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Chapitre 17 – La fin du rêve

Quelques jours plus tard les plaies de Seren étaient refermées grâce aux soins de Rain, mais elle avait encore du mal à bouger sans qu’elle ne sente sa peau tirer. Elle faisait tout de même l’effort de se lever et de marcher un peu. Cela lui faisait du bien, si elle faisait abstraction des regards compatissants de tous les autres elfes. Darius ne les punissait que rarement. Lorsqu’il n’était pas content d’un esclave, il le revendait et ne s’embarrassait que rarement de la tâche ingrate de le punir. Et puis il s’agissait de la « championne », la « petite préférée » du maître. Néanmoins les autres esclaves semblaient plus peiner pour elle que ravie de sa situation.

Comme promis, Rain et elle ne se voyait que rarement et toujours brièvement, évitant un maximum d’attirer l’attention sur eux.

Elle ne croisa qu’une fois Darius. Elle garda la tête bien haute et lui dit bonjour comme si de rien n’était. De son côté le Magister lui demanda simplement si elle allait bien et si elle pensait pouvoir reprendre les combats rapidement. Pour une fois elle n’eut aucun scrupule à lui dire qu’elle ne se sentait pas encore au mieux de sa forme et que selon Rain, elle ne pourrait pas reprendre les combats avant au moins une bonne semaine. Elle ne voulait absolument pas mourir bêtement dans l’arène alors qu’elle touchait la liberté du bout des doigts. Elle n’avait plus de compte à rendre à Darius, et elle le quitterait sans un soupçon de remord ou de regret. Leur échange fût bref et assez tendu. Mais elle n’en avait plus rien à faire à présent.

La semaine paraissait s’étirer en longueur et pourtant elle avait une peur terrible à l’approche de l’échéance. Pour le moment elle pouvait encore rêver, se dire que tout était possible, mais si jamais quelque chose venait contrarier leurs plans, elle n’était pas sûre de pouvoir faire face à la déception qui en découlerait. Et puis ils n’avaient toujours pas trouvé un moyen de secourir Elora.

La veille d’embarquer, Seren était dans un état de nerf indescriptible mais elle tenta de faire bonne figure pour ne pas se faire remarquer. Elle apprit avec soulagement que Darius serait absent une partie de la journée. Elle proposa donc à Rain de se défouler un peu ensemble. Elle avait besoin d’évacuer la tension qui s’accumulait dans son corps, augmentant son rythme cardiaque et crispant tous ses muscles. Rain approuva aussitôt. Tout ce qui pouvait le distraire de ses pensées était bon à prendre.

Le soleil était haut dans le ciel lorsqu’ils se mirent face à face, armes levées, un léger sourire sur les lèvres.

– Bien, je propose un petit duel. Tous les coups sont permis, annonça Seren.

Le sourire de Rain s’agrandit.

– Inutile de me le dire deux fois.

Il attaqua immédiatement, faisant rire Seren. Ils enchaînèrent quelques passes, plutôt agressives, jusqu’à ce que Seren prenne légèrement le dessus, faisant reculer Rain vers les arbres fruitiers, l’acculant contre un tronc. Elle allait lui porter le « coup fatal » lorsque étrangement, elle vit le sourire de Rain s’élargir. Au même moment, elle sentit un froid intense dans ses pieds, qui remontait doucement vers ses mollets, puis ses cuisses. Elle était maintenant incapable de bouger ses membres inférieurs. Les Sais toujours dressés pour l’attaque, elle leva la tête vers Rain et fit une moue contrariée.

– Tu triches !

Rain éclata de rire.

– Tous les coups sont permis non ?

Seren ne pouvait pas laisser cet humain et son sourire suffisant gagner. D’un mouvement souple du poignet elle envoya voler l’une de ses armes. Elle fila comme le vent pour se planter à quelques millimètres de la tête de Rain, sur sa gauche. Le rire de Rain s’arrêta immédiatement et ce fut au tour de Seren d’afficher un sourire qui disait nettement « rira bien qui rira le dernier ».

– Pas mal, concéda-t-il, mais est-ce très intelligent de se débarrasser de son arme ?

– C’est pour cela que j’en ai deux. Maintenant si tu voulais bien arrêter tes tricheries je pourrais t’achever correctement.

Rain haussa un sourcil.

– J’aimerais bien voir ça …

Il relâcha son emprise sur sa magie et elle se jeta aussitôt sur lui. La lutte reprit de plus belle, mais Seren était effectivement désavantagée par la perte d’une de ses armes. Rain en profita et réussit à faire en sorte que ce soit Seren qui se retrouve plaquée contre l’arbre. Il allait lui porter un coup de taille avec son bâton quand Seren arriva, in extremis, à le bloquer avec son Sai. La force de Rain était considérable et ses mains tremblaient sous l’effort. Finalement ses muscles lâchèrent. Son Sai tomba au sol et le bout du bâton frôla la peau de son cou. Ils avaient tous les deux la respiration saccadée, et l’adrénaline leur parcouraient les veines. Le regard de Rain était braqué sur les lèvres de la jeune femme et celle-ci ne le quittait pas de yeux.

Cela faisait des jours qu’ils ne s’étaient pas touchés, surtout alors qu’ils étaient si proches l’un de l’autre. Sans trop savoir comment, le corps de Rain s’était rapproché du corps de la jeune femme et leur visage n’était séparé que par quelques centimètres et par le bâton de Rain.

– Seren ?

– Humhum ?

– Depuis combien de temps ne t’ai-je pas embrassée ?

– Mmmm…. Une éternité je dirais.

– Il est donc temps de remédier à cela.

D’un même mouvement, Rain lâcha son bâton qui alla se perdre dans l’herbe, plaqua son corps contre celui de la jeune femme et fendit sur sa bouche. Seren lui prit le visage en coupe et alla, elle aussi à la rencontre de ses lèvres. Les mains de Rain semblaient être partout à la fois, alors que leur baiser s’intensifiait et Seren eut bien du mal à se retenir de gémir de contentement. Ses mains s’étaient perdues dans les cheveux de Rain, essayant de l’attirer encore plus près d’elle. Lorsqu’après de longues minutes d’étreinte, ils se séparèrent enfin, Seren essaya de se montrer raisonnable.

– Nous devrions arrêter… Darius pourrait rentrer ou un esclave pourrait nous voir…

Rain frôla ses lèvres en une caresse langoureuse et finit par murmurer :

– Oui tu as raison. Et demain soir nous n’aurons plus à nous cacher.

– Oui demain soir…et je maintiens que tu as triché pour gagner.

Rain rit et s’éloigna à contrecœur de la chaleur de la jeune femme.

Ils ne leur restaient plus qu’à trouver un plan pour Elora. Seren adressa une prière muette aux Dieux.

«  Faiseurs, faîtes que tout se passe bien ! »

Darius en avait eu assez d’attendre. Après des jours à observer son invité et son esclave, il n’avait rien trouvé ou vu qui puisse faire penser qu’ils avaient une liaison. Mais il devait bien avouer qu’Emilia avait su piquer sa curiosité et pour en avoir le cœur net, il fit semblant, cet après-midi, d’avoir des choses à faire à l’extérieur. Il se posta devant une fenêtre qui donnait sur le jardin à l’abri des regards de ses esclaves. Il savait que Seren appréciait les jardins et il se dit que si quelque chose devait arriver, cela se passerait certainement ici, loin de l’agitation de la maison et des autres elfes.

Sa patience fut effectivement récompensée lorsqu’il vit Rain et Seren pénétrer dans les jardins. Ils commencèrent par se battre l’un contre l’autre et il dut bien admettre que Rain n’était pas mauvais, tenant tête à la plus grande guerrière de la ville. Il le vit user de sa magie puis reprendre le dessus pour finalement gagner le duel.

Ce qu’ils firent ensuite… Créateurs ! Il n’en croyait pas ses yeux ! A ce niveau ils ne s’embrassaient pas, ils se dévoraient la bouche ! Comme il avait été naïf ! Cela le tuait d’avouer qu’Emilia avait eu raison sur toute la ligne. Cela faisait sans doute un bout de temps qu’ils devaient se payer sa tête. De la part de Rain cela ne le surprit pas tellement, mais de Seren ? Il avait toujours pensé qu’elle s’était amourachée de lui, qu’elle ne voyait que lui. D’ailleurs il entretenait soigneusement ce sentiment, pour qu’elle exécute ses ordres sans discuter. Après tout elle était assez puissante pour le blesser si elle le souhaitait. Et là elle se frottait à cet humain comme une chienne en chaleur.

La colère finit par obscurcir complètement sa vision, et il ne remarqua même pas qu’il serrait tellement les poings qu’il commençait à saigner. Dans un geste de fureur pure, il envoya son poing dans le mur s’écorchant la jointure des doigts. Il allait leur faire payer, rappeler à Rain qui avait toutes les cartes en main et à Seren qu’elle lui appartenait, corps et âme, et qu’il ne la laisserait pas lui échapper aussi facilement.

Il allait devoir reprendre les rênes de cette maison, il n’était pas le Magister le plus puissant de la ville pour rien, il avait le bras long et l’esprit retors.

Les yeux étrécis, le cerveau en ébullition, Darius se détourna de la fenêtre. Il avait un plan à mettre en action.

En début de soirée, Seren essayait toujours de se distraire un maximum. Elle était dans sa chambre, avachie dans son fauteuil préféré, et s’était plongé dans un roman d’aventures. L’action y était omniprésente de sorte qu’elle était entrée dans le récit rapidement, oubliant pendant un instant ses soucis. Soudain elle sursauta en entendant des coups à sa porte. La voix d’une elfe lui parvint :

– Seren ? Maître Darius veut te voir dans son bureau.

Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Que lui voulait-il ? Envisageait-il de s’excuser ? Non certainement pas. Ça n’était pas son genre. Alors quoi ? La seule façon de la savoir était encore d’y aller.

Avec beaucoup d’appréhension, elle alla finalement frapper à la porte du bureau du Magister. La voix grave de Darius lui répondit :

 – Entre Seren.

Lorsqu’elle pénétra dans la pièce, la première chose qu’elle remarqua fut la présence de Rain dans la pièce et son cœur s’emballa. Elle avait un très mauvais pressentiment et le calme apparent de Darius ne fit rien pour la rassurer. Il était assis  derrière son bureau, les mains jointes devant lui, les coudes en appui sur la surface en bois. Elle jeta un coup d’œil vers Rain mais celui-ci restait impassible et ne la regarda même pas. Un long silence s’installa et l’atmosphère de la pièce se refroidit de plus en plus.

Enfin Darius prit la parole, et cette seule phrase lui glaça le sang.

– Je n’étais pas de sortie cette après-midi.

A nouveau, le silence s’étira, mais cette fois, Rain et elle échangèrent un bref regard. Darius reprit :

– Je suis tombé sur une scène étrange dans mes jardins… Il semblerait que deux personnes, sous ce toit, me mentent et me prennent pour un idiot fini !

Seren tenta aussitôt de s’expliquer :

– Darius, tout est de ma faute ! C’est moi qui …

Le Magister se leva brusquement de son siège et lui ordonna, en criant :

– Tais-toi Seren ! Comment as-tu osé ?

Soudain, un calme étrange envahit Seren. Après tout qu’avait-elle fait de mal ? Elle avait juste décidé de vivre sa vie, pour elle, d’être heureuse. Alors elle lui demanda simplement :

– Comment j’ai osé quoi, Darius ?

Celui-ci se mut rapidement pour se retrouver face à la jeune elfe, à seulement quelques millimètres de son visage. Il  lui caressa lentement la joue puis lui agrippa soudain le cou, rendant sa respiration difficile. Rain fit alors un pas vers eux et ordonna d’une voix sèche à Darius :

– Lâchez-la Darius !

Le Magister resserra, au contraire, son étreinte et annonça :

– Vous avez l’air d’oublier une chose essentielle. Seren m’appartient. J’ai le droit de vie ou de mort sur toi, ma championne. Si je te demande de sauter du haut d’une falaise, tu le ferras. Si je te demande de tuer Rain, tu le ferras.

Il haussa subitement la voix :

– Parce que je suis ton maître !

Sans quitter des yeux le visage de Seren, il reprit plus calmement :

– Quand à vous Rain, est-ce ainsi que vous remerciez les personnes qui vous aident et vous offrent l’hospitalité à Férelden ? En essayant de voler les biens de votre hôte ?

Rain le reprit aussitôt :

– Seren n’est pas votre bien. C’est une personne Darius, pas un objet. Et cela vous semblez l’oublier !

Darius se tourna vers lui, un sourire cruel aux lèvres.

– Non effectivement, elle n’est plus mon bien actuellement. Elle est devenue votre chienne.

Rain fronça les sourcils et serra les poings face à cette insulte. Darius tourna à nouveau son attention vers Seren et poursuivit :

– Mais je vais être magnanime. Nous nous connaissons depuis un moment toi et moi ma championne. Ne laissons pas cet homme tout gâcher.

Il se pencha vers son visage et posa son front contre celui de la jeune elfe, la main toujours serrée autour de son cou.

– Reviens vers moi Seren et je te promets que ta punition ne sera pas si terrible. Les choses changeront entre nous, il suffit de nous débarrasser de lui. Il ne restera que toi et moi. Je pourrais même envisager de réduire tes passages dans l’arène… Tout ce que tu as à faire c’est de me demander pardon.

