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Chapitre 21 – Celui qui ne veut pas participer

Seth ne savait pas comment il s’était retrouvé là, mais il faisait à nouveau face à l’Eluvian gigantesque par lequel avait disparu Solas. Il était seul mais, plus étonnant encore, il avait à nouveau son bras. Il le bougea pour le simple plaisir de se sentir à nouveau entier. Il fit quelques pas vers le miroir, mais soudain une grande douleur l’arrêta. Il tomba à genoux et prit sa main douloureuse contre son torse. La douleur était maintenant tellement intense qu’il s’était recroquevillé sur lui-même en espérant que la souffrance s’arrête rapidement. Il entendit alors une voix familière.

– Prenez ma main, Lethallin.

Seth releva vivement la tête.

– Solas ?

L’apostat se tenait devant lui, main tendue, un petit sourire rassurant sur les lèvres.

– Faites-moi confiance, Inquisiteur. Je peux vous libérer de cette souffrance.

Avec confiance, Seth mit sa main douloureuse dans la sienne. Solas l’agrippa fermement. Son visage se ferma alors.

– Je suis désolé, je ne peux pas vous laisser cette marque. Elle va disparaitre et vous avec. Je n’ai pas d’autre choix.

– Non Solas, je t’en supplie !

– Pardonnez-moi, Inquisiteur.

Horrifié, Seth ne put que le regarder user de sa magie sur lui. Il lâcha ensuite sa main et se détourna de lui. La douleur fut insoutenable et il vit avec effroi sa main commencer à disparaitre. Ses doigts d’abord, puis la paume, le poignet, l’avant-bras. Mais la disparition ne s’arrêta pas là et son bras commença lui aussi à s’évanouir. Fenhendis, il était en train de disparaître ! Ça n’était pas possible, il ne voulait pas mourir ! Pas ici, pas maintenant. Son épaule n’était déjà plus là !

– Non, non !!!

Noria était bien au chaud. Nue, son dos collé au torse de Seth, le bras du jeune homme autour de sa taille. Alors pourquoi était-elle réveillée ? Prenant peu à peu plus conscience de son environnement, elle sentit Seth tressaillir légèrement. Sa main se crispa contre son ventre. Elle l’entendit murmurer :

– Solas ?

Le sentiment familier de jalousie pinça son cœur. A quoi rêvait-il ? Noria se dégagea de son bras et se tourna vers lui. Le visage de Seth était déformé par la douleur. La jeune femme lui posa une main rassurante sur la joue.

– Seth, chuuuuut tout va bien.

Mais le jeune homme ne semblait pas l’entendre. Il bougea plus violement et lui donna un léger coup de poing dans la hanche. Il grommelait des paroles inintelligibles. Il semblait tellement souffrir qu’elle décida de le secouer plus fort pour le réveiller.

– Seth, tu es en train de rêver. Je t’en prie, réveille-toi, tout va bien.

Subitement il ouvrit grand les yeux. Ses pupilles étaient totalement dilatées et il regardait en tous sens autour de lui, sans la reconnaitre. Noria lui entoura le visage de ses mains.

– Seth, c’est moi Noria. Tu es en sécurité.

Enfin, il sembla voir son visage et son regard croisa celui de Noria. Il enfuit alors son visage contre le haut de sa poitrine. Aussitôt, Noria referma ses bras autour de lui. Elle lui caressa gentiment les cheveux en lui murmurant des paroles rassurantes. Elle avait eu son lot de cauchemar pour en reconnaître un vrai. Elle essaya donc de lui transmettre toute la chaleur et le réconfort qu’elle pouvait.

– Raconte-moi, Seth.

– Ne t’inquiète pas, Da’mi, c’était juste un cauchemar. Ça va passer, donne-moi cinq minutes.

– Tu en fais souvent ?

– Ça arrive, oui.

– J’aimerais que tu me racontes quand même.

Seth soupira, sachant d’avance que la jeune femme ne lâcherait pas l’affaire aussi facilement.

– Ce n’est rien. J’ai juste ressenti la douleur de l’ancre comme si elle était encore rattachée à moi.

– Tu as… tu as appelé Solas dans ton rêve.

Seth releva la tête et plongea ses yeux dans les siens.

– Je t’ai raconté dans quelles circonstances je l’ai revu. Dans ce rêve, je revivais une partie de la scène, seulement il ne faisait pas disparaître juste ma main. J’étais en train de disparaître tout entier, m’évaporer complètement, sans laisser de trace.

Noria pressa ses lèvres contre les siennes.

– Mais tu es là.

– Oui je sais, je suis là.

Cette fois c’est Seth qui l’embrassa, emmêlant ses doigts avec l’une de ses petites mains. Le baiser s’approfondit rapidement et brusquement Noria se retrouva sur le dos, un Seth tout sourire au-dessus d’elle, son cauchemar semblant bien loin.

Il joua quelques secondes avec la boucle d’oreille qui brillait à l’oreille droite de la jeune fille.

– Qui te l’a fait ?

– Assan.

Seth la regarda d’un air profondément surpris :

– Ma mère ?

Noria lui sourit.

– Je ne connais pas d’autre Assan. Elle me l’a proposé un jour et j’ai sauté sur l’occasion.

– Elle t’apprécie beaucoup.

– Et c’est réciproque. Ta mère est une femme formidable.

Avec fierté, Seth lui dit.

– Je sais. Mais assez parler de ma mère pendant qu’on est nus dans un lit.

Il se pencha alors vers la gorge de la jeune femme et parsema sa peau de baiser.

– Puisqu’on est tous les deux réveillés et que la nuit n’est pas finie, autant se divertir un peu non ?

Noria sourit.

– Eh bien, eh bien, j’en connais un qui est gourmand !

– Mmm, c’est qu’on a beaucoup de nuits à rattraper. Et surtout ne te retiens pas, si au passage on pouvait réveiller Sera, ça m’arrangerait !

Cette fois-ci Noria ne put s’empêcher de pouffer.

– Alors là, je ne vais pas te rendre la vie aussi facile, très cher. A partir de maintenant ces lèvres sont scellées et aucun son ne les franchira.

Un sourire carnassier étira les lèvres de Seth.

– Oh, un défi ! J’adore les défis !

C’est ensemble qu’ils descendirent les marches de la maison le lendemain matin, main dans la main. Inutile de faire semblant de rien parce qu’évidemment, Noria avait perdu son défi. Le jour où elle arriverait à rester de marbre face à Seth, Thédas serait en paix.

Lorsqu’ils pénétrèrent dans la cuisine, Sera était déjà là, assise devant une tasse de café fumante. Elle semblait d’humeur massacrante.

Noria lui dit, l’air de rien.

– Bonjour Sera, bien dormi ?

– Ah ah, trèèès drôle. Disons que j’aurais pu dormir si un couple de lapins n’avait pas passé la nuit à forniquer comme des dératés !

Seth pris un air affolé :

– Rassure-moi Da’mi, je suis plus endurant qu’un lapin ?

Noria confirma.

– D’une ou deux secondes, j’ai compté.

– Ingrate !

– Non mais stop !! Je vais pas, en plus, devoir me taper vos petits mots doux au petit déjeuner !

Noria et Seth éclatèrent de rire.

– Et pourquoi vous êtes aussi en forme d’abord ? C’est vraiment injuste !

Noria se fit un plaisir de lui répondre, d’un ton détaché :

– Oh, tu sais ce qu’on dit, plus de trois orgasmes en une nuit et tu as la pêche pour la journée !

Sera grogna de désespoir.

– Je vous déteste.

Et pour le plus grand malheur de Sera, les taquineries ne s’arrêtèrent pas. Au contraire, le couple prit un malin plaisir à la tourmenter. Mais, la cerise sur le gâteau fut lorsque l’elfe découvrit l’état de la table dans la grande salle. Elle déboula comme une furie dans la cuisine, alors que Seth et Noria finissaient leur repas.

– Ne me dites pas que vous avez fait ça sur ma table de guerre ??!!

Seth fit mine de réfléchir.

– Mmm, je ne sais plus. Tu te souviens Da’mi ? Comme on l’a fait dans à peu près toutes les pièces de la maison…

Noria rentra aussitôt dans son jeu.

– Laisse-moi réfléchir… je crois bien oui. Mais si, même que tu m’as prise alors que…

– Oh la ferme ! Je ne rentrerai plus dans cette pièce tant que vous ne l’aurez pas désinfectée entièrement !

Noria eut finalement pitié d’elle et s’occupa de ranger le bazar qu’ils avaient laissé la veille.

Elle était encore un plein rangement quand elle entendit des coups réguliers sur la porte fenêtre. Elle releva la tête et vit Mervin et Rob lui faire des signes. Aussitôt elle se précipita pour leur ouvrir. A peine le seuil de la maison franchi, Mervin lui dit :

– Rassemble tout le monde Noria, j’ai du nouveau sur ton affaire.

Une fois tout le monde présent dans la grande pièce, Mervin se mit à parler :

– J’ai quelques indics qui m’ont donné une piste. Je ne sais pas si c’est sérieux mais je pense que ça vaut le coup d’aller vérifier. Il semblerait que des elfes aient mystérieusement disparu après avoir approché de trop près un noble de l’aristocratie orlésienne. Il les repèrerait dans des parties fines assez sélects et très discrètes. Dans ce genre de soirée quasiment tout est permis, mais ils ont quand même une règle : toutes les personnes qui y assistent sont consentantes et ne font ça que pour le plaisir. Les transactions fiduciaires sont interdites, seul le plaisir compte. Bref, c’est la décadence la plus pure !

Un de mes « amis » y travaille comme cuisinier. Evidemment, il n’était pas sensé m’en parler. Du coup il a pu observer l’homme. Il ne semble s’intéresser qu’aux femmes elfes, et il faut qu’elle ait quelque chose de spécial. Puis il fait tout pour séduire la fille, souvent avec succès. Ils commencent alors les « festivités » sur place, puis ils disparaissent. Mais mon ami n’a jamais réussi à le suivre. Ils s’isolent d’abord dans une salle « spéciales » ou seuls quelques habitués et ceux qu’ils choisissent sont admis. Il ne sait pas comment il fait, mais il arrive à disparaître complètement. Les jeunes femmes avec qui il est parti les deux dernières fois, il y a quelques semaines de ça, ont disparu dans la nature. Pouf ! Plus rien. Et j’ai pu trouver qu’au moins l’une des victimes fréquentait régulièrement ces soirées.

Noria intervient finalement, trépignant carrément d’excitation, l’œil brillant :

– Mervin, tu es mon héro ! Tu viens peut-être de trouver une sacrée piste ! Qui est ce noble ?

– Le Comte de Vérimont.

– Quoi ?? Vérimont ?

Seth demanda :

– Tu le connais, Da’mi ?

Noria lui adressa un petit sourire coquin.

– Oh oui, je le connais bien, lui et son magnifique bureau rempli de pierres précieuses et d’or ! Et dire qu’il a fait tout une histoire à son fils pour avoir couché avec une elfe domestique, alors que ce vieux dégueulasse passe des soirées « orgies » avec les dites elfes !

Seth lui rendit son sourire.

– Je vois. Bon, on sait que ce type semble louche. Quel est le plan ?

Mervin répondit aussitôt :

– Eh bien j’avais pensé que quelques Amis de Jenny pourraient être de la fête ! Une petite mission d’infiltration dans une « soirée » orlésienne, ça vous tente ?

Rob acquiesça tout de suite :

– Je suis partant ! Et je propose Noria en partenaire. On formerait un sacré duo, ma jolie.

Noria pouffa :

– Dans tes rêves ! Je ne mettrai pas un pied là-bas !

Rob insista pourtant :

– Oui, mais tu es la seule à pouvoir reconnaître notre bonhomme… tu vas être obligée d’y aller…

Se sentant prise au piège, Noria protesta, après avoir fixé Seth dans les yeux :

– Si j’y vais, tu viens avec moi, Seth !

– Alors là, certainement pas ! Je préférerai qu’on me coupe l’autre bras. Par contre Noria n’ira pas seule avec Rob, ça c’est certain !

Rob sauta sur l’occasion et il lui dit d’un ton mielleux :

– Ca peut d’arranger pour ton autre bras, tu sais. Et puis, depuis quand tu prends des décisions à la place de Noria ?

– Ne me cherche pas, Rob.

– Eh oh je suis là, vous pourriez arrêter de faire comme si je n’étais pas assise à la même table que vous !

Sera essaya d’apaiser le conflit :

– On pourrait y aller tous les quatre.

Mervin arrêta le débat :

– Je n’ai pu avoir que deux invitations, il va falloir choisir.

Le silence retomba autour de la table.

Noria ne souhaitait vraiment pas participer à cette soirée. Elle était, certes, plutôt à l’aise avec son corps et sa sexualité, mais de là à participer à une orgie, il y avait des limites. Mais elle repensa à ses femmes massacrées, et elle se dit qu’elle n’avait pas le droit de faire la difficile. Elle devait tout faire pour coincer le monstre qui leur avait ôté la vie et si pour ça elle devait se laisser tripoter par des nobles libidineux, elle devait le faire. Comme l’avait dit Rob elle était la seule à savoir à quoi ressemblait leur homme.

Elle se décida donc :

– J’irai.

Seth soupira. Il n’avait pas le choix, il devait l’accompagner. Qui sait ce qui pourrait lui arrivé seule, ou pire avec Rob, là-bas. Il avait vu les Orlésiens à l’œuvre, il savait qu’ils étaient fourbes et manipulateur. Il était temps qu’il reprenne du service, au moins durant cette soirée. Il n’arriverait rien à Noria.

– Je t’accompagne Da’mi, après tout j’ai été garde du corps un moment.

Noria lui offrit son plus beau sourire.

– Bon, très bien. Noria et moi on y va, on entre dans l’antre du vice et de la turpitude et puis quoi ?

Mervin exposa son plan :

– Eh bien, le but c’est de vous faire remarquer suffisamment par les habitués et de vous faire inviter par eux dans la salle spéciale pour suivre notre suspect. Une fois là-dedans, il vous sera sans doute plus facile de savoir comme il s’échappe et où. Peut-être même que vous pourriez empêcher un autre meurtre.

Noria demanda :

– Est-on sûr au moins qu’il participera à la prochaine soirée ?

– Oui je m’en suis assuré.

Noria soupira :

– Eh bien, je suppose que c’est décidé. Quand a-t-elle lieu ?

Mervin lui offrit un petit sourire d’excuse :

– Demain soir.

Noria ouvrit des yeux ronds :

– Quoi ? Demain ? Mais je ne serai jamais prête ! Mentalement et physiquement d’ailleurs !

Sera la rassura :

– T’affole pas, je vais t’aider.

Mervin se leva :

– Je vous laisse régler les derniers détails pour votre couverture. Pour ce qui est du reste, moi et Rob on vous y escortera et on se postera près du bâtiment, au cas où vous auriez besoin d’aide. Je vous ferai parvenir les invitations rapidement.

Noria le raccompagna et le serra dans ses bras pour le remercier. Elle était à peine plus grande que le nain. Mervin rougit violemment et partit.

Noria se tourna vers le reste du groupe, les poings sur les hanches.

– Bon, on a du travail ! Rob, tu restes avec nous pour nous aider ?

Le jeune humain sourit lascivement.

– Eh bien, je suis partant pour t’aider à choisir ta tenue… ou à te préparer si tu veux…

S’en fut trop pour Seth. Rapidement, il empoigna le devant de la chemise de Rob, l’attirant vers lui en le regardant droit dans les yeux.

– Ecoute-moi bien, Dom Juan au rabais, Noria n’est pas libre. Alors tu vas arrêter des insinuations très lourdes. Compris ?

Rob se dégagea :

– Eh détends-toi, Seth. Je ne savais pas que vous étiez ensemble.

Noria, que ses manifestations de testostérone ennuyaient beaucoup, intervient :

– Dites, vous avez fini les coqs ? Alors on se fait un bisou et on s’y met. Sera, je vais avoir besoin de ton aide pour mes emplettes.

Amusée, Sera lui rétorqua :

– Bah, dans ce genre de « soirée », autant que tu y ailles nue.

Noria fit la grimace.

– Moui, j’y penserai pour la prochaine. Les garçons, occupez-vous intelligemment, d’accord ? En route Sera !

Noria était épuisée ! Avec Sera, elle avait parcouru la ville pour trouver la tenue idéale, enfin si on pouvait vraiment parler de tenue. Sera l’avait convaincue de faire ces achats mais elle doutait sérieusement de l’effet final.

Lorsqu’elles rentrèrent enfin, à la nuit tombée. Elles trouvèrent Seth, seul, attablé à la cuisine.

Noria s’affala, assez peu élégamment à côté de lui et l’embrassa brièvement sur la joue.

– Ouf ! Je suis épuisée ! Si on me demande encore une fois de me déshabiller, je hurle !

Sera s’assit en face d’eux.

– Ça vaut totalement le coup ! Tu vas être canon !

– Si tu le dis… mais il me reste le masque à trouver. Et il faut que je trouve comment cacher le côté droit.

– Tu ne devrais pas le cacher, Da’mi. Si moi je le trouve fascinant, des tas d’Orlésiens en mal d’exotisme seront comme moi.

Sera demanda :

– C’est si terrible que ça ?

Avec un soupir, Noria se résigna à lui montrer et enleva donc son bandeau de cuir. Sera se redressa et la scruta un moment.

– C’est… bizarre !

– Je sais, c’est bien pour ça que je le cache !

– Non je veux dire, c’est pas si terrible, c’est… assez fascinant. Seth a raison, tu devrais le montrer demain soir. Tu peux ne pas le mettre à la maison si tu veux.

– Vous êtes sûrs ?

– Da’mi, fais-moi confiance, je les connais par cœur.

– Bon d’accord. Et toi Seth, tu as trouvé ce que tu voulais ?

– Oui, plus ou moins. Il faudrait qu’on se décide sur nos personnages de demain. Déjà, il nous faut des pseudonymes.

– Facile, je prends Elgara et puis c’est raccord avec ma tenue.

Seth ne pût s’empêcher de la taquiner.

– Je pense que tes parents seraient ravis de savoir que tu utilises le surnom qu’ils te donnent pour des parties fines à Val Royaux.

Noria se tourna vers lui et le menaça du doigt.

– Pas un mot, sinon je te ferai passer un mauvais quart d’heure ! Ils risquent de demander à un, voire à tous mes frères de me ramener au clan !

– Ohh, ce serait tellement dommage…

– Je note, Seth, je note ! Et sinon, Monsieur Langue de Vipère à trouver un pseudonyme ?

– Mmm, j’ai pensé à quelques uns comme Étalon Farouche. Modestement, on peut dire que ça me va comme un gant.

Les filles explosèrent de rire. Elles en avaient les larmes aux yeux.

Sera lui demanda :

– T’es sérieux ?

Légèrement amusé par leur hilarité communicative, Seth enchaîna :

– J’ai aussi pensé à Fougue Ardente ou Dark Archangel. Mais maintenant que je le dis tout haut, le dernier est plutôt difficile à prononcer. 

Noria finit enfin par pouvoir parler.

– Non c’est pas possible ! Seth, je t’adore, mais trouve autre chose. Je ne peux pas débarquer à une soirée au bras de Fougue Ardente !

– Bon alors, ça sera Sahlin.

– Tu avais ça en tête depuis le début, avoue ?

– Evidemment Da’mi, depuis quand je n’ai pas de plan B ?

Noria roula des yeux, exaspérée :

– Evidemment … Bon, je vais me coucher sinon je risque de tomber de fatigue dans un coin sombre demain soir.

Innocemment, Seth lui lança :

– Il faut se reposer la nuit, Da’mi.

– Ahaha, en parlant de ça, je veux DORMIR ce soir. Chacun chez soi !

– Message reçu cinq sur cinq.

Sera intervint en se bouchant les oreilles :

– Lalala, je vous entends pas !

Noria se leva et rejoignit sa chambre. Elle enfila une nouvelle chemise de nuit achetée pendant la journée – bizarrement quelque chose de bien plus féminin – et se glissa entre les draps frais, la tête pleine de questions. Dans quoi s’était-elle encore fourrée ?

Elle eut du mal à s’endormir et entendit, quelques minutes plus tard, la porte de sa chambre s’ouvrir doucement. En souriant, elle entendit le froissement de vêtements et un corps chaud se coller contre le sien. La main de Seth se posa contre sa hanche et un souffle chaud vint chatouiller sa nuque. Oui, elle allait bien dormir cette nuit.

La journée du lendemain était passée à toute vitesse. Seth et Noria avait excessivement bien dormi et la jeune elfe ne fit aucun commentaire le lendemain en se réveillant à ses côtés, comme s’il n’y avait rien de plus naturel au monde.

Noria était allée récupérer un masque pour le soir tandis que Seth était resté à la maison pour essayer de s’habituer à la prothèse que Dagna lui avait fabriquée après son amputation. Elle était magnifique, en bois sculptée, toute articulée et surtout enchantée pour qu’il puisse la bouger comme si c’était son membre. Pourtant, Seth n’arrivait pas à s’y faire. Il avait toujours été plus au moins allergique à la magie et devoir en porter constamment le mettait mal à l’aise. Du coup, il la portait depuis le matin et essayait d’agir naturellement avec. Il espérait qu’au moins ce soir, il arriverait à faire passer son handicap suffisamment inaperçu.

En début de soirée, la tension dans la maison était à son comble. Tout le monde était très nerveux. Seth et Noria ne savait pas trop à quoi s’attendre, mais ils espéraient enfin arrêter le meurtrier.

Seth se prépara pour la soirée. Il enfila un pantalon fluide d’un marron profond et une longue tunique couleur crème brodées sur les manches et le col et ouverte sur son torse finement musclé. Connaissant d’expérience la fascination des Orlésiens pour son peuple, il avait décidé de jouer le côté « Dalatien mystérieux » au maximum. C’est pourquoi il laissa ses pieds nus et ses cheveux lâchés et orna son cou d’un collier épais que portaient les archivistes.

Masque à la main, il était prêt, il n’avait plus qu’à attendre Noria qui se préparait avec Sera. Il ne savait pas trop pourquoi il s’était glissé dans sa chambre cette nuit. Cela avait été comme une pulsion et il ne le regrettait pas un instant. Il avait dormi comme un bébé. C’était assez rare pour le souligner.

Une demi-heure passa et des bruits de conversation et de rire filtraient par la porte de la jeune elfe. Apparemment, elles n’avaient pas fini. Combien de temps avait-elle besoin pour se préparer ? Il se demandait quelle tenue avait choisi la jeune femme. Il avait hâte de voir le résultat.

– Sera, ne sers pas si fort. Si je m’évanouis en m’asseyant, ça va devenir compliqué comme mission !

– Tais-toi et rentre le ventre !

