma première entrée dans l’arène. C’est lui qui m’a aidé à me faire à ce nouveau monde, qui est essentiellement masculin. Il m’a prise sous son aile. Ray, je te présente Rain.

Elle chercha sa main et la serra dans la sienne, ce qui n’échappa pas à l’œil acéré de l’ancien champion.

– C’est mon… c’est un ami très cher, pas un criminel.

– Enchanté, Rayburn. Merci d’accepter de nous cacher.

Rayburn croisa les bras sur sa large poitrine et hocha la tête.

– Pas de problème. Les amis de Seren sont mes amis. Alors ? Tu as fini par envoyer bouler ce bon Darius ?

– Oui, enfin disons que ça n’est pas aussi simple que cela. Mais le fait est que je me suis enfuie et que Rain est recherché pour un crime qu’il n’a pas commis. Nous avions déjà pour projet de nous enfuir, mais pas avant demain soir. Nous avons donc besoin d’un refuge jusque-là.

– Tu sais bien que c’est d’accord ! Je vais vous chercher de quoi manger. Vous pourrez vous reposer un peu après, vous avez l’air épuisés tous les deux. Ne bougez pas !

Le géant sortit de la pièce et Rain vint s’asseoir à côté de la jeune elfe, leurs mains toujours unies. Seren posa simplement sa tête sur l’épaule du jeune homme. Ils ne dirent rien, se contentant de souffler un peu et de profiter de la présence de l’autre, leurs mains enlacées contre la cuisse de Seren. Quelques minutes plus tard, Rayburn revint avec un plateau garni de nourriture diverse, fromage, pain frais, poulet rôti ainsi qu’une bonne bouteille de vin. Il posa le tout sur la table. Seren et Rain s’attablèrent et firent honneur à l’hospitalité de leur hôte.

Rayburn se gratta la gorge et demanda :

– Alors, est ce que je dois préparer deux chambres ou…

Rain releva la tête de son assiette, croisa le regard brun de l’homme et clarifia :

– Non, une chambre suffira largement. Avec un seul grand lit.

Rayburn regarda en direction de Seren qui le nez plongé dans sa tranche de pain rougissait jusqu’au bout de ses oreilles pointues. Il sourit alors.

– Bien, comme vous voudrez. Je vais vous montrer votre chambre puis je vais faire un tour dehors pour aller aux nouvelles. Je passerai par mon petit passage secret pour plus de sécurité, conçut et construit par mes petites mains.

Seren haussa un sourcil :

– Tu as un passage secret ? Pourquoi je ne suis même pas étonnée !

– Hey ! On ne sait jamais quand on pourrait en avoir besoin. Regarde, aujourd’hui il va enfin me servir à quelque chose.

– Tu es l’homme le plus prévoyant ou le plus paranoïaque que j’ai jamais rencontré. Mais merci pour tout, Ray.

– Allez, arrête avec ça ! C’est à ça que sert les amis, non ?

Lorsque Rain et Seren furent repus, Rayburn les mena à l’étage et ouvrit la porte de leur chambre pour la nuit.

La pièce était petite avec juste de la place pour un grand lit double et une coiffeuse en bois. La chambre sentait bon le propre et la lavande. L’ancien champion prit la parole.

– Ça n’est pas grand-chose mais ça fera l’affaire pour une nuit. Faites comme chez vous, le garde-manger est en bas si vous avez encore un petit creux pendant la nuit. La fenêtre donne sur la rue, alors essayez de ne pas ouvrir les rideaux. Mais au moins ça vous permettra de voir ce qui se passe à l’extérieur sans sortir.

Seren se rapprocha de la fenêtre, soulevant un coin du tissu pour jeter un coup d’œil au-dehors. La lumière de la lune, pleine ce soir, éclairait tout presque comme en plein jour. Rain posa sa lance contre le mur et tendit la main à Rayburn.

– C’est parfait. Merci pour tout.

Celui-ci n’hésita pas et la serra dans sa grosse paluche.

– Reposez-vous et ne vous faites aucun souci.

Il sortit de la pièce et ferma la porte derrière lui.

Seren se tourna vers Rain et leurs regards se croisèrent, s’accrochèrent. Dans un même élan ils firent les quelques pas qui les séparaient. Leurs corps entrèrent en contact et leurs bouches se trouvèrent. Aussitôt ils approfondirent leur baiser et Seren gémit quand leurs langues se touchèrent, se cherchèrent, se caressèrent.

Leurs mains, fébriles, parcouraient leur corps, sans trop savoir où s’arrêter. Au bout de longues minutes, leurs lèvres se séparèrent. Elle sentit le soulagement envahir son être et le poids qui pesait sur elle depuis quelques heures s’allégea enfin. Ils posèrent leur front l’un contre l’autre. Seren, le souffle court murmura, la voix légèrement enrouée :

– J’ai cru t’avoir perdu…

– Si tu n’étais pas arrivée à temps, ça aurait pu être le cas. Mais tu es venue.

Seren baissa les yeux et posa un doigt sur la légère coupure qu’elle lui avait faite au cou.

– Je t’ai blessé.

– Non Seren, tu m’as sauvé. Ça, ce n’est qu’une égratignure.

Il baisa sa joue, sa pommette mais trop impatiente Seren bougea son visage de sorte que leurs lèvres se retrouvent. Les mains de la jeune elfe descendirent sur la tunique de Rain et commença à en défaire les boutons, avide de sentir sa peau sous ses doigts. Elle faillit en arracher un, qui lui résistait trop à son goût. Rain ne resta pas inactif, et lui aussi commença à déboutonner l’habit de Seren. A chaque baiser, leur impatience et leur désir montaient encore d’un cran et quand ils furent enfin torse nus, ils se serrèrent fort l’un contre l’autre, sans cesser de s’embrasser. Peau contre peau, leur frénésie redoubla d’intensité. Rain souleva la jeune femme et la porta jusqu’à la coiffeuse, où il l’installa. Lorsqu’il voulut se détacher de Seren, elle ne le laissa pas faire et lui mordit violemment la lèvre en représailles, récoltant un léger cri d’indignation. L’adrénaline qui avait parcouru leur corps pendant le combat et la fuite, coulait toujours dans leur veine et rendait leur étreinte passionnelle, presque brutale.

Rain tira les cheveux de la jeune elfe vers l’arrière, assez fort pour l’obliger à lui offrir son cou qu’il parsema de baisers et de légers mordillements, en descendant doucement. Les mains de Seren enserrèrent le visage de l’humain et essayèrent de l’attirer vers le haut. Rain, légèrement contrarié que l’on perturbe ses plans, attrapa ses deux mains et les plaqua contre le bois pour qu’elle ne puisse plus bouger. Il s’attarda sur la peau sensible entre sa nuque et son épaule. Il aspira la peau entre ses lèvres, laissant une marque bleuie. Seren gémit mais ne sut pas si c’était de plaisir ou de douleur. Rain lécha ensuite la peau meurtrie, comme pour se faire pardonner. Puis il reprit tranquillement sa descente et attrapa un mamelon entre ses lèvres. La jeune femme cria et arqua le dos pour lui présenter sa poitrine, priant pour qu’il n’arrête pas. Finalement, il relâcha les mains de Seren pour pétrir ses seins d’une main, alors que l’autre s’attaquait aux lacets de son pantalon. Il releva la tête et redonna ses lèvres à l’elfe qui ne demandait que cela. Seren, enfin libre, posa ses mains sur le torse de l’humain et pinça l’un de ses mamelons, récoltant un léger cri, étouffé par sa bouche. Ses ongles raclèrent sa peau, étonnamment douce et elle suivit la fine ligne de poils blonds qui descendait sur son ventre pour finir bien plus bas. Elle eut à peine le temps de défaire le nœud de son pantalon qu’il recula d’un pas. Elle posa les mains derrière elle et souleva légèrement les hanches. Il en profita pour retirer son bas d’un coup sec puis il se repositionna entre ses cuisses. Seren l’attira à elle et passa ses jambes autour de ses hanches, le retenant tout contre son corps, offert. Ils s’embrassèrent à nouveau, et la main de Rain empoigna un sein. Il le caressa un instant avant de descendre sa main plus bas le long de ses côtes puis vers son ventre. A son passage, la peau de la jeune elfe se hérissa et un frisson de désir anticipé la traversa.

Enfin, la main de son amant trouva ses chairs intimes, humides de désir. Elle détacha sa bouche de Rain pour crier son plaisir. Ils étaient sûrement seuls dans cette maison, elle n’avait pas à se retenir. Lorsqu’un doigt la pénétra brutalement elle comprit qu’elle ne pourrait plus attendre. Elle le voulait, et elle le voulait maintenant, elle en avait assez d’être patiente. Lorsqu’il voulut bouger son doigt, elle lui bloqua le poignet et, tout en le regardant dans les yeux, souffla :

– Non !

Perplexe, Rain se figea, interprétant son refus comme une volonté de tout arrêter. Mais Seren le contredit en finissant le travail qu’elle avait entrepris sur son pantalon. Elle abaissa le tissu un peu plus bas, sur les hanches du jeune homme, libérant son sexe douloureux. Elle se positionna au bord du plateau de bois et tout en le regardant dans les yeux, guida son membre en elle d’une seule et unique poussée. Elle gémit et enfonça ses ongles dans l’épaule de Rain. Celui-ci, les yeux mi-clos, essayait de se contrôler pour ne pas bouger.

Mais Seren l’agrippa par la nuque, rapprochant leurs deux visages jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent. Elle lui ordonna alors :

– Prends-moi, Alexei. Maintenant.

Comme libéré, Rain gémit et écrasa ses lèvres contre celles de la jeune femme. Puis, il posa sa main sur le haut de sa poitrine pour la pencher vers l’arrière. Seren s’exécuta volontiers et s’appuya sur ses mains, tout en écartant largement les cuisses.

Enfin, Rain bougea. Un coup très lent, qui l’électrisa tout entier. Il saisit alors l’une des jambes de la jeune elfe et accéléra légèrement ses coups de reins, voulant aller toujours plus loin. Seren manifesta son contentement en laissant s’échapper un cri de pur plaisir. Elle se pencha encore plus vers l’arrière, cherchant le maximum de sensations. Créateur que c’était bon ! Il se sentit si vivant, si heureux à cet instant. Et dire qu’il aurait pu tout perdre ce soir, mais que grâce à cette femme, il était là, en elle, avec toutes ses émotions intactes. Il prit le temps de l’observer un instant. A lueur de la lune, la peau de la jeune elfe était d’une blancheur irréelle et ses cicatrices ressemblaient à des arabesques fascinantes. Penchée vers l’arrière, les jambes écartées pour mieux l’accueillir, la poitrine gonflée et ses yeux verts déjà légèrement cerclés de rouge, brillants dans la clarté lunaire, elle était envoûtante. Elle méritait une autre vie, plus apaisante, sans violence, pleine de moments tendres et d’affection. Il ralentit alors le rythme de ses mouvements et se pencha pour l’embrasser doucement. Seren se laissa faire un moment mais, très vite, elle le prit par la nuque et approfondit le baiser, ondulant des hanches pour accélérer le rythme. Elle détacha ses lèvres de son amant et lui lança un regard sans équivoque.

– Ce n’est pas de ta tendresse dont j’ai besoin maintenant, Alexei. J’ai besoin de toi… tout entier, sans retenu.

Rain sourit ; c’était comme si elle avait lu dans ses pensées.

– A vos ordres, madame.

Il ressortit entièrement pour replonger violemment dans la chaleur de son corps. Puisqu’elle le demandait, il allait laisser parler son corps. Il bougeait à un rythme soutenu, allant plus fort à chaque coup de rein, pour le plus grand plaisir de la jeune femme qui ne pouvait plus arrêter ses gémissements. Les muscles du jeune homme étaient contractés par l’effort physique et une légère pellicule de sueur recouvrait son corps. Chacun de ses assauts faisait bouger la coiffeuse, qui cognait contre le mur au même rythme que ses vas et vients. Il empoigna alors la deuxième jambe de la jeune femme, relevant légèrement son bassin et cette nouvelle position faillit les rendre fous de désir. Rain accéléra encore et rejeta la tête en arrière, se sentant au bord de la jouissance. Mais il ne voulait pas partir seul. Heureusement pour lui, Seren semblait dans le même état. Elle avait les yeux clos, les mains crispées sur le rebord du meuble, et se mordait la lèvre pour ne pas hurler. Quelques coups de reins plus tard, Seren rejeta la tête en arrière dans un cri et son corps entier se contracta, attirant le sexe de Rain encore plus loin. Surpris, le jeune homme ne put se retenir plus longtemps et se laissa, lui aussi, aller à la jouissance en criant le nom de Seren.

Il relâcha les jambes de la jeune femme, le corps penché en avant, en appui sur la coiffeuse. Le front contre l’épaule de la jeune femme, il reprenait lentement son souffle. Seren passa une main dans les courts cheveux du jeune homme et couvrait sa tempe de tendres baisers.

Lorsqu’enfin Rain put à nouveau parler, il releva la tête et lui avoua.

– Je t’aime, Seren.

Voilà, c’était dit. Aujourd’hui il avait été à deux doigts de la perdre, et il ne voulait pas regretter de ne pas lui avoir confessé ses véritables sentiments. Leur situation était telle, que les non-dits n’y avaient pas de place.

La jeune elfe avait les yeux écarquillés, la bouche légèrement ouverte, les doigts immobiles dans les cheveux de son amant. Chaque seconde qui passait sans réaction de sa part, inquiétait un peu plus Rain.

– Seren ?

Subitement, un sourire radieux illumina les traits de la jeune femme et pendant un instant, Rain entre-aperçut la femme qu’elle aurait pu être, dans d’autres circonstances, sans l’arène, en continuant de grandir avec son clan. Elle avait le regard pétillant, les traits détendus et comme illuminés. Elle prit son visage en coupe et l’embrassa encore et encore, puis finit par lui dire dans un éclat de rire.

– Faiseurs, si tu savais comme je t’aime !

Rain sourit lui aussi et la porta finalement jusqu’au lit. Ils s’installèrent l’un contre l’autre, la tête de Seren sur la large poitrine de Rain, alors qu’il la serra tout contre lui, jouant avec l’une de ses longues boucles. Finalement, après quelques longues minutes de béatitude, la jeune elfe finit par lui demander :

– Qu’allons-nous faire demain ?

– Eh bien, le plan n’a pas changé, nous allons quitter cette ville maudite.

Il sentit le sourire de la jeune femme contre sa peau.

– Oh oui, avec plaisir ! Mais pour ma sœur ? J’ai tellement peur de ne pas réussir à la convaincre de nous suivre…

Il lui embrassa le haut du crâne :

– Nous ferons tout ce qu’il faut mais nous ne pourrons pas attendre éternellement qu’elle se décide. Avec ou sans nous, le bateau partira.

– Je sais, c’est juste que je m’en voudrais toute ma vie si je n’essayais pas.

– Je comprends, ne t’inquiète pas.

Le silence retomba. Finalement Seren se redressa et baisa les lèvres de Rain.

– Repose-toi, je prends le premier tour de garde.

Le jeune homme, déjà à moitié endormi, aurait voulu protester, mais il sentait bien que son corps avait besoin de repos.

– Réveille-moi dans deux heures, d’accord.

Seren sourit et embrassa son front. Puis, elle lui murmura :

– Toi aussi tu m’as sauvé ce soir, tu sais. Si tu n’avais plus été là, j’aurais tué tout le monde jusqu’à mourir.

Le mage utilisa les quelques force qui lui restait pour plonger ses doigts dans les cheveux de la jeune femme pour l’attirer vers lui et l’embrasser passionnément.

– Je suis là, je ne te laisserai pas seule Seren. Jamais.

Il sourit alors, malicieux.

– Mais là, j’ai vraiment besoin de dormir.

Seren rit, heureuse.

La nuit avait été calme. Seren avait laissé dormir Rain un peu plus longtemps que prévu et lorsqu’elle finit par le réveiller pour dormir à son tour, le ciel commençait déjà à s’éclaircir. Rain râla, mais la jeune femme savait parfaitement que le repos lui avait été bénéfique.

Lorsque Rain la réveilla à son tour, le soleil était déjà haut dans le ciel. Que c’était agréable de reprendre conscience en sentant les lèvres de son amant sur sa peau et c’est le sourire aux lèvres qu’elle ouvrit ses yeux. Elle reprit vite son sérieux, quand elle vit le visage grave de Rain.

– Rayburn vient de nous prévenir qu’il voulait nous voir en bas. Il a quelque chose à nous dire.

Rapidement, Seren s’habilla, légèrement anxieuse, sans trop savoir pourquoi. Elle s’équipa néanmoins de ses saïs et Rain empoigna sa lance. C’est main dans la main qu’ils descendirent les escaliers. Rayburn était assis à sa table, le visage grave et un léger air coupable inscrit sur le visage. Seren commença :

– Ray ? Tout va bi…

Elle fut coupée par une voix grave et profonde qu’elle ne connaissait pas et qui provenait d’un fauteuil tourné vers la cheminée. Une haute silhouette se leva alors. Seren avait déjà ses saïs en main. Bizarrement, elle avait l’impression d’avoir déjà vu cette personne. L’homme se tourna vers eux, les mains dans le dos et leur offrit un sourire qui n’atteignit pas ses étranges yeux argentés.

– N’en veuillez pas à ce bon vieux Rayburn, je lui ai un peu forcé la main. Mais laissez-moi me présenter ! Je m’appelle Magnus de la Maison Varinus.

Il ajouta avec un sourire carnassier :

– Oui, je suis le père de Darius et j’ai une proposition à vous faire.

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Chapitre 18 – D’enchaînée à déchaînée

Cela faisait maintenant quelques minutes que Seren luttait vainement contre les menottes qui lui enserraient les poignets. Elle ne réussit à rien, mis à part s’égratigner la peau et à saigner. Elle hurla sa rage, sa peine, mais personne ne vint.