Seren frissonna. Elle ne voulait pas de Darius, ce temps était fini et rien qu’à l’idée de retourner dans l’arène, son estomac se souleva. Elle en avait assez d’obéir aveuglément. Cette vie ne lui avait jamais rien apporté. Et surtout elle ne voulait pas s’excuser pour les seuls moments de sa vie d’esclave où elle avait connu le bonheur, dans les bras de cet homme que Darius lui demandait de renier. Alors elle lui répondit calmement, sachant pertinemment qu’elle n’arrangerait pas la situation. Mais elle ne voulait plus mentir, plus se cacher. Une larme unique roula sur sa joue :

– Non Darius. Et je ne vous obéirai plus sans poser de question. Il fut un temps où j’aurais accepté avec joie d’être à vous corps et âme. Mais vous n’avez fait que jouer avec moi. Et je ne suis pas un jouet. Je n’ai pas non plus à demander pardon pour avoir été heureuse avec Rain pour la première fois depuis des années. Libérez-moi Darius. Je sais que vous n’avez pas un mauvais fond, alors rendez-moi ma liberté. Rain et moi partirons…

Darius recula son visage du sien et lui souffla :

– Ah ma Seren… tu viens de faire le mauvais choix.

Il haussa alors la voix, ayant manifestement anticipé la réponse de la jeune elfe.

– Messieurs, vous pouvez entrer.

Seren, toujours prisonnière de la main de Darius, ne put tourner la tête pour voir ce qui se passait. Mais elle entendit la porte s’ouvrir et le cliquetis caractéristique des armures. Du coin de l’œil, elle vit Rain se crisper et devenir subitement blanc. Darius la jeta alors vers l’arrière et elle buta contre le métal froid d’une armure. Aussitôt elle fut immobilisée par les soldats de Darius. Avec horreur elle vit enfin la cause du trouble de Rain. Quatre templiers venaient de pénétrer dans la pièce et manifestement ils usaient de leurs pouvoirs pour maîtriser Rain. Celui-ci se tenait maintenant la tête entre les mains, comme sous le coup d’une douleur immense. Seren comprit tout de suite que la situation était très grave. Elle se débâtit violemment contre la puissante poigne des deux hommes qui la retenaient. Elle se tourna alors vers le Magister :

– Darius, non ! Je vous en prie ne faîtes pas ça ! Tout est de ma faute ! Laissez-le s’en aller. Je ferais tout ce que vous souhaitez mais ne faites pas ça ! Ne faites pas de mal à Rain !

Les templiers se rapprochèrent de Rain et lui nouèrent les mains derrière le dos. Le visage du mage exprimait une grande souffrance et il semblait comme hébété. Malgré tout, il arriva à articuler :

– Darius, vous savez ce qu’ils vont me faire n’est-ce pas ?

Le visage fermé, Darius lui répondit :

– Bien sûr. J’aimerai pouvoir vous dire que je suis désolé, mais je ne vous ai jamais aimé Rain. Vous avez trahi ma confiance en vous servant de mon bien, je ne vois pas pourquoi je devrais continuer à vous couvrir. Après tout vous êtes un criminel.

Le chef des templiers intervint.

– Nous vous remercions de votre coopération monsieur. La sentence sera exécutée ce soir. Il ne nous faudra qu’une petite heure pour préparer le rituel.

– Bien ! Messieurs je ne vous retiens pas. Seren tu ferais bien de dire adieu à ton amant.

Les larmes coulaient maintenant librement sur ses joues et la jeune elfe n’arrivait pas à croire que tout ceci n’était pas un cauchemar. Elle n’arrivait pas à se dire que dans une heure Rain serait apaisé, qu’il ne ressentirait plus rien. Qu’il ne saurait pas à quel point elle l’aimait et ne pourrait plus le comprendre. Pourtant elle ne pouvait se résoudre à le lui dire devant Darius et les templiers, c’était quelque chose de trop intime qui n’appartenait qu’à eux. Alors elle essaya de lui dire autrement. Elle chercha son regard et le trouva. Rain faisait visiblement un gros effort pour rester concentrer sur elle. Elle tenta de lui transmettre tout ce qu’elle ressentait pour lui dans ce simple regard. Il lui sourit doucement, comme s’il avait compris, puis gémit tout à coup, la douleur étant trop forte. Les templiers le poussèrent sans ménagement vers la sortie et Seren ne le quitta pas un instant des yeux. Elle ne se rendait même pas compte qu’elle répéta doucement, comme une litanie :

– Non, non, non …

Elle tenta une dernière fois de se libérer, se débattant comme une furie et réussit à se libérer momentanément. Elle se précipita vers la porte mais une douleur subite l’arrêta. Un courant électrique la parcourut de part en part, la clouant sur place. La voix de Darius claqua comme un coup de fouet :

– Rattraper-la, idiots ! Et aller l’attacher dans le sous-sol.

Il s’approcha de Seren et lui prit le menton dans la main.

– Tu y resteras quelques jours, le temps que je trouve la punition adéquate pour toi aussi.

Les soldats la saisirent à nouveau et la guidèrent vers le sous-sol de la maison. L’un deux ouvrit la porte d’une cellule. Ils attachèrent ses poignets à de lourdes menottes retenues par des chaines au mur. Puis ils refermèrent la porte. La laissant dans le noir absolu. Seule avec son désespoir et sa peine.

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Leena

Art by Lowenael

Généralités

Nom :   Leena
Age :    22 ans
Genre :   Féminin
Race:   Humaine
Nationalité :   Féreldienne
Orientation Sexuelle :   Hétéosexuelle
Classe :   Mage
Taille :    1m61
Poids :   65 kg
Yeux :   Bleus foncés
Couleur/type de cheveux :   Elle a les cheveux bouclés et d’un beau roux vénitien qui lui arrive à peu près au milieu du dos.
Couleur de peau/ a-t’il/elle des tâches de rousseur :   Leena a la peau très claire et a de multiples tâches de rousseur sur le visage, sur le décolleté et sur les épaules essentiellement.
Caractéristiques physiques particulières ?   Elle a un petit tatouage derrière la cuisse qui l’identifie comme un membre des Libertaires (un bâton de mage enflammé)

Sa Personnalité

Optimiste, pessimiste ou réaliste ?   Elle oscille entre optimiste et pessimiste. Son humeur varie beaucoup et sa vision des choses et de la vie avec. Mais elle reste dans les extrêmes.
Qualités :   Passionnée, loyale, débrouillarde, Leena a une sainte horreur de l’injustice. Elle aime quand les choses sont bien organisées et a un vrai talent pour la gestion et la comptabilité. C’est aussi une très bonne négociatrice.
Défauts :   Elle manque de sang-froid et la panique l’empêche de prendre les bonnes décisions. Elle a énormément de mal à faire confiance (même si ça s’arrange au fur et à mesure du temps et de ses rencontres.) Elle est souvent très anxieuse et a du mal à gérer son anxiété.
Y’a-t’il une chanson qui lui corresponde parfaitement ?

Ses Préférences

Couleur préférée :   Le bleu

Animal préféré :   Les oiseaux, avec une préférence pour les aigles. Elle va également développer une grande affection pour les chats.

Goût vestimentaire :   Leena aime les vêtements féminins et porte toujours robe ou jupe. Elle aime les jolis tissus mais sacrifie souvent son goût pour les belles choses au profit de vêtements plus pratiques pour la marche et le voyage.

Que pense-t-il/elle de la situation des mages ?   Elle est à cent pour cent pour la liberté des mages et trouve profondément injuste que sous prétexte que certaines personnes développent un pouvoir qu’elles n’ont jamais demandé, elles ne sont plus maîtresses de leurs destins et sont considérées comme des bombes à retardement qu’il faut enfermer.

Que pense-t-il/elle des autres races sur Thédas ?   Elle pense que dans toutes race, il y a des gens bons et des gens mauvais. Elle trouve néanmoins les elfes assez mystérieux et naturellement élégants, les nains sympathiques et aimant les bonnes choses de la vie. Elle a vu trop peu de Qunari pour avoir une idée sur eux mais les trouve tout à fait fascinants.

Est-il/elle croyante ?   Petite, elle l’était. Pour se consoler de sa solitude, elle aimait se dire qu’il y avait quelqu’un là-haut qui la guidait et veillait sur elle. Mais elle sait parfaitement qu’elle ne peut compter que sur elle pour survivre.

Plat préféré :   Leena aime les sucreries. Mais ce qu’elle adore par-dessus tout c’est d’avoir plein de plats différents devant elle, comme ça elle n’a plus qu’à piocher dans un peu de tout.

Boisson préférée :   Elle aime le thé bien fort et les bières en tout genre (restant de ses très nombreux passages dans des tavernes.)

Que porterait-t-il/elle pour sortir en soirée ?   Elle en profiterait pour mettre des choses qu’elle ne pourrait jamais porter au quotidien. Une robe vaporeuse et féminine qui mettrait en valeur son décolleté qu’elle a fort généreux.

Chanson qui l’amènerait à se déhancher sur le dancefloor :   Elle adore les sarabandes et les danses de groupe. Si elle entend une musique qui s’y prête, elle serait même la première sur la piste à entraîner les autres.

Rendez-vous idéal :   Si c’est un premier rendez-vous, quelque chose de romantique. Sinon elle préférerait largement être dans une chambre à coucher, pour partager un moment (très) intime avec son partenaire.

Quel genre de film/livre préfère-t-il/elle ?   Elle adore les contes et légendes. Elle en connaît d’ailleurs beaucoup et de toutes origines, à cause de ses nombreux voyages.

Famille/Amis/Amours

Les relations avec ses parents :   Elle a toujours plus considéré ses parents comme ses « géniteurs ». Son père n’a jamais montré de geste d’affection pour aucune de ses filles, obnubilé qu’il était à l’idée d’avoir un fils, qui ne venait pas. Sa mère était une femme affadie, qui se laissait complètement mener à la baguette par son mari. Elle aimait ses enfants mais d’une façon très détachée, subvenant à leur besoin matériel mais pas affectif.

Des frères et sœurs ?   Oui mais elle ne saurait pas dire combien au juste. De sûr elle a au moins quatre sœurs dont une jumelle, Ann, qui était la seule personne avec qui elle s’entendait vraiment. Elles faisaient toujours tout ensemble, s’habillaient de la même façon, s’amusaient à changer d’identité, rendant leurs parents complètement fous avec ça. Perdre sa sœur jumelle a été une terrible épreuve pour Leena, et elle sent que cette déchirure ne pourra jamais être comblée.

Compagnon(s) avec qui il/elle s’entend bien :   Les personnes honnêtes, intelligentes et attentionnées.

Compagnon(s) avec qui il/elle ne s’entend pas :   Les personnes trop sérieuses, superficielles, injustes et déloyales.

Personnages d’autres jeux Dragon Age que vous voudriez qu’il/elle rencontre et pourquoi ?   Shale, je pense qu’elle adorerait l’humour et les sarcasmes du Golem.

Age où il/elle a perdu sa virginité :   15 ans avec un humain de passage. Ce fut un très bon amant, attentionné et à l’écoute qui l’initia aux multiples plaisirs de la chair.

Compagnons/amants :   Un certain nombre mais elle n’est vraiment tombée amoureuse que d’un homme Tyrell, un peu plus âgé qu’elle. Il s’est avéré que ça n’était qu’un profiteur et un menteur qui s’était juste servi d’elle. Azel par la suite, même si elle ne s’attendait pas à retomber amoureuse aussi vite et aussi fort.

Statut relationnel à la fin d’Inquisition :   Célibataire, mais le cœur prit.

Y’a-t-il une chanson qui colle parfaitement à leur histoire d’amour ?

Quel genre de partenaire est-il/elle ?   Extrêmement affectueuse, n’hésitant pas à montrer son affection en public. Très fusionnelle, elle a besoin d’avoir une confiance totale en cette personne, de savoir que jamais cette personne ne lui ferait de mal intentionnellement.

Aime-t-il/elle les câlins ?   Oh que oui ! Matin, midi, soir, toute la journée. Elle pourrait passer son temps au lit à se « câliner » avec son partenaire.

Veut-il/elle des enfants ?   Pourquoi pas ! Mais elle éprouve une réelle peur à devenir une mauvaise mère et que son enfant finisse par la détester comme elle déteste ses parents.

A-t-il/elle des enfants (maintenant ou dans le futur) ?   Elle envisage le futur avec des enfants oui. Elle veut une famille, une vraie, aimante et chaleureuse.

Ses Capacités

Peut-il/elle cuisiner ?   Oui, même si elle n’est pas une excellente cuisinière, elle sait préparer des plats simples

Peut-il/elle chanter ou jouer d’un instrument ?   Elle joue d’une petite lyre, et chante à merveille. Ça a longtemps été son seul gagne-pain. Elle adore les balades et les belles chansons d’amour.

Est-il/elle bon danseur ?   Elle sait danser et apprécie le faire.

A-t-il/elle des occupations créatives ?   Elle compose des chansons quand elle s’en sent l’inspiration.

Quelle arme utilise-t-il/elle ?   Même si elle n’est pas très douée avec, elle possède une dague pour se défendre. Quand elle se sent vraiment en danger, elle utilise sa magie du feu, la seule qu’elle arrive à invoquer facilement.

Sait-il/elle se battre avec autre chose que son arme principale ?   Elle connaît quelques règles basiques pour se défendre à mains nues.

Langues parlées :   Langue commune, et quelques jurons appris dans la langue naine.

