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Chapitre 14 – Secrets révélés

Cela faisait quelques jours que Seren et Rain menaient une relation secrète, à base de baisers volés, de frôlements dans les couloirs et d’étreintes tendres et torrides la nuit venue. Ils passaient la journée à faire comme si de rien n’était, restant amicaux et cordiaux puis dès que la maison devenait silencieuse ils se glissaient dans la chambre de l’un ou de l’autre, pour s’éclipser juste avant le lever du jour.

Cette nuit ne faisait pas exception, et dès qu’elle avait pu, Seren l’avait rejoint. Ils s’étaient, comme d’habitude, jetés l’un sur l’autre, comme si le simple fait de ne pas pouvoir se toucher pendant la journée, rendait l’attente jusqu’au soir, insupportable. Puis, dans des mouvements saccadés, brusques, ils se débarrassaient de leurs vêtements, afin que leurs peaux se touchent enfin. Et ils faisaient l’amour, vite, doucement, tendrement, sauvagement. Enfin, le souffle saccadé, le cœur battant à tout rompre, ils tombaient ensemble sur le lit, les membres emmêlés, dans les bras l’un de l’autre.

Seren adorait ses moments, lorsque sa tête reposait sur son épaule, que ses mains caressaient lascivement son torse, alors que Rain la serrait contre lui, lui effleurant le dos du bout des doigts et déposant des baisers sur le haut de son crâne. Rien que pour ce moment-là, elle ne regrettait pas une seconde sa décision. Elle soupira de bonheur et sourit.

– Comme je suis heureuse que tu aies décidé de venir proposer tes services à Darius.

Etrangement, elle sentit le corps de l’humain se crisper sous elle. Elle releva la tête, s’appuya sur un coude et lui demanda :

– Alexei ? Tout va bien ?

Il semblait fuyant, tendu, inquiet et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi.

– Oui, oui, tout va bien. C’est juste que… je n’aie pas été tout à fait honnête avec toi.

Seren fronça les sourcils, soudain inquiète, elle aussi. Elle passa un doigt sur la ride qui venait de se former entre les sourcils de Rain et essaya vainement de faire de l’humour pour cacher son anxiété :

– Quoi ? Tu as une épouse qui t’attend quelque part ? Avec des tas d’enfants ?

Elle réussit au moins à dérider le jeune homme qui ricana.

– Non, je t’assure, rien d’aussi dramatique.

– Alors quoi ? Inutile de faire durer le suspense.

Avec un soupir, Rain se redressa en position assise, le dos calé contre la tête de lit. Seren s’assit, le corps tourné vers lui, le drap relevé sur sa poitrine, dans l’attente de la confession du jeune homme.

– Je devrais sans doute commencer par le début.

Je m’appelle Alexei Andersen. Ma famille appartient à la petite noblesse de Férelden. C’est une vieille famille, qui a toujours été fidèle à ses principes, à son roi et au Créateur. J’aurais dû être un templier, j’ai commencé ma formation très jeune. Mais ma magie s’est manifestée, j’ai donc dû abandonner ma formation de templier pour apprendre à devenir un mage.

Surprise, Seren le regarda avec des yeux ronds.

– Tu es vraiment noble alors ? Et tu es à la fois mage et templier ?

Rain lui donna un petit sourire en coin.

– Oui, j’étais noble, j’ai dû renoncer à mon titre lorsque je suis devenu mage. C’est ma grande sœur, Sybille, l’héritière. Et oui, j’ai eu deux formations un peu contradictoires. Je sais que ça peut paraître étrange mais c’est ce que je suis. J’ai vécu des années plutôt heureuses au sein du cercle des mages de Férelden. J’ai beaucoup appris et je m’y suis fait des amis.

Seren ne put s’empêcher de l’interrompre.

– Oh ! Des amis ou des « amies » ?

Rain haussa un sourcil.

– Les deux. Pourquoi ? Tu es jalouse ?

Soudain gênée, Seren baissa la tête et se mit à faire des arabesques sur le drap.

– Oh moi ? Non ! Après tout c’est moi qui suis avec toi, dans ton lit et nue. Je ne vois pas pourquoi je serais jalouse, ça serait parfaitement ridicule. Et puis ça n’est pas comme si nous n’avions pas connus d’autres personnes avant. Non je ne suis absolument pas…

Rain coupa son flot de paroles.

– Seren ?

Elle releva la tête, le visage presque aussi rouge que ses cheveux.

– Je babillais n’est-ce pas ?

Rain se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire mais ne fut pas assez discret. Seren le remarqua et fronça les sourcils, légèrement contrariée. Elle prit l’un des oreillers et l’abattit violement sur le visage du jeune homme.

– Ne te moque pas de moi !

S’ensuit une violente bataille de plumes ou Seren finit sur le dos, un Rain tout sourire au-dessus d’elle. Il déposa un baiser sur le bout de son nez.

– Tu es adorable.

Seren fit la moue. Jamais personne ne lui avait dit qu’elle était adorable, surtout pas alors qu’elle venait de se ridiculiser.

– Et si ! Tu es jalouse. Ce que je trouve encore plus adorable.

– Oui bon, pourrait-on passer à autre chose ? Tu étais en train de me parler de toi. Comment es-tu arrivé à Minrathie ?

Rain se redressa, s’assit et passa une main dans ses courts cheveux.

– Oui c’est vrai. J’ai donc passé plus de dix ans au Cercle.

Trop curieuse pour rester à simplement l’écouter, Seren l’interrompit encore. Elle s’était, elle aussi, redressée et avait posé son menton au creux de ses mains.

– Comment était-ce ?

– Quoi ?

– La vie dans un cercle ? J’ai lu des choses là-dessus mais j’ai tellement de mal à concevoir que l’on enferme des gens sous prétexte qu’ils soient différents …. C’est presque aussi terrible que l’esclavage !

– Non, ça n’était pas si terrible, d’autant que j’ai été dans les deux « camps ». Je comprenais parfaitement le rôle de chacun et il arrivait souvent que je serve de médiateur entre le Grand Enchanteur et le Chevalier Templier. Mais au cercle de Férelden, tout le monde vivait dans un respect mutuel. C’était très agréable en fait. Lorsque je suis devenu mage, je sais que j’ai déçu mon père mais pour moi ça a été une sorte de renaissance. J’aimais être templier mais, disons que c’est une profession qui ne demande pas beaucoup de réflexion. J’aimais réfléchir, lire sans me cacher, apprendre tous les jours, ce genre de choses…

– Je vois…en fait je vois tout à fait. Cela a dû être étrange de te faire surveiller par tes anciens camarades…

– Oui un peu, mais je m’y suis fait rapidement.

– Et après que s’est-il passé ? Comment as-tu atterri ici ?

– Eh bien, j’étais assez proche du Premier Enchanteur Irving. C’est lui qui m’a guidé les premiers temps, et lorsque j’ai été prêt, j’ai été régulièrement envoyé en mission à l’extérieur du Cercle. Jusqu’au jour où j’ai été missionné dans les Marches Libres à Starkhaven. Irving avait entendu des rumeurs étranges et mes anciens camarades templiers aussi. Nous étions trois mages et cinq templiers. Nous avions l’habitude de voyager ensemble et nous nous connaissions bien.

Le moins qu’on puisse dire c’est que notre venue n’a pas enchanté le Cercle. Nous avions tout de suite remarqué que quelque chose n’allait pas. Les mages semblaient nous cacher quelque chose et les templiers ressemblaient à des zombies. La Première Enchanteresse venait d’être nommé, et elle était étonnement jeune, et belle. Un soir je suis tombé sur une scène qui ne s’effacera jamais de ma tête. Les mages les plus âgés étaient rassemblés dans une pièce et ils pratiquaient la magie du sang pour invoquer un démon. Ils se servaient des templiers comme de réserve de sang.

– Faiseurs … !

– Oui tu peux le dire. J’ai enquêté discrètement. Il s’avère que la Première Enchanteresse et le Chevalier Capitaine était de mèche, je pense même qu’ils étaient ensemble et qu’elle se servait de leur relation pour le garder sous sa coupe. Le Chevalier Capitaine gavait ses templiers de lyrium, ils étaient totalement inaptes à exercer leur rôle. Et du coup personne ne surveillait les agissements des mages.

– Qu’as-tu fait ensuite ?

– Je suis allé voir la Première Enchanteresse et je lui ai dit que je savais ce qui se passait ici et que j’allais la dénoncer aux autorités Chantristes. Elle m’a ri au nez et m’a dit de ne surtout pas hésiter, mais que la Révérende Mère serait extrêmement contrariée de savoir que son petit marché noir de lyrium tomberait à l’eau. J’ai compris qu’ils étaient tous corrompus, les mages, la Chantrie et le Chevallier Capitaine. Seuls les templiers étaient victimes de tout ce qui se passait dans ce Cercle. J’étais prêt à en parler à mes compagnons pour que l’on s’en aille le plus rapidement possible et qu’on retourne à Férelden pour les dénoncer.

Sa voix se durcit à ce moment du récit et Seren glissa sa main dans la sienne. Le jeune homme la serra involontairement.

– Mais quand je suis retourné dans la pièce que nous partagions, ils… ils étaient tous morts, tués par de puissants sorts ou par des démons. Ils avaient dû les prendre par surprise. La Première Enchanteresse est alors entrée et elle m’a accusé d’avoir complètement perdu la raison et d’avoir tué mes compagnons dans un excès de folie. Lorsque je lui ai dit que personne dans mon Cercle ne croirait ses mensonges grossiers, elle m’a juste répondu que c’était sa parole, celle du Chevalier Capitaine et de la Révérende Mère contre la mienne. Et que de toute façon il me serait difficile de parler parce que je serais rapidement jugé et apaisé.

– Quelle garce !

Rain lui sourit.

– Comme tu t’en doutes, j’ai réussi à m’échapper de justesse. Mais j’étais devenu un fugitif. Le Cercle de Férelden a eu du mal à y croire mais ils se sont résolus à me renier. Je suis donc banni de ma terre natale et recherché comme un dangereux criminel. Si jamais les templiers arrivent à me retrouver, ils ont pour consigne de m’apaiser directement. Si je suis venu ici, c’est dans l’espoir de me cacher pendant un moment, me faire oublier. Comme tu le vois je ne suis pas aussi libre que tu le penses.

Seren se glissa contre lui et le serra contre elle.

– Je suis tellement désolée. Tu es l’homme le plus droit et juste que j’ai jamais rencontré, tu ne mérites pas cela.

Rain enfouit son visage dans les épais cheveux de la jeune elfe et inspira à fond, pour chasser les images de morts qui défilaient devant ses yeux. Ses amis morts, baignant dans leur sang …

La jeune femme lui demanda alors :

– Comment a réagi ta famille ?

– Ils savent que je ne serais pas capable d’une telle chose, mais officiellement je n’en fais plus partie. J’ai gardé contact avec eux. C’est grâce à eux que je suis là, la maison de Darius et ma famille sont liées depuis des générations, c’est pourquoi Darius a accepté de m’héberger.

Seren se redressa subitement.

– Tu veux dire que Darius est au courant de tout ceci ?

– Oui, il connait les grandes lignes.

– Faiseurs ! Cela veut donc dire qu’il a déjà les armes pour te blesser si jamais l’envie lui en prenait !

Rain lui entoura le visage de ses mains.

– Seren, arrête de t’inquiéter ! Je savais cela quand j’ai décidé de rester avec toi.

– Mais pas moi !

Le regard de Rain se durcit.

– Qu’est-ce que cela veut dire ?  Tu vas encore fuir ?

La jeune femme posa ses mains sur celle de l’humain et le rassura :

– Non, non Alexei, je ne fuirai plus. C’est juste que…

Elle effleura son front, là on la marque de l’apaisement pourrait être visible.

– Je ne le supporterais pas …

Rain la souleva légèrement et l’installa sur ses cuisses. Il effleura ses lèvres de tendres baisers.

– Je n’ai aucune intention de me laisser prendre. Nous allons juste être deux fois plus prudents si tu le souhaites…

Seren hocha simplement la tête et l’embrassa longuement, oubliant pendant quelques instants ses inquiétudes.

 

Quelques jours plus tard, vers la fin de l’après-midi, Rain était nonchalamment adossé contre le mur, près du jardin et observait Seren s’entrainer. Il adorait l’observer dans ces instants, elle semblait si sûre d’elle, si calme, si maîtresse de son corps. Elle n’avait aucunement conscience d’être, à ce moment précis, aussi désirable pour lui que lorsqu’elle était nue contre lui. Il était extrêmement soulagé de lui avoir révélé la vérité, il avait l’impression de partagé un lien spécial avec elle. Mais, Seren avait décidé qu’à partir de maintenant, ils se verraient le moins possible le jour. Evitant même de s’entrainer ensemble et Rain avait accepté à contre cœur. Il savait qu’ils devaient se montrer prudents mais il devait admettre que son amie lui manquait. Bien sûr il adorait les nuits qu’ils passaient ensemble, mais ils aimaient également parler avec elle, se promener dans les jardins, s’entrainer ensemble. Mais il respectait le besoin de prudence de la jeune elfe et s’il devait en passer par là pour continuer à la voir, il l’acceptait. Elle lui répétait souvent qu’elle avait besoin de lui. Mais la vérité c’est qu’il avait, lui aussi besoin d’elle. Besoin d’une personne qui l’accepte comme il était, besoin de la complicité qu’ils partageaient, quelqu’un qui connaissait son histoire et le soutenait et oui, quelqu’un qui lui donnait de l’affection. Et Seren, malgré sa vie difficile était loin d’être avare en démonstrations tendres et affectives. Parfois, il se demandait s’ils avaient bien fait de céder à leur attirance, parce que Seren semblait souvent très inquiète et avait du mal à se laisser totalement aller à l’instant présent. Non pas qu’il était parfaitement détendu mais il avait confiance en leurs capacités de survie si quoi que ce soit devait arriver.

Du coin de l’œil, il vit une silhouette s’approcher de lui. Il tourna la tête pour voir arriver Emilia. Elle portait une robe qui la moulait comme une seconde peau et se parait d’un sourire qui ne lui disait rien qui vaille.

Elle s’arrêta à sa hauteur.

– Bonjour, Rain.

– Bonjour Emilia.

Rain détourna la tête et continua à regarder Seren, espérant qu’Emilia s’en aille rapidement. Evidemment ce fut un vœu pieu. La femme se posta à ses côtés et remarqua enfin ce qu’il observait. Ses yeux se firent tout aussi glaçant que sa voix.

– Quel spectacle ! Vous semblez beaucoup apprécié. Quelle chance que l’elfe ait survécu…

Rain préféra se taire. Il sentit soudain la main de la femme sur son bras et son souffle dans son cou.

– Je sais…Je sais que vous couchez avec cette moins que rien.

Rain ne dit toujours rien mais ne put empêcher la légèrement crispation de son corps.

– Cela se voit à la façon dont vous la regarder… comme un homme regarde sa maitresse, avec gourmandise.

– Vous ne savez rien du tout, alors abstenez-vous de tirer des conclusions hâtives. Et éloignez-vous de moi, voulez-vous ?

Elle lécha doucement la peau de son cou.

– Mmm, je me demande ce que Darius dirait de tout ceci…

Avec un brusque mouvement de recul, Rain s’exclama :

– Je le répète, vous ne savez rien, vous affabulez.

– Peut-être mais Darius est mon ami. Ne croyez-vous pas qu’il aura des soupçons, qu’il vous surveillera constamment, jusqu’à avoir une preuve. Ou peut-être qu’il vendra l’esclave, qu’il l’a fera fouetté … Qui sait ?

Rain la plaqua violemment contre le mur et bloqua ses poignets, ce qui fit sourire Emilia jusqu’aux oreilles.

– Que voulez-vous ?

– Eh bien quelle violence, j’aime ça. Ce que je veux… Oh je veux tellement de choses, Rain…mais pour mon silence pour les quelques jours à venir je ne demande qu’un baiser…

Avec une grimace de dégoût, Rain répéta :

– Un baiser ?

– Oui, un baiser. Oh mais pas n’importe lequel, je veux que vous m’embrassiez comme si j’étais cette elfe, je veux cette même lueur dans votre regard que lorsque vous la regardez.

– Vous délirez !

– Peut-être… mais j’ai toutes les cartes en main Rain… alors que décidez-vous !

Cette femme était malade ! Mais elle avait raison. Il ne pouvait rien faire. Si jamais Darius les soupçonnait de quoi que ce soit, ils pouvaient dire adieu à ce qu’il partageait. Or il n’avait pas envie que cela s’arrête et la dernière fois qu’il s’était montré égoïste et qu’il n’avait pas satisfait Emilia, c’est Seren qui avait payé les pots cassés. Cette fois, il allait devoir la protéger.

Il inspira profondément et ferma les yeux, essayant de s’imaginer Seren à la place d’Emilia. Il l’attira à lui et fit abstraction des seins plus gros qui se pressèrent contre lui, de son odeur trop piquante pour appartenir à celle qu’il aurait désiré avoir dans ses bras à sa place.

– Faites un effort, Rain ! Si vous n’êtes pas à la hauteur …

Il enfouit les mains dans les cheveux d’Emilia et commença à simplement presser doucement ses lèvres contre celles de la femme, y déposant des baisers légers. Il approfondit ensuite le baiser, essayant de s’imaginer la langue de Seren contre la sienne. Il plaqua à nouveau Emilia contre le mur mais avec douceur cette fois et colla son bassin contre celui de la femme. Emilia passa un bras autour de son cou pour le garder en place et l’autre autour de sa taille. Elle gémit contre sa bouche et Rain, dégoûté par ce qu’il était en train de faire, faillit reculer mais il tient bon, fermant toujours fortement les yeux. Il ne vit donc pas Emilia les ouvrir grand, il ne vit pas Seren s’approcher parce qu’elle savait pertinemment qu’il se cachait là tous les jours pour l’observer. Il ne vit pas non plus Emilia adresser un regard de triomphe à la jeune elfe, alors que celle-ci écarquilla les yeux d’horreur, recula précipitamment, faisant craquer une branche morte sous son pied.

Rain se détacha aussitôt d’Emilia et se retourna, et ce qu’il vit c’est la silhouette de Seren s’éloigner à grand pas. Créateur ! Elle avait tout vu ! C’était certainement le but de cette garce depuis le début. Et le pire c’est qu’il ne pouvait même pas se précipiter à sa suite, sans donner raison à la Magister.

Il se tourna vers elle, les yeux soudain assombris par la colère. Il siffla entre ses dents serrées, se maitrisant pour ne pas blesser physiquement cette femme. Il n’avait jamais frappé aucune femme et n’en n’avait jamais éprouvé l’envie, même pas face à la Première Enchanteresse qui avait fait de lui un fugitif. Mais Emilia lui faisait perdre tout contrôle.

– Vous avez eu ce que vous vouliez. Allez-vous-en !

Emilia, nullement impressionnée, lui sourit, passant une main dans ses cheveux pour se recoiffer.

– Vous embrassez merveilleusement bien, Rain. Cette esclave a beaucoup de chance. Et oui j’ai eu ce que je voulais, même bien plus… pour le moment.

Elle poussa le vice jusqu’à se mettre sur la pointe des pieds et l’embrassa sur la joue, trop vivement pour que Rain puisse réagir.

– A la prochaine Rain, je vais attendre quelques jours avant de venir vous voir, ou je vous ferais mander et vous viendrez bien sûr…

Il n’attendit même pas la fin de sa phrase, préférant retourner dans ses appartements, avant de faire quelque chose qu’il allait regretter.

Il passa le reste de la journée à tourner en rond en attendant la nuit. Il avait l’impression que la journée s’étirait en longueur. Lorsqu’enfin les elfes se retirèrent pour la nuit, il ouvrit sa porte et se précipita vers la chambre de Seren. Avec soulagement, il réussit à ouvrir la porte et la referma aussitôt derrière lui. La jeune femme ne l’avait donc pas fermée à clef. Elle se trouvait assise sur son lit, les genoux repliés devant elle, fixant loin devant. Ses yeux étaient secs mais ses joues portaient encore les stigmates de ses pleurs. Rain s’avança doucement vers elle.

– Seren ?

Elle leva le visage vers lui. Il s’avança encore et s’assit à ses côtés. Il voulut lui caresser la joue, mais elle eut un mouvement de recul. Il soupira, il s’en voulait tellement de lui avoir fait du mal, mais il savait qu’il n’aurait pas pu faire autrement.

– Je suis tellement désolé, Seren. Emilia, elle … jamais je n’aurais …

La voix de la jeune elfe était éraillée.

– Je sais. Elle t’a forcé à le faire, n’est-pas ? Je connais les méthodes de ces Tévintides. C’est juste que de le savoir, ça ne… ça ne rend pas la scène plus supportable.

Rain sentit aussitôt une vague de soulagement l’envahir. Elle comprenait. Il voulut la prendre dans ses bras, mais la jeune femme se coula loin de lui. Elle se releva et passa ses bras autour d’elle.

– De quoi t’a-t-elle menacé ?

Devait-il lui mentir pour ne pas l’inquiéter ? Non il ne pouvait pas faire cela.

– Elle croit savoir pour nous. Elle m’a menacé d’en parler à Darius.

Elle déglutit bruyamment et essaya de contrôler les larmes qui menaçaient de la submerger.

– Alors c’est fini…

Rain se leva lui aussi, et s’approcha d’elle. Cette fois-ci elle ne se déroba pas et il la serra contre lui. La jeune femme s’agrippa à lui et enfouit son visage contre son torse.

– Pas si je continue à faire ce qu’elle me demande…

Elle se détacha de lui pour croiser son regard.

– Jamais je ne pourrais te laisser faire ça !

– Je le ferais, Seren. Le temps de trouver une solution…

– Mais cette garce gagnera ! Si jamais elle te demande de … Faiseurs, rien que d’y penser…

Rain l’embrassa violement et Seren répondit immédiatement à son baiser, voulant tous les deux oubliés ce qu’il s’était passé aujourd’hui et ce qui pourrait se passer à l’avenir. Après quelques minutes, ils se séparèrent enfin.

– Je trouverai une solution…

– Tu sais qu’il serait plus sage de …

– Je trouverai une solution ! En attendant nous avons un sursis de quelques jours.

– Très bien, quelques jours… quelques jours de plus avec toi.

Elle passa ses bras autour de sa nuque et Rain la souleva, dirigeant ses pas vers le lit. Il avait un plan à trouver mais pour le moment, il voulait simplement s’enfouir dans son corps et oublier et lui faire oublier cette journée, lui prouver qu’il n’y avait qu’elle qui comptait.

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Chapitre 14 – Celui qui assiste à ses funérailles

La nuit tombait sur les montagnes de Fort Céleste. Seth se trouvait seul dans ses appartements personnels. Il était debout devant son bureau, les mains en appui sur le bois du meuble, le poing serré sur le rapport de son commandant. Il n’arrivait pas à y croire. C’était impossible ! Il avait envoyé des soldats, mais c’était trop tard ! Le clan Lavellan n’existait plus, massacré par ce bâtard de Wycôme ! Sa mère était morte !

La colère l’envahit et dans un geste impulsif, il envoya balader tout ce qui se trouvait sur le bureau. Ses yeux restaient secs mais son cœur saignait.

Comment ? Comment avait-il pu laisser cette horreur se produire ? Il était l’Inquisiteur, il venait d’abattre un magister devenu engeance, avait terrassé des dragons mais il avait été incapable de protéger sa famille. Peu importe l’Inquisition, il allait partir dès que possible et il allait faire payer cet ignoble salaud ! Il ne savait pas encore s’il le ramènerait pour l’exécuter en public ou s’il ferait ça en privé, en tête à tête. Il doutait de pouvoir se retenir s’il se trouvait en face de ce rat.

Bien vite la rage laissa la place à une tristesse profonde, et impuissant, il se laissa tomber sur le lit, la tête entre les mains. Elle était venue lui rendre visite il y a quelques mois. Elle avait tout de suite trouvé ses aises au sein de la forteresse. Elle s’était très bien entendue avec tout le monde et avait passer ses soirées à la taverne avec lui et ses compagnons d’aventures, jouant, de bonne grâce, aux cartes. Et évidemment, elle avait pris un malin plaisir à le mettre dans l’embarras à la moindre occasion. N’ayant jamais connu son père, il avait toujours eu une relation particulière avec sa mère. Elle était à la fois sa complice, son repère et son foyer. Sans elle, il était seul. Que ne donnerait-il pas, aujourd’hui pour être la cible de ses blagues ? Mais il était trop tard. Le valeureux héros de l’Inquisition a failli et il a perdu. La « toute puissance » ne pourrait pas ramener son clan et sa mère.

Malgré sa victoire contre Corypheus, il se sentait plus seul et plus malheureux que jamais. Ses compagnons allaient tous finir par partir, laissant un vide monumental dans la forteresse. Cela avait d’ailleurs déjà commencé. Solas était parti juste après la bataille finale, sans aucune explication, sans un au revoir. Il avait cru avoir réussi à établir une relation de respect, d’amitié et de confiance entre eux, mais il semblerait que l’apostat avait décidé que tout cela ne valait rien au vue de sa « mission » solitaire. Sa trahison l’avait affecté bien plus qu’il ne l’aurait pensé. Il y a quelques temps encore, il pensait être tombé amoureux de lui. L’apostat le fascinait totalement et il avait une aura de mystère qu’il ne demandait qu’à percer. Son passe-temps favori pendant leurs longues heures de marche dans les terres de Thédas était de trouver qui était vraiment son ami et ce qu’il lui cachait. Mais il avait vite compris que Solas ne le verrait jamais que comme un ami cher.