– C’est pas mon ventre le problème, c’est mes fichues hanches.

– Eh ben, arrête les gâteaux ! Et tu as trop de poitrine pour une elfe, bon sang !

– Yeh, personne ne s’en est plaint jusqu’à présent !

Sera gloussa :

– Tu m’étonnes !

Bon, il était temps qu’il intervienne. Il toqua contre la porte.

– Vous avez fini, je peux entrer ?

La voix de Noria lui répondit :

– Oui vas-y, entre.

Seth ne se fit pas prier et ouvrit la porte. Et ce qu’il vit le figea sur place. Noria lui tournait le dos, pendant que Sera nouait les rubans dans son dos. Elle finit le nœud et Noria se retourna doucement, l’air assez mal à l’aise. Et pourtant, elle n’avait pas de quoi, elle était sexy au diable. Elle portait un corset blanc brodé de fil d’or et bordé de fine dentelle dorée. Des rubans dorés ornaient son décolleté. Le corset lui montait la poitrine bien haut, si bien que ses seins bougeaient à chacune de ses respirations et lui faisait une vraie taille de guêpe. En bas, elle portait un bloomer très court doré légèrement bouffant et transparent resserré par des rubans blanc. Ses jambes étaient gainées dans des bas de soie blanc et elle portait des petites bottines dorés qui lui rajoutaient quelques centimètres. Au cou, elle avait une parure serre-cou fait de dentelle et de perles blanche et or qui mettait en valeur sa poitrine. Elle avait, pour une fois, attaché ses cheveux en un chignon bas sur le côté gauche et assez lâche pour que quelques mèches lui encadrent le visage. Son masque en or et tissu blanc était déjà en place et mettait en valeur son regard étrange.

Elle était à couper le souffle, aussi tentante que le péché.

Il ne se rendit même pas compte qu’il l’observait bouche bée depuis quelques minutes. Sera ricana et Noria se triturait les doigts, nerveuse.

– Ça ne ma va pas, hein ? Je vais me changer très vite pour qu’on ne soit pas en retard.

– T’es folle, t’es génial comme ça ! Seth, dis quelque chose, idiot !

Le jeune homme déglutit et revint enfin sur Terre.

– Noria, tu es… à couper le souffle.

La jeune femme lui sourit :

– Vraiment ?

Sera s’éclipsa tout de suite :

– Je sens que ça va devenir mielleux, je me barre ! Rendez-vous dans cinq minutes pour le départ.

Seth s’approcha de Noria. Il lui prit les mains et lui murmura tout en mordillant le lobe de son oreille.

– Tu es trèèès tentante, Da’mi. Compte sur moi pour t’enlever tous ces rubans un peu plus tard… comme un cadeau qu’on déballe…

Noria frissonna. Elle ne se sentait vraiment pas à l’aise dans ces habits. Mais le regard que Seth posait sur elle à cet instant lui redonna confiance. Elle se sentit tout à coup très femme et sûre de sa sensualité. Soudain elle se rendit compte qu’elle tenait ses deux mains.

Elle se recula et aperçut la prothèse.

– Je ne l’ai jamais vu celle-là.

Seth grimaça.

– Oui, je ne l’apprécie pas beaucoup. Trop magique.

– Je vois.

Elle prit alors le temps de l’observer à son tour. Il était magnifique de sobriété et dégageait quelque chose de très animal, très sauvage. Elle adorait. Sa longue tunique, ses cheveux lâchés, son torse mis en valeur par ses vallaslins. Lui aussi était à tomber par terre.

– Tu es superbe, Beau-Gosse. Les participants vont se bousculer pour avoir ton attention ce soir.

– Dommage pour eux, mon attention a déjà été retenue ailleurs.

– Beau parleur !

Noria inspira à fond, très nerveuse tout à coup. Seth lui embrassa les mains et lui dit :

– Courage Da’mi, tout se passera bien, j’y veillerais. Tu t’en sortiras très bien.

Elle lui adressa un petit sourire.

– Bien, allons dans la fosse aux lions !

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Chapitre 20 – Celui qui entre dans la danse

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites

Noria était comme figée. Elle regarda la main tendue de Seth et ne sut que faire. Elle était encore comme hypnotisée et pourtant, elle avait une peur irrationnelle de se désintégrer totalement au contact de l’énergie qui émanait du jeune homme. Il exsudait la force et la sensualité par tous les pores de la peau.

Alors elle leva les yeux vers lui et vit le sourire qu’il lui adressa. Elle se leva doucement, laissant l’étole tomber au sol, et s’approcha avec prudence de Seth. Lorsque le bout de ses doigts entra en contact avec ceux du danseur, elle sentit un courant presque magique la traverser. Lorsque sa petite main fut engloutie dans celle du jeune homme, elle s’arrêta, laissant une certaine distance entre leur deux corps.

C’est Seth qui bougea alors, faisant les derniers pas pour n’être qu’à un souffle du corps de la jeune femme. Il la dominait de toute sa hauteur et Noria dût relever la tête pour rester captive consentante de son regard doré. Cette position aurait pu paraître menaçante pour Noria, qui aurait pu se sentir petite et fragile à l’ombre du grand corps de Seth. Pourtant tout ce qu’elle ressentait c’était une sensation de sécurité, d’appartenance.

Seth libéra sa main et la passa à l’arrière de sa tête, emmêlant ses doigts dans ses épaisses mèches dorés. Puis il se pencha lentement vers elle et déposa de tendre baisers, aussi léger que des papillons, sur sa tempe gauche. Il remonta sur son front et passa du côté droit mais fut vite stoppé par la barrière de cuir. Il prit alors le chemin inverse et descendit jusqu’à son oreille gauche, en profita pour mordiller avec douceur la peau tendre du lobe. Noria frissonna devant la tendresse de ses baisers.

– Montre-toi à moi, Da’mi. Enlève ton bandeau, je veux te voir toute entière.

Noria ne put retenir un léger gémissement de détresse.

– Je t’en prie, Noria, fais-moi confiance comme je te fais confiance.

La jeune femme était terrorisée. Elle pouvait supporter les regards de dégoût ou de pitié des gens. Ils ne représentaient rien pour elle, peu lui importait leur opinion. Elle voulait lui faire confiance, vraiment. Mais elle savait que son oeil blanc et ses cicatrices n’étaient pas beaux à voir. Si jamais elle décelait un soupçon de rejet ou de dégoût de la part de Seth, elle ne pourrait pas le supporter. C’est pourquoi elle souffla faiblement en baissant la tête :

– Je ne peux pas.

Seth resserra légèrement sa prise à l’arrière de sa tête, sans lui faire mal, et l’incita gentiment à relever la tête vers lui.

– Noria, à mes yeux, tu es la plus belle femme de ce monde, à l’intérieur comme à l’extérieur. Tes cicatrices ne changeront rien à ça.

Ces quelques mots firent battre le cœur de Noria tellement fort qu’elle crût, un instant, qu’il allait exploser. Une chaleur bienfaisante inonda son être. Elle pouvait le faire, Seth n’était pas le genre d’homme à la repousser pour une simple histoire d’ancienne blessure.

Elle releva la tête bien haute et croisa les yeux de Seth. Alors elle leva la main vers la pièce de cuir, et l’enleva doucement. Elle abaissa sa main et laissa tomber le bandeau au sol, inutile. Seth en profita pour donner un léger coup de pied dedans pour le mettre hors de portée.

Seth lui sourit. Sincèrement, il pensait que ses cicatrices seraient bien pires. La peau du haut de son visage était légèrement plissée et avait une teinte rosé, détonant avec le hâle du reste de sa peau. Ses yeux faisaient un contraste saisissant. L’un était doré et pétillant de vie, de promesse et aussi de crainte à cet instant précis, l’autre d’un blanc tellement pur qu’il en devenait fascinant. On aurait dit qu’il renfermait des mystères insondables.

Il pencha à nouveau son visage vers elle et embrassa alors le côté meurtri de son visage, la tempe, la pommette et le haut de sa joue. Noria ferma les yeux pour empêcher ses larmes de couler. Et elle sentit les lèvres de Seth sur la paupière de son œil aveugle.

Avec toute la conviction dont il était capable, Seth lui déclara :

– Tu es magnifique, Da’mi.

Noria en trembla. C’était beaucoup trop d’émotions pour son pauvre petit corps. Seth poursuivit en ponctuant ses mots par des baisers légers sur son visage.

– Merci d’avoir été là pour moi ce soir. Ça signifie beaucoup pour moi.

Il approcha alors ses lèvres de celles de la jeune femme, les effleurant à peine comme pour l’apprivoiser, lui embrassant les commissures des lèvres.

Noria resta parfaitement immobile. Elle ne savait plus que penser. Les baisers de Seth étaient d’une tendresse infinie mais elle avait l’impression d’avoir rêver le moment où il semblait la désirer autant qu’elle le désirait. La sensualité avait laissé la place à quelque chose de plus doux. Était-ce tout ce qu’elle pouvait attendre de lui ? De la tendresse ? Comme celle que l’on donne à une amie proche, une sœur ? Avait-elle pris ses désirs pour des réalités quand elle avait senti, comme il y a trois ans, une tension sexuelle s’installée entre eux ? Peut-être était-il trop dégoûté par son apparence pour envisager quoique ce soit avec elle ? De peur d’être rejetée ou ridicule, elle n’osa pas bouger.

Seth, de son côté ne remarqua pas le trouble de Noria. Il voulait lui montrer qu’elle représentait plus pour lui qu’une vieille connaissance, une passade, une fille facile à mettre dans son lit. Mais la jeune elfe semblait de glace. Pourquoi ne réagissait-elle pas ? Il n’avait pas imaginé le désir de la jeune femme tout à l’heure ! Il décida donc de passer à la vitesse supérieure. Il appuya plus fortement ses baisers, mordillant, lapant ses lèvres pleines pour avoir accès à sa bouche. Dans le même temps, il dégagea sa main des mèches de la jeune elfe et commença à défaire les boutons de sa chemise. Mais Noria l’arrêta et recula son visage pour le regarder dans les yeux.

– Seth tu n’as pas besoin de… de faire ça pour me remercier.

Seth en resta bouche bée. Mais enfin à quoi pensait-elle ? S’imaginait-elle vraiment qu’il ne la désirait plus, qu’elle était monstrueuse ? Il ne put s’en empêcher et éclata d’un rire bref, puis il posa son front contre le sien et murmura :

– Petite idiote …

Son ton affectueux démentait ses paroles, mais cela ne fit qu’aggraver l’état de confusion de Noria. Qu’avait-elle dit ? Elle sentit le bras de Seth passer autour de sa taille, il la souleva aisément fit quelques pas et l’installa sur la grande table haute, ainsi il pouvait la regarder dans les yeux sans craindre un torticolis le lendemain. Noria eut juste le temps de s’accrocher à son cou avant de sentir le bois sous ses fesses.

Elle sentit Seth lui prendre une main et la poser sur la bosse dure qui déformait son sarouel au niveau de l’entrejambe. Par Mythal, il semblait tellement gonflé ! Fascinée, elle ne put s’empêcher de passer ses doigts autour de son membre raidi et de serrer légèrement, arrachant un léger gémissement au jeune homme et un brusque mouvement de hanche.

La main de Seth était remontée sur l’arrière de sa nuque et il lui dit au creux de l’oreille.

– Crois-tu que mon corps ment, Da’mi ? Voilà l’état dans lequel je suis depuis ma danse pour toi et ça n’a pas changé depuis. Laisse-moi être bien clair avec toi. Je vais te prendre sur cette table Da’mi, non pas parce que je m’y sens obligé, mais parce qu’il n’y a rien que je désire plus en cet instant.

La respiration de Noria s’arrêta. Toute la chaleur de son corps sembla se diriger à nouveau vers son bas-ventre. La tension entre eux était réapparue avec encore plus de violence, d’urgence.

– Mais, si jamais Sera…

– Rien à faire de Sera. Je te veux ici et maintenant ! Mais toi, qu’est ce que tu veux Noria ?

La jeune femme ferma les yeux et avoua :

– Toi Seth, uniquement toi.

N’y tenant plus Seth écrasa sa bouche contre celle de la jeune femme, qui cette fois-ci l’ouvrit immédiatement. Lorsque leurs langues se touchèrent, ils gémirent à l’unisson. Ils se dévorèrent l’un l’autre, comme si après des mois de privation, ils étaient tombés sur la corne d’abondance. Leurs langues se cherchèrent, bataillèrent pour la domination de l’autre.

La main de Seth retrouva les boutons de la chemise de la jeune elfe mais n’eut pas la patience d’ouvrir les bouton un à un. Arrivé à la moitié, il donna un coup sec vers le bas faisait voler les boutons et se déchirer le tissu léger, arrachant un cri d’indignation à Noria. Elle s’écarta de sa bouche de quelques millimètres pour protester :

– C’était ma chemise préférée !

– Je t’en donnerai une autre, répondit impatiemment le jeune homme, mordillant sa lèvre inférieure pour lui faire comprendre qu’il en avait assez de discuter.

Mais Noria insista, se recula à nouveau et demanda :

– L’une des tiennes ?

– Si tu veux Da’mi ! Maintenant tais-toi et embrasse-moi.

La jeune femme rit mais ne se fit pas prier plus longtemps. Elle reprit ses lèvres avec avidité et se débarrassa des pans en lambeaux de ce qui était sa chemise.

Enfin Seth avait accès à son corps. Il s’éloigna à regret de ses lèvres pour tracer un sillon de baisers plus bas. Noria se pencha immédiatement vers l’arrière, en prenant appui sur la table pour lui offrir sa peau nue. Il descendit doucement vers le cou de la jeune femme, puis la gorge. Lorsqu’il arriva à sa poitrine, il embrassa avec révérence chacun de ses seins, traçant des cercles de plus en plus petit, sans jamais en toucher les pointes sensibles. Les gémissements de Noria résonnaient dans la pièce, et elle ne put que passer la main dans ses cheveux pour essayer de le guider là où elle avait besoin de lui. Enfin, après des minutes de cette douce torture, il prit une pointe rosée en bouche et lui donna des coups de langues rapides avant de la sucer et de la mordiller gentiment, arrachant de petits cris à la jeune elfe. La main de Seth vagabondait sur son corps avant de lui écarter les cuisses. Il ne perdit pas de temps et dirigea sa main vers le sexe de la jeune femme. Il la trouva tellement humide et chaude qu’il en gémit et du se contenir pour ne pas la pénétrer immédiatement.

Il n’avait jamais eu de partenaire aussi réceptive que Noria. Chacune de ses caresses semblaient pousser un peu plus la jeune femme sur le chemin de la jouissance. Les gémissements et le langage du corps de l’elfe ne faisait qu’attiser son désir. Il voulait la comblée et s’enfouir en elle pour ne jamais en ressortir. Et ce sentiment l’effrayait un peu.

La bouche toujours occupée sur ses seins, Seth se mit à explorer de sa main l’intimité de Noria, jouant un moment avec son clitoris pour venir titiller l’entrée de son intimité. Il y glissa d’abord un doigt et sentit la jeune femme se cambrer sur la table en gémissant. Ce n’est qu’une fois un deuxième doigt inséré qu’il commença à les bouger lentement. Sa bouche remonta vers sa gorge et la jeune femme se redressa pour venir à la rencontre de sa bouche qu’elle dévora. Elle descendit l’une de ses mains vers l’entre-jambe de Seth et défit fébrilement les lacets de son pantalon. Enfin elle en vint à bout et descendit l’étoffe jusqu’au milieu de ses fesses afin de libérer son membre tendu. Aussitôt elle l’encercla de ses doigts et commença un doux mouvement de va-et-vient faisant à son tour gémir le jeune homme dans sa bouche. Ils étaient plus que prêts l’un comme l’autre mais ne voulaient pas céder en premier. Leurs mouvements se firent plus précis, plus adroits afin de faire craquer l’autre. Finalement ce fut Noria qui craqua en premier. Elle détacha sa bouche de lui et lui ordonna :

– S’il te plait Seth, prends-moi.

Comme s’il n’attendait que ce signal, Seth agrippa l’une de ses cuisses pour la positionner au bord de la table, passa son bras derrière sa taille et la pénétra d’un coup puissant, le pantalon toujours retenu au niveau de ses fesses. Seth grogna de satisfaction alors que le cri de bonheur de la jeune elfe retentit dans la salle. Il se figea alors, appréciant simplement le fait d’être, après tellement de temps, à nouveau en elle. Elle avait rejeté la tête en arrière pendant leur union tout en passant ses bras autour de son cou, mais le regardait à présent de son étrange regard, le visage tout proche du sien, le clouant presque sur place. Elle était superbe, les joues légèrement rosies et les lèvres gonflées par leurs baisers. Elle posa une main sur sa joue et lui sourit. Seth lui sourit à son tour et bougea légèrement les hanches. La bouche de la jeune femme s’ouvrit et son visage exprima l’extase la plus pure. Il continua ses lents mouvements de hanches tout en observant le visage si expressif de la jeune femme. Puis, ne pouvant plus se retenir, il accéléra le rythme.

Noria se pencha légèrement en arrière en appui sur ses coudes et écarta les cuisses pour l’accueillir encore plus profondément en elle. Son esprit était tellement embrumé par le désir qu’elle aurait eu bien du mal à dire où son corps s’arrêtait et où commençait celui de Seth. Ils ne formaient plus qu’un, unis dans une danse bien à eux, universelle.

Lorsque la main du jeune homme se referma sur son cou et exerça une légère pression, elle comprit immédiatement le message et se laissa tombée sur le dos. Cette nouvelle position lui permit de s’enfoncer encore plus et ils gémirent à nouveau face à ces nouvelles sensations. Les doigts de Seth exercèrent une légère pression autour du cou de Noria, sans que cela ne la gêne. Elle mit une main sur la sienne et la caressa légèrement, afin de lui faire comprendre qu’il pouvait continuer, l’autre s’agrippa au bord de la table.

Les mouvements de Seth redoublèrent d’intensité et il sut qu’il avait trouvé l’angle parfait quand il sentit la jeune femme se crisper et l’entendit crier à chacun de ses coups de reins. Seth n’eut plus qu’à resserrer légèrement la pression de ses doigts tout en continuant ses mouvements précis de hanches.

Noria sentait l’orgasme arrivé, il était, là, à sa portée et lorsque Seth mit plus de pression sur sa gorge elle bascula complètement. Son corps se tendit comme un arc et elle cria sa jouissance. Seth se laissa alors aller au plaisir, se sentant lui aussi au bord de la rupture. Sa main quitta son cou pour venir empoigner la hanche de la jeune femme et ses va-et-vient se firent plus erratiques. Quelques secondes après le cri de la jeune femme, celui de Seth vint lui faire écho et il se libéra enfin en elle.

Soudain privé de ses forces, Seth se laissa tomber sur le corps de Noria, veillant à ne pas mettre tout son poids pour ne pas l’écraser.

Noria l’accueillit dans ses bras et les passa possessivement autour de lui, encore en proie au plaisir qui traversait les terminaisons nerveuses de son corps. Elle baisa son front en sueur, en lui murmurant des mots tendres.

Quelques minutes de profonde félicité passèrent avant que Seth ne se redresse. Il l’embrassa sur le bout du nez et l’aida à se redresser. En voyant l’état des papiers, éparpillés un peu partout sur la table suite à leurs ébats, il se dit que Sera allait certainement les tuer demain matin.

Noria fit une légère grimace. Le bois n’était pas des plus confortables, elle aurait sans doute des courbatures demain, mais elle ne s’en plaignait pas. Elle ramassa ce qui était encore sa chemise de nuit il y a quelques minutes et enfila les restes.

Seth remonta son pantalon et alla chercher le bandeau de Noria. Ensemble, ils remontèrent les marches. Noria ne savait pas vraiment comment réagir. Devait-elle lui souhaiter bonne nuit et rejoindre sa chambre ? Voulait-il plus que ce soir ?

Lorsque Noria fit mine de se diriger vers la porte de sa chambre, Seth la retient par la main et lui ouvrit sa porte.

– Reste avec moi, Da’mi.

Avec un grand sourire, Noria franchit le seuil de sa porte.

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Chapitre 19 – Celui qui retrouve un équilibre

Le lendemain matin, Noria n’eut même pas le temps de passer la porte de la cuisine que Sera s’était collée à elle en lui disant :

– Tu es ma nouvelle meilleure amie ! Je t’adore !

Noria se souvenant parfaitement de son pronostic de la veille, échangea un regard complice et un sourire avec Seth puis tapota gentiment le dos de l’elfe accrochée à son cou.

– Je sais Sera, j’ai eu Seth de la même façon !

Sera se recula et se rassit.

– Non mais vraiment, c’est encore plus efficace que la magie. Et moins désagréable en plus !

Puis, se rendant compte de ce qu’elle venait t’entendre, elle agita les sourcils de façon suggestive.

– Oh, tu as eu Seth, hein ?

– Sois gentille Da’mi, la prochaine fois évite de lui donner ta potion, elle est beaucoup trop en forme ce matin.

Noria rit.

– Que veux-tu, ma gentillesse me perdra ! Bon, quel est le programme du jour ?

Sera avait à faire pour le compte des Amis de Jenny et Seth était libre comme l’air.

Une fois le petit déjeuner avalé, Sera les quitta. Noria parla de l’affaire des massacres avec Seth pour exorciser sa frustration, faisant comme d’habitude des vas et viens dans la pièce tout en parlant.

Elle ne savait vraiment pas quoi faire. Elle avait déjà interrogé toutes les personnes proches des victimes, sans rien trouver de concluant. L’assassin était soit en repérage, soit il avait déjà choisi sa victime et lui laissait le délai fatidique d’une semaine avant de l’enlever et la tuer.

Il y avait beaucoup trop d’inconnues dans cette histoire. Les tuait-il tout de suite ou les gardait-il prisonnière quelque part avant ? Comment les « sélectionnait-il » ? Le critère de la beauté était-il le seul à entrer en ligne de compte ? L’assassin pouvait très bien être n’importe qui !

Voyant son état d’agacement avancée et craignant qu’elle ne finisse par mettre toute la maison sans dessus-dessous, Seth lui proposa de faire le tour de quelques fleuristes. Peut-être que l’assassin était assez stupide pour se rendre chaque fois dans la même boutique ? Les roses rouges étaient des fleurs chères. Si l’assassin était un client régulier, les employés du magasin devraient forcément se souvenir de lui.

Ainsi, ils passèrent une bonne partie de la journée dans la ville, à parcourir les rues à la cherche de la moindre boutique de fleurs. Seth se lassa assez vite mais Noria le poussa à continuer, lui servant l’argument bien creux du « Je suis sûre que ça sera la prochaine. »

Mais il semblait que le meurtrier soit finalement assez intelligent pour ne pas se faire remarquer, changer de boutique, ou envoyer quelqu’un d’autre à sa place. Après tout, quoi de plus innocent que d’acheter des fleurs ?