Seuls les deux soldats qui gardaient sa porte lui répondirent et lui demandèrent de stopper ses hurlements. C’était fini. Elle ne pouvait plus rien faire. Rain allait être apaisé, allait oublier qui il était vraiment, et pour lui, elle ne serait plus rien d’autre qu’un vague souvenir. Alors elle s’effondra complètement. Des sanglots déchirèrent sa gorge et la secouèrent entièrement. Elle savait bien que cela ne servait à rien mais elle se sentait tellement impuissante. Elle essaya d’appeler son sang de Berserker mais cela non plus ne fonctionna pas, elle se sentait trop misérable.
Elle n’y arriverait plus. Comment continuer à vivre quand elle savait qu’elle était la cause de ce désastre ? Elle venait de détruire ce qu’elle avait de plus précieux dans sa vie. Elle ne faisait que détruire tout ce qu’elle touchait : son clan, Elora, Tia et maintenant, Rain. Non, non elle ne pouvait pas laisser faire ça. Elle en avait assez, plus qu’assez d’être sans cesse spectatrice de la perte de ceux qu’elle aimait.

Alors lorsqu’elle entendit du bruit derrière la lourde porte de sa cellule, elle recommença à s’activer sur ses chaines. Elle grogna d’exaspération devant la solidité du métal. Les soldats devant sa porte était manifestement en train de manger et l’un d’eux rota bruyamment. Elle devait réussir à s’échapper, elle ne laissera pas Rain tomber. Depuis qu’il était entré dans sa vie, il avait toujours été là pour elle. C’était maintenant à son tour de lui montrer qu’elle serait toujours là pour lui, quoi qu’il advienne.

Elle sentit ses forces lui revenir et tira sur les chaines qui reliaient ses menottes au mur. Lorsqu’elle sentit l’accroche bouger, elle redoubla d’ardeur. Elle devait se dépêcher, le temps était compté et le bruit qu’elle faisait allait forcément attirer les soldats, une fois qu’ils ne seront plus distraits par la nourriture. D’ailleurs elle était étonnée qu’ils n’entendent rien. Elle s’arrêta quelques secondes et tendit l’oreille. Rien, pas un bruit. Voilà qui eut le don de stopper ses tentatives d’évasion. Elle entendit un cliquetis de clés. L’une d’elle fut insérer dans la serrure de sa porte de cellule et subitement un flot de lumière pénétra dans la pièce. Seren détourna vivement les yeux puis, doucement, fit face à la personne qui venait d’entrer avec une torche. Lorsqu’elle la reconnut, elle écarquilla les yeux :

– Marva ?

La vieille elfe semblait peu sûre d’elle et regardait en tous sens comme si elle craignait à tout instant que quelqu’un ne sorte de l’ombre pour l’arrêter et la punir. Seren essaya, à nouveau, d’attirer son attention.

– Marva, qu’est-ce que tu … ?

Subitement, la cuisinière sembla reprendre ses esprits et son fort caractère reprit le dessus sur sa peur.

– Nous n’avons pas le temps pour ça, Dahlen. La drogue que j’ai mise dans leur repas ne sera pas éternelle ! Nous devons te sortir de là.
Elle se déplaça rapidement vers Seren et, grâce aux clés récupérées sur les soldats endormis, elle délivra rapidement la jeune elfe.

Aussitôt libérée, Seren frotta ses poignets douloureux et demanda tout de même :

– Mais pourquoi, Marva ? Pourquoi risquer ta vie pour moi ?

La vieille elfe lui prit alors les mains et la regarda dans les yeux.

– Je te connais depuis que tu es arrivée ici, il y a dix ans de cela. Je connais tous les esclaves de cette maison, d’ailleurs. J’ai parfois l’impression d’être votre grand-mère à tous.

Elle soupira puis reprit.

– J’ai été profondément choquée parce que t’as fait subir Maître Darius, il n’a pourtant jamais été violent avec nous. Mais il a toujours eu un comportement étrange vis-à-vis de toi. Je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit. Alors tu ferais mieux de t’enfuir, Dahlen, je sais que cela risque d’être compliqué mais tu dois au moins essayer.

– Non, protesta la jeune elfe, je ne peux pas m’enfuir Marva… pas sans Rain.

– Ce n’est qu’un Shem, Seren.

– Oui peut-être mais il est mon Shemlen et je ne laisserai personne lui faire du mal. Je dois y aller.

– Tu as peut-être une heure avant que les soldats ne se réveillent.

Darius est de sorti, fais en sorte de ne pas de faire voir et tout devrait bien se passer.

Seren prit l’elfe par les épaules.

– Sais-tu où ils ont emmené Rain, Marva ?

La cuisinière répondit, mais avec une légère hésitation, qui mit tout de suite la puce à l’oreille de Seren.

– Non, bien sûr que non. Je suis dans ma cuisine toute la journée, comment veux-tu que je saches une chose pareille. Tu devrais renoncer à ton plan et sauver ta vie.

Seren la regarda droit dans les yeux.

– Marva je t’en prie, si tu sais quelque chose dis le moi. Je remuerai toute la ville pour le retrouver mais, avec ton aide, j’y arriverai bien plus vite et plus discrètement.

La vieille elfe fouilla son regard et souffla :

– Il n’y a rien que je ne puisse te dire pour te faire changer d’avis, n’est-ce pas ?… Faiseurs, tu es amoureuse !

Seren hocha simplement la tête, refusant toujours de dire à voix haute ce que seul Rain avait le droit d’entendre. Comme résignée,

Marva, baissa la tête et avoua :

– J’ai cru comprendra que les Templiers parlaient d’emmener leur prisonnier à la Chantrie. C’est tout ce que je sais, je t’assure.

Aussitôt Seren la prit dans ses bras.

– Merci, merci pour tout. J’espère que tu n’auras pas d’ennui à cause de moi.

Marva lui rendit son étreinte.

– Bah, une vieille femme comme moi ne craint plus grand-chose. Sois prudente Dahlen et sois heureuse.

– Je vais essayer.

Après un dernier adieu, Seren se précipita vers le rez-de-chaussée.

Evitant tous les esclaves sur son chemin, elle parvint jusqu’à sa chambre. Rapidement elle prit ses saïs, se para d’une cape sombre et sortit. Après une hésitation, elle passa également dans la chambre de Rain et s’arrêta une seconde. L’odeur du mage imprégnait littéralement la pièce. Elle ne s’en était jamais rendu compte avant. Faiseurs, elle devait le sauver, elle n’était pas sûre que son cœur puisse résister à sa perte. Et elle devait donc se ressaisir. Elle scanna la pièce et trouva ce qu’elle était venue chercher. Elle empocha la bourse d’or qu’il avait dû recevoir les jours précédents et s’empara de sa lance. Elle savait qu’il y tenait et surtout qu’il en aurait besoin.

Seren se faufila ensuite dans les couloirs, elle ne rencontra, heureusement, qu’un seul elfe. Celui-ci sursauta en la voyant. Elle posa un doigt contre ses lèvres. Il fronça d’abord les sourcils mais finit par hocher la tête et par continuer son chemin sans plus lui prêter attention. Avec soulagement, elle sortit enfin de la maison par la porte arrière. Elle ne savait pas combien de temps il lui restait, mais elle savait qu’il n’était pas son allié et qu’elle n’en avait certainement plus beaucoup. Heureusement elle connaissait suffisamment la ville pour savoir exactement où elle devait aller. La ville abritait la Chantrie Impériale, le bâtiment le plus haut de la ville juste à côté de la Tour d’Argent où vivait le Divin, la personne la plus respectée et le rang le plus élevé de la Chantrie Impériale. Mais ce n’était pas vers celle-là que Seren dirigeait ses pas. Elle supposa que les Templiers avaient préféré l’emmener dans la Chantrie plus petite, construite plus récemment. Celle-ci se trouvait plus au nord à l’écart de l’agitation du centre. C’était donc un lieu plus propice à un rituel infamant et destructeur.

Elle passa par les petites rues qu’elle connaissait, à la fois pour ne pas se faire remarquer mais aussi pour aller plus vite. Enfin elle arriva en vue de la bâtisse, plutôt modeste. La Chantrie était en pierre claire, haute de plusieurs mètres. En temps normal, elle n’aurait pas eu trop de mal à y entrer. Les frères laissaient entrer tous les fidèles désireux de se rapprocher du Créateur.

Malheureusement, Seren et ses armes passaient assez peu inaperçu. De plus, elle remarqua que la grande porte était, pour une fois, fermée. Les Templiers ne voulaient certainement pas être interrompus. Si son calcul était exact, il ne lui restait plus qu’une dizaine de minutes avant le commencement de l’apaisement de Rain. La lance toujours en main, elle longea les murs de la Chantrie, essayant de trouver une entrée de service. Heureusement, elle vit l’un des frères ouvrir une petite porte dans un angle du bâtiment, sombre et à l’abri des regards. Rapidement elle se faufila à sa suite, pour se retrouver dans un couloir sombre. Elle entendit néanmoins des voix, provenant d’une porte toute proche. Deux frères, dont celui qui venait d’arriver, discutaient tranquillement.

– Alors qu’est-ce que j’ai manqué ? Les Templiers ont déjà commencé ? J’aurais tellement adoré voir ça de mes propres yeux !

Vu son enthousiasme et sa voix haut perché, il s’agissait certainement d’un très jeune frère. Son compagnon, manifestement plus âgé lui répondit :

– Aurelian, calme-toi. Tu sais bien que les Templiers aiment garder leurs secrets, surtout ceux de Férelden. Et oui, il me semble qu’ils ont commencé le rituel il y a quelque instant. Ils ont expressément demandé à ne pas être dérangés. Ils ont même postés deux gardes devant la porte pour s’en assurer.

Il ricana puis reprit.

– Le mage ne doit plus être très frais maintenant ! Pourtant il avait l’air puissant, il a donné bien du fil à retordre aux guerriers, ils faisaient moins les fiers tout à l’heure ! Il a failli s’échapper !

– Pff et je n’étais même pas là …

– Oui, c’était quelque chose. Je ne sais pas comment il a fait, mais il a réussi à les tenir en respect pendant un moment, usant de sa magie malgré les pouvoirs des Templiers. Ca les a rendus vert de rage ! Mais d’après les cris que j’ai entendus à l’instant, le mage doit maintenant ressembler à un légume.

Seren n’entendit même pas la suite, elle était arrivée trop tard. Ils lui avaient enlevé l’homme qu’elle aimait, retiré toute sa personnalité, ses émotions. Inconsciemment, elle prit appui contre le mur et avança mécaniquement, s’éloignant du babillage des deux frères. Son cœur battait la chamade, ses oreilles bourdonnaient et ses mains tremblaient. Un tourbillon d’émotions l’envahit. Une peine immense s’empara de son cœur et elle se sentit vide, déconnectée de la réalité. Puis, la peine laissa la place à une rage colossale qui lui fit subitement bouillir le sang. Elle resserra les doigts autour de la lance de Rain. Sa vision se brouilla, mais pour une fois, elle accueillit son pouvoir avec reconnaissance. Elle voulait leur faire payer, à tous. Même si elle devait mourir pour cela, aucun Templier ne sortirait d’ici vivant.

Ce fut la dernière pensée cohérente de la jeune elfe avant de sombrer et de laisser la place à Némésis, la Berserker.

Rain n’en pouvait plus. Il avait utilisé ses dernières forces quelques minutes auparavant et avait même failli réussir à s’échapper. Il avait saisi sa chance lorsque les Templiers s’étaient séparés pour la préparation du rituel. Il n’en restait plus que six avec lui, alors il avait utilisé ses anciennes capacités de templiers pour contrer la pression qu’il subissait et qui annihilait totalement ses capacités de mages. Subitement il avait à nouveau ressenti le flot de magie parcourir ses veines et en avait immédiatement profité. Heureusement, ces Templiers ne le connaissaient pas et n’avait aucune idée de ses capacités hors normes, il avait donc, en plus bénéficié de l’effet de surprise. Il avait lancé un puissant sort de glace qui avait paralysé tous les guerriers pendant de longues minutes. Malheureusement cet effort lui avait coûté toute son énergie. Il avait à peine réussi à se trainer à l’extérieur de la pièce, faire quelques mètres dans le couloir avant de se faire stopper par le reste des Templiers.

Ils l’avaient à nouveau maitrisé, lui avaient solidement attaché les mains dans le dos et le surveillaient constamment, ayant manifestement peur qu’il leur file entre les doigts. Comme s’il avait encore pu jeter le moindre sort ! Si la situation n’était pas aussi critique, il aurait ri. Mais la tête lui tournait, et un larsen constant avait envahi ses oreilles, ne lui laissant aucun répit.

Lorsque tout fut prêt, le chef des Templiers commença le rituel et, résigné, Rain baissa la tête. Le guerrier la lui releva et posa sa main à plat contre son front. Il psalmodia quelques mots dans une langue qu’il ne reconnut pas.

Le jeune homme essaya de se rappeler des moments agréables de sa vie. Son enfance avec sa sœur, leurs jeux dans la neige, la fierté de son père lorsqu’il avait commencé son apprentissage de Templier, la découverte de sa magie, son apprentissage et enfin sa rencontre avec Seren, leur premier baiser, leur première étreinte, les discussions qu’ils échangeaient jusque tard dans la nuit. Créateur, comme tout cela allait lui manquer. Enfin non, c’était cela le plus terrible, il ne se souviendrait certainement pas de tous ces sentiments. Il aurait tellement voulu revoir sa famille, sa sœur et sa mère surtout, pour les serrer une dernière fois dans ses bras et leur dire à quel point il tenait à elles. Et Seren, qu’allait-elle devenir ? Darius allait-il la torturer, la remettre dans l’arène pour l’y laisser mourir ? Il aurait voulu regretter tout ce qui s’était passé contre eux. Mais il n’y arrivait pas, même aujourd’hui, alors qu’il savait que cette relation qui s’était tissée entre eux allait les conduire tous les deux à leur perte. Il n’avait même pas pu lui dire quoi que ce soit avant que les Templiers ne l’emmènent. Mais après tout, qu’aurait-il pu lui dire ? Qu’il était désolé ? Qu’il aurait tellement voulu qu’ils réussissent à s’échapper tous les deux ? Cela ne faisait que quelques mois qu’il la connaissait mais il savait qu’elle avait pris une place importante dans sa vie et dans son cœur. Il voulait la … Subitement une douleur immense le parcourut et il hurla. Cela n’était ni physique ni mental, c’était comme si on essayait de trancher quelque chose en lui, quelque chose d’essentiel. C’était pire que tout ce qu’il avait ressenti dans sa vie, comme si on lui sciait un membre. Tout son être n’était plus que douleur extrême.

De ce fait, il n’entendit pas les coups sourds contre la lourde porte de bois, qui résonnèrent dans toute la pièce. Le chef des Templiers, distrait, stoppa le rituel, et Rain put, à nouveau respirer et reprendre un peu ses esprits.

Il se tourna vers la porte, qui tremblait sous les coups de butoir de la personne ou de la chose qui essayait de rentrer. Les Templiers se regardaient les uns les autres, perplexes. Finalement le chef demanda :

– Mais enfin, que ce qu’il se pass…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Les portes s’ouvrirent brusquement, et aussitôt, l’atmosphère s’alourdit sensiblement. Rain la ressentit presque physiquement, qui lui pesait sur les épaules, et il sut immédiatement qui venait d’entrer. Mais comment Seren pouvait-elle se trouver là ? L’aura de la jeune femme était si puissante qu’il avait presque du mal à la regarder. Il remarqua que les Templiers avaient instinctivement fait un pas en arrière et il les comprenait. S’il ne la connaissait pas, il aurait presque pu prendre peur, lui aussi. L’air autour d’elle crépitait, elle avait à la main sa lance de combat qui dégoutait déjà du sang de ses premières victimes. Dans son autre main, elle tenait une tête coupée qu’elle balança dans la pièce au pied du chef des Templiers. Mais le plus effrayant restait son visage. Il était comme déformé par la rage, ses traits presque méconnaissables. Et ses yeux ? Créateurs, ils étaient plus rouges encore que d’ordinaires et semblaient sans fond et plus brillants.

Elle fit quelques pas dans la pièce quand le chef des guerriers bégaya :

– Reculez ! Mais enfin, qu’êtes-vous donc ? Qu’est-ce que cette magie démoniaque ?

Seren avança encore d’un pas et Rain sentit que les Templiers usaient de leurs pouvoirs contre la jeune elfe. Rain savait qu’elle était puissante mais elle n’espérait tout de même pas de mesurer à douze templiers bien armés, entrainés et protégés ? Celle-ci s’avança pourtant encore, un sourire sardonique aux lèvres. C’est d’une voix qui sonnait presque double qu’elle ricana :

– Inutile messieurs. Je ne suis pas « magique », je suis juste…moi !

Aussi rapide que l’éclair, Seren se téléporta presque devant l’un des guerriers. Celui-ci n’eut même pas le temps de réagir, la jeune femme transperça son armure comme si ça n’était que du tissu et lui infligea une blessure fatale à l’abdomen. Il périt avant même de tomber au sol. La mort de leur compagnon eut le don de réveiller les autres qui se précipitèrent vers elle quatre par quatre. Elle se débarrassa du premier pack, sans faire d’effort particulier, comme si elle était à l’entrainement. Le deuxième groupe lui résista un peu mais guère plus. Elle faisait tournoyer sa lance avec beaucoup de dextérité et chaque fois qu’elle l’abaissait, c’était pour porter un coup à l’ennemi. Ses gestes étaient précis, mesurés, presque beaux. Rain en profita pour se reculer légèrement. Le chef des Templiers était tout entier concentré sur le combat de ses hommes et lorsqu’un des cadavres fut propulsé près de lui, il se précipita vers l’épée qu’il avait toujours à la main pour essayer de sectionner la corde qui lui maintenait les mains dans son dos. Il grimaça quand il sentit la lame affutée lui entailler la peau.