Oh il n’oubliait pas Noria. La jeune femme occupait même souvent son esprit. Elle lui manquait souvent. Certes il s’était fait de vrais amis au sein de l’Inquisition, mais il n’arrivait pas à retrouver cette complicité naturelle qu’il avait éprouvé avec elle. Leur entente avait été physique mais surtout psychique. Il aurait voulu lui dire de venir le rejoindre. Il aurait adoré voir son sourire et entendre son rire entre les murs froids de la citadelle, mais il n’avait pu s’y résoudre. Il ne voulait pas qu’elle souffre davantage à cause de lui. Or à Fort Céleste, il n’aurait pas su assurer sa protection, elle aurait même été constamment au cœur du danger. Il savait aussi que si elle décidait de venir le rejoindre, rien ne l’arrêterait. Alors il s’était décidé et lui avait envoyé une lettre en frappant là ou cela faisait mal, sa fierté. Et depuis, elle semblait tellement distante ! Et pas seulement physiquement. Ses lettres restaient très en surface. Il devait s’y attendre mais il avait espéré qu’avec le temps, elle comprenne et redevienne la jeune femme vive et chaleureuse qu’il avait appris à aimer.

Entre la froideur de Noria et son attirance pour Solas il avait été complètement perdu. Mais aujourd’hui tout cela ne comptait plus. Maintenant que le danger le plus immédiat était écarté, peut-être allait-il lui rendre visite ? Après tout il lui avait promis…

Il aurait aimé qu’elle soit là aujourd’hui pour lui apporter sa chaleur et son réconfort. Mais il était seul.

Lentement il se leva, bien décidé à noyer sa peine à la taverne.

 

Lorsque Varric pénétra dans la taverne, il ne le repéra pas tout de suite. Seth avait trouvé refuge dans un coin sombre de la taverne et entamait un tête à tête avec la deuxième bouteille de cet alcool fort qu’Iron Bull lui avait fait goûter. Quitte à avoir mal à la tête demain, autant le faire correctement !

Son cerveau était déjà légèrement embrumé mais le poids de la tristesse ne s’était toujours pas allégé. Qu’à cela ne tienne ! Il lui fallait juste plus d’alcool.  Il s’apprêtait à remplir encore un fois son verre vide, quand une main l’arrêta.

– Aimable, je ne suis pas sûr que se saouler seul soit la solution…

– Varric, je viens de perdre mon clan et ma mère en une foutue journée, alors je te prierais de bien vouloir aller te faire foutre et de me laisser boire en paix.

Varric rit et s’assit à ses côtés, faisant signe à la serveuse de lui apporter un verre.

– Eh bien l’alcool ne vous rend toujours pas plus aimable. Ce que je voulais dire c’est que boire seul, n’était pas la solution !

La pulpeuse serveuse apporta son verre à Varric et Seth se fit un devoir de le servir aussitôt. Il leva ensuite le sien.

– A l’Inquisition la plus nulle du monde !

Ils trinquèrent et burent cul sec.

– Pouah c’est infecte ! Je me demande comment font les qunaris pour boire cette mixture infâme. Commandons plutôt une bonne bouteille naine !

Ils finirent la bouteille qunari et entamèrent celle commandée par Varric. Ils s’amusèrent à trinquer sur tout et rien.

Sera finit par être attirée par leurs rires d’hommes avinés.

– Qu’est ce que vous glandez ?

Entre deux éclats de rire, Seth essaya de lui expliquer.

– On trinque à la santé des culottes de Cassandra.

Sera gloussa et demanda.

– Chouette, je peux venir ? Même si je suis sûre qu’elle n’en porte pas !

Seth lui avança une chaise à côté de lui.

Avec l’aide de Sera les motifs pour trinquer se firent encore plus stupides. Bientôt Iron Bull vint les rejoindre ajoutant son rire tonitruant à la bande.

Cassandra arriva bien plus tard, quand le stade d’ébriété de chacun était encore monté d’un cran. Elle ne put s’empêcher de laisser s’échapper son petit bruit de dégoût si caractéristique. Néanmoins elle s’approcha et devant l’insistance de chacun, finit par s’asseoir et boire avec eux.

Seth se sentait un peu plus léger, et plus plein d’alcool. Il croisa le regard de Varric qui lui adressa un clin d’œil.

– Vous voyez Aimable, être seul, c’est jamais une solution !

– Merci l’ami. Je propose de trinquer encore.

Cette fois son visage n’était plus rieur. Il leva son verre bien haut et proclama.

– Aux Lavellans ! A ma mère !

Ils reprirent tous en cœur.

– Demain je voudrais faire une petite cérémonie privée, pour leur dire au revoir. J’aimerai que vous soyez présents.

Iron Bull lui balança une claque magistrale dans le dos.

– Vous inquiétez pas boss, on sera là !

Oui pour le moment, Seth n’était pas seul.

Le lendemain le réveil fût, évidemment bien difficile. Comme il aimerait avoir l’une des potions de Noria sous la main ! Mais ne l’ayant pas, il fit se qu’il put pour se dégriser et préparer la cérémonie qu’il avait en tête.

Enfin, en fin d’après-midi, il fut prêt.

La cérémonie se déroulait dans un jardin privé de la Forteresse. Il avait érigé un petit temple à Falon’Din. Même si lui n’y croyait pas, son clan si, et ils méritaient qu’il fasse un effort. Il n’était pas question de ses croyances aujourd’hui mais de ce que son clan aurait voulu.

Ses compagnons d’aventure et ses conseillers le rejoignirent un à un et silencieusement se postèrent à ses côtés. Il fût immensément heureux de leur soutien.

Vivienne lui demanda.

– Voulez-vous dire un mot Seth ?

– Non, juste merci d’être là.

Le silence retomba et chacun baissa la tête en signe de recueillement. Seth était tellement plonger dans ses pensées et son chagrin qu’il n’entendit même pas le remue-ménage qui secouait la Forteresse depuis quelques minutes.

Brusquement la porte du jardin s’ouvrit et une femme elfe pénétra dans l’espace privé.

– J’ai manqué quelque chose ? Quelqu’un d’autre que Corypheus est mort ?

Seth n’en croyait pas ses yeux. Il sentit sa bouche s’ouvrir en grand et ses yeux s’écarquiller sans qu’il puisse rien n’y faire.

– Ma…maman ?

– Bien sûr que c’est moi ! Qui veux-tu que ce soit ?

Dans un souffle il lui dit.

– Je te croyais morte…

Le visage de sa mère s’adoucit et un sourire tendre étira ses lèvres.

– Je sais Seth mais je suis là.

Sans plus réfléchir, Seth se précipita vers elle et l’enlaça étroitement, à l’étouffer presque. Il se fichait bien d’avoir une audience. Sa mère était vivante !

Plus tard, Assan s’était confortablement installée dans le sofa de la chambre de son fils et profitait d’une belle flambée.

Seth lui servit un verre de vin et s’installa à côté d’elle. Il n’arrivait toujours pas à croire que sa mère était bellet bien là, devant lui, en chair et en os. Même si elle avait grimacé sous l’étreinte brusque de son fils. Elle lui avait avoué qu’elle avait été blessée et que la plaie était à peine refermée.

Elle était arrivée avec quelques survivants de son clan, que l’Inquisition avait tout de suite pris sous sa protection. Malgré la fatigue du voyage ils se portaient tous bien et étaient heureux de pouvoir s’arrêter un instant. Assan les avait un peu pressés durant le voyage, craignant à chaque instant d’autres attaques sur ce petit groupe vulnérable.

Seth finit par se tourner vers elle et lui demanda.

– Que s’est-il passé Maman ?

Et Assan se fit un devoir de tout lui raconter, l’attaque des soldats de Wycôme, le massacre, la fuite éperdue et leur sauvetage in extremis.

– Noria vous a sauvés ?

– Elle a fait plus que cela, Seth, elle nous a vengés. Et je suis ravie de t’apporter la nouvelle moi-même. Le seigneur Wycôme a été retrouvé le lendemain de l’attaque, mort dans sa chambre. A priori, il a reçu quelques coups de dague et s’est vidé de son sang pendant la nuit, sans que personne n’ait vu ou entendu quoi que ce soit.

– Comment a-t-elle fait ?

Seth ne put s’empêcher de ressentir une profonde fierté et une immense gratitude envers la jeune femme. Elle avait su faire ce que lui, enfermé dans les rets des responsabilités de l’Inquisition, n’avait pas pu.

Assan haussa les épaules.

– Peu m’importe, c’est le résultat qui compte. Même si je crois que ce qu’elle a fait à Wycôme l’a profondément marquée. Elle semblait vraiment bouleversée.

Seth fronça les sourcils. Il était heureux que Wycôme soit mort mais il ne souhaitait en aucun cas que Noria se sente mal.

– Tu sembles bien la connaître…

Assan lui jeta un regard surpris.

– Elle ne t’a rien dit ? Je l’ai rencontré lors de l’attaque des bandits il y a quelques mois. C’est elle qui nous a prévenu de l’attaque. Et elle et son frère sont restés pour nous aider à défendre le clan.

Non elle ne lui avait rien dit, rien du tout. Seth se sentit trahi. Ils étaient amis et pourtant pas un instant elle n’a senti le besoin de lui dire qu’elle avait rencontré sa mère, qu’elle l’avait aidé à sauver son clan. Par deux fois ! Il était complètement perdu.

– Nous avons sympathisées. C’est une jeune femme charmante ! Elle me rendait visite et parfois j’allais la voir.

Elle posa sa main sur celles, jointes de son fils.

– Je crois qu’elle tient beaucoup à toi mais elle s’est sentie rejetée.

Un peu gêné par le tour que prenait la conversation il demanda néanmoins avec espoir.

– Est-ce qu’elle va…hum… venir à Fort Céleste ?

Assan lui adressa un petit sourire d’excuse.

– Non Seth, elle m’a chargée de te dire qu’elle n’a jamais été patiente et qu’elle en avait assez de t’attendre.

Seth ressentit alors des sentiments partagés.

Il sourit d’abord devant cette nouvelle pique de la jeune femme, se rendant compte que même ses traits d’esprits et son caractère de cochon lui manquait.

Et de l’autre il comprit que cette fois-ci tout était fini entre eux. Elle était partie et manifestement elle ne voulait plus le voir. Il encaissa le choc, bravement, et se tourna vers sa mère.

– Tu resteras un peu n’est-ce pas ?

Assan lui caressa tendrement la joue.

– Bien sûr Seth, je vais rester un peu.

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Chapitre 14 – Les Libertaires

Ils n’étaient plus qu’à un jour de marche du camp des Libertaires. Si tout allait bien, ils y seraient le lendemain dans la fin d’après-midi. Etrangement il se trouvait très proche d’un village de taille moyenne sous la protection de l’Inquisition. Cela ne manqua pas d’étonner Azel qui demanda à la jeune femme comment ils avaient fait pour n’être jamais repérés. Avec un petit sourire énigmatique et un clin d’œil, elle lui souffla un « Tu verras bien ».

Ils en profitèrent pour se reposer dans un vrai lit et se laver dans une baignoire pour la dernière soirée de leur voyage. Avec leur argent, ils ne purent prendre qu’une seule chambre, la seule qui était libre et firent monter une baignoire. A tour de rôle, ils prirent un bon bain chaud, pendant que l’autre descendait dans la salle commune de la taverne. Débarrassés de la poussière et la saleté du voyage, ils purent ensuite se détendre devant une bonne tourte à la viande, accompagnée de sa salade, qu’ils firent monter dans leur chambre.

Pendant leur repas, Leena passa en revue avec le jeune homme ce qui se passerait demain. Face à face, ils mangeaient avec délectation, un vrai et bon repas chaud.

– Pour tout le monde, tu ne seras qu’un simple mage que j’ai trouvé, un peu perdu, dans un village. Je t’ai parlé du camp, regroupant d’autres mages libres et tu as souhaité me suivre.

Avec un petit sourire ironique, Azel finit de mâcher sa bouchée et dit :

– Bien sûr que j’ai eu envie de te suivre. Qui ne le souhaiterait pas ?

– Ah ah, très drôle. Comme je le disais, nous nous connaissons donc depuis peu de temps. Si jamais on me demande pourquoi je n’ai pas ramené plus de monde, nous dirons que nous nous sommes fait attaqués sur le chemin. Ce qui est vrai, ça ne sera donc qu’un demi-mensonge.

– Dois-je changer de nom ?

Leena lui sourit :

– Non c’est inutile, ça risquerait simplement de nous embrouiller l’esprit inutilement. Nous verrons ensuite sur place, assez rapidement, le plan que l’on mettra en place. De ton côté, agis le plus naturellement possible et je suis certaine que tout se passera bien.

Elle fronça alors les sourcils et pensive tapota ses lèvres avec sa fourchette.

– Comment feras-tu pour contacter l’Inquisition ?

Le jeune homme reposa ses couverts et garda le silence un moment, la jaugeant pour savoir s’il pouvait lui confier cette information d’importance. Finalement, il reprit la parole.

– J’ai un cristal empli de magie qui me permet de contacter directement celui qui en a un aussi.

Malicieuse, Leena demanda :

– Tu peux communiquer directement avec Seth Lavellan ?

D’une voix trainante il répondit :

– Peut-être.

– D’accord, d’accord ! Garde tes secrets. Il n’empêche que tu dois me promettre d’être prudent dans le camp. Ne te fais pas surprendre.

Le jeune homme roula des yeux et attaqua son dessert, une énorme part de tarte aux pommes.

– Merci du conseil, je n’y aurai pas pensé. Et qui te dit que je ferai ça à l’intérieur du camp ?

– Et comment comptes-tu entrer et sortir sans paraitre suspect ?

– Tu sembles oublier certaines de mes capacités.

– De quoi tu … oh tu parles de ton ami félin ?

– Celui-là même.

Subitement la jeune femme songea à quelque chose et en fit part, spontanément, à son compagnon.

– Mais c’est parfait ! Tu pourras même te faufiler dans ma chambre.

A ces mots, Azel releva la tête et la scruta d’un regard inquisiteur. Comprenant qu’elle s’était mal exprimée, elle se reprit aussitôt.

– Je veux dire par là que ce sera bien plus pratique pour discuter librement de ce que nous ferons sur place, si tu peux entrer dans ma chambre sans te faire repérer.

– Oui bien sûr.

Son assiette finit, Azel s’appuya sur le dossier de son siège et demanda :

– Puis-je te poser une question ?

Sans lever les yeux de sa part, la jeune femme répondit naturellement.

– Evidemment.

– Pourquoi n’as-tu jamais essayé d’aider ces gens avant ? Tu étais même prête à les abandonner à leur sort non ? En venant te rendre, tu ne pouvais pas vraiment espérer être pardonnée ?

– Oui tu as raison. J’avais assez peu d’espoir de pouvoir rester libre. Quant à ta première question, j’y ai déjà pensé bien sûr, j’ai monté tellement de plans que je ne me rappelle même plus de tous. Mais il avait tous une faille importante et majeure. Même si je trouvais le moyen de les faire sortir du camp, je n’avais aucun moyen d’assurer leur protection après. Owen aurait eu tôt fait de nous trouver et les convaincre de revenir. Aujourd’hui tout est différent parce que j’ai l’appui de l’Inquisition. Pour les mettre à l’abri il me suffit de les guider vers un village comme celui-ci, qui accepte de protéger tous ceux qui en ont besoin.

Une fois leur repas fini, une serveuse de la salle commune vint débarrasser leur table, non sans jeter un regard séducteur vers Azel. Si Leena le remarqua il semblerait que le jeune homme ne s’était rendu compte de rien. La jeune femme secoua la tête un petit sourire aux lèvres. Certaines choses ne changeraient jamais.

Au moment de se coucher, une légère tension s’installa entre les jeunes gens. Le lit n’était pas très grand et il n’y en avait qu’un évidemment.

Azel se racla la gorge et déclara :

– Je peux… hum… dormir au sol si tu préfères.

Leena haussa les épaules.

– Inutile de passer une nuit exécrable sous prétexte de respecter la bienséance. Nous avons déjà dormi ensemble et ça ne me pose aucun problème de partager un lit avec toi.

– C’est que…

Mais le jeune mage s’arrêta, bouche bée, voyant que la jeune femme était déjà en train de dénouer les lacets de sa robe. Voyant son air un peu interloqué, Leena rit.

– Je me mets simplement en chemise pour dormir. Tu ne comptais pas dormir tout habiller, si ?

– Non. Absolument pas.

Pour le taquiner, elle lui fit remarquer :

– Difficile à croire que le même Azel a voulu me déshabiller en pleine forêt, il y a à peine quelques jours.

Avec une petite grimace de dérision, Azel se débarrassa de sa première couche de vêtement.

– Les circonstances étaient différentes.

Enfin en chemise, la jeune femme s’assied au bord du lit et testa le matelas. Devant son moelleux, elle soupira d’aise et s’y coucha en s’étirant comme une chatte.

– Effectivement, nous n’avions pas un bon lit sur lequel nous reposer.

Elle s’allongea alors sur le ventre et suivit chacun des gestes du jeune homme. Très conscient de son regard, Azel accéléra et maudit pour une fois ses nombreux vêtements. Il essaya d’aller tellement vite qu’il faillit trébucher à cause de son pantalon. Leena rit à nouveau. Agacé et légèrement énervé, il finit par s’assoir sur le lit à ses côtés en marmonnant :

– Tu le fais exprès, n’est-ce pas ?

– De quoi ?

– Me mettre mal à l’aise.

– Azel, je pense que toi et moi nous sommes bien au-delà de toute sorte de gêne. Alors viens de coucher et arrête de trop réfléchir.

Enfin le jeune homme se coucha sur le dos, les mains sagement posée sur son ventre. Leena se tourna vers lui et se redressa sur un coude pour lui donner rapidement un baiser sur la joue.

– Bonne nuit Azel.

– Bonne nuit Leena.

 

Le lendemain matin, ils se réveillèrent tôt et quasiment dans les bras l’un de l’autre. Azel ne fit aucun commentaire et Leena se contenta de lui faire un grand sourire. Ils mangèrent un solide petit déjeuner et se mirent en route. Ils pénétrèrent dans une autre forêt, mais cette fois-ci Leena semblait bien plus détendue. Elle marchait d’un pas confiant :

– Le camp n’est plus très loin maintenant.

« Plus très loin » représentait tout de même trois bonnes heures de marche. Ils s’écartèrent du sentier et s’enfoncèrent dans les buissons, loin de tout passage. Enfin ils arrivèrent au pied d’une petite cascade qui retombait le loin d’une paroi rocheuse. Il semblait impossible de la contourner. Alors Azel se tourna vers la jeune femme, surpris et interrogatif. Avec un sourire mystérieux, elle se dirigea vers la paroi.

– Leena, j’espère que tu n’as pas l’intention de me faire grimper ! Je n’ai aucun talent pour l’escalade, ou alors je me transforme en chat…

– Inutile ! Suis-moi.

Elle passa sur le côté droit de la cascade, entre l’eau et la roche et agrippa la main d’Azel pour ne pas le perdre. L’eau gouttait doucement à leurs côtés, pas assez fort pour les éclabousser. Elle bifurqua soudain vers la droite et emprunta un passage naturel que l’eau avait sans doute creusé, il y a des années, dans la roche. Azel eut l’impression qu’elle disparaissait soudain, l’illusion était parfaite. Il ne put s’empêcher de manifester son admiration :

– C’est très ingénieux ! Comment avez-vous fait pour trouver ce passage ? Il est totalement invisible de l’extérieur.

– Par pur hasard. Nous évitions les sentiers comme tu peux t’en douter et nous sommes tombés sur ce que l’on croyait être un cul de sac. Nous en avons profitez pour nous reposer quelques instants et les enfants ont commencé à jouer autour de nous. L’un d’eux, plus aventureux que les autres, a trouvé ce passage. Quelques personnes sont allées explorer le passage et nous avons décidé à l’unanimité de nous installer dans ce petit coin secret.

Ils longèrent encore quelques instants la roche puis Leena s’arrêta soudain et Azel comprit tout de suite pourquoi en voyant luire une puissante rune de protection qui courrait le long du chemin. Très concentrée, Leena fronça les sourcils et pressa fermement sa main contre la pierre. En quelques secondes, elle désactiva la rune et ils purent passer sans encombre. Avec un petit soupir satisfait, elle avoua à Azel.

– Il m’a fallu presque un mois pour apprendre à la désactiver.

Azel pressa doucement sa main dans la sienne.

– Mais tu y es arrivée. Tu as fait d’énormes progrès.

La jeune femme lui adressa un petit sourire.

– Merci. J’ai travaillé très dur. Viens nous y sommes presque.

Et en effet, quelques minutes plus tard le chemin déboucha sur une énorme clairière à ciel ouvert. C’était juste parfait pour un campement secret, sans que cela ne rende tout le monde claustrophobe. Il ne voyait qu’une seule faille : cet endroit ne permettait, à première vue, aucune sortie de secours. Des maisons en bois et en toit de chaume s’étalaient sur l’ensemble de l’espace. Sur la droite, les mages avaient installé un coin pour l’agriculture et avait installé un grand potager. Un peu plus loin se trouvait un poulailler bien garni et un enclos qui accueillait de gros druffles qui paissaient tranquillement. Au centre, un bâtiment beaucoup plus grand se dressait fièrement et sur la gauche à l’ombre des arbres un mage était en train de faire la classe et à des enfants de tout âge qui l’écoutaient religieusement. Tout le monde semblait s’activer joyeusement et le bruit des conversations parvenaient à leurs oreilles. Bouche bée, Azel était fortement impressionnée.

– Créateurs, vous avez fait un travail formidable ! Et tu étais régisseur de cet endroit ?

Fièrement, Leena lui répondit.

– Oui et j’adorais ça. Il se trouve que je suis plutôt douée pour résoudre les problèmes des autres et pour l’organisation. Au début nous n’étions pas aussi nombreux et nous avons tout construit petit à petit. Tout était parfait jusqu’à il y a quelques mois.

Azel la regarda avec une admiration nouvelle, mais la jeune femme ne le remarqua pas, trop occupée à faire de grands gestes en direction des sentinelles qui montaient la garde, des jeunes gens, un homme et une femme qui semblaient à peine avoir atteint la puberté. La jeune fille se précipita vers eux et s’exclama :

– Leena !! Tu es de retour ! Comme Owen va être soulagé ! Tu vas bien ? Tu n’as rien ? Nous commencions à nous faire du souci pour toi ! Tu as trouvé d’autres mages ?

Leena rit et leva les mains :

– Doucement Maggie, je vais bien et je vous présente Azel. Il est seul depuis un moment et souhaite trouver un refuge.

Maggie adressa un large sourire au jeune homme.

– Bienvenue Azel. Vous allez voir, vous allez vous plaire ici.

Leena lui demanda :

– Owen est au camp ? J’aimerais lui faire mon rapport.

– Non, il est en mission avec un petit groupe. Il ne rentrera que dans la soirée. Si tu veux je lui dirai que tu es de retour dès que je le vois.

– Merci beaucoup Maggie. Bonne garde !

– A plus tard !

Leena guida ensuite le jeune homme dans le camp. Tout le monde semblait la connaître et lui souhaitait un bon retour parmi eux. La plupart du temps, elle leur présentait le jeune homme qui reçut beaucoup de mots de bienvenue et de sourires accueillants. Azel ne s’était pas attendu à cela. Cette image de personnes chaleureuses et plus ou moins ordinaires ne collait pas vraiment avec le Groupe des Libertaires dont il avait tant entendu parler, des mages un peu fanatiques qui tuaient toute personne n’appartenant pas à leurs idéaux et leur groupe.

A peine arrivé, il commençait à comprendre pourquoi Leena tenait tant à sauver tous ces gens. Ils n’avaient rien à voir avec les monstres sanguinaires qu’il aurait pu s’imaginer.

Brièvement, Leena lui montra la petite cabane d’une seule pièce qui lui avait servie de maison. Elle se trouvait près des arbres, assez loin de l’agitation du centre.

Ensuite elle la guida vers une petite maisonnette, légèrement plus grande que la sienne.

– Viens, je voudrais que tu rencontres quelqu’un. N’aies pas peur de parler librement devant elle. Elle partage mes idées concernant Owen.

Elle frappa quelques coups contre la porte de bois. Une voix rocailleuse et âgée répondit :

– Entrez !

Avec un grand sourire, Leena entra. Une femme d’une soixantaine d’années étaient en train de coudre devant un bon feu, sur un rocking chair qui semblait aussi vieux qu’elle. Aussitôt qu’elle remarqua la jeune femme, elle envoya valdinguer son ouvrage, se leva et vint la serrer dans ses bras. Leena lui rendit son étreinte et Azel put remarquer à quel point la vieille femme était petite, arrivant à peine aux épaules de la jeune femme.

– Petite ! Tu es enfin de retour ! Laisse-moi te regarder.

Elle la tint à bout de bras devant elle.

– Je crus que tu ne reviendrais plus, Petite. Et je ne pourrais même pas t’en blâmer.

– Je suis de retour oui, et j’ai des choses à te dire. Mais d’abord j’aimerais te présenter quelqu’un.

Elle s’arracha à l’étreinte de la vieille mage et passa un bras sous celui d’Azel, le forçant à avancer d’un pas.

– Voici Azel. Azel je te présente Clarissa, une très bonne amie.

La mage se redressa comme elle le put et dévisagea le jeune homme. Soudain un petit sourire en coin vint éclairer ses traits et Azel aurait pu jurer qu’elle allait dire quelque chose comme « Oh j’ai tellement entendu parler de vous », mais elle se contenta de lui offrir sa main que le jeune mage serra dans la sienne.

– Enchantée de vous connaitre, jeune homme.

– Moi de même, ma Dame.

– Oh pas de ça entre nous, appelez-moi Clarissa comme tout le monde. Allons, Petite viens près du feu et raconte-moi.