Lorsqu’ils rentrèrent ensemble, la fin d’après-midi était déjà bien entamée et Noria était plus déprimée que jamais. Elle essaya de prendre sur elle et de ne pas trop le montrer, mais elle ne dupa pas Seth. Sera rentra de sa journée plutôt fructueuse et tous trois préparèrent un bon dîner. Ils s’attablèrent ensemble, discutant de tout et de rien, puis se lancèrent dans quelques parties de cartes. Sera proposa de pimenter les choses et de parier des vêtements à retirer. Mais Noria, ne se sentant pas d’humeur, refusa gentiment, leur souhaita une bonne nuit et monta se coucher.

Elle enfila sa chemise de nuit, qui était en fait une chemise d’homme, assez grande pour lui arriver à mi-cuisse, et se faufila sous les couvertures.

Elle espérait pouvoir s’endormir rapidement mais ce soir le sommeil la fuyait. Elle se tournait et se retournait dans son lit, imaginant une jeune elfe au visage parfait, l’appelant à l’aide, encore et encore. Le carillon de la Chantrie sonna une heure du matin et la jeune femme avait toujours les yeux grands ouverts. Elle avait entendu du bruit dans le couloir, quelques heures auparavant, et avait supposé que Seth et Sera était déjà endormis depuis un moment.

Elle passa encore quelques minutes à rager de ne pas trouver le sommeil, sachant pertinemment que la colère n’était pas l’émotion la plus propice à l’ensommeillement. Finalement, n’y tenant plus, elle sortit de son lit en frissonnant et décida de se faire une tisane apaisante. Elle jeta négligemment une étole sur ses épaules, remis mécaniquement son bandeau, récupéra un mélange d’elfidées, de lauriers prophétiques et un soupçon de fleurs de cerisier. Doucement elle ouvrit la porte de sa chambre et, avec toutes les précautions du monde, elle traversa le couloir et descendit les escaliers en prenant bien garde à ne pas faire craquer les lattes de bois du plancher.

Avec étonnement elle remarqua tout de suite une faible lumière provenant de la grande salle. Apparemment elle n’était pas la seule à avoir du mal à dormir ce soir. Silencieusement elle s’approcha du seuil de la salle et se figea.

Seth était au milieu de la salle, torse nu, il ne portait qu’un sarouel noir d’où pendaient plusieurs longs morceaux de tissus et ses cheveux étaient attachés comme à sa nouvelle habitude. Noria savait qu’il dansait, il le lui avait confié des années de cela, mais elle n’avait jamais eu la chance de le voir en action. La jeune femme ouvrit grand la bouche d’étonnement et son seul œil valide afin de ne pas perdre une miette du spectacle.

Seth, les yeux fermés, au son d’une musique que lui seul entendait, mouvait les muscles du haut de son corps avec grâce. Ses bras suivaient le mouvement avec naturel, même son bras mutilé. Ses pieds bougeaient en rythme, donnant plus d’ampleur à sa danse et faisant bouger les tissus accrochés à sa taille. Il évoluait doucement dans la pièce, avec des mouvements maîtrisés. Il semblait en harmonie totale avec son corps. Noria était totalement fascinée par le spectacle et n’avait pas bougé d’un cil depuis son intrusion. Elle suivait chacun de ses mouvements, comme hypnotisée, et ne pouvait qu’admirer le jeu de la lumière des bougies sur les muscles déliés du jeune homme.

Subitement, les mouvements de danse se firent plus rapides, plus incisifs. Son jeu de jambes s’accéléra également, s’amplifiant. On sentait parfaitement le changement de rythme, de rôle du danseur. De séducteur, il était devenu chasseur. Il s’élança gracieusement dans une pirouette sur le côté gauche. Sans être une grande connaisseuse, Noria sentit tout de suite que quelque chose clochait et effectivement au lieu de retomber sur ses pieds, Seth dérapa légèrement et retomba lourdement sur le côté. Il se mit alors à genoux, et frappa violemment contre le plancher. Noria, sortit de sa transe, n’avait pu s’empêcher de pousser un petit cri de stupéfaction. Seth tourna vivement son regard vers elle et il était si meurtrier que pendant un court moment Noria eut presque peur de lui, de ses émotions meurtrières qu’elle connaissait bien et qui semblait, pendant quelques secondes, habiter le jeune homme.

Et en effet, il était en colère. En colère contre ce bras qui lui faisait perdre son équilibre, contre Noria pour avoir assister à sa chute, lui qui était un danseur hors pair, contre Solas pour l’avoir trahi, contre Corypheus pour lui avoir infligé cette marque et contre le destin pour l’avoir mis au mauvais moment au mauvais endroit.

Il reprit rapidement ses esprits et regretta aussitôt de s’être laissé emporter. Il soupira bruyamment. Il ne pouvait rien faire contre la perte de son bras, de même qu’il ne pouvait pas en vouloir à Noria d’avoir assisté à sa chute. C’était ridicule, il avait dépassé ce stade. Mais la danse tenait une grande place dans sa vie et dans son équilibre intérieur. Rater des danses, qu’il considérait simple avant, le frustrait énormément.

Il se releva et s’approcha de la porte, mais Noria lui barrait le passage. Comme pour s’excuser, il lui passa tendrement une mèche de cheveux derrière l’oreille et lui demanda :

– Laisse-moi passer Da’mi, je suis fatigué, je vais me coucher.

Noria leva l’œil vers lui.

– Non Seth, je ne me pousserai pas.

Seth soupira encore, mais d’exaspération :

– S’il te plait Noria, je ne veux pas me disputer avec toi pour ça, d’accord ?

Noria posa doucement la main sur son torse, à l’endroit où son cœur battait encore follement.

– Seth, ce que j’ai vu à l’instant tu as besoin d’en parler et surtout tu ne dois surtout pas te décourager après un échec.

– Il n’y a rien à dire Da’mi, j’ai perdu un membre mais rien de grave, en plus le gauche n’était pas mon préféré ! ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie mais il regretta vite son trait d’humour lorsqu’il vit l’air blessé de Noria.

– Pas avec moi, Seth. Tu peux plaisanter avec le monde entier si tu veux mais JE sais ce que tu ressens. Et je sais que tu me mens. A l’instant, la perte de ton bras, ça n’était pas rien.

Elle s’approcha encore de lui, se tenant presque contre son torse nu et ajouta :

– C’est moi, Seth ! Je suis passée par-là, je sais ce que cela fait de ne plus connaitre son corps par cœur. Je sais ce que l’on ressent lorsqu’on ne peut pas effectuer des actions qui nous paraissaient si simple avant. De se sentir diminuer, d’avoir l’impression de n’être plus tout à fait le même.

Les mots de la jeune femme lui allèrent droit au cœur, trop au cœur. Il se recula et rentra à nouveau dans la grande salle, suivit par Noria. Il s’appuya contre la table, en proie à des émotions auxquelles il ne voulait pas vraiment faire face. Noria se posta à côté de lui, lui prit la main et scruta son visage. Attendant patiemment que Seth s’ouvre à elle.

Et, à la stupéfaction du jeune homme c’est ce qu’il fit, assez naturellement. Il lui parla de la frustration qui le rongeait et qu’il essayait de camoufler à tout prix. Sa peur face à la diminution de ses capacités au combat, de ne plus être une arme redoutable. Sa blessure face à la trahison de Solas, celui qu’il considérait comme un frère, un mentor. Ne voulant pas blesser la jeune femme, il ne lui avoua pas avoir ressenti peut-être plus. Cela ne s’était pas fait et ne se fera jamais, alors inutile de heurter ses sentiments pour rien. Il s’était juré de ne plus la blesser, elle ne le méritait pas.

Enfin, il lui parla de la pression énorme qui avait pesée sur ses épaules, en tant qu’Inquisiteur, et qu’il était plus qu’heureux de s’être débarrassé de ce poids qui l’empêchait parfois de dormir.

La chaleur de la main de Noria dans la sienne et le léger mouvement de son pouce sur sa peau, lui procurèrent un sentiment de confort et de bien-être qu’il avait rarement ressenti.

Lorsque ses mots se tarirent enfin, Noria se posta devant lui, tenant toujours sa main. Elle avait peu parlé, laissant Seth s’épancher, à son rythme. Elle se sentait tellement heureuse d’avoir été sa confidente pendant ses longues minutes. Elle savait parfaitement que Seth n’était pas du genre expansif, c’est pourquoi elle chérissait d’autant plus cet instant si particulier.

Seth la regardait dans les yeux. Elle lui toucha légèrement la joue et lui ordonna gentiment :

– Seth, danse pour moi.

– Da’mi, ça ne…

Noria posa un doigt sur ses lèvres.

– Ça n’est pas négociable, Seth. Danse pour moi.

Seth allait répliquer mais la lueur dans l’oeil de la jeune femme l’en empêcha. Il ne saurait dire ce qu’il y lisait mais cela le cloua presque sur place. Alors lentement il se leva, se remit au centre de la pièce et recommença les mêmes mouvements qu’avant. Noria s’assit sur l’une des chaises et profita du spectacle. Les premiers mouvements furent aussi parfaits qu’avant et le jeu des muscles sous la peau de Seth l’ensorcelèrent à nouveau. Puis le passage difficile arriva, il tenta son saut et tomba à nouveau. Il se releva et regarda Noria avec l’air de dire « Je t’avais prévenu », mais la jeune elfe ne se laissa pas démonter et ordonna :

– Encore.

Seth enchaîna les essais, mais ne vit pas de réelle amélioration, pourtant Noria le poussait toujours plus loin et les seuls mots qu’ils s’échangèrent pendant quelques minutes furent « Recommence » et « Encore ».

Il finit par ouvrir les yeux et la regarda pendant sa danse. Il voulait rétablir le rapport de force, il en avait assez d’être conduit par la jeune femme. Alors il commença à vraiment danser pour elle, exécutant ses mouvements avec encore plus de sensualité.

Noria était sûrement au paradis, à regarder cet homme splendide, dont les muscles luisaient doucement d’une fine pellicule de sueur. Lorsqu’il ouvrit les yeux, elle crût sentir un léger changement dans l’air et dans ses mouvements. Il la regardait, et elle se sentit soudain captive. Sa danse prit une tournure différente pour la jeune femme. La tension monta subitement, tout comme la chaleur dans le corps de Noria.

Seth sentit la différence d’attitude de la jeune elfe. Sans qu’elle ne s’en rende compte, elle s’était légèrement avancée sur la chaise et avait écarté imperceptiblement les cuisses. Il sourit brièvement sans la lâcher du regard.

Noria avait terriblement chaud, et elle laissa l’étole tomber de ses épaules pour la coincer au creux de ses coudes. La sensualité et la puissance que Seth dégageait était presque intenable pour elle. Elle ne se rappelait pas avoir autant désiré quelques chose que cet homme, ici et maintenant. Elle savait qu’il jouait avec elle, sûrement pour la punir de le pousser dans ses derniers retranchements, mais là, tout de suite, elle s’en fichait bien. Quand il accéléra ses mouvements, comme il l’avait fait auparavant, elle retint son souffle. Son corps était brûlant et la chaleur se propageait doucement dans son bas-ventre, faisant ressortir ce qu’il y avait de plus primitif en elle. Si elle écoutait cet instinct, elle serait certainement en train d’onduler les hanches, les doigts enfouis en elle, pour que ce « mâle » la remarque et vienne la combler.

Les réactions de la jeune femme face à sa danse ne le laissèrent pas de marbre. Seth se sentit prit à son propre jeu. Et le désir qu’il lut chez Noria fit monter le sien. Il dansait rarement pour une seule et même personne. Mais ça n’était pas n’importe qui devant lui. C’était Noria, la femme avec qui il se sentait lui-même, avec qui il avait partagé des moments de plaisirs, des moments tendres, des moments de complicités. Cette danse c’était son cadeau, pour la remercier de le pousser à aller plus loin, d’être là pour lui, pour être elle, tout simplement.

C’était comme si leurs corps se parlaient.

Le saut arriva et les yeux dans ceux de Noria, Seth ne se rendit même pas compte que ce mouvement qui lui était devenu si compliqué était arrivé. Il l’exécuta presque à la perfection et termina sa danse comme en transe.

Ses mouvements se stoppèrent et enfin il réalisa qu’il l’avait fait. Il avait réussi. Ses yeux pétillèrent de joie et un lent sourire étira ses lèvres. La gratitude qu’il ressentit pour la jeune elfe fut sans borne.

Lentement il se redressa et tendit la main vers Noria.

– Da’mi, viens.

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Chapitre 18 – Celui qui tente des choses

Lorsque Noria se réveilla le lendemain matin, elle sentit qu’elle était en plein forme, mais elle eut du mal à se rappeler où elle était. Pourquoi n’était-elle pas couchée dans son lit ?

Et puis, tout lui revint et un grand sourire étira ses lèvres. Elle avait retrouvé Seth, elle lui avait hurlé dessus et elle avait été dans ses bras. Si elle avait encore des doutes avant la soirée d’hier, aujourd’hui elle ne pouvait plus se voiler la face. Ses sentiments pour Seth n’avait pas diminué d’un iota et ne demandait qu’à s’épanouir à nouveau. Par contre elle n’avait aucune idée de ce que pouvait ressentir Seth aujourd’hui. Son cœur était-il toujours disponible ? Ne la voyait-il que comme une bonne amie ? Une bonne amie avec qui on couchait de temps en temps ? Et voilà, il suffisait que Seth réapparaisse dans sa vie pour qu’elle oublie le reste ! Mais elle ne pouvait pas, un assassin rodait dans les rues de la ville et elle devait l’arrêter avec qu’il ne fasse plus de victimes.

Pleine d’énergie et d’optimisme pour la journée, elle s’habilla rapidement enfila son caleçon noir, sa tunique brune qui lui descendait jusqu’aux genoux dans le dos mais s’arrêtait à la taille devant et enfin son éternel corset, sa marque de fabrique. Puis elle passa ses bottes hautes qui lui montaient jusqu’en dessous des genoux et se leva rapidement, prête à l’action.

Elle sortit de la chambre, mais fut accueillie par un silence étonnant. Pourtant la matinée était déjà bien avancée. Certes ils étaient rentrés assez tard mais tout de même ! Elle décida de se mettre à la préparation d’un bon petit déjeuner, peut-être que cela les réveillera ? Elle retourna rapidement dans sa chambre pour récupérer des herbes à infuser et descendit dans la cuisine. Elle farfouilla un moment pour trouver ce dont elle avait besoin. Elle mit l’eau à chauffer, et trouva de quoi préparer à manger, quelques saucisses à griller, et prépara une bonne omelette avec quelques herbes. Elle déposa le tout sur la table, avec une miche de pain croustillante qu’elle découvrit dans un coin.

Elle versait l’eau chaude dans des tasses quand deux têtes encore ensommeillées passèrent le seuil de la porte, guidées par l’estomac et l’odorat.

– Bonjour colocataires !! Le petit déjeuner est prêt ! Je ne savais pas ce que vous preniez alors j’ai préparé pas mal de chose.

Sera grommela.

– Mais en plus elle est comme ça dès le matin ?

Seth lui répondit d’une voix tout aussi ensommeillée.

– Ouep et je te raconte pas au lit …

Sera le regarda bizarrement et Seth se rendit compte rapidement qu’il en avait trop dit, il venait de lui donner le bâton pour se faire battre ! Cela eut au moins le don de réveiller le jeune homme. Il se racla la gorge et se mit à table.

– Merci Da’mi mais tu n’étais pas obligée. En tout cas j’ai une faim d’ogre et ça à l’air délicieux !

– Bah c’est pas grand-chose ! Après tout vous allez m’héberger pendant quelque temps.

Ils s’attablèrent tous les trois et entamèrent vigoureusement le petit déjeuner. La bouche pleine Sera déclama :

– La vaffe f’est trop bon !

Noria lui sourit.

Sera avala bruyamment sa bouchée et décocha un sourire à la ronde.

– Dis donc les tourtereaux, je m’attendais pas à entendre ce genre de cri hier soir. Plutôt quelque chose comme « Oh Seth, oui encore … ! » Sur ça je peux m’endormir, mais sur des engueulades c’est plus dur !

Seth répondit du tac au tac.

– Pas tes oignons Sera !

Avec flegme, Noria répliqua :

– Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois, Sera, promis.

Mouchée, Sera fit la moue et enchaîna :

– Au fait j’ai organisé une réunion avec les autres agents. Ils arriveront tout à l’heure.

– Oh pitié ! Me dit pas qu’ils viennent tous ! Grimaça Seth.

– Bah si, on est déjà pas très nombreux ! Je peux pas me permettre de ne pas rameuter tout le monde.

– Pourquoi il y a un problème avec l’un de vos agents ?

– Mais non aucun. Ne laisse juste pas Rob s’approcher de toi c’est tout.

Noria papillonna des cils.

– On est jaloux Beau Gosse ?

– Tu verras bien Da’mi, mais je t’aurais prévenu !

Sera intervint :

– Mais non, il est pas si terrible que ça Rob !

– Normal Sera, il sait qu’il n’a aucune chance avec toi.

Ils continuèrent à discuter et à se chamailler gentiment tout en finissant de manger. Puis ils débarrassèrent ensemble et nettoyèrent la cuisine dans la bonne humeur.

Puis ils rejoignirent la grande salle et Noria put mieux voir à quoi ressemblait leur « conseil de guerre ». Le sol en parquet était un peu usé mais bien entretenu. Un râtelier d’armes en tout genre se trouvait le long du mur, juste à côté d’une grande porte-fenêtre qui donnait sur un petit jardin à l’arrière de la maison et illuminait toute la pièce. Une grande table se trouvait vers l’avant de la maison, avec un pèle-mêle de papiers posé dessus et quelques chaises disposées autour.

Noria farfouilla à droite à gauche sous l’œil amusé des deux « Jenny ». Subitement quelqu’un frappa à la porte-fenêtre. Sera alla immédiatement ouvrir aux trois personnes qui attendaient derrière.

– Entrez les copains ! On a une nouvelle recrue à vous présenter et elle nous amène une mission un peu particulière. Voici, Rob, Paran et Mervin. Les gars je vous présente Noria Hamiadahlen, une amie de notre ex-Inquisiteur.

Noria leur fit un petit sourire à tous.

L’humain, Rob, avait tout du charmeur qui connaissait parfaitement l’effet qu’il avait sur les femmes. Il était plutôt grand et avait une carrure assez impressionnante, les cheveux mi-longs, noirs corbeaux, attachés en une courte queue de cheval. Ses yeux bleus clairs pétillèrent à la vue de Noria et la regardèrent brièvement de haut en bas. Il se dirigea avec assurance vers elle et lui prit d’autorité la main, la baisant longuement et la gardant dans la sienne.

– Ahh, enfin une vraie femme ! Absolument charmé de te rencontrer.

Sera s’offusqua :

– Yeh !

– Euh oui, enchantée moi aussi. J’aimerais récupérer ma main Rob si ça ne t’embête pas trop.

Paran, l’elfe était blond, élancé mais plus petit que Rob et Seth et semblait assez taciturne. Il la regarda quelques secondes puis lui fit un léger hochement de tête.

Mervin, le nain semblait amical, brun et massif comme presque tous ceux de sa race, il regarda franchement Noria, une petite lueur indéchiffrable dans les yeux puis tomba sur son bandeau et détourna légèrement les yeux. Elle était habituée à ce genre de réaction et ne lui en voulut pas. Il s’avança également vers elle et lui serra la main.

– Bienvenue chez Jenny, Noria.

– Merci.

Ils saluèrent ensuite Seth, et Noria remarqua tout de suite la tension entre lui et Rob. Visiblement le courant ne passait vraiment pas entre eux. Elle pourrait peut-être mettre cette situation à profit pour essayer de voir ce que ressent vraiment Seth à son égard ?

De son côté le jeune elfe essayait de contenir son dégoût pour le Shem. Il ne supportait pas son caractère inconstant et insouciant. Et il n’aimait pas non plus le regard qu’il posa sur Noria lorsqu’elle détourna la tête. Comme un bon petit plat prêt à être dégusté. Cependant le serrement de ses mâchoires fut le seul signe de son bouillonnement intérieur.

Ils prirent tous place autour de la table et Noria leur répéta tout ce qu’elle savait sur cette affaire. Les hommes semblaient horrifiés par la violence des meurtres et se dirent prêts à faire tourner l’information au maximum auprès de toutes les elfes de la ville. Si l’une d’elles recevaient des fleurs ils devaient le savoir immédiatement. Pour le moment malheureusement, ils ne pouvaient pas faire grand-chose de plus. Il fallait tout d’abord qu’ils sachent qui serait la prochaine cible. Noria enrageait de ne pouvoir en faire plus, d’en être réduit à attendre que le meurtrier fasse quelque chose.

La petite réunion finit par une discussion ou Noria expliqua d’où elle venait et ce qu’elle avait accompli à Val Royaux. Les agents de Jenny la regardèrent avec un respect nouveau.

Rob ne se gêna pas pour la couver d’un regard ardent et elle en profita pour mettre son plan à exécution et lui coula quelques œillades. Rien de trop appuyé, juste pour lui montrer qu’elle avait bien reçu le message. Seth par contre ne semblait pas du tout affecté par l’intérêt que Rob lui portait. Finalement elle se demanda si c’était vraiment une bonne idée. Elle ne voulait pas donner de faux espoirs à Rob, parce que clairement elle le trouvait beaucoup trop lourd dans son approche pour être charmant. Mais c’était peut-être le seul moyen de savoir sans se jeter au cou de Seth, en espérant qu’il ne la repousse pas.

Pavan et Mervin partirent quelques temps plus tard. Rob s’attarda, sans surprise et invita Noria à déjeuner dans une taverne près de la place principale, qui servait de succulents repas. Noria hésita, mais finit par laisser parler son estomac qui gargouillait déjà. Elle finit donc par accepter son invitation et pour son plus grand bonheur elle eut le temps de voir un éclat de colère dans le doré des yeux de Seth. Oh c’était vraiment très subtil. Tellement subtile qu’elle se demanda même si elle n’avait pas rêvé, mais cela la conforta dans son idée.

Elle prit donc le bras que Rob lui tendait et ils sortirent par la porte de devant, sous le regard pesant de Seth, qui ne dit pourtant rien.