Pendant ce temps, Seren s’occupait toujours des Templiers. Si les huit premiers étaient des novices, elle se battait maintenant contre deux guerriers beaucoup plus expérimentés. De plus, ils semblaient avoir l’avoir l’habitude de se battre ensemble et donnaient plus de fil à retordre à Seren. Elle dut passer à une méthode plus défensive et attendre le bon moment pour attaquer. Enfin, elle vit une faille et s’y engouffra tout de suite, blessant le premier guerrier qui s’effondra au sol, inconscient. L’autre ne résista pas longtemps et finit aussi mort que ses compagnons. Rain s’était maintenant presque libéré et, du coin de l’œil, il vit le chef des Templiers fulminer littéralement. Il dégaina sa lame mais ne bougea pas encore. Il fit juste un petit signe de la tête à ses deux derniers guerriers debout. Ils se précipitèrent vers Seren et l’attaquèrent d’emblée, sans réelle stratégie mais avec force.

Ils étaient doués, très doués. Assez pour faire reculer la jeune femme. Dans un hurlement, le chef entra à son tour dans le combat, profitant de l’avantage que ses hommes avaient réussi à arracher.
Enfin, Rain sentit les cordes tombées à terre. Il essaya de se relever, mais se sentit faible sur ses jambes. En appui contre le mur, il se redressa tant bien que mal.

Seren était en difficulté pourtant elle avait réussi à en blesser un. Mais le petit groupe de Templiers tenait bon. Rain frémit lorsqu’il vit une lame passer très près du cou de Seren. Il tenta de lever une barrière autour d’elle, mais sa magie était aussi faible que lui. Il avait besoin de repos ou de lyrium. Seren allait devoir se débrouiller seule. L’un de guerrier l’entailla au bras, ce qui enragea la jeune elfe. Elle redoubla de force et d’énergie, ses mouvements devinrent presque flous et, enfin, elle se débarrassa d’un des derniers guerriers. Il n’en restait plus qu’un et leur chef, qui commençaient tous deux à fatiguer. Ils réussirent à l’acculer dans un coin de la pièce et à coincer son arme. Prise au piège, Seren ne pouvait plus bouger, à moins de lâcher son arme.

Le chef allait abaisser son épée sur elle mais au dernier moment elle lâcha la lance et roula sur le côté. Elle recula de quelques pas attendant que ses ennemis se tournent vers elle. Lorsqu’ils se trouvèrent à nouveau face à face, elle sourit. Vivement, elle attrapa un saï et le lança. L’arme fila et atterrit directement dans l’œil du guerrier. La lame transperça son globe oculaire et finit sa course dans son cerveau, le tuant sur le coup.

Seren, armée d’un seul saï, fit face au chef des Templiers.

– Démone ! Je vais me faire un plaisir de te renvoyer à l’enfer auquel tu appartiens.

Seren se contenta de lui sourire. Le duel s’engagea, féroce, intense. Le Templier jetait ses dernières forces dans le combat alors que Seren semblait à peine essoufflée. Et finalement, ce fut lui qui commit une erreur. Il ouvrit sa garde, ce qui permit à Seren de se faufiler pour se mettre au corps à corps sans être inquiétée par la lame du guerrier. Elle plongea son saï dans la gorge de l’humain, libérant un flot de sang. L’homme essaya de parler mais la vie s’échappait déjà de son corps et, lorsqu’il essaya d’ôter la lame de son corps, ses mains glissèrent sur son propre sang. Il tomba à genoux devant Seren, qui d’un geste du pied l’envoya s’écrouler au sol. Quelques secondes plus tard, il exhala son dernier souffle, les yeux grands ouverts.

Calmement, Seren récupéra ses saïs et les essuya sur les cadavres encore frais. Puis, elle reprit la lance dans ses mains et sembla soudain se rappeler de l’existence de Rain, toujours debout contre le mur.

Elle s’approcha de lui, comme un fauve le ferait devant quelque chose qui l’interpelle, méthodiquement et avec prudence.

Lorsqu’elle fut proche de lui, elle leva vivement la lame vers le cou du jeune homme, entaillant légèrement sa peau. Elle lui dit alors, avec cette étrange voix :

– Tu n’as pas peur de moi.

Contrôlant ses émotions, Rain tenta de lui répondre d’une voix neutre.

– Je n’aurai jamais peur de toi, Seren.
La jeune femme haussa un sourcil et intensifia encore son aura, rendant l’air autour d’elle presque irrespirable.

– Pourquoi ?

Rain déglutit et fit un effort considérable pour garder le contrôle de lui-même.

– Parce que tu ne me feras jamais de mal. Parce que j’ai confiance en toi.

Elle lâcha soudain la lance et se prit la tête entre les mains en hurlant de douleur. Rain se précipita à ses côtés et l’obligea à le regarder dans les yeux.

– Seren ? Regarde-moi ! Tu peux le faire. Reprends le dessus. Rappelle-toi, tu n’es pas un monstre.

Le visage de la jeune elfe exprima une douleur intense et le vert se battant contre le rouge dans ses yeux. Elle tomba à genou et Rain essaya d’accompagner son mouvement du mieux qu’il put. Il la prit dans ses bras et la berça. Il n’allait pas la laisser se perdre. Jamais ! Il aurait voulu l’apaiser avec sa magie mais il n’avait que sa chaleur et ses bras pour l’aider. De plus, ils ne pouvaient pas rester là. Quelqu’un allait finir par venir et voir le massacre.

– Seren, je t’en supplie, il faut que tu reviennes ! Nous ne pouvons pas rester ici.

Enfin la jeune elfe sembla reprendre ses esprits. Elle releva la tête et seules quelques tâches rouges subsistaient.

– Faiseurs, Alexei ! Tu vas bien ?

L’humain l’embrassa sur le front.

– Oui grâce à toi, je vais bien, mais nous devons partir !

Seren se redressa péniblement.

– Oui, oui. Je … connais un endroit. Suis-moi, nous n’avons plus beaucoup de temps avant que …

La cloche de la Chantrie se mit alors à sonner. Les deux jeunes gens se regardèrent pendant un millième de seconde avant de décider de courir, de s’éloigner de cette horrible pièce, se soutenant l’un l’autre.

Ils étaient en vie.

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Chapitre 17 – La fin du rêve

Quelques jours plus tard les plaies de Seren étaient refermées grâce aux soins de Rain, mais elle avait encore du mal à bouger sans qu’elle ne sente sa peau tirer. Elle faisait tout de même l’effort de se lever et de marcher un peu. Cela lui faisait du bien, si elle faisait abstraction des regards compatissants de tous les autres elfes. Darius ne les punissait que rarement. Lorsqu’il n’était pas content d’un esclave, il le revendait et ne s’embarrassait que rarement de la tâche ingrate de le punir. Et puis il s’agissait de la « championne », la « petite préférée » du maître. Néanmoins les autres esclaves semblaient plus peiner pour elle que ravie de sa situation.

Comme promis, Rain et elle ne se voyait que rarement et toujours brièvement, évitant un maximum d’attirer l’attention sur eux.

Elle ne croisa qu’une fois Darius. Elle garda la tête bien haute et lui dit bonjour comme si de rien n’était. De son côté le Magister lui demanda simplement si elle allait bien et si elle pensait pouvoir reprendre les combats rapidement. Pour une fois elle n’eut aucun scrupule à lui dire qu’elle ne se sentait pas encore au mieux de sa forme et que selon Rain, elle ne pourrait pas reprendre les combats avant au moins une bonne semaine. Elle ne voulait absolument pas mourir bêtement dans l’arène alors qu’elle touchait la liberté du bout des doigts. Elle n’avait plus de compte à rendre à Darius, et elle le quitterait sans un soupçon de remord ou de regret. Leur échange fût bref et assez tendu. Mais elle n’en avait plus rien à faire à présent.

La semaine paraissait s’étirer en longueur et pourtant elle avait une peur terrible à l’approche de l’échéance. Pour le moment elle pouvait encore rêver, se dire que tout était possible, mais si jamais quelque chose venait contrarier leurs plans, elle n’était pas sûre de pouvoir faire face à la déception qui en découlerait. Et puis ils n’avaient toujours pas trouvé un moyen de secourir Elora.

La veille d’embarquer, Seren était dans un état de nerf indescriptible mais elle tenta de faire bonne figure pour ne pas se faire remarquer. Elle apprit avec soulagement que Darius serait absent une partie de la journée. Elle proposa donc à Rain de se défouler un peu ensemble. Elle avait besoin d’évacuer la tension qui s’accumulait dans son corps, augmentant son rythme cardiaque et crispant tous ses muscles. Rain approuva aussitôt. Tout ce qui pouvait le distraire de ses pensées était bon à prendre.

Le soleil était haut dans le ciel lorsqu’ils se mirent face à face, armes levées, un léger sourire sur les lèvres.

– Bien, je propose un petit duel. Tous les coups sont permis, annonça Seren.

Le sourire de Rain s’agrandit.

– Inutile de me le dire deux fois.

Il attaqua immédiatement, faisant rire Seren. Ils enchaînèrent quelques passes, plutôt agressives, jusqu’à ce que Seren prenne légèrement le dessus, faisant reculer Rain vers les arbres fruitiers, l’acculant contre un tronc. Elle allait lui porter le « coup fatal » lorsque étrangement, elle vit le sourire de Rain s’élargir. Au même moment, elle sentit un froid intense dans ses pieds, qui remontait doucement vers ses mollets, puis ses cuisses. Elle était maintenant incapable de bouger ses membres inférieurs. Les Sais toujours dressés pour l’attaque, elle leva la tête vers Rain et fit une moue contrariée.

– Tu triches !

Rain éclata de rire.

– Tous les coups sont permis non ?

Seren ne pouvait pas laisser cet humain et son sourire suffisant gagner. D’un mouvement souple du poignet elle envoya voler l’une de ses armes. Elle fila comme le vent pour se planter à quelques millimètres de la tête de Rain, sur sa gauche. Le rire de Rain s’arrêta immédiatement et ce fut au tour de Seren d’afficher un sourire qui disait nettement « rira bien qui rira le dernier ».

– Pas mal, concéda-t-il, mais est-ce très intelligent de se débarrasser de son arme ?

– C’est pour cela que j’en ai deux. Maintenant si tu voulais bien arrêter tes tricheries je pourrais t’achever correctement.

Rain haussa un sourcil.

– J’aimerais bien voir ça …

Il relâcha son emprise sur sa magie et elle se jeta aussitôt sur lui. La lutte reprit de plus belle, mais Seren était effectivement désavantagée par la perte d’une de ses armes. Rain en profita et réussit à faire en sorte que ce soit Seren qui se retrouve plaquée contre l’arbre. Il allait lui porter un coup de taille avec son bâton quand Seren arriva, in extremis, à le bloquer avec son Sai. La force de Rain était considérable et ses mains tremblaient sous l’effort. Finalement ses muscles lâchèrent. Son Sai tomba au sol et le bout du bâton frôla la peau de son cou. Ils avaient tous les deux la respiration saccadée, et l’adrénaline leur parcouraient les veines. Le regard de Rain était braqué sur les lèvres de la jeune femme et celle-ci ne le quittait pas de yeux.

Cela faisait des jours qu’ils ne s’étaient pas touchés, surtout alors qu’ils étaient si proches l’un de l’autre. Sans trop savoir comment, le corps de Rain s’était rapproché du corps de la jeune femme et leur visage n’était séparé que par quelques centimètres et par le bâton de Rain.

– Seren ?

– Humhum ?

– Depuis combien de temps ne t’ai-je pas embrassée ?

– Mmmm…. Une éternité je dirais.

– Il est donc temps de remédier à cela.

D’un même mouvement, Rain lâcha son bâton qui alla se perdre dans l’herbe, plaqua son corps contre celui de la jeune femme et fendit sur sa bouche. Seren lui prit le visage en coupe et alla, elle aussi à la rencontre de ses lèvres. Les mains de Rain semblaient être partout à la fois, alors que leur baiser s’intensifiait et Seren eut bien du mal à se retenir de gémir de contentement. Ses mains s’étaient perdues dans les cheveux de Rain, essayant de l’attirer encore plus près d’elle. Lorsqu’après de longues minutes d’étreinte, ils se séparèrent enfin, Seren essaya de se montrer raisonnable.

– Nous devrions arrêter… Darius pourrait rentrer ou un esclave pourrait nous voir…

Rain frôla ses lèvres en une caresse langoureuse et finit par murmurer :

– Oui tu as raison. Et demain soir nous n’aurons plus à nous cacher.

– Oui demain soir…et je maintiens que tu as triché pour gagner.

Rain rit et s’éloigna à contrecœur de la chaleur de la jeune femme.

Ils ne leur restaient plus qu’à trouver un plan pour Elora. Seren adressa une prière muette aux Dieux.

«  Faiseurs, faîtes que tout se passe bien ! »

Darius en avait eu assez d’attendre. Après des jours à observer son invité et son esclave, il n’avait rien trouvé ou vu qui puisse faire penser qu’ils avaient une liaison. Mais il devait bien avouer qu’Emilia avait su piquer sa curiosité et pour en avoir le cœur net, il fit semblant, cet après-midi, d’avoir des choses à faire à l’extérieur. Il se posta devant une fenêtre qui donnait sur le jardin à l’abri des regards de ses esclaves. Il savait que Seren appréciait les jardins et il se dit que si quelque chose devait arriver, cela se passerait certainement ici, loin de l’agitation de la maison et des autres elfes.

Sa patience fut effectivement récompensée lorsqu’il vit Rain et Seren pénétrer dans les jardins. Ils commencèrent par se battre l’un contre l’autre et il dut bien admettre que Rain n’était pas mauvais, tenant tête à la plus grande guerrière de la ville. Il le vit user de sa magie puis reprendre le dessus pour finalement gagner le duel.

Ce qu’ils firent ensuite… Créateurs ! Il n’en croyait pas ses yeux ! A ce niveau ils ne s’embrassaient pas, ils se dévoraient la bouche ! Comme il avait été naïf ! Cela le tuait d’avouer qu’Emilia avait eu raison sur toute la ligne. Cela faisait sans doute un bout de temps qu’ils devaient se payer sa tête. De la part de Rain cela ne le surprit pas tellement, mais de Seren ? Il avait toujours pensé qu’elle s’était amourachée de lui, qu’elle ne voyait que lui. D’ailleurs il entretenait soigneusement ce sentiment, pour qu’elle exécute ses ordres sans discuter. Après tout elle était assez puissante pour le blesser si elle le souhaitait. Et là elle se frottait à cet humain comme une chienne en chaleur.

La colère finit par obscurcir complètement sa vision, et il ne remarqua même pas qu’il serrait tellement les poings qu’il commençait à saigner. Dans un geste de fureur pure, il envoya son poing dans le mur s’écorchant la jointure des doigts. Il allait leur faire payer, rappeler à Rain qui avait toutes les cartes en main et à Seren qu’elle lui appartenait, corps et âme, et qu’il ne la laisserait pas lui échapper aussi facilement.

Il allait devoir reprendre les rênes de cette maison, il n’était pas le Magister le plus puissant de la ville pour rien, il avait le bras long et l’esprit retors.

Les yeux étrécis, le cerveau en ébullition, Darius se détourna de la fenêtre. Il avait un plan à mettre en action.

En début de soirée, Seren essayait toujours de se distraire un maximum. Elle était dans sa chambre, avachie dans son fauteuil préféré, et s’était plongé dans un roman d’aventures. L’action y était omniprésente de sorte qu’elle était entrée dans le récit rapidement, oubliant pendant un instant ses soucis. Soudain elle sursauta en entendant des coups à sa porte. La voix d’une elfe lui parvint :

– Seren ? Maître Darius veut te voir dans son bureau.

Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Que lui voulait-il ? Envisageait-il de s’excuser ? Non certainement pas. Ça n’était pas son genre. Alors quoi ? La seule façon de la savoir était encore d’y aller.

Avec beaucoup d’appréhension, elle alla finalement frapper à la porte du bureau du Magister. La voix grave de Darius lui répondit :

 – Entre Seren.

Lorsqu’elle pénétra dans la pièce, la première chose qu’elle remarqua fut la présence de Rain dans la pièce et son cœur s’emballa. Elle avait un très mauvais pressentiment et le calme apparent de Darius ne fit rien pour la rassurer. Il était assis  derrière son bureau, les mains jointes devant lui, les coudes en appui sur la surface en bois. Elle jeta un coup d’œil vers Rain mais celui-ci restait impassible et ne la regarda même pas. Un long silence s’installa et l’atmosphère de la pièce se refroidit de plus en plus.

Enfin Darius prit la parole, et cette seule phrase lui glaça le sang.

– Je n’étais pas de sortie cette après-midi.

A nouveau, le silence s’étira, mais cette fois, Rain et elle échangèrent un bref regard. Darius reprit :

– Je suis tombé sur une scène étrange dans mes jardins… Il semblerait que deux personnes, sous ce toit, me mentent et me prennent pour un idiot fini !

Seren tenta aussitôt de s’expliquer :

– Darius, tout est de ma faute ! C’est moi qui …

Le Magister se leva brusquement de son siège et lui ordonna, en criant :

– Tais-toi Seren ! Comment as-tu osé ?

Soudain, un calme étrange envahit Seren. Après tout qu’avait-elle fait de mal ? Elle avait juste décidé de vivre sa vie, pour elle, d’être heureuse. Alors elle lui demanda simplement :

– Comment j’ai osé quoi, Darius ?

Celui-ci se mut rapidement pour se retrouver face à la jeune elfe, à seulement quelques millimètres de son visage. Il  lui caressa lentement la joue puis lui agrippa soudain le cou, rendant sa respiration difficile. Rain fit alors un pas vers eux et ordonna d’une voix sèche à Darius :

– Lâchez-la Darius !

Le Magister resserra, au contraire, son étreinte et annonça :

– Vous avez l’air d’oublier une chose essentielle. Seren m’appartient. J’ai le droit de vie ou de mort sur toi, ma championne. Si je te demande de sauter du haut d’une falaise, tu le ferras. Si je te demande de tuer Rain, tu le ferras.

Il haussa subitement la voix :

– Parce que je suis ton maître !

Sans quitter des yeux le visage de Seren, il reprit plus calmement :

– Quand à vous Rain, est-ce ainsi que vous remerciez les personnes qui vous aident et vous offrent l’hospitalité à Férelden ? En essayant de voler les biens de votre hôte ?