La jeune femme parcourut la pièce du regard avant de s’asseoir sur un petit tabouret en bois au coin du feu, laissant un Azel, gêné, prendre l’autre fauteuil de la pièce. Leena demanda à la vieille femme :

– Il n’est pas à la maison ?

– Non pas encore, les cours ne sont pas finis.

– Oh bien sûr.

Intrigué, Azel se demanda à qui elle faisait référence. Leena de son côté commença à raconter presque en détail tout ce qui s’était passé depuis qu’elle avait pénétré à Fort Céleste. Il s’étonna de cette transparence mais faisait confiance à Leena. Si elle pensait que Clarissa était une personne de confiance, alors cela devait être le cas. La vieille femme écoutait attentivement tout ce qu’elle avait à lui dire et semblait très intéressée par l’Inquisition.

– Alors tu vas nous sortir de là, Petite ? Vraiment ?

– Je vais essayer en tout cas. Ou plutôt nous allons essayer.

Soudain, la vieille mage se tourna vers Azel.

– Vous êtes de l’Inquisition n’est-ce pas ? Croyez-vous que cela puisse marcher ?

– Je s’en suis certain, oui. Nous allons vous offrir une nouvelle vie.

– Humf ne faites pas de promesse en l’air, jeune homme !

Leena lui posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres.

– Comment va tout le monde Clarissa ? Et Owen ?

La vieille femme soupira, et commença à se bercer doucement dans son rocking chair.

– Les gens vont bien, Petite, mais ils s’inquiètent. Depuis quelques jours, Owen a pris d’importantes et d’inquiétantes décisions. Tous les jeunes apprennent maintenant directement des sorts très offensifs et les tests entre eux. Même les très jeunes. Quant aux adultes…

Elle marqua alors une longue pose.

– Il voudrait que ceux qui s’en sentent capable essayent la magie du sang. Owen s’y intéresse de plus en plus. Il nous a fait un joli discours en nous promettant que cette magie était « la » solution à tous nos problèmes.

Leena et Azel échangèrent un regard horrifié. Chacun savait que rien de bon ne pouvait sortir de cette magie et qu’elle était, de plus, extrêmement dangereuse. Clarissa poursuivit.

– De plus, depuis quelques temps, il part souvent avec une petite bande pour des « missions de reconnaissance ». Mais je ne suis pas idiote, tout comme certains d’ailleurs. Et ces missions ressemblent plus à des attaques qu’autre chose. C’est la sécurité du camp qui est fortement compromise.

Leena se prit la tête entre les mains.

– Créateurs…

Elle n’eut pas l’occasion d’en dire plus, la porte s’ouvrit et un enfant pénétra dans la pièce. Le petit garçon était jeune mais Azel n’arrivait pas à lui donner d’âge. Il était de petite taille, les cheveux roux foncés et bouclés et ses grands yeux bruns étaient ouverts comme des soucoupes à la vue des adultes dans la pièce. Ses prunelles pétillèrent soudain et il se précipita vers Leena qui lui ouvrit grand les bras.

– Bonjour bonhomme ! Oh comme tu m’as manquée !

Le petit garçon ne dit rien et passa ses bras autour du cou de la jeune femme. Clarissa le réprimanda gentiment.

– Allons Tom, laisse-là respirer, tu es en train de l’étouffer !

Leena le serra encore un instant avant de lui chuchoter quelque chose à l’oreille qu’Azel n’entendit pas. Elle reposa le garçon à terre.

– Viens Tom, j’aimerais te présenter quelqu’un.

Le garçon semblait à peine avoir remarqué la présence du jeune homme, mais lorsqu’il le remarqua, il se réfugia derrière les jupes de Leena. Celle-ci le guida gentiment devant elle et sourit à Azel.

– Azel je te présente Tomas, dit Tom. Tom voici un très bon ami à moi, Azel.

Le jeune homme était figé, mal à l’aise. Presque aussi mal à l’aise que le jeune garçon, mais lui était un adulte et n’avait pas l’excuse de la jeunesse. Le voir lui avait fait comme un coup au plexus et il avait des difficultés à respirer. Les yeux bruns foncés de Tom lui était presque familier et malgré la logique qui lui dictait que c’était tout bonnement impossible, il ne pouvait s’empêcher de remarquer que le petit garçon présentait d’étranges points communs avec Leena et lui.

Maladroitement, il lui tendit la main et Tom fit quelques pas pour la serrer brièvement avec de retourner se cacher derrière la jeune femme.

Encore un peu sonné, il ne prêta plus trop attention à la conversation qui se déroulaient entre les deux mages, ses yeux restaient fixés sur Tom. Enfin Leena prit congés de Clarissa, et Azel la suivit presque mécaniquement.

Elle le mena vers une petite bâtisse dont elle avait la clé et Azel vit de tout de suite qu’il s’agissait certainement d’une réserve. Elle récupéra une couverture, des draps propres et le guida vers une petite maisonnette un peu plus loin. Elle lui ouvrit la porte.

– Tadaaaa. Bienvenue dans ton chez toi pour quelques temps. C’est petit mais propre.

Toujours un peu sonné, Azel acquiesça.

– C’est parfait.

La jeune femme lui tendit un morceau de papier.

– Tiens, voici un petit plan du camp que j’ai fait au tout début de notre installation et que j’ai mis à jour régulièrement. Cela te sera sûrement utile. Je te laisse t’installer, je vais attendre le retour d’Owen. Il voudra certainement me parler.

La jeune mage allait sortir mais Azel la stoppa soudain.

– Attends, Leena…

Il essaya de formuler sa question :

– Est-ce que… Tom il est…

Il prit une profonde inspiration et enfin arriva à demander.

– Est-ce que tu as quelque chose à me dire à propos de ce garçon ?

Leena pencha la tête de côté et le considéra pendant un long moment. Elle le regardait droit dans les yeux alors qu’Azel avait une folle envie de la secouer pour qu’elle lui réponde. Enfin après de longues minutes, elle déclara.

– Tu penses que Tom est notre enfant.

Azel prit soudain toute la mesure de la situation. Oui il pensait que cet enfant leur ressemblait beaucoup à tous les deux. Oui il craignait qu’elle lui ait menti encore une fois.

– C’est ce que je te demande.

– Non, il ne l’est pas. C’est un orphelin que moi et Clarissa avons pris sous notre aile. Il a beau être petit il a déjà six ans. Tu vois les dates ne collent pas. Depuis la mort de ses parents, il a cessé de parler.

Avec un petit sourire triste et désabusé, Leena ajouta :

– Mais il pourrait l’être, n’est-ce pas ? Il a les mêmes yeux que toi, je l’ai tout de suite remarqué. Tu penses vraiment que j’aurais pu te cacher une chose pareille ? Que je serais allée me rendre à l’Inquisition en l’abandonnant s’il avait vraiment été notre enfant ? Tu dois vraiment avoir perdu toute la confiance et l’estime que tu me portais.

Les yeux de la jeune femme exprimaient une réelle douleur mais cela n’empêcha pas Azel de soudain sentir le poids qui pesait, depuis quelques minutes, sur ses épaules, s’alléger. Jamais il n’avait envisagé de fonder une famille et surtout pas maintenant. Mais il aurait été encore pire d’être mis devant le fait accompli. Il poussa un profond soupir de soulagement.

Brusquement elle détourna la tête et lança par-dessus son épaule.

– Je te laisse.

Cette fois, il se déplaça pour l’arrêter et la prit par le bras pour la tourner vers lui. Il vit tout de suite que quelques larmes avaient envahi les yeux bleus de Leena. Lentement, la jeune femme articula :

– Je ne suis pas sans cœur. Si Tom avait été notre enfant, je l’aurais chéri comme la prunelle de mes yeux, et j’aurais tout donné pour le protéger. Et je te l’aurais dit, je te le jure.

De ses mains, il encadra son visage et déposa un baiser appuyé sur son front.

– Je suis désolé, j’aimerai avoir pleinement et totalement confiance en toi mais tu sais que cela va mettre du temps. Et rassure-toi, je sais que tu serais incapable d’abandonner ton enfant, comme l’ont fait tes parents, c’est juste que…comme tu le dis, il nous ressemble un peu, assez pour que ça soit troublant.

Il essuya ensuite les quelques larmes qui s’étaient frayées un chemin sur ses joues avant de la relâcher.

– Sois prudente, Leena. Je viendrais te voir ce soir, d’accord.

La jeune femme acquiesça et sortit, fermant doucement la porte derrière elle.

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Chapitre 13 – Dans les bains

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Seren s’éveilla. Elle se sentit étrangement en forme, comme après une très bonne nuit de sommeil. Contrairement aux autres fois, elle se souvenait presque parfaitement de tout ce qui s’était passé dans l’arène et après. Elle pouvait encore sentir la chaleur de Rain et sa bienfaisante magie. Elle se redressa doucement dans le lit et découvrit qu’elle était propre et nue. La maison était étrangement calme, silencieuse. Elle n’entendit aucun bruit de pas dans le couloir, aucun murmure d’elfes.

Soudain sa porte s’ouvrit avec fracas et une elfe d’une soixantaine d’années entra, un plateau plein de victuailles dans les bras. Ses cheveux gris étaient retenus pas un chignon serré sur sa nuque et elle débordait tellement de vitalité et d’énergie que la chambre de la jeune elfe en vibrait presque. Vivement, Seren remonta les draps sur sa poitrine. Voyant son geste, la vieille femme ricana :

– Allons, Dahlen, tu n’as rien à cacher que je ne connaisse déjà ! Et qui t’as lavée et changée à ton avis hein ? Tu es encore revenue couverte de sang.

– Marva ? Mais que fais-tu ici ? Tu ne quittes jamais tes chères cuisines d’habitude !

– Il fallait bien que quelqu’un s’occupe de toi ! Je sais que Tia aimait le faire et je ne pense pas que la petite apprécierait que l’une des morveuses qui sert d’esclaves à Darius s’en charge à ma place.

Elle déposa le plateau sur les genoux de Seren.

– Tiens, je suis sûre que tu meurs de faim depuis hier soir.

– Donc je ne suis restée endormie que pendant une nuit. Qu’est-ce qu’il s’est passé après le combat ? Je crois… je crois m’être endormie comme une masse.

– Oh eh bien Maître Darius semblait très heureux de ta victoire. A vrai dire je l’ai rarement vu aussi joyeux. Et je suis là depuis sa naissance ! Tu as dormi comme une souche pendant la nuit et une bonne partie de la journée. Le soleil va se coucher dans quelques heures.

– Oui je crois que Darius vient de gagner une très grosse somme d’argent.

– Cela expliquerait sa soudaine bonne humeur. Il a été invité chez l’un de ses « amis » pour fêter sa victoire dignement. Je ne crois pas qu’il faille l’attendre avant demain. D’ailleurs il a donné un jour de repos à toute la maison ? Tu le crois ça ? Une grande partie des esclaves en a profité pour sortir s’amuser un peu. Il ne reste pratiquement plus personne à la maison. Que les plus vieux pour qui une journée de repos ne veut plus rien dire après tout ce temps.

– Je te remercie pour le plateau, ça a l’air délicieux.

Seren attaqua la nourriture avec enthousiasme, dévorant tout, comme après chaque combat. Après quelques minutes, elle osa enfin demander.

– Et comment va Rain ? Il a encore dû utiliser une grosse quantité d’énergie pour me soigner.

– Oui, c’est même lui qui t’as ramené à la maison. Il a dormi pendant un moment lui aussi, il n’a pas voulu que je m’approche de toi pendant un long moment.

La vieille elfe regarda Seren avec un air étrange.

– Dahlen, y’a-t-il quelque chose entre vous ?

La jeune femme rougit violemment tout en niant fébrilement :

– Non, non. Bien… bien sûr que non !

– Oh. Je ne voulais pas me mêler de ce qui ne me regardait pas. Je voulais juste te mettre en garde c’est tout. Aussi beau et charmant soit cet humain, il ne pourra pas t’arracher à Darius. N’oublie jamais que tu es une esclave et pas lui.

Seren fronça les sourcils, même si c’était exactement les mêmes arguments qu’elle avait avancé à Rain pour arrêter leur relation récente, les entendre dans la bouche de cette femme, qu’elle avait connaissait depuis longtemps, l’agaça fortement.

– Ne t’inquiète pas Marva, je suis une adulte responsable et je sais ce que je fais. Et même si ma relation avec Rain ne te regarde en rien, sache qu’il n’y a rien du tout entre nous.

La cuisinière leva les mains en signe de reddition.

– Bien, très bien ! C’est toi qui vois Seren ! Je te laisse ! J’ai encore du travail dans les cuisines, pas de repos pour les braves !

Elle s’éloigna et s’apprêta à ouvrir la porte quand Seren la stoppa :

– Merci encore Marva. Est-ce que… est-ce que tu sais si Rain est encore à la maison ?

Avec un léger regard de reproche, Marva lui répondit :

– Je crois qu’il se trouve dans les bains.

Après une pause, elle ajouta :

– Soit prudente, Dahlen.

Elle referma doucement la porte derrière elle. Seren soupira et se passa une main nerveuse dans les cheveux. Bizarrement, elle arrivait presque à se souvenir de tout ce qui s’était passé pendant sa transe de Berserker. Elle se rappelait du combat mais surtout de l’après. Elle avait vainement tenté de revenir à elle, mais le brouillard rouge ne voulait pas se retirer. Et puis Rain était arrivé et déjà le Berserker en elle reculait, mais il était toujours là et son instinct aiguisé de survie avait failli blesser son ami. Mais sa voix, son parfum, sa chaleur l’avait ramené, petit à petit. Malheureusement, la douleur avait fait surface en même temps, une douleur terrible, intense, qui l’avait ravagé. Seule sa magie l’avait maintenu hors des ténèbres.

Elle devait bien se rendre à l’évidence, elle avait besoin de lui. Elle se rappela également qu’elle avait eu l’impression pendant le combat que le géant avait été maitrisé pendant quelques minutes grâce à la magie. Elle pourrait presque jurer qu’elle avait vu Rain en plein sortilège. A quoi bon stopper toute relation entre eux pour le protéger s’il n’en faisait qu’à sa tête et se mettait délibérément en danger.

Elle commençait vraiment à se demander si elle avait bien fait d’arrêter. Après tout ils étaient bien ensemble, enfin de son point de vue en tout cas. Non, elle était loin de la vérité, la nuit avec Rain avait été la plus belle de sa vie. Naïvement, elle avait pensé, dans le secret de son cœur, qu’un jour Darius la verrait autrement, comme une égale. Il briserait alors sa servitude et lui demanderait de partager sa vie. Fini les combats, fini l’esclavage. Mais c’était là le vrai rêve. Elle ne se rendait compte que maintenant que Darius n’était pas l’homme qu’elle imaginait, et surtout que jamais, au grand jamais il ne la regarderait différemment. Elle n’était rien pour lui, absolument rien et cela ne changerait pas.

Avec Rain tout était tellement différent. Ils étaient devenus amis, petit à petit, puis amants. Et tout avait été si naturel, si parfait. Elle savait que jamais Rain ne lui ferait de mal, ne la jetterait dans une arène à la tête d’un géant. Elle voulait que les instants qu’ils avaient partagés continuent, passer ses nuits avec lui, sentir ses mains sur elle, sa bouche sur la sienne. Faiseurs, elle le désirait tellement ! Peu importe que cela ne mène nulle part. Mais était-elle prête à mettre la vie de Rain, l’homme qui était devenu plus important que n’importe qui à ses yeux, en danger ? Pouvait-elle être si égoïste ? Serait-elle assez forte pour faire face aux conséquences de cette relation ? La colère de Darius, s’ils étaient découvert, la douleur d’être séparée de lui quand Rain partirait …

Tellement de choses pouvaient mal tourner. Mais son désir pulsait tellement fort qu’il faisait presque taire sa raison. Elle voulait le voir… maintenant.

Brusquement elle se leva, enfila une longue robe de chambre en soie qui toucha sa peau comme une tendre caresse et remonta à la va vite ses cheveux sur la tête. Pieds nus, elle ouvrit la porte de sa chambre et ses pas se dirigèrent d’eux même vers les bains.

Lorsqu’elle commença à voir de la vapeur elle ralentit l’allure puis s’arrêta. Elle hésita un instant, resserra les pans de sa robe de chambre et finit par entrer doucement. Elle n’avait rien préparé, ne savait même pas trop ce qu’elle faisait là, mais elle continua à avancer.

Enfin à travers la fine vapeur elle aperçut le bassin. Rain était immergé dans l’eau jusqu’à la taille, les bras étendus sur le rebord du bassin, la tête légèrement rejetée en arrière. De fines gouttes d’eau s’étaient prises dans ses cheveux et sa barbe, et ses yeux mi-clos brillaient comme ceux d’un fauve.

Il était magnifique et exhalait une telle sensualité et une telle force que Seren eut soudain les lèvres sèches et elle sentit ses joues s’enflammées. Lorsqu’il prit conscience de sa présence, il baissa la tête et croisa son regard. Seren était comme hypnotisée. Elle avança doucement vers le bassin. La jeune femme releva légèrement sa robe de chambre sur ses jambes et s’assied au bord du bassin. L’eau arrivait jusqu’au milieu de ses mollets et le tissu de son habit, remonté jusqu’en bas de ses cuisses, formait comme une corolle autour d’elle. Inexplicablement, la tension entre eux était presque palpable. Elle n’arrivait pas à détacher son regard du sien et ne savait pas trop comment aborder la conversation. Finalement elle se lança :

– Merci pour hier soir.

– C’est mon travail, tu n’as pas à me remercier.

– Nous savons tous les deux que tu as fais bien plus que ton travail.

Rain haussa un sourcil.

– Comment cela ?

– Tu m’as aidé contre le géant. Je l’ai vu, tu lui as jeté un sort n’est-ce pas ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Bien, ne l’avoue pas si tu veux. Saches que je sais. Mais tu ne peux pas nier m’avoir aidée à… à revenir à moi.

– Je ne le nie pas.

Ses réponses étaient des plus laconiques. Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre qu’elle le désirait plus que tout. Non elle ne pouvait pas. Elle allait se relever quand Rain la stoppa net.

– Que fais-tu là Seren ?

Elle pouvait encore reculer, s’enfuir. Mais elle ne voulait plus fuir. Elle avait été esclave une bonne moitié de sa vie, elle voulait maintenant la prendre en main. Et cela commençait par faire preuve de courage.

– J’ai eu tort Rain, j’ai besoin de toi.

Une lueur presque dangereuse s’alluma dans le regard de Rain. Mais il ne bougea toujours pas.

– Besoin de moi pour quoi exactement ?

Faiseurs, il ne lui fait facilitait vraiment pas la tâche et lui faisait perdre tous ses moyens.

– Pour… pour …

Elle n’eut même pas le temps de bégayer davantage. Rain utilisa un sort qui le déplaça devant elle en un battement de cil. Il avait posé les mains de part et d’autre de sa taille, sa tête arrivait presque au niveau de celle de la jeune femme. De surprise, Seren écarquilla les yeux et n’osa pas bouger. Rain semblait presque énervé. Qu’avait-elle dit ? Qu’avait-elle fait ? Lentement l’humain se pencha vers elle et remonta vers son oreille où son souffle caressa sa peau, la faisait frissonner de la tête au pied.

– Pour quoi, Seren ? Pour recommencer ce que tu as voulu arrêter ?

Venait-il de lui jeter un sort ? Elle n’arrivait plus à penser, ni à parler. Elle aurait voulu lui expliquer qu’elle avait autant besoin d’un ami que d’un amant, même si en ce moment son corps criait presque son envie d’être touché et qu’elle avait été profondément blessée de le voir avec Emilia. Mais elle ne sut qu’hocher doucement la tête.

– Que crois-tu ? Que je ne suis qu’un jouet que tu sors lorsque tu en as envie et que tu rejettes quand tu reviens à la raison ? Je ne suis pas à ta disposition Seren.

Enfin elle arriva à souffler :

– Non …

– Si tu ne recherches qu’une délivrance physique, tu peux te la procurer sans moi.

Sans la quitter des yeux il lui prit la main et la porta à ses lèvres. Il prit deux doigts dans sa bouche et les suça doucement. Seren cessa tout à fait de respirer et tremblait presque d’anticipation. Il libéra finalement ses doigts et guida sa main vers l’entrejambe de la jeune femme, tandis que son autre main écarta légèrement ses jambes et le tissu de sa robe de chambre avec. Elle sursauta légèrement en sentait ses propres doigts humidifiés par la salive de Rain contre ses chairs intimes. Elle gémit lorsque ses doigts, toujours guidés par l’humain trouvèrent son clitoris, et elle ne put s’empêcher de les bouger pour titiller son bourgeon déjà gonflé de plaisir. Rain lui fit faire le tour de ses lèvres et s’approcha de l’entrée de son intimité. Lorsqu’elle sentit qu’il guida ses doigts en elle, elle cria doucement, et voulut s’agripper à l’épaule du jeune homme. Mais celui-ci ne la laissa pas faire et plaqua sa main contre le marbre qui entourait le bassin. Il lui fit faire de léger mouvement de vas et vient. Toujours prisonnière de son regard, Seren ne savait plus que penser. Elle avait besoin de le toucher et qu’il la touche également. Mais son corps se contentait apparemment de ce qu’elle lui donnait, et de la simple caresse du regard de Rain. Elle sentit rapidement l’orgasme approcher, haletait et gémissait doucement.

– Alexei, s’il te plait…

Mais le jeune homme resta sourd à ses suppliques et ne lâcha pas sa main, accélérant, au contraire, le mouvement. Finalement Seren se laissa aller au plaisir avec un petit cri, mais son orgasme se teintait presque d’une certaine tristesse. Ça n’était pas cela qu’elle voulait, elle le voulait lui. Elle devait trouver le moyen de lui faire comprendre. Elle releva la tête, qu’elle avait baissé pendant l’orgasme, et retrouva son regard brillant.

Il retira ses doigts, les porta à nouveau à sa bouche et les lécha doucement, fermant brièvement les yeux pour savourer le nectar qui les trempait. Cela fait, il garda prisonnière sa main.

– Tu vois, lui dit-il, tu peux très bien faire cela toute seule. Je répète donc ma question ; pourquoi as-tu besoin de moi ?

Si elle n’arrivait pas à se reprendre très vite, elle allait le perdre définitivement, elle le sentait. Heureusement les mots franchirent à nouveau ses lèvres. Les joues rougis, les yeux pétillants et pleins de larmes, à sa grande honte, c’est presque avec colère qu’elle lui énuméra :

– J’ai besoin de ton corps, j’ai besoin de ta tendresse, j’ai besoin de me sentir proche de toi, j’ai besoin de te parler, j’ai besoin de la sérénité que tu me procures et j’ai besoin de savoir que tu ressens la même chose et que tu n’iras pas chez une autre femme que moi.

Le regard de Rain s’adoucit légèrement mais il ne la relâcha pas pour autant.

– J’y étais prêt, Seren, c’est toi qui ne voulais pas continuer. Moi, j’ai besoin de savoir que tu ne vas pas me rejeter encore et que tu es prête à faire face à ce qu’il adviendra.

Le regard déterminé, Seren n’hésita pas à lui avouer.

– Je préfèrerais mourir que de rester loin de toi, je l’ai compris.

Rain soupira et posa son front contre celui de la jeune elfe.

– Ca n’est pas ce que je te demande Seren. Je ne souhaite pas que tu meures pour moi, juste que tu acceptes que ce l’on pourrait vivre tous les deux en vaut la peine.

– Mais je l’accepte ! Je t’en prie laisse-moi te toucher…

Rain obtempéra enfin. Très doucement, et avec des mains tremblantes, Seren approcha sa main de la joue de Rain, son autre main se posa sur son épaule et remonta vers sa nuque. Elle pencha légèrement le visage vers lui et leurs lèvres se trouvèrent et se frôlèrent, en une caresse tendre et aérienne, comme pour contrebalancer la froideur de leur première étreinte. Enfin, presque au même moment, ils écrasèrent leurs bouches l’une contre l’autre. Seren ouvrit aussitôt les lèvres, et gémit quand la langue de Rain caressa la sienne. Elle avait passé ses bras autour de son cou et plongé ses doigts dans les cheveux mouillés de Rain. Ses jambes s’ancrèrent autour de la taille de l’humain et le serra contre elle. Rain avait une main bien callée contre sa nuque alors que l’autre empoigna un sein qu’il massa à travers la soie. Il pinça gentiment son mamelon, faisant crier la jeune femme dans sa bouche.

Lorsqu’il l’avait vu apparaître, drapée dans sa longue robe de chambre qui ne cachait rien de son corps, les cheveux relevés, il avait failli perdre le contrôler et rompre sa promesse. Cela lui avait coûté de rester sans la toucher pendant qu’il lui faisait se donner du plaisir. Il avait bien senti qu’il l’avait peiné mais il voulait être sûr de sa résolution. Ainsi il comptait bien se faire pardonner. Sans cesser de l’embrasser, les mains du jeune homme se posèrent sur la ceinture de Seren et luttèrent quelques secondes pour en défaire le nœud. Enfin il put ouvrir les pans de sa robe de chambre et faire glisser le tissu le long de ses bras. Seren s’en débarrassa rapidement avant de remettre ses mains sur son torse. Elle lui mordilla gentiment la lèvre inférieure tout en descendant ses mains, griffant doucement sa peau au passage. Rain se détacha des lèvres de la jeune elfe et fit descendre les siennes le long de sa gorge. Il gémit lorsque les doigts de Seren passèrent sous l’eau et se refermèrent sur son membre, gonflé depuis le moment où il avait pris les doigts de la jeune femme dans sa bouche. La sienne se referma sur un mamelon durci alors que la main de l’elfe serra plus fort en imprimant un mouvement du haut vers le bas. Cela le rendit fou de désir et il dévora littéralement la poitrine de Seren. Ils devaient ralentir la cadence, sinon il n’allait pas tenir. Il posa donc sa main sur celle de Seren et la stoppa :

– Doucement, nous avons tout notre temps.