Noria et Rob passèrent donc quelques heures ensemble et se régalèrent d’un repas absolument divin. Finalement Rob était un garçon assez sympathique, une fois que l’on grattait la couche du charmeur lourdaud. Elle se surprit même à apprécier le temps passé avec lui. Il avait beaucoup d’humour et plus d’esprit qu’elle ne l’avait pensé au premier abord. D’ailleurs elle le lui dit sans détour. Rob rit et lui confia qu’il ne pouvait pas s’en empêcher, lorsqu’il était en présence d’une jolie femme. Il lui raconta comment il en était venu à travailler pour les amis de Jenny. Orphelin, il avait passé sa vie dans les rues de Val Royaux et savait ce qu’était la misère et de ne pas pouvoir manger à sa faim. Heureusement il avait été un gamin plutôt débrouillard et avait réussi à survivre dans ce monde plutôt hostile. Il avait d’abord été mercenaire dans une petite troupe et avait rencontré, lors de l’un de ses missions, un agent de Jenny. Se sentant proche de leur idéologie il avait quitté les mercenaires et avait rejoint le groupe secret.

Noria fut touchée par son histoire mais quand il en demanda plus sur elle, elle resta plutôt vague, se contentant de parler d’un accident avec ses potions pour la perte de son œil. Elle ne souhaitait pas parler de cette semaine avec Seth avec un parfait étranger. Ses moments lui appartenaient, elle ne voulait pas les partager.

Elle se sentit plutôt bien en sa présence, étonnamment à l’aise et ne vit pas le temps filer. Le milieu de l’après-midi était déjà bien entamé et Rob la raccompagna galamment jusqu’à la maison. Il lui baisa à nouveau la main mais cette fois-ci Noria lui sourit gentiment.

– Noria j’ai passé un moment délicieux. On pourrait remettre ça à l’occasion.

– Pourquoi pas Rob, j’ai moi aussi passé un très bon après-midi.

Rob rit.

– Pourrais-tu avoir l’air moins surprise en disant ça, s’il te plait ? Ça ferait plaisir à mon ego !

Noria répéta alors en prenant une voix sensuelle à souhait.

– Pardon je recommence. J’ai passé un très bon moment, Rob, mais je m’y attendais, bien sûr !

– Voilà, c’est plus dans l’idée !

Ils séparèrent ensuite, Noria ne pût s’empêcher de lui rappeler de faire le maximum pour récolter des informations sur l’assassin des elfes.

– Ne t’inquiète pas Noria, je guette ! A bientôt ma jolie !

Seth ne savait pas vraiment ce qu’il faisait là. Il était en train de entrainement, passant sa frustration et sa colère sur le pauvre mannequin de paille. Qu’est-ce que Noria trouvait à ce sale Shem ? Cela faisait des heures qu’ils étaient partis ! Comme si Rob était capable de tenir une conversation intéressante entre ses répliques de tombeur du dimanche. Il faisait une petite pause, quand il entendit des voix proches de la maison. Et vraiment, il ne savait pas ce qui l’avait poussé vers la fenêtre. Il ne savait pas non plus pourquoi il ne s’était pas écarté dès qu’il avait vu Noria et le Shem dehors près de la porte, mais qu’on contraire il se fit le plus discret possible pour mieux voir ce qui se tramait dehors. Il serra involontairement les poings, quand il vit le Shem lui baiser la main et le sourire que Noria lui décocha. Ils étaient aussi beaucoup trop proches l’un de l’autre et était manifestement devenu assez complice puisqu’ils riaient beaucoup. Heureusement il n’y eut rien d’autre et il s’éloigna vite de la fenêtre lorsque Noria fit mine de rentrer.

Quelques minutes s’écoulèrent encore avant qu’elle ne passe la porte et entra dans la pièce pendant que Seth se désaltérait.

– Oh tu es là Seth ? Tu t’entrainais ? Je file me changer et je te rejoins.

Devant la bonne humeur et l’œil pétillant de la jeune femme, il ne put s’empêcher de poser violement le verre sur la table, faisait sursauter la jeune femme. S’obligeant à se calmer, Seth afficha un sourire de façade et lui demanda :

– Tu as passé une bonne après-midi, je suppose.

Légèrement surprise par sa réaction, Noria répondit sur un ton calme.

– Oui très bonne, je te remercie. Rob est quelqu’un de charmant quand il laisse tomber son masque de charmeur.

Sans se départir de son faux sourire, Seth continua :

– Tu m’en vois ravi !

Noria croisa les bras et laissa s’installer le silence pendant quelques minutes puis lui demanda :

– Tout va bien Seth ?

– A merveille ! J’ai juste besoin de prendre l’air. Tu n’as qu’à t’entrainer seule. Je rentrerai tard ce soir !

Il passa rapidement devant elle pour se diriger vers la porte, qu’il prit le plus grand soin, de refermer doucement derrière lui.

Lorsqu’elle entendit la porte se refermer, Noria ne put s’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles. Sera qui passait dans le couloir, avait assisté à toute la scène. Elle joua des sourcils vers la jeune femme :

– Eh ben ! Je l’ai jamais vu comme ça notre Inquisiteur ! On aurait dit qu’il allait exploser tellement il se contenait ! Qu’est-ce que tu lui as dit ?

– Que Rob était charmant.

– Arg ! Tu n’aurais pas pu faire pire !

Noria souriait toujours :

– Tu crois ?

– Je suis pas une grande spécialiste mais j’ai l’impression que tu fais tout ça exprès !

– Oh moi, non ! Tu t’imagines des choses Sera.

Celle-ci rit :

– Il est jaloux !

– Oui j’ai l’impression.

– Je te propose quelque chose ! On s’entraine un peu toutes les deux et ce soir tu me racontes tout ce que je veux savoir et en échange je réponds à toutes tes questions… autour d’une bonne bouteille bien sûr.

– Marché conclu !

Les deux jeunes femmes passèrent donc la fin de la journée ensemble. Elles s’exercèrent pendant quelques heures et rirent beaucoup. Finalement, Noria trouvait Sera très sympathique (surtout depuis qu’elle lui avait confiée qu’elle préférait nettement la regarder elle que Seth) et Sera trouvait Noria vive et pleine d’humour. Comme Seth, elle n’avait pas grand-chose de l’«esprit Dalatien » ce qui lui allait tout à fait. Et puis elle se débrouillait plutôt bien pour dire qu’elle avait tout de même un certain handicap. Et pourtant Sera mit tout son cœur à tester la jeune femme, appuyant ses attaques du côté droit, mais se rendit vite compte qu’elle était bien plus forte de ce côté.

Noria appris beaucoup de la « sournoiserie » de la jeune femme au combat.

Éreintée, elles rejoignirent leur chambre pour se rafraîchir et se retrouvèrent dans la cuisine pour le dîner. Seth n’était toujours pas rentré. Noria commençait à s’inquiéter mais Sera lui affirma qu’il lui arrivait de disparaître de temps à temps et qu’il reviendrait un peu plus tard dans la soirée.

Elles mangèrent ensemble un bon poulet rôti accompagné de pommes de terre bien rissolées et une bonne salade, tout cela arrosé d’un bon vin. Le repas fini, les jeunes femmes commencèrent leur petit « jeu » de questions, tout en continuant à déguster l’excellent vin que Sera avait piqué chez un noble. Il était fruité à souhait et passait comme un jus de fruit. Evidemment Sera demanda à Noria ce qu’il s’était passé entre Seth et elle par le passé et l’alcool aidant, Noria lui confia leur rencontre. Sera s’amusa beaucoup à les imaginer à un bal Dalatien en train de critiquer tout et tout le monde.

Elles entamèrent leur troisième bouteille quand Noria trouva enfin le courage de question Sera sur les « amours » de Seth pendant ses quasiment trois ans de séparation.

– A ma connaissance, y’avait personne. Pourtant y’avait des opportunités, crois-moi ! Dorian et Iron Bull auraient adoré qu’il vienne rejoindre leur lit.

Le visage de la jeune femme s’assombri un peu.

– Je crois que Seth était très proche de Solas, même si, à mon avis, Solas est trop coincé du cul pour y penser justement.

– Oh.

– Sa trahison lui a fait du mal. Il en parle pas beaucoup mais ça lui a fait un choc quand il a appris qu’il était en fait Fen’Harel et qu’il lui a « prit » son avant-bras pour éviter que la marque le tue.

– Hein ? Quoi ? Tu viens de dire que Solas était Fen’Harel ?

Noria pouffa avant de reprendre :

– Tu te fous de moi en fait hein ?

– Mais noooooon ! Je te jure ! Il a bien caché son jeu ce petit salopard ! Et il a pour ambition de détruire le monde en plus !

– Mais de quoi tu parles ?

Alors Sera lui expliqua ce qui s’était passé il y a quelques mois. Noria n’en crut pas ses oreilles ! Les dieux elfiques existaient et étaient en fait de puissants mages ! Par Myth… enfin merde, c’était impossible ! L’œil rond, la bouche grande ouverte, elle écoutait attentivement Sera.

Elle n’était pas très croyante et si elle avait fait ses Vallaslins à Ghilan’nain, mère des hahls c’est uniquement parce qu’elle les trouvait discret et assez jolis, pas pour une quelconque croyance.

Elle avait donc deviné juste à propos des sentiments de Seth à l’égard de Solas. Cela lui serra le cœur, même si elle s’y attendait. Si les sentiments de Seth avaient été partagés par le mage, elle aurait été reléguée à une vague connaissance à laquelle on pense de temps en temps.

Puis la discussion dériva en fonction du niveau de plus en plus bas de la bouteille. Comme deux femmes, à fortiori deux femmes ivres, elles parlèrent de leurs anciennes relations et de sexe. Noria finit par sortir un exemplaire de la « Comtesse Coquine », un pamphlet qui comme son nom l’indique, décrivait les « aventures » en chambre et ailleurs, avec beaucoup de détails croustillants, d’une comtesse orlésienne qui n’avait pas froid aux yeux.

Noria était en train de lire une scène où la Comtesse se faisait prendre par son valet et se faisait fouetter en même temps par une de ses « amies ». Elle mit beaucoup de cœur à sa lecture et les deux jeunes femmes gloussèrent comme des poules.

Elles n’entendirent même pas la porte s’ouvrir. Après avoir passé la soirée à jouer à la Grâce Perfide et à gagner, parties sur parties, Seth était rentré. Son humeur s’était bien allégée. Il s’approcha de la cuisine d’où les rirent s’échappaient régulièrement. Il s’appuya au chambranle de la porte et sourit en entendant ce que Noria lisait, comme si elle était en représentation dans un théâtre orlésien.

Une fois la scène finit, Noria s’inclina bien bas devant Sera qui demandait un rappel en riant bruyamment.

– Eh bien les filles ! On ne peut vraiment pas vous laisser ensemble plus de quelques heures !

– Hey Seth !

– Coucou Beau Gosse ! Tu nous as manqué !

Sera pouffa :

– Non pas vraiment.

Noria roula de l’œil :

– Mais si… allez vient t’asseoir avec nous.

Elle voulut lui servir un verre de vin mais constata avec consternation qu’il n’en restait qu’un fond.

– Sera ta bouteille est ensorcelée je crois, elle est déjà vide !

Le visage de la jeune elfe exprimait tellement la surprise que Seth ne put s’empêcher de rire.

– Je crois qu’il serait temps d’aller vous couchez les filles. Je vous rappelle qu’on a une enquête à mener.

Noria prit subitement un air à la fois sérieux et coupable.

– Mince, t’as raison Seth. Je suis vraiment horrible ! Je m’amuse alors qu’une femme est peut-être en train de se faire massacrer en ce moment.

– Mais non Da’mi tu n’es pas horrible ! Il n’y a rien qu’on puisse faire pour le moment. Allez viens ! Je te raccompagne jusqu’à ta chambre c’est plus prudent.

Il lui tendit la main, et étonnement, Noria vint docilement la prendre, tout en titubant de manière assez peu gracieuse. Sera fit la moue :

– Et moi bien sûr, personne me raccompagne !

– Toi tu es habituée ! Tu trouverais ta chambre les yeux fermés et pleine comme une outre.

Seth essaya de maintenir Noria debout, mais chaque mètre était une épreuve en soi. Finalement, avec un soupir résigné, il se décida à la soulever dans ses bras. Il lui passa son bras valide sous les fesses et la souleva. Même à un bras il arrivait sans problème à la maintenir contre lui. Avec un gloussement ravi, Noria s’accrocha à son cou et passa ses jambes autour de sa taille. Le visage de Noria était très proche du sien et lorsque Seth commença à monter les marches, il sentit qu’elle le regardait intensément. Seth haussa un sourcil et lui demanda :

– J’ai quelque chose sur le visage Da’mi ?

Ils venaient d’arriver sur le palier du premier étage. Noria rit et lui avoua en passant une mèche brune et rebelle derrière l’oreille de Seth.

– Noooon ! J’aime ta nouvelle coiffure. Et j’aime la couleur naturelle de tes cheveux.

– Merci, ravi que ça te plaise.

La porte de la jeune femme était déjà ouverte, il n’eut qu’à la pousser du pied pour entrer dans la chambre. Noria continuait à le dévisager avec une concentration assez inquiétante.

– Da’mi, qu’est-ce que tu regardes encore ?

– Chuuuut je compte !

Surpris Seth tourna son visage vers elle ;

– Qu’est-ce que tu comptes ?

Avec un sourire, Noria lui répondit comme si cela tombait sous le sens.

– Tes tâches de rousseur, idiot ! Je les trouve trop mignonnes !

Seth grimaça devant ce mot. Aucun homme sain d’esprit n’aimait entendre que quelque chose chez lui était mignon ! Pas après dix ans en tout cas.

A ce moment précis, il n’avait pas l’impression d’avoir été séparée d’elle pendant presque trois ans. Il retrouva avec bonheur, leur tendre complicité, même si pour ça Noria avait dû boire. Cela le rassura que la relation qu’il avait réussi à établir en si peu de temps était toujours là. Prête à reprendre de plus belle. Elle et son rayonnement d’énergie, sa chaleur, lui avaient manqués plus que tout. Il frotta affectueusement son nez contre le sien.

– Tu as de ces idées parfois ! Allez c’est l’heure du dodo !

Noria s’accrocha encore plus fort à son cou.

– Noooon s’il te plaiiiiiit laisse-moi les compter.

Sur un ton plus séducteur, Seth répliqua :

– Tu sais que j’en ai ailleurs que sur le visage ?

Noria eut un sourire coquin, un pétillement dans l’oeil qui ne trompait pas et fit une petite moue.

– Mouiii je crois me souvenir. Mais ma mémoire est un peu brouillée, si tu me remontrais…

Seth éclata de rire.

– Allez Da’mi ! Tu es arrivée à destination, descends de là !

De mauvaise grâce, Noria se détacha de lui et bouda.

– T’es pas drôle, Seth !

– Tu me remercieras demain va !

Noria bougonna :

– Ça m’étonnerait !

Seth s’approcha de son bureau, transformé en établi. Il essaya de distinguer sa fameuse potion anti-gueule de bois mais ne trouva rien. Bon tant pis pour elle !

Mais quand il se retourna, Noria était en train de boire une gorgée d’une potion qui se trouvait sur la petite table de nuit à côté du lit. Quel sens pratique ! Elle avait déjà ôté son corset, le regarda intensément, avec un sourire charmeur et commença à déboutonner sa tunique. Voyant que Seth ne bougeait pas elle lui demanda :

– Alors Seth, tu restes finalement ?

Seth roula des yeux.

– Vraiment Da’mi, tu es intenable quand tu as bu.

Il commença à battre en retraire quand Noria, le rappela :

– Seth ? Amène un peu de potion à Sera.

Avec un sourire elle ajouta :

– Je suis sûre que je vais devenir sa nouvelle meilleure amie demain matin !

Seth rit doucement, pris la fiole et sortit tout en lui souhaitant bonne nuit.

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Chapitre 17 – Celui qui sort ce qu’il a sur le coeur

Ils arrivèrent dans un long couloir avec quatre portes. Seth se dirigea vers une première chambre en lui demandant de patienter quelques secondes. Il revient presque aussitôt le bras débarrassé de sa prothèse. A la place de son avant-bras manquant la manche avait été cousue sur son bras. Noria se demanda comment il prenait son nouvel handicap, mais n’osa pas lui en parler. Seth la conduisit ensuite vers le bout du couloir, vers la dernière porte, l’ouvrit et laissa passer Noria dans la pièce qui deviendrait sa nouvelle chambre. La jeune elfe l’observa brièvement. Elle était assez spacieuse. Un grand lit en bois, une armoire et un bureau composaient les seuls meubles de la pièce. Une petite cheminée, éteinte pour le moment, se trouvait sur le mur en face du lit. La chambre était d’une propreté impeccable et sentait le frais. Par contre l’air était vraiment froid et Noria ne put s’empêcher de frissonner et de se frictionner les bras pour essayer de les réchauffer.

– Voilà, c’est pas le grand luxe mais c’est assez grand.

– Ça ira très bien, merci.

– Je vais t’allumer un feu.

L’atmosphère entre eux était presque aussi glaciale que la pièce, et Noria ne savait plus où se mettre. Alors pour s’occuper pendant que Seth s’activait autour du foyer elle commença à défaire ses affaires. Bientôt une bonne flambée déversa sa lumière et sa chaleur dans la pièce. Elle s’occupa tout de suite de sortir son nécessaire à potions et grenades. Elle sentait le regard de Seth sur elle et sa nervosité augmenta d’un cran. Elle ne savait pas quoi faire pour désamorcer cette mauvaise ambiance entre eux, cette tension insoutenable. Alors elle lui demanda la première chose qui lui passa par la tête tout en alignant ses fioles vides.

– Comment va ta mère ?  Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles ?

– Elle va très bien. D’ailleurs, à ce propos, tu aurais pu me dire que tu l’avais rencontrée. Tu sais, le mentionner dans l’une de tes lettres…

– Je ne vois pas pourquoi. C’était entre elle et moi. A moins bien sûr que tu ne surveilles les relations de ta mère.

Seth soupira.

– Alors ça va être comme ça entre nous maintenant ? Aussi froid et distant que des étrangers.

Noria arrêta d’aligner ses fioles et le regarda bien en face.

– Je ne sais pas Seth, comment veux-tu que ça soit entre nous ?

Le jeune homme haussa les épaules.

– Je ne sais pas non plus Noria. Je pensais qu’on s’entendait bien, qu’on pouvait se parler librement. C’est toi qui as disparu sans raison, sans me donner de nouvelles. Je croyais qu’on était ami, manifestement je me trompais…

Noria plissa les yeux et sentit la moutarde lui monter au nez. Elle haussa légèrement la voix :

– Tu as un de ces culots ! Bon sang mais c’est TOI qui m’a rejetée ! Tu m’as bien fait comprendre que je n’étais pas la bienvenue au sein de l’Inquisition. TU m’as écartée de ta vie Seth ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je te supplie à genoux ?

Le ton sarcastique de Seth ne fit qu’amplifier sa colère.

– Et bien ça aurait pu être drôle. Mais bien sûr, tout est de ma faute, je ne suis qu’un égoïste dans cette histoire. Alors excuse-moi d’avoir essayé de te protéger, parce que, clairement l’Inquisition c’était des vacances ! Je ne sais pas si tu as entendu parler de Darse ? Mille cinq cent morts.

Le ton de Noria monta encore d’un cran.

– T’aies-tu seulement demandé ce que je ressentais, Seth ? Non ! Et tu sais pourquoi parce que c’est ce que tu es : Un foutu d’égoïste ! Mais j’espère que ta petite conscience n’a pas été trop perturbée. Je m’en voudrais beaucoup !

Seth serra les mâchoires mais ne changea pas le ton de sa voix.

– Et toi tu ne m’écoutes pas. Tu t’emportes comme d’habitude. Et moi qui pensait que tu aurais un peu mûri. Tu te comportes comme une gamine. Je te répète que l’inquisition n’avait rien d’un parcours de santé. Tu étais blessée tu ne m’aurais servi à rien !

Il ne lui aurait pas fait plus mal si l’avait frappé physiquement.

Elle fit un premier pas vers lui et hurla presque.

– C’est tout ce que je suis pour toi, Seth ? Un boulet ? Je savais que tu m’avais menti, tu m’avais pourtant dit que tu ne m’abandonnerais pas ! Mais c’est bel et bien ce que tu as fait, tout ça parce que je suis borgne ! Quelle idiote ! Je me suis entraînée pendant des semaines, des mois pour récupérer cent pour cent de mes capacités. Mais ça tu t’en fiches !  Tout ce que tu vois c’est le bandeau sur mon œil. Je ne pensais vraiment pas que tu étais ce genre d’homme !

Seth roula des yeux, exaspéré et avança également d’un pas.

– Tu sais très bien que je tenais à toi et je serais plutôt mal placé pour te résumer à ton handicap.

Noria ne put s’empêcher de relever.

– Tenais hein ?

– Oui tenais. Je ne sais pas vraiment si je tiens encore à l’espèce d’hystérique devant moi. Tu as changé.

– Bien sûr que j’ai changé ! Tu croyais quoi ? Que j’allais patienter toute ma vie, à jouer la bonne Dalatienne, attendant, le cœur palpitant, que tu daignes te souvenir de moi.

Seth énuméra alors :

– Sauvez Férelden, sauver Orlaïs, abattre des tonnes de dragons, sauver Thédas d’une invasion Qunari, oh et sans oublier une espèce d’engeance-magister que j’ai renvoyé dans l’Immatériel ! Vraiment je suis impardonnable de ne pas avoir trouvé le temps de venir te voir !

Noria grogna d’exaspération et réduisit la distance entre leur deux corps, qui se touchaient presque maintenant.

– Pardonnez-moi oh Inquisiteur ! Mais encore une fois je te le répète, j’étais prête à venir te rejoindre ! Avant que tu ne m’envoies cette lettre !

– Vraiment je pensais que tu avais l’instinct de survie plus développé que ça. Tu serais peut-être morte à l’heure qu’il est.

Noria haussa à nouveau la voix.

– J’aurais peut-être préféré !

– Alors tu es une idiote.

Noria vit rouge et elle se mit à tambouriner du poing le torse de Seth, qui d’abord, trop surpris pour se défendre, essaya de l’arrêter.

– C’est toi l’idiot ! Tu ne comprends vraiment rien !

– Arrête Noria !

– Non je n’arrêterais pas ! Pourquoi n’arrives tu pas à comprendre que j’aurais mille fois préféré rester avec toi, quitte à mourir pour une noble cause, plutôt que de dépérir au Clan ! Pourquoi n’arrives tu pas à comprendre ? Une fois que tu es parti, je n’étais plus rien pour toi… Rien du tout. Et dans tes lettres tu semblais tellement distant, alors j’ai fait pareil, par fierté, par stupidité ! Pourquoi n’arrives-tu pas à comprendre que ton rejet m’a fait plus de mal que la perte de mon œil ? Pourquoi …

Son dernier mot se perdit dans un murmure et elle finit par arrêter ses coups de poings qui reposaient maintenant contre le torse de Seth. Avec horreur elle sentit des larmes brouiller ses yeux et s’écouler doucement. Seth s’était figé pendant sa confession et la regardait avec une telle intensité qu’elle se sentit comme hypnotisée. Elle n’était plus qu’un maelstrom d’émotions brutes ; colère, rage, désir, amour, amitié, honte. Elle voulait le frapper encore et l’embrasser à perdre haleine. Elle voulait lui hurler dessus et lui murmurer qu’elle l’aimait toujours. Mais elle se contenta de rester paralysée sous son regard doré qui l’avait épinglée.