Rain le reprit aussitôt :

– Seren n’est pas votre bien. C’est une personne Darius, pas un objet. Et cela vous semblez l’oublier !

Darius se tourna vers lui, un sourire cruel aux lèvres.

– Non effectivement, elle n’est plus mon bien actuellement. Elle est devenue votre chienne.

Rain fronça les sourcils et serra les poings face à cette insulte. Darius tourna à nouveau son attention vers Seren et poursuivit :

– Mais je vais être magnanime. Nous nous connaissons depuis un moment toi et moi ma championne. Ne laissons pas cet homme tout gâcher.

Il se pencha vers son visage et posa son front contre celui de la jeune elfe, la main toujours serrée autour de son cou.

– Reviens vers moi Seren et je te promets que ta punition ne sera pas si terrible. Les choses changeront entre nous, il suffit de nous débarrasser de lui. Il ne restera que toi et moi. Je pourrais même envisager de réduire tes passages dans l’arène… Tout ce que tu as à faire c’est de me demander pardon.

Seren frissonna. Elle ne voulait pas de Darius, ce temps était fini et rien qu’à l’idée de retourner dans l’arène, son estomac se souleva. Elle en avait assez d’obéir aveuglément. Cette vie ne lui avait jamais rien apporté. Et surtout elle ne voulait pas s’excuser pour les seuls moments de sa vie d’esclave où elle avait connu le bonheur, dans les bras de cet homme que Darius lui demandait de renier. Alors elle lui répondit calmement, sachant pertinemment qu’elle n’arrangerait pas la situation. Mais elle ne voulait plus mentir, plus se cacher. Une larme unique roula sur sa joue :

– Non Darius. Et je ne vous obéirai plus sans poser de question. Il fut un temps où j’aurais accepté avec joie d’être à vous corps et âme. Mais vous n’avez fait que jouer avec moi. Et je ne suis pas un jouet. Je n’ai pas non plus à demander pardon pour avoir été heureuse avec Rain pour la première fois depuis des années. Libérez-moi Darius. Je sais que vous n’avez pas un mauvais fond, alors rendez-moi ma liberté. Rain et moi partirons…

Darius recula son visage du sien et lui souffla :

– Ah ma Seren… tu viens de faire le mauvais choix.

Il haussa alors la voix, ayant manifestement anticipé la réponse de la jeune elfe.

– Messieurs, vous pouvez entrer.

Seren, toujours prisonnière de la main de Darius, ne put tourner la tête pour voir ce qui se passait. Mais elle entendit la porte s’ouvrir et le cliquetis caractéristique des armures. Du coin de l’œil, elle vit Rain se crisper et devenir subitement blanc. Darius la jeta alors vers l’arrière et elle buta contre le métal froid d’une armure. Aussitôt elle fut immobilisée par les soldats de Darius. Avec horreur elle vit enfin la cause du trouble de Rain. Quatre templiers venaient de pénétrer dans la pièce et manifestement ils usaient de leurs pouvoirs pour maîtriser Rain. Celui-ci se tenait maintenant la tête entre les mains, comme sous le coup d’une douleur immense. Seren comprit tout de suite que la situation était très grave. Elle se débâtit violemment contre la puissante poigne des deux hommes qui la retenaient. Elle se tourna alors vers le Magister :

– Darius, non ! Je vous en prie ne faîtes pas ça ! Tout est de ma faute ! Laissez-le s’en aller. Je ferais tout ce que vous souhaitez mais ne faites pas ça ! Ne faites pas de mal à Rain !

Les templiers se rapprochèrent de Rain et lui nouèrent les mains derrière le dos. Le visage du mage exprimait une grande souffrance et il semblait comme hébété. Malgré tout, il arriva à articuler :

– Darius, vous savez ce qu’ils vont me faire n’est-ce pas ?

Le visage fermé, Darius lui répondit :

– Bien sûr. J’aimerai pouvoir vous dire que je suis désolé, mais je ne vous ai jamais aimé Rain. Vous avez trahi ma confiance en vous servant de mon bien, je ne vois pas pourquoi je devrais continuer à vous couvrir. Après tout vous êtes un criminel.

Le chef des templiers intervint.

– Nous vous remercions de votre coopération monsieur. La sentence sera exécutée ce soir. Il ne nous faudra qu’une petite heure pour préparer le rituel.

– Bien ! Messieurs je ne vous retiens pas. Seren tu ferais bien de dire adieu à ton amant.

Les larmes coulaient maintenant librement sur ses joues et la jeune elfe n’arrivait pas à croire que tout ceci n’était pas un cauchemar. Elle n’arrivait pas à se dire que dans une heure Rain serait apaisé, qu’il ne ressentirait plus rien. Qu’il ne saurait pas à quel point elle l’aimait et ne pourrait plus le comprendre. Pourtant elle ne pouvait se résoudre à le lui dire devant Darius et les templiers, c’était quelque chose de trop intime qui n’appartenait qu’à eux. Alors elle essaya de lui dire autrement. Elle chercha son regard et le trouva. Rain faisait visiblement un gros effort pour rester concentrer sur elle. Elle tenta de lui transmettre tout ce qu’elle ressentait pour lui dans ce simple regard. Il lui sourit doucement, comme s’il avait compris, puis gémit tout à coup, la douleur étant trop forte. Les templiers le poussèrent sans ménagement vers la sortie et Seren ne le quitta pas un instant des yeux. Elle ne se rendait même pas compte qu’elle répéta doucement, comme une litanie :

– Non, non, non …

Elle tenta une dernière fois de se libérer, se débattant comme une furie et réussit à se libérer momentanément. Elle se précipita vers la porte mais une douleur subite l’arrêta. Un courant électrique la parcourut de part en part, la clouant sur place. La voix de Darius claqua comme un coup de fouet :

– Rattraper-la, idiots ! Et aller l’attacher dans le sous-sol.

Il s’approcha de Seren et lui prit le menton dans la main.

– Tu y resteras quelques jours, le temps que je trouve la punition adéquate pour toi aussi.

Les soldats la saisirent à nouveau et la guidèrent vers le sous-sol de la maison. L’un deux ouvrit la porte d’une cellule. Ils attachèrent ses poignets à de lourdes menottes retenues par des chaines au mur. Puis ils refermèrent la porte. La laissant dans le noir absolu. Seule avec son désespoir et sa peine.

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Chapitre 16 – Panser ses plaies

Rain se pressa dans les couloirs. Il passa directement par les cuisines pour faire bouillir un bac d’eau puis s’arrêta dans sa chambre pour y récupérer des racines d’elfidés moulues qu’il mélangea à l’eau. Ces plantes avaient d’excellentes vertus antiseptiques. Il attrapa de quoi lui faire un cataplasme et une fois cela fait, il se précipita dans la chambre de Seren.

Aussitôt qu’il passa la porte, l’odeur du sang agressa ses narines. Les soldats avaient déposé la jeune femme, sans ménagement, sur le lit. Elle était couché sur le ventre, ne bougeait pas et avait les doigts crispées par la douleur. Elle lui tournait le dos, le visage dirigé vers la fenêtre.

Rain s’avança vers le lit. Il posa la bassine d’eau aux herbes sur la table de nuit et se pencha vers elle. Il dégagea gentiment les mèches de cheveux qui lui barraient le visage et murmura son prénom. Fournissant un effort considérable, les yeux de Seren papillonnèrent. Elle eut du mal à fixer son regard, mais finalement elle croisa enfin les yeux de l’humain. Légèrement confuse, elle balbutia d’une voix rendue pâteuse par la douleur :

– Alexei …je suis tellement désolée, je ne voulais pas perdre le contrôle mais elle…

– Chuuut ! Tout va bien Seren. Tu n’as pas à t’excuser de quoi que ce soit. C’est moi qui suis désolé. Darius m’a interdit d’utiliser ma magie pour te soigner. Et je suis sûr qu’il serait capable d’aller vérifier lui-même et de te faire subir à nouveau le fouet s’il voit que je t’ai soigné. Je vais donc devoir utiliser des méthodes plus traditionnelles. Mais ça sera certainement plus douloureux…

Il déposa un baiser sur son front et répéta :

– Pardonne-moi.

Elle essaya de lui sourire.

– Tout va bien. Je connais la douleur…

Il se redressa et observa pour la première fois l’étendue des dégâts. La peau de son dos avait été arrachée à de multiples endroits et si le sang avait déjà séché pour la plupart, certaines plaies étaient profondes et saignaient encore. Il devait commencer par nettoyer les plaies et cela risquait de ne pas être agréable. Il prit le chiffon propre qu’il avait apporté et le plongea dans l’eau bouillante. Avec beaucoup de douceur, il tapota légèrement ses plaies pour enlever le sang séché et les nettoyer correctement. Mais malgré toutes ces précautions, il sentit le corps de Seren se crisper et entendit la respiration de la jeune elfe se couper brusquement. Lorsqu’il passa sur ses plaies plus profondes, elle ne put empêcher un léger gémissement de douleur de franchir ses lèvres.

Rain essaya de se maîtriser, mais il sentit la colère et l’impuissance prendre le dessus sur tout le reste. Il jeta brusquement le morceau de tissu dans le bac d’eau.

– Ça suffit ! J’ai supporté de te regarder souffrir assez longtemps comme ça !

Il posa les mains sur son dos, mais Seren bougea vite malgré ses blessures et lui attrapa le poignet.

– Non Alexei ! Il pourrait te le faire payer !

Rain la fit doucement se rallonger et la jeune elfe obtempéra, trop épuisée pour lutter. Il passa le dos de son doigt contre sa joue et la rassura.

– Rassure-toi, je le sais bien. Il m’a, en effet interdit de te soigner, mais il n’a rien dit contre ça.

Il posa à nouveau ses mains sur le dos de la jeune femme et diffusa sa magie. Aussitôt Seren sentit un bien-être salvateur l’envahir, son corps se détendit. La douleur avait laissé la place à un froid intense mais aucunement désagréable. Le genre de froid qui apaise la douleur, qui engourdit légèrement et vous donne envie de vous pelotonner sous les couvertures.

Enfin, Seren décrispa ses doigts et sourit.

– Faiseurs, comme cela fait du bien ! Merci beaucoup, je ne sens presque plus rien.

– Tant mieux.

Il se remit au travail, sans crainte cette fois de la blesser plus que nécessaire.

– Je suis désolé pour ce qui est arrivé à ta sœur. Personne ne mérite l’apaisement, encore moins les innocents.

Lorsqu’il eut finit de nettoyer les plaies, il commença la décoction du cataplasme. Seren murmura.

– Tout est de ma faute, c’est moi l’ainée de la famille,  j’aurais dû la protéger mais maintenant il est trop tard. Je ne peux plus rien pour elle. Et je ne suis même pas sûre qu’elle veuille de mon aide. Mais je ne peux pas me résoudre à la laisser. Je dois trouver un moyen de l’arracher aux griffes de cette sorcière…

Elle sentit les doigts de Rain, enduits de pâte froide contre sa peau et en soupira de contentement.

– Je sais Seren. Mais pour le moment, nous devons d’abord penser à un moyen de te sortir de là. Je pense qu’Emilia n’en a pas fini avec toi, elle ne s’arrêtera que lorsqu’elle t’aura détruite. Et il est hors de question que je la laisse faire. C’est la dernière fois que je la laisse te faire du mal sans réagir.

– Mais que pouvons-nous faire ?

Rain garda le silence quelques instants, continuant à déposer le cataplasme sur son dos. Son travail fini il s’essuya les doigts sur le chiffon et s’assit à nouveau à ses côtés. Enfin il lui répondit.

– Nous allons nous enfuir.

Seren se redressa, l’oreiller plaqué contre sa poitrine nue. Même après toutes ses nuits passées en sa compagnie, elle gardait toujours une certaine pudeur. Elle se mit en position assise, toute proche du corps de Rain. Elle avait les yeux écarquillés et elle répéta, comme sonnée.

Nous enfuir ?

Rain lui sourit.

– Oui nous enfuir. J’y pense depuis quelques temps déjà.

– Mais enfin c’est impossible tu le sais bien ! Je suis une esclave Rain ! Je serai traquée dans toute la ville lorsque Darius signalera ma fuite ! Et à cause de l’arène je serai reconnue, n’en doute pas un instant. Tous se précipiteront sur la chance de pouvoir aider le puissant Magister Darius.

Rain fronça les sourcils, légèrement contrarié :

– Je ne suis pas un imbécile ! J’ai déjà prévu tout ça. J’ai prévu beaucoup de choses…

Seren n’osa pas espérer, pourtant une petite lueur d’espoir s’alluma dans son cœur, faisant briller ses yeux. Elle lui prit la main et lui demanda :

– Quoi Alexei ? Qu’est-ce que tu as prévu ?

– Dans quelques jours, Darius me donnera ma paie. Je suis allé me balader sur le port il y a quelques jours. J’ai rencontré un capitaine qui redescendrait le fleuve jusqu’au Névarra dans une semaine. Il s’est dit prêt  à nous prendre à son bord, moyennant quelques pièces bien sûr. Il nous suffira de nous glisser hors de la maison au dernier moment. En ce qui concerne ta notoriété, figure toi que la bibliothèque de Darius est très bien fournie. Elle contient notamment un très bon ouvrage sur la transformation magique.

Seren lui serra plus fort la main et posa son front contre le sien, se laissant bercer par ces douces paroles, allant jusqu’à rêver qu’une autre vie était possible. L’espoir était mince mais il était là. Elle murmura :

– Nous recommencerons à zéro au Névarra, toi et moi, plus d’esclave, plus de fugitif …

Rain lui prit le visage en coupe et souffla.

– Oui ma Seren, juste toi et moi.

– Tu sais que je n’ai rien à moi ? Si tu pensais faire une bonne affaire en enlevant la championne de Minrathie et tout son or, je suis au regret de te détromper.

Rain rit et enroula une mèche des longs cheveux de la jeune elfe autour de son doigt :

– Je vais donc me contenter de ta personne. Ne t’en fais pas pour l’argent, j’ai quelques pièces de côté. Darius est plutôt généreux avec ses employés. Une fois au Névarra, nous pourrons nous trouver une petite maison et un travail.

Elle inspira profondément et ferma les yeux.

– Oui, oui ça serait parfait.

Faiseurs comme elle l’aimait ! Elle rouvrit brusquement les yeux pour rencontrer ceux de Rain. D’où lui venait cette idée ? Aimer ? Ce mot avait une drôle de sonorité. Presque étrangère. Depuis qu’elle avait été arrachée à ceux qu’elle chérissait, elle pensait s’être assez endurcie pour ne plus ressentir ce genre d’émotion forte jusqu’à sa rencontre avec Tia. La toute jeune elfe qu’elle avait été ne pouvait pas laisser Seren indifférente. Et elle avait très vite compris que la jeune adolescente avait su se frayer un chemin vers son cœur. La souffrance qu’elle avait ressentie à sa mort était là pour le prouver. Mais c’était un amour très différent de ce qu’elle ressentait pour l’humain. C’était trop fort, trop prenant. Il lui réchauffait le cœur et lui glaçait le sang d’inquiétude. Elle savait que s‘ils venaient à être séparer ou s’il devait arriver quelque chose à Rain, elle ne s’en remettrait pas. Elle avait cru aimer Darius mais elle se rendait maintenant compte à quel point elle se trompait. Rain était son ami, son amant et sa seule ancre quand les ténèbres obscurcissaient son être. C’était sa voix, son odeur, son toucher qui lui permettait de revenir à elle, car même si son esprit ne le reconnaissait pas, son cœur, lui, savait.

Mais lui, que ressentait-il pour elle ? Il la désirait, c’était un fait, éprouvait de la tendresse et de l’affection pour elle, assez pour envisager de refaire sa vie avec elle quelque part. Et cela lui suffisait, elle n’en demandait pas plus. Elle qui s’était contenté de minuscules démonstrations d’affection de la part de Darius pendant dix ans, elle était comblée par ce que lui donnait Rain. Non elle ne demandait pas plus. Tant qu’il restait à ses côtés, elle était la plus heureuse des femmes.

Subitement elle se souvint de quelque chose. Elle se détacha de lui.

– Ma sœur ! Comment ai-je pu l’oublier ? Nous ne pouvons pas la laisser dans cette ville maudite ! Je refuse de l’abandonner encore une fois.

– Eh bien, je ne savais pas encore pour ta sœur lorsque j’ai pensé à ce plan mais nous allons trouver une solution je te le promets. Nous ne la laisserons plus seule.

Gentiment, il la força à se recoucher sur le ventre.

– Tu devrais te reposer à présent. Une longue semaine nous attend. Tu dois récupérer toutes tes forces. Essaye de ne pas trop bouger cette nuit, je vais te laisser le cataplasme. Je viendrais voir demain comment cela a évolué.

Seren sentit effectivement ses yeux se fermer tout seuls, mais elle trouva tout de même la force de protester :

– Alors cela veut dire que tu ne viendras pas me rejoindre cette nuit ?

Rain rit et lui caressa les cheveux.

– Je pense qu’il serait plus raisonnable de ne plus nous voir aussi souvent jusqu’à ce que nous soyons à l’abri sur le bateau.

Seren essaya de dissimuler sa déception sachant pertinemment qu’il avait raison. Mais ne put cacher la petite moue qui déforma sa bouche et qui ne passa pas inaperçue.

– Oh oui, bien sûr.

– Je n’ai pas dit que nous ne nous verrons plus, mais tu as besoin de repos. Bonne nuit, Seren.

Il déposa un baiser chaste sur ses lèvres, pris la bassine dans ses bras et sortit de la chambre. Une fois la porte fermée, Seren chuchota en direction de la porte :

– Bonne nuit, mon amour.

Resté seul avec Emilia, Darius se massa lentement les tempes. La journée avait été éprouvante. Ce matin il s’était enfin décidé à aller rendre visite à son père. Cela faisait des années qu’il ne s’était pas donné cette peine. Après tout, il s’était toujours dit qu’il était fortement hypocrite d’aller s’enquérir de la santé de celui qu’on empoisonne depuis des années. Mais il avait été quelque peu alarmé par le manque d’informations que ses esclaves arrivaient à récolter sur la santé de son père. Si jamais il retrouvait sa lucidité, il serait dans les ennuis jusqu’au cou, puissant Magister ou pas.