Seren le lâcha et chercha son regard. Elle lui répéta :

– J’ai tellement besoin de toi.

Rain lui sourit et la prit par la taille. Il la souleva et la plongea dans l’eau. Accroché au cou et à la taille de l’humain, Seren rit. Elle commença à frotter son bassin contre lui créant de petites vagues autour d’eux. L’humain lui agrippa les fesses, accompagnant ses mouvements. Il lui mordit la lèvre et murmura :

– Andrasté ! Seren …

Elle l’embrassa alors, accélérant ses mouvements. Elle descendit ensuite vers son menton et remonta le long de sa mâchoire puissante jusque son oreille dont elle suça le lobe.

– J’ai envie de toi …

Au même moment, elle s’empala violement sur son sexe, leur arrachant un cri à tous deux. Elle ne bougea plus, la tête rejetée en arrière, le dos cambré, savourant simplement la douce sensation de son corps à nouveau complet. Puis elle se redressa et le regarda. Rain leva la main vers son visage et traça la cicatrice qu’elle avait en travers de l’œil, dans un geste tendre dont lui seul avait le secret. Il l’embrassa chastement sur les lèvres et lui dit :

– Nous devrions sortir de là.

– Mmm, l’ennui c’est que je suis très bien où je suis.

– Et tu seras encore mieux si nous sortons de ce bassin, crois-moi.

Seren soupira et se détacha à regret du corps de Rain. Il la guida vers le rebord puis s’y hissa en position assise. Il tendit alors la main vers Seren mais celle-ci avait d’autres projets en tête. Elle profita de la position de Rain pour prendre son sexe en bouche, sans mise en garde, arrachant un cri à l’humain. D’instinct il posa les mains sur sa tête, mêlant ses doigts dans les mèches de Seren. Celle-ci faisait lentement bouger sa tête du haut vers le bas, resserrant ses lèvres sur la peau tendre de son membre et en engloutissant autant que possible. Andrasté que c’était bon ! Elle prit soin de s’attarder sur son gland qu’elle lécha consciencieusement, avant de reprendre ses mouvements. Sa bouche était si chaude, si délicieusement humide.

– Seren remonte vers moi.

La jeune elfe poussa un grognement de protestation mais n’arrêta pas. Rain tira alors sur ses cheveux pour l’obligea à relever la tête.

– Je ne te demande pas d’arrêter mais de me rejoindre. Fais-moi confiance tu vas aimer.

Intriguée, Seren obtempéra. Rain l’embrassa violement avant de se coucher sur le dos.

– Viens par là.

Il lui indiqua ce qu’il voulait et de plus en plus curieuse l’elfe se mit à califourchon, juste au-dessus de sa tête face au bassin. Elle comprit ce qu’il voulait faire mais ne voyait pas… Elle perdit le fil de ses pensées quand elle sentit les lèvres de Rain sur son sexe et bascula légèrement en avant. Avec un sourire, elle vit enfin ce qu’il attendait d’elle. Elle se pencha donc encore plus pour reprendre son membre en bouche. Faiseurs ! Entre les lèvres de Rain, sa langue qui fouillait son intimité et son sexe dans la bouche, elle avait l’impression qu’il était partout. Et elle adorait ça. Elle continua comme elle put ses mouvements mais se rendit compte que la tâche était plus difficile, surtout lorsque les dents de Rain trouvèrent son clitoris. C’était comme une bataille, à celui qui ferait craquer l’autre en premier, ils y mirent tout leur cœur. Si bien que les muscles des jambes de Seren commencèrent à trembler et les vas et viens de la langue de Rain eurent raison d’elle. Elle cria autour du membre de Rain créant des vibrations qui faillirent le faire jouir. Heureusement il était trop occupé à lécher le nectar que Seren venait de libérer.

Seren se dégagea et fendit sur sa bouche, l’embrassant à perdre haleine, entrecoupant ses baisers par des murmures presque incohérents :

– Faiseurs…tellement…ai besoin de toi en moi…supplie…Alexei…

Rain se releva et l’aida à en faire de même. Il prit son visage entre ses mains et l’embrassa, tout en la faisant reculer contre le mur le plus proche. Le froid des carreaux de la mosaïque contre sa peau brulante arracha un petit cri à la jeune elfe. Leur différence de taille était juste parfaite, et il n’eut qu’à lui releva la jambe pour s’enfoncer à nouveau en elle. Il entama immédiatement un va et vient rapide. Seren hurla de bonheur et posa ses mains sur les épaules de Rain, essayant de suivre le rythme de ses coups de reins. L’autre main de Rain s’était perdue dans ses cheveux et il lui maintenait la tête contre le mur. Dans cette position, elle ne pouvait que plonger son regard dans celui de l’humain.

– Plus fort, Alexei, je t’en prie.

Le jeune homme lui sourit malicieusement et ralentit délibérément l’allure, adoptant un rythme douloureusement lent. Il se pencha vers elle et l’embrassa doucement. Seren protesta mais il ne fléchit pas, gardant ce rythme pendant encore de longues minutes, la regardant dans les yeux pendant qu’il faisait aller et venir son membre en elle, se retirant presque entièrement avant de s’enfoncer doucement le plus loin possible.

Soudain, il vit des tâches rouges dans les pupilles dilatées de Seren.

– Hey Seren, reste avec moi, reste avec moi !

Il l’embrassa passionnément, accélérant légèrement la cadence. Lorsqu’il plongea à nouveau dans ses yeux, il n’y vit, avec soulagement, que du vert mousse.

Seren n’en pouvait plus, elle avait besoin qu’il la prenne, vite, fort et elle en sanglotait presque de frustration. Soudain il se retira et la retourna. Ses mamelons sensibles entrèrent en contact avec le froid des carreaux. Cherchant un contact avec le corps de Rain elle recula légèrement les jambes et se pencha vers l’avant, lui présentant sa croupe. Les mains de Rain trouvèrent ses hanches qu’il agrippa puis d’une seule poussée il se réinstalla dans la chaleur de son corps. Elle sentit ensuite l’une de ses mains sur la sienne, crispée contre le carrelage et il emmêla ses doigts aux siens. Il embrassa sa nuque avec révérence avant de la prendre, enfin, comme elle le souhaitait. Ses hanches bougeaient à un rythme frénétique, vite, fort comme elle lui avait demandé. La salle résonnait de leurs cris mutuels et du bruit de la chair contre la chair. Seren était maintenant si près de la jouissance qu’elle voyait des étoiles devant ses yeux. Lorsqu’elle sentit Rain jouir en elle dans un cri guttural, elle bascula elle aussi. Tout son corps se crispa et elle hurla son prénom. Elle sentit le front de Rain appuyé contre son épaule, alors que l’humain essayait de retrouver son souffle. Faiseurs elle aurait tellement voulu que ce moment dure à jamais. Mais elle savait que tôt au tard elle serait séparée de lui. Rain lui embrassa l’épaule et se retira. Seren se tourna vers lui et rencontra son regard surpris. Doucement il posa sa main sur sa joue et lui demanda :

– Tu pleures ?

Elle ne s’en rendit compte qu’à cet instant. Elle essaya de lui sourire mais faillit. Alors elle se jeta à son cou et y enfouit son visage. Rain la prit dans ses bras :

– Tout va bien, je suis là, tout va bien…

Oui il était là, et elle allait devoir profiter de chaque instant.

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Chapitre 12 – David contre Goliath

Seren n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Le retour de la réception s’était fait en silence. Darius semblait très confiant, Rain avait l’air assez torturé, comme si quelque chose le dérangeait, quant à elle, elle devait avoir l’air d’un fantôme. Pour la première fois de sa vie elle avait peur de perdre un combat, peur de mourir dans l’arène. Parce que pour elle, cela ne faisait pas de doute, elle n’arriverait jamais à vaincre un géant à elle seule. Sa mort était presque programmée. Mais elle ne voulait pas donner cette satisfaction à Emilia et à l’idée de quitter ce monde pour toujours, de ne plus revoir Rain, son cœur se serrait involontairement.

Même si elle ne pourrait jamais l’avoir comme elle le souhaitait, pouvoir le voir et discuter avec lui, lui suffisait. Sentant que le sommeil la fuirait encore longtemps, elle se leva et s’habilla. Le ciel était encore noir mais commençait à s’éclaircir à l’horizon. Avec un excès de sentimentalisme auquel elle n’était pas habituée, elle eut soudain envie de voir le lever du soleil. Elle se dirigea donc vers les jardins dans son endroit préféré, là où elle avait embrassé Rain pour la première fois.

A sa grande surprise, une haute silhouette était déjà installée sur le banc et attendait, comme elle avait prévu de le faire, le lever du jour. Elle s’approcha doucement. Rain ne tourna pas la tête vers elle, il l’avait sans doute entendu arrivée depuis un moment. Il se décala légèrement, lui donnant une invitation tacite pour s’assoir à ses côtés, ce que la jeune elfe fit sans se faire prier. Elle se rendit alors compte que le simple fait de se trouver avec Rain, calmait sa nervosité. A cet instant, elle avait besoin de lui, avait besoin de son ami, si elle osait l’appeler ainsi. Elle releva les genoux, les entoura de ses bras et posa son menton dessus. Elle finit par lui avouer l’évidence.

– Je n’arrive pas à dormir.

Rain soupira.

– Je m’en doute.

Avec un petit sourire il ajouta :

– Puisqu’on en est aux confidences, moi non plus.

Le ciel commençait à rosir à l’est et c’est avec un silence presque religieux, que Seren et Rain observèrent l’éveil de l’astre solaire. Ses rayons les réchauffaient déjà, pourtant la jeune femme frissonna. Elle ne put s’empêcher de se dire que c’était sûrement le dernier lever de soleil qu’elle verrait. Comme s’il avait saisi ses idées noires, Rain posa une main sur les siennes, toujours jointes sur ses genoux et demanda :

– Est ce que tout va bien ?

Seren haussa les épaules. Elle voulut d’abord lui mentir, lui dire qu’elle se sentait parfaitement prête à ce combat, prête à mourir. Mais c’était terriblement faux et elle avait envie d’honnêteté avec lui, alors elle lui répondit d’une voix tremblotante :

– J’ai peur. Non en vérité je suis terrifiée.

Rain se tourna vers elle et lui releva le menton pour pouvoir la regarder dans les yeux.

– Tu vas y arriver, Seren. Tu es la combattante la plus incroyable qu’il m’ait été donné de voir.

Il fit une pause, semblant rassembler son courage.

– Je dois t’avouer quelque chose. Je crois… je crois que si Emilia a lancé ce pari un peu fou c’était pour se venger de Darius, pour quelque chose que j’ai fait… enfin plutôt quelque chose que je n’ai pas fait, en son nom.

Seren fronça les sourcils, le regardant toujours dans les yeux.

– Que veux-tu dire ?

Rain semblait soudain terriblement coupable et triste à la fois.

– Darius… Darius m’a demandé de séduire Emilia. C’était le prix à payer pour forger une alliance politique avec elle, apparemment. L’ennui c’est que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. Je pensais qu’elle l’avait compris et qu’elle était plus raisonnable que Darius. Manifestement je me suis lourdement trompé, elle semble presque pire que lui.

Il ne lui parla pas du chantage, inutile de rajouter que c’était pour la sauver, elle et les autres esclaves, du fouet, qu’il avait fait cela.

Seren ferma brièvement les yeux. Alors Emilia lui avait menti, elle aurait dû s’en douter. Comme elle en était heureuse ! Rain et cette garce n’avait rien fait, parce que Rain ne la désirait pas. Elle eut un léger sourire qui décontenança Rain.

– Tout va bien Seren ? As-tu compris ce que je viens de dire ?

– Oui, oui parfaitement. Alors tous les deux vous n’avez jamais …?

– Non, jamais.

– Ne t’en fais pas tu n’y es pour rien. Emilia m’a toujours détesté, une sorte de rivalité féminine je suppose. Elle n’a jamais manqué une occasion de m’humilier ou de me rabaisser. Mais j’avoue que là elle y est allée un peu fort…

– Quelle fête se sera lorsque l’on fêtera ta victoire !

Seren lui donna un léger coup de coude.

– N’as-tu jamais entendu l’histoire de cette peau d’ours qui ne fallait pas vendre avant de l’avoir tué ?

– Non pourquoi j’aurais dû ?

Seren rit, mais le ton léger de leur conversation trahissait la profondeur de leurs inquiétudes. Rain finit par donner un ton plus sérieux à leur échange.

– As-tu déjà vu un géant ?

Seren soupira.

– Une fois, il y a bien longtemps, nous en avons croisé un avec mon clan. Mais les chasseurs l’avaient repéré de loin et nous l’avions contourné. Même avec vingt guerriers, ils ont préféré être prudents.

– J’en ai combattu un, une fois. Nous étions quatre sur lui. Je ne te cacherai pas que ce fut difficile. Mais pas impossible. Les géants sont des créatures vivantes comme les autres, et elles meurent aussi. Ils sont justes plus grands, malodorants et vicieux.

– Est-ce ta façon d’essayer de me remonter le moral ?

– Je suis sérieux Seren. Ils ne sont pas imbattables, je peux t’aider à te préparer un minimum. Je ne te garantit pas la victoire mais au moins tu sauras comment réagit l’ennemi en face de toi. C’est la moindre des choses que je puisse faire.

Passer la journée avec Rain ? Seren ne demandait pas mieux. Elle accepta donc, et à la fin de la matinée elle le regretta presque. Le jeune homme était un professeur exigeant et ne lui laissait pas un instant de répit. Mais elle apprit : ne jamais tourner le dos à un géant, lorsqu’il baissait légèrement la tête c’est qu’il allait charger, il était attiré par l’odeur du sang, il a une très mauvaise vue mais se rattrape sur son odorat. Autant d’informations utiles qui pourraient faire la différence ce soir. Et puis il l’entraîna un peu, essayant de simuler les mouvements que pourraient effectuer le géant, usant de magie pour bouger plus vite, frapper plus fort. Darius, attiré par le bruit, vint les observer un moment mais finit par se lasser et les laissa à nouveau seuls.

Epuisée, Seren finit par demander grâce, s’asseyant sur le banc de pierre :

– Arrêtons là d’accord, sinon je serais tellement fatiguée ce soir que je ne serais plus bonne à rien.

Rain s’assit à ses côtés.

– Si tu gardes en tête tout ce que je viens de t’apprendre, tu gagneras ce soir.

– Tu sembles si sûr de toi, j’aimerais avoir ta confiance.

– Crois-tu au moins en tes chances ?

– Sincèrement non. Je connais mes limites Rain. Je ne suis que le jouet qui amusera des milliers de spectateurs ce soir, mais je ne suis pas incassable.

La jeune femme se leva et chercha son regard.

– Si… si jamais cela ne se passe pas comme prévu ce soir, je…

Rain se leva aussitôt, lui aussi, et posa un doigt sur les lèvres de la jeune femme.

– Non, Seren. Je refuse d’entendre ce que tu voulais dire. Tu vas te reposer pour ce soir. Tout ira bien d’accord ?

Seren soupira et finit par acquiescer. Rain lui baisa gentiment le front.

– Bien. Je serai là à la fin de ton combat, je te rejoindrai.

La jeune femme frissonna doucement en sentant les lèvres de l’humain à nouveau sur elle, même si son geste était des plus amical, voire fraternel. Elle s’éloigna de lui et se prépara pour l’attente la plus longue de sa vie.

 

Le soir venu, elle était prête. Elle avait passé un peu de temps à se reposer, avait mangé un peu et méditer en silence pour calmer sa nervosité. Mais l’heure avait finalement sonné. Elle s’était baignée et préparée avec soin. Le chemin vers l’arène lui sembla plus court que d’habitude. Le soldat qui l’accompagnait toujours fit une chose étonnante ; il lui prit la main et la serra fortement dans la sienne. Lui non plus ne semblait pas être très optimiste sur ses chances de réussite.

Un silence de mort régnait dans les sous-sols de l’arène, interrompu de temps à autre par le cri du géant qu’elle pouvait entendre de loin. Sur son passage, les combattants la dévisagèrent, lui adressant de temps à autre de brefs hochements de tête. L’annonce de son combat avait donc déjà fait le tour de la ville.

Elle attendit que tous les spectateurs soient installés puis on lui indiqua de se poster devant la grille. Celle-ci s’ouvrit devant elle. L’excitation semblait encore plus palpable que d’habitude dans la foule. Ils l’acclamèrent comme jamais. Seren posa un genou à terre, toucha le sol et se releva. Elle se tourna vers la tribune de Darius et s’inclina. Elle ne put s’empêcher de remarquer le sourire satisfait d’Emilia, assise à côté de Rain. Celui-ci la regarda un moment, puis lui sourit. Elle n’écouta même pas ce que l’annonceur disait. Elle continua à regarder Rain, puisant de la force et du courage dans son regard. Enfin la grande porte de l’arène s’ouvrit également. Plusieurs hommes, dont des mages, contrôlaient l’énorme géant qui fit son entrée dans l’arène. Il semblait furieux et les coups d’éclairs et de piques que lui donnaient ses gardiens n’arrangeaient rien. Ils quittèrent, petit à petit l’arène jusqu’à ce qu’il ne reste que deux mages. Sur un signe de tête, ils lâchèrent en même temps les liens magiques de la bête et se mirent à l’abri. Le géant, enfin libre, hurla et chercha immédiatement à évacuer toute la rage qu’il avait accumulé pendant sa détention. Des mages étaient postés tout le long des tribunes, prêts à intervenir si le géant décidait subitement de changer de cible. Il remarqua enfin Seren et fonça vers elle. Malgré sa taille et sa corpulence, le géant était rapide et vif. Heureusement que Rain l’avait avertie, Seren était donc prête à le recevoir. Elle attendit la dernière seconde pour l’éviter et lui donner un coup de ses Sais dans les jambes, seuls membres qu’elle pouvait atteindre. La bête cria son mécontentement mais sembla à peine touchée.

Débuta alors un âpre combat, ou le géant faisait tout pour anéantir son ennemi. Seren tenta s’esquiver ses coups et de le toucher mais elle n’avait l’impression que de réussir à énerver d’avantage la créature sans lui faire de dommage. Ses armes n’étaient pas adaptées contre le cuir de la peau de la bête. Elle s’essoufflait, et elle sentait déjà que ses mouvements étaient moins précis, moins rapides. Le public s’impatientait. Il voulait voir un vrai spectacle. Mais cela ne déconcerta pas Seren qui essaya d’analyser les mouvements du géant, se concentrant sur ce que Rain lui avait appris. Elle réussit à s’approcher suffisamment près pour passer derrière lui et lui donner un puissant coup tranchant derrière l’un de ses genoux. Malheureusement elle sentit aussitôt l’énorme main du géant la propulser loin de lui. Le coup fut si puissant qu’elle s’écrasa de côté contre l’un des murs de l’arène. Elle entendit un « crac » et sentit une vive douleur au niveau de son épaule. Elle se rendit rapidement compte qu’elle était démise. Elle voulut se la remboîter rapidement mais le géant ne lui en laissa pas le temps. Il se précipita vers elle et l’attrapa dans sa main. Seren hurla de douleur lorsque les doigts de la bête se refermèrent autour de sa poitrine et comprimèrent son épaule blessée. Elle en lâcha ses armes qui s’écrasèrent au sol. Elle avait les bras bloqués et la pression sur son corps était quasiment insoutenable. Le géant amena la jeune elfe près de sa bouche, prêt à la déchiqueter de ses dents. Seren ferma les yeux, c’était la fin. Le public le sentit aussi et retint son souffle pour sa championne

Subitement, la pression se relâcha et la créature ouvrit les doigts. Seren tomba à terre et entendit sa cheville craquée. Elle se mordit les lèvres pour ne pas hurler à nouveau. Sans chercher à comprendre ce qui se passait, la jeune femme serra les dents et claudiqua vers ses Sais qu’elle récupéra. Elle s’éloigna un peu de la créature et, enfin, observa ce qui se passait. Le géant semblait comme groggy, pourtant elle ne lui avait rien fait. Elle devait profiter de ce répit. Pourtant elle était dans un piteux état, même si elle réussissait à se remettre l’épaule en place, sa cheville restait un problème. Elle essaya de trouver une solution mais n’en vit aucune. Elle n’était pas assez blessée pour entrer dans son état de transe, pour devenir une Berserker, et avec ses blessures, elle risquait fortement de se faire écraser dès que le géant reprendrait ses esprits.

Elle tourna la tête vers la tribune de Darius et s’arrêta en voyant Rain. Il était crispé sur son siège, le corps penché en avant et le regard fixé sur le géant. Elle était prête à parier que c’était lui qui l’aidait avec sa magie.

« Réfléchis Seren, réfléchis ! »

Soudain, elle entrevit la solution. Elle inspira bruyamment et crispa ses mains sur ses armes. Elle finit par prendre son courage à deux mains et s’enfonça les armes profondément dans les côtés, veillant à ne pas toucher d’organes vitaux. Cela lui fit un mal de chien mais pas suffisamment. Elle tourna alors lentement les armes dans sa chair et hurla de douleur. Enfin elle sentit son esprit s’embrumer et sa vision se teinter de rouge. Lorsque la petite voix, maintenant presque familière, tinta à ses oreilles, elle se laissa totalement aller.

Rain n’en pouvait plus. Embrouillé l’esprit de ce géant lui demandait beaucoup trop d’énergie, il allait lâcher. D’autant qu’il devait faire comme si de rien n’était. Il savait qu’il n’aurait pas dû intervenir, et que s’il se faisait prendre, il risqua de passer un mauvais quart d’heure. Mais il n’avait pas pu laisser Seren mourir ainsi dans l’arène. Pas s’il pouvait y faire quelque chose. Le hurlement de douleur de la jeune femme le déconcentra. Pourquoi souffrait-elle ? Le géant était encore sous son contrôle pourtant. Il lâcha son emprise sur le géant pour observer la situation. Seren avait ses Sais plongés dans son corps et le sang gouttait à flot. Il comprit ce qu’elle cherchait à faire et cela ne lui plut pas. Son corps était déjà au plus mal et si elle forçait trop, elle risquait vraiment d’y laisser la vie.

Une aura rouge entoura la jeune femme et son attitude changea du tout au tout. Elle se redressa et s’appuya plus fortement sur sa jambe blessée. Le géant secoua la tête pour retrouver ses esprits et se tourna vers Seren. Il eut un mouvement de recul en sentant la nouvelle aura de la jeune femme, mais sa colère était bien plus puissante que sa raison, alors il se dirigea vers elle à grands pas.

Seren retira rapidement ses armes de son corps et se déplaçant à une vitesse prodigieuse, elle se retrouva dans le dos du géant. Elle attaqua à nouveau l’arrière de ses genoux mais avec des coups plus puissants que la dernière fois, transperçant la peau. La créature cria et posa bruyamment un genou à terre faisait légèrement trembler l’arène. Seren en profita immédiatement. Elle grimpa avec agilité sur son dos, se servant de ses Sais, tout en évitant les coups du géant qui essayait de la déloger. Elle se hissa jusqu’à ses épaules et enfin trouva une partie sensible dans son cou. Elle y enfonça plusieurs fois son Sai, à une vitesse incroyable. Le sang du géant coula à flot et la bête folle de rage, hurla encore et se remit sur ses pieds. Avec agilité, Seren se laissa tomber au sol. Grimaçant à peine lorsqu’elle atterrit sur sa cheville blessée. Pourtant Rain vit d’ici que sa blessure venait de s’aggraver en fracture ouverte. « Par Andrasté elle va se tuer à ce rythme-là. »

Mais le géant était aussi gravement touché et sa blessure au cou saignait abondamment. Il haletait et commença à reculer face à l’elfe. Il prenait enfin conscience que cette femme n’était pas la même que celle de tout à l’heure. Seren sourit et continua à harasser le géant, lui infligeant blessure sur blessure. La créature était complètement dépassée, elle n’arrivait pas à anticiper les mouvements de son ennemi et n’arrivait plus à la toucher.

A ses côtés Emilia tremblait de rage, elle qui au début du combat affichait un sourire éclatant.

Certes Seren avait repris l’avantage, mais à quel prix. Passablement affaibli le géant tomba à nouveau à genoux, comme si ses jambes ne le portaient plus. Seren se posta fièrement devant lui et le jaugea du regard. Rain ne le voyait pas d’ici mais il était certain que ses pupilles avaient sans doute pris la même couleur que le sang qui maculait son corps. De plus elle semblait très pâle.

Ignorant toujours ses blessures, la jeune femme courut vers lui, prit son élan et sauta, ses armes prêtes à être projetées vers l’avant. Elle s’envola presque vers la tête du géant, et une fois à portée, elle pointa ses Sais vers les yeux de la créature qui ne réagit pas. Avec un cri de guerre, ses lames s’enfoncèrent dans les pupilles du géant. Celui-ci hurla de douleur et tomba à la renverse, les mains sur ses yeux aveugles. Seren s’étaient aussitôt jetée au sol.

Seren était debout et la créature se vidait de son sang au sol, prostrée.

L’annonceur clama alors la victoire de Némésis et la foule manifesta sa joie par des cris et des applaudissements retentissants. Tout le monde était debout pour l’exploit de la championne de Minrathie. Darius était aussi debout et applaudissait à tout rompre. Son visage exprimait la joie la plus intense. Emilia de son côté était restée assise et fronçait ses fins sourcils. Son regard n’annonçait rien de bon. Mais pour le moment Rain avait d’autres préoccupations. Il tourna la tête vers l’arène mais vit rapidement que Seren n’y était déjà plus. Darius, trop occupé à savourer sa victoire et entouré d’une cohorte d’admirateurs venus le féliciter, ne lui prêta pas attention, c’est pourquoi il s’éclipsa aussitôt et prit la direction des sous-sols. A grand pas, il traversa les dessous de l’arène jusqu’à se retrouver dans la salle la plus isolée, là où il savait pouvoir trouver la jeune femme. Elle avait besoin de soin, et elle en avait besoin rapidement.