A-t-il/elle d’autres capacités ?    C’est une bonne gestionnaire.

Y-t-il des choses où il/elle est très mauvais(e) ?   Elle n’est pas très sportive et endurante. Elle est incapable de rester en place pendant trop longtemps.

Character sheet credit to adjectivebear, traduit par Anésidora

Chapitre 18 – Celui qui tente des choses

Lorsque Noria se réveilla le lendemain matin, elle sentit qu’elle était en plein forme, mais elle eut du mal à se rappeler où elle était. Pourquoi n’était-elle pas couchée dans son lit ?

Et puis, tout lui revint et un grand sourire étira ses lèvres. Elle avait retrouvé Seth, elle lui avait hurlé dessus et elle avait été dans ses bras. Si elle avait encore des doutes avant la soirée d’hier, aujourd’hui elle ne pouvait plus se voiler la face. Ses sentiments pour Seth n’avait pas diminué d’un iota et ne demandait qu’à s’épanouir à nouveau. Par contre elle n’avait aucune idée de ce que pouvait ressentir Seth aujourd’hui. Son cœur était-il toujours disponible ? Ne la voyait-il que comme une bonne amie ? Une bonne amie avec qui on couchait de temps en temps ? Et voilà, il suffisait que Seth réapparaisse dans sa vie pour qu’elle oublie le reste ! Mais elle ne pouvait pas, un assassin rodait dans les rues de la ville et elle devait l’arrêter avec qu’il ne fasse plus de victimes.

Pleine d’énergie et d’optimisme pour la journée, elle s’habilla rapidement enfila son caleçon noir, sa tunique brune qui lui descendait jusqu’aux genoux dans le dos mais s’arrêtait à la taille devant et enfin son éternel corset, sa marque de fabrique. Puis elle passa ses bottes hautes qui lui montaient jusqu’en dessous des genoux et se leva rapidement, prête à l’action.

Elle sortit de la chambre, mais fut accueillie par un silence étonnant. Pourtant la matinée était déjà bien avancée. Certes ils étaient rentrés assez tard mais tout de même ! Elle décida de se mettre à la préparation d’un bon petit déjeuner, peut-être que cela les réveillera ? Elle retourna rapidement dans sa chambre pour récupérer des herbes à infuser et descendit dans la cuisine. Elle farfouilla un moment pour trouver ce dont elle avait besoin. Elle mit l’eau à chauffer, et trouva de quoi préparer à manger, quelques saucisses à griller, et prépara une bonne omelette avec quelques herbes. Elle déposa le tout sur la table, avec une miche de pain croustillante qu’elle découvrit dans un coin.

Elle versait l’eau chaude dans des tasses quand deux têtes encore ensommeillées passèrent le seuil de la porte, guidées par l’estomac et l’odorat.

– Bonjour colocataires !! Le petit déjeuner est prêt ! Je ne savais pas ce que vous preniez alors j’ai préparé pas mal de chose.

Sera grommela.

– Mais en plus elle est comme ça dès le matin ?

Seth lui répondit d’une voix tout aussi ensommeillée.

– Ouep et je te raconte pas au lit …

Sera le regarda bizarrement et Seth se rendit compte rapidement qu’il en avait trop dit, il venait de lui donner le bâton pour se faire battre ! Cela eut au moins le don de réveiller le jeune homme. Il se racla la gorge et se mit à table.

– Merci Da’mi mais tu n’étais pas obligée. En tout cas j’ai une faim d’ogre et ça à l’air délicieux !

– Bah c’est pas grand-chose ! Après tout vous allez m’héberger pendant quelque temps.

Ils s’attablèrent tous les trois et entamèrent vigoureusement le petit déjeuner. La bouche pleine Sera déclama :

– La vaffe f’est trop bon !

Noria lui sourit.

Sera avala bruyamment sa bouchée et décocha un sourire à la ronde.

– Dis donc les tourtereaux, je m’attendais pas à entendre ce genre de cri hier soir. Plutôt quelque chose comme « Oh Seth, oui encore … ! » Sur ça je peux m’endormir, mais sur des engueulades c’est plus dur !

Seth répondit du tac au tac.

– Pas tes oignons Sera !

Avec flegme, Noria répliqua :

– Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois, Sera, promis.

Mouchée, Sera fit la moue et enchaîna :

– Au fait j’ai organisé une réunion avec les autres agents. Ils arriveront tout à l’heure.

– Oh pitié ! Me dit pas qu’ils viennent tous ! Grimaça Seth.

– Bah si, on est déjà pas très nombreux ! Je peux pas me permettre de ne pas rameuter tout le monde.

– Pourquoi il y a un problème avec l’un de vos agents ?

– Mais non aucun. Ne laisse juste pas Rob s’approcher de toi c’est tout.

Noria papillonna des cils.

– On est jaloux Beau Gosse ?

– Tu verras bien Da’mi, mais je t’aurais prévenu !

Sera intervint :

– Mais non, il est pas si terrible que ça Rob !

– Normal Sera, il sait qu’il n’a aucune chance avec toi.

Ils continuèrent à discuter et à se chamailler gentiment tout en finissant de manger. Puis ils débarrassèrent ensemble et nettoyèrent la cuisine dans la bonne humeur.

Puis ils rejoignirent la grande salle et Noria put mieux voir à quoi ressemblait leur « conseil de guerre ». Le sol en parquet était un peu usé mais bien entretenu. Un râtelier d’armes en tout genre se trouvait le long du mur, juste à côté d’une grande porte-fenêtre qui donnait sur un petit jardin à l’arrière de la maison et illuminait toute la pièce. Une grande table se trouvait vers l’avant de la maison, avec un pèle-mêle de papiers posé dessus et quelques chaises disposées autour.

Noria farfouilla à droite à gauche sous l’œil amusé des deux « Jenny ». Subitement quelqu’un frappa à la porte-fenêtre. Sera alla immédiatement ouvrir aux trois personnes qui attendaient derrière.

– Entrez les copains ! On a une nouvelle recrue à vous présenter et elle nous amène une mission un peu particulière. Voici, Rob, Paran et Mervin. Les gars je vous présente Noria Hamiadahlen, une amie de notre ex-Inquisiteur.

Noria leur fit un petit sourire à tous.

L’humain, Rob, avait tout du charmeur qui connaissait parfaitement l’effet qu’il avait sur les femmes. Il était plutôt grand et avait une carrure assez impressionnante, les cheveux mi-longs, noirs corbeaux, attachés en une courte queue de cheval. Ses yeux bleus clairs pétillèrent à la vue de Noria et la regardèrent brièvement de haut en bas. Il se dirigea avec assurance vers elle et lui prit d’autorité la main, la baisant longuement et la gardant dans la sienne.

– Ahh, enfin une vraie femme ! Absolument charmé de te rencontrer.

Sera s’offusqua :

– Yeh !

– Euh oui, enchantée moi aussi. J’aimerais récupérer ma main Rob si ça ne t’embête pas trop.

Paran, l’elfe était blond, élancé mais plus petit que Rob et Seth et semblait assez taciturne. Il la regarda quelques secondes puis lui fit un léger hochement de tête.

Mervin, le nain semblait amical, brun et massif comme presque tous ceux de sa race, il regarda franchement Noria, une petite lueur indéchiffrable dans les yeux puis tomba sur son bandeau et détourna légèrement les yeux. Elle était habituée à ce genre de réaction et ne lui en voulut pas. Il s’avança également vers elle et lui serra la main.

– Bienvenue chez Jenny, Noria.

– Merci.

Ils saluèrent ensuite Seth, et Noria remarqua tout de suite la tension entre lui et Rob. Visiblement le courant ne passait vraiment pas entre eux. Elle pourrait peut-être mettre cette situation à profit pour essayer de voir ce que ressent vraiment Seth à son égard ?

De son côté le jeune elfe essayait de contenir son dégoût pour le Shem. Il ne supportait pas son caractère inconstant et insouciant. Et il n’aimait pas non plus le regard qu’il posa sur Noria lorsqu’elle détourna la tête. Comme un bon petit plat prêt à être dégusté. Cependant le serrement de ses mâchoires fut le seul signe de son bouillonnement intérieur.

Ils prirent tous place autour de la table et Noria leur répéta tout ce qu’elle savait sur cette affaire. Les hommes semblaient horrifiés par la violence des meurtres et se dirent prêts à faire tourner l’information au maximum auprès de toutes les elfes de la ville. Si l’une d’elles recevaient des fleurs ils devaient le savoir immédiatement. Pour le moment malheureusement, ils ne pouvaient pas faire grand-chose de plus. Il fallait tout d’abord qu’ils sachent qui serait la prochaine cible. Noria enrageait de ne pouvoir en faire plus, d’en être réduit à attendre que le meurtrier fasse quelque chose.

La petite réunion finit par une discussion ou Noria expliqua d’où elle venait et ce qu’elle avait accompli à Val Royaux. Les agents de Jenny la regardèrent avec un respect nouveau.

Rob ne se gêna pas pour la couver d’un regard ardent et elle en profita pour mettre son plan à exécution et lui coula quelques œillades. Rien de trop appuyé, juste pour lui montrer qu’elle avait bien reçu le message. Seth par contre ne semblait pas du tout affecté par l’intérêt que Rob lui portait. Finalement elle se demanda si c’était vraiment une bonne idée. Elle ne voulait pas donner de faux espoirs à Rob, parce que clairement elle le trouvait beaucoup trop lourd dans son approche pour être charmant. Mais c’était peut-être le seul moyen de savoir sans se jeter au cou de Seth, en espérant qu’il ne la repousse pas.

Pavan et Mervin partirent quelques temps plus tard. Rob s’attarda, sans surprise et invita Noria à déjeuner dans une taverne près de la place principale, qui servait de succulents repas. Noria hésita, mais finit par laisser parler son estomac qui gargouillait déjà. Elle finit donc par accepter son invitation et pour son plus grand bonheur elle eut le temps de voir un éclat de colère dans le doré des yeux de Seth. Oh c’était vraiment très subtil. Tellement subtile qu’elle se demanda même si elle n’avait pas rêvé, mais cela la conforta dans son idée.

Elle prit donc le bras que Rob lui tendait et ils sortirent par la porte de devant, sous le regard pesant de Seth, qui ne dit pourtant rien.

Noria et Rob passèrent donc quelques heures ensemble et se régalèrent d’un repas absolument divin. Finalement Rob était un garçon assez sympathique, une fois que l’on grattait la couche du charmeur lourdaud. Elle se surprit même à apprécier le temps passé avec lui. Il avait beaucoup d’humour et plus d’esprit qu’elle ne l’avait pensé au premier abord. D’ailleurs elle le lui dit sans détour. Rob rit et lui confia qu’il ne pouvait pas s’en empêcher, lorsqu’il était en présence d’une jolie femme. Il lui raconta comment il en était venu à travailler pour les amis de Jenny. Orphelin, il avait passé sa vie dans les rues de Val Royaux et savait ce qu’était la misère et de ne pas pouvoir manger à sa faim. Heureusement il avait été un gamin plutôt débrouillard et avait réussi à survivre dans ce monde plutôt hostile. Il avait d’abord été mercenaire dans une petite troupe et avait rencontré, lors de l’un de ses missions, un agent de Jenny. Se sentant proche de leur idéologie il avait quitté les mercenaires et avait rejoint le groupe secret.

Noria fut touchée par son histoire mais quand il en demanda plus sur elle, elle resta plutôt vague, se contentant de parler d’un accident avec ses potions pour la perte de son œil. Elle ne souhaitait pas parler de cette semaine avec Seth avec un parfait étranger. Ses moments lui appartenaient, elle ne voulait pas les partager.

Elle se sentit plutôt bien en sa présence, étonnamment à l’aise et ne vit pas le temps filer. Le milieu de l’après-midi était déjà bien entamé et Rob la raccompagna galamment jusqu’à la maison. Il lui baisa à nouveau la main mais cette fois-ci Noria lui sourit gentiment.

– Noria j’ai passé un moment délicieux. On pourrait remettre ça à l’occasion.

– Pourquoi pas Rob, j’ai moi aussi passé un très bon après-midi.

Rob rit.

– Pourrais-tu avoir l’air moins surprise en disant ça, s’il te plait ? Ça ferait plaisir à mon ego !

Noria répéta alors en prenant une voix sensuelle à souhait.

– Pardon je recommence. J’ai passé un très bon moment, Rob, mais je m’y attendais, bien sûr !

– Voilà, c’est plus dans l’idée !

Ils séparèrent ensuite, Noria ne pût s’empêcher de lui rappeler de faire le maximum pour récolter des informations sur l’assassin des elfes.

– Ne t’inquiète pas Noria, je guette ! A bientôt ma jolie !

Seth ne savait pas vraiment ce qu’il faisait là. Il était en train de entrainement, passant sa frustration et sa colère sur le pauvre mannequin de paille. Qu’est-ce que Noria trouvait à ce sale Shem ? Cela faisait des heures qu’ils étaient partis ! Comme si Rob était capable de tenir une conversation intéressante entre ses répliques de tombeur du dimanche. Il faisait une petite pause, quand il entendit des voix proches de la maison. Et vraiment, il ne savait pas ce qui l’avait poussé vers la fenêtre. Il ne savait pas non plus pourquoi il ne s’était pas écarté dès qu’il avait vu Noria et le Shem dehors près de la porte, mais qu’on contraire il se fit le plus discret possible pour mieux voir ce qui se tramait dehors. Il serra involontairement les poings, quand il vit le Shem lui baiser la main et le sourire que Noria lui décocha. Ils étaient aussi beaucoup trop proches l’un de l’autre et était manifestement devenu assez complice puisqu’ils riaient beaucoup. Heureusement il n’y eut rien d’autre et il s’éloigna vite de la fenêtre lorsque Noria fit mine de rentrer.