Il avait donc pris la décision d’aller voir par lui-même quelle était la situation. Les esclaves assignés à l’aile de son père avaient été plus que surpris par son apparition et c’était avec des yeux éberlués qu’ils l’avaient laissé entrer.

La chambre de son père était spacieuse. Un lit majestueux prenait presque tout un pan de mur alors qu’une haute vitre donnait à la pièce beaucoup de lumière. Il avait également une bibliothèque personnelle et un bureau, même s’il était totalement incapable de se servir de l’un ou de l’autre. Il n’avait pas lésiné sur les moyens pour le confort de son paternel. Le vieil elfe qui lui était assigné était assis dans un haut fauteuil et faisait la lecture au malade.

Créateur ! Depuis combien de temps n’était-il pas venu ? Il avait alors interrogé le vieil esclave sur l’état de son père et avait, avec un profond soulagement, appris que rien ne semblait avoir changé. Lorsqu’il avait jeté un coup d’œil vers le lit, il avait néanmoins constaté un léger changement. Son père avait maintenant une cinquantaine d’années mais à cause de l’empoisonnement quotidien qu’il recevait, il paraissait bien plus âgé. Ses yeux grands ouverts, regardaient le vide, ses joues, plus creuses que dans son souvenir, faisaient ressortir les os de son visage, lui donnant un air de cadavre ambulant. S’il devait émettre un pronostic, Darius dirait que son père n’en avait plus pour très longtemps. Etrangement, cette pensée ne le soulagea pas autant qu’elle l’aurait dû. Il n’était pas un monstre, il avait juste beaucoup trop d’ambition et de soif de pouvoir pour son propre bien. Sans oublier qu’il détestait son père et que celui-ci le lui rendait bien. Et aujourd’hui, même s’il voulait revenir en arrière, il était beaucoup trop tard.

Et cet après-midi, il avait dû supporter cette mise en scène ridicule. Il observa Emilia du coin de l’œil. Elle semblait s’être très bien remise de l’attaque de Seren et se faisait recoiffer tranquillement par la petite Elora qui n’avait pas bougé pendant que sa sœur se faisait fouetter. S’il devait être tout à fait honnête avec lui-même, il aurait volontiers lui-même cloué le bec à cette insupportable femme. Cette espèce d’idiote avait failli révéler son petit secret à Seren, et sincèrement il préférait ne pas être les cibles des foudres de sa championne. Il voulait simplement que les choses redeviennent comme avant. Malheureusement depuis l’arrivée de Rain dans sa maison, les choses allait de mal en pis. Mais il ferait en sorte qu’il s’en aille bientôt et tout rentrerait dans l’ordre. Il était tellement absorbé dans ses pensées qu’il ne comprit pas tout de suite qu’Emilia lui parlait.

– ….ien sûr !

– Mmm ? Que disais-tu ?

Emilia éloigna d’un geste de la main la jeune elfe et se pencha légèrement vers l’avant, montrant à tous son généreux décolleté. Normalement Darius en aurait largement profité mais aujourd’hui il était bien trop énervé contre elle pour cela.

– Je disais, très cher Darius, que je suppose que tu es au courant bien sûr !

– Au courant de quoi, je te prie ?

Emilia lui sourit, une lueur étrange dans le regard.

– Tu ne sais pas ? Créateur ce que les hommes peuvent être naïfs ! Tu ne vois rien alors que cela se passe sous tes yeux !

– Ecoute-moi bien Emilia, je n’aime pas les devinettes alors soit tu me dis ce que je suis apparemment trop stupide pour voir, soit tu t’en vas.

– Ohhh mais je vais te le dire, ne t’en fais pas. Il se trouve que j’ai appris quelque chose d’intéressant ces derniers jours. Ton invité, Rain et cette esclave ridicule couchent ensemble.

Darius resta un moment abasourdi, puis il éclata de rire.

– Par Andrasté tu ne sais plus quoi inventer pour te rendre intéressante ! Seren m’est dévoué corps et âme. Elle n’a jamais regardé personne d’autre que moi.

Vexée, Emilia croisa les bras sur sa poitrine.

– Je te trouve bien sûr de toi, Darius. Tu ferais bien de les observer un peu plus attentivement. Et tu verras ce que j’ai vu. Ils couchent ensemble depuis quelques temps. Et si j’étais à leur place je serai en train de monter un plan pour m’échapper de cette maison et de cette ville. Ou alors tu peux considérer que ce que je dis n’est que mensonge et tu te sentiras tellement ridicule lorsqu’ils se seront échappés avec une partie de ton argent. Et je serai là pour te rappeler que je t’avais mis en garde mais que tu as préféré te moquer de moi.

– Je te remercie de ta sollicitude, mais laisse-moi gérer le problème à ma façon veux-tu ?

Emilia se releva et fit un signe à Elora qui se posta derrière elle, prête à la suivre comme un gentil chien.

– Bien, la journée a été assez chargée, je vais me retirer si tu n’y vois pas d’inconvénient.

Darius se leva à son tour.

– Bien sûr ! Je ne te retiens pas plus longtemps, Emilia. Merci d’être passée me rendre visite.

Il s’inclina légèrement et laissa ses esclaves la raccompagner. Avec un soupir il se laissa tomber sur la banquette.

Il voulait croire que tout ceci n’était que les élucubrations d’une femme machiavélique et jalouse, mais elle avait réussi à instiller le poison du doute dans son esprit. Si elle avait raison ? Il serait ridiculisé pour ne pas avoir su ce qui se tramait sous son propre toit, parce qu’il était certain Emilia allait propager la nouvelle autour d’elle. Soudain il se rappela tous ces petits gestes entre Rain et Seren qui l’avaient interpellé. La façon qu’il avait de se précipiter vers elle à la fin de chaque combat, comme elle se laissait facilement approcher par lui alors qu’elle était plutôt solitaire d’habitude et même tout à l’heure alors qu’elle avait ses doigts autour du coup d’Emilia, il l’avait tout de suite prise dans ses bras pour la calmer.

Oui il devait mettre tout ça au clair, il avait horreur de passer pour un imbécile.

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Chapitre 15 : Châtiments

Les jours suivants furent très étranges pour Seren. Elle sentait très fortement l’épée de Damoclès sur leurs têtes. Mais d’un autre côté elle ne s’était jamais sentie aussi proche de Rain qu’en ces moments. Peut-être parce qu’ils savaient tous les deux que leur histoire était plus en sursis que jamais. En tous les cas, peut-être pour la première fois depuis le début de leur relation, elle avait arrêté de se poser des questions et vivait pleinement l’instant présent, savourant chaque baiser, chaque caresse, allant même jusqu’à le retenir plus longtemps dans sa chambre, sachant pertinemment que ça n’était pas raisonnable.

Quelques jours après la menace d’Emilia, celle-ci n’était toujours pas réapparu pour son plus profond soulagement. D’ailleurs, elle l’était tellement qu’elle avait demandé à Rain de s’entrainer avec elle cet après-midi. Ils en profitèrent pour se toucher plus que nécessaire, se presser l’un contre l’autre. Et c’est avec bonheur qu’ils se retrouvèrent à passer du temps ensemble, à la lumière du jour, comme un couple normal, qui n’avait pas à se cacher. Ils discutaient et riaient, lorsqu’ils se firent interrompre par un elfe :

– Seren ? Maître Darius m’envoie te chercher. Dame Emilia est là et voudrait te parler. Elle souhaite que vous veniez également Monsieur Rain … Ils sont dans l’atrium.

Le cœur de Seren manqua un battement. Se pourrait-il qu’Emilia ait changé d’avis et veuille les dénoncer aujourd’hui ? En tout cas, quoi que ça puisse être, ça n’annonçait rien de bon. Cette femme n’était que manipulation et méchanceté. Elle échangea un regard avec Rain et inspira profondément pour calmer la montée de stress qui l’envahissait petit à petit.

– Nous arrivons.

L’elfe les quitta et aussitôt la main de Seren trouva celle de Rain. Celui-ci lui sourit et essaya de la rassurer mais sa voix semblait être bloquée dans sa gorge. Alors il se contenta de lui baiser la main.

C’est l’un derrière l’autre qu’ils firent leur entrée dans l’atrium ou Darius et Emilia était allongés sur des banquettes, en train de siroter du vin frais et de manger quelques fruits. Les yeux d’Emilia se posèrent immédiatement sur eux et le large sourire qui étira ses lèvres à la vue de Seren, ne fit rien pour arranger l’angoisse de la jeune elfe. Elle se posta bien droite devant eux et croisa les mains derrière son dos, raide et tendue. Rain, de son côté, s’appuya contre une colonne légèrement à l’écart.

– Ahhhh ! Notre championne est enfin là ! Grâce à toi, ton maître vient d’empocher un joli paquet d’or. Et je vois que votre invité et là aussi ! Parfait !

Seren, impassible dit :

– Vous m’avez fait appeler ?

Darius, sourcils froncés, demanda à la Magister:

– Peut-on savoir pourquoi cette mise en scène, Emilia ?

– Mais c’est parce que je veux que tout le monde puisse voir que je ne suis pas rancunière et que j’ai également un cadeau pour l’Elfe !

Elle frappa fort dans ses mains plusieurs fois et une silhouette s’approcha du groupe. Ils virent approcher une jeune femme, une elfe à en juger par ses oreilles pointues et la finesse de ses traits. Elle avait des cheveux épais et d’un noir d’ébène, ses yeux avaient la couleur de la mousse, d’un beau vert profond. Mais ce qui était le plus frappant dans ce visage s’était le dénuement total d’émotion et la marque en forme de soleil sur son front. Une apaisée. Mais étrangement, en contemplant le joli visage de l’elfe, Seren ressentit une impression de déjà-vu.

La jeune elfe se tourna vers elle et inclina légèrement la tête sur le côté. D’une voix monocorde elle salua Seren.

– Andaran atish’an, ma soeur. Cela fait bien longtemps.

« Non, non c’est impossible ! ». Le cerveau de Seren s’était comme arrêté et elle écarquilla les yeux sous le coup de la surprise. Elle n’arrivait pas à concevoir que la jeune adolescente qu’elle avait abandonné des années auparavant se trouvait devant elle. Cela n’avait aucun sens ! Comment Emilia pouvait l’avoir trouvée ? Et elle n’était pas mage, pourquoi l’avoir apaisée ?

Elle murmura d’une voix éraillée :

– E… Elora ? Da’Nenh ?

– Tu ne m’as donc pas oubliée.

Seren fit un pas vers elle mais ne pût aller plus loin, son corps le refusait. Les mots sortaient de sa bouche sans qu’elle puisse leur donner un sens.

– Mais comment… pourquoi … que fais-tu… Faiseurs est-ce vraiment toi ?

La jeune elfe débita alors :

– Lorsque nous étions petites, tu me protégeais de tous les dangers de ce monde, les bêtes sauvages, les autres elfes, les cauchemars. Parfois j’avais de grosses crises d’angoisse, alors tu me chantais une chanson pour m’apaiser.

Elle se mit alors à chantonner la petite berceuse que Seren avait inventée pour la rassurer. Celle-ci ne put le supporter.

– Stop ! Je te crois !

Emilia choisit ce moment pour les interrompre. Elle battit des mains comme une petite fille.

– N’est-ce pas merveilleux ? Il se trouve que ma petite Elora a reconnu sa sœur lors de ma petite soirée. Quelle coïncidence !

Darius ne semblait pas, non plus, apprécier la scène, au vue de ses sourcils de plus en plus froncés.

– A quoi joues-tu Emilia ?

– Mais à rien du tout ! Je souhaitais simplement réunir la petite famille au complet, enfin ce qu’il en reste…

Rain faisait un effort considérable pour ne pas bouger. Son corps était tellement tendu et crispé qu’il sentait ses muscles se contracter douloureusement. Il sentait que la situation pouvait déraper à tout moment mais ne savait pas quoi faire pour la désamorcer.

Souvent, Seren se prêtait à songer qu’un jour, lorsqu’elle serait devenue assez populaire comme combattante, elle gagnerait se liberté et pourrait enfin partit à la recherche de sa sœur perdue. Elle ne doutait jamais de pouvoir la retrouver. Pour elle c’était une évidence, sa sœur allait bien quelque part. Alors oui, elle était heureuse de la revoir, mais pas comme ça…pas comme une Apaisée qui ne ressentait sans doute rien devant leurs retrouvailles. Enfin ses pieds bougèrent à nouveau et elle s’approcha de sa sœur, lui entourant le visage de ses mains. Hormis son apaisement, Elora semblait aller bien, mais prise d’une angoisse soudaine, Seren releva les manches de sa longue robe et tomba sur d’affreuses balafres qui lui zébraient le bras. Elle murmura à sa sœur :

– Que t’a-t-elle fait ?

– Je suis une esclave Seren, et j’exécute les ordres de ma maitresse.

Encore une fois, Emilia les interrompit.

– Et avec beaucoup de diligence je dois dire ! Je ne peux plus me passer d’elle ! N’est-ce pas chaton ?

– Oui, maîtresse.

C’était fini, jamais plus elle ne reverrait sa gentille petite Da’Nehn, celle qu’elle avait consolée, avec qui elle avait joué, parcourut les vastes étendues de forêts autour du clan et fait quelques bêtises. Jamais elle ne pourra essayer de se faire pardonner puisqu’Elora ne ressentait pas de haine, ni d’amour à son égard. Elle avait une inconnue, à plus d’un titre, en face d’elle. Et pourtant elle était tellement fière de la magnifique jeune femme qu’elle était devenue. Elle finit tout de même par la serrer dans ses bras :

– Je suis tellement désolée Da’Nehn… désolée de ne pas avoir su te protéger, désolée de ne pas t’avoir gardée à mes côtés…

Les bras le long du corps, Elora lui répondit d’une voix toujours aussi éteinte.

– Tu n’as pas à être désolée, je suis très heureuse ainsi.

– Non tu ne l’es pas, mais tu ne peux pas le savoir.

Emilia ne pût s’empêcher de rajouter son grain de sel.

– Eh bien ne me remercies-tu championne ?

Darius semblait toujours aussi tendu.

– Comment as-tu trouvé cette elfe ?

– J’ai acheté Elora alors qu’elle n’était qu’une adolescente, à peine sortie de l’enfance. Le marchand m’a assuré qu’elle venait de lui être donnée par des mercenaires. D’ailleurs tu devrais être au courant Darius puisqu’il semblerait que ces mercenaires …

Darius la coupa aussitôt, avec un regard noir :

– Abrège donc Emilia, nous n’avons pas besoin de tous les détails.

Emilia haussa les épaules :

– Eh bien tu sembles de méchante humeur mon cher. Toujours est-il que je l’ai prise en pitié sur ce marché aux esclaves miteux. Elle est entrée à mon service, mais elle a très vite développé un petit talent de mage. Elle m’adorait cette petite voyez-vous, et aurait voulu que je la prenne comme apprentie. Mais c’était hors de question, alors j’ai préféré la faire apaisée. Evidemment elle a un peu lutté au début et ne voulait pas, mais maintenant que c’est fait je suis sûre  qu’elle ne regrette rien, n’est-ce pas Elora ?

– Oui, maîtresse.

Depuis l’apparition de sa sœur et la découverte de son apaisement, Seren faisait un effort considérable pour  ne pas se laisser envahir pas l’émotion. Mais, la petite explication d’Emilia et le ton supérieur qu’elle avait utilisé, ne faisait que mettre son sang-froid à rude épreuve. Elle sentait s’effondrer, petit à petit toutes les défenses qu’elle avait soigneusement mises en place.

– J’attends toujours mes remerciements …

La brume familière commença à embrumer l’esprit de Seren. Elle se tourna brusquement vers Emilia les yeux presque rouges. Elle essaya de ravaler la rage qui montait. Elle ne voulait absolument pas perdre le contrôle de son corps.

– Vous n’êtes qu’une horrible garce ! Pourquoi faites-vous cela ? Elora était la personne la plus gentille du monde, elle ne vous aurait causée aucun tort !

Emilia sourit cruellement, alors que Darius tiqua face à la violence des propos de son esclave. Les dents serrées, il ordonna à Seren :

– Excuse-toi immédiatement auprès de mon invitée, Seren ! Je songerai à une punition plus tard pour ton comportement indécent.

– Plutôt mourir que de m’excuser ! D’abord, elle tente de me faire assassiner puis elle me brise le cœur.

En disant cela elle pensait autant à Rain qu’à sa petite sœur. Emilia, faussement indignée, se redressa sur sa banquette et posa une main sur son cœur.

– Oh je t’ai fait du mal ? J’en suis tellement désolée. Mais je voulais tellement que tu puisses voir ta petite sœur avant que je ne la vende. Ma petite Elora a attiré l’œil d’un ami, qui a des mœurs… particulières, mais rien qui ne puisse effaroucher une Apaisée en tout cas. Il m’en a offert une somme presque indécente je dois dire !

S’en fut trop pour Seren. Sans plus réfléchir elle se jeta sur Emilia, et ses mains trouvèrent tout de suite le cou de la femme. Mais elle avait encore toute sa tête, elle était maitresse de son corps et c’était sa volonté qui la guidait. Et à cet instant elle voulait voir cette femme morte. Elle se mit à serrer, sentant avec délice, les os délicats de son cou sous ses doigts. Peu importait le reste, elle allait tuer cette femme, non ce monstre, pour protéger sa petite sœur. Elle avait trop failli dans le passé. Plus jamais…

Rain vit la scène se dérouler avec horreur. Il avait cru vomir devant tant de méchanceté et de mesquinerie de la part de cette femme. Emilia cherchait manifestement à rendre folle de rage Seren et pendant un moment il crût que la jeune elfe allait pouvoir se contrôler. Mais Emilia ne faisait qu’en rajouter, encore et encore…et il sentit parfaitement le moment où Seren allait passer à l’action. De sorte qu’il réagit tout de suite lorsque Seren s’attaqua à Emilia. Il entoura le corps de la jeune elfe dans ses bras et usa de sa force physique pour la faire reculer. Mais Seren était coriace et elle ne lâcha pas si facilement sa proie. Emilia n’arrivait plus à respirer et sa peau commençait déjà à bleuir.