Seth, lui, se sentait honteux. Honteux de lui avoir sorti des piques qu’elle ne méritait pas, honteux de lui avait fait du mal alors que c’était bien la dernière chose qu’il voulait. Mais il n’avait que chercher à la protéger et pour ça il ne méritait pas non plus les reproches qu’elle lui avait fait.

Délicatement, il leva la main et lui essuya tendrement la joie gauche, puis il la passa derrière sa nuque et l’attira contre son torse. Noria se blottit contre lui et ferma les yeux, abandonnant totalement sa lutte contre ses larmes qui s’écoulaient maintenant librement. Seth la serra contre lui et murmura :

– Je suis désolé Da’mi, je ne voulais pas te faire du mal. Je suis vraiment désolé.

– Comment on en est arrivé là ?

– Mmm… peut-être parce qu’on est deux idiots, trop fiers pour communiquer normalement.

Noria rit à travers ses larmes.

– Tu m’as manqué, Beau Gosse !

– Toi aussi tu m’as manquée. Je suis heureux que tu m’aies retrouvé.

– Je suis désolée de t’avoir traité d’égoïste.

– Un foutu égoïste pour être exact.

Noria grommela.

– Oui bon si tu veux, je suis désolée de t’avoir traité de foutu égoïste.

– Et tu m’as traité d’idiot aussi…

Noria releva la tête et croisa son regard rieur.

– Tu n’as pas changé Beau Gosse, tu es toujours aussi insupportable !

– Oui mais ça fait partie de mon charme !

Noria lui donna une pichenette sur le nez et recula d’un pas.

– Tu es l’homme le plus exaspérant que j’ai jamais vu ! Bon maintenant qu’on s’est bien excusé, je propose qu’on laisse tout ça derrière nous et qu’on reparte à zéro.

– Je crois bien que c’est la meilleure idée que tu aies eut de la soirée.

Elle lui tendit alors la main, en un geste amical.

– Bien. Je m’appelle Noria enchantée de te rencontrer !

Se prenant au jeu Seth lui prit la main. Mais à la place de lui donner la poignée de main attendue, il la porta à ses lèvres et la baisa, la faisant frissonner de la tête aux pieds.

– Enchantée Noria. Je suis Seth.

– Eh bien Seth, comme on vient de se rencontrer, il serait tout à fait indécent que tu restes plus longtemps dans ma chambre. On ne sait pas ce que les gens pourraient penser ! Et puis j’ai eu une soirée que je qualifierais de …mouvementée ! J’ai besoin de recharger mon énergie.

Seth rit et ouvrit la porte.

– Très bien Da’mi. Bonne nuit alors. A demain.

– A demain Seth. A demain.

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Chapitre 16 – Celui qui laisse parler son instinct

Noria croyait rêver. Il était là ! Devant elle, et malgré quelques changements physiques, le doute n’était pas permis. Son cœur s’emballa, ses mains se mirent à trembler et ses lèvres s’étirèrent d’elles-mêmes en un sourire radieux. Rapidement elle le dévora des yeux. Il portait une veste courte et une jupe fendue sur le devant, de couleur foncée sur une chemise plus claire et un pantalon noir. Ses cheveux paraissaient plus foncés que dans son souvenir. Il ne les rasait plus sur un côté et les portaient maintenant attachés en un chignon lâche. Ses yeux avaient beaucoup changé, ils avaient gardé leur pétillement mais semblaient cacher quelque chose de plus sombre. Il semblait plus mature, plus posé qu’avant.

Mais ce qui la frappa évidemment le plus, fut la prothèse arbalète qu’il portait à la place de son avant-bras gauche. Que lui était-il arrivé ? Mais après tout cela n’avait pas d’importance. Non ce qui comptait par-dessus tout c’était qu’il soit en vie et devant ses yeux.

Son examen dura quelques secondes jusqu‘à ce que son caractère impulsif prenne le dessus. Sans trop réfléchir donc, elle s’élança vers lui et se jeta littéralement à son cou. Ses bras s’ancrèrent immédiatement autour de son cou et ses jambes fines entourèrent sa taille.

Surpris, Seth perdit légèrement l’équilibre mais eut le réflexe de passer son bras valide autour de la taille de la jeune elfe, la maintenant contre lui. Noria resserra encore son étreinte, savourant la fermeté et la chaleur de son corps. Le nez dans son cou, elle huma son odeur qui lui avait tant manqué en répétant encore et encore :

– Tu es vivant…

Même s’il l’avait voulu, Seth n’aurait pas pu se dégager de la jeune femme. Et de toute façon il n’en avait aucune envie. Sentir ce corps chaud et féminin contre lui, tellement familier, le ravit au plus haut point.

Sera, laissée de côté pendant quelques minutes et n’approuvant pas du tout, interrompit leur retrouvailles en lâchant :

– Mais c’est quoi ce bordel ? Vous vous connaissez ?

Noria ne fit absolument pas mine de relâcher son étreinte. Elle entendit alors Seth murmurer dans son oreille :

– Da’mi, moi aussi je suis heureux de te revoir mais tu es plus lourde que dans mes souvenirs je suis en train de fatiguer. Promis je ne vais pas m’envoler si tu me lâches.

Da’mi … comme ce simple mot lui avait manqué ! Il utilisait encore le petit surnom affectueux qu’il lui avait donné, il ne l’avait donc pas oubliée ! Mais pourquoi parlait-il de son poids ? C’était d’une goujaterie ! Comme pour se justifier elle murmura indignée :

– C’est la faute des gâteux orlésiens !

Seth éclata de rire et subitement Noria revint à elle. Légèrement embarrassée et se maudissant d’avoir laissé son instinct réagir avant sa tête, elle redescendit sur le sol, se gratta la gorge et s’éloigna d’un pas.

– Je m’appelle Noria et oui j’ai connu Seth avant le Conclave, j’aurais dû l’accompagner avant l’accident qui m’a coûté mon œil droit.

Sera observa la légère rougeur des joues de Noria et le sourire tendre de Seth. Mouais quelque chose s’était passé entre eux et elle allait évidemment essayer de découvrir quoi. Elle se tourna vers Seth qui se contenta de hausser les épaules, et lui lança un regard qui avait l’air de dire « Occupe-toi de tes fesses »

– Ahh oui ? Bizarre il ne nous a jamais parlé de toi !

Voilà un coup de poignard qui venait de rentrer droit dans son cœur. Blessée, Noria se tourna vers Seth, croisa son regard et murmura :

– Non j’imagine que non, pourquoi l’aurait-il fait ?

Seth allait répliquer quelque chose mais Noria ne voulait pas entendre ses excuses alors elle le coupa net :

– Bien la question de la survie de Seth étant réglée, je vous ai fait venir ici pour autre chose.

Comme si subitement Seth se souvenait qui il était venu voir ce soir il demanda :

– Mais alors c’est vraiment toi qui as mis les Amis de Jenny sur la sellette ses dernières semaines ?

Noria eut un petit sourire.

– Oui c’est bien moi.

Sera intervint :

– Bah c’était pas l’idée la plus brillante du siècle. Tu ne pouvais pas faire comme tout le monde et nous laisser un message, comme tu l’as fait pour nous attirer ici d’ailleurs ?

Noria haussa les épaules :

– Si j’aurais pu m’en contenter mais je préfère faire les choses à ma manière. Et puis où aurait été le fun dans tout ça !

Sera allait répliquer mais dû s’avouer vaincue devant l’évidence. Alors elle demanda à son tour :

– Et je suppose que c’est aussi toi, celle qui fait parfois le job à notre place ?

– Si tu insinues que j’aide les personnes qui me le demandent, alors oui c’est moi.

Seth plissa les yeux.

– Da’mi tu sembles avoir une vie des plus palpitantes il va falloir que tu me racontes ça !

– Je ne te le fais pas dire ! Mais là, je suis sur quelque chose de trop gros pour moi toute seule. Je sais reconnaître mes limites et faire face à un psychopathe et un tueur en série, c’est ce que j’appelle largement les dépasser !

– Comment ça ?

Alors elle leur expliqua comment elle était tombée sur cette affaire. Tout en parlant elle fit de grand geste et ne cessa de marcher de long en large. Fascinés, Sera et Seth la regardèrent évoluer dans la pièce, semblant soudain remplir l’espace de son énergie.

-…or vous vous en doutez bien, tout le monde se fiche royalement de la disparition d’elfes. Le plus frustrant c’est que je ne sais rien de cet assassin. Tout ce que je sais, je l’ai appris en enquêtant sur les victimes. Elles étaient toutes les deux elfes et avaient entre vingt et trente ans. Elles étaient apparemment particulièrement jolies, pour ne pas dire carrément parfaite. Le physique très elfique, vous voyez, grande, élancée, élégante et le visage parfait et pur. Et puis elle était aussi parfaite de caractère. Toujours charmante, souriante, leurs employeurs n’avaient absolument rien à redire sur elle. Ah autre chose, le petit-ami de l’une des deux m’a confiée que la victime recevait une douzaine de roses rouges tous les jours, une semaine avant sa disparition. Je ne sais pas si ça à quoique ce soit à voir avec l’affaire mais cela fait peut-être parti de son mode opératoire.

Sera demanda à Seth en aparté :

– Elle est toujours comme ça ? On dirait une boule d’énergie ! Elle va réussir à débarrasser le sol de la poussière si elle continue à s’agiter.

– De ce que je me souviens, oui ! Noria est comme ça.

– Intéressante ton amie…

Noria s’était enfin arrêtée et les poings sur les hanches, elle les observait d’un œil furibond.

– Dis donc je vous embête ? Vous pourriez au moins faire semblant de m’écouter non ?

Seth mentit effrontément.

– Mais on t’écoute ! On était justement en train de discuter de ton affaire !

– Bah tiens ! Prends moi pour un cochard ! Bon vous allez m’aider oui ou non ? Pendant qu’on discute il est surement déjà en train de choisir sa prochaine victime.

Seth interrogea Sera du regard, après tout, des deux c’était elle la plus apte à prendre des décisions pour les Amis. L’elfe lui fit un bref hochement de tête.

– D’accord on va t’aider, Da’mi.

Noria soupira de soulagement.

– Merci. Je ne veux plus jamais tombée sur le corps mutilé d’une de ses femmes. J’ai, d’abord, besoin que vous activiez votre réseau et que vous préveniez toutes les femmes elfes. Si jamais elles ont reçu des fleurs régulièrement depuis quelques jours, il ne faut pas qu’elles sortent. Je ne sais pas comment le meurtrier les choisit ni où.

Sera croisa les bras, le regard ailleurs.

– Pourquoi leur offrir des fleurs ?

Noria haussa les épaules.

– Je ne sais pas. Peut-être qu’il essaie de leur faire la cour ? De les séduire ? Mais quelque part quelque chose tourne mal et il finit par ne ressentir que de la rage pour elle.

– Tu sembles avoir bien analysé la situation Da’mi.

Noria plongea à nouveau son regard dans le sien, une lueur déterminée faisait briller son œil doré.

– Je vous l’ai dit, plus jamais ça !

Ils convinrent qu’il était préférable que Noria vienne s’installer « au quartier général  » des Amis de Jenny, c’est-à-dire là où ils logeaient tous les deux. Sera expliqua à la jeune elfe qu’il y avait actuellement trois agents actifs à Val Royaux, plus Seth et elle. Beaucoup d’agents elfes avaient mystérieusement disparu au fil des mois. Leur effectif étant réduit, les amis étaient moins efficaces que d’habitude. Mais elle pouvait toujours compter sur son réseau. Ils se mirent donc en route, décidant de passer d’abord par l’appartement de Noria pour récupérer ses affaires puis de rentrer. Sur le chemin Noria se tenait légèrement en retrait, écoutant Seth et Sera échanger des piques et des remarques.

Noria ne savait pas trop quoi penser de cette Sera. D’un côté elle l’a trouvait assez sympathique, bien qu’un peu folle. Et puis de l’autre elle ne pouvait pas s’empêcher d’éprouver un soupçon de jalousie. D’une part parce qu’elle avait été un compagnon pour Seth pendant les années où il avait refusé qu’elle le rejoigne et surtout par la complicité que les deux Amis semblait partager. Il y a quelques années c’étaient avec elle qu’il aurait échanger à bâtons rompus. Elle fixa le dos de Seth, le regard triste. Comme s’il pouvait le sentir, Seth se tourna brusquement vers elle et lui adressa un regard surpris. Heureusement pour elle, ils venaient d’arriver devant son logement. Rapidement elle leur demanda d’attendre et partit précipitamment pour échapper à ses yeux dorés.

Elle prit quelques sacs et fourra ses affaires à l’intérieur. Le plus délicat fut de se décider sur quoi emmener donc elle empaqueta le maximum.

C’est une Sera et un Seth ahuris, qui la virent redescendre les marches, les bras et le dos chargés de sacs, soufflant bruyamment sous l’effort.

– Qu’est-ce… qu’est -ce que vous attendez pour venir m’aider !

Seth explosa de rire.

– Tu as pris tout ton appartement ?

Sera semblait réellement choquée.

– Sérieusement ? T’es obligée de prendre tout ça ?

– Oh c’est juste quelques affaires hein. Et oui je suis obligée de les prendre ! Question de vie ou de mort. Bougez vous on va pas rester toute la nuit ici !

Avec un soupir les deux compagnons s’exécutèrent. Ils marchèrent encore quelques minutes avant de s’arrêter devant une petite maison. Juste à côté de la taverne. Noria haussa un sourcil et se tourna vers eux.

– La taverne hein ? Vous n’avez pas trouvés plus discret comme endroit ?

Sera s’expliqua aussitôt, comme piquée au vif.

– Eh bien figure-toi mademoiselle que c’est bien plus pratique! On est au cœur des rumeurs ici.

Elle ajouta en gloussant.

– Et puis c’est plus facile de retrouver la maison quand on est ivre.

Seth quand à lui leva les mains en signe de reddition.

– Je décline toute responsabilité. C’est elle la chef, je ne suis qu’un agent parmi d’autres.

Ils entrèrent et Noria fut surprise de découvrir une maison assez coquette sur deux étages. Au rez-de-chaussée se trouvait la cuisine avec une grande table pour prendre les repas et une autre pièce bien plus grande qui semblait faire office de conseil de guerre et de salle d’entrainement. Noria supposa que les chambres se trouvaient à l’étage. La maison était propre et sentait bon les fleurs séchées.

– Eh bien je ne m’attendais pas à ça ! C’est coquet chez vous, dites donc !

Sera bâilla à s’en décrocher la mâchoire.

– Moui j’aime pas quand c’est sale ! Bon je vais me coucher, je suis claquée ! Seth tu t’occupes de lui montrer sa chambre. Demain je vais organiser une réunion avec les autres agents. Il faut qu’on se coordonne un minimum si on veut être efficace. Bonne nuit les Dalatiens !

Sera monta les escaliers et les laissa seuls, dans un silence assez inconfortable.

Seth se racla la gorge.

– Viens je vais te montrer ta chambre.

Noria le suivit dans les escaliers. Dans son nouveau chez elle, dans la maison de Seth. En une soirée, sa vie avait prit un tournant des plus surprenants.

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Chapitre 15 – Celui qui se fait remarquer

Il était tard et Noria s’appliquait à allumer des bougies dans la pièce sombre et miteuse. Elle n’avait pas choisi ce lieu de rendez-vous par hasard. Une petite maison complètement isolée, dans un quartier mal famé de Val Royaux. Car oui malgré ce que les Orlésiens voulaient faire croire, il existait bel et bien de tels quartiers. Elle avait redressé une table au milieu de la pièce et y disposait lesdites bougies. L’endroit était glauque mais à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes.

Voilà maintenant deux ans et six mois que Noria avait pris les chemins, seule. Elle avait commencé par faire un détour à Kirkwall. Cette ville était un véritable bazar ! L’explosion de la Chantrie y avait causé beaucoup de dégâts, tant sur le plan architectural que sur le plan politique. Elle n’y était restée que 6 mois mais elle avait vu six dirigeants différents prendre la tête de la ville. La seule constance dans ce chaos et seule figure de protection pour les habitants de la ville, était le Commandant des Gardes, Aveline. Noria avait eu la chance de la croiser par hasard dans la Hauteville et avait été fascinée par l’aura d’autorité et de sérénité qu’elle affichait. C’était certainement une femme de tête, qui pourrait aisément, si elle le souhaitait, mettre tout le monde au pas. Noria avait pris le temps d’essayer d' »apprivoiser » la ville mais elle ne s’y sentait pas à l’aise et l’émerveillement des premiers jours face à la grandeur des bâtiments et de la foule de Shemlen qu’elle croisait, avait laissé la place à un profond mal être. Elle finit par trouver les statues géantes, malfaisantes et horribles et les allées charmantes de la HauteVille ne pouvaient effacer la misère de Sombrerue.

Elle avait laissé Kirkwall sans regret pour descendre plus au Sud où elle s’était arrêtée à Dénérim. La ville était encore endeuillée par le dernier Enclin mais elle relevait fièrement la tête sous la houlette du Roi Alistair et de la Reine Evelyn, tous deux anciens Gardes des Ombres et sauveurs de Thédas. Elle y était restée un an ou elle avait vécu principalement dans le Bascloitre à vendre diverses potions à prix d’or. Elle avait réussi à amasser un sacré paquet d’or, ce qui lui avait permis, de temps en temps, de faire don de certaines mixtures aux plus démunis. Elle avait apprécié le temps passé à Dénérim mais avait ressenti bien vite le sentiment familier de la bougeotte.

Alors elle avait pris son baluchon, bien plus rempli qu’à son départ et était encore une fois repartie. Et elle s’était décidé, elle voulait voir Val Royaux ! La marche fut vraiment longue et elle s’était faite plusieurs fois agressée sur le chemin, mais l’excès de confiance des bandits pleins de testostérone, face à la petite taille de Noria les avaient perdus facilement.

Enfin après des mois de voyage, elle était arrivée à la cité dont Seth lui avait tellement parlé. Elle ne se lassait pas d’admirer le travail soigné des architectes orlésiens, les hautes statues et fontaines. Elle avait tout visité, les quartiers les plus chics, le port, les quartiers plus difficiles comme celui dans lequel elle se trouvait, et puis tous les endroits où elle pouvait goûter à la gastronomie orlésienne si réputée ! Son odorat en prenait plein les narines avec toutes ces odeurs de nourriture délicate. Ahhh, elle fondait totalement pour les petites douceurs au sucre. Elle en était devenue complètement folle et s’offrait souvent ces petits plaisirs (trop souvent au vu de son corset qui s’étirait un peu trop sur ses hanches). Elle vécut un moment sur le joli pécule qu’elle s’était fait à Dénérim, profitant de la vie et apprenant le dédale des rues de la ville. Et puis, il lui avait fallu à nouveau gagner sa vie.

Elle avait loué une petite échoppe ambulante et y avait vendu ses décoctions. Ici les elfes étaient ses principaux clients, beaucoup de femmes elfes d’ailleurs. Poisons, potion pour éviter d’être enceinte, filtre pour soigner divers maux. Et un jour elle eut une demande particulière. Une jeune domestique elfe, manifestement enceinte, était venue la voir un jour et lui avait demandé, désespérée, de lui vendre une potion pour se « débarrasser » de l’enfant. Devant la fébrilité et la tristesse de l’elfe, Noria n’avait pût rester insensible. Elles avaient à peu près le même âge, ça aurait pu être elle à sa place, dans une autre vie. Elle l’avait emmenée chez elle, discuter autour d’une tasse de thé. L’elfe, qui s’appelait Tani, avait une histoire assez triste mais banale à Orlaïs. Elle était domestique chez un riche noble de la ville, le comte de Vérimont. Elle était sottement tombée amoureuse du fils de l’aristocrate, éblouie par son amour et ses promesses de l’épouser malgré l’interdiction parentale. Elle était tombée enceinte et ne lui avait avoué que récemment. Evidemment lorsque Papa eut vent de l’affaire il ordonna à son fils de mettre fin à la liaison et de jeter la domestique dehors, sans recommandation. Or elle devait travailler, sinon elle finirait à la rue. Elle ne pouvait pas garder le bébé, c’était impossible, même si elle souhaitait vraiment cet enfant. Noria lui avait alors proposé ses services. Lorsque Tani lui avait demandé ce qu’elle comptait faire, Noria lui fit un clin d’œil et lui avait dit de repasser le lendemain matin.

Pendant la nuit, Noria s’était faufilée chez le seigneur responsable de la détresse de Tani et lui avait dérobé tout ce qui pouvait se vendre rapidement et les pièces d’or qu’elle avait pu trouver. Elle avait rapidement fait le nécessaire pour changer les objets dans différentes boutiques, prenant soin de ne pas laisser de traces qui pourraient les conduire jusqu’à elle ou à Tani.

Noria avait été toute excitée à l’idée d’avoir mis ses talents à profit pour aider une personne en difficulté et elle fut ravie de la voir enfin toquer chez elle le lendemain, sautillant presque sur place.

– Entrez Tani, j’ai une surprise pour vous !

Rapidement elle l’avait fait assoir et lui avait présenté une bourse pleine à craquer.

– Voilà une généreuse donation du comte de Vérimont pour son petit-enfant à venir !

– Noria, mais qu’est-ce que vous avez fait ?

– Rien du tout…enfin si quelque chose manifestement. Mais ne vous préoccupez pas de ça !

– Mais je ne peux pas accepter voyons, ils sauront que c’est moi qui ait fait ça !

– Oui je sais, alors j’ai tout arrangé. Vous allez être escorté par des amis d’amis qui vont vous emmener directement au domaine de la douairière de Bretignes. Je lui envoie des potions pour ses rhumatismes et elle me doit une faveur. C’est une femme charmante. J’ai écrit une lettre que vous lui donnerez, elle sera ravie de vous aider et vous protégera. Vous disparaitrez de la circulation pendant un moment. De toute façon ça m’étonnerait que le comte cherche à mener l’affaire plus loin, ça lui causerait plus de tort et de scandale qu’autre chose. Et vous savez bien que la seule chose qu’un aristo ne peut supporter c’est de perdre la face.