Il entra, mais ne vit pas de trace de Seren. Par contre il aperçut ses Sais profondément enfoncés dans le sol sablonneux, comme si elle avait voulu éviter de les utiliser à nouveau. Il s’approcha de l’angle qui refermait un espace plus petit et plus sombre.

Seren était là, assise sur un banc de bois, les mains crispées dans ses cheveux, elle gémissait en faisait de légers mouvements de balancier. Rain s’approcha doucement de la jeune femme et lui signala sa présence.

– Seren ?

La jeune elfe releva aussitôt la tête et il croisa son regard ensanglanté et tourmenté. Il voyait bien qu’elle luttait de toutes ses forces pour essayer de reprendre ses esprits et cela la faisait souffrir. Doucement il s’approcha d’elle et comme elle ne sembla manifester ni mouvement agressif ou de recul, il s’assit à ses côtés. D’une voix calme et maîtrisée, il la rassura.

– Seren ? C’est moi Rain. Je suis là comme je te l’avais promis. Je suis là pour t’aider. Me laisseras-tu faire ?

Sans le quitter des yeux, la jeune femme continua à gémir doucement. Sans plus hésiter, il posa la main sur elle et commença à lui insuffler sa magie. Aussitôt la jeune femme réagit, avec rapidité, grimpa sur lui, lui bloqua la main qui était sur elle et plaça son autre main sur le cou du jeune homme, serrant légèrement.

Rain tenta à nouveau de l’apaiser :

– Seren, je ne suis pas un ennemi, rappelle-toi. C’est moi, Rain… Alexei.

Plutôt que de lutter contre son étreinte, Rain passa son bras libre autour de sa taille et la serra un peu plus contre lui. Seren écarquilla ses yeux écarlates et relâcha la pression sur son cou et sur sa main.

– Chut, tout va bien Seren. Je suis là, tu es vivante mais blessée, comme d’habitude. Laisse-moi m’occuper de toi.

Seren toucha doucement sa joue.

– Alexei ?

Le jeune homme lui prit la main et lui baisa le bout des doigts.

– C’est bien moi.

Les yeux de la jeune femme commencèrent à redevenir verts et avec ses esprits, elle retrouva également les sensations de son corps. La douleur commença à pulser à nouveau dans son corps et elle gémit de douleur.

Aussitôt Rain recommença à lui transmettre sa magie et une douce chaleur envahie la jeune femme. C’est la première fois qu’elle était consciente lorsque l’humain la soignait et sa magie était merveilleusement apaisante.

Soudain sans force, Seren se laissa tomber sur son torse. Rain resserra son étreinte sur elle et se remit au travail, tout en lui murmurant des paroles rassurantes. De douleur, elle avait crispé les doigts sur sa tunique et continuait de gémir périodiquement. Au fur et à mesure de ses soins, la jeune elfe se détendit. Elle avait posé sa tête sur son épaule et son souffle lui chatouillait le cou. Elle était tellement immobile qu’il craint un moment qu’elle ne se soit évanouie. Il tourna la tête vers elle, lui dégageant doucement le visage de ses longs cheveux. Il sourit doucement voyant qu’elle venait seulement de s’endormir. Rassuré, il la berça gentiment contre lui en continuant son travail. La championne était sauve.

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Chapitre 13 – Celui qui s’en va

Noria avait les mains dans la terre. Bichonner ses plantes l’aidait à se détendre. Elle avait l’impression qu’ici, sur ce petit coin de terre, elle avait une vraie importance. Elle aimait savoir que sans ses soins et ses attentions ce jardin ne serait qu’une partie de nature comme les autres.

Cela faisait maintenant six mois qu’elle avait retrouvé la vue. Elle s’entraînait toujours aussi dur pour retrouver la qualité de tir qu’elle avait avant. Et ses efforts avaient payé. Elle ne se rendait même plus compte qu’elle n’avait qu’un œil de fonctionnel.  Cela commençait enfin à devenir naturel.

Aidée de son frère préféré, elle avait construit une nouvelle petite cabane dans la clairière. Mais pas au même endroit que la précédente. Elle n’avait rien touché ni rien déblayé depuis l’incendie. Ce lieu, même détruit, était trop chargé de souvenirs, bons comme mauvais pour qu’elle puisse y toucher.

La nouvelle cabane était tout aussi spacieuse que l’ancienne avec un nouvel établi flambant neuf. Elle l’avait également équipée d’un lit plus grand que le précédent. Elle passait la plupart de son temps ici maintenant. Elle avait réussi  à reconstituer une réserve de plantes et s’était remise au travail.

Parfois elle se faisait aider d’Assan. Conformément à la promesse qu’elle lui avait faite, elle était retournée la voir souvent. Elle adorait ses visites chez les Lavellan. Elle aimait énormément sa mère mais elle ne partageait pas grand-chose avec elle. Avec Assan c’était différent, elle pouvait parler poison, plantes, combat et puis de temps en temps elles parlaient de Seth. Assan lui raconta comment, tout jeune adolescent, il avait un jour décidé de se faire ses piercings tout seul en piquant le matériel de sa mère et qu’il avait mis des mois à cicatriser complètement Ou encore quand l’Archiviste venait chez elle en lui demandant de surveiller un peu son garçon parce qu’il n’arrêtait pas de voler les offrandes sur les autels de tous les dieux, pour aller les déposer devant celui de Fen’Harel.

Et puis Assan venait aussi lui rendre visite et elle travaillait ensemble. Noria se confiait beaucoup à elle, sur ses désirs d’autre vie, sur son accident, ses cicatrices internes comme externes. Mais pour autant, elle ne lui avoua jamais être tombée amoureuse de son fils. A vrai dire elle n’eut pas à le faire, elle le devina toute seule. Mais hormis une seule fois, elle ne lui parla jamais des sentiments qu’elle éprouvait pour Seth. C’était son jardin secret, et puis il semblerait qu’il ait tourné la page de son côté. Elle se voyait mal, entre deux rempotages, lui dire à quel point il lui manquait.

« Oh Assan j’aimerais aussi te dire à quel point ton fils est un bon amant. Je suppose que ça vient de sa bonne éducation. » Noria gloussa en imaginant la scène, et la tête de l’elfe si elle lui avouait une chose pareille.

 

Un jour, alors qu’elle lui rendait visite, elle prenait tranquillement le thé dans la tente d’Assan. Noria tomba sur une petite boîte ouvragée. Suivant le regard de la jeune femme, Assan s’approcha et lui ouvrit.

– C’est mon nécessaire à piercings.

Curieuse Noria s’approcha et sortit une grande aiguille.

– Tu en veux un Da’len ?

Brusquement, Noria reposa l’aiguille et se tourna vers une Assan, tout sourire.

– Pour de vrai ?

– Mais oui ! Sinon je ne le proposerais pas !

– Eh bien oui pourquoi pas !

Un peu gênée elle demanda.

– Euh… est ce que ça fait très mal ? Non parce que ça n’est pas que je suis douillette mais bon …

Assan rit.

– La douleur n’est pas si terrible, enfin tout dépend de l’endroit évidemment, et puis c’est très rapide.

– Bon d’accord !

Noria réfléchit quelques secondes et lui montra le bout de son oreille droite.

– Je pourrais l’avoir ici ?

Assan lui sourit et lui demanda de s’installer sur un petit tabouret. Noria se sentait légèrement fébrile. Elle adorait les piercings de Seth et de sa mère mais avait un peu peur. Alors pour se donner du courage elle ferma les yeux très fort et cessa tout à fait de bouger. Elle sentit Assan tripoter son oreille, passer quelque chose de froid dessus. Elle grimaça lorsque l’aiguille transperça la peau mais arriva à rester immobile et muette. Elle attendit vaillamment qu’Assan finisse. Enfin elle lui annonça que c’était fini et lui tendit un petit miroir.

Une petite boucle dorée brillait légèrement sur son oreille. Elle remercia Assan toutes les secondes environs pour ce beau cadeau. Elle adorait l’effet de ce petit bijou ! Définitivement elle finirait par ressembler à un pirate !

 

Noria avait répondu à la lettre de Seth, usant du même ton léger et insouciant. Après tout si lui ne se confiait pas à elle, elle ne voyait pas pourquoi elle le ferait. Depuis ils correspondaient souvent. Il lui raconta les missions de l’Inquisition, le bal d’Halamshiral (oh comme elle aurait voulu y être !) la Forteresse de l’Inébranlable et puis le temple de Mythal. Il semblait réellement fasciné par cet apostat, Solas, il en parlait très souvent. Mais comme il ne s’épanchait pas vraiment sur ses sentiments, il lui était difficile de savoir jusqu’où allait cette fascination. Cela lui transperçait à chaque fois le cœur, de l’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre, mais elle ne pouvait rien y faire.

Il y a un mois elle avait enfin osé mettre sa fierté de côté et lui avait dit qu’elle comptait le rejoindre bientôt.

La lettre de sa réponse arriva bien plus vite que les autres. Il lui écrivait, sur un ton assez détaché, qu’il n’avait pas vraiment besoin d’elle, qu’il avait déjà de nombreux membres compétents au sein de l’Inquisition.

Si elle n’avait pas été complètement anéantie par cette réponse, elle aurait rit d’elle-même. Elle le savait, sa raison, sa tête le lui avait crié, mais évidemment, et comme une idiote, elle avait préféré suivre son cœur.

Lorsqu’Assan arriva elle la trouva effondrée, en pleurs sur son lit, assise, la tête contre ses genoux, une lettre portant le sceau de l’Inquisition à terre.

Il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre que quoi qu’ait pu écrire son fils, il avait réussi à bouleverser la jeune femme. N’écoutant que son instinct maternel, Assan s’était assise à ses côtés et l’avait gentiment prise dans ses bras. Elle la berça doucement en attendant que les crises de sanglots se calment.

– Chuuut Noria, ça n’est rien. Je suis sûre que tout s’arrangera. Qu’est-ce qu’il t’a écrit ?

– Il…il… il ne veut …pas…de moi !

– Alors c’est un idiot ! Allons, allons, calme-toi Da’len. Je suis certaine que Seth s’est juste mal exprimé. Il est parfois très maladroit…

– Non… c’est écrit noir sur blanc… il ne veut pas que je le rejoigne.

– Il a sûrement une bonne raison.

Elle lui releva le menton et quelle ne fût pas sa surprise de voir que Noria avait retiré son bandeau. Pour la première fois elle vit ses cicatrices et la couleur laiteuse de son œil mort. Ses yeux et ses joues étaient encore trempées de larmes. Elle les essuya délicatement.

– Je connais mon fils Da’len, il ne te ferait pas souffrir intentionnellement, surtout s’il sait ce que tu éprouves pour lui.

– Je n’éprouve rien pour lui !

Assan lui décocha un sourire ironique.

– A d’autre, ma fille ! Je sais ce que tu ressens et je t’avoue que tu n’as pas choisi l’homme le plus facile du monde, j’en sais quelque chose ! Mais je te répète qu’il y a sûrement un malentendu. Tu devrais y aller quand même. La communication est toujours plus facile face à face et je suis sûr qu’il sera très heureux de te voir.

Noria fronça le nez à cette idée.

– Ça il n’en est pas question ! J’ai encore un peu de fierté et je ne vais certainement pas me traîner à genoux devant lui pour qu’il daigne m’accepter au sein de l’Inquisition. Non je vais simplement arrêter de m’imaginer que quelque chose est possible entre nous.

Elle tourna le visage vers la fenêtre, comme si elle pensait le voir apparaître miraculeusement dans le jardin, son sourire de séducteur aux lèvres.

– Loin des yeux, loin du cœur.

– Des conneries oui ! Mais bon ce sont vos histoires pas les miennes !

Noria s’essuya les yeux et remis son masque en place. Son œil doré brillait d’une nouvelle détermination.

– Bien je propose qu’on arrête de parler de ton imbécile de fils, avec tout le respect que je te dois, bien sûr, et de se mettre au travail !

Depuis ce jour, elle avait décidé qu’elle allait arrêter d’attendre, comme une princesse de conte de fée, que vienne son prince charmant sur son cheval blanc. Elle allait partir à la recherche de sa propre voie qui l’attendait quelque part. Elle avait fixé sa date de départ et en avait parlé à Adan. Elle savait qu’il serait certainement son seul allié dans cette entreprise un peu folle. Et elle eut raison, ses parents poussèrent des cris d’orfraies, lui disant qu’elle ne pouvait pas partir seule dans son « état ». Comme si elle n’était pas capable de se gérer et de se défendre. Elle était presque plus redoutable maintenant qu’avant, son adversaire ayant souvent tendance à l’attaquer du côté droit pour ne pas être vu, ce à quoi elle s’attend toujours, bien évidemment.

Elle leur expliqua à tous que sa décision était prise et que rien ne pourrait la faire changer d’avis, absolument rien. Elle ne parla pas de son projet à Assan, ni à Seth d’ailleurs.

Aujourd’hui, veille de son départ, était le dernier jour où elle pourrait profiter de son jardin. Elle en prit soin comme jamais. Puis elle se retira dans sa maison et se prépara pour son départ, empaquetant potion, poison et plantes séchées rares.

Le lendemain matin, elle regarda une dernière fois son nouveau chez elle, qu’elle quittait déjà. Elle savait qu’un jour elle reviendrai dans cet endroit paisible, elle le sentait au fond d’elle. Et lorsqu’elle ferma la porte pour la dernière fois elle eut subitement le cœur plus léger.

Elle embrassa sa famille qui eut un mal fou à retenir leurs larmes mais ils y arrivèrent courageusement et lui sourirent. Lorsqu’elle arriva devant Adan, elle flancha presque, elle s’était promis de ne pas craquer et de ne pas pleurer. Son frère lui ouvrit les bras et elle s’y jeta. Il la tint serrer contre lui pendant de longue minute.

– Bonne chance No. Sois prudente et reviens nous voir de temps en temps, d’accord ?

La tête enfouie contre son cou, Noria lui avoua :

– Ne le dis pas aux autres mais c’est toi mon préféré.

Adan rit.

– Toi aussi petite sœur, tu es ma préférée. Alors fais en sorte de ne pas mourir dans une allée miteuse quelque part ou sur un chemin, tu veux ?

Elle promit et s’arracha à ses bras protecteurs et familiers. Et leur fit signe une dernière fois et entama sa marche solitaire. Mais avant de plonger vers l’inconnu, elle avait encore un arrêt à faire.

Elle était toute proche du clan Lavellan. Elle connaissait maintenant le trajet par cœur. Soudainement elle s’arrêta. Le peu de temps où elle avait été aveugle avait été bénéfique pour ses autres sens. Elle avait remarqué qu’elle entendait souvent des choses bien avant les autres et que son odorat était beaucoup plus développé. Et là, elle sentait clairement une très forte odeur de fumée et une autre plus désagréable encore, comme… comme de la chair brûlée. Par les Faiseurs ! Quelque chose ne tournait pas rond ! Elle se mit à courir et lorsqu’elle arriva devant le clan, elle étouffa un cri d’effroi. Il ne restait plus rien ! Les arravels étaient renversées ou brûlées. Les petits autels dédiés aux Dieux avaient été saccagés. Mais le pire, c’était le silence. Pas de cri joyeux d’enfants jouant, pas de conversations animées, rien !

Lentement elle s’approcha, enjamba avec horreur les cadavres de ceux qu’elle côtoyait il y a peu. Que s’était-il passé ? C’était impossible ! Après l’attaque des brigands il y a quelques mois, le clan avait renforcé ses défenses et quelques soldats de l’Inquisition étaient restés. Elle déblaya quelques gravats et découvrit le corps mutilé de l’Archiviste. Elle plaça son corps hors de portée du feu et lui ferma les yeux. Un peu perdue, elle fit le tour de l’ancien clan, à la recherche de celle qui était devenue une amie précieuse, Assan. Mais elle ne trouva rien. L’espoir renaissait dans son cœur. Peut-être avait-elle réussit à s’échapper avec quelques survivants ? Elle passa au crible la scène et enfin découvrit des traces fraîches qui s’éloignaient du clan. Rapidement, elle s’arma de son arc, vérifia que toutes ses flèches avaient reçu une goutte de poison et suivit les traces.

Quelques minutes plus tard, au détour d’un chemin elle entendit des bruits de combats. Avec agilité, elle s’approcha sans être vue et analysa la situation. Quelques survivants du clan, beaucoup d’enfants, quelques personnes âgées et très peu de combattants, luttaient contre une vingtaine de soldat. Elle vit tout de suite Assan au milieu de la mêlée qui semblait blessée. Les survivants étaient acculés, le regard paniqué.

Les soldats étaient plus ou moins regroupés, elle devait en profiter. Elle sortit une grenade inflammable qui avait causé son « accident » il y a quelques mois. Elle s’avança vers les soldats, siffla entre ses dents et cria, en elfique, aux survivants de se baisser et se protéger. Assan comprit tout de suite ce qu’elle voulait faire et prit les choses en main. Les soldats surpris de voir débarquer ce petit bout de femme, se tournèrent d’instinct vers elle et virent avec stupéfaction la grenade explosée au milieu de leur groupe. Ils s’enflammèrent en un instant. Des cris de douleur et d’horreur s’élevèrent. Les peaux brûlaient, le métal chauffait et une véritable panique s’installa au sein des soldats. Noria n’eut plus qu’à achever ceux qui n’étaient pas mort sur le coup. La méthode était sale mais efficace si on ne tenait pas compte de l’odeur ignoble que dégageait le massacre.

Après seulement quelques minutes de « combats » il ne restait plus un soldat debout.

Assan, essoufflée, le teint livide, se tourna vers elle.

– Efficace ta petite surprise Da’len !

Noria s’approchait d’elle, quand les jambes de la femme elfe cèdent sous elle. Noria courut vers elle et scanna rapidement son corps. Quelques égratignures et une très vilaine plaie sur le flan.

– Assan, accroche-toi, on va te soigner d’accord ?

Elle n’y connaissait vraiment pas grand-chose en premier secours et lança un regard désespéré vers les elfes survivants. Heureusement, un mage s’avança vers elle et se mit aussitôt au travail, faisant courir sa magie dans le corps de la blessée qui grimaçait de souffrance.

Tendrement Noria embrassa le front d’Assan.

– Ça va aller, ça va aller. Mais qu’est ce qui s’est passé, qui a fait ça ?

– Ils étaient trop nombreux Noria, on a rien pu faire. Quand j’ai vu que la situation était désespérée j’ai regroupé le plus de monde possible et je les ai conduit loin du massacre.

Ses yeux bleus se voilèrent de haine.

– J’ai entendu un des soldats se vanter de rapporter le plus de têtes d’elfes à son seigneur, Wycôme.

– Le seigneur de la bourgade Shem la plus proche ?

– Oui celui-là même.

– Je m’en occupe Assan. Repose-toi.

Faiblement, Assan essaya de la retenir. Noria pensa qu’elle allait lui dire de rester là, mais au contraire une lueur farouche brillait dans son regard.

– Fais lui payer Da’len !

 

Voilà pourquoi elle était là ce soir. Elle avait, non sans mal, réussi à rallier la ville qui était en pleine rébellion. Le seigneur Wycôme s’était donc enfermé dans son château, plus paranoïaque que jamais, rendant la tâche de Noria encore plus difficile. Elle mit donc à contribution tout son savoir-faire et son habilité pour s’infiltrer dans le château. Cet idiot de Wycôme avait sa chambre qui donnait sur un magnifique jardin et un arbre centenaire. Noria le grimpa difficilement et remercia silencieusement ses frères qui, enfants, s’amusaient à la défier pour monter les arbres les plus infranchissables des alentours. Elle était douée pour l’escalade et adorait la sensation de hauteur.

Elle l’attendait dans sa chambre, confortablement installée sur son lit. La garde avait été réduite et surveillait la porte d’entrée. Les idiots !

Enfin elle entendit la porte s’ouvrir et un homme d’une quarantaine d’années, bien fait de sa personne entra. Il referma doucement la porte derrière lui sans se douter un instant du danger.

Comme montée sur un ressort, Noria se redressa et fonça vers l’homme. Sans comprendre ce qui lui arrivait, le seigneur sentit une jeune elfe se coller à lui et une légère piqûre dans son flanc. Aussitôt ses jambes se dérobèrent et il s’affala contre la porte. Il ne pouvait plus bouger. L’elfe se mit à son niveau et le regarda dans les yeux.

– Bonsoir Seigneur Wycôme. Inutile de vous fatiguer, vous êtes paralysé par un poison très puissant. Vous allez mourir ce soir.

Calmement, elle dégaina une lame plus longue, plus mortelle. Elle la plongea d’abord dans l’épaule de l’homme. Celui-ci ressentit la douleur mais ne pouvait pas crier. Il ne pouvait que regarder et subir.

Noria était consciente de la limite qu’elle était en train de franchir. Elle avait déjà tué, jamais torturé. Mais les images du massacre défilèrent devant ses yeux et elle raffermit sa prise sur sa lame.

– Ça c’est pour les Lavellans.

Elle plongea la lame dans l’autre épaule.

– Ça c’est pour Assan. Vous avez de la chance, je n’aime pas faire souffrir inutilement. Mais vous, vous avez dépassé les bornes, enfoiré de Shem ! Jamais plus vous ne ferez de mal au mien.

Elle leva la lame une dernière fois et l’enfonça dans le ventre du Shem.

– Et ça c’est pour Seth !

Elle essuya sa lame sur la robe de chambre du seigneur et partit par le même chemin, s’enfonçant dans l’obscurité, laissant le puissant Seigneur Wycôme se vider de son sang, silencieusement.

Noria retourna aussitôt dans la forêt, à la recherche du camp des survivants. Elle eut beaucoup de mal à les retrouver et finalement tomba sur eux un peu par hasard. Tant mieux ! Ils étaient donc en sécurité.

Elle alla au chevet d’Assan, endormie, qui semblait ne plus souffrir. Elle n’arriva pas à trouver le sommeil, hantée par ses actions de la nuit. Elle savait que ce qu’elle avait fait était mal, mais le pire c’est qu’elle n’arrivait pas à regretter. Cet homme méritait de mourir ! Cet homme méritait de souffrir !

Plongée dans ses tourments, elle ne remarqua même pas le soleil se lever. Assan se réveilla doucement et vit la jeune femme à son chevet. Elle avait le regard dans le vague, des larmes dans les yeux et des cernes profondes en-dessous.

– Noria ?

La jeune elfe tourna son regard vers elle et souffla.

– Il est mort.

– Bien, Da’len.

– Je l’ai fait souffrir.

Assan pris la main de Noria dans la sienne.

– Ça n’est rien. Il le méritait, tu le sais.

– Oui je sais, c’est juste que…

– Rien du tout Da’len. Tu nous as sauvés et tu nous as vengés, c’est tout ce que je retiens.

Noria soupira et lui sourit faiblement.

– Merci Assan. Comment te sens-tu ?

– Mieux, bien mieux. Je suis quitte pour une nouvelle cicatrice. Dès que j’irais mieux, je conduirai ce qui reste du clan vers Fort Céleste. Vas-tu venir avec nous ?

Noria secoua la tête.

– Non, j’étais venue te dire au revoir. Je m’en vais.

– Où iras-tu Da’len ?

– Je ne sais pas encore, je vais sans douter commencer par Kirkwall.

– Que veux-tu que je dises à Seth ?

Noria réfléchit et lui dit, en souriant plus franchement :

– Dis-lui que je n’ai jamais été patiente et que j’en ai eu assez de l’attendre.

– Tu t’en vas aujourd’hui n’est-ce pas ?

– Oui sinon je n’y arrivais plus.

Avec stupéfaction, Noria vit Assan essayer de se relever. Elle l’arrêta aussitôt.

– Arrête Assan tu vas rouvrir ta blessure !

– On s’en fiche tu ne partiras pas sans un au revoir correct ! Alors viens-là !

Elle se mit difficilement assise et lui ouvrit les bras. Avec mille précautions Noria l’enlaça. Assan la serra fort contre elle et lui murmura :

– Sois prudente Da’len, la vie des Shems est bien plus dure que celle que nous menons. Et surtout promets-moi de revenir me voir.

Les larmes aux yeux, le visage enfoui dans son épaule, Noria acquiesça silencieusement.

– Tu me manqueras beaucoup.

La voix nouée, Noria lui dit.

– Toi aussi tu me manqueras, tu me manqueras énormément.

Noria se redressa, lui donna un dernier sourire plein de larmes et s’éloigna.

L’aventure commençait pour elle, mais finalement ce départ avec un goût de cendres et de sang.

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Chapitre 13 – Face à ses choix

Leena était inquiète.

Après le départ d’Azel, elle avait fait les cent pas pendant quelques minutes, persuadée qu’il allait faire demi-tour, qu’il allait se rendre compte du mauvais chemin qu’il prenait. Mais il ne revint pas. Alors elle s’activa autour des corps de Suzanna et d’Hendel. Elle avait tiré le corps du Suzanna vers celui de son mari, avec beaucoup de difficulté mais aussi de détermination. Elle savait d’instinct qu’ils auraient souhaité être réunis dans la mort. Elle recommanda leurs âmes au Créateur et souhaita qu’ils se retrouvent tous les trois, peu importe le chemin qu’ils ont dû prendre, et qu’ils passent l’éternité ensemble. Elle n’eut pas le cœur de les laisser ainsi, à la merci des charognards en tout genre. C’est pourquoi elle avait convoqué sa magie de feu, cherché les flammes les plus brûlantes et les avait libérées sur les corps. En quelques secondes il n’était resté que des cendres. Son funeste travail terminé, elle avait essuyé les larmes qui avaient encore coulé et s’en était allée, laissant le vent disperser les cendres.