Darius s’était levé brusquement mais semblait tellement abasourdi qu’il ne fit rien pendant quelques minutes puis préféra appeler la garde que d’utiliser sa magie. Deux esclaves-soldats pénétrèrent immédiatement dans l’atrium et attendirent les ordres de leur maître. Rain avait remarqué que Seren n’était pas passé Berserker, alors il tenta de la raisonner en lui murmurant à l’oreille pour n’être entendu que d’elle :

– Seren, je t’en prie, elle n’attendait que cela, ne lui donne pas ce qu’elle veut. Nous trouverons une solution pour ta sœur. Lâche-là ! Si tu t’entêtes, Darius ou ces soldats vont te blesser… Je t’en prie…

Ces quelques mots semblèrent atteindre la jeune elfe, qui dans un sanglot, autant de rage que de tristesse, lâcha enfin Emilia, qui inspira aussitôt profondément. Les couleurs revinrent immédiatement aux joues de la femme. Rain éloigna Seren de la Magister, le corps de la jeune elfe plaqué contre le sien. Son souffle était haché mais elle semblait calme. Alors tout doucement, il la lâcha.

Darius semblait enfin reprendre ses esprits, il se précipita au chevet d’Emilia qui semblait avoir du mal à parler. Darius regarda Rain et lui fit un bref mouvement de tête.

– Occupez-vous d’elle.

A contre cœur, Rain s’approcha de la femme et sans prendre de gant, appliqua sa main contre son cou, réparant les tissus abîmés.

Darius s’approcha de Seren, le visage déformé par la colère et la gifla violement. Si fort que la tête de la jeune femme partit sur le côté.

– Mais qu’est-ce qu’il t’a pris ? Es-tu devenue folle ? Je crois que j’ai été beaucoup trop gentil avec toi. Tu ne sais plus où est ta place !

Emilia avait repris du poil de la bête et se releva brusquement.

– Je veux la voir mourir pour cet affront, Darius. Elle aurait pu me tuer !

Darius inspira pour se calmer et replaqua ses cheveux vers l’arrière de son crâne.

– Ne me donne pas d’ordre chez moi, Emilia. C’est à moi de juger de la punition de mon esclave.

Il se tourna à nouveau vers Seren, qui regardait droit devant elle, comme ailleurs. Il lui releva le menton pour croiser son regard.

– Que vais-je faire de toi ? Tu comprends que je vais devoir sévir n’est-ce pas ? Pour avoir attaqué et presque tué mon invité, je te condamne à cinquante coups de fouet.

Rain sursauta comme si la sentence le concernait. Il était évidemment contre tous sévices corporels et savoir que Seren allait devoir les supporter lui donnait la nausée.

Emilia exigea alors :

– Maintenant Darius ! Je veux assister à son châtiment.

– Je suppose que c’est compréhensible.

Darius fit un léger geste du menton en direction d’un soldat. Celui-ci attrapa le fouet qui pendait à sa ceinture et se dirigea vers Seren. Celle-ci, dignement, se retourna. Darius se mit face à elle et ouvrit sa tunique, exposant la peau nue du dos de la jeune elfe au soldat. Seren récupéra son vêtement pour cacher sa poitrine et serra les dents. Le premier coup atteignit le milieu du dos de la jeune femme. Son corps tressauta légèrement mais elle ne laissa rien percevoir de la douleur qu’elle ressentait certainement. Emilia compta chacun des coups, revenant de temps en temps en arrière.

Le corps de Rain était comme paralysé, il n’arrivait pas à concevoir que tout ait autant dérapé. Il croisa le regard de Seren et ne le lâcha plus. Il mourait d’envie de l’arracher de là et d’intervenir mais il savait que cela ne ferait qu’envenimer les choses. Alors il supporta cette scène, comme elle supporta l’humiliation et la douleur. Il voyait bien qu’elle faisait des efforts considérables pour ne rien laisser paraître et pour ne pas se laisser dominer par la transe de Berserker, même si la douleur n’était pas assez continue pour le moment pour qu’elle se laisse emporter.

Au bout du seizième coup, la peau de son dos céda et elle grimaça pour les suivants. Créateur, comme il aimerait pouvoir arracher ce fouet des mains du soldat et se précipiter vers Seren pour la soigner. Cette envie était tellement forte qu’il dût serrer les poings jusqu’à se faire saigner pour se contrôler.

Le vingtième coup claqua et un léger gémissement franchit ses lèvres. Au trentième elle s’effondra vers l’avant.

Intraitable, Emilia lui ordonna :

– Relève-toi esclave ! A chaque fois que tu tombes je te rajoute cinq coups supplémentaires.

Darius ne dit rien pour la contredire, alors avec beaucoup de difficulté, Seren se redressa. Dix coups supplémentaires et Seren allait à nouveau chuter. Rain n’y tient plus et se précipita vers elle pour la soutenir, défiant du regard les Magisters. Emilia fulminait alors que Darius semblait seulement surpris. La Magister éructa presque :

– Rain je vous prierais de ne pas vous mêler de ça ! Ecartez-vous !

– Certainement pas ! Je n’approuve pas ce que vous faîtes. J’ai bien conscience de n’être qu’un « invité » ici mais je ne peux pas rester indifférent face à cette barbarie.

Darius ne dit rien, mais ne sembla, pour une fois, pas totalement désapprouver la réaction de Rain. Il fit signe au soldat de continuer.

Rain pouvait sentir les mains crispées de Seren sur ses manches et il essaya de lui insuffler tout le courage et l’énergie qu’il pouvait. Elle réussit à tenir sur ses jambes jusqu’au dernier coup de fouet et enfin quand il cessa son claquement sinistre, elle se permit de s’effondrer à moitié dans les bras de Rain, au bord de l’évanouissement.

Darius ordonna à l’autre garde :

– Ramenez Seren dans sa chambre.

L’elfe s’avança vers Rain et celui-ci fut contraint de lui donner la jeune femme. Le soldat la hissa sur son épaule et disparut dans le couloir. Aussitôt Rain voulut le suivre, il voulait s’occuper des blessures de la jeune elfe. Darius l’arrêta.

– Je vous interdis d’aller la soigner avec votre magie, Rain. Cela fera partit de sa punition.

Rain le fusilla du regard :

-Laissez-moi au moins aller nettoyer ses plaies pour ne pas qu’elles s’infectent.

Darius hocha la tête et Rain n’attendit pas une minute de plus pour sortir de cette pièce et de son atmosphère étouffante.

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Chapitre 14 – Secrets révélés

Cela faisait quelques jours que Seren et Rain menaient une relation secrète, à base de baisers volés, de frôlements dans les couloirs et d’étreintes tendres et torrides la nuit venue. Ils passaient la journée à faire comme si de rien n’était, restant amicaux et cordiaux puis dès que la maison devenait silencieuse ils se glissaient dans la chambre de l’un ou de l’autre, pour s’éclipser juste avant le lever du jour.

Cette nuit ne faisait pas exception, et dès qu’elle avait pu, Seren l’avait rejoint. Ils s’étaient, comme d’habitude, jetés l’un sur l’autre, comme si le simple fait de ne pas pouvoir se toucher pendant la journée, rendait l’attente jusqu’au soir, insupportable. Puis, dans des mouvements saccadés, brusques, ils se débarrassaient de leurs vêtements, afin que leurs peaux se touchent enfin. Et ils faisaient l’amour, vite, doucement, tendrement, sauvagement. Enfin, le souffle saccadé, le cœur battant à tout rompre, ils tombaient ensemble sur le lit, les membres emmêlés, dans les bras l’un de l’autre.

Seren adorait ses moments, lorsque sa tête reposait sur son épaule, que ses mains caressaient lascivement son torse, alors que Rain la serrait contre lui, lui effleurant le dos du bout des doigts et déposant des baisers sur le haut de son crâne. Rien que pour ce moment-là, elle ne regrettait pas une seconde sa décision. Elle soupira de bonheur et sourit.

– Comme je suis heureuse que tu aies décidé de venir proposer tes services à Darius.

Etrangement, elle sentit le corps de l’humain se crisper sous elle. Elle releva la tête, s’appuya sur un coude et lui demanda :

– Alexei ? Tout va bien ?

Il semblait fuyant, tendu, inquiet et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi.

– Oui, oui, tout va bien. C’est juste que… je n’aie pas été tout à fait honnête avec toi.

Seren fronça les sourcils, soudain inquiète, elle aussi. Elle passa un doigt sur la ride qui venait de se former entre les sourcils de Rain et essaya vainement de faire de l’humour pour cacher son anxiété :

– Quoi ? Tu as une épouse qui t’attend quelque part ? Avec des tas d’enfants ?

Elle réussit au moins à dérider le jeune homme qui ricana.

– Non, je t’assure, rien d’aussi dramatique.

– Alors quoi ? Inutile de faire durer le suspense.

Avec un soupir, Rain se redressa en position assise, le dos calé contre la tête de lit. Seren s’assit, le corps tourné vers lui, le drap relevé sur sa poitrine, dans l’attente de la confession du jeune homme.

– Je devrais sans doute commencer par le début.

Je m’appelle Alexei Andersen. Ma famille appartient à la petite noblesse de Férelden. C’est une vieille famille, qui a toujours été fidèle à ses principes, à son roi et au Créateur. J’aurais dû être un templier, j’ai commencé ma formation très jeune. Mais ma magie s’est manifestée, j’ai donc dû abandonner ma formation de templier pour apprendre à devenir un mage.

Surprise, Seren le regarda avec des yeux ronds.

– Tu es vraiment noble alors ? Et tu es à la fois mage et templier ?

Rain lui donna un petit sourire en coin.

– Oui, j’étais noble, j’ai dû renoncer à mon titre lorsque je suis devenu mage. C’est ma grande sœur, Sybille, l’héritière. Et oui, j’ai eu deux formations un peu contradictoires. Je sais que ça peut paraître étrange mais c’est ce que je suis. J’ai vécu des années plutôt heureuses au sein du cercle des mages de Férelden. J’ai beaucoup appris et je m’y suis fait des amis.

Seren ne put s’empêcher de l’interrompre.

– Oh ! Des amis ou des « amies » ?

Rain haussa un sourcil.

– Les deux. Pourquoi ? Tu es jalouse ?

Soudain gênée, Seren baissa la tête et se mit à faire des arabesques sur le drap.

– Oh moi ? Non ! Après tout c’est moi qui suis avec toi, dans ton lit et nue. Je ne vois pas pourquoi je serais jalouse, ça serait parfaitement ridicule. Et puis ça n’est pas comme si nous n’avions pas connus d’autres personnes avant. Non je ne suis absolument pas…

Rain coupa son flot de paroles.

– Seren ?

Elle releva la tête, le visage presque aussi rouge que ses cheveux.

– Je babillais n’est-ce pas ?

Rain se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire mais ne fut pas assez discret. Seren le remarqua et fronça les sourcils, légèrement contrariée. Elle prit l’un des oreillers et l’abattit violement sur le visage du jeune homme.

– Ne te moque pas de moi !

S’ensuit une violente bataille de plumes ou Seren finit sur le dos, un Rain tout sourire au-dessus d’elle. Il déposa un baiser sur le bout de son nez.

– Tu es adorable.

Seren fit la moue. Jamais personne ne lui avait dit qu’elle était adorable, surtout pas alors qu’elle venait de se ridiculiser.

– Et si ! Tu es jalouse. Ce que je trouve encore plus adorable.

– Oui bon, pourrait-on passer à autre chose ? Tu étais en train de me parler de toi. Comment es-tu arrivé à Minrathie ?

Rain se redressa, s’assit et passa une main dans ses courts cheveux.

– Oui c’est vrai. J’ai donc passé plus de dix ans au Cercle.

Trop curieuse pour rester à simplement l’écouter, Seren l’interrompit encore. Elle s’était, elle aussi, redressée et avait posé son menton au creux de ses mains.

– Comment était-ce ?

– Quoi ?

– La vie dans un cercle ? J’ai lu des choses là-dessus mais j’ai tellement de mal à concevoir que l’on enferme des gens sous prétexte qu’ils soient différents …. C’est presque aussi terrible que l’esclavage !

– Non, ça n’était pas si terrible, d’autant que j’ai été dans les deux « camps ». Je comprenais parfaitement le rôle de chacun et il arrivait souvent que je serve de médiateur entre le Grand Enchanteur et le Chevalier Templier. Mais au cercle de Férelden, tout le monde vivait dans un respect mutuel. C’était très agréable en fait. Lorsque je suis devenu mage, je sais que j’ai déçu mon père mais pour moi ça a été une sorte de renaissance. J’aimais être templier mais, disons que c’est une profession qui ne demande pas beaucoup de réflexion. J’aimais réfléchir, lire sans me cacher, apprendre tous les jours, ce genre de choses…

– Je vois…en fait je vois tout à fait. Cela a dû être étrange de te faire surveiller par tes anciens camarades…

– Oui un peu, mais je m’y suis fait rapidement.

– Et après que s’est-il passé ? Comment as-tu atterri ici ?

– Eh bien, j’étais assez proche du Premier Enchanteur Irving. C’est lui qui m’a guidé les premiers temps, et lorsque j’ai été prêt, j’ai été régulièrement envoyé en mission à l’extérieur du Cercle. Jusqu’au jour où j’ai été missionné dans les Marches Libres à Starkhaven. Irving avait entendu des rumeurs étranges et mes anciens camarades templiers aussi. Nous étions trois mages et cinq templiers. Nous avions l’habitude de voyager ensemble et nous nous connaissions bien.

Le moins qu’on puisse dire c’est que notre venue n’a pas enchanté le Cercle. Nous avions tout de suite remarqué que quelque chose n’allait pas. Les mages semblaient nous cacher quelque chose et les templiers ressemblaient à des zombies. La Première Enchanteresse venait d’être nommé, et elle était étonnement jeune, et belle. Un soir je suis tombé sur une scène qui ne s’effacera jamais de ma tête. Les mages les plus âgés étaient rassemblés dans une pièce et ils pratiquaient la magie du sang pour invoquer un démon. Ils se servaient des templiers comme de réserve de sang.

– Faiseurs … !

– Oui tu peux le dire. J’ai enquêté discrètement. Il s’avère que la Première Enchanteresse et le Chevalier Capitaine était de mèche, je pense même qu’ils étaient ensemble et qu’elle se servait de leur relation pour le garder sous sa coupe. Le Chevalier Capitaine gavait ses templiers de lyrium, ils étaient totalement inaptes à exercer leur rôle. Et du coup personne ne surveillait les agissements des mages.

– Qu’as-tu fait ensuite ?

– Je suis allé voir la Première Enchanteresse et je lui ai dit que je savais ce qui se passait ici et que j’allais la dénoncer aux autorités Chantristes. Elle m’a ri au nez et m’a dit de ne surtout pas hésiter, mais que la Révérende Mère serait extrêmement contrariée de savoir que son petit marché noir de lyrium tomberait à l’eau. J’ai compris qu’ils étaient tous corrompus, les mages, la Chantrie et le Chevallier Capitaine. Seuls les templiers étaient victimes de tout ce qui se passait dans ce Cercle. J’étais prêt à en parler à mes compagnons pour que l’on s’en aille le plus rapidement possible et qu’on retourne à Férelden pour les dénoncer.

Sa voix se durcit à ce moment du récit et Seren glissa sa main dans la sienne. Le jeune homme la serra involontairement.

– Mais quand je suis retourné dans la pièce que nous partagions, ils… ils étaient tous morts, tués par de puissants sorts ou par des démons. Ils avaient dû les prendre par surprise. La Première Enchanteresse est alors entrée et elle m’a accusé d’avoir complètement perdu la raison et d’avoir tué mes compagnons dans un excès de folie. Lorsque je lui ai dit que personne dans mon Cercle ne croirait ses mensonges grossiers, elle m’a juste répondu que c’était sa parole, celle du Chevalier Capitaine et de la Révérende Mère contre la mienne. Et que de toute façon il me serait difficile de parler parce que je serais rapidement jugé et apaisé.

– Quelle garce !

Rain lui sourit.

– Comme tu t’en doutes, j’ai réussi à m’échapper de justesse. Mais j’étais devenu un fugitif. Le Cercle de Férelden a eu du mal à y croire mais ils se sont résolus à me renier. Je suis donc banni de ma terre natale et recherché comme un dangereux criminel. Si jamais les templiers arrivent à me retrouver, ils ont pour consigne de m’apaiser directement. Si je suis venu ici, c’est dans l’espoir de me cacher pendant un moment, me faire oublier. Comme tu le vois je ne suis pas aussi libre que tu le penses.

Seren se glissa contre lui et le serra contre elle.

– Je suis tellement désolée. Tu es l’homme le plus droit et juste que j’ai jamais rencontré, tu ne mérites pas cela.

Rain enfouit son visage dans les épais cheveux de la jeune elfe et inspira à fond, pour chasser les images de morts qui défilaient devant ses yeux. Ses amis morts, baignant dans leur sang …

La jeune femme lui demanda alors :

– Comment a réagi ta famille ?

– Ils savent que je ne serais pas capable d’une telle chose, mais officiellement je n’en fais plus partie. J’ai gardé contact avec eux. C’est grâce à eux que je suis là, la maison de Darius et ma famille sont liées depuis des générations, c’est pourquoi Darius a accepté de m’héberger.

Seren se redressa subitement.

– Tu veux dire que Darius est au courant de tout ceci ?

– Oui, il connait les grandes lignes.

– Faiseurs ! Cela veut donc dire qu’il a déjà les armes pour te blesser si jamais l’envie lui en prenait !

Rain lui entoura le visage de ses mains.

– Seren, arrête de t’inquiéter ! Je savais cela quand j’ai décidé de rester avec toi.

– Mais pas moi !

Le regard de Rain se durcit.

– Qu’est-ce que cela veut dire ?  Tu vas encore fuir ?