Quelques minutes s’écoulèrent encore avant qu’elle ne passe la porte et entra dans la pièce pendant que Seth se désaltérait.

– Oh tu es là Seth ? Tu t’entrainais ? Je file me changer et je te rejoins.

Devant la bonne humeur et l’œil pétillant de la jeune femme, il ne put s’empêcher de poser violement le verre sur la table, faisait sursauter la jeune femme. S’obligeant à se calmer, Seth afficha un sourire de façade et lui demanda :

– Tu as passé une bonne après-midi, je suppose.

Légèrement surprise par sa réaction, Noria répondit sur un ton calme.

– Oui très bonne, je te remercie. Rob est quelqu’un de charmant quand il laisse tomber son masque de charmeur.

Sans se départir de son faux sourire, Seth continua :

– Tu m’en vois ravi !

Noria croisa les bras et laissa s’installer le silence pendant quelques minutes puis lui demanda :

– Tout va bien Seth ?

– A merveille ! J’ai juste besoin de prendre l’air. Tu n’as qu’à t’entrainer seule. Je rentrerai tard ce soir !

Il passa rapidement devant elle pour se diriger vers la porte, qu’il prit le plus grand soin, de refermer doucement derrière lui.

Lorsqu’elle entendit la porte se refermer, Noria ne put s’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles. Sera qui passait dans le couloir, avait assisté à toute la scène. Elle joua des sourcils vers la jeune femme :

– Eh ben ! Je l’ai jamais vu comme ça notre Inquisiteur ! On aurait dit qu’il allait exploser tellement il se contenait ! Qu’est-ce que tu lui as dit ?

– Que Rob était charmant.

– Arg ! Tu n’aurais pas pu faire pire !

Noria souriait toujours :

– Tu crois ?

– Je suis pas une grande spécialiste mais j’ai l’impression que tu fais tout ça exprès !

– Oh moi, non ! Tu t’imagines des choses Sera.

Celle-ci rit :

– Il est jaloux !

– Oui j’ai l’impression.

– Je te propose quelque chose ! On s’entraine un peu toutes les deux et ce soir tu me racontes tout ce que je veux savoir et en échange je réponds à toutes tes questions… autour d’une bonne bouteille bien sûr.

– Marché conclu !

Les deux jeunes femmes passèrent donc la fin de la journée ensemble. Elles s’exercèrent pendant quelques heures et rirent beaucoup. Finalement, Noria trouvait Sera très sympathique (surtout depuis qu’elle lui avait confiée qu’elle préférait nettement la regarder elle que Seth) et Sera trouvait Noria vive et pleine d’humour. Comme Seth, elle n’avait pas grand-chose de l’«esprit Dalatien » ce qui lui allait tout à fait. Et puis elle se débrouillait plutôt bien pour dire qu’elle avait tout de même un certain handicap. Et pourtant Sera mit tout son cœur à tester la jeune femme, appuyant ses attaques du côté droit, mais se rendit vite compte qu’elle était bien plus forte de ce côté.

Noria appris beaucoup de la « sournoiserie » de la jeune femme au combat.

Éreintée, elles rejoignirent leur chambre pour se rafraîchir et se retrouvèrent dans la cuisine pour le dîner. Seth n’était toujours pas rentré. Noria commençait à s’inquiéter mais Sera lui affirma qu’il lui arrivait de disparaître de temps à temps et qu’il reviendrait un peu plus tard dans la soirée.

Elles mangèrent ensemble un bon poulet rôti accompagné de pommes de terre bien rissolées et une bonne salade, tout cela arrosé d’un bon vin. Le repas fini, les jeunes femmes commencèrent leur petit « jeu » de questions, tout en continuant à déguster l’excellent vin que Sera avait piqué chez un noble. Il était fruité à souhait et passait comme un jus de fruit. Evidemment Sera demanda à Noria ce qu’il s’était passé entre Seth et elle par le passé et l’alcool aidant, Noria lui confia leur rencontre. Sera s’amusa beaucoup à les imaginer à un bal Dalatien en train de critiquer tout et tout le monde.

Elles entamèrent leur troisième bouteille quand Noria trouva enfin le courage de question Sera sur les « amours » de Seth pendant ses quasiment trois ans de séparation.

– A ma connaissance, y’avait personne. Pourtant y’avait des opportunités, crois-moi ! Dorian et Iron Bull auraient adoré qu’il vienne rejoindre leur lit.

Le visage de la jeune femme s’assombri un peu.

– Je crois que Seth était très proche de Solas, même si, à mon avis, Solas est trop coincé du cul pour y penser justement.

– Oh.

– Sa trahison lui a fait du mal. Il en parle pas beaucoup mais ça lui a fait un choc quand il a appris qu’il était en fait Fen’Harel et qu’il lui a « prit » son avant-bras pour éviter que la marque le tue.

– Hein ? Quoi ? Tu viens de dire que Solas était Fen’Harel ?

Noria pouffa avant de reprendre :

– Tu te fous de moi en fait hein ?

– Mais noooooon ! Je te jure ! Il a bien caché son jeu ce petit salopard ! Et il a pour ambition de détruire le monde en plus !

– Mais de quoi tu parles ?

Alors Sera lui expliqua ce qui s’était passé il y a quelques mois. Noria n’en crut pas ses oreilles ! Les dieux elfiques existaient et étaient en fait de puissants mages ! Par Myth… enfin merde, c’était impossible ! L’œil rond, la bouche grande ouverte, elle écoutait attentivement Sera.

Elle n’était pas très croyante et si elle avait fait ses Vallaslins à Ghilan’nain, mère des hahls c’est uniquement parce qu’elle les trouvait discret et assez jolis, pas pour une quelconque croyance.

Elle avait donc deviné juste à propos des sentiments de Seth à l’égard de Solas. Cela lui serra le cœur, même si elle s’y attendait. Si les sentiments de Seth avaient été partagés par le mage, elle aurait été reléguée à une vague connaissance à laquelle on pense de temps en temps.

Puis la discussion dériva en fonction du niveau de plus en plus bas de la bouteille. Comme deux femmes, à fortiori deux femmes ivres, elles parlèrent de leurs anciennes relations et de sexe. Noria finit par sortir un exemplaire de la « Comtesse Coquine », un pamphlet qui comme son nom l’indique, décrivait les « aventures » en chambre et ailleurs, avec beaucoup de détails croustillants, d’une comtesse orlésienne qui n’avait pas froid aux yeux.

Noria était en train de lire une scène où la Comtesse se faisait prendre par son valet et se faisait fouetter en même temps par une de ses « amies ». Elle mit beaucoup de cœur à sa lecture et les deux jeunes femmes gloussèrent comme des poules.

Elles n’entendirent même pas la porte s’ouvrir. Après avoir passé la soirée à jouer à la Grâce Perfide et à gagner, parties sur parties, Seth était rentré. Son humeur s’était bien allégée. Il s’approcha de la cuisine d’où les rirent s’échappaient régulièrement. Il s’appuya au chambranle de la porte et sourit en entendant ce que Noria lisait, comme si elle était en représentation dans un théâtre orlésien.

Une fois la scène finit, Noria s’inclina bien bas devant Sera qui demandait un rappel en riant bruyamment.

– Eh bien les filles ! On ne peut vraiment pas vous laisser ensemble plus de quelques heures !

– Hey Seth !

– Coucou Beau Gosse ! Tu nous as manqué !

Sera pouffa :

– Non pas vraiment.

Noria roula de l’œil :

– Mais si… allez vient t’asseoir avec nous.

Elle voulut lui servir un verre de vin mais constata avec consternation qu’il n’en restait qu’un fond.

– Sera ta bouteille est ensorcelée je crois, elle est déjà vide !

Le visage de la jeune elfe exprimait tellement la surprise que Seth ne put s’empêcher de rire.

– Je crois qu’il serait temps d’aller vous couchez les filles. Je vous rappelle qu’on a une enquête à mener.

Noria prit subitement un air à la fois sérieux et coupable.

– Mince, t’as raison Seth. Je suis vraiment horrible ! Je m’amuse alors qu’une femme est peut-être en train de se faire massacrer en ce moment.

– Mais non Da’mi tu n’es pas horrible ! Il n’y a rien qu’on puisse faire pour le moment. Allez viens ! Je te raccompagne jusqu’à ta chambre c’est plus prudent.

Il lui tendit la main, et étonnement, Noria vint docilement la prendre, tout en titubant de manière assez peu gracieuse. Sera fit la moue :

– Et moi bien sûr, personne me raccompagne !

– Toi tu es habituée ! Tu trouverais ta chambre les yeux fermés et pleine comme une outre.

Seth essaya de maintenir Noria debout, mais chaque mètre était une épreuve en soi. Finalement, avec un soupir résigné, il se décida à la soulever dans ses bras. Il lui passa son bras valide sous les fesses et la souleva. Même à un bras il arrivait sans problème à la maintenir contre lui. Avec un gloussement ravi, Noria s’accrocha à son cou et passa ses jambes autour de sa taille. Le visage de Noria était très proche du sien et lorsque Seth commença à monter les marches, il sentit qu’elle le regardait intensément. Seth haussa un sourcil et lui demanda :

– J’ai quelque chose sur le visage Da’mi ?

Ils venaient d’arriver sur le palier du premier étage. Noria rit et lui avoua en passant une mèche brune et rebelle derrière l’oreille de Seth.

– Noooon ! J’aime ta nouvelle coiffure. Et j’aime la couleur naturelle de tes cheveux.

– Merci, ravi que ça te plaise.

La porte de la jeune femme était déjà ouverte, il n’eut qu’à la pousser du pied pour entrer dans la chambre. Noria continuait à le dévisager avec une concentration assez inquiétante.

– Da’mi, qu’est-ce que tu regardes encore ?

– Chuuuut je compte !

Surpris Seth tourna son visage vers elle ;

– Qu’est-ce que tu comptes ?

Avec un sourire, Noria lui répondit comme si cela tombait sous le sens.

– Tes tâches de rousseur, idiot ! Je les trouve trop mignonnes !

Seth grimaça devant ce mot. Aucun homme sain d’esprit n’aimait entendre que quelque chose chez lui était mignon ! Pas après dix ans en tout cas.

A ce moment précis, il n’avait pas l’impression d’avoir été séparée d’elle pendant presque trois ans. Il retrouva avec bonheur, leur tendre complicité, même si pour ça Noria avait dû boire. Cela le rassura que la relation qu’il avait réussi à établir en si peu de temps était toujours là. Prête à reprendre de plus belle. Elle et son rayonnement d’énergie, sa chaleur, lui avaient manqués plus que tout. Il frotta affectueusement son nez contre le sien.

– Tu as de ces idées parfois ! Allez c’est l’heure du dodo !

Noria s’accrocha encore plus fort à son cou.

– Noooon s’il te plaiiiiiit laisse-moi les compter.

Sur un ton plus séducteur, Seth répliqua :

– Tu sais que j’en ai ailleurs que sur le visage ?

Noria eut un sourire coquin, un pétillement dans l’oeil qui ne trompait pas et fit une petite moue.

– Mouiii je crois me souvenir. Mais ma mémoire est un peu brouillée, si tu me remontrais…

Seth éclata de rire.

– Allez Da’mi ! Tu es arrivée à destination, descends de là !

De mauvaise grâce, Noria se détacha de lui et bouda.

– T’es pas drôle, Seth !

– Tu me remercieras demain va !

Noria bougonna :

– Ça m’étonnerait !

Seth s’approcha de son bureau, transformé en établi. Il essaya de distinguer sa fameuse potion anti-gueule de bois mais ne trouva rien. Bon tant pis pour elle !

Mais quand il se retourna, Noria était en train de boire une gorgée d’une potion qui se trouvait sur la petite table de nuit à côté du lit. Quel sens pratique ! Elle avait déjà ôté son corset, le regarda intensément, avec un sourire charmeur et commença à déboutonner sa tunique. Voyant que Seth ne bougeait pas elle lui demanda :

– Alors Seth, tu restes finalement ?

Seth roula des yeux.

– Vraiment Da’mi, tu es intenable quand tu as bu.

Il commença à battre en retraire quand Noria, le rappela :

– Seth ? Amène un peu de potion à Sera.

Avec un sourire elle ajouta :

– Je suis sûre que je vais devenir sa nouvelle meilleure amie demain matin !

Seth rit doucement, pris la fiole et sortit tout en lui souhaitant bonne nuit.

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Chapitre 16 – Réunion secrète

Lorsqu’ils débouchèrent dans le clairière du camp des Libertaires, Leena vit tout de suite pourquoi il n’y avait eu personne lors de leur premier passage. Leendon était de garde. C’était un mage d’une vingtaine d’années, très gentil et qui voulait toujours bien faire. Malheureusement pour lui, il n’avait plus tout le temps toute sa tête, et rêvassait souvent. Leena avait insisté pour qu’il ait un rôle à jouer au sein de la communauté parce qu’elle avait vu sa mine triste quand on lui avait déclaré gentiment qu’il n’était bon à rien. Alors c’est lui qui relevait les gardes pendant un petit quart d’heure tous les soirs, afin qu’ils puissent faire une petite pause. L’ennui c’est que Leendon oubliait souvent son rôle et les gardes en faction devaient aller le chercher pour lui rappeler sa garde. Quand Azel et elle étaient passés tout à l’heure, ils avaient eu la chance de tomber sur ce laps de temps.