Rapidement elle avait retrouvé le chemin qui l’avait menée au camp qu’ils avaient monté la veille. Elle avait réinstallé sa couche, fait un feu et décidé de grignoter une bande de viande séchée de leur réserve. La nuit était tombée rapidement et le brouillard s’était densifié encore. Elle avait eu l’impression d’être seule au monde et ses angoisses de solitude avaient refait surface.

Assise devant le feu qui crépitait, ses bras encerclaient ses genoux relevés et son regard s’était perdu au milieu des flammes. Cela faisait maintenant des heures qu’Azel était parti. Elle aurait dû se reposer, penser à la mission qui l’attendait, mais le jeune homme occupait pleinement son esprit. Elle priait de tout son cœur pour qu’il ne réussisse pas à rattraper les brigands et qu’il lui revienne rapidement. Elle-même avait déjà tué, bien sûr, et elle aurait voulu croire que c’était le plus souvent pour se défendre. Mais elle n’était pas assez naïve pour penser qu’elle n’avait tué que pour cela. C’était une meurtrière, elle le savait et assumait chacun des choix qui l’avait amené à utiliser sa magie pour exterminer quelqu’un.

Azel était différent. Non pas parce qu’il n’était pas assez fort ou trop innocent pour assumer ses choix. C’était avant tout une question de principe et de valeur. Elle savait qu’Azel avait été élevé dans l’idée que toutes les vies avaient de l’importance et que tuer n’était pas une solution. Assassiner de sang-froid ces hommes allait le changer, irrémédiablement. Cela pouvait l’endurcir autant que le détruire.

S’il ne revenait pas dans la nuit, elle partirait à sa recherche le lendemain matin. Elle ne pourrait, de toute façon pas se concentrer sur Owen si elle ne savait pas où était Azel et s’il allait bien.

Elle luttait contre le sommeil quand elle entendit des bruits en provenance des fourrés. Le brouillard l’empêchait de voir quoi que ce soit. Cela pouvait être Azel mais elle ne voulait prendre aucun risque. Précipitamment, elle ramassa son bâton et se tourna vers le bruit. Enfin une silhouette sortit de l’ombre et la jeune femme souffla :

– Azel !

Aussitôt elle lâcha son bâton et se précipita vers le jeune homme. Elle s’arrêta dès qu’elle fut assez près pour voir son expression. Son visage était fermé, sans expression et ses yeux semblaient comme vides. A la vue du feu de camp il s’était soudain stoppé, la regardant dans les yeux. Leena n’eut donc aucun doute sur ce qu’il s’était passé. Elle s’approcha encore, jusqu’à pouvoir le toucher, et caressa doucement sa joue.

– Azel ?

– Je les ai retrouvés.

– Je sais.

– Je les ai…

Leena posa deux doigts sur ses lèvres.

– Je sais.

Elle lui prit les mains, des mains terriblement froides, et le guida gentiment vers le feu pour le faire assoir sur sa couche, déjà prête. Elle lui prépara de quoi manger et lui tendit. Azel secoua la tête. Mais Leena insista, lui mettant presque la nourriture dans les mains.

– Mange.

Azel finit par obéir, avec réticence. Le silence s’installa entre eux, alors que le jeune homme mâchait sa nourriture.  Leena s’était assise à ses côtés et finalement, elle n’y tint plus, se tourna vers lui et lui demanda :

– Comment tu te sens ?

Lentement, Azel mit son écuelle de côté et leva la tête pour croiser son regard.

– Ce que j’ai fait… je ne suis pas sûr de le regretter.

– Ces hommes n’étaient pas bons et encore moins innocents.

– Oui je le sais mais… il n’empêche qu’au fond de moi, je devrais le regretter. Je devrais avoir en horreur ce que je leur ai fait.

Avec un petit sourire de dérision, il ajouta :

– Ils m’ont supplié, tu sais. Ils m’ont supplié de les épargner.

Leena trouva alors sa main et la serra dans la sienne.

– J’aurais pu les tuer facilement. Mais je les ai fait souffrir. Je les ai regardé souffrir et j’ai pensé « Tant mieux, il le mérite pour ce qu’ils ont fait. ».

– Ne te fais pas tant de mal, Azel.

Ses yeux semblaient hantés et Leena ne savait pas comment le consoler, comment l’aider à passer cette épreuve.

– Est-ce que c’est ça le prix de la liberté ? Devenir un monstre ?

Leena se mit à genoux devant lui et lui enserra le visage de ses mains.

– Non Azel, tu n’es pas un monstre. Tu es simplement humain. Les Cercles vous préservent de tellement de choses. Mais la colère, la rage font partie de la palette d’émotions que l’on peut ressentir. Et comme tout humain, tu ne peux pas les empêcher de sortir, parfois.

– Et si je me perdais en chemin ? J’ai déjà tellement de sang sur les mains…

Alors Leena prit ses deux mains dans les siennes, et les embrassa.

– Je ne te laisserai pas te perdre, je te le promets. Jamais. Et tes mains nous allons les laver. Tu ne seras peut-être plus comme le Azel d’avant. Mais tu n’en seras pas si loin.

Sans qu’elle ne s’y attende, le jeune homme se jeta presque sur elle et se serra contre son corps, la renversant presque en arrière. Sa tête à hauteur de la gorge de la jeune femme et ses bras fermement ancrés autour de sa taille, Azel souffla :

– Aide-moi, Leena…

Une main sur sa tête, l’autre le pressant encore plus fort contre elle, elle le berça gentiment :

– Je suis là. Tu es si courageux, tu sais.

Elle le sentit rire brièvement contre elle, un rire ironique.

– Si tu l’es ! Ce que tu as fait ce soir, tu devras en porter la responsabilité toute ta vie. Mais tu les as aussi empêchés de faire du mal à quelqu’un d’autre et tu as pris ce sang sur tes mains pour que personne d’autre n’ait à le faire. Et tu vas te relever de ça, parce que tu en es capable. Toutes ces questions que tu te poses maintenant prouvent que tu es toujours toi, aucun monstre n’a pris ta place.

Azel releva la tête et doucement Leena se pencha vers lui pour déposer un baiser très tendre sur ses lèvres, plus pour le consoler que pour entamer quoique ce soit. Mais lorsqu’elle voulut s’écarter, elle eut la surprise de sentir la main du jeune homme qui s’était glissé derrière sa tête, et qui la retint contre ses lèvres. Même si elle savait qu’il ne l’embrassait pas forcément pour les bonnes raisons, elle ne se sentit pas la force de l’arrêter. Ainsi lorsqu’il voulut approfondir le baiser, elle le laissa faire et y répondit même avec bonheur. Les lèvres du jeune homme, d’abord dures sous les siennes, s’adoucirent à son contact. Elle passa ses bras autour de son cou et gémit de plaisir. Doucement le jeune homme la poussa pour qu’elle s’allonge sur la couche, sans pour autant séparer leurs lèvres. Il s’installa au-dessus d’elle et accentua encore ses baisers, jouant de sa langue pour la rendre folle. Un frisson de désir, presque animal, traversa la jeune femme et son corps se couvrit de chair de poule. Et pourtant il fallait qu’elle l’arrête, il n’était pas vraiment dans son état normal. Il voulait juste oublier ce qu’il avait vécu, trouver du réconfort dans ses bras. De tout son cœur, elle souhaitait pouvoir le lui donner. Mais elle avait terriblement peur qu’il le regrette fortement le lendemain matin quand le soleil se lèvera, éloignant déjà un peu ce qu’il avait fait. Et elle n’était pas certaine de pouvoir supporter un rejet de sa part, surtout s’ils passaient la nuit ensemble. Azel l’incita à écarter les jambes et l’une de ses mains relevait lentement sa jupe sur ses cuisses. Ses lèvres quittèrent celles de la jeune femme et glissèrent vers le bas pour attaquer son cou alors que sa main avait remonté sa jupe sur ses hanches. Elle devait l’arrêter maintenant, où elle n’en serait plus capable après. Elle monopolisa toute la volonté qu’il lui restait alors qu’Azel mordillait son cou.

– Azel, attends…

Le jeune homme redressa la tête :

– Pourquoi ?

Puis, sans lui laisser le temps de répondre, il lui reprit les lèvres dans un baiser passionné qui lui fit complètement tourner la tête. Avec grande difficulté, elle s’arracha à ses lèvres tellement tentantes et rejeta sa tête en arrière pour essayer de mettre le plus de distance entre eux.

– Parce que tu ne sais pas ce que tu fais. Tu es bouleversé et je ne veux pas juste être une nuit de réconfort.

Azel la regarda dans les yeux et répliqua :

– Je croyais pourtant que tu en mourrais d’envie. Et puis tu me dois bien ça non, c’est bien ce que j’ai été pour toi au Cercle ?

Blessée, Leena resta un moment sans voix puis repoussa violement le jeune homme pour se redresser. Elle allait se lever quand Azel la retint par la main. La jeune femme refusa de se tourner vers lui.

– Leena pardonne-moi, c’était injuste et je n’aurais pas dû.

Même si elle entendit clairement le regret dans sa voix, elle ne lui fit toujours pas face.

– Non, tout va bien. Comme je le disais tu es bouleversé. Nous ferions mieux de dormir.

Mais le jeune homme la retenait toujours, alors elle se tourna finalement vers lui. Son air contrit adoucit la jeune femme et elle lui sourit.

– Tout va bien, Azel. Vraiment.

Il posa une main sur sa joue et l’attira à nouveau à lui. La jeune femme se laissa faire et lorsqu’ils se firent face, il posa son front contre le sien et soupira profondément.

– Je ne voulais pas te blesser, j’ai parlé sans réfléchir.

– Peut-être pas, tu n’as fait que dire tout haut ce que tu penses tout bas. Je crains que tu n’arrives jamais à me pardonner.

– Je n’en sais rien, Leena.

Les yeux de la jeune femme se remplirent de larmes et c’est d’une voix légèrement enrouée par l’émotion qu’elle reprit.

– Alors essayons de rester amis.

Le jeune homme se redressa, sourit tristement et caressa sa joue.

– Le problème, c’est que je n’ai pas envie d’embrasser mes amis, je n’ai pas envie de les déshabiller ou de leur faire l’amour.

Leena écarquilla les yeux.

– Alors nous sommes dans une impasse. Après cette mission je demanderai à en effectuer une hors de la Forteresse. Tu pourras reprendre ta vie comme si je n’avais jamais réapparu. Tu verras, le désir s’efface avec le temps.

– Il n’est pas parti pendant les trois ans où nous avons été séparés.

Le visage de la jeune femme exprimait la confusion la plus totale.

– Qu’est-ce que tu attends de moi alors ?

Azel hésita quelques secondes.

– Nous pourrions essayer de tout recommencer à zéro.

– Mais… tu dis toi-même que tu ne sais pas si tu pourras un jour me pardonner… à quoi bon ?

– Même si je ne peux pas encore te pardonner, je crois comprendre pourquoi tu l’as fait. Et tu avais peut-être raison, je n’étais peut-être pas prêt il y a trois ans.

Leena n’en croyait pas ses oreilles et ce sont des émotions bien différentes qui la submergèrent. D’abord une joie immense, parce qu’il comprenait ce qu’elle avait si maladroitement fait il y a quelques années et parce qu’il voulait bien essayer de reconstruire quelque chose avec elle. Mais elle ressentit aussi une peur terrible, peur que cela ne marche pas et qu’il finisse par se détourner d’elle définitivement. Elle ferma brièvement les yeux et lui demanda :

– S’il te plait, dis-moi que tout ceci n’est pas une mauvaise plaisanterie ?

Azel tourna la tête vers le feu et eut un petit sourire.

– J’ai eu beau essayer de toutes mes forces, je n’ai jamais réussi à te détester, alors que tu m’avais fait plus de mal que personne d’autre avant. Encore aujourd’hui je me rends compte que lorsque je ne vais pas bien, c’est vers toi que j’ai envie de trouver du réconfort.

Cette fois les larmes coulaient librement sur les joues de Leena. Il ne lui avait pas clairement proclamer son amour, mais c’était certainement ce qui s’en rapprochait le plus.

La jeune femme se jeta alors sur lui et l’embrassa à perdre haleine. Entre deux baisers, elle lui avoua :

– Je t’aime.

Celui-ci la serra tout contre lui et l’embrassa à son tour. Soudain d’humeur plus malicieuse, Leena demanda :

– Lorsque tu dis que tu veux tout recommencer à zéro, dois-je me représenter ?

Azel sourit.

– Pourquoi pas ? Bonjour, jeune demoiselle, je suis Azel, un très puissant mage.

– Enchantée Azel, je suis Leena, mage exécrable. Mais nous vous en faites pas, j’ai bien d’autres qualité.

– Je n’en doute pas.

Les yeux d’Azel se voilèrent à nouveau et il finit par demander :

– Est-ce que je peux te poser une question ?

– Bien sûr !

– Combien de personnes as-tu tuée ?

Après un petit temps de silence, la jeune femme avoua :

– Vingt-sept personnes. Autant te dire que je n’en suis pas fière.

– Je ne me permettrais pas de te juger. Juste…comment fais-tu pour vivre avec ?

Leena réfléchit un instant.

– Je ne les oublie pas. Ça peut te sembler contradictoire, mais il me semble important de retenir leur nombre et si je peux, la tête qu’ils avaient, pour me rappeler que si eux étaient humains, moi aussi je le suis. Je ne fais pas l’erreur de croire qu’il s’agissait de gens horribles que j’étais été forcée de tuer. Parce que ça n’a pas toujours été le cas. Et puis avec le temps, le poids que tu sens aujourd’hui diminuera.

Azel soupira :

– Comment fais-tu pour être…aussi forte ?

La jeune mage eut un petit rire.

– C’est n’est pas l’impression que j’ai, mais si tu souhaites absolument une réponse, je te dirais que l’école de la vie m’a apprise beaucoup de choses. Et maintenant tu ferais mieux de dormir. Ne t’en fais pas je prends le premier tour de garde.

– Très bien. Oh Leena ? Merci.

– De quoi ?

– D’être là tout simplement.

La jeune femme lui sourit :

– Avec plaisir, Azel. Repose-toi.

Après un dernier regard, le mage s’allongea sur la couche pendant que Leena veillait près du feu.

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Chapitre 12 – Celui qui tombe à pic

S’adapter à sa nouvelle situation lui prit plus de temps qu’escompter. Elle trouvait excessivement frustrant de voir à nouveau mais de s’en trouver néanmoins handicapée. Elle mit des jours avant de pouvoir à nouveau ne serait-ce que toucher une cible avec son arc ! Et encore elle savait qu’elle devait ce « miracle » à l’enchantement de son arc et pas à son œil. Elle en devint passablement grognon, la patience n’avait jamais été son fort. Adan fit son possible pour la rassurer et la complimenter pour ses progrès, mais elle voulait que ça aille plus vite. En attendant elle avait recommencé à prendre soin de son jardin, même si elle ne pouvait toujours pas voir les cendres et les poutres noircies de la petite maisonnette sans ressentir un violent coup au cœur. Elle recommença à faire quelques potions et poisons simples pour se remettre en jambe, et de tout façon toutes ses réserves avaient disparues.

Enfin au bout de quelques semaines elle mit régulièrement dans le mille et sentait qu’elle avait à nouveau le contrôle de son corps et de ses mouvements. Ce même jour, elle eut des nouvelles de Seth. Il semblerait qu’une terrible bataille avait fait rage à Darse, quartier général de l’Inquisition. Beaucoup de morts et un village détruit, mais l’Inquisition tenait à faire savoir que « l’Inquisiteur » avait à nouveau miraculeusement survécut et qu’ils en sortaient grandis. Noria aurait tellement voulu être à ses côtés, il semblerait que l’on ne s’ennuie jamais avec lui !

Ces quelques nouvelles lui redonnèrent un coup de fouet. Elle accéléra son entrainement, ne s’arrêtant que lorsque l’obscurité l’empêchait de distinguer correctement sa cible.

Finalement elle supplia son frère de l’accompagner en excursion pour quelques jours. Elle avait besoin de prendre l’air. De se retrouver un peu seule, c’est ce qui lui manquait le plus. Depuis son accident, sa famille avait beaucoup de mal à la laisser plus d’une minute. Elle étouffait littéralement, avait besoin d’air et de se retrouver. Elle savait que son père ne la laisserait jamais partir seule donc elle se tourna naturellement vers son grand frère. Etre la petite dernière avait ces avantages, notamment le fait que lorsqu’elle faisait ses yeux de hahl battu, elle arrivait souvent à ses fins, surtout avec Adan.

Ils partirent tôt le lendemain matin et lorsqu’ils furent hors de vue du camp, Noria poussa un profond soupir de soulagement. Pleine d’allégresse elle embrassa bruyamment son grand frère sur la joue.

– Merci Adan ! J’avais vraiment besoin de m’échapper !

Le jeune elfe éclata de rire.

– Je sais No. Et je pense que tu me dois, au moins, une reconnaissance éternelle.

Ils prirent leur temps et profitèrent de ce moment de complicité, campant à la belle étoile, chassant et cueillant leur nourriture. Elle le laissait guider la marche et ne fit pas vraiment attention à leur destination ou leur direction.

Après quatre jours de marche, Adan lui annonça qu’il était sur le chemin du retour. L’après-midi touchait à sa fin lorsqu’ils entendirent des voix toutes proches, des voix d’hommes au timbre guttural. Intrigués, les deux elfes se rapprochèrent silencieusement.

– Bon les gars, on a peu de temps avant que la nuit tombe. L’attaque est prévue au crépuscule pendant leur repas. Ils seront distraits et surtout l’obscurité les empêchera de nous avoir avec leurs flèches. Pas de quartier d’accord ? On exécute la mission et on empoche l’argent. Et je vous rappelle qu’il y en a un paquet ! On nous paie pour faire disparaître le clan de ce pseudo « Inquisiteur » et c’est ce qu’on va faire.

L’homme qui venait de parler, certainement leur chef avait une forte carrure et des cicatrices plein le visage. Il portait à son flanc une hache impressionnante. A côté de Noria, c’était tout bonnement un géant !

La trentaine d’hommes qui l’entouraient acquiescèrent silencieusement, tous plus menaçant les uns que les autres.

Noria sentit son sang bouillir dans ses veines. Ils projetaient de massacrer le clan Lavellan, femmes et enfants compris. Le clan de Seth ! Certes elle savait que l’elfe ne vouait pas un grand amour à son clan mais il devait tout de même y avoir des attaches, sa mère, des amis d’enfance…

Elle ne s’était pas rendu compte qu’ils se trouvaient si proches des Lavellan.

Elle devait stopper ça, elle devait faire quelque chose ! Elle fit signe à son frère de battre en retraire et hors de portée d’oreille, elle murmura :

– Adan, on ne peut pas les laisser faire ! Je vais courir prévenir les Lavellan, toi, suis-les discrètement et lorsqu’ils sont proches du clan, fonce me prévenir. A tout de suite frérot, sois prudent.

Elle allait partir mais Adan la retient par la main :

– No, toi aussi, soit prudente, n’en fait pas trop d’accord ? Tu te remets à peine.

Elle lui sourit, confiante :

– Ne t’en fais pas. Tout se passera bien !

Elle laissa Adan derrière elle et courut vers le clan Lavellan. Heureusement elle sût se repérer rapidement, ayant déjà eu l’occasion de passer dans le coin. Elle remarqua tout de suite les nombreuses marques de la présence de ses semblables et avec soulagement, elle aperçut enfin les premiers aravels. Elle déboula en trombe dans le camp. Visiblement les elfes s’apprêtaient à préparer le dîner. Elle était si pressée de voir l’archiviste qu’elle failli renverser une femme sur son chemin. Sans surprise, la femme était beaucoup plus grande qu’elle, d’une taille élancée et haute pour une femme elfe. Noria faillit s’étaler sur les fesses mais l’inconnue, l’agrippa vivement par le bras.

– Andaran atish’an… je…pardon… pfou… je…je…

Noria, hors d’haleine, les mains sur les genoux, n’arrivait même plus à parler.

– Bordel…pourquoi…je m’obstine… à porter…un corset !

La femme éclata d’un rire clair.

– Peut-être parce que nous les femmes, sommes parfois un peu masochistes en ce qui concerne la mode ! Reprends ton souffle Da’len ! Qui es-tu et que fais-tu là ?

Noria se redressa. La femme la regardait d’un air interrogateur. Sa peau mate luisant dans la lueur du soleil couchant et ses piercings brillaient légèrement. Son visage lui semblait tellement familier, sans l’être tout à fait, c’était déconcertant ! Mais devant l’urgence de la situation, elle ne prit pas le temps d’analyser ce sentiment.

– Je suis Noria du clan …

Les yeux bleus de l’elfe pétillèrent soudainement :

– Oh c’est toi Noria ! Enchantée de te rencontrer Da’len. Je suis… Assan.

Trop perturbée par la situation, Noria ne remarqua même pas la petite pause qu’Assan marqua.

– Bien, je suis désolée de couper court aux civilités, mais je dois absolument voir votre Archiviste. Un groupe de bandits Shems se tient prêt à vous attaquer.

Aussitôt Assan prit la pleine mesure de l’urgence. Elle prit Noria par le poignet et courut vers l’Archiviste qui se tenait debout devant de jeunes gens qui semblaient hypnotisés par ses paroles.

– Archiviste ! Nous devons parler, maintenant.

Le ton était impérieux et manifestement Assan avait un rôle important dans le clan, parce que le vieil homme se tourna immédiatement vers elle. Il remarqua tout de suite Noria :

– Noria ? Da’len comment vas-tu, que fais-tu là ?

– Je vais bien merci. Mais nous n’avons pas le temps. Une trentaine de bandits se dirigent vers le clan et ils sont là pour faire un vrai massacre. Ils comptent vous surprendre à la nuit tombée pendant le repas du soir.

L’Archiviste se tourna immédiatement vers Assan et lui fait un bref hochement de tête. Assan prit la défense du clan en main, ordonnant d’allumer le plus de lumière possible dans le camp et aux alentours et de s’armer rapidement.

Dans le tumulte des préparatifs, Noria entendit la voix de son frère l’appeler de loin. Il se dirigea vers elle.

– No ils seront là dans une dizaine de minutes.

Noria lui serra brièvement la main.

– Merci Adan, je crois que je vais avoir le droit au baptême du feu aujourd’hui.

Malgré elle, son œil pétillait face à l’excitation du rude combat à venir. Le clan Lavellan n’était pas très grand et les vrais combattants peu nombreux. Oui le combat sera difficile. Noria, saisit son arc et trépigna légèrement d’impatience. Elle avait hâte de savoir si elle saurait être aussi efficace qu’avant. Assan posa une main sur son épaule :

– Calme-toi Da’len.

– No ne fais rien d’inconsidéré …

– Adan si tu oses encore me dire que je suis en convalescence je jure que tu passeras la prochaine semaine assis, les fesses à l’air dans la forêt à attendre que les crampes passent ! Et n’essaie pas non plus de me couvrir ce soir ! Maintenant tais-toi et mets ça sur tes dagues !

Assan ricana. Cette petite avait du tempérament ! Adan s’exécuta en bougonnant et Noria passa, à son tour, un enduit empoisonné sur ses flèches et sa petite dague avant de tendre le flacon à Assan.

– Un petit plus pour « pimenter les choses » !

Assan sourit et lui prit la fiole qu’elle utilisa sur ses propres armes. Et pleine de surprise en plus !

Bientôt des cris de guerres retentirent dans la clairière et les bandits déboulèrent, armes au clair. Surpris par la clarté des lieux et par la menace des elfes prêts au combat, ils ralentirent mais ne s’arrêtèrent pas pour autant, harangué par leur chef. Une volée de flèches les cueillit et une dizaine de combattants tombèrent à terre, la plupart blessés. Noria vit sa cible et celle d’Assan prit de convulsion au sol. Bien deux de moins. Elle enchaîna les flèches et vit son frère se jeter dans la bataille. Tout en gardant un œil sur lui, elle observa Assan se battre. Son carquois vide, celle-ci était passé à la dague et enchaînait les adversaires rapidement. A elle seule elle tua cinq hommes. Le chef la remarqua aussi et une âpre lutte s’engagea entre les deux combattants. La puissance du mercenaire s’opposait à la vitesse et à l’agilité de la femme elfe. Elle esquiva avec une aisance déconcertante, tous les coups de hache du Shem. Fascinée, Noria en oublia le combat devant elle, et vit Assan exécuter une passe d’arme parfaite, plantant l’une de ses dagues dans le ventre du chef. Celui-ci se figea et tomba sur le dos au sol. Assan se tourna vers elle et lui fit un sourire triomphant. Et là elle comprit enfin. Ce sourire, c’était celui de Seth, les dents du bonheur en plus. Elle faisait donc face à sa mère.

Dans un dernier sursaut le chef mercenaire se releva et allait abattre sa hache sur la femme.

Sans réfléchir, et par pur réflexe, Noria encocha une flèche et lâcha la corde. Elle fila, frôla la tête d’Assan et atterrit dans l’œil de la brute épaisse. Cette fois-ci, il tomba, déjà mort en touchant le sol.

Assan regarda l’homme s’affaler à terre une deuxième fois et se tourna à nouveau vers Noria avec un petit sourire, mais elle se figea subitement et lança à son tour une dague qui se planta dans un mercenaire juste derrière la jeune elfe.

Noria ne put s’empêcher de rire.

– Egalité ?

Assan lui fit un clin d’œil. Cela rappela à Noria une conversation avec Seth, le premier jour de leur rencontre.