La jeune femme posa ses mains sur celle de l’humain et le rassura :

– Non, non Alexei, je ne fuirai plus. C’est juste que…

Elle effleura son front, là on la marque de l’apaisement pourrait être visible.

– Je ne le supporterais pas …

Rain la souleva légèrement et l’installa sur ses cuisses. Il effleura ses lèvres de tendres baisers.

– Je n’ai aucune intention de me laisser prendre. Nous allons juste être deux fois plus prudents si tu le souhaites…

Seren hocha simplement la tête et l’embrassa longuement, oubliant pendant quelques instants ses inquiétudes.

 

Quelques jours plus tard, vers la fin de l’après-midi, Rain était nonchalamment adossé contre le mur, près du jardin et observait Seren s’entrainer. Il adorait l’observer dans ces instants, elle semblait si sûre d’elle, si calme, si maîtresse de son corps. Elle n’avait aucunement conscience d’être, à ce moment précis, aussi désirable pour lui que lorsqu’elle était nue contre lui. Il était extrêmement soulagé de lui avoir révélé la vérité, il avait l’impression de partagé un lien spécial avec elle. Mais, Seren avait décidé qu’à partir de maintenant, ils se verraient le moins possible le jour. Evitant même de s’entrainer ensemble et Rain avait accepté à contre cœur. Il savait qu’ils devaient se montrer prudents mais il devait admettre que son amie lui manquait. Bien sûr il adorait les nuits qu’ils passaient ensemble, mais ils aimaient également parler avec elle, se promener dans les jardins, s’entrainer ensemble. Mais il respectait le besoin de prudence de la jeune elfe et s’il devait en passer par là pour continuer à la voir, il l’acceptait. Elle lui répétait souvent qu’elle avait besoin de lui. Mais la vérité c’est qu’il avait, lui aussi besoin d’elle. Besoin d’une personne qui l’accepte comme il était, besoin de la complicité qu’ils partageaient, quelqu’un qui connaissait son histoire et le soutenait et oui, quelqu’un qui lui donnait de l’affection. Et Seren, malgré sa vie difficile était loin d’être avare en démonstrations tendres et affectives. Parfois, il se demandait s’ils avaient bien fait de céder à leur attirance, parce que Seren semblait souvent très inquiète et avait du mal à se laisser totalement aller à l’instant présent. Non pas qu’il était parfaitement détendu mais il avait confiance en leurs capacités de survie si quoi que ce soit devait arriver.

Du coin de l’œil, il vit une silhouette s’approcher de lui. Il tourna la tête pour voir arriver Emilia. Elle portait une robe qui la moulait comme une seconde peau et se parait d’un sourire qui ne lui disait rien qui vaille.

Elle s’arrêta à sa hauteur.

– Bonjour, Rain.

– Bonjour Emilia.

Rain détourna la tête et continua à regarder Seren, espérant qu’Emilia s’en aille rapidement. Evidemment ce fut un vœu pieu. La femme se posta à ses côtés et remarqua enfin ce qu’il observait. Ses yeux se firent tout aussi glaçant que sa voix.

– Quel spectacle ! Vous semblez beaucoup apprécié. Quelle chance que l’elfe ait survécu…

Rain préféra se taire. Il sentit soudain la main de la femme sur son bras et son souffle dans son cou.

– Je sais…Je sais que vous couchez avec cette moins que rien.

Rain ne dit toujours rien mais ne put empêcher la légèrement crispation de son corps.

– Cela se voit à la façon dont vous la regarder… comme un homme regarde sa maitresse, avec gourmandise.

– Vous ne savez rien du tout, alors abstenez-vous de tirer des conclusions hâtives. Et éloignez-vous de moi, voulez-vous ?

Elle lécha doucement la peau de son cou.

– Mmm, je me demande ce que Darius dirait de tout ceci…

Avec un brusque mouvement de recul, Rain s’exclama :

– Je le répète, vous ne savez rien, vous affabulez.

– Peut-être mais Darius est mon ami. Ne croyez-vous pas qu’il aura des soupçons, qu’il vous surveillera constamment, jusqu’à avoir une preuve. Ou peut-être qu’il vendra l’esclave, qu’il l’a fera fouetté … Qui sait ?

Rain la plaqua violemment contre le mur et bloqua ses poignets, ce qui fit sourire Emilia jusqu’aux oreilles.

– Que voulez-vous ?

– Eh bien quelle violence, j’aime ça. Ce que je veux… Oh je veux tellement de choses, Rain…mais pour mon silence pour les quelques jours à venir je ne demande qu’un baiser…

Avec une grimace de dégoût, Rain répéta :

– Un baiser ?

– Oui, un baiser. Oh mais pas n’importe lequel, je veux que vous m’embrassiez comme si j’étais cette elfe, je veux cette même lueur dans votre regard que lorsque vous la regardez.

– Vous délirez !

– Peut-être… mais j’ai toutes les cartes en main Rain… alors que décidez-vous !

Cette femme était malade ! Mais elle avait raison. Il ne pouvait rien faire. Si jamais Darius les soupçonnait de quoi que ce soit, ils pouvaient dire adieu à ce qu’il partageait. Or il n’avait pas envie que cela s’arrête et la dernière fois qu’il s’était montré égoïste et qu’il n’avait pas satisfait Emilia, c’est Seren qui avait payé les pots cassés. Cette fois, il allait devoir la protéger.

Il inspira profondément et ferma les yeux, essayant de s’imaginer Seren à la place d’Emilia. Il l’attira à lui et fit abstraction des seins plus gros qui se pressèrent contre lui, de son odeur trop piquante pour appartenir à celle qu’il aurait désiré avoir dans ses bras à sa place.

– Faites un effort, Rain ! Si vous n’êtes pas à la hauteur …

Il enfouit les mains dans les cheveux d’Emilia et commença à simplement presser doucement ses lèvres contre celles de la femme, y déposant des baisers légers. Il approfondit ensuite le baiser, essayant de s’imaginer la langue de Seren contre la sienne. Il plaqua à nouveau Emilia contre le mur mais avec douceur cette fois et colla son bassin contre celui de la femme. Emilia passa un bras autour de son cou pour le garder en place et l’autre autour de sa taille. Elle gémit contre sa bouche et Rain, dégoûté par ce qu’il était en train de faire, faillit reculer mais il tient bon, fermant toujours fortement les yeux. Il ne vit donc pas Emilia les ouvrir grand, il ne vit pas Seren s’approcher parce qu’elle savait pertinemment qu’il se cachait là tous les jours pour l’observer. Il ne vit pas non plus Emilia adresser un regard de triomphe à la jeune elfe, alors que celle-ci écarquilla les yeux d’horreur, recula précipitamment, faisant craquer une branche morte sous son pied.

Rain se détacha aussitôt d’Emilia et se retourna, et ce qu’il vit c’est la silhouette de Seren s’éloigner à grand pas. Créateur ! Elle avait tout vu ! C’était certainement le but de cette garce depuis le début. Et le pire c’est qu’il ne pouvait même pas se précipiter à sa suite, sans donner raison à la Magister.

Il se tourna vers elle, les yeux soudain assombris par la colère. Il siffla entre ses dents serrées, se maitrisant pour ne pas blesser physiquement cette femme. Il n’avait jamais frappé aucune femme et n’en n’avait jamais éprouvé l’envie, même pas face à la Première Enchanteresse qui avait fait de lui un fugitif. Mais Emilia lui faisait perdre tout contrôle.

– Vous avez eu ce que vous vouliez. Allez-vous-en !

Emilia, nullement impressionnée, lui sourit, passant une main dans ses cheveux pour se recoiffer.

– Vous embrassez merveilleusement bien, Rain. Cette esclave a beaucoup de chance. Et oui j’ai eu ce que je voulais, même bien plus… pour le moment.

Elle poussa le vice jusqu’à se mettre sur la pointe des pieds et l’embrassa sur la joue, trop vivement pour que Rain puisse réagir.

– A la prochaine Rain, je vais attendre quelques jours avant de venir vous voir, ou je vous ferais mander et vous viendrez bien sûr…

Il n’attendit même pas la fin de sa phrase, préférant retourner dans ses appartements, avant de faire quelque chose qu’il allait regretter.

Il passa le reste de la journée à tourner en rond en attendant la nuit. Il avait l’impression que la journée s’étirait en longueur. Lorsqu’enfin les elfes se retirèrent pour la nuit, il ouvrit sa porte et se précipita vers la chambre de Seren. Avec soulagement, il réussit à ouvrir la porte et la referma aussitôt derrière lui. La jeune femme ne l’avait donc pas fermée à clef. Elle se trouvait assise sur son lit, les genoux repliés devant elle, fixant loin devant. Ses yeux étaient secs mais ses joues portaient encore les stigmates de ses pleurs. Rain s’avança doucement vers elle.

– Seren ?

Elle leva le visage vers lui. Il s’avança encore et s’assit à ses côtés. Il voulut lui caresser la joue, mais elle eut un mouvement de recul. Il soupira, il s’en voulait tellement de lui avoir fait du mal, mais il savait qu’il n’aurait pas pu faire autrement.

– Je suis tellement désolé, Seren. Emilia, elle … jamais je n’aurais …

La voix de la jeune elfe était éraillée.

– Je sais. Elle t’a forcé à le faire, n’est-pas ? Je connais les méthodes de ces Tévintides. C’est juste que de le savoir, ça ne… ça ne rend pas la scène plus supportable.

Rain sentit aussitôt une vague de soulagement l’envahir. Elle comprenait. Il voulut la prendre dans ses bras, mais la jeune femme se coula loin de lui. Elle se releva et passa ses bras autour d’elle.

– De quoi t’a-t-elle menacé ?

Devait-il lui mentir pour ne pas l’inquiéter ? Non il ne pouvait pas faire cela.

– Elle croit savoir pour nous. Elle m’a menacé d’en parler à Darius.

Elle déglutit bruyamment et essaya de contrôler les larmes qui menaçaient de la submerger.

– Alors c’est fini…

Rain se leva lui aussi, et s’approcha d’elle. Cette fois-ci elle ne se déroba pas et il la serra contre lui. La jeune femme s’agrippa à lui et enfouit son visage contre son torse.

– Pas si je continue à faire ce qu’elle me demande…

Elle se détacha de lui pour croiser son regard.

– Jamais je ne pourrais te laisser faire ça !

– Je le ferais, Seren. Le temps de trouver une solution…

– Mais cette garce gagnera ! Si jamais elle te demande de … Faiseurs, rien que d’y penser…

Rain l’embrassa violement et Seren répondit immédiatement à son baiser, voulant tous les deux oubliés ce qu’il s’était passé aujourd’hui et ce qui pourrait se passer à l’avenir. Après quelques minutes, ils se séparèrent enfin.

– Je trouverai une solution…

– Tu sais qu’il serait plus sage de …

– Je trouverai une solution ! En attendant nous avons un sursis de quelques jours.

– Très bien, quelques jours… quelques jours de plus avec toi.

Elle passa ses bras autour de sa nuque et Rain la souleva, dirigeant ses pas vers le lit. Il avait un plan à trouver mais pour le moment, il voulait simplement s’enfouir dans son corps et oublier et lui faire oublier cette journée, lui prouver qu’il n’y avait qu’elle qui comptait.

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Chapitre 13 – Dans les bains

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Seren s’éveilla. Elle se sentit étrangement en forme, comme après une très bonne nuit de sommeil. Contrairement aux autres fois, elle se souvenait presque parfaitement de tout ce qui s’était passé dans l’arène et après. Elle pouvait encore sentir la chaleur de Rain et sa bienfaisante magie. Elle se redressa doucement dans le lit et découvrit qu’elle était propre et nue. La maison était étrangement calme, silencieuse. Elle n’entendit aucun bruit de pas dans le couloir, aucun murmure d’elfes.

Soudain sa porte s’ouvrit avec fracas et une elfe d’une soixantaine d’années entra, un plateau plein de victuailles dans les bras. Ses cheveux gris étaient retenus pas un chignon serré sur sa nuque et elle débordait tellement de vitalité et d’énergie que la chambre de la jeune elfe en vibrait presque. Vivement, Seren remonta les draps sur sa poitrine. Voyant son geste, la vieille femme ricana :

– Allons, Dahlen, tu n’as rien à cacher que je ne connaisse déjà ! Et qui t’as lavée et changée à ton avis hein ? Tu es encore revenue couverte de sang.

– Marva ? Mais que fais-tu ici ? Tu ne quittes jamais tes chères cuisines d’habitude !

– Il fallait bien que quelqu’un s’occupe de toi ! Je sais que Tia aimait le faire et je ne pense pas que la petite apprécierait que l’une des morveuses qui sert d’esclaves à Darius s’en charge à ma place.

Elle déposa le plateau sur les genoux de Seren.

– Tiens, je suis sûre que tu meurs de faim depuis hier soir.

– Donc je ne suis restée endormie que pendant une nuit. Qu’est-ce qu’il s’est passé après le combat ? Je crois… je crois m’être endormie comme une masse.

– Oh eh bien Maître Darius semblait très heureux de ta victoire. A vrai dire je l’ai rarement vu aussi joyeux. Et je suis là depuis sa naissance ! Tu as dormi comme une souche pendant la nuit et une bonne partie de la journée. Le soleil va se coucher dans quelques heures.

– Oui je crois que Darius vient de gagner une très grosse somme d’argent.

– Cela expliquerait sa soudaine bonne humeur. Il a été invité chez l’un de ses « amis » pour fêter sa victoire dignement. Je ne crois pas qu’il faille l’attendre avant demain. D’ailleurs il a donné un jour de repos à toute la maison ? Tu le crois ça ? Une grande partie des esclaves en a profité pour sortir s’amuser un peu. Il ne reste pratiquement plus personne à la maison. Que les plus vieux pour qui une journée de repos ne veut plus rien dire après tout ce temps.

– Je te remercie pour le plateau, ça a l’air délicieux.

Seren attaqua la nourriture avec enthousiasme, dévorant tout, comme après chaque combat. Après quelques minutes, elle osa enfin demander.

– Et comment va Rain ? Il a encore dû utiliser une grosse quantité d’énergie pour me soigner.

– Oui, c’est même lui qui t’as ramené à la maison. Il a dormi pendant un moment lui aussi, il n’a pas voulu que je m’approche de toi pendant un long moment.

La vieille elfe regarda Seren avec un air étrange.

– Dahlen, y’a-t-il quelque chose entre vous ?

La jeune femme rougit violemment tout en niant fébrilement :

– Non, non. Bien… bien sûr que non !

– Oh. Je ne voulais pas me mêler de ce qui ne me regardait pas. Je voulais juste te mettre en garde c’est tout. Aussi beau et charmant soit cet humain, il ne pourra pas t’arracher à Darius. N’oublie jamais que tu es une esclave et pas lui.

Seren fronça les sourcils, même si c’était exactement les mêmes arguments qu’elle avait avancé à Rain pour arrêter leur relation récente, les entendre dans la bouche de cette femme, qu’elle avait connaissait depuis longtemps, l’agaça fortement.

– Ne t’inquiète pas Marva, je suis une adulte responsable et je sais ce que je fais. Et même si ma relation avec Rain ne te regarde en rien, sache qu’il n’y a rien du tout entre nous.

La cuisinière leva les mains en signe de reddition.

– Bien, très bien ! C’est toi qui vois Seren ! Je te laisse ! J’ai encore du travail dans les cuisines, pas de repos pour les braves !

Elle s’éloigna et s’apprêta à ouvrir la porte quand Seren la stoppa :

– Merci encore Marva. Est-ce que… est-ce que tu sais si Rain est encore à la maison ?

Avec un léger regard de reproche, Marva lui répondit :

– Je crois qu’il se trouve dans les bains.

Après une pause, elle ajouta :

– Soit prudente, Dahlen.

Elle referma doucement la porte derrière elle. Seren soupira et se passa une main nerveuse dans les cheveux. Bizarrement, elle arrivait presque à se souvenir de tout ce qui s’était passé pendant sa transe de Berserker. Elle se rappelait du combat mais surtout de l’après. Elle avait vainement tenté de revenir à elle, mais le brouillard rouge ne voulait pas se retirer. Et puis Rain était arrivé et déjà le Berserker en elle reculait, mais il était toujours là et son instinct aiguisé de survie avait failli blesser son ami. Mais sa voix, son parfum, sa chaleur l’avait ramené, petit à petit. Malheureusement, la douleur avait fait surface en même temps, une douleur terrible, intense, qui l’avait ravagé. Seule sa magie l’avait maintenu hors des ténèbres.

Elle devait bien se rendre à l’évidence, elle avait besoin de lui. Elle se rappela également qu’elle avait eu l’impression pendant le combat que le géant avait été maitrisé pendant quelques minutes grâce à la magie. Elle pourrait presque jurer qu’elle avait vu Rain en plein sortilège. A quoi bon stopper toute relation entre eux pour le protéger s’il n’en faisait qu’à sa tête et se mettait délibérément en danger.

Elle commençait vraiment à se demander si elle avait bien fait d’arrêter. Après tout ils étaient bien ensemble, enfin de son point de vue en tout cas. Non, elle était loin de la vérité, la nuit avec Rain avait été la plus belle de sa vie. Naïvement, elle avait pensé, dans le secret de son cœur, qu’un jour Darius la verrait autrement, comme une égale. Il briserait alors sa servitude et lui demanderait de partager sa vie. Fini les combats, fini l’esclavage. Mais c’était là le vrai rêve. Elle ne se rendait compte que maintenant que Darius n’était pas l’homme qu’elle imaginait, et surtout que jamais, au grand jamais il ne la regarderait différemment. Elle n’était rien pour lui, absolument rien et cela ne changerait pas.