Lorsqu’il vit la jeune femme, Leendon lui sourit de toutes ses dents.

– Leena ? Tu es rentrée ! Je suis content, je me faisais du soucis pour toi !

– C’est gentil Leendon, mais comme tu le vois je vais bien.

– Oui. Tu portes de drôle de vêtements, dis-donc ! Tu te balades ?

– Oui…oui c’est ça je me balade.

– Et tu as un chat maintenant ? Je peux le caresser ?

Leena sentit les griffes d’Azel rentrer dans la peau de son bras. Manifestement il n’avait aucune envie qu’un étranger lui touche le pelage. Animal ou pas, il restait le même.

– Je suis désolée Leendon, il est un peu sauvage. Ça serait préférable que tu t’abstiennes.

– Ah d’accord très bien. Dommage. Une prochaine fois peut-être ?

– Oui… Je dois rentrée, bonne soirée Leendon.

– Au revoir, jolie et gentille Leena.

Le jeune homme lui fit de grands signes de la main en guise d’adieu, et Leena sourit devant l’innocence du jeune homme. Essayant de croiser le moins de monde possible, elle se faufila jusque sa petite maison et y entra en poussa un profond soupir. Elle écarta les bras et Azel sauta, atterrissant souplement sur ses pattes. La jeune femme tira ensuite les rideaux de son unique fenêtre et soudain épuisée, s’assit lourdement sur son lit.

Azel se retransforma en quelques secondes et alla allumer manuellement un petit feu dans sa cheminée. Une douce chaleur s’installa dans la pièce. L’atmosphère douce et feutrée leur rappelait à tous deux, une autre pièce, dans une tour, il y a bien longtemps.

Le mage alla s’assoir à côté de la jeune femme et attendit patiemment qu’elle lui révèle ce qu’elle avait appris. Nerveusement, Leena passa des doigts fébriles dans sa chevelure, essayant de la discipliner quelque peu. Enfin elle parla :

– Owen n’a absolument pas changé son point de vue. Il prépare une guerre et a déjà nommé des lieutenants. Des personnes incontrôlables, qui sont sans doute ravies de pouvoir montrer combien elles sont puissantes. Crois-moi nous n’arriverons jamais à les raisonner !

– Combien sont-ils ?

– Il m’a cité une quinzaine de noms. En soit c’est déjà une très mauvaise nouvelle mais malheureusement il y a pire…

Soudain glacée, elle se releva et se mit à faire les cent pas sous le regard attentif du jeune homme. Leena ne put s’empêcher de repenser à cette pierre, ce lyrium rouge. Combien elle avait désiré l’avoir entre les mains tout en sachant pertinemment qu’elle signerait alors l’arrêt de mort de nombreuses personnes. Déjà ce soir si Azel n’avait pas été là, elle aurait pu tout détruire.

– Il m’a montré l’une de ses trouvailles, prise à des Templiers. C’était une sorte de pierre, mais d’un rouge comme je n’en avait jamais vu. Owen m’a dit qu’il s’agissait de Lyrium rouge. C’était ça, c’est cette chose qui m’a fait perdre tout contrôle! C’était horrible, comme si elle m’appelait, qu’elle désirait que je la prenne en main.

Elle remarqua alors qu’Azel était extrêmement pâle et qu’il la regardait avec horreur.

– Tu dis qu’il est en possession de Lyrium rouge ?

Leena se posta devant le feu, s’entoura la poitrine de ses bras et acquiesça :

– Tu sais ce que sais ?

– Oui. L’inquisiteur Lavellan on a trouvé un peu partout. Il y a un énorme trafic, surtout auprès des Templiers. Il semblerait que c’est comme ça que Corypheus les a ralliés  à sa cause.

Leena souffla faiblement :

– Créateurs…

– C’est une sorte de lyrium corrompu. J’ai eu l’occasion de l’étudier avec Maître Solas. Il donne certes une puissance inégalée, mais rend complètement fou et provoque la dégénérescence du corps. A terme la personne qui en ingère à trop forte dose devient complètement folle et son corps mute…

– … et voit pousser des excroissances rouges sur leurs corps. Comme ces Templiers qui nous ont attaqué et ont tué la moitié du camp, il y a quelques mois.

La jeune femme se laissa choir sur le lit et prit sa tête dans ses mains.

– Créateurs ! C’est donc pour ça qu’ils nous ont attaqué sans raison et qu’ils étaient comme possédés…ils étaient fous. Owen veut se venger contre des fous…

Azel posa une main sur le genou de la jeune femme et lui demanda :

– Peut-être que s’il savait ce qu’il en était vraiment, il arrêterait cette folie.

Leena releva la tête et plongea ses yeux inquiets dans ceux du jeune homme.

– Je crois qu’il est trop tard. Quand il avait cette… chose, cette pierre en main, il semblait comme hypnotisé.

– Alors nous allons nous en tenir à ce que nous avions décidé en venant ici. Sauver le plus de monde possible.

Leena tourna son visage vers le feu, et agrippa la main d’Azel dans la sienne.

– Oui c’est ce que nous allons faire. Il faut que nous parlions à Clarissa, nous devons rassembler le plus de monde possible.

Après un soupir elle ajouta :

– Je suis tellement heureuse que tu sois là.

Azel serra plus fort la main de la jeune femme dans la sienne.

– Ne perds pas espoir maintenant. Nous pouvons le faire.

Leena lui adressa alors un sourire un peu ensommeillé. Elle sentit  comme une chape, mélange de fatigue et de responsabilités peser lourdement sur ses épaules. Le contrecoup des événements de la journée se fit cruellement ressentir et elle bailla à s’en décrocher la mâchoire. Penaude, elle s’excusa :

– Pardonne-moi, je suis éreintée.

Sans un mot, Azel hocha la tête, se redressa avant de se diriger vers la porte d’entrée. Leena fit l’effort de se lever pour le raccompagner. Spontanément, le jeune homme l’embrassa sur le front et lui souhaita bonne nuit avant de se retransformer en félin. La mage lui ouvrit la porte et il se frotta deux trois fois contre ses jambes avant se s’éclipser dans la nuit.

Leena referma derrière lui et se précipita sous le duvet de sa couverture, la tête pleine de craintes et d’espoir.

Quelques jours plus tard, Leena se trouvait debout devant une assistance hétéroclites d’une vingtaine de personnes. Clarissa avait arrangé cette rencontre. Officiellement il s’agissait simplement d’une petite fête informelle pour le retour de la jeune femme parmi eux. Mais ici dans la maison bondée de Clarissa, il était impossible de se méprendre sur la caractère secret et tendu de cette réunion.

La jeune femme les regarda tous dans les yeux, à la fois intimidée par leur nombre et heureuse de leur présence et de leur confiance. Evidemment, Clarissa s’était arrangée pour ne réunir que les gens qui prêtaient plus d’attention à ce qui se passait dans le camp et qui n’approuvait aucunement la direction et les décisions que prenaient Owen. Il y avait le cuisinier du camp, le précepteur Jonah avec qui Azel avait demandé à travailler afin de se rendre utile et de parfaire sa couverture au camp, quelques personnes assignées à la garde dont Maggie qui les avaient accueillis le premier jour et des gens qu’elle connaissait un peu moins bien. Tous regardaient la jeune femme. Certains avec des regards hésitants, comme s’ils n’arrivaient pas à réaliser eux-mêmes ce qu’il faisait là, d’autres avaient déjà le regard déterminé.

Face à toute cette attention la jeune femme se sentit mal à l’aise et lui rappela les représentations de chant qu’elle faisait à Dénérim lorsqu’elle était plus jeune. Sauf qu’à l’époque les choses étaient simples et elle savait ce que les gens attendaient d’elle. Aujourd’hui face à ces hommes et femmes, elle n’en était pas sûre. Clarissa se trouvait à ses côtés et la jeune femme essaya de puiser un peu de courage dans sa présence. Furtivement, elle croisa le regard d’Azel qui se trouvait dans un coin à l’écart, attendant le bon moment pour intervenir.

Elle prit alors une profonde inspiration et se décida à parler :

– Tout d’abord, merci à tous d’être là ce soir. Clarissa vous fait à tous une entière confiance et donc moi aussi. La confiance va être une chose primordiale ce soir. Si vous êtes ici, c’est que vous pensez également que ce camp ne peut plus vous apporter la sécurité et la paix que vous recherchez. Et vous avez raison. Owen n’a malheureusement plus nos intérêts à cœur, mais celui de son ambition et de sa propre gloire. Aujourd’hui il vous demande de pratiquer ou d’apprendre la magie du sang, demain il demandera le sacrifice de vos vies ou de celles et ceux que vous aimer. Il ne cherche plus la paix mais veut, au contraire, provoquer une guerre. Je vais être tout à fait franche avec vous, je ne suis pas partie pour trouver de nouveaux résidents. J’avais une idée, peut-être un peu folle, pour essayer de vous faire sortir de là, avant qu’il ne soit trop tard. Je suis allée dans le seul endroit, à mon sens, qui pourra nous offrir la paix et la protection que nous cherchons tous.

Des murmures se firent entendre dans la salle et les gens la dévisageait maintenant avec un intérêt et une curiosité non dissimulés.

–  Je suis allée voir l’Inquisition.

Les murmures se transformèrent alors en brouhaha de conversations inintelligibles. Leena essaya de ramener le calme et l’attention du groupe sur elle.

– S’il vous plait mes amis ! Calmez-vous et laisser moi vous expliquer.

Au bout de quelques minutes où rien ne changea, Clarissa décida d’intervenir et cria de sa voix rauque.

– Hey ! La Petite n’a pas fini !

Leena regarda la vieille femme avec autant d’horreur que d’attendrissement. Mais son intervention avait eu l’effet souhaité et le silence se fit, par respect ou par étonnement devant l’autorité de la vieille mage.

– Euh… Merci Clarissa. Je vous disais donc que je me suis rendue à Fort Céleste, leur base forte. Et croyez moi, elle est loin d’être aussi terrible qu’Owen veut bien nous le faire croire.

Un homme d’une cinquantaine d’années intervint brusquement :

– On ne peut pas leur faire confiance ! L’Inquisition ne fait qu’exploiter les mages et les traite comme des esclaves !

Légèrement en colère contre ces rumeurs ridicules qui n’avaient pas un fond de vérité, Leena essaya de garder son calme.

– Qu’en savez-vous ? Y êtes-vous déjà allés ? Tout ce que nous savons sur l’Inquisition c’est ce qu’Owen voulait bien nous en dire. Parce qu’il avait, soi-disant, passé quelques temps là-bas avant de s’enfuir. Moi j’y suis allée, et je me suis rendue à la justice de l’Inquisiteur Lavellan. Il savait que je venais du clan des Libertaires et que nous nous étions surement déjà croiser lors d’une escarmouche. Pourtant je suis là aujourd’hui. Parce que non seulement il ne m’a pas punie, mais en plus il a accepté que je revienne pour vous sauver de la mégalomanie d’Owen qui nous conduira à notre perte. Vous le savez, sinon vous ne seriez pas là ce soir. L’Inquisition n’exploite personne. Au contraire ! Nous serions enfin libres !

Maggie lui demanda alors :

– Et comment pouvons-nous te croire, Leena ? Il en va de nos vies  à tous.

Leena la regarda droit dans les yeux.

– Je le sais Maggie, mais franchement, quel intérêt j’aurais à vous mentir aujourd’hui. Si j’avais simplement souhaité partir, il me suffisait de disparaître, sans laisser de trace. J’en suis capable. Mais je suis revenue, je prends des risques pour vous. Parce que contrairement à Owen, je tiens à vous tous. Je vous connais presque tous personnellement et vous êtes un peu comme ma famille. Ma propre famille m’a abandonnée quand ils ont su que j’étais une mage. Moi je ne vous abandonne pas.

Elle avait presque les larmes aux yeux à présent et elle sentit que l’ambiance de la pièce avait changé. Le petit groupe de mage ne la regardait plus avec autant de méfiance, mais presque avec affection et une nouvelle détermination. Ils se consultèrent tous du regard, comme pour essayer de lire dans les pensées des uns des autres. Lentement elle tendit la main à Azel. Celui-ci se rapprocha pour se poster à ses côtés et prit sa main tendue. Leena expliqua alors :

– Je ne vous présente pas Azel, je crois que vous avez tous remarqué que je suis revenue avec lui il y a quelques jours. Azel et moi nous sommes rencontrés au Cercle de Férélden. Lorsque les rébellions de mages ont commencé à éclater, j’ai choisi la fuite alors que lui est resté au Cercle. Il a finalement été recueilli par l’Inquisition.

Mal à l’aise devant cette foule Azel fit pourtant l’effort de prendre la parole. Il savait que ce moment était important. Les mages avaient besoin d’être rassuré et puis cela faisait partie de sa mission. Il ne voulait surtout pas tout gâcher à cause de sa timidité.

– Je sais que vous n’avez pas de raison de me faire confiance. Si je suis ici c’est sur l’ordre de l’Inquisiteur Lavellan. Comme vous, j’ai été un peu perdu après la dissolution de nombreux Cercles. L’Inquisition saura vous accueillir et vous protéger. Comme Leena vous l’a fait remarqué, je n’avais aucun intérêt de partir pour cette mission si c’était pour venir vous mentir.