Doucement Tani avait baissé la tête et caressa son ventre légèrement arrondi.

– Je vais pouvoir garder mon bébé ?

Noria lui avait souri.

– Oui et grâce à l’argent de son grand-père il pourra vivre décemment !

– Je…je ne sais pas quoi faire pour vous remercier.

Noria avait ri.

– Soyez heureuse ! En plus j’avoue avoir apprécié faire le justicier. Pour une fois, nous avons pu rendre la monnaie de leur pièce et à ces pète-secs de noble !

Noria l’avait conduite le lendemain vers son escorte, une petite troupe de mercenaire dirigée par une femme d’âge mûre qui n’avait pas sa langue dans la poche. Tani avait enlacé la jeune femme et promit de lui écrire pour lui donner des nouvelles.

Et voilà, elle ne savait pas trop comment mais le bouche à oreille s’était répandu parmi de nombreuses elfes et elles vinrent, peu à peu, consulter Noria pour leurs problèmes. Dans la mesure du possible, la jeune elfe essayait de les aider au maximum. Et elle enfila sa cape de justicière plus d’une fois, prenant plaisir à être plus maligne que les gardes et les nobles qui se croyaient bien en sureté derrière leurs hauts murs de pierre. Sa réputation enfla rapidement et elle dû prendre moult précautions pour ne pas être mise à jour. Maîtresse des potions le jour, justicière la nuit ! Elle était sûre que Seth aurait bien rit à cette idée.

Elle avait fini par fermer sa petite échoppe et s’était consacrée essentiellement sur ses nouvelles missions. Devenant tour à tour, enquêtrice ou redresseuse de tort et cette vie d’aventure lui plaisait au plus haut point !

Jusqu’au jour où une jeune elfe, encore une adolescente, était venue la voir pour la disparition de sa grande soeur, employée dans une petite échoppe du marché. Elle avait disparue depuis deux jours déjà, et ça n’était vraiment pas son genre. Noria enquêta comme elle put mais elle ne découvrit rien. Un jour plus tard, elle avait appris que l’elfe avait été retrouvée. Son cadavre avait été découvert, en été de décomposition, dans une maison abandonnée des quais, par pur hasard. Elle avait apparemment subi de nombreux sévices mais elle n’avait pas pu avoir de détails. Les soldats jetèrent le cadavre dans une fosse commune et décrétèrent qu’ils avaient autre chose à faire que de se mêler de querelles d’elfes.

Noria ne put rien faire pour la jeune adolescente qui ne verrait jamais le crime de sa sœur puni et elle en fut bouleversée.

Quelques semaines plus tard, un homme cette fois, était venu la voir pour la disparition de sa petite-amie, une elfe également. Suivant son instinct, elle se mit aussitôt à chercher dans les endroits où personne n’allait jamais. Lorsqu’elle avait pénétré dans l’entrepôt, l’odeur lui était aussitôt montée à la gorge. Une odeur de mort, de chair pourrie. Le coeur au bord des lèvres elle s’était approché et avant découvert le corps de la jeune elfe. Elle avait était tellement mutilée que son torse n’était plus qu’une bouillie infâme. Noria n’avait pu s’empêcher de se détourner brusquement du cadavre, pour vomir dans un coin de la pièce. Après plusieurs minutes à inspirer par la bouche et se calmer l’estomac et les nerfs, elle avait pris sur elle de mieux observer le corps. En premier lieu et par respect elle lui avait fermée les yeux. Puis elle avait commencé par observer les jambes. Marques de ligatures aux chevilles, rien d’autre. Les bras : même constatation, traces de ligatures. Le visage était intact et elle avait tout de suite remarqué que la jeune femme avait dû être très belle. Bien, la partie la plus difficile, le torse. Noria compta au moins une dizaine de coups de couteau, certaines plaies peu profondes, d’autres mortelles. Ce crime dénotait d’une rage incontrôlée.

Que ce passait-il à Val Royaux ? Qui assassinait de jeunes et jolies elfes ? Elle avait donc enquêté sur les victimes et trouver quelques indices importants mais rien pour la mener jusqu’au psychopathe responsable. L’enjeu était important et elle besoin d’aide, d’un réseau plus important que ces quelques femmes qui lui étaient redevables. C’est pourquoi elle avait essayé d’attirer l’attention des « Amis de Jenny la Rousse » par tous les moyens. Elle était même allée jusqu’à attacher, nu, un homme du monde qui battait régulièrement ses domestiques, à la fontaine principale de la grande place en peignant sur son torse : « Avec les compliments de Jenny ». Elle savait que ce genre de publicité ne devait pas plaire aux « Amis ». Un réseau secret qui s’exprime au grand jour, c’était plutôt néfaste pour les affaires, elle en savait quelque chose. Mais aux grands maux les grands remèdes ! Il y a quelques jours elles avaient laissé un message dans l’une des nombreuses planques du réseau, invitant les « Amis » à venir la rencontrer dans la maison ou elle se trouvait actuellement. Elle savait que c’était dangereux mais elle était prête à faire face à n’importe qu’elle situation.

De plus elle avait entendu la rumeur étrange que l’un des « Amis » n’était autre que Sera, l’un des compagnons de l’Inquisiteur, de Seth.

Elle avait beaucoup pensé à lui. Naïvement, elle s’était dit que ses sentiments envers lui se tariraient avec le temps. Pauvre innocente ! Il allait falloir qu’elle se fasse à l’idée de ne jamais pouvoir bannir cet homme de son cœur. Elle avait bien essayé de passer à autre chose, et s’était laissée courtiser par un humain à Dénérim. Il lui avait offert des fleurs, avait été d’une patience d’ange avec elle, mais leur premier baiser fut une catastrophe. Non pas qu’il embrassait mal, mais elle n’avait pu s’empêcher de penser à d’autres baisers, d’autres mains qui lui serraient la taille. Non elle était belle et bien perdue pour les autres hommes et même le sexe facile ne la tentait plus. D’une part elle avait été fortement échaudée par sa mésaventure avec Beren, et puis à quoi bon chercher le plaisir et la délivrance physique quand elle savait pertinemment que son cœur et son corps ne désirait qu’une chose, qu’un homme. Maudit soit-il ! Elle ne pouvait pas l’avoir lui, mais elle ne pouvait et ne voulait plus en avoir d’autre ! « Bienvenue en enfer Noria ».

Il y a trois mois, Val Royaux avait vibré au son des rumeurs les plus folles. L’inquisition avait été dissoute et l’Inquisiteur avait été grièvement blessé. Il avait fini par mourir dans les bras de l’Impératrice. Noria doutait fortement de la dernière partie mais elle s’inquiétait néanmoins. Elle enquêta un peu de son côté et appris qu’après le Conseil Exalté plus personne n’avait vu l’Inquisiteur. Se pouvait-il que Seth soit mort ? De légèrement inquiète, elle était passée à très anxieuse. Non elle le saurait, il ne pouvait pas être mort comme ça ? Pas après avoir sauvé le monde et survécu au combat final ! Combien de fois cet homme allait-il lui briser le coeur en faisant le mort ?

Elle avait donc besoin d’information de première main, et qui mieux qu’un ancien compagnon de Seth pourrait lui dire exactement ce qu’il s’était passé au Conseil.

Elle avait donc une double raison d’attendre un contact avec « Jenny ». Avec un peu de chance elle avait réussi à attirer l’attention de Sera en personne et elle serait là ce soir. Enfin elle allait pouvoir savoir, enfin son cœur allait peut-être continuer à battre normalement, ou il s’arrêterait enfin.

Rapidement elle fit le tour de ses pièges, disposés dans la pièce et prêts à couvrir sa fuite. Puis elle s’assit sur la table, réajusta sa cape sur sa tête, s’assurant qu’elle lui couvrait bien le visage, pris son arc dans une main, encocha une flèche, visa la porte et attendit. Il était l’heure.

Dehors, Sera trépignait littéralement, rendant Seth complètement chèvre. Il murmura :

– Sera je te jure que si tu n’arrêtes pas de gigoter, je t’assomme ! Tu en deviens stressante là !

– Oh la ferme hein ! Je suis toute existée ! Enfin je vais pouvoir mettre mon poing dans la face de l’abruti qui a cru que faire de la publicité à Jenny était une bonne idée.

– Avoue que tu as trouvé son idée d’attacher le noble à la fontaine très drôle !

Sera pouffa.

– Ouais c’était trop drôle, mais ça va pas m’empêcher de lui mettre une flèche au cul à cet abruti !

Seth soupira. Parfois Sera était exaspérante, mais il était heureux de pouvoir rester avec elle, parce qu’au moins il ne s’ennuyait jamais.

Avec une grimace, il frotta l’endroit qui liait sa toute nouvelle prothèse arbalète, confectionnée par Bianca en personne « Pour se faire pardonner » avait-elle dit, à son moignon. Il n’arrivait pas à s’habituer à ce fichu morceau de bois, même s’il la trouvait plutôt très classe et sympathique à utiliser. Il préférait nettement ne rien mettre du tout, d’une part pour ne pas irriter la peau sensible de son moignon et d’autre part parce qu’il s’était fait à l’idée de perdre son bras, inutile de faire semblant.

Après la fin de l’Inquisition, il avait passé ses trois mois avec Sera à s’entrainer à se battre à une main, mais il n’était évidemment pas encore au mieux de sa forme. C’est pourquoi il était deux ce soir. Et puis de toute façon il n’aurait jamais pu retenir Sera, alors qu’ils allaient rencontrer celui qui faisait rager la jeune elfe depuis des semaines.

Il était en planque devant le lieu de rendez-vous depuis une heure environ. La petite maison miteuse se trouvait dans un quartier dit « sensible » de la ville. Mais étrangement personne ne semblait vouloir s’approcher. Il y a quelques minutes ils avaient vu des petites lumières percer la crasse des vitres de la maison. Leur premier plan qui consistait à surprendre l’homme pendant qu’il entrait, était tombé à l’eau apparemment. C’était un malin ! Il devait bien se l’avouer, Seth était curieux de savoir qui avait osé se frotter aux Amis de Jenny.

Au loin, la cloche de la ville sonna deux heures du matin.

D’un geste du menton, il signala à Sera qu’il était prêt.

Ils entrèrent doucement dans la maison et virent tout de suite la lumière sous la porte du fond. Comme prévu Sera passa la première, et se posta devant la porte, pendant que Seth se plaqua contre le mur juste à côté, dague en main, arbalète prête à l’emploi. Il attendrait dans le couloir, prêt à frapper par surprise et à couvrir leur sortie en cas de besoin. De toute façon la porte était trop petite pour qu’il entre dans la pièce côte à côte.

Sans prendre de gants, Sera ouvrit la porte en grand et clama, haut et fort, l’arc en main, paré à décocher une volée de flèche dont elle avait le secret.

– Alors qui t’es et qu’est-ce que tu nous veux ?

Seth roula des yeux. Autant pour la classe et la discrétion ! Il entendit une voix légèrement étouffée lui répondre.

– Je ne suis pas un ennemi. Vous devez être Sera ?

Sera fit un pas dans la pièce et demanda d’une voix suspicieuse.

– Hein ? Comment vous savez ça vous ?

Fenhendis ! Jamais il n’aurait dû la laisser passer en première ! Elle n’avait plus qu’à lui dire ensuite que l’ex-Inquisiteur se cachait derrière la porte tant qu’elle y était !

Même sans le voir, Seth put presque « entendre » le sourire dans la voix de l’individu.

– J’ai entendu parler de vous. Bien je vous propose une trêve. Je ne vous ai pas attiré ici pour vous tuer. Je n’irai pas par quatre chemins, j’ai besoin d’aide et d’informations.

Moqueuse, Sera lâcha d’une voix trainante.

– Rien que ça hein … et qu’est-ce que Jenny obtient en échange ?

– Ma collaboration et des informations sur une affaire qui devrait vous intéresser.

Sa voix trembla légèrement.

– D’abord j’aimerais juste savoir quelque chose. Pouvez-vous… pouvez-vous me dire si Seth Lavellan est toujours en vie ?

Seth haussa un sourcil. En quoi son sort intéressait cet individu ? Décidé à prendre les choses en main avant que Sera ne fasse une bêtise plus grosse qu’elle, il pénétra à son tour dans la pièce, arbalète pointée vers la silhouette, assise nonchalamment sur la table.

– Qu’est-ce que vous lui voulez à Seth Lavellan ?

La silhouette se mit aussitôt sur ses pieds et laissa tomber son arc.

– Seth ?

Cette voix… elle lui disait vaguement quelque chose maintenant qu’il l’entendait plus distinctement. Il vit la silhouette, de petite taille (lui rappelant une jeune elfe) abaisser la capuche de sa tête d’une main fébrile, laissant apparaître, un visage en forme de cœur, des cheveux dorés comme le soleil légèrement plus court que dans son souvenir qui lui touchaient les épaules, un œil doré à la pupille étirée comme un chat, le haut de son visage à droite caché par un bandeau de cuir et un sourire lumineux éclairant son visage.

Son cœur eut un raté. De stupéfaction, il ouvrit des yeux ronds, abaissa son arbalète et ne put que souffler.

– Da’mi ?

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Chapitre 14 – Celui qui assiste à ses funérailles

La nuit tombait sur les montagnes de Fort Céleste. Seth se trouvait seul dans ses appartements personnels. Il était debout devant son bureau, les mains en appui sur le bois du meuble, le poing serré sur le rapport de son commandant. Il n’arrivait pas à y croire. C’était impossible ! Il avait envoyé des soldats, mais c’était trop tard ! Le clan Lavellan n’existait plus, massacré par ce bâtard de Wycôme ! Sa mère était morte !

La colère l’envahit et dans un geste impulsif, il envoya balader tout ce qui se trouvait sur le bureau. Ses yeux restaient secs mais son cœur saignait.

Comment ? Comment avait-il pu laisser cette horreur se produire ? Il était l’Inquisiteur, il venait d’abattre un magister devenu engeance, avait terrassé des dragons mais il avait été incapable de protéger sa famille. Peu importe l’Inquisition, il allait partir dès que possible et il allait faire payer cet ignoble salaud ! Il ne savait pas encore s’il le ramènerait pour l’exécuter en public ou s’il ferait ça en privé, en tête à tête. Il doutait de pouvoir se retenir s’il se trouvait en face de ce rat.

Bien vite la rage laissa la place à une tristesse profonde, et impuissant, il se laissa tomber sur le lit, la tête entre les mains. Elle était venue lui rendre visite il y a quelques mois. Elle avait tout de suite trouvé ses aises au sein de la forteresse. Elle s’était très bien entendue avec tout le monde et avait passer ses soirées à la taverne avec lui et ses compagnons d’aventures, jouant, de bonne grâce, aux cartes. Et évidemment, elle avait pris un malin plaisir à le mettre dans l’embarras à la moindre occasion. N’ayant jamais connu son père, il avait toujours eu une relation particulière avec sa mère. Elle était à la fois sa complice, son repère et son foyer. Sans elle, il était seul. Que ne donnerait-il pas, aujourd’hui pour être la cible de ses blagues ? Mais il était trop tard. Le valeureux héros de l’Inquisition a failli et il a perdu. La « toute puissance » ne pourrait pas ramener son clan et sa mère.

Malgré sa victoire contre Corypheus, il se sentait plus seul et plus malheureux que jamais. Ses compagnons allaient tous finir par partir, laissant un vide monumental dans la forteresse. Cela avait d’ailleurs déjà commencé. Solas était parti juste après la bataille finale, sans aucune explication, sans un au revoir. Il avait cru avoir réussi à établir une relation de respect, d’amitié et de confiance entre eux, mais il semblerait que l’apostat avait décidé que tout cela ne valait rien au vue de sa « mission » solitaire. Sa trahison l’avait affecté bien plus qu’il ne l’aurait pensé. Il y a quelques temps encore, il pensait être tombé amoureux de lui. L’apostat le fascinait totalement et il avait une aura de mystère qu’il ne demandait qu’à percer. Son passe-temps favori pendant leurs longues heures de marche dans les terres de Thédas était de trouver qui était vraiment son ami et ce qu’il lui cachait. Mais il avait vite compris que Solas ne le verrait jamais que comme un ami cher.

Oh il n’oubliait pas Noria. La jeune femme occupait même souvent son esprit. Elle lui manquait souvent. Certes il s’était fait de vrais amis au sein de l’Inquisition, mais il n’arrivait pas à retrouver cette complicité naturelle qu’il avait éprouvé avec elle. Leur entente avait été physique mais surtout psychique. Il aurait voulu lui dire de venir le rejoindre. Il aurait adoré voir son sourire et entendre son rire entre les murs froids de la citadelle, mais il n’avait pu s’y résoudre. Il ne voulait pas qu’elle souffre davantage à cause de lui. Or à Fort Céleste, il n’aurait pas su assurer sa protection, elle aurait même été constamment au cœur du danger. Il savait aussi que si elle décidait de venir le rejoindre, rien ne l’arrêterait. Alors il s’était décidé et lui avait envoyé une lettre en frappant là ou cela faisait mal, sa fierté. Et depuis, elle semblait tellement distante ! Et pas seulement physiquement. Ses lettres restaient très en surface. Il devait s’y attendre mais il avait espéré qu’avec le temps, elle comprenne et redevienne la jeune femme vive et chaleureuse qu’il avait appris à aimer.

Entre la froideur de Noria et son attirance pour Solas il avait été complètement perdu. Mais aujourd’hui tout cela ne comptait plus. Maintenant que le danger le plus immédiat était écarté, peut-être allait-il lui rendre visite ? Après tout il lui avait promis…

Il aurait aimé qu’elle soit là aujourd’hui pour lui apporter sa chaleur et son réconfort. Mais il était seul.

Lentement il se leva, bien décidé à noyer sa peine à la taverne.

 

Lorsque Varric pénétra dans la taverne, il ne le repéra pas tout de suite. Seth avait trouvé refuge dans un coin sombre de la taverne et entamait un tête à tête avec la deuxième bouteille de cet alcool fort qu’Iron Bull lui avait fait goûter. Quitte à avoir mal à la tête demain, autant le faire correctement !

Son cerveau était déjà légèrement embrumé mais le poids de la tristesse ne s’était toujours pas allégé. Qu’à cela ne tienne ! Il lui fallait juste plus d’alcool.  Il s’apprêtait à remplir encore un fois son verre vide, quand une main l’arrêta.

– Aimable, je ne suis pas sûr que se saouler seul soit la solution…

– Varric, je viens de perdre mon clan et ma mère en une foutue journée, alors je te prierais de bien vouloir aller te faire foutre et de me laisser boire en paix.

Varric rit et s’assit à ses côtés, faisant signe à la serveuse de lui apporter un verre.

– Eh bien l’alcool ne vous rend toujours pas plus aimable. Ce que je voulais dire c’est que boire seul, n’était pas la solution !

La pulpeuse serveuse apporta son verre à Varric et Seth se fit un devoir de le servir aussitôt. Il leva ensuite le sien.

– A l’Inquisition la plus nulle du monde !

Ils trinquèrent et burent cul sec.

– Pouah c’est infecte ! Je me demande comment font les qunaris pour boire cette mixture infâme. Commandons plutôt une bonne bouteille naine !

Ils finirent la bouteille qunari et entamèrent celle commandée par Varric. Ils s’amusèrent à trinquer sur tout et rien.

Sera finit par être attirée par leurs rires d’hommes avinés.

– Qu’est ce que vous glandez ?

Entre deux éclats de rire, Seth essaya de lui expliquer.

– On trinque à la santé des culottes de Cassandra.

Sera gloussa et demanda.

– Chouette, je peux venir ? Même si je suis sûre qu’elle n’en porte pas !

Seth lui avança une chaise à côté de lui.

Avec l’aide de Sera les motifs pour trinquer se firent encore plus stupides. Bientôt Iron Bull vint les rejoindre ajoutant son rire tonitruant à la bande.

Cassandra arriva bien plus tard, quand le stade d’ébriété de chacun était encore monté d’un cran. Elle ne put s’empêcher de laisser s’échapper son petit bruit de dégoût si caractéristique. Néanmoins elle s’approcha et devant l’insistance de chacun, finit par s’asseoir et boire avec eux.

Seth se sentait un peu plus léger, et plus plein d’alcool. Il croisa le regard de Varric qui lui adressa un clin d’œil.

– Vous voyez Aimable, être seul, c’est jamais une solution !

– Merci l’ami. Je propose de trinquer encore.

Cette fois son visage n’était plus rieur. Il leva son verre bien haut et proclama.

– Aux Lavellans ! A ma mère !

Ils reprirent tous en cœur.

– Demain je voudrais faire une petite cérémonie privée, pour leur dire au revoir. J’aimerai que vous soyez présents.

Iron Bull lui balança une claque magistrale dans le dos.

– Vous inquiétez pas boss, on sera là !

Oui pour le moment, Seth n’était pas seul.

Le lendemain le réveil fût, évidemment bien difficile. Comme il aimerait avoir l’une des potions de Noria sous la main ! Mais ne l’ayant pas, il fit se qu’il put pour se dégriser et préparer la cérémonie qu’il avait en tête.

Enfin, en fin d’après-midi, il fut prêt.

La cérémonie se déroulait dans un jardin privé de la Forteresse. Il avait érigé un petit temple à Falon’Din. Même si lui n’y croyait pas, son clan si, et ils méritaient qu’il fasse un effort. Il n’était pas question de ses croyances aujourd’hui mais de ce que son clan aurait voulu.

Ses compagnons d’aventure et ses conseillers le rejoignirent un à un et silencieusement se postèrent à ses côtés. Il fût immensément heureux de leur soutien.

Vivienne lui demanda.

– Voulez-vous dire un mot Seth ?

– Non, juste merci d’être là.

Le silence retomba et chacun baissa la tête en signe de recueillement. Seth était tellement plonger dans ses pensées et son chagrin qu’il n’entendit même pas le remue-ménage qui secouait la Forteresse depuis quelques minutes.

Brusquement la porte du jardin s’ouvrit et une femme elfe pénétra dans l’espace privé.

– J’ai manqué quelque chose ? Quelqu’un d’autre que Corypheus est mort ?

Seth n’en croyait pas ses yeux. Il sentit sa bouche s’ouvrir en grand et ses yeux s’écarquiller sans qu’il puisse rien n’y faire.

– Ma…maman ?

– Bien sûr que c’est moi ! Qui veux-tu que ce soit ?

Dans un souffle il lui dit.

– Je te croyais morte…

Le visage de sa mère s’adoucit et un sourire tendre étira ses lèvres.

– Je sais Seth mais je suis là.

Sans plus réfléchir, Seth se précipita vers elle et l’enlaça étroitement, à l’étouffer presque. Il se fichait bien d’avoir une audience. Sa mère était vivante !