Avec Rain tout était tellement différent. Ils étaient devenus amis, petit à petit, puis amants. Et tout avait été si naturel, si parfait. Elle savait que jamais Rain ne lui ferait de mal, ne la jetterait dans une arène à la tête d’un géant. Elle voulait que les instants qu’ils avaient partagés continuent, passer ses nuits avec lui, sentir ses mains sur elle, sa bouche sur la sienne. Faiseurs, elle le désirait tellement ! Peu importe que cela ne mène nulle part. Mais était-elle prête à mettre la vie de Rain, l’homme qui était devenu plus important que n’importe qui à ses yeux, en danger ? Pouvait-elle être si égoïste ? Serait-elle assez forte pour faire face aux conséquences de cette relation ? La colère de Darius, s’ils étaient découvert, la douleur d’être séparée de lui quand Rain partirait …

Tellement de choses pouvaient mal tourner. Mais son désir pulsait tellement fort qu’il faisait presque taire sa raison. Elle voulait le voir… maintenant.

Brusquement elle se leva, enfila une longue robe de chambre en soie qui toucha sa peau comme une tendre caresse et remonta à la va vite ses cheveux sur la tête. Pieds nus, elle ouvrit la porte de sa chambre et ses pas se dirigèrent d’eux même vers les bains.

Lorsqu’elle commença à voir de la vapeur elle ralentit l’allure puis s’arrêta. Elle hésita un instant, resserra les pans de sa robe de chambre et finit par entrer doucement. Elle n’avait rien préparé, ne savait même pas trop ce qu’elle faisait là, mais elle continua à avancer.

Enfin à travers la fine vapeur elle aperçut le bassin. Rain était immergé dans l’eau jusqu’à la taille, les bras étendus sur le rebord du bassin, la tête légèrement rejetée en arrière. De fines gouttes d’eau s’étaient prises dans ses cheveux et sa barbe, et ses yeux mi-clos brillaient comme ceux d’un fauve.

Il était magnifique et exhalait une telle sensualité et une telle force que Seren eut soudain les lèvres sèches et elle sentit ses joues s’enflammées. Lorsqu’il prit conscience de sa présence, il baissa la tête et croisa son regard. Seren était comme hypnotisée. Elle avança doucement vers le bassin. La jeune femme releva légèrement sa robe de chambre sur ses jambes et s’assied au bord du bassin. L’eau arrivait jusqu’au milieu de ses mollets et le tissu de son habit, remonté jusqu’en bas de ses cuisses, formait comme une corolle autour d’elle. Inexplicablement, la tension entre eux était presque palpable. Elle n’arrivait pas à détacher son regard du sien et ne savait pas trop comment aborder la conversation. Finalement elle se lança :

– Merci pour hier soir.

– C’est mon travail, tu n’as pas à me remercier.

– Nous savons tous les deux que tu as fais bien plus que ton travail.

Rain haussa un sourcil.

– Comment cela ?

– Tu m’as aidé contre le géant. Je l’ai vu, tu lui as jeté un sort n’est-ce pas ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Bien, ne l’avoue pas si tu veux. Saches que je sais. Mais tu ne peux pas nier m’avoir aidée à… à revenir à moi.

– Je ne le nie pas.

Ses réponses étaient des plus laconiques. Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre qu’elle le désirait plus que tout. Non elle ne pouvait pas. Elle allait se relever quand Rain la stoppa net.

– Que fais-tu là Seren ?

Elle pouvait encore reculer, s’enfuir. Mais elle ne voulait plus fuir. Elle avait été esclave une bonne moitié de sa vie, elle voulait maintenant la prendre en main. Et cela commençait par faire preuve de courage.

– J’ai eu tort Rain, j’ai besoin de toi.

Une lueur presque dangereuse s’alluma dans le regard de Rain. Mais il ne bougea toujours pas.

– Besoin de moi pour quoi exactement ?

Faiseurs, il ne lui fait facilitait vraiment pas la tâche et lui faisait perdre tous ses moyens.

– Pour… pour …

Elle n’eut même pas le temps de bégayer davantage. Rain utilisa un sort qui le déplaça devant elle en un battement de cil. Il avait posé les mains de part et d’autre de sa taille, sa tête arrivait presque au niveau de celle de la jeune femme. De surprise, Seren écarquilla les yeux et n’osa pas bouger. Rain semblait presque énervé. Qu’avait-elle dit ? Qu’avait-elle fait ? Lentement l’humain se pencha vers elle et remonta vers son oreille où son souffle caressa sa peau, la faisait frissonner de la tête au pied.

– Pour quoi, Seren ? Pour recommencer ce que tu as voulu arrêter ?

Venait-il de lui jeter un sort ? Elle n’arrivait plus à penser, ni à parler. Elle aurait voulu lui expliquer qu’elle avait autant besoin d’un ami que d’un amant, même si en ce moment son corps criait presque son envie d’être touché et qu’elle avait été profondément blessée de le voir avec Emilia. Mais elle ne sut qu’hocher doucement la tête.

– Que crois-tu ? Que je ne suis qu’un jouet que tu sors lorsque tu en as envie et que tu rejettes quand tu reviens à la raison ? Je ne suis pas à ta disposition Seren.

Enfin elle arriva à souffler :

– Non …

– Si tu ne recherches qu’une délivrance physique, tu peux te la procurer sans moi.

Sans la quitter des yeux il lui prit la main et la porta à ses lèvres. Il prit deux doigts dans sa bouche et les suça doucement. Seren cessa tout à fait de respirer et tremblait presque d’anticipation. Il libéra finalement ses doigts et guida sa main vers l’entrejambe de la jeune femme, tandis que son autre main écarta légèrement ses jambes et le tissu de sa robe de chambre avec. Elle sursauta légèrement en sentait ses propres doigts humidifiés par la salive de Rain contre ses chairs intimes. Elle gémit lorsque ses doigts, toujours guidés par l’humain trouvèrent son clitoris, et elle ne put s’empêcher de les bouger pour titiller son bourgeon déjà gonflé de plaisir. Rain lui fit faire le tour de ses lèvres et s’approcha de l’entrée de son intimité. Lorsqu’elle sentit qu’il guida ses doigts en elle, elle cria doucement, et voulut s’agripper à l’épaule du jeune homme. Mais celui-ci ne la laissa pas faire et plaqua sa main contre le marbre qui entourait le bassin. Il lui fit faire de léger mouvement de vas et vient. Toujours prisonnière de son regard, Seren ne savait plus que penser. Elle avait besoin de le toucher et qu’il la touche également. Mais son corps se contentait apparemment de ce qu’elle lui donnait, et de la simple caresse du regard de Rain. Elle sentit rapidement l’orgasme approcher, haletait et gémissait doucement.

– Alexei, s’il te plait…

Mais le jeune homme resta sourd à ses suppliques et ne lâcha pas sa main, accélérant, au contraire, le mouvement. Finalement Seren se laissa aller au plaisir avec un petit cri, mais son orgasme se teintait presque d’une certaine tristesse. Ça n’était pas cela qu’elle voulait, elle le voulait lui. Elle devait trouver le moyen de lui faire comprendre. Elle releva la tête, qu’elle avait baissé pendant l’orgasme, et retrouva son regard brillant.

Il retira ses doigts, les porta à nouveau à sa bouche et les lécha doucement, fermant brièvement les yeux pour savourer le nectar qui les trempait. Cela fait, il garda prisonnière sa main.

– Tu vois, lui dit-il, tu peux très bien faire cela toute seule. Je répète donc ma question ; pourquoi as-tu besoin de moi ?

Si elle n’arrivait pas à se reprendre très vite, elle allait le perdre définitivement, elle le sentait. Heureusement les mots franchirent à nouveau ses lèvres. Les joues rougis, les yeux pétillants et pleins de larmes, à sa grande honte, c’est presque avec colère qu’elle lui énuméra :

– J’ai besoin de ton corps, j’ai besoin de ta tendresse, j’ai besoin de me sentir proche de toi, j’ai besoin de te parler, j’ai besoin de la sérénité que tu me procures et j’ai besoin de savoir que tu ressens la même chose et que tu n’iras pas chez une autre femme que moi.

Le regard de Rain s’adoucit légèrement mais il ne la relâcha pas pour autant.

– J’y étais prêt, Seren, c’est toi qui ne voulais pas continuer. Moi, j’ai besoin de savoir que tu ne vas pas me rejeter encore et que tu es prête à faire face à ce qu’il adviendra.

Le regard déterminé, Seren n’hésita pas à lui avouer.

– Je préfèrerais mourir que de rester loin de toi, je l’ai compris.

Rain soupira et posa son front contre celui de la jeune elfe.

– Ca n’est pas ce que je te demande Seren. Je ne souhaite pas que tu meures pour moi, juste que tu acceptes que ce l’on pourrait vivre tous les deux en vaut la peine.

– Mais je l’accepte ! Je t’en prie laisse-moi te toucher…

Rain obtempéra enfin. Très doucement, et avec des mains tremblantes, Seren approcha sa main de la joue de Rain, son autre main se posa sur son épaule et remonta vers sa nuque. Elle pencha légèrement le visage vers lui et leurs lèvres se trouvèrent et se frôlèrent, en une caresse tendre et aérienne, comme pour contrebalancer la froideur de leur première étreinte. Enfin, presque au même moment, ils écrasèrent leurs bouches l’une contre l’autre. Seren ouvrit aussitôt les lèvres, et gémit quand la langue de Rain caressa la sienne. Elle avait passé ses bras autour de son cou et plongé ses doigts dans les cheveux mouillés de Rain. Ses jambes s’ancrèrent autour de la taille de l’humain et le serra contre elle. Rain avait une main bien callée contre sa nuque alors que l’autre empoigna un sein qu’il massa à travers la soie. Il pinça gentiment son mamelon, faisant crier la jeune femme dans sa bouche.

Lorsqu’il l’avait vu apparaître, drapée dans sa longue robe de chambre qui ne cachait rien de son corps, les cheveux relevés, il avait failli perdre le contrôler et rompre sa promesse. Cela lui avait coûté de rester sans la toucher pendant qu’il lui faisait se donner du plaisir. Il avait bien senti qu’il l’avait peiné mais il voulait être sûr de sa résolution. Ainsi il comptait bien se faire pardonner. Sans cesser de l’embrasser, les mains du jeune homme se posèrent sur la ceinture de Seren et luttèrent quelques secondes pour en défaire le nœud. Enfin il put ouvrir les pans de sa robe de chambre et faire glisser le tissu le long de ses bras. Seren s’en débarrassa rapidement avant de remettre ses mains sur son torse. Elle lui mordilla gentiment la lèvre inférieure tout en descendant ses mains, griffant doucement sa peau au passage. Rain se détacha des lèvres de la jeune elfe et fit descendre les siennes le long de sa gorge. Il gémit lorsque les doigts de Seren passèrent sous l’eau et se refermèrent sur son membre, gonflé depuis le moment où il avait pris les doigts de la jeune femme dans sa bouche. La sienne se referma sur un mamelon durci alors que la main de l’elfe serra plus fort en imprimant un mouvement du haut vers le bas. Cela le rendit fou de désir et il dévora littéralement la poitrine de Seren. Ils devaient ralentir la cadence, sinon il n’allait pas tenir. Il posa donc sa main sur celle de Seren et la stoppa :

– Doucement, nous avons tout notre temps.

Seren le lâcha et chercha son regard. Elle lui répéta :

– J’ai tellement besoin de toi.

Rain lui sourit et la prit par la taille. Il la souleva et la plongea dans l’eau. Accroché au cou et à la taille de l’humain, Seren rit. Elle commença à frotter son bassin contre lui créant de petites vagues autour d’eux. L’humain lui agrippa les fesses, accompagnant ses mouvements. Il lui mordit la lèvre et murmura :

– Andrasté ! Seren …

Elle l’embrassa alors, accélérant ses mouvements. Elle descendit ensuite vers son menton et remonta le long de sa mâchoire puissante jusque son oreille dont elle suça le lobe.

– J’ai envie de toi …

Au même moment, elle s’empala violement sur son sexe, leur arrachant un cri à tous deux. Elle ne bougea plus, la tête rejetée en arrière, le dos cambré, savourant simplement la douce sensation de son corps à nouveau complet. Puis elle se redressa et le regarda. Rain leva la main vers son visage et traça la cicatrice qu’elle avait en travers de l’œil, dans un geste tendre dont lui seul avait le secret. Il l’embrassa chastement sur les lèvres et lui dit :

– Nous devrions sortir de là.

– Mmm, l’ennui c’est que je suis très bien où je suis.

– Et tu seras encore mieux si nous sortons de ce bassin, crois-moi.

Seren soupira et se détacha à regret du corps de Rain. Il la guida vers le rebord puis s’y hissa en position assise. Il tendit alors la main vers Seren mais celle-ci avait d’autres projets en tête. Elle profita de la position de Rain pour prendre son sexe en bouche, sans mise en garde, arrachant un cri à l’humain. D’instinct il posa les mains sur sa tête, mêlant ses doigts dans les mèches de Seren. Celle-ci faisait lentement bouger sa tête du haut vers le bas, resserrant ses lèvres sur la peau tendre de son membre et en engloutissant autant que possible. Andrasté que c’était bon ! Elle prit soin de s’attarder sur son gland qu’elle lécha consciencieusement, avant de reprendre ses mouvements. Sa bouche était si chaude, si délicieusement humide.

– Seren remonte vers moi.

La jeune elfe poussa un grognement de protestation mais n’arrêta pas. Rain tira alors sur ses cheveux pour l’obligea à relever la tête.

– Je ne te demande pas d’arrêter mais de me rejoindre. Fais-moi confiance tu vas aimer.

Intriguée, Seren obtempéra. Rain l’embrassa violement avant de se coucher sur le dos.

– Viens par là.

Il lui indiqua ce qu’il voulait et de plus en plus curieuse l’elfe se mit à califourchon, juste au-dessus de sa tête face au bassin. Elle comprit ce qu’il voulait faire mais ne voyait pas… Elle perdit le fil de ses pensées quand elle sentit les lèvres de Rain sur son sexe et bascula légèrement en avant. Avec un sourire, elle vit enfin ce qu’il attendait d’elle. Elle se pencha donc encore plus pour reprendre son membre en bouche. Faiseurs ! Entre les lèvres de Rain, sa langue qui fouillait son intimité et son sexe dans la bouche, elle avait l’impression qu’il était partout. Et elle adorait ça. Elle continua comme elle put ses mouvements mais se rendit compte que la tâche était plus difficile, surtout lorsque les dents de Rain trouvèrent son clitoris. C’était comme une bataille, à celui qui ferait craquer l’autre en premier, ils y mirent tout leur cœur. Si bien que les muscles des jambes de Seren commencèrent à trembler et les vas et viens de la langue de Rain eurent raison d’elle. Elle cria autour du membre de Rain créant des vibrations qui faillirent le faire jouir. Heureusement il était trop occupé à lécher le nectar que Seren venait de libérer.

Seren se dégagea et fendit sur sa bouche, l’embrassant à perdre haleine, entrecoupant ses baisers par des murmures presque incohérents :

– Faiseurs…tellement…ai besoin de toi en moi…supplie…Alexei…

Rain se releva et l’aida à en faire de même. Il prit son visage entre ses mains et l’embrassa, tout en la faisant reculer contre le mur le plus proche. Le froid des carreaux de la mosaïque contre sa peau brulante arracha un petit cri à la jeune elfe. Leur différence de taille était juste parfaite, et il n’eut qu’à lui releva la jambe pour s’enfoncer à nouveau en elle. Il entama immédiatement un va et vient rapide. Seren hurla de bonheur et posa ses mains sur les épaules de Rain, essayant de suivre le rythme de ses coups de reins. L’autre main de Rain s’était perdue dans ses cheveux et il lui maintenait la tête contre le mur. Dans cette position, elle ne pouvait que plonger son regard dans celui de l’humain.

– Plus fort, Alexei, je t’en prie.

Le jeune homme lui sourit malicieusement et ralentit délibérément l’allure, adoptant un rythme douloureusement lent. Il se pencha vers elle et l’embrassa doucement. Seren protesta mais il ne fléchit pas, gardant ce rythme pendant encore de longues minutes, la regardant dans les yeux pendant qu’il faisait aller et venir son membre en elle, se retirant presque entièrement avant de s’enfoncer doucement le plus loin possible.

Soudain, il vit des tâches rouges dans les pupilles dilatées de Seren.

– Hey Seren, reste avec moi, reste avec moi !

Il l’embrassa passionnément, accélérant légèrement la cadence. Lorsqu’il plongea à nouveau dans ses yeux, il n’y vit, avec soulagement, que du vert mousse.

Seren n’en pouvait plus, elle avait besoin qu’il la prenne, vite, fort et elle en sanglotait presque de frustration. Soudain il se retira et la retourna. Ses mamelons sensibles entrèrent en contact avec le froid des carreaux. Cherchant un contact avec le corps de Rain elle recula légèrement les jambes et se pencha vers l’avant, lui présentant sa croupe. Les mains de Rain trouvèrent ses hanches qu’il agrippa puis d’une seule poussée il se réinstalla dans la chaleur de son corps. Elle sentit ensuite l’une de ses mains sur la sienne, crispée contre le carrelage et il emmêla ses doigts aux siens. Il embrassa sa nuque avec révérence avant de la prendre, enfin, comme elle le souhaitait. Ses hanches bougeaient à un rythme frénétique, vite, fort comme elle lui avait demandé. La salle résonnait de leurs cris mutuels et du bruit de la chair contre la chair. Seren était maintenant si près de la jouissance qu’elle voyait des étoiles devant ses yeux. Lorsqu’elle sentit Rain jouir en elle dans un cri guttural, elle bascula elle aussi. Tout son corps se crispa et elle hurla son prénom. Elle sentit le front de Rain appuyé contre son épaule, alors que l’humain essayait de retrouver son souffle. Faiseurs elle aurait tellement voulu que ce moment dure à jamais. Mais elle savait que tôt au tard elle serait séparée de lui. Rain lui embrassa l’épaule et se retira. Seren se tourna vers lui et rencontra son regard surpris. Doucement il posa sa main sur sa joue et lui demanda :

– Tu pleures ?

Elle ne s’en rendit compte qu’à cet instant. Elle essaya de lui sourire mais faillit. Alors elle se jeta à son cou et y enfouit son visage. Rain la prit dans ses bras :

– Tout va bien, je suis là, tout va bien…

Oui il était là, et elle allait devoir profiter de chaque instant.

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