Une autre jeune femme demanda :

– L’Inquisition a fort à faire avec Corypheus il me semble. Et je sais ce qui est arrivé à Darse. Comment l’Inquisition peut-elle nous garantir la paix alors qu’elle est en guerre contre une chose qui dépasse notre entendement ?

Leena s’était préparé à ce genre de craintes.

– Vous ne serez absolument pas obligé de venir à Fort Céleste. Il existe de nombreux villages sous la protection de l’Inquisition. Vous serez libres ! Il ne s’agit pas d’un piège, je ne l’aurais pas permis.

Puis c’est Jonah qui prit la parole.

– D’accord nous te croyons Leena. De toute façon comme tu l’as fait remarqué, nous étions tous à moitié convaincu et nous voyons bien qu’Owen n’est plus le même. Mais que proposes-tu exactement ? Nous sommes presque une soixantaine de personnes à vouloir partir si tu retires les fidèles d’Owen. Il trouvera sans doute suspect que nous partions tous en même temps… et pour quelle destination en plus ?

– Il y a un petit village sous protection de l’Inquisition à quelques kilomètres d’ici. Nous nous réfugierons là-bas. Nous attendrons le moment propice, quand Owen et d’autres de ses lieutenants seront partis en mission à l’extérieur. Azel de son côté se chargera de prendre contact avec Fort Céleste qui nous enverra du renfort pour notre sécurité au village. Dès qu’Owen sera neutralisé, nous nous organiserons pour savoir où tout le monde veut aller. Nous aurons ensuite le temps.

Maggie reprit la parole, soudain inquiète :

– Neutralisé Owen ? Que voulez-vous dire ? Le tuer c’est ça ?

Leena fit un geste d’apaisement de la main.

– Nous espérons ne pas devoir en arriver là. Mais cela reste une possibilité. Comme vous, je connais Owen depuis longtemps. Il a été  comme un père pour moi et le trahir aujourd’hui me fait autant de mal qu’à vous. Mais je l’ai vu changé et l’homme qui m’a appris à maîtriser ma magie n’est pas ce fanatique d’aujourd’hui qui ne pense qu’à conquérir plus de pouvoir. Pourquoi  croyez-vous qu’il vous a demandé d’apprendre à pratiquer la magie du sang ? Il est prêt à faire de nombreux sacrifices, et dans son plan nous sommes les agneaux sacrificiels.

Jonah demanda à nouveau :

– Qu’attends-tu de nous Leena ?

– Lorsque tout sera prêt et qu’il sera temps de passer à l’action, pour ceux qui le souhaite, tenez vos affaires prêtes. Prévenez le maximum de personnes, des personnes de confiance. Nous vous donnerons des instructions claires et précises. C’est tout ce que je vous demande. En dehors de votre discrétion absolue sur ce qui a été dit ce soir.

C’est Clarissa qui clôtura la réunion.

– Vous avez entendu la Petite ? C’est maintenant à nous prendre notre destin en main. Ceux qui tiennent à mourir, il vous suffit de rester ici. Pour les autres, vous savez maintenant quoi faire pour vous mettre à l’abri, vous et vos proches. Moi c’est tout décidé, je m’en irais dès que possible avant de devenir un outil dans une guerre insensée.

Les gens se mirent ensuite à discuter entre eux, certains se rapprochèrent de Leena pour avoir les réponses à leurs dernières craintes et la jeune femme fit ce qu’elle put pour les rassurer au mieux.

Clarissa les fit ensuite sortir par petit groupe pour éviter d’éveiller les soupçons et bientôt la jeune femme et Azel furent seuls avec la vieille mage et le petit Tom. Azel partit à son tour en leur souhaitant une bonne nuit et la jeune femme se sentit légèrement déçue, sans trop savoir pourquoi.

Clarissa prit soudain Leena dans ses bras et lui murmura, émue.

– Merci pour tout ce que tu fais pour nous Petite. C’est important. Les gens font leur septiques mais ils savent tous que tu ferais tout pour eux et que tu es leur meilleure solution. Nous te devons tous une reconnaissance éternelle, Leena.

Celle-ci lui rendit son étreinte :

– Oh rien n’est encore fait Clarissa. J’aimerais tellement que tout soit déjà terminé et que tout le monde soit à l’abri.

– Le plus important pour eux c’est l’espoir qu’ils vont pouvoir trouver un avenir meilleur.

Leena souhaita une bonne nuit à Tom et à sa vieille amie. A l’extérieur le froid lui redonna un peu d’énergie. La soirée avait été éprouvante et elle espérait de tout cœur avoir réussi à convaincre tout le monde. Et pourtant elle venait seulement de passer la première étape de leur mission, l’étape la plus facile. Ils avaient encore beaucoup de travail. Soulagée, elle passa enfin le pas de la porte de sa petite maison. Il ne restait que des braises rougeoyantes dans son foyer et l’air ambiant était glacial. Machinalement, elle leva la main, prête à utiliser sa magie de feu, mais hésita soudain. Depuis l’accident d’il y a quelques jours, elle avait peur. Mais elle allait devoir passer outre ses craintes. Elle allait avoir besoin de sa magie, des gens comptaient sur elle. Elle prit son courage à deux mains et tenta à nouveau. Le feu répondit immédiatement mais pour son plus grand soulagement elle sut le maîtriser sans problème et un bon feu flamba soudain. Une satisfaction absurde l’envahit.

– Tu es bien plus forte que tu ne le penses, Leena.

La jeune femme poussa un cri de surprise et se retourna si vite que la pièce se brouilla une seconde devant ses yeux. Elle posa sa main sur son cœur qui venait de manquer un battement.

– Azel ! Comment tu es entré ?

– Je me suis faufilé en même temps que toi.

– Oh très bien, bien sûr ! Tu voulais quelque chose en particulier.

– Je voulais juste te dire que je vais contacter l’Inquisiteur le plus tôt possible. Je le mettrai au courant de notre avancée et je lui demanderai d’envoyer des renforts le plus tôt possible.

Leena hocha la tête.

– Tant mieux. Oh et merci d’avoir accepté de parler devant tout le monde. J’imagine que ça na pas dû être facile.

– Ca n’était rien. Au début j’étais peut-être un peu détaché de toute cette histoire mais maintenant que je suis là, je suis bien décidé à sauver tout le monde, tout comme toi.

Leena lui sourit :

– Merci beaucoup pour eux.

Le silence s’installa entre eux, un peu lourd. Leena lui demanda alors :

– Voulais-tu me dire autre chose ?

Comme sorti de transe, le jeune homme se secoua et répondit :

– Non pas du tout. Bonne nuit Leena.

Azel fit quelques pas vers la porte puis s’arrêta soudain et finalement lui dit ce qu’il avait derrière la tête.

– Tu sais, ce soir, j’ai découvert à quel point tu as changé.

Leena haussa un sourcil mais ne dit rien, attendant patiemment qu’il développe son propos.

– Ce que tu es prête à faire pour ces gens… tu n’as pas hésité une seule seconde à te battre pour eux, pour leur survie et leur sauvetage. Je ne pense pas que la Leena que j’ai connu aurait fait ce choix… elle aurait sans doute fuit.

Leena réfléchit quelques instants avant de lui répondre.

– Tu as raison. C’est un fait, j’ai changé. Et c’est en partie grâce à ses gens, c’est pour ça que je leur dois beaucoup.

Azel sourit, presque tristement.

– Je regrette simplement que tu n’aies pas eu ce courage en ce qui nous concernait. Mais il s’agit du passé, et il est grand temps que l’on regarde vers l’avenir, n’est-ce pas ?

Légèrement confuse, Leena ne sut que lui répondre. Il avait entièrement raison.

Rapidement il revint vers elle et posa doucement les lèvres contre les siennes, bien trop rapidement au goût de la jeune femme.

– J’aime beaucoup cette nouvelle toi. Bonne nuit Leena.

Sans un mot de plus, ni un regard, le jeune homme sortit, laissant la jeune femme sur un petit nuage, un grand sourire sur les lèvres.

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Chapitre 17 – Celui qui sort ce qu’il a sur le coeur

Ils arrivèrent dans un long couloir avec quatre portes. Seth se dirigea vers une première chambre en lui demandant de patienter quelques secondes. Il revient presque aussitôt le bras débarrassé de sa prothèse. A la place de son avant-bras manquant la manche avait été cousue sur son bras. Noria se demanda comment il prenait son nouvel handicap, mais n’osa pas lui en parler. Seth la conduisit ensuite vers le bout du couloir, vers la dernière porte, l’ouvrit et laissa passer Noria dans la pièce qui deviendrait sa nouvelle chambre. La jeune elfe l’observa brièvement. Elle était assez spacieuse. Un grand lit en bois, une armoire et un bureau composaient les seuls meubles de la pièce. Une petite cheminée, éteinte pour le moment, se trouvait sur le mur en face du lit. La chambre était d’une propreté impeccable et sentait le frais. Par contre l’air était vraiment froid et Noria ne put s’empêcher de frissonner et de se frictionner les bras pour essayer de les réchauffer.

– Voilà, c’est pas le grand luxe mais c’est assez grand.

– Ça ira très bien, merci.

– Je vais t’allumer un feu.

L’atmosphère entre eux était presque aussi glaciale que la pièce, et Noria ne savait plus où se mettre. Alors pour s’occuper pendant que Seth s’activait autour du foyer elle commença à défaire ses affaires. Bientôt une bonne flambée déversa sa lumière et sa chaleur dans la pièce. Elle s’occupa tout de suite de sortir son nécessaire à potions et grenades. Elle sentait le regard de Seth sur elle et sa nervosité augmenta d’un cran. Elle ne savait pas quoi faire pour désamorcer cette mauvaise ambiance entre eux, cette tension insoutenable. Alors elle lui demanda la première chose qui lui passa par la tête tout en alignant ses fioles vides.

– Comment va ta mère ?  Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles ?

– Elle va très bien. D’ailleurs, à ce propos, tu aurais pu me dire que tu l’avais rencontrée. Tu sais, le mentionner dans l’une de tes lettres…

– Je ne vois pas pourquoi. C’était entre elle et moi. A moins bien sûr que tu ne surveilles les relations de ta mère.

Seth soupira.

– Alors ça va être comme ça entre nous maintenant ? Aussi froid et distant que des étrangers.

Noria arrêta d’aligner ses fioles et le regarda bien en face.

– Je ne sais pas Seth, comment veux-tu que ça soit entre nous ?

Le jeune homme haussa les épaules.

– Je ne sais pas non plus Noria. Je pensais qu’on s’entendait bien, qu’on pouvait se parler librement. C’est toi qui as disparu sans raison, sans me donner de nouvelles. Je croyais qu’on était ami, manifestement je me trompais…

Noria plissa les yeux et sentit la moutarde lui monter au nez. Elle haussa légèrement la voix :

– Tu as un de ces culots ! Bon sang mais c’est TOI qui m’a rejetée ! Tu m’as bien fait comprendre que je n’étais pas la bienvenue au sein de l’Inquisition. TU m’as écartée de ta vie Seth ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je te supplie à genoux ?

Le ton sarcastique de Seth ne fit qu’amplifier sa colère.

– Et bien ça aurait pu être drôle. Mais bien sûr, tout est de ma faute, je ne suis qu’un égoïste dans cette histoire. Alors excuse-moi d’avoir essayé de te protéger, parce que, clairement l’Inquisition c’était des vacances ! Je ne sais pas si tu as entendu parler de Darse ? Mille cinq cent morts.

Le ton de Noria monta encore d’un cran.

– T’aies-tu seulement demandé ce que je ressentais, Seth ? Non ! Et tu sais pourquoi parce que c’est ce que tu es : Un foutu d’égoïste ! Mais j’espère que ta petite conscience n’a pas été trop perturbée. Je m’en voudrais beaucoup !

Seth serra les mâchoires mais ne changea pas le ton de sa voix.

– Et toi tu ne m’écoutes pas. Tu t’emportes comme d’habitude. Et moi qui pensait que tu aurais un peu mûri. Tu te comportes comme une gamine. Je te répète que l’inquisition n’avait rien d’un parcours de santé. Tu étais blessée tu ne m’aurais servi à rien !

Il ne lui aurait pas fait plus mal si l’avait frappé physiquement.

Elle fit un premier pas vers lui et hurla presque.

– C’est tout ce que je suis pour toi, Seth ? Un boulet ? Je savais que tu m’avais menti, tu m’avais pourtant dit que tu ne m’abandonnerais pas ! Mais c’est bel et bien ce que tu as fait, tout ça parce que je suis borgne ! Quelle idiote ! Je me suis entraînée pendant des semaines, des mois pour récupérer cent pour cent de mes capacités. Mais ça tu t’en fiches !  Tout ce que tu vois c’est le bandeau sur mon œil. Je ne pensais vraiment pas que tu étais ce genre d’homme !

Seth roula des yeux, exaspéré et avança également d’un pas.

– Tu sais très bien que je tenais à toi et je serais plutôt mal placé pour te résumer à ton handicap.

Noria ne put s’empêcher de relever.

– Tenais hein ?

– Oui tenais. Je ne sais pas vraiment si je tiens encore à l’espèce d’hystérique devant moi. Tu as changé.