Pour le moment, le combat n’était pas fini. Les mercenaires, malgré la perte de leur chef, ne faiblirent pas. Mais ils tombèrent face à la défense bien organisée du clan Lavellan. Les derniers survivants finirent par s’enfuir sans demander leur reste.

Les cris de joie des Lavellan résonnèrent dans la clairière. Adan vint aussitôt s’assurer que sa petite sœur n’avait rien. Lui-même était indemne, d’ailleurs le clan ne comptait que deux blessés dans la bataille.

Le travail de nettoyage commença et le frère et la sœur aidèrent comme ils purent, achevant les blessés, regroupant les cadavres dans un coin pour les enterrer plus tard. L’Archiviste remercia Noria et Adan et les invitèrent à rester avec eux pour la nuit, il ajouta qu’ils seront toujours les bienvenues au clan Lavellan.

Noria se remettait de ses émotions assise sur une souche près d’un grand feu, en grignotant un morceau de pain. Elle était à la fois soulagée d’avoir été efficace au combat, d’avoir échappée à la mort et en même temps étonnée d’avoir fait la connaissance de la mère de Seth.

Elle était tellement perdue dans ses pensées, qu’elle ne remarqua même pas qu’Assan s’était assise à ses côtés.

– Merci pour tout à l’heure Da’len.

– Oh de rien, je crois que je vous dois également des remerciements.

– Je ne parlais pas seulement de ça, merci aussi de nous avoir prévenu. Tu peux me tutoyer Da’len, j’ai l’impression d’être une vieille femme quand tu me vouvoies.

– Eh bien pour une vieille femme vous tenez la forme ! J’ai cru voir quelques passes utilisées par votre…ton fils.

Assan la regarda avec intérêt.

– Tu as deviné ?

Noria haussa les épaules.

– Difficile de ne pas voir la ressemblance physique, et puis vous avez le même sourire. Seth vous ressemble beaucoup.

– Il m’a parlé de ton accident. Tu as l’air d’aller bien et je trouve le bandeau très original, ça te donne un air de pirate !

Noria rit.

– Oui je sais ! Et oui je vais plutôt bien. As-tu…as-tu des nouvelles récentes de Seth ?

Assan soupira.

– Non, pas vraiment, j’imagine qu’il doit être très occupé. Je sais qu’il saura parfaitement mener cette organisation, même si lui en doute sûrement. Mais je reste sa mère donc je m’inquiète.

Noria sourit.

– Oui tu as sans doute raison, il doit s’en sortir comme un chef, mais il doit sûrement faire tourner tout le monde en bourrique !

Assan ricana. Elle semblait bien connaître son fils. Il ne lui avait pas dit grand-chose sur la jeune femme qu’il avait rencontrée dans le clan voisin. Ils avaient sympathisés, elle était devenue, en très peu de temps, une amie chère, mais elle avait eu un accident et ne pouvait plus l’accompagner. C’est bien tout. Mais en tant que mère elle avait tout de suite vu qu’il y avait quelque chose qu’il ne lui disait pas.

En tout cas elle était ravie de rencontrer cette jeune femme vive et pleine d’esprit.

– Je me demande pourquoi des Shems nous ont attaqués …

– Ils voulaient juste porter un coup à Seth, d’après ce que j’ai compris. Quelqu’un les as payés pour vous massacrer.

Elles discutèrent encore un moment de tout et de rien et Noria partit se coucher en souhaitant une bonne nuit à Assan.

Le lendemain matin, Adan et Noria prirent leur temps avant de se préparer à rentrer. Ils allaient dire au revoir lorsqu’ils entendirent du bruit dans la forêt, qui se rapprochait de plus en plus. Des bruits de cheveux et de cliquètements de métal. A la surprise de tous, ils virent débarquer une petite troupe armée dans la clairière, aux armoiries étranges, un œil énorme transpercé par une épée.

Le commandant de l’expédition s’avança :

– Nous sommes ici sur ordre de l’Inquisiteur Lavellan. Nous avons reçu des rapports de nos espions qui indiqueraient une attaque imminente contre votre clan.

Noria éclata de rire ! « Trop tard Seth, je m’en suis occupée mais merci quand même ».

Assan croisa les bras, pointa du menton la masse de cadavres plus loin et sourit ironiquement.

– Vous pourrez dire à mon fils qu’il est en retard de quelques heures. Par contre vous pouvez nous aider à nous débarrasser de ça !

Et c’est ce qu’ils firent, travaillant rapidement et efficacement. Noria était impressionnée. Elle vit le commandant se diriger vers la mère de Seth et lui remettre une lettre. Il lui posa une question et Assan leva la tête vers elle lui demanda par un geste de les rejoindre.

Noria arriva à leur hauteur et le commandant se tourna vers elle.

– Etes-vous Noria ?

– Oui pourquoi ?

– J’ai ceci à vous remettre de la part de l’Inquisiteur. Je devais vous la remettre en main propre.

Noria fixa la lettre qu’il lui tendait sans trop y croire. Il lui avait écrit ! Un grand sourire éclaira ses traits et sans se rendre compte de son geste, elle prit la lettre et la maintint contre son cœur, geste qui n’échappa pas à l’œil acéré d’Assan. Oui son fils ne lui avait pas tout dit.

Finalement Noria et Adan prirent congés de leur hôte et Noria alla faire ses adieux à Assan. Dans un geste impulsif, Assan prit Noria dans ses bras et la serra brièvement contre elle.

– J’ai été ravie de te rencontrer Da’len. Passe me voir de temps en temps cela me ferait plaisir. Et tu m’apprendras deux trois petites choses sur les poisons, ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

Noria promit. Elle trouvait cette femme extrêmement sympathique et quelque part elle se sentait un peu liée à elle.

Ils se mirent en route. Ce n’est que plus tard, pendant une pause, que Noria s’isola et déchira le cachet de la lettre avec des mains tremblantes.

« Da’mi,

Je suis vivant !! Bon cela dit j’espère que tu es déjà au courant.

Comment vas-tu ? As-tu récupéré la vue ? Je l’espère tellement…

Quelque part je suis très heureux que tu ne m’aies pas accompagné. Le Conclave a été un vrai massacre et tous nos camarades sont morts. Pas moi. Mais il semblerait que je sois devenu une espèce de miracle sur pied ! Messager d’Andrasté ! Tu y crois toi ? Si c’est vrai je commence à sérieusement douter de l’intelligence de cette femme… Tout ça parce que j’ai une main qui brille et qui referme des failles… et qui picote par la même occasion !

Bref je te passe les détails, mais l’Inquisition ne chôme pas, je n’ai jamais été aussi éreinté de ma vie ! Nous avons subis une énorme attaque à Darse et j’ai affronté le méchant le plus moche de cet Age ! Coryphéus, rien que son nom n’inspire pas la sexitude. Je lui ai fait face et j’ai encore survécu ! Pas de bol Cory ! Mais Darse a été ensevelie, ce qui nous a obligé à changer d’endroit. Nous sommes maintenant à Force Céleste. Tu verrais la bicoque. C’est superbe mais une vraie ruine, tout est à faire ! Enfin j’ai des appartements privés c’est déjà ça.

J’ai également fais la connaissance de nombreux compagnons d’aventure.

Et je te jure que si ça n’est pas les dragons, les venatoris, les mages apostats, les templiers ou les bêtes sauvages qui me tuent, ça sera le manque de goût vestimentaire de certains ! Tu parles d’une Inquisition. J’aimerais que tu sois là pour ajouter une note de style à tout ça.

Il y a, Vivienne, une vraie langue de vipère d’Orlaïs, Dorian un mage Tévintide et Solas, un elfe plus mystérieux tu meurs ! Mais ne t’inquiète pas je suis sur le coup et je trouverai bien ce qu’il cache. Et puis il y a, Cassandra, instigatrice de l’Inquisition, un vrai paragon de justice et de droiture (d’un ennui…), Blackwall, un garde des ombres et Iron Bull une brute épaisse de Qunari mais très sympathique, Cole un être bizarre mi-humain mi-esprit, Varric, un nain écrivain qui n’a pas sa langue dans la poche et Sera une elfe complètement folle qui n’est pas Dalatienne.

Et je ne te parle pas de mes conseillers, Cullen ex-templier et commandant de l’Inquisition, Leliana ma maître-espionne, car oui j’ai une maitre-espionne, et Joséphine mon ambassadrice.

On forme une bande assez étrange mais on commence à bien s’entendre même si on n’est pas d’accord sur tout.

Tu me manques, donnes moi de tes nouvelles,

Seth. »

Voilà c’était tout. Pas de mot sur ce qu’ils s’étaient dit avant leur départ, pas d’invitation à venir le rejoindre dès que possible, pas de renouvellement de promesse de venir la chercher. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Mais à quoi s’attendait-elle ? Un sonnet pour lui déclarer son amour éternel ? Une invitation en bonne et due forme ? Oui cent fois oui ! Elle avait encore trop espéré voilà tout. Et maintenant, Seth avait des responsabilités qui la dépassaient largement. Elle ne faisait plus partie de son monde, plus pour le moment.

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Chapitre 12 – Compagnons de veillée

Leena fut aux aguets pendant tout son tour de garde. Heureusement, le reste de la nuit fut bien plus calme. Le lendemain ils se remirent en route, dans un silence pesant. Ils entrèrent dans la forêt tant redoutée. Pourtant le calme y régnait. Le soleil transperçait le feuillage en de multiple endroits faisant ressortir les couleurs chaudes de l’automne dont les feuilles commençaient à se parer. Ni l’un ni l’autre ne voulait reparler des événements de cette nuit mais ils restèrent néanmoins sur leur garde.

Lorsque la nuit tomba, ils trouvèrent une petite clairière où ils s’installèrent. L’atmosphère était lourde et ils mangèrent en silence regardant de tous côtés. Pour ceux qui savaient où chercher, la forêt était prolifique en vivre. Leena avait attrapé un lapin assez dodu, et avec quelques herbes, l’avait cuisiné en ragoût qui embaumait la petite clairière. Elle savait que c’était peut-être dangereux, mais il était plus prudent de garder leurs réserves de nourriture pour plus tard. De plus elle en avait assez des repas froids et de la viande séchée.

Ils savouraient donc un bon repas chaud, lorsque Azel releva subitement la tête. Leena qui avait également entendu un craquement étrange avait déjà posé son écuelle et avait pris en main son bâton. Encore un craquement. Pas de doute, quelqu’un était assez proche de leur camp et ne faisait manifestement aucun effort pour passer inaperçu. Azel et Leena étaient maintenant debout, dos à dos, prêts à l’attaque.

Finalement les buissons vers le nord bougèrent et un homme sortit des fourrées les mains en l’air.

– Attendez ! Je ne vous veux aucun mal… Nous sommes juste des voyageurs et nous avons très faim !

Aussitôt le regard de Leena balaya les buissons autour d’eux :

– Nous ? Comment ça nous ? Combien êtes-vous ?

– Deux ! Nous ne sommes que deux.

Méfiante, Leena ordonna :

– Que votre compagnon sorte !

L’homme se retourna et doucement murmura :

– Tu peux sortir ma chérie, tout va bien, ces gens ne nous feront rien.

Il tendit la main vers l’ombre et une femme visiblement enceinte sortit à son tour de l’ombre. Pour la première fois, Leena regarda attentivement les intrus. L’homme avait les traits tirés, mais souriait faiblement. La femme, elle, semblait épuisée, et regardait avec insistance le petit chaudron où mijotait encore un peu de ragoût qu’il n’avait pas pu manger. Son ventre, bien rond indiquait que la naissance n’était pas loin. Bizarrement, elle eut l’impression de les avoir déjà vu quelque part. Mais elle avait tellement voyagé qu’il lui était impossible de se rappeler où.

Dès qu’il vit l’état de la femme, Azel proposa :

– Nous pouvons partager notre repas si vous avez faim. Je suis Azel et la jeune femme renfrognée s’appelle Leena.

Cette fois, l’homme et la femme lui sourirent franchement et elle parla alors d’une voix douce :

– Oh merci monsieur, nous mourrons de faim.

Sous l’œil toujours un peu soupçonneux de Leena, Azel leur indiqua de s’asseoir près du feu et remplit généreuse deux écuelles. Assis l’un à côté de l’autre, les deux inconnus se jetèrent sur la nourriture qu’ils engloutirent rapidement. Une fois rassasiés, Leena leur posa alors quelques questions.

– Qui êtes-vous ?

L’homme lui répondit aussitôt :

– Oh oui pardonnez-moi ! Je suis Henley et voici ma femme Suzanna.

– Que faites-vous dans cette forêt ? Ne savez-vous pas qu’elle regorge de bandits et d’autres gens peu recommandables ?

– Eh bien, c’est-à-dire que…nous ne connaissons pas très bien le coin.

– Vous n’êtes pas d’Orlaïs ?

– Si mais…

Soudain, Leena se souvint où elle les avait déjà vus.

– Créateurs vous êtes des mages ! Vous étiez au Cercle d’Orlaïs !

Soudain paniqué Henley essaya de se justifier :

– Oui nous sommes des mages, mais nous ne vous ferons aucun mal. Nous ne sommes pas comme ces mages rebelles qui tuent sans raison.

Leena lui sourit enfin.

– Détendez-vous Henley, comment croyez-vous que je vous ai croisé dans un Cercle ? Azel et moi sommes aussi mages.

– Oh. Oh tant mieux alors.

– Comment vous êtes-vous retrouvés sur la route ?

C’est Suzanna qui lui répondit :

– Le Cercle d’Orlaïs s’est soulevé assez tard. Nous avons saisi l’opportunité de nous enfuir et de vivre notre propre vie.

Curieux Azel demanda :

– Vous étiez déjà enceinte ?

Suzanna rougit.

– Oui, Henley et moi avons commencé à nous fréquenter dans le Cercle. Et de fil en aiguille je me suis retrouvée enceinte. Les templiers voulaient me séparer d’Henley, l’envoyer dans un autre cercle. Mais le pire c’est qu’il voulait prendre notre bébé. Je n’aurais jamais eu le droit de le prendre dans mes bras, lui donner un prénom et le voir grandir.

Henley posa une main protectrice contre le ventre de sa femme.

– Nous ne l’aurions pas supporté et nous étions en train de chercher une solution quand les mages se sont soulevés. Nous sommes partis, mais sans trop réfléchir, sans vivre, sans plan. Nous nous sommes arrêtés dans le premier village et nous nous sommes mariés. Maintenant ils ne pourront plus nous séparer. Et depuis nous errons un peu.

Choquée Leena ne put s’empêcher de donner le fond de sa pensée :

– Vous êtes partis comme ça ? Alors que votre femme était enceinte ? Etes-vous complètement inconscients ?

Suzanna lui sourit tristement :

– Je sais, mais nous étions tellement heureux de pouvoir rester tous ensemble que nous n’avons pas vraiment réfléchi.

Leena regarda vers Azel qui semblait perdu dans ses pensées. Finalement il se reprit et proposa au couple de jeunes mariés :

– Nous allons partagez nos vivres avec vous. Et nous connaissons un endroit où vous pourriez vous réfugier et mettre au monde votre bébé. Il n’existe plus beaucoup d’endroits sûrs pour nous mais je vous suggère de voir du côté de l’Inquisition. Plein de villages se sont ralliés à eux, il vous suffit d’en atteindre un.

Leena intervient.

– Je sais où vous pourrez en trouver un pas trop loin d’ici. Mais faites très attention tant que vous êtes encore sur les chemins. Entourez-vous de barrière et faites des tours de garde pendant la nuit.

Henley acquiesça.

– Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous.

Ils passèrent la soirée à discuter, de leur statut de mage, de la révolution et puis de choses plus légères. Leena demanda s’ils avaient déjà trouvé un prénom pour leur enfant à naître. Après un regard complice, le mari et la femme répondirent que non et qu’ils préféraient attendre de le voir. Leena ne put s’empêcher de les envier. Ils semblaient tellement heureux, tellement innocents, comme s’ils n’avaient jamais eu à faire face à des coups durs ou qu’ils en étaient sortis plus forts. Elle les admirait aussi, pour avoir eu le courage de vivre la vie qu’ils voulaient, sans se soucier de rien d’autre qu’être ensemble. Epuisée, Suzanna finit par s’endormir sur l’épaule de son mari, qui s’était lancé dans un débat sur la magie avec Azel. Avec mille précautions et beaucoup de tendresse, il l’installa sur la couche que Leena prépara.

La nuit s’écoula sans incident et le lendemain vint le moment des adieux. Azel avait partager tous leurs vivres et avait donné une couverture supplémentaire à Suzanna, car les nuits étaient de plus en plus fraîches. Leena répéta pour la millième fois au moins à Henley la route la plus courte et la plus sûre pour le prochain village puis les prit brièvement dans ses bras en leur souhaitant beaucoup de bonheur. Moins démonstratif, Azel se contenta de leur sourire en leur souhaitant bonne route.

Une fois à nouveau seuls, Leena vit qu’Azel semblait à nouveau loin du moment présent, le regard un peu vague. Leena ne put que deviner ce qui trottait dans la tête du mage néanmoins elle demanda :

– Azel à quoi penses-tu ? Tu as l’air totalement ailleurs.

– Hum ? Oh non je pensais juste à notre mission.

Sceptique,  Leena répéta :

– La mission hein ? Tu sais, je préférerais que tu me dises carrément que tu n’as pas envie d’en parler plutôt que tu me mentes, je trouverais ça moins insultant.

Azel lui jeta un regard en coin et finit par avouer dans un soupir de résignation :

– Je pensais à Hendel et Suzanna.

– Ils sont très sympathiques tous les deux et j’espère sincèrement qu’ils arriveront à trouver un endroit où ils seront en sécurité.

– Oui moi aussi.

Une minute de silence passa mais Leena était persuadée qu’il ne lui avait pas tout dit. Elle n’insista pas, comprenant qu’il n’avait peut-être pas envie de se confier à elle, pourtant il ajouta :

– Je pensais aussi à leur situation et à leur enfant.

Leena tourna la tête vers lui et demanda :

– Tu penses à tes parents ?

Azel hocha la tête :

– J’ai toujours vu la situation de mon point de vue. Ce qui est plutôt logique. Mais je ne me suis jamais demandé ce qu’avait ressenti mes parents. Étaient-ils amoureux ? Est-ce ma mère qui m’a nommé ? A-t-elle eu du chagrin de me laisser ? Ont-ils été séparé par la suite ?

– Je ne suis pas une spécialiste sur la maternité mais je suppose que cela doit être difficile pour toute femme de devoir abandonner son enfant… si on exclut la mienne évidemment.

– C’est juste qu’en voyant Hendel et Suzanna aussi heureux de pouvoir rester ensemble… avec leur enfant… disons que je vois pourquoi certains mages trouvent notre situation injuste. Je n’ai jamais souhaité fonder une famille, donc pour moi la question ne se posait pas mais je pense que chaque mage devrait avoir le choix.

Leena lui sourit.

– C’est pour cela que je trouve que la place des mages n’est pas dans une tour. Non seulement parce que nous ne sommes pas des animaux mais des êtres humains comme les autres, mais en plus, les mages enfermés trop longtemps finissent par en perdre le sens des réalités. Regarde Hendel et sa femme, ils n’ont rien prévu pour leur fuite et auraient pu faire de très mauvaises rencontres. Et tu as raison, nous devrions tous avoir le choix de la vie que l’on veut mener.

Comme le jeune homme semblait encore perturbé par cette conversation, Leena s’arrêta et posa une main sur son épaule. Le jeune homme stoppa également sa marche et la regarda.

– Je suis certaine que tes parents s’aimaient et que, malgré leurs situations, ils étaient heureux d’avoir concrétisés cet amour par un enfant. Quelque part sur Thédas, un homme et une femme s’endorment chaque soir en priant pour que leur fils soit heureux et aille bien.

Une certaine tristesse passa dans le regard d’Azel mais il finit par lui sourire.

– Merci Leena.

La jeune femme lui rendit son sourire et ils reprirent leur voyage.

La journée avait été très brumeuse et lorsque la nuit tomba on ne voyait pas à dix pas devant soi. Leena ne reconnaissait rien et regarda en tous sens, un peu perdue. Avait-elle manqué un embranchement ? Auraient-ils du tourner à la place d’aller tout droit ? Légèrement inquiet, Azel lui demanda :

– Tout va bien ?

– Oui, c’est juste qu’avec tout ce brouillard j’ai du mal à me repérer.

Le jeune homme haussa un sourcil :

– Sommes-nous perdus ?

– Eh bien non, c’est juste qu’il vaut mieux que l’on s’arrête pour aujourd’hui. Je retrouverai certainement le bon chemin lorsque j’y verrai quelque chose. Trouvons un endroit où monter le camp.

Ils marchèrent pendant quelques minutes, quand Leena reconnut à terre un tronc abattu qui ressemblait à un petit dragon au repos et qu’ils avaient déjà passé hier soir. Perplexe, la jeune femme déclara :

– Azel, je crois que nous tournons en rond depuis ce matin. Je reconnais cet arbre mort, notre camp de hier soir ne doit pas être très loin.

Le jeune homme soupira, mais pragmatique enchaîna :

– Et bien au moins nous savons où nous installer pour la nuit.

Avec un petit sourire contrit, Leena essaya de se repérer et se dirigea vers la droite. Ils reprirent donc leur marche espérant tomber bientôt sur leur ancien camp. Le brouillard les rendait tous les deux un peu nerveux.

– Je suis désolée, Azel, avec ce temps tout est faussé et je ne reconnais plus rien. J’étais pourtant persuadée que nous marchions dans la bonne direc…

Elle ne finit pas sa phrase. Au détour d’un chemin, ils virent une silhouette allongée au sol et qui bougeait faiblement. Les deux jeunes gens se regardèrent avant de hocher la tête et de se rapprocher prudemment. Dès qu’ils reconnurent la personne au sol, ils se précipitèrent vers lui et Leena cria :

– Hendel !

Arrivés à sa hauteur, ils s’agenouillèrent à ses côtés. L’homme était à peine conscient et avait une méchante blessure au ventre, faite par un couteau ou une dague. Il avait perdu beaucoup de sang et était déjà très pâle. Leena regarda Azel, mais celui-ci après avoir brièvement inspecté les blessures du mage, secoua la tête. La plaie était trop profonde, il faudrait un maître de l’art de la guérison pour le sauver. Et ni l’un ni l’autre n’en était capable. Son foie avait dû être touché, il n’en avait plus pour longtemps. Les larmes aux yeux, Leena posa la tête de l’homme sur ses genoux et caressa ses cheveux. Faiblement Hendel ouvrit les yeux et les reconnut.

– Leena… Azel… je…ils nous sont tombés dessus…juste après que l’on se soit séparé…ils… Suzanna ! Va-t-elle bien ? Elle s’est enfuie… je…je crois que j’en ai tué un…ah créateur j’ai si froid !

Leena essaya de maitriser ses sanglots et demanda :

– Qui vous a fait ça ?

– Des…des brigands…ils voulaient nous voler…j’ai essayé de protéger ma famille…j’ai échoué.

Hendel parlait de plus en plus faiblement.

– Suzanna…notre bébé…il faut la protéger… promettez-moi… tous les deux… vous l’amènerez en sécurité ?

Sans hésiter, Azel lui répondit :

– Bien sûr Hendel, nous allons la retrouver ne vous en faites pas. Vous pouvez vous reposer maintenant.

– Oui…oui dormir… je suis fatigué… si fatigué…

Les larmes de Leena coulaient maintenant librement sur son visage. Elle se pencha vers Hendel :

– Oui dormez. Je vais vous chanter une berceuse que ma mère nous chantait lorsque l’on faisait un cauchemar

La jeune femme chanta doucement :

Au fond de la prairie, sous le saule

Un lit d’herbe, un doux oreiller vert

Repose ta tête, et ferme tes yeux

Et quand ils s’ouvriront, le soleil sera levé.

Ici c’est sûr, et ici c’est chaud

Ici les marguerites te gardent de tout maux

Ici tes rêves sont doux et demain ils seront vrais

Ici est l’endroit où je t’aime.

Au fond de la prairie, caché loin

Un manteau de feuilles, un rayon du clair de lune

Oublie tes problèmes et laisse tes difficultés

Et quand le matin sera là, ils seront déjà loin.

Ici c’est sûr, et ici c’est chaud

Ici les marguerites te gardent de tout maux

Ici tes rêves sont doux et demain ils seront vrais

Ici est l’endroit où je t’aime.

A la fin de la chanson, Hendel avait les yeux fermés et semblait presque apaisé. Les larmes de Leena tombaient sur son visage éteint. Elle sentit soudain la main d’Azel sur son épaule.

– Leena nous devrions partir à la recherche de Suzanna, elle est peut-être en danger.

Rapidement, la jeune femme essuya ses joues humides et se redressa :

– Oui…oui pardonne-moi, tu as raison, nous devrions la chercher, elle doit être terrifiée.

Quelques minutes plus tard, ils découvrirent un spectacle qui arracha un petit cri à Leena. Elle porta sa main contre sa bouche et souffla :

– Créateurs, Suzanna…

La jeune femme était au sol, allongée sur le dos. L’une de ses mains était posée sur sa gorge déchiquetée, sûrement par un couteau, et l’autre, sur son ventre, avait vainement tenté de protéger son bébé. Par acquis de conscience, Leena vérifia si son cœur battait encore mais les yeux grands ouverts de la jeune femme ne laissaient pas planer le doute. Gentiment, Leena prit son poignet qui était encore posé sur son ventre et chercha un pouls. Evidemment, elle ne trouva rien et secoua la tête pour en informer Azel. Celui-ci, le regard dur, se détourna de la jeune femme, les poings serrés. Leena ne put que croiser les mains de la jeune femme sur son ventre et fermer doucement ses yeux vitreux.