Plus tard, Assan s’était confortablement installée dans le sofa de la chambre de son fils et profitait d’une belle flambée.

Seth lui servit un verre de vin et s’installa à côté d’elle. Il n’arrivait toujours pas à croire que sa mère était bellet bien là, devant lui, en chair et en os. Même si elle avait grimacé sous l’étreinte brusque de son fils. Elle lui avait avoué qu’elle avait été blessée et que la plaie était à peine refermée.

Elle était arrivée avec quelques survivants de son clan, que l’Inquisition avait tout de suite pris sous sa protection. Malgré la fatigue du voyage ils se portaient tous bien et étaient heureux de pouvoir s’arrêter un instant. Assan les avait un peu pressés durant le voyage, craignant à chaque instant d’autres attaques sur ce petit groupe vulnérable.

Seth finit par se tourner vers elle et lui demanda.

– Que s’est-il passé Maman ?

Et Assan se fit un devoir de tout lui raconter, l’attaque des soldats de Wycôme, le massacre, la fuite éperdue et leur sauvetage in extremis.

– Noria vous a sauvés ?

– Elle a fait plus que cela, Seth, elle nous a vengés. Et je suis ravie de t’apporter la nouvelle moi-même. Le seigneur Wycôme a été retrouvé le lendemain de l’attaque, mort dans sa chambre. A priori, il a reçu quelques coups de dague et s’est vidé de son sang pendant la nuit, sans que personne n’ait vu ou entendu quoi que ce soit.

– Comment a-t-elle fait ?

Seth ne put s’empêcher de ressentir une profonde fierté et une immense gratitude envers la jeune femme. Elle avait su faire ce que lui, enfermé dans les rets des responsabilités de l’Inquisition, n’avait pas pu.

Assan haussa les épaules.

– Peu m’importe, c’est le résultat qui compte. Même si je crois que ce qu’elle a fait à Wycôme l’a profondément marquée. Elle semblait vraiment bouleversée.

Seth fronça les sourcils. Il était heureux que Wycôme soit mort mais il ne souhaitait en aucun cas que Noria se sente mal.

– Tu sembles bien la connaître…

Assan lui jeta un regard surpris.

– Elle ne t’a rien dit ? Je l’ai rencontré lors de l’attaque des bandits il y a quelques mois. C’est elle qui nous a prévenu de l’attaque. Et elle et son frère sont restés pour nous aider à défendre le clan.

Non elle ne lui avait rien dit, rien du tout. Seth se sentit trahi. Ils étaient amis et pourtant pas un instant elle n’a senti le besoin de lui dire qu’elle avait rencontré sa mère, qu’elle l’avait aidé à sauver son clan. Par deux fois ! Il était complètement perdu.

– Nous avons sympathisées. C’est une jeune femme charmante ! Elle me rendait visite et parfois j’allais la voir.

Elle posa sa main sur celles, jointes de son fils.

– Je crois qu’elle tient beaucoup à toi mais elle s’est sentie rejetée.

Un peu gêné par le tour que prenait la conversation il demanda néanmoins avec espoir.

– Est-ce qu’elle va…hum… venir à Fort Céleste ?

Assan lui adressa un petit sourire d’excuse.

– Non Seth, elle m’a chargée de te dire qu’elle n’a jamais été patiente et qu’elle en avait assez de t’attendre.

Seth ressentit alors des sentiments partagés.

Il sourit d’abord devant cette nouvelle pique de la jeune femme, se rendant compte que même ses traits d’esprits et son caractère de cochon lui manquait.

Et de l’autre il comprit que cette fois-ci tout était fini entre eux. Elle était partie et manifestement elle ne voulait plus le voir. Il encaissa le choc, bravement, et se tourna vers sa mère.

– Tu resteras un peu n’est-ce pas ?

Assan lui caressa tendrement la joue.

– Bien sûr Seth, je vais rester un peu.

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Chapitre 13 – Celui qui s’en va

Noria avait les mains dans la terre. Bichonner ses plantes l’aidait à se détendre. Elle avait l’impression qu’ici, sur ce petit coin de terre, elle avait une vraie importance. Elle aimait savoir que sans ses soins et ses attentions ce jardin ne serait qu’une partie de nature comme les autres.

Cela faisait maintenant six mois qu’elle avait retrouvé la vue. Elle s’entraînait toujours aussi dur pour retrouver la qualité de tir qu’elle avait avant. Et ses efforts avaient payé. Elle ne se rendait même plus compte qu’elle n’avait qu’un œil de fonctionnel.  Cela commençait enfin à devenir naturel.

Aidée de son frère préféré, elle avait construit une nouvelle petite cabane dans la clairière. Mais pas au même endroit que la précédente. Elle n’avait rien touché ni rien déblayé depuis l’incendie. Ce lieu, même détruit, était trop chargé de souvenirs, bons comme mauvais pour qu’elle puisse y toucher.

La nouvelle cabane était tout aussi spacieuse que l’ancienne avec un nouvel établi flambant neuf. Elle l’avait également équipée d’un lit plus grand que le précédent. Elle passait la plupart de son temps ici maintenant. Elle avait réussi  à reconstituer une réserve de plantes et s’était remise au travail.

Parfois elle se faisait aider d’Assan. Conformément à la promesse qu’elle lui avait faite, elle était retournée la voir souvent. Elle adorait ses visites chez les Lavellan. Elle aimait énormément sa mère mais elle ne partageait pas grand-chose avec elle. Avec Assan c’était différent, elle pouvait parler poison, plantes, combat et puis de temps en temps elles parlaient de Seth. Assan lui raconta comment, tout jeune adolescent, il avait un jour décidé de se faire ses piercings tout seul en piquant le matériel de sa mère et qu’il avait mis des mois à cicatriser complètement Ou encore quand l’Archiviste venait chez elle en lui demandant de surveiller un peu son garçon parce qu’il n’arrêtait pas de voler les offrandes sur les autels de tous les dieux, pour aller les déposer devant celui de Fen’Harel.

Et puis Assan venait aussi lui rendre visite et elle travaillait ensemble. Noria se confiait beaucoup à elle, sur ses désirs d’autre vie, sur son accident, ses cicatrices internes comme externes. Mais pour autant, elle ne lui avoua jamais être tombée amoureuse de son fils. A vrai dire elle n’eut pas à le faire, elle le devina toute seule. Mais hormis une seule fois, elle ne lui parla jamais des sentiments qu’elle éprouvait pour Seth. C’était son jardin secret, et puis il semblerait qu’il ait tourné la page de son côté. Elle se voyait mal, entre deux rempotages, lui dire à quel point il lui manquait.

« Oh Assan j’aimerais aussi te dire à quel point ton fils est un bon amant. Je suppose que ça vient de sa bonne éducation. » Noria gloussa en imaginant la scène, et la tête de l’elfe si elle lui avouait une chose pareille.

 

Un jour, alors qu’elle lui rendait visite, elle prenait tranquillement le thé dans la tente d’Assan. Noria tomba sur une petite boîte ouvragée. Suivant le regard de la jeune femme, Assan s’approcha et lui ouvrit.

– C’est mon nécessaire à piercings.

Curieuse Noria s’approcha et sortit une grande aiguille.

– Tu en veux un Da’len ?

Brusquement, Noria reposa l’aiguille et se tourna vers une Assan, tout sourire.

– Pour de vrai ?

– Mais oui ! Sinon je ne le proposerais pas !

– Eh bien oui pourquoi pas !

Un peu gênée elle demanda.

– Euh… est ce que ça fait très mal ? Non parce que ça n’est pas que je suis douillette mais bon …

Assan rit.

– La douleur n’est pas si terrible, enfin tout dépend de l’endroit évidemment, et puis c’est très rapide.

– Bon d’accord !

Noria réfléchit quelques secondes et lui montra le bout de son oreille droite.

– Je pourrais l’avoir ici ?

Assan lui sourit et lui demanda de s’installer sur un petit tabouret. Noria se sentait légèrement fébrile. Elle adorait les piercings de Seth et de sa mère mais avait un peu peur. Alors pour se donner du courage elle ferma les yeux très fort et cessa tout à fait de bouger. Elle sentit Assan tripoter son oreille, passer quelque chose de froid dessus. Elle grimaça lorsque l’aiguille transperça la peau mais arriva à rester immobile et muette. Elle attendit vaillamment qu’Assan finisse. Enfin elle lui annonça que c’était fini et lui tendit un petit miroir.

Une petite boucle dorée brillait légèrement sur son oreille. Elle remercia Assan toutes les secondes environs pour ce beau cadeau. Elle adorait l’effet de ce petit bijou ! Définitivement elle finirait par ressembler à un pirate !

 

Noria avait répondu à la lettre de Seth, usant du même ton léger et insouciant. Après tout si lui ne se confiait pas à elle, elle ne voyait pas pourquoi elle le ferait. Depuis ils correspondaient souvent. Il lui raconta les missions de l’Inquisition, le bal d’Halamshiral (oh comme elle aurait voulu y être !) la Forteresse de l’Inébranlable et puis le temple de Mythal. Il semblait réellement fasciné par cet apostat, Solas, il en parlait très souvent. Mais comme il ne s’épanchait pas vraiment sur ses sentiments, il lui était difficile de savoir jusqu’où allait cette fascination. Cela lui transperçait à chaque fois le cœur, de l’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre, mais elle ne pouvait rien y faire.

Il y a un mois elle avait enfin osé mettre sa fierté de côté et lui avait dit qu’elle comptait le rejoindre bientôt.

La lettre de sa réponse arriva bien plus vite que les autres. Il lui écrivait, sur un ton assez détaché, qu’il n’avait pas vraiment besoin d’elle, qu’il avait déjà de nombreux membres compétents au sein de l’Inquisition.

Si elle n’avait pas été complètement anéantie par cette réponse, elle aurait rit d’elle-même. Elle le savait, sa raison, sa tête le lui avait crié, mais évidemment, et comme une idiote, elle avait préféré suivre son cœur.

Lorsqu’Assan arriva elle la trouva effondrée, en pleurs sur son lit, assise, la tête contre ses genoux, une lettre portant le sceau de l’Inquisition à terre.

Il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre que quoi qu’ait pu écrire son fils, il avait réussi à bouleverser la jeune femme. N’écoutant que son instinct maternel, Assan s’était assise à ses côtés et l’avait gentiment prise dans ses bras. Elle la berça doucement en attendant que les crises de sanglots se calment.

– Chuuut Noria, ça n’est rien. Je suis sûre que tout s’arrangera. Qu’est-ce qu’il t’a écrit ?

– Il…il… il ne veut …pas…de moi !

– Alors c’est un idiot ! Allons, allons, calme-toi Da’len. Je suis certaine que Seth s’est juste mal exprimé. Il est parfois très maladroit…

– Non… c’est écrit noir sur blanc… il ne veut pas que je le rejoigne.

– Il a sûrement une bonne raison.

Elle lui releva le menton et quelle ne fût pas sa surprise de voir que Noria avait retiré son bandeau. Pour la première fois elle vit ses cicatrices et la couleur laiteuse de son œil mort. Ses yeux et ses joues étaient encore trempées de larmes. Elle les essuya délicatement.

– Je connais mon fils Da’len, il ne te ferait pas souffrir intentionnellement, surtout s’il sait ce que tu éprouves pour lui.

– Je n’éprouve rien pour lui !

Assan lui décocha un sourire ironique.

– A d’autre, ma fille ! Je sais ce que tu ressens et je t’avoue que tu n’as pas choisi l’homme le plus facile du monde, j’en sais quelque chose ! Mais je te répète qu’il y a sûrement un malentendu. Tu devrais y aller quand même. La communication est toujours plus facile face à face et je suis sûr qu’il sera très heureux de te voir.

Noria fronça le nez à cette idée.

– Ça il n’en est pas question ! J’ai encore un peu de fierté et je ne vais certainement pas me traîner à genoux devant lui pour qu’il daigne m’accepter au sein de l’Inquisition. Non je vais simplement arrêter de m’imaginer que quelque chose est possible entre nous.

Elle tourna le visage vers la fenêtre, comme si elle pensait le voir apparaître miraculeusement dans le jardin, son sourire de séducteur aux lèvres.

– Loin des yeux, loin du cœur.

– Des conneries oui ! Mais bon ce sont vos histoires pas les miennes !

Noria s’essuya les yeux et remis son masque en place. Son œil doré brillait d’une nouvelle détermination.

– Bien je propose qu’on arrête de parler de ton imbécile de fils, avec tout le respect que je te dois, bien sûr, et de se mettre au travail !

Depuis ce jour, elle avait décidé qu’elle allait arrêter d’attendre, comme une princesse de conte de fée, que vienne son prince charmant sur son cheval blanc. Elle allait partir à la recherche de sa propre voie qui l’attendait quelque part. Elle avait fixé sa date de départ et en avait parlé à Adan. Elle savait qu’il serait certainement son seul allié dans cette entreprise un peu folle. Et elle eut raison, ses parents poussèrent des cris d’orfraies, lui disant qu’elle ne pouvait pas partir seule dans son « état ». Comme si elle n’était pas capable de se gérer et de se défendre. Elle était presque plus redoutable maintenant qu’avant, son adversaire ayant souvent tendance à l’attaquer du côté droit pour ne pas être vu, ce à quoi elle s’attend toujours, bien évidemment.

Elle leur expliqua à tous que sa décision était prise et que rien ne pourrait la faire changer d’avis, absolument rien. Elle ne parla pas de son projet à Assan, ni à Seth d’ailleurs.

Aujourd’hui, veille de son départ, était le dernier jour où elle pourrait profiter de son jardin. Elle en prit soin comme jamais. Puis elle se retira dans sa maison et se prépara pour son départ, empaquetant potion, poison et plantes séchées rares.

Le lendemain matin, elle regarda une dernière fois son nouveau chez elle, qu’elle quittait déjà. Elle savait qu’un jour elle reviendrai dans cet endroit paisible, elle le sentait au fond d’elle. Et lorsqu’elle ferma la porte pour la dernière fois elle eut subitement le cœur plus léger.

Elle embrassa sa famille qui eut un mal fou à retenir leurs larmes mais ils y arrivèrent courageusement et lui sourirent. Lorsqu’elle arriva devant Adan, elle flancha presque, elle s’était promis de ne pas craquer et de ne pas pleurer. Son frère lui ouvrit les bras et elle s’y jeta. Il la tint serrer contre lui pendant de longue minute.

– Bonne chance No. Sois prudente et reviens nous voir de temps en temps, d’accord ?

La tête enfouie contre son cou, Noria lui avoua :

– Ne le dis pas aux autres mais c’est toi mon préféré.

Adan rit.

– Toi aussi petite sœur, tu es ma préférée. Alors fais en sorte de ne pas mourir dans une allée miteuse quelque part ou sur un chemin, tu veux ?

Elle promit et s’arracha à ses bras protecteurs et familiers. Et leur fit signe une dernière fois et entama sa marche solitaire. Mais avant de plonger vers l’inconnu, elle avait encore un arrêt à faire.

Elle était toute proche du clan Lavellan. Elle connaissait maintenant le trajet par cœur. Soudainement elle s’arrêta. Le peu de temps où elle avait été aveugle avait été bénéfique pour ses autres sens. Elle avait remarqué qu’elle entendait souvent des choses bien avant les autres et que son odorat était beaucoup plus développé. Et là, elle sentait clairement une très forte odeur de fumée et une autre plus désagréable encore, comme… comme de la chair brûlée. Par les Faiseurs ! Quelque chose ne tournait pas rond ! Elle se mit à courir et lorsqu’elle arriva devant le clan, elle étouffa un cri d’effroi. Il ne restait plus rien ! Les arravels étaient renversées ou brûlées. Les petits autels dédiés aux Dieux avaient été saccagés. Mais le pire, c’était le silence. Pas de cri joyeux d’enfants jouant, pas de conversations animées, rien !

Lentement elle s’approcha, enjamba avec horreur les cadavres de ceux qu’elle côtoyait il y a peu. Que s’était-il passé ? C’était impossible ! Après l’attaque des brigands il y a quelques mois, le clan avait renforcé ses défenses et quelques soldats de l’Inquisition étaient restés. Elle déblaya quelques gravats et découvrit le corps mutilé de l’Archiviste. Elle plaça son corps hors de portée du feu et lui ferma les yeux. Un peu perdue, elle fit le tour de l’ancien clan, à la recherche de celle qui était devenue une amie précieuse, Assan. Mais elle ne trouva rien. L’espoir renaissait dans son cœur. Peut-être avait-elle réussit à s’échapper avec quelques survivants ? Elle passa au crible la scène et enfin découvrit des traces fraîches qui s’éloignaient du clan. Rapidement, elle s’arma de son arc, vérifia que toutes ses flèches avaient reçu une goutte de poison et suivit les traces.

Quelques minutes plus tard, au détour d’un chemin elle entendit des bruits de combats. Avec agilité, elle s’approcha sans être vue et analysa la situation. Quelques survivants du clan, beaucoup d’enfants, quelques personnes âgées et très peu de combattants, luttaient contre une vingtaine de soldat. Elle vit tout de suite Assan au milieu de la mêlée qui semblait blessée. Les survivants étaient acculés, le regard paniqué.

Les soldats étaient plus ou moins regroupés, elle devait en profiter. Elle sortit une grenade inflammable qui avait causé son « accident » il y a quelques mois. Elle s’avança vers les soldats, siffla entre ses dents et cria, en elfique, aux survivants de se baisser et se protéger. Assan comprit tout de suite ce qu’elle voulait faire et prit les choses en main. Les soldats surpris de voir débarquer ce petit bout de femme, se tournèrent d’instinct vers elle et virent avec stupéfaction la grenade explosée au milieu de leur groupe. Ils s’enflammèrent en un instant. Des cris de douleur et d’horreur s’élevèrent. Les peaux brûlaient, le métal chauffait et une véritable panique s’installa au sein des soldats. Noria n’eut plus qu’à achever ceux qui n’étaient pas mort sur le coup. La méthode était sale mais efficace si on ne tenait pas compte de l’odeur ignoble que dégageait le massacre.

Après seulement quelques minutes de « combats » il ne restait plus un soldat debout.

Assan, essoufflée, le teint livide, se tourna vers elle.

– Efficace ta petite surprise Da’len !

Noria s’approchait d’elle, quand les jambes de la femme elfe cèdent sous elle. Noria courut vers elle et scanna rapidement son corps. Quelques égratignures et une très vilaine plaie sur le flan.

– Assan, accroche-toi, on va te soigner d’accord ?

Elle n’y connaissait vraiment pas grand-chose en premier secours et lança un regard désespéré vers les elfes survivants. Heureusement, un mage s’avança vers elle et se mit aussitôt au travail, faisant courir sa magie dans le corps de la blessée qui grimaçait de souffrance.

Tendrement Noria embrassa le front d’Assan.

– Ça va aller, ça va aller. Mais qu’est ce qui s’est passé, qui a fait ça ?

– Ils étaient trop nombreux Noria, on a rien pu faire. Quand j’ai vu que la situation était désespérée j’ai regroupé le plus de monde possible et je les ai conduit loin du massacre.

Ses yeux bleus se voilèrent de haine.

– J’ai entendu un des soldats se vanter de rapporter le plus de têtes d’elfes à son seigneur, Wycôme.

– Le seigneur de la bourgade Shem la plus proche ?

– Oui celui-là même.

– Je m’en occupe Assan. Repose-toi.

Faiblement, Assan essaya de la retenir. Noria pensa qu’elle allait lui dire de rester là, mais au contraire une lueur farouche brillait dans son regard.

– Fais lui payer Da’len !

 

Voilà pourquoi elle était là ce soir. Elle avait, non sans mal, réussi à rallier la ville qui était en pleine rébellion. Le seigneur Wycôme s’était donc enfermé dans son château, plus paranoïaque que jamais, rendant la tâche de Noria encore plus difficile. Elle mit donc à contribution tout son savoir-faire et son habilité pour s’infiltrer dans le château. Cet idiot de Wycôme avait sa chambre qui donnait sur un magnifique jardin et un arbre centenaire. Noria le grimpa difficilement et remercia silencieusement ses frères qui, enfants, s’amusaient à la défier pour monter les arbres les plus infranchissables des alentours. Elle était douée pour l’escalade et adorait la sensation de hauteur.

Elle l’attendait dans sa chambre, confortablement installée sur son lit. La garde avait été réduite et surveillait la porte d’entrée. Les idiots !

Enfin elle entendit la porte s’ouvrir et un homme d’une quarantaine d’années, bien fait de sa personne entra. Il referma doucement la porte derrière lui sans se douter un instant du danger.

Comme montée sur un ressort, Noria se redressa et fonça vers l’homme. Sans comprendre ce qui lui arrivait, le seigneur sentit une jeune elfe se coller à lui et une légère piqûre dans son flanc. Aussitôt ses jambes se dérobèrent et il s’affala contre la porte. Il ne pouvait plus bouger. L’elfe se mit à son niveau et le regarda dans les yeux.

– Bonsoir Seigneur Wycôme. Inutile de vous fatiguer, vous êtes paralysé par un poison très puissant. Vous allez mourir ce soir.

Calmement, elle dégaina une lame plus longue, plus mortelle. Elle la plongea d’abord dans l’épaule de l’homme. Celui-ci ressentit la douleur mais ne pouvait pas crier. Il ne pouvait que regarder et subir.

Noria était consciente de la limite qu’elle était en train de franchir. Elle avait déjà tué, jamais torturé. Mais les images du massacre défilèrent devant ses yeux et elle raffermit sa prise sur sa lame.

– Ça c’est pour les Lavellans.

Elle plongea la lame dans l’autre épaule.

– Ça c’est pour Assan. Vous avez de la chance, je n’aime pas faire souffrir inutilement. Mais vous, vous avez dépassé les bornes, enfoiré de Shem ! Jamais plus vous ne ferez de mal au mien.

Elle leva la lame une dernière fois et l’enfonça dans le ventre du Shem.

– Et ça c’est pour Seth !

Elle essuya sa lame sur la robe de chambre du seigneur et partit par le même chemin, s’enfonçant dans l’obscurité, laissant le puissant Seigneur Wycôme se vider de son sang, silencieusement.

Noria retourna aussitôt dans la forêt, à la recherche du camp des survivants. Elle eut beaucoup de mal à les retrouver et finalement tomba sur eux un peu par hasard. Tant mieux ! Ils étaient donc en sécurité.

Elle alla au chevet d’Assan, endormie, qui semblait ne plus souffrir. Elle n’arriva pas à trouver le sommeil, hantée par ses actions de la nuit. Elle savait que ce qu’elle avait fait était mal, mais le pire c’est qu’elle n’arrivait pas à regretter. Cet homme méritait de mourir ! Cet homme méritait de souffrir !