– Bien sûr que j’ai changé ! Tu croyais quoi ? Que j’allais patienter toute ma vie, à jouer la bonne Dalatienne, attendant, le cœur palpitant, que tu daignes te souvenir de moi.

Seth énuméra alors :

– Sauvez Férelden, sauver Orlaïs, abattre des tonnes de dragons, sauver Thédas d’une invasion Qunari, oh et sans oublier une espèce d’engeance-magister que j’ai renvoyé dans l’Immatériel ! Vraiment je suis impardonnable de ne pas avoir trouvé le temps de venir te voir !

Noria grogna d’exaspération et réduisit la distance entre leur deux corps, qui se touchaient presque maintenant.

– Pardonnez-moi oh Inquisiteur ! Mais encore une fois je te le répète, j’étais prête à venir te rejoindre ! Avant que tu ne m’envoies cette lettre !

– Vraiment je pensais que tu avais l’instinct de survie plus développé que ça. Tu serais peut-être morte à l’heure qu’il est.

Noria haussa à nouveau la voix.

– J’aurais peut-être préféré !

– Alors tu es une idiote.

Noria vit rouge et elle se mit à tambouriner du poing le torse de Seth, qui d’abord, trop surpris pour se défendre, essaya de l’arrêter.

– C’est toi l’idiot ! Tu ne comprends vraiment rien !

– Arrête Noria !

– Non je n’arrêterais pas ! Pourquoi n’arrives tu pas à comprendre que j’aurais mille fois préféré rester avec toi, quitte à mourir pour une noble cause, plutôt que de dépérir au Clan ! Pourquoi n’arrives tu pas à comprendre ? Une fois que tu es parti, je n’étais plus rien pour toi… Rien du tout. Et dans tes lettres tu semblais tellement distant, alors j’ai fait pareil, par fierté, par stupidité ! Pourquoi n’arrives-tu pas à comprendre que ton rejet m’a fait plus de mal que la perte de mon œil ? Pourquoi …

Son dernier mot se perdit dans un murmure et elle finit par arrêter ses coups de poings qui reposaient maintenant contre le torse de Seth. Avec horreur elle sentit des larmes brouiller ses yeux et s’écouler doucement. Seth s’était figé pendant sa confession et la regardait avec une telle intensité qu’elle se sentit comme hypnotisée. Elle n’était plus qu’un maelstrom d’émotions brutes ; colère, rage, désir, amour, amitié, honte. Elle voulait le frapper encore et l’embrasser à perdre haleine. Elle voulait lui hurler dessus et lui murmurer qu’elle l’aimait toujours. Mais elle se contenta de rester paralysée sous son regard doré qui l’avait épinglée.

Seth, lui, se sentait honteux. Honteux de lui avoir sorti des piques qu’elle ne méritait pas, honteux de lui avait fait du mal alors que c’était bien la dernière chose qu’il voulait. Mais il n’avait que chercher à la protéger et pour ça il ne méritait pas non plus les reproches qu’elle lui avait fait.

Délicatement, il leva la main et lui essuya tendrement la joie gauche, puis il la passa derrière sa nuque et l’attira contre son torse. Noria se blottit contre lui et ferma les yeux, abandonnant totalement sa lutte contre ses larmes qui s’écoulaient maintenant librement. Seth la serra contre lui et murmura :

– Je suis désolé Da’mi, je ne voulais pas te faire du mal. Je suis vraiment désolé.

– Comment on en est arrivé là ?

– Mmm… peut-être parce qu’on est deux idiots, trop fiers pour communiquer normalement.

Noria rit à travers ses larmes.

– Tu m’as manqué, Beau Gosse !

– Toi aussi tu m’as manquée. Je suis heureux que tu m’aies retrouvé.

– Je suis désolée de t’avoir traité d’égoïste.

– Un foutu égoïste pour être exact.

Noria grommela.

– Oui bon si tu veux, je suis désolée de t’avoir traité de foutu égoïste.

– Et tu m’as traité d’idiot aussi…

Noria releva la tête et croisa son regard rieur.

– Tu n’as pas changé Beau Gosse, tu es toujours aussi insupportable !

– Oui mais ça fait partie de mon charme !

Noria lui donna une pichenette sur le nez et recula d’un pas.

– Tu es l’homme le plus exaspérant que j’ai jamais vu ! Bon maintenant qu’on s’est bien excusé, je propose qu’on laisse tout ça derrière nous et qu’on reparte à zéro.

– Je crois bien que c’est la meilleure idée que tu aies eut de la soirée.

Elle lui tendit alors la main, en un geste amical.

– Bien. Je m’appelle Noria enchantée de te rencontrer !

Se prenant au jeu Seth lui prit la main. Mais à la place de lui donner la poignée de main attendue, il la porta à ses lèvres et la baisa, la faisant frissonner de la tête aux pieds.

– Enchantée Noria. Je suis Seth.

– Eh bien Seth, comme on vient de se rencontrer, il serait tout à fait indécent que tu restes plus longtemps dans ma chambre. On ne sait pas ce que les gens pourraient penser ! Et puis j’ai eu une soirée que je qualifierais de …mouvementée ! J’ai besoin de recharger mon énergie.

Seth rit et ouvrit la porte.

– Très bien Da’mi. Bonne nuit alors. A demain.

– A demain Seth. A demain.

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Chapitre 16 – Panser ses plaies

Rain se pressa dans les couloirs. Il passa directement par les cuisines pour faire bouillir un bac d’eau puis s’arrêta dans sa chambre pour y récupérer des racines d’elfidés moulues qu’il mélangea à l’eau. Ces plantes avaient d’excellentes vertus antiseptiques. Il attrapa de quoi lui faire un cataplasme et une fois cela fait, il se précipita dans la chambre de Seren.

Aussitôt qu’il passa la porte, l’odeur du sang agressa ses narines. Les soldats avaient déposé la jeune femme, sans ménagement, sur le lit. Elle était couché sur le ventre, ne bougeait pas et avait les doigts crispées par la douleur. Elle lui tournait le dos, le visage dirigé vers la fenêtre.

Rain s’avança vers le lit. Il posa la bassine d’eau aux herbes sur la table de nuit et se pencha vers elle. Il dégagea gentiment les mèches de cheveux qui lui barraient le visage et murmura son prénom. Fournissant un effort considérable, les yeux de Seren papillonnèrent. Elle eut du mal à fixer son regard, mais finalement elle croisa enfin les yeux de l’humain. Légèrement confuse, elle balbutia d’une voix rendue pâteuse par la douleur :

– Alexei …je suis tellement désolée, je ne voulais pas perdre le contrôle mais elle…

– Chuuut ! Tout va bien Seren. Tu n’as pas à t’excuser de quoi que ce soit. C’est moi qui suis désolé. Darius m’a interdit d’utiliser ma magie pour te soigner. Et je suis sûr qu’il serait capable d’aller vérifier lui-même et de te faire subir à nouveau le fouet s’il voit que je t’ai soigné. Je vais donc devoir utiliser des méthodes plus traditionnelles. Mais ça sera certainement plus douloureux…

Il déposa un baiser sur son front et répéta :

– Pardonne-moi.

Elle essaya de lui sourire.

– Tout va bien. Je connais la douleur…

Il se redressa et observa pour la première fois l’étendue des dégâts. La peau de son dos avait été arrachée à de multiples endroits et si le sang avait déjà séché pour la plupart, certaines plaies étaient profondes et saignaient encore. Il devait commencer par nettoyer les plaies et cela risquait de ne pas être agréable. Il prit le chiffon propre qu’il avait apporté et le plongea dans l’eau bouillante. Avec beaucoup de douceur, il tapota légèrement ses plaies pour enlever le sang séché et les nettoyer correctement. Mais malgré toutes ces précautions, il sentit le corps de Seren se crisper et entendit la respiration de la jeune elfe se couper brusquement. Lorsqu’il passa sur ses plaies plus profondes, elle ne put empêcher un léger gémissement de douleur de franchir ses lèvres.

Rain essaya de se maîtriser, mais il sentit la colère et l’impuissance prendre le dessus sur tout le reste. Il jeta brusquement le morceau de tissu dans le bac d’eau.

– Ça suffit ! J’ai supporté de te regarder souffrir assez longtemps comme ça !

Il posa les mains sur son dos, mais Seren bougea vite malgré ses blessures et lui attrapa le poignet.

– Non Alexei ! Il pourrait te le faire payer !

Rain la fit doucement se rallonger et la jeune elfe obtempéra, trop épuisée pour lutter. Il passa le dos de son doigt contre sa joue et la rassura.

– Rassure-toi, je le sais bien. Il m’a, en effet interdit de te soigner, mais il n’a rien dit contre ça.

Il posa à nouveau ses mains sur le dos de la jeune femme et diffusa sa magie. Aussitôt Seren sentit un bien-être salvateur l’envahir, son corps se détendit. La douleur avait laissé la place à un froid intense mais aucunement désagréable. Le genre de froid qui apaise la douleur, qui engourdit légèrement et vous donne envie de vous pelotonner sous les couvertures.

Enfin, Seren décrispa ses doigts et sourit.

– Faiseurs, comme cela fait du bien ! Merci beaucoup, je ne sens presque plus rien.

– Tant mieux.

Il se remit au travail, sans crainte cette fois de la blesser plus que nécessaire.

– Je suis désolé pour ce qui est arrivé à ta sœur. Personne ne mérite l’apaisement, encore moins les innocents.

Lorsqu’il eut finit de nettoyer les plaies, il commença la décoction du cataplasme. Seren murmura.

– Tout est de ma faute, c’est moi l’ainée de la famille,  j’aurais dû la protéger mais maintenant il est trop tard. Je ne peux plus rien pour elle. Et je ne suis même pas sûre qu’elle veuille de mon aide. Mais je ne peux pas me résoudre à la laisser. Je dois trouver un moyen de l’arracher aux griffes de cette sorcière…

Elle sentit les doigts de Rain, enduits de pâte froide contre sa peau et en soupira de contentement.

– Je sais Seren. Mais pour le moment, nous devons d’abord penser à un moyen de te sortir de là. Je pense qu’Emilia n’en a pas fini avec toi, elle ne s’arrêtera que lorsqu’elle t’aura détruite. Et il est hors de question que je la laisse faire. C’est la dernière fois que je la laisse te faire du mal sans réagir.

– Mais que pouvons-nous faire ?

Rain garda le silence quelques instants, continuant à déposer le cataplasme sur son dos. Son travail fini il s’essuya les doigts sur le chiffon et s’assit à nouveau à ses côtés. Enfin il lui répondit.

– Nous allons nous enfuir.

Seren se redressa, l’oreiller plaqué contre sa poitrine nue. Même après toutes ses nuits passées en sa compagnie, elle gardait toujours une certaine pudeur. Elle se mit en position assise, toute proche du corps de Rain. Elle avait les yeux écarquillés et elle répéta, comme sonnée.

Nous enfuir ?

Rain lui sourit.

– Oui nous enfuir. J’y pense depuis quelques temps déjà.

– Mais enfin c’est impossible tu le sais bien ! Je suis une esclave Rain ! Je serai traquée dans toute la ville lorsque Darius signalera ma fuite ! Et à cause de l’arène je serai reconnue, n’en doute pas un instant. Tous se précipiteront sur la chance de pouvoir aider le puissant Magister Darius.

Rain fronça les sourcils, légèrement contrarié :

– Je ne suis pas un imbécile ! J’ai déjà prévu tout ça. J’ai prévu beaucoup de choses…

Seren n’osa pas espérer, pourtant une petite lueur d’espoir s’alluma dans son cœur, faisant briller ses yeux. Elle lui prit la main et lui demanda :

– Quoi Alexei ? Qu’est-ce que tu as prévu ?

– Dans quelques jours, Darius me donnera ma paie. Je suis allé me balader sur le port il y a quelques jours. J’ai rencontré un capitaine qui redescendrait le fleuve jusqu’au Névarra dans une semaine. Il s’est dit prêt  à nous prendre à son bord, moyennant quelques pièces bien sûr. Il nous suffira de nous glisser hors de la maison au dernier moment. En ce qui concerne ta notoriété, figure toi que la bibliothèque de Darius est très bien fournie. Elle contient notamment un très bon ouvrage sur la transformation magique.

Seren lui serra plus fort la main et posa son front contre le sien, se laissant bercer par ces douces paroles, allant jusqu’à rêver qu’une autre vie était possible. L’espoir était mince mais il était là. Elle murmura :

– Nous recommencerons à zéro au Névarra, toi et moi, plus d’esclave, plus de fugitif …

Rain lui prit le visage en coupe et souffla.

– Oui ma Seren, juste toi et moi.

– Tu sais que je n’ai rien à moi ? Si tu pensais faire une bonne affaire en enlevant la championne de Minrathie et tout son or, je suis au regret de te détromper.

Rain rit et enroula une mèche des longs cheveux de la jeune elfe autour de son doigt :

– Je vais donc me contenter de ta personne. Ne t’en fais pas pour l’argent, j’ai quelques pièces de côté. Darius est plutôt généreux avec ses employés. Une fois au Névarra, nous pourrons nous trouver une petite maison et un travail.

Elle inspira profondément et ferma les yeux.

– Oui, oui ça serait parfait.