Qui avait bien pu faire ça ? Elle remarqua alors que le baluchon plein de vivres qu’elle lui avait donné le matin n’était plus là et elle était certaine de ne pas l’avoir vu non plus aux côtés d’Hendel. Étaient-ils mort pour un peu de pain et de viande séchée ? Elle alla rejoindre Azel qui s’était totalement figé devant un autre corps qu’elle n’arrivait même pas à distinguer clairement.

Intriguée la jeune femme se demanda s’il s’agissait de l’un des agresseurs, et se rapprocha. Tristement elle commença à lui dire :

– Si seulement j’avais…

Elle se stoppa immédiatement en reconnaissant l’homme qui semblait avoir été frappé par un puissant sort de foudre. Il s’agissait de l’un des hommes qui avait essayé de les agresser la veille. L’un de ceux qu’Azel avait laissé partir… Créateur, Azel ! Elle se tourna immédiatement vers lui et faillit reculer. Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Ses yeux lançaient des éclairs et restaient fixés sur le corps de l’homme. Tout son corps était tendu, sa mâchoire crispée, ses poings tellement serrés que ses doigts en étaient presque blancs. Elle voulait dire quelque chose, n’importe quoi, pour essayer de rétablir le contact avec lui mais rien ne lui vint. A la place elle posa une main sur son bras. Azel la repoussa brutalement d’un coup d’épaule et elle sentit soudain un puissant courant magique. Il se concentrait dans le corps du jeune homme et fut soudain expulsé en une violente poussée. Le corps du brigand fut propulsé contre un tronc d’arbre et tous ceux derrière s’inclinèrent légèrement vers l’arrière à cause de la force phénoménale de son sort. Il avait tellement de mal à contrôler sa colère qu’il haletait et soudain il cria un « Merde » retentissant, regarda un instant par terre avant de suivre des traces de pas récentes au sol. Il se remit en marche à grandes enjambées, laissant la jeune femme derrière. Leena tenta aussitôt de le suivre.

– Azel ! Attends !

– Laisse-moi, Leena. Je dois les retrouver, leur faire payer !

– Non, il est trop tard maintenant. Ça ne ramènera pas Suzanna et Hendel !

– Peut-être pas ! Mais au moins ceux qui leur ont fait ça paieront.

– Azel, non ça n’est pas toi qui parle, uniquement ta colère. Donnons-leur une sépulture décente et…

– Tu ne comprends donc pas ? Je dois les retrouver, tu entends ? Je le leur dois ! Maintenant, soit tu m’aides, soit tu me laisses partir !

Leena s’arrêta alors, sourcils froncés et bras croisés.

– Non je ne t’aiderai pas ! Je ne t’aiderai sûrement pas à devenir un meurtrier. Et le Azel que je connais ne se laisserait certainement pas…

Le jeune homme, toujours aussi furieux se détourna d’elle et lui lança par-dessus son épaule :

– Bien ! Tu ne veux pas m’aider ? Tant pis, je me débrouillerai seul !

Leena eut juste le temps de lui crier, avant qu’il ne disparaisse dans le brouillard :

– Azel, ne fais pas ça !

 Mais elle se retrouva seule, au milieu du brouillard, en compagnie de leurs amis disparus.

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Chanson utilisée :

Traduction par mes soins !

Chapitre 11 – Résolutions et décisions

Seren se réveilla en sursaut. Elle n’était pas dans sa chambre, elle était nue et surtout elle n’était pas seule. Elle sentit tout de suite un corps chaud dans son dos et un bras négligemment passé autour de sa taille. Elle se retourna brusquement et se trouva face au visage endormi de Rain. Alors tout lui revint, les baisers, les caresses, le désir, la tendresse. Elle sourit et passa un doigt sur les lèvres de l’homme merveilleux qui lui avait fait découvrir un plaisir dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Le rêve avait été extraordinaire mais elle allait devoir retourner à la réalité. Et mieux valait le faire rapidement avant de ne plus pouvoir jamais sortir de ce lit. Elle ne put s’en empêcher, et avant de se décider à s’en aller, elle l’embrassa une dernière fois, tout doucement pour ne pas risquer de le réveiller. Elle se recula, mais fut vite stoppée par les bras puissants de Rain qui se refermèrent sur elle. Elle se retrouva donc à nouveau plaquée contre son torse. Rain fronça le nez et sans ouvrir les yeux, grogna :

– Il est trop tôt. Reste avec moi…

Seren frotta tendrement le bout de son nez contre le sien et murmura :

– Je ne peux pas. L’aube n’est pas loin et les autres risquent de se réveiller d’un moment à l’autre.

Rain entrouvrit les yeux.

– Est-ce que cela serait si grave ?

Seren se dégagea et fourragea dans ses cheveux en soupirant. Pudiquement elle avait plaqué un drap contre sa poitrine.

– Tu ne sais pas de quoi Darius est capable. Un jour il m’a surprise dans les bras d’un autre combattant. Il est devenu comme enragé. Le lendemain il a fait assassiner cet homme. Il ne l’a pas seulement tué, il l’a fait massacrer et pourtant c’était un excellent combattant, d’une grande force physique. S’il te faisait le moindre mal je…

Rain se redressa aussi, posa ses mains sur les épaules dénudées de Seren et y déposa un baiser.

– Il ne m’arrivera rien, Seren. Je ne suis pas sans ressource.

La jeune elfe tourna la tête vers lui.

– Je sais. C’est juste que… Je ne peux pas le risquer. J’ai déjà causé trop de morts, Rain. Je suis désolée, j’ai été égoïste, je voulais juste…

Elle posa une main contre sa joue.

– Je voulais juste être heureuse et libre pendant quelques instants.

Rain se détacha d’elle.

– Alors tu ne souhaites pas aller plus loin ?

Sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, cette question énerva la jeune femme.

– Plus loin où exactement Rain ? Je suis une esclave, tu es un noble, un employé de mon maître. Que suggères-tu ? Que l’on se cache jusqu’à ce que l’on fasse l’erreur de trop ? Tu proposes de me racheter pour que nous vivions heureux ? Même si tu le faisais, je doute que Darius soit d’accord ! Tout ce que l’on réussirait au final, c’est se faire du mal.

Rain s’adossa à la tête de lit et croisa les bras sur son torse nu.

– Moi je suis prêt à prendre le risque de mécontenter Darius, à cacher notre relation juste pour qu’elle continue. Mais si tu ne l’es pas, je comprendrai.

Seren était tellement stupéfaite qu’elle ne sut que garder la bouche ouverte en le regardant comme une imbécile. Sa colère monta encore d’un cran.

– Tu ne comprends rien du tout ! J’essaie d’être raisonnable pour deux et toi tu…tu restes là à faire ton grand seigneur ! Je te dis que c’est nos vies qui sont en jeu, Rain ! Et je ne suis pas prête à mettre ta vie en jeu, je ne le mérite pas !

Toujours aussi calmement, Rain répliqua :

– Ça n’est pas ce que je pense et je te trouve très tentante lorsque tu t’énerves ainsi.

Faisant mine de ne pas avoir entendu la dernière réplique et échouant misérablement à cause de la maudite rougeur qui envahit ses joues, elle répondit vivement :

– Mais moi c’est que je pense ! Alors nous allons rependre nos vies comme si de rien n’était, parce qu’il serait totalement naïf de penser que notre histoire pourrait bien se terminer !

Comment pouvait-il se montrer aussi calme alors qu’à la moindre pensée qu’ils pourraient se faire surprendre, ses mains devenaient moites et son cœur s’accélérait. Elle ne voulait plus jamais voir quelqu’un mourir par sa faute, hors de l’arène. Précipitamment, et en s’assurant toujours de lui tourner le dos, elle se leva, ramassa sa chemise de nuit et l’enfila. Elle passa son châle autour d’elle, le regarda une dernière fois en murmurant :

– Je suis vraiment désolée.

Elle posa la main sur la poignée de porte mais fut stopper par la voix grave et toujours calme de Rain.

– Si tu passes cette porte maintenant, je considérerai que c’est ta décision finale et je la respecterai. Il ne se passera plus rien entre nous, je te le promets.

Seren se força à ne pas se retourner, de peur de changer d’avis. Elle avait une boule dans la gorge et la simple idée de ne plus jamais ressentir ce qu’elle avait ressenti dans la nuit lui donnait envie de pleurer. Le réveil était douloureux et difficile, mais elle devait le faire. Elle avait encore en tête les restes de ce pauvre homme qu’elle avait eu le malheur de séduire et rien qu’à l’idée que ce corps soit celui de Rain, elle en avait des sueurs froides. Maîtrisant sa voix pour ne pas laisser percevoir sa vive émotion, elle lui répondit :

– Très bien. Merci pour tout Alexei.

 

Lorsque la jeune femme referma la porte derrière elle, Rain soupira et se laissa couler dans son lit. Les draps sentaient encore le parfum de Seren et l’odeur de leurs ébats. Il enfouit son visage dans l’oreiller qui avait servi à la jeune femme, essayant de se faire à l’idée qu’elle venait de le rejeter. Ils avaient pourtant passé une nuit fantastique. Il connaissait bien le plaisir sexuel, et aucune de ses amantes ne s’étaient plaintes de ses talents. Pourtant avec Seren, les choses avaient été différentes, parce que la jeune elfe n’avait pas juste cherché l’assouvissement physique. Il était persuadé qu’elle ne s’en était certainement pas rendu compte mais elle avait été affamée de tendresse et d’affection. Et il les lui avait données, sans arrières pensées, comme si cela avait été la chose la plus naturelle du monde. Il avait adoré lui donné du plaisir, voir la surprise sur son visage et y lire la jouissance. Il s’était senti bien, en confiance, tellement d’ailleurs qu’il lui avait même confié son prénom, et lorsque la jeune femme l’avait répété, il avait ressenti comme un pincement au cœur. Tout avait été parfait.

Mais leur situation était compliquée et elle avait eu peur. Il pouvait le comprendre mais était terriblement déçu et triste qu’il ne valait pas le coup qu’elle se batte, qu’elle ne trouvait pas la force de passer outre cette peur, comme elle le faisait dans l’arène. Lui y aurait été prêt, parce que Seren éveillait chez lui des sentiments qu’il n’arrivait pas encore à identifier mais qu’il sentait déjà fort.

Il passa l’heure suivante à essayer d’arrêter de penser à tout ça, sans grand résultat. Finalement il se décida à se lever. Il n’allait de toute façon pas réussir à s’endormir. Il s’habilla rapidement et prit sa lance. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas maniée et elle lui manquait beaucoup. Il sortit dans la maison qui commençait à s’animer et se dirigea naturellement vers les jardins. Il s’arrêta soudain. Seren y était peut-être et il ne savait pas s’il serait déjà capable de tenir sa promesse. En même temps, il allait bien falloir la croiser tôt ou tard, et puis il avait vraiment envie de entrainement pour se vider l’esprit.

Heureusement, les jardins étaient vides et une légère brume montait doucement du sol. Rain inspira l’air frais du matin et commença ses exercices, faisait voler sa lance autour de lui, contrôlant chacun de ses mouvements à la perfection. Cela lui fit un bien fou, et enfin, après une heure d’entrainement, il s’arrêta, l’esprit légèrement plus apaisé.

Lorsqu’il se retourna, il croisa le regard argent de Darius qui le fixait étrangement. Il était, encore une fois, étonnement matinal. La Magister lui fit un bref hochement de tête pour le saluer et indiqua la direction de son bureau du menton.

– J’aimerais discuter un instant Rain.

– Bien sûr Darius, je vous suis.

Ils pénétrèrent dans le bureau de Darius et celui-ci referma la porte derrière lui.

– Nous sommes invités ce soir à une réception donnée par Emilia, vous voyez de qui je veux parler bien sûr ?

Comme pourrait-il oublié cette espèce de glu qui ne l’avait pas lâcher pendant de nombreuses soirées.

– Oui très bien.

– Bien. Elle a tenu à ce que vous soyez présent. Nous emmènerons également Seren pour montrer à tous que le petit « incident » avec Tia n’a, en aucun cas, affaibli ma maison et mes gens. Et que Seren se porte comme un charme.

Rain garda le silence. Il sentait que Darius hésitait à lui révéler la vraie raison de sa présence dans son bureau à cette heure aussi matinale. Darius le regarda un moment dans les yeux, avant de reprendre la parole.

– J’ai également une mission à vous confier. Vous ne le savez sans doute pas mais la maison d’Emilia est très aisée et très puissante. Son premier mari est mort jeune et très riche, lui léguant tout au passage. La fortune de sa famille et celle de son mari pourrait à elle seule subvenir aux besoins de l’Empire pendant quelques années.

Vous vous doutez bien que je cherche évidemment à m’allier à elle et j’ai déjà entamé les « négociations ». Croyez le ou non mais cette femme n’a finalement pas beaucoup d’exigences. Elle n’est plus jeune mais est encore fort désirable et elle a certain besoin… étrangement elle pense que vous êtes l’homme qui lui faut, pour répondre à ses besoins.

Rain le coupa immédiatement :

– Appelons un chat, un chat. Vous souhaitez que je couche avec cette femme parce que c’est le prix à payer pour son alliance ?

Darius lui sourit.

– Entre autre oui. Que vous la séduisez et que vous la combliez serait un bon début.

Sans se départir de son calme, Rain lui sourit à son tour et répliqua :

– Il en est totalement hors de question. Je suis votre garde du corps, pas une prostituée ou l’un de vos esclaves à qui vous pouvez donner des ordres. Je ne coucherai pas avec cette femme.

Le sourire de Darius s’étira, devenant presque malfaisant.

– Comme je regrette d’en arriver à ses extrémités, mon ami. Même si, je crois bien que j’ai les moyens de vous y obliger. Je ne vous ai pas encore payer et il serait dommage que les templiers apprennent que vous avez trouver refuge ici.

Le sourire de Rain s’effaça et il serra fort les poings. Enfin Darius se montrait sous son véritable jour. Il ne pouvait pas accepter. C’était impossible, il ne pouvait pas être réduit à ça ! Il n’avait qu’à partir. Mais Darius ne semblait pas disposer à le payer pour les deux mois qu’il avait passer ici et sans le sous, les choses risquaient d’être bien plus compliquées. Par Andrasté comme il souhaitait enfoncer son poing dans le visage satisfait de cette ordure. Comme avait-il pu croire que cet homme désirait l’aider ? Il ne faisait rien gratuitement. Il allait devoir payer chèrement cette erreur. Non il ne pouvait pas s’y résoudre. Tant pis il allait partir, même s’il sentait comme un léger déchirement à l’idée de laisser Seren aux mains de cet être sans scrupule. Mais il trouverait un moyen de revenir et de la libérer, il s’en faisait la promesse.

– Et bien je vais donc devoir quitter votre maison. Je vous remercie pour votre hospitalité. Vous passerez donc le bonjour à ces messieurs les Templiers pour moi, voulez-vous.

Rain tourna les talons et allait ouvrir la porte, lorsque d’une voix sifflante sous le coup de la colère, Darius l’arrêta :

– Vous semblez bien proche de mes esclaves Rain ! Sachez que je les ferai tous fouetter jusqu’au sang, y compris Seren pour passer ma vive déception d’avoir manqué une alliance prometteuse.

Rain se stoppa et se retourna. Cet homme n’était pas seulement sans scrupule, il était également d’une froideur et d’une cruauté peu commune.

– Vous n’oseriez pas ?

– Je ne parierai pas là-dessus si j’étais vous.

A cet instant, assez égoïstement, Rain aurait voulu être différent, insensible au sort des autres. Mais il n’était pas ainsi. Il ne pouvait pas, en son âme et conscience tourner les talons et condamner à la souffrance une vingtaine de personnes, dont Seren. Ses poings étaient tellement serrés que ses jointures étaient blanches. Il n’avait jamais ressenti autant de colère à l’encontre de quelqu’un avant ce jour. Même les personnes qui l’avaient mis en fuite ne l’avait pas autant mis en colère.

Il allait faire mine d’accepter mais trouverait une solution pour ne pas avoir à se dégrader ainsi. Il lui concéda donc la victoire de cette bataille, mais la guerre était loin d’être gagnée.

– Très bien, vous gagnez pour cette fois.

– Vous m’en voyez ravi ! Mais sachez, pour votre gouverne, que je gagne toujours.

– Nous verrons cela.

Rain ouvrit la porte et sortit.

 

Seren était nerveuse. Ce soir, pour la première fois, elle allait à nouveau sortir avec Darius dans une réception extérieure. Cela faisait maintenant plusieurs années qu’il ne voyait plus l’utilité de l’emmener avec lui partout et tout le temps. Mais ce soir Darius voulait qu’elle soit resplendissante, qu’elle attire tous les regards. D’habitude, elle se contentait d’apparaître quelques minutes et de repartir presque aussitôt. Elle ne devait pas oublier qu’elle ne faisait pas partie de ce monde. Alors lorsqu’une esclave vint lui apporter la robe que Darius souhaitait la voir porter ce soir elle manqua de suffoquer. Elle était magnifique, d’un rouge profond qui rappelait ses cheveux, et d’un tissu mordoré qui brillait doucement à chaque mouvement. Lorsqu’elle l’enfila, elle lui alla à la perfection. Elle avait une épaule dégagée et un décolleté assez profond. Elle lui moulait au corps jusqu’en bas de la taille ou elle s’évasait soudain en un flot de tissu. L’esclave la coiffa ensuite dégageant son visage pour laisser ses cheveux retombés dans son dos. Seren ne put s’empêcher de penser que les babillages de Tia lui manquaient terriblement en cet instant. Que c’était en partie grâce à eux qu’elle arrivait à combattre sa nervosité. L’esclave lui passa ensuite une poudre d’or sur toutes les parties dénudées de son corps, ainsi elle brillerait de mille feux. Seren passa son bracelet fétiche en or en haut de son bras et enfin fut fin prête.

Elle sortit de sa chambre sous les acclamations enthousiastes de la jeune esclave et se dirigea vers l’atrium. Darius l’attendait déjà. Il lui sourit chaleureusement en la voyant.

– Tu es magnifique Seren ! Comme quoi, une simple robe vous transforme une femme.

Seren lui offrit un demi sourire, ne sachant pas trop comment prendre cette remarque légèrement offensante. Avec étonnement elle se dit qu’elle ne l’aurait pas remarqué avant, trop heureuse que Darius daigne lui parler. Mais depuis la mort de Tia et surtout depuis la nuit qu’elle avait passé avec Rain, elle commençait à voir son maître différemment. Comme si le voile qui lui obscurcissait les yeux se levait peu à peu. Comme les choses avaient changé depuis que l’humain était entré dans sa vie !

Comme si le fait qu’elle pense à lui l’invoqua, Rain fit également son apparition. Par Mythal, il était magnifique ce soir. Il portait une longue veste blanche brodée de fil d’argent par dessus une tunique d’un bleu nuit profond. Il était renversant et Seren eut bien du mal à cacher son admiration. Elle préféra donc détourner les yeux et jouer l’indifférence, non sans avoir brièvement croisé son regard et y avoir lu une petite lueur admirative.

Darius fit quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant ; il lui offrit son bras. Indécise, Seren le regarda, ne sachant pas trop si elle devait l’accepter. Darius lui sourit alors et lui prit la main qu’il posa lui-même sur son bras.

– Allons-y voulez-vous. Ne nous voudrions pas arriver trop en retard !

Ils se mirent donc en route, accompagné de quelques soldats esclaves. Rain restait en arrière, prêt lui aussi à intervenir s’il le fallait.

Ils ne mirent pas plus d’une demi-heure à atteindre la maison d’Emilia, vivement éclairée pour la soirée. Lorsqu’ils passèrent le seuil de la porte, leur hôtesse vint aussitôt les accueillir. Elle sourit chaleureusement à Rain et Darius mais ne cacha pas sa grimace à la vue de Seren. Elle n’osa cependant pas faire d’esclandre à sa propre réception. Emilia passa d’autorité un bras sous celui de Rain et lui sourit. L’humain lui sourit à son tour et lui murmura combien elle était belle ce soir. Seren fronça les sourcils devant son comportement, ne voyant pas le sourire satisfait de Darius. Elle pensait pourtant que Rain n’était pas attiré par la Magister. Avait-elle si peu compté pour lui, qu’il songeait déjà à la remplacer ? Cela n’était pourtant pas son genre. Elle savait que le fait de le voir sans pouvoir le toucher ou l’embrasser allait être dur, mais elle ne s’attendait pas à une telle douleur à la vue de cette humaine à son bras, qui minaudait comme une adolescente pendant que lui semblait très séducteur ce soir. Darius la quitta pour rejoindre un groupe d’alliés et elle se trouva seule, bien seule dans sa jolie robe de soirée.

 

Rain fit des efforts, essayant de s’intéresser à son hôtesse de la soirée, mais en vain. Il s’était dit que peut-être il pourrait essayer de faire connaissance et ainsi ne pas avoir à faire ce qu’il avait à faire par devoir mais par plaisir, mais rien n’y faisait. Non il n’y arriverait pas, d’autant plus qu’il sentait le regard blessé de Seren sur eux à chaque instant. La jeune elfe devait le prendre pour un monstre de froideur et il ne voulait pas faire souffrir la jeune femme.

De plus il n’aimait pas Emilia, la trouvait creuse, fausse, manquant cruellement d’esprit et à chaque fois qu’elle le touchait, il avait envie de la repousser. C’est pourquoi lorsqu’ils se retrouvèrent isolés et qu’elle se jeta à son cou, plaquant sa bouche mollassonne contre la sienne, il la repoussa en essayant de s’y prendre le plus gentiment possible. Emilia n’abandonna pas pour autant, essayant encore de l’embrasser et plaquant sa main contre son entrejambe. Constatant le manque de réaction de Rain, elle soupira et s’éloigna enfin.

– Vous ne me désirez pas n’est-ce pas ?

– Non madame, j’en suis désolé. Vous êtes une femme charmante mais…

Il tourna très légèrement la tête et aperçut Seren, sirotant un verre et semblant bien seule dans cette foule de vaniteux. Ce geste sibyllin n’échappa pas à Emilia qui grimaça de rage. Elle n’était pas née de la dernière pluie et savait parfaitement ce que ce geste signifiait. Elle compléta pour lui :

– Mais votre corps appartient déjà à quelqu’un d’autre.

– Non, non je vous assure. C’est juste que je ne ressens pas d’alchimie entre nous, voilà tout.

– Je ne vais pas vous forcer, je ne suis pas désespérée à ce point !

Pourtant le ton de sa voix démentait ses paroles. Pour adoucir quelque peu la situation, Rain lui prit la main et la baisa.

– Je suis sincèrement désolé, madame. Je suis persuadé que vous trouverez un homme qui vous mérite vraiment. Je vous souhaite une excellente soirée.

Il s’éclipsa, espérant de tout son être qu’elle ne lui en tiendrait pas rigueur et n’en référerait pas à Darius.

 

Seren était assise sur une banquette, pas très loin du groupe de Darius. Elle était seule. Cela faisait quelques longues minutes que Rain et Emilia s’étaient éclipsés et son cœur saignait depuis. Elle ne pouvait pas empêcher son imagination galopante de les voir, enlacés, nus quelque part. Lui, en train de lui faire toutes les choses qu’il lui avait faite pour l’amener vers le plaisir et elle victime consentante.

Elle cligna rapidement des yeux pour chasser les larmes qui venaient de s’y accumuler. Elle avait fait son choix, Rain avait été très clair, et il ne chercherait pas à la faire changer d’avis. Il était passé à autre chose.

Soudain une silhouette s’assied à côté d’elle. Emilia s’étira langoureusement :

– Rain est un amant très doué ! Et pourtant nous avons eu peu de temps, je ne pouvais pas m’absenter trop longtemps loin de mes invités.

Seren essaya de rester de marbre et sirota son verre.

– Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que lorsqu’il m’a prise violemment contre ce mur. Un délice. J’imagine qu’il viendra me rejoindre plus tard dans la soirée.

La main de Seren tremblait légèrement et ses yeux étaient à nouveau voilés de larmes. Quelle vipère, quelle garce ! Venir pavoiser devant elle! Elle rêvait de lui enfoncer son verre brisé dans sa chair délicate. Mais elle prit sur elle. Emilia lut parfaitement le langage corporel de la jeune femme et sourit triomphalement, lui susurrant à l’oreille.

– Je le savais, petite traînée. Tu en pinces pour l’invité de ton maître. Comme c’est pathétique ! Tu ne l’auras jamais elfe !

Subitement elle se leva et cria à l’intention de Darius.

– Darius, mon cher, êtes-vous partant pour un pari ?

La Magister haussa un sourcil et répondit :

– Toujours très chère !

– Il semblerait que votre championne soit vraiment imbattable ! Je propose de mettre en doute cette affirmation. Je vous parie cent mille pièces d’or que votre championne ne pourra pas battre un géant, seule dans l’arène.

Toute la salle retint son souffle. C’était une somme considérable, décadente même pour un pari, mais le défi était de taille. Très peu de personne était capable de tuer un géant surtout sans bouclier et dans un espace restreint.

Seren regarda avec horreur Darius. Elle connaissait ses limites et savait qu’elle n’y arriverait jamais. Mais c’était une sacrée somme et elle connaissait son goût pour les paris. Et en effet il semblait réfléchir à sa proposition. Il se gratta le menton, pensif et finalement lâcha avec un sourire :

– Pari tenu !

Les conversations et les paris fusaient déjà dans la salle. Darius reprit.

– Tu t’en sens capable n’est-ce pas ma Némésis ?

Seren se leva calmement, et croisa le regard inquiet de Rain qui venait de réapparaître dans la salle. Elle se tourna ensuite vers Darius et s’inclina, aussi altière que possible, malgré l’angoisse qui lui nouait déjà le ventre.

– Peu importe l’ennemi, je le vaincrai.

Les acclamations reprirent de plus belle.

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