Plongée dans ses tourments, elle ne remarqua même pas le soleil se lever. Assan se réveilla doucement et vit la jeune femme à son chevet. Elle avait le regard dans le vague, des larmes dans les yeux et des cernes profondes en-dessous.

– Noria ?

La jeune elfe tourna son regard vers elle et souffla.

– Il est mort.

– Bien, Da’len.

– Je l’ai fait souffrir.

Assan pris la main de Noria dans la sienne.

– Ça n’est rien. Il le méritait, tu le sais.

– Oui je sais, c’est juste que…

– Rien du tout Da’len. Tu nous as sauvés et tu nous as vengés, c’est tout ce que je retiens.

Noria soupira et lui sourit faiblement.

– Merci Assan. Comment te sens-tu ?

– Mieux, bien mieux. Je suis quitte pour une nouvelle cicatrice. Dès que j’irais mieux, je conduirai ce qui reste du clan vers Fort Céleste. Vas-tu venir avec nous ?

Noria secoua la tête.

– Non, j’étais venue te dire au revoir. Je m’en vais.

– Où iras-tu Da’len ?

– Je ne sais pas encore, je vais sans douter commencer par Kirkwall.

– Que veux-tu que je dises à Seth ?

Noria réfléchit et lui dit, en souriant plus franchement :

– Dis-lui que je n’ai jamais été patiente et que j’en ai eu assez de l’attendre.

– Tu t’en vas aujourd’hui n’est-ce pas ?

– Oui sinon je n’y arrivais plus.

Avec stupéfaction, Noria vit Assan essayer de se relever. Elle l’arrêta aussitôt.

– Arrête Assan tu vas rouvrir ta blessure !

– On s’en fiche tu ne partiras pas sans un au revoir correct ! Alors viens-là !

Elle se mit difficilement assise et lui ouvrit les bras. Avec mille précautions Noria l’enlaça. Assan la serra fort contre elle et lui murmura :

– Sois prudente Da’len, la vie des Shems est bien plus dure que celle que nous menons. Et surtout promets-moi de revenir me voir.

Les larmes aux yeux, le visage enfoui dans son épaule, Noria acquiesça silencieusement.

– Tu me manqueras beaucoup.

La voix nouée, Noria lui dit.

– Toi aussi tu me manqueras, tu me manqueras énormément.

Noria se redressa, lui donna un dernier sourire plein de larmes et s’éloigna.

L’aventure commençait pour elle, mais finalement ce départ avec un goût de cendres et de sang.

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Chapitre 12 – Celui qui tombe à pic

S’adapter à sa nouvelle situation lui prit plus de temps qu’escompter. Elle trouvait excessivement frustrant de voir à nouveau mais de s’en trouver néanmoins handicapée. Elle mit des jours avant de pouvoir à nouveau ne serait-ce que toucher une cible avec son arc ! Et encore elle savait qu’elle devait ce « miracle » à l’enchantement de son arc et pas à son œil. Elle en devint passablement grognon, la patience n’avait jamais été son fort. Adan fit son possible pour la rassurer et la complimenter pour ses progrès, mais elle voulait que ça aille plus vite. En attendant elle avait recommencé à prendre soin de son jardin, même si elle ne pouvait toujours pas voir les cendres et les poutres noircies de la petite maisonnette sans ressentir un violent coup au cœur. Elle recommença à faire quelques potions et poisons simples pour se remettre en jambe, et de tout façon toutes ses réserves avaient disparues.

Enfin au bout de quelques semaines elle mit régulièrement dans le mille et sentait qu’elle avait à nouveau le contrôle de son corps et de ses mouvements. Ce même jour, elle eut des nouvelles de Seth. Il semblerait qu’une terrible bataille avait fait rage à Darse, quartier général de l’Inquisition. Beaucoup de morts et un village détruit, mais l’Inquisition tenait à faire savoir que « l’Inquisiteur » avait à nouveau miraculeusement survécut et qu’ils en sortaient grandis. Noria aurait tellement voulu être à ses côtés, il semblerait que l’on ne s’ennuie jamais avec lui !

Ces quelques nouvelles lui redonnèrent un coup de fouet. Elle accéléra son entrainement, ne s’arrêtant que lorsque l’obscurité l’empêchait de distinguer correctement sa cible.

Finalement elle supplia son frère de l’accompagner en excursion pour quelques jours. Elle avait besoin de prendre l’air. De se retrouver un peu seule, c’est ce qui lui manquait le plus. Depuis son accident, sa famille avait beaucoup de mal à la laisser plus d’une minute. Elle étouffait littéralement, avait besoin d’air et de se retrouver. Elle savait que son père ne la laisserait jamais partir seule donc elle se tourna naturellement vers son grand frère. Etre la petite dernière avait ces avantages, notamment le fait que lorsqu’elle faisait ses yeux de hahl battu, elle arrivait souvent à ses fins, surtout avec Adan.

Ils partirent tôt le lendemain matin et lorsqu’ils furent hors de vue du camp, Noria poussa un profond soupir de soulagement. Pleine d’allégresse elle embrassa bruyamment son grand frère sur la joue.

– Merci Adan ! J’avais vraiment besoin de m’échapper !

Le jeune elfe éclata de rire.

– Je sais No. Et je pense que tu me dois, au moins, une reconnaissance éternelle.

Ils prirent leur temps et profitèrent de ce moment de complicité, campant à la belle étoile, chassant et cueillant leur nourriture. Elle le laissait guider la marche et ne fit pas vraiment attention à leur destination ou leur direction.

Après quatre jours de marche, Adan lui annonça qu’il était sur le chemin du retour. L’après-midi touchait à sa fin lorsqu’ils entendirent des voix toutes proches, des voix d’hommes au timbre guttural. Intrigués, les deux elfes se rapprochèrent silencieusement.

– Bon les gars, on a peu de temps avant que la nuit tombe. L’attaque est prévue au crépuscule pendant leur repas. Ils seront distraits et surtout l’obscurité les empêchera de nous avoir avec leurs flèches. Pas de quartier d’accord ? On exécute la mission et on empoche l’argent. Et je vous rappelle qu’il y en a un paquet ! On nous paie pour faire disparaître le clan de ce pseudo « Inquisiteur » et c’est ce qu’on va faire.

L’homme qui venait de parler, certainement leur chef avait une forte carrure et des cicatrices plein le visage. Il portait à son flanc une hache impressionnante. A côté de Noria, c’était tout bonnement un géant !

La trentaine d’hommes qui l’entouraient acquiescèrent silencieusement, tous plus menaçant les uns que les autres.

Noria sentit son sang bouillir dans ses veines. Ils projetaient de massacrer le clan Lavellan, femmes et enfants compris. Le clan de Seth ! Certes elle savait que l’elfe ne vouait pas un grand amour à son clan mais il devait tout de même y avoir des attaches, sa mère, des amis d’enfance…

Elle ne s’était pas rendu compte qu’ils se trouvaient si proches des Lavellan.

Elle devait stopper ça, elle devait faire quelque chose ! Elle fit signe à son frère de battre en retraire et hors de portée d’oreille, elle murmura :

– Adan, on ne peut pas les laisser faire ! Je vais courir prévenir les Lavellan, toi, suis-les discrètement et lorsqu’ils sont proches du clan, fonce me prévenir. A tout de suite frérot, sois prudent.

Elle allait partir mais Adan la retient par la main :

– No, toi aussi, soit prudente, n’en fait pas trop d’accord ? Tu te remets à peine.

Elle lui sourit, confiante :

– Ne t’en fais pas. Tout se passera bien !

Elle laissa Adan derrière elle et courut vers le clan Lavellan. Heureusement elle sût se repérer rapidement, ayant déjà eu l’occasion de passer dans le coin. Elle remarqua tout de suite les nombreuses marques de la présence de ses semblables et avec soulagement, elle aperçut enfin les premiers aravels. Elle déboula en trombe dans le camp. Visiblement les elfes s’apprêtaient à préparer le dîner. Elle était si pressée de voir l’archiviste qu’elle failli renverser une femme sur son chemin. Sans surprise, la femme était beaucoup plus grande qu’elle, d’une taille élancée et haute pour une femme elfe. Noria faillit s’étaler sur les fesses mais l’inconnue, l’agrippa vivement par le bras.

– Andaran atish’an… je…pardon… pfou… je…je…

Noria, hors d’haleine, les mains sur les genoux, n’arrivait même plus à parler.

– Bordel…pourquoi…je m’obstine… à porter…un corset !

La femme éclata d’un rire clair.

– Peut-être parce que nous les femmes, sommes parfois un peu masochistes en ce qui concerne la mode ! Reprends ton souffle Da’len ! Qui es-tu et que fais-tu là ?

Noria se redressa. La femme la regardait d’un air interrogateur. Sa peau mate luisant dans la lueur du soleil couchant et ses piercings brillaient légèrement. Son visage lui semblait tellement familier, sans l’être tout à fait, c’était déconcertant ! Mais devant l’urgence de la situation, elle ne prit pas le temps d’analyser ce sentiment.

– Je suis Noria du clan …

Les yeux bleus de l’elfe pétillèrent soudainement :

– Oh c’est toi Noria ! Enchantée de te rencontrer Da’len. Je suis… Assan.

Trop perturbée par la situation, Noria ne remarqua même pas la petite pause qu’Assan marqua.

– Bien, je suis désolée de couper court aux civilités, mais je dois absolument voir votre Archiviste. Un groupe de bandits Shems se tient prêt à vous attaquer.

Aussitôt Assan prit la pleine mesure de l’urgence. Elle prit Noria par le poignet et courut vers l’Archiviste qui se tenait debout devant de jeunes gens qui semblaient hypnotisés par ses paroles.

– Archiviste ! Nous devons parler, maintenant.

Le ton était impérieux et manifestement Assan avait un rôle important dans le clan, parce que le vieil homme se tourna immédiatement vers elle. Il remarqua tout de suite Noria :

– Noria ? Da’len comment vas-tu, que fais-tu là ?

– Je vais bien merci. Mais nous n’avons pas le temps. Une trentaine de bandits se dirigent vers le clan et ils sont là pour faire un vrai massacre. Ils comptent vous surprendre à la nuit tombée pendant le repas du soir.

L’Archiviste se tourna immédiatement vers Assan et lui fait un bref hochement de tête. Assan prit la défense du clan en main, ordonnant d’allumer le plus de lumière possible dans le camp et aux alentours et de s’armer rapidement.

Dans le tumulte des préparatifs, Noria entendit la voix de son frère l’appeler de loin. Il se dirigea vers elle.

– No ils seront là dans une dizaine de minutes.

Noria lui serra brièvement la main.

– Merci Adan, je crois que je vais avoir le droit au baptême du feu aujourd’hui.

Malgré elle, son œil pétillait face à l’excitation du rude combat à venir. Le clan Lavellan n’était pas très grand et les vrais combattants peu nombreux. Oui le combat sera difficile. Noria, saisit son arc et trépigna légèrement d’impatience. Elle avait hâte de savoir si elle saurait être aussi efficace qu’avant. Assan posa une main sur son épaule :

– Calme-toi Da’len.

– No ne fais rien d’inconsidéré …

– Adan si tu oses encore me dire que je suis en convalescence je jure que tu passeras la prochaine semaine assis, les fesses à l’air dans la forêt à attendre que les crampes passent ! Et n’essaie pas non plus de me couvrir ce soir ! Maintenant tais-toi et mets ça sur tes dagues !

Assan ricana. Cette petite avait du tempérament ! Adan s’exécuta en bougonnant et Noria passa, à son tour, un enduit empoisonné sur ses flèches et sa petite dague avant de tendre le flacon à Assan.

– Un petit plus pour « pimenter les choses » !

Assan sourit et lui prit la fiole qu’elle utilisa sur ses propres armes. Et pleine de surprise en plus !

Bientôt des cris de guerres retentirent dans la clairière et les bandits déboulèrent, armes au clair. Surpris par la clarté des lieux et par la menace des elfes prêts au combat, ils ralentirent mais ne s’arrêtèrent pas pour autant, harangué par leur chef. Une volée de flèches les cueillit et une dizaine de combattants tombèrent à terre, la plupart blessés. Noria vit sa cible et celle d’Assan prit de convulsion au sol. Bien deux de moins. Elle enchaîna les flèches et vit son frère se jeter dans la bataille. Tout en gardant un œil sur lui, elle observa Assan se battre. Son carquois vide, celle-ci était passé à la dague et enchaînait les adversaires rapidement. A elle seule elle tua cinq hommes. Le chef la remarqua aussi et une âpre lutte s’engagea entre les deux combattants. La puissance du mercenaire s’opposait à la vitesse et à l’agilité de la femme elfe. Elle esquiva avec une aisance déconcertante, tous les coups de hache du Shem. Fascinée, Noria en oublia le combat devant elle, et vit Assan exécuter une passe d’arme parfaite, plantant l’une de ses dagues dans le ventre du chef. Celui-ci se figea et tomba sur le dos au sol. Assan se tourna vers elle et lui fit un sourire triomphant. Et là elle comprit enfin. Ce sourire, c’était celui de Seth, les dents du bonheur en plus. Elle faisait donc face à sa mère.

Dans un dernier sursaut le chef mercenaire se releva et allait abattre sa hache sur la femme.

Sans réfléchir, et par pur réflexe, Noria encocha une flèche et lâcha la corde. Elle fila, frôla la tête d’Assan et atterrit dans l’œil de la brute épaisse. Cette fois-ci, il tomba, déjà mort en touchant le sol.

Assan regarda l’homme s’affaler à terre une deuxième fois et se tourna à nouveau vers Noria avec un petit sourire, mais elle se figea subitement et lança à son tour une dague qui se planta dans un mercenaire juste derrière la jeune elfe.

Noria ne put s’empêcher de rire.

– Egalité ?

Assan lui fit un clin d’œil. Cela rappela à Noria une conversation avec Seth, le premier jour de leur rencontre.

Pour le moment, le combat n’était pas fini. Les mercenaires, malgré la perte de leur chef, ne faiblirent pas. Mais ils tombèrent face à la défense bien organisée du clan Lavellan. Les derniers survivants finirent par s’enfuir sans demander leur reste.

Les cris de joie des Lavellan résonnèrent dans la clairière. Adan vint aussitôt s’assurer que sa petite sœur n’avait rien. Lui-même était indemne, d’ailleurs le clan ne comptait que deux blessés dans la bataille.

Le travail de nettoyage commença et le frère et la sœur aidèrent comme ils purent, achevant les blessés, regroupant les cadavres dans un coin pour les enterrer plus tard. L’Archiviste remercia Noria et Adan et les invitèrent à rester avec eux pour la nuit, il ajouta qu’ils seront toujours les bienvenues au clan Lavellan.

Noria se remettait de ses émotions assise sur une souche près d’un grand feu, en grignotant un morceau de pain. Elle était à la fois soulagée d’avoir été efficace au combat, d’avoir échappée à la mort et en même temps étonnée d’avoir fait la connaissance de la mère de Seth.

Elle était tellement perdue dans ses pensées, qu’elle ne remarqua même pas qu’Assan s’était assise à ses côtés.

– Merci pour tout à l’heure Da’len.

– Oh de rien, je crois que je vous dois également des remerciements.

– Je ne parlais pas seulement de ça, merci aussi de nous avoir prévenu. Tu peux me tutoyer Da’len, j’ai l’impression d’être une vieille femme quand tu me vouvoies.

– Eh bien pour une vieille femme vous tenez la forme ! J’ai cru voir quelques passes utilisées par votre…ton fils.

Assan la regarda avec intérêt.

– Tu as deviné ?

Noria haussa les épaules.

– Difficile de ne pas voir la ressemblance physique, et puis vous avez le même sourire. Seth vous ressemble beaucoup.

– Il m’a parlé de ton accident. Tu as l’air d’aller bien et je trouve le bandeau très original, ça te donne un air de pirate !

Noria rit.

– Oui je sais ! Et oui je vais plutôt bien. As-tu…as-tu des nouvelles récentes de Seth ?

Assan soupira.

– Non, pas vraiment, j’imagine qu’il doit être très occupé. Je sais qu’il saura parfaitement mener cette organisation, même si lui en doute sûrement. Mais je reste sa mère donc je m’inquiète.

Noria sourit.

– Oui tu as sans doute raison, il doit s’en sortir comme un chef, mais il doit sûrement faire tourner tout le monde en bourrique !

Assan ricana. Elle semblait bien connaître son fils. Il ne lui avait pas dit grand-chose sur la jeune femme qu’il avait rencontrée dans le clan voisin. Ils avaient sympathisés, elle était devenue, en très peu de temps, une amie chère, mais elle avait eu un accident et ne pouvait plus l’accompagner. C’est bien tout. Mais en tant que mère elle avait tout de suite vu qu’il y avait quelque chose qu’il ne lui disait pas.

En tout cas elle était ravie de rencontrer cette jeune femme vive et pleine d’esprit.

– Je me demande pourquoi des Shems nous ont attaqués …

– Ils voulaient juste porter un coup à Seth, d’après ce que j’ai compris. Quelqu’un les as payés pour vous massacrer.

Elles discutèrent encore un moment de tout et de rien et Noria partit se coucher en souhaitant une bonne nuit à Assan.

Le lendemain matin, Adan et Noria prirent leur temps avant de se préparer à rentrer. Ils allaient dire au revoir lorsqu’ils entendirent du bruit dans la forêt, qui se rapprochait de plus en plus. Des bruits de cheveux et de cliquètements de métal. A la surprise de tous, ils virent débarquer une petite troupe armée dans la clairière, aux armoiries étranges, un œil énorme transpercé par une épée.

Le commandant de l’expédition s’avança :

– Nous sommes ici sur ordre de l’Inquisiteur Lavellan. Nous avons reçu des rapports de nos espions qui indiqueraient une attaque imminente contre votre clan.

Noria éclata de rire ! « Trop tard Seth, je m’en suis occupée mais merci quand même ».

Assan croisa les bras, pointa du menton la masse de cadavres plus loin et sourit ironiquement.

– Vous pourrez dire à mon fils qu’il est en retard de quelques heures. Par contre vous pouvez nous aider à nous débarrasser de ça !

Et c’est ce qu’ils firent, travaillant rapidement et efficacement. Noria était impressionnée. Elle vit le commandant se diriger vers la mère de Seth et lui remettre une lettre. Il lui posa une question et Assan leva la tête vers elle lui demanda par un geste de les rejoindre.

Noria arriva à leur hauteur et le commandant se tourna vers elle.

– Etes-vous Noria ?

– Oui pourquoi ?

– J’ai ceci à vous remettre de la part de l’Inquisiteur. Je devais vous la remettre en main propre.

Noria fixa la lettre qu’il lui tendait sans trop y croire. Il lui avait écrit ! Un grand sourire éclaira ses traits et sans se rendre compte de son geste, elle prit la lettre et la maintint contre son cœur, geste qui n’échappa pas à l’œil acéré d’Assan. Oui son fils ne lui avait pas tout dit.

Finalement Noria et Adan prirent congés de leur hôte et Noria alla faire ses adieux à Assan. Dans un geste impulsif, Assan prit Noria dans ses bras et la serra brièvement contre elle.

– J’ai été ravie de te rencontrer Da’len. Passe me voir de temps en temps cela me ferait plaisir. Et tu m’apprendras deux trois petites choses sur les poisons, ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

Noria promit. Elle trouvait cette femme extrêmement sympathique et quelque part elle se sentait un peu liée à elle.

Ils se mirent en route. Ce n’est que plus tard, pendant une pause, que Noria s’isola et déchira le cachet de la lettre avec des mains tremblantes.

« Da’mi,

Je suis vivant !! Bon cela dit j’espère que tu es déjà au courant.

Comment vas-tu ? As-tu récupéré la vue ? Je l’espère tellement…

Quelque part je suis très heureux que tu ne m’aies pas accompagné. Le Conclave a été un vrai massacre et tous nos camarades sont morts. Pas moi. Mais il semblerait que je sois devenu une espèce de miracle sur pied ! Messager d’Andrasté ! Tu y crois toi ? Si c’est vrai je commence à sérieusement douter de l’intelligence de cette femme… Tout ça parce que j’ai une main qui brille et qui referme des failles… et qui picote par la même occasion !

Bref je te passe les détails, mais l’Inquisition ne chôme pas, je n’ai jamais été aussi éreinté de ma vie ! Nous avons subis une énorme attaque à Darse et j’ai affronté le méchant le plus moche de cet Age ! Coryphéus, rien que son nom n’inspire pas la sexitude. Je lui ai fait face et j’ai encore survécu ! Pas de bol Cory ! Mais Darse a été ensevelie, ce qui nous a obligé à changer d’endroit. Nous sommes maintenant à Force Céleste. Tu verrais la bicoque. C’est superbe mais une vraie ruine, tout est à faire ! Enfin j’ai des appartements privés c’est déjà ça.

J’ai également fais la connaissance de nombreux compagnons d’aventure.

Et je te jure que si ça n’est pas les dragons, les venatoris, les mages apostats, les templiers ou les bêtes sauvages qui me tuent, ça sera le manque de goût vestimentaire de certains ! Tu parles d’une Inquisition. J’aimerais que tu sois là pour ajouter une note de style à tout ça.

Il y a, Vivienne, une vraie langue de vipère d’Orlaïs, Dorian un mage Tévintide et Solas, un elfe plus mystérieux tu meurs ! Mais ne t’inquiète pas je suis sur le coup et je trouverai bien ce qu’il cache. Et puis il y a, Cassandra, instigatrice de l’Inquisition, un vrai paragon de justice et de droiture (d’un ennui…), Blackwall, un garde des ombres et Iron Bull une brute épaisse de Qunari mais très sympathique, Cole un être bizarre mi-humain mi-esprit, Varric, un nain écrivain qui n’a pas sa langue dans la poche et Sera une elfe complètement folle qui n’est pas Dalatienne.

Et je ne te parle pas de mes conseillers, Cullen ex-templier et commandant de l’Inquisition, Leliana ma maître-espionne, car oui j’ai une maitre-espionne, et Joséphine mon ambassadrice.

On forme une bande assez étrange mais on commence à bien s’entendre même si on n’est pas d’accord sur tout.

Tu me manques, donnes moi de tes nouvelles,

Seth. »

Voilà c’était tout. Pas de mot sur ce qu’ils s’étaient dit avant leur départ, pas d’invitation à venir le rejoindre dès que possible, pas de renouvellement de promesse de venir la chercher. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Mais à quoi s’attendait-elle ? Un sonnet pour lui déclarer son amour éternel ? Une invitation en bonne et due forme ? Oui cent fois oui ! Elle avait encore trop espéré voilà tout. Et maintenant, Seth avait des responsabilités qui la dépassaient largement. Elle ne faisait plus partie de son monde, plus pour le moment.

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