Faiseurs comme elle l’aimait ! Elle rouvrit brusquement les yeux pour rencontrer ceux de Rain. D’où lui venait cette idée ? Aimer ? Ce mot avait une drôle de sonorité. Presque étrangère. Depuis qu’elle avait été arrachée à ceux qu’elle chérissait, elle pensait s’être assez endurcie pour ne plus ressentir ce genre d’émotion forte jusqu’à sa rencontre avec Tia. La toute jeune elfe qu’elle avait été ne pouvait pas laisser Seren indifférente. Et elle avait très vite compris que la jeune adolescente avait su se frayer un chemin vers son cœur. La souffrance qu’elle avait ressentie à sa mort était là pour le prouver. Mais c’était un amour très différent de ce qu’elle ressentait pour l’humain. C’était trop fort, trop prenant. Il lui réchauffait le cœur et lui glaçait le sang d’inquiétude. Elle savait que s‘ils venaient à être séparer ou s’il devait arriver quelque chose à Rain, elle ne s’en remettrait pas. Elle avait cru aimer Darius mais elle se rendait maintenant compte à quel point elle se trompait. Rain était son ami, son amant et sa seule ancre quand les ténèbres obscurcissaient son être. C’était sa voix, son odeur, son toucher qui lui permettait de revenir à elle, car même si son esprit ne le reconnaissait pas, son cœur, lui, savait.

Mais lui, que ressentait-il pour elle ? Il la désirait, c’était un fait, éprouvait de la tendresse et de l’affection pour elle, assez pour envisager de refaire sa vie avec elle quelque part. Et cela lui suffisait, elle n’en demandait pas plus. Elle qui s’était contenté de minuscules démonstrations d’affection de la part de Darius pendant dix ans, elle était comblée par ce que lui donnait Rain. Non elle ne demandait pas plus. Tant qu’il restait à ses côtés, elle était la plus heureuse des femmes.

Subitement elle se souvint de quelque chose. Elle se détacha de lui.

– Ma sœur ! Comment ai-je pu l’oublier ? Nous ne pouvons pas la laisser dans cette ville maudite ! Je refuse de l’abandonner encore une fois.

– Eh bien, je ne savais pas encore pour ta sœur lorsque j’ai pensé à ce plan mais nous allons trouver une solution je te le promets. Nous ne la laisserons plus seule.

Gentiment, il la força à se recoucher sur le ventre.

– Tu devrais te reposer à présent. Une longue semaine nous attend. Tu dois récupérer toutes tes forces. Essaye de ne pas trop bouger cette nuit, je vais te laisser le cataplasme. Je viendrais voir demain comment cela a évolué.

Seren sentit effectivement ses yeux se fermer tout seuls, mais elle trouva tout de même la force de protester :

– Alors cela veut dire que tu ne viendras pas me rejoindre cette nuit ?

Rain rit et lui caressa les cheveux.

– Je pense qu’il serait plus raisonnable de ne plus nous voir aussi souvent jusqu’à ce que nous soyons à l’abri sur le bateau.

Seren essaya de dissimuler sa déception sachant pertinemment qu’il avait raison. Mais ne put cacher la petite moue qui déforma sa bouche et qui ne passa pas inaperçue.

– Oh oui, bien sûr.

– Je n’ai pas dit que nous ne nous verrons plus, mais tu as besoin de repos. Bonne nuit, Seren.

Il déposa un baiser chaste sur ses lèvres, pris la bassine dans ses bras et sortit de la chambre. Une fois la porte fermée, Seren chuchota en direction de la porte :

– Bonne nuit, mon amour.

Resté seul avec Emilia, Darius se massa lentement les tempes. La journée avait été éprouvante. Ce matin il s’était enfin décidé à aller rendre visite à son père. Cela faisait des années qu’il ne s’était pas donné cette peine. Après tout, il s’était toujours dit qu’il était fortement hypocrite d’aller s’enquérir de la santé de celui qu’on empoisonne depuis des années. Mais il avait été quelque peu alarmé par le manque d’informations que ses esclaves arrivaient à récolter sur la santé de son père. Si jamais il retrouvait sa lucidité, il serait dans les ennuis jusqu’au cou, puissant Magister ou pas.

Il avait donc pris la décision d’aller voir par lui-même quelle était la situation. Les esclaves assignés à l’aile de son père avaient été plus que surpris par son apparition et c’était avec des yeux éberlués qu’ils l’avaient laissé entrer.

La chambre de son père était spacieuse. Un lit majestueux prenait presque tout un pan de mur alors qu’une haute vitre donnait à la pièce beaucoup de lumière. Il avait également une bibliothèque personnelle et un bureau, même s’il était totalement incapable de se servir de l’un ou de l’autre. Il n’avait pas lésiné sur les moyens pour le confort de son paternel. Le vieil elfe qui lui était assigné était assis dans un haut fauteuil et faisait la lecture au malade.

Créateur ! Depuis combien de temps n’était-il pas venu ? Il avait alors interrogé le vieil esclave sur l’état de son père et avait, avec un profond soulagement, appris que rien ne semblait avoir changé. Lorsqu’il avait jeté un coup d’œil vers le lit, il avait néanmoins constaté un léger changement. Son père avait maintenant une cinquantaine d’années mais à cause de l’empoisonnement quotidien qu’il recevait, il paraissait bien plus âgé. Ses yeux grands ouverts, regardaient le vide, ses joues, plus creuses que dans son souvenir, faisaient ressortir les os de son visage, lui donnant un air de cadavre ambulant. S’il devait émettre un pronostic, Darius dirait que son père n’en avait plus pour très longtemps. Etrangement, cette pensée ne le soulagea pas autant qu’elle l’aurait dû. Il n’était pas un monstre, il avait juste beaucoup trop d’ambition et de soif de pouvoir pour son propre bien. Sans oublier qu’il détestait son père et que celui-ci le lui rendait bien. Et aujourd’hui, même s’il voulait revenir en arrière, il était beaucoup trop tard.

Et cet après-midi, il avait dû supporter cette mise en scène ridicule. Il observa Emilia du coin de l’œil. Elle semblait s’être très bien remise de l’attaque de Seren et se faisait recoiffer tranquillement par la petite Elora qui n’avait pas bougé pendant que sa sœur se faisait fouetter. S’il devait être tout à fait honnête avec lui-même, il aurait volontiers lui-même cloué le bec à cette insupportable femme. Cette espèce d’idiote avait failli révéler son petit secret à Seren, et sincèrement il préférait ne pas être les cibles des foudres de sa championne. Il voulait simplement que les choses redeviennent comme avant. Malheureusement depuis l’arrivée de Rain dans sa maison, les choses allait de mal en pis. Mais il ferait en sorte qu’il s’en aille bientôt et tout rentrerait dans l’ordre. Il était tellement absorbé dans ses pensées qu’il ne comprit pas tout de suite qu’Emilia lui parlait.

– ….ien sûr !

– Mmm ? Que disais-tu ?

Emilia éloigna d’un geste de la main la jeune elfe et se pencha légèrement vers l’avant, montrant à tous son généreux décolleté. Normalement Darius en aurait largement profité mais aujourd’hui il était bien trop énervé contre elle pour cela.

– Je disais, très cher Darius, que je suppose que tu es au courant bien sûr !

– Au courant de quoi, je te prie ?

Emilia lui sourit, une lueur étrange dans le regard.

– Tu ne sais pas ? Créateur ce que les hommes peuvent être naïfs ! Tu ne vois rien alors que cela se passe sous tes yeux !

– Ecoute-moi bien Emilia, je n’aime pas les devinettes alors soit tu me dis ce que je suis apparemment trop stupide pour voir, soit tu t’en vas.

– Ohhh mais je vais te le dire, ne t’en fais pas. Il se trouve que j’ai appris quelque chose d’intéressant ces derniers jours. Ton invité, Rain et cette esclave ridicule couchent ensemble.

Darius resta un moment abasourdi, puis il éclata de rire.

– Par Andrasté tu ne sais plus quoi inventer pour te rendre intéressante ! Seren m’est dévoué corps et âme. Elle n’a jamais regardé personne d’autre que moi.

Vexée, Emilia croisa les bras sur sa poitrine.

– Je te trouve bien sûr de toi, Darius. Tu ferais bien de les observer un peu plus attentivement. Et tu verras ce que j’ai vu. Ils couchent ensemble depuis quelques temps. Et si j’étais à leur place je serai en train de monter un plan pour m’échapper de cette maison et de cette ville. Ou alors tu peux considérer que ce que je dis n’est que mensonge et tu te sentiras tellement ridicule lorsqu’ils se seront échappés avec une partie de ton argent. Et je serai là pour te rappeler que je t’avais mis en garde mais que tu as préféré te moquer de moi.

– Je te remercie de ta sollicitude, mais laisse-moi gérer le problème à ma façon veux-tu ?

Emilia se releva et fit un signe à Elora qui se posta derrière elle, prête à la suivre comme un gentil chien.

– Bien, la journée a été assez chargée, je vais me retirer si tu n’y vois pas d’inconvénient.

Darius se leva à son tour.

– Bien sûr ! Je ne te retiens pas plus longtemps, Emilia. Merci d’être passée me rendre visite.

Il s’inclina légèrement et laissa ses esclaves la raccompagner. Avec un soupir il se laissa tomber sur la banquette.

Il voulait croire que tout ceci n’était que les élucubrations d’une femme machiavélique et jalouse, mais elle avait réussi à instiller le poison du doute dans son esprit. Si elle avait raison ? Il serait ridiculisé pour ne pas avoir su ce qui se tramait sous son propre toit, parce qu’il était certain Emilia allait propager la nouvelle autour d’elle. Soudain il se rappela tous ces petits gestes entre Rain et Seren qui l’avaient interpellé. La façon qu’il avait de se précipiter vers elle à la fin de chaque combat, comme elle se laissait facilement approcher par lui alors qu’elle était plutôt solitaire d’habitude et même tout à l’heure alors qu’elle avait ses doigts autour du coup d’Emilia, il l’avait tout de suite prise dans ses bras pour la calmer.

Oui il devait mettre tout ça au clair, il avait horreur de passer pour un imbécile.

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Chapitre 16 – Celui qui laisse parler son instinct

Noria croyait rêver. Il était là ! Devant elle, et malgré quelques changements physiques, le doute n’était pas permis. Son cœur s’emballa, ses mains se mirent à trembler et ses lèvres s’étirèrent d’elles-mêmes en un sourire radieux. Rapidement elle le dévora des yeux. Il portait une veste courte et une jupe fendue sur le devant, de couleur foncée sur une chemise plus claire et un pantalon noir. Ses cheveux paraissaient plus foncés que dans son souvenir. Il ne les rasait plus sur un côté et les portaient maintenant attachés en un chignon lâche. Ses yeux avaient beaucoup changé, ils avaient gardé leur pétillement mais semblaient cacher quelque chose de plus sombre. Il semblait plus mature, plus posé qu’avant.

Mais ce qui la frappa évidemment le plus, fut la prothèse arbalète qu’il portait à la place de son avant-bras gauche. Que lui était-il arrivé ? Mais après tout cela n’avait pas d’importance. Non ce qui comptait par-dessus tout c’était qu’il soit en vie et devant ses yeux.

Son examen dura quelques secondes jusqu‘à ce que son caractère impulsif prenne le dessus. Sans trop réfléchir donc, elle s’élança vers lui et se jeta littéralement à son cou. Ses bras s’ancrèrent immédiatement autour de son cou et ses jambes fines entourèrent sa taille.

Surpris, Seth perdit légèrement l’équilibre mais eut le réflexe de passer son bras valide autour de la taille de la jeune elfe, la maintenant contre lui. Noria resserra encore son étreinte, savourant la fermeté et la chaleur de son corps. Le nez dans son cou, elle huma son odeur qui lui avait tant manqué en répétant encore et encore :

– Tu es vivant…

Même s’il l’avait voulu, Seth n’aurait pas pu se dégager de la jeune femme. Et de toute façon il n’en avait aucune envie. Sentir ce corps chaud et féminin contre lui, tellement familier, le ravit au plus haut point.

Sera, laissée de côté pendant quelques minutes et n’approuvant pas du tout, interrompit leur retrouvailles en lâchant :

– Mais c’est quoi ce bordel ? Vous vous connaissez ?

Noria ne fit absolument pas mine de relâcher son étreinte. Elle entendit alors Seth murmurer dans son oreille :

– Da’mi, moi aussi je suis heureux de te revoir mais tu es plus lourde que dans mes souvenirs je suis en train de fatiguer. Promis je ne vais pas m’envoler si tu me lâches.

Da’mi … comme ce simple mot lui avait manqué ! Il utilisait encore le petit surnom affectueux qu’il lui avait donné, il ne l’avait donc pas oubliée ! Mais pourquoi parlait-il de son poids ? C’était d’une goujaterie ! Comme pour se justifier elle murmura indignée :

– C’est la faute des gâteux orlésiens !

Seth éclata de rire et subitement Noria revint à elle. Légèrement embarrassée et se maudissant d’avoir laissé son instinct réagir avant sa tête, elle redescendit sur le sol, se gratta la gorge et s’éloigna d’un pas.

– Je m’appelle Noria et oui j’ai connu Seth avant le Conclave, j’aurais dû l’accompagner avant l’accident qui m’a coûté mon œil droit.

Sera observa la légère rougeur des joues de Noria et le sourire tendre de Seth. Mouais quelque chose s’était passé entre eux et elle allait évidemment essayer de découvrir quoi. Elle se tourna vers Seth qui se contenta de hausser les épaules, et lui lança un regard qui avait l’air de dire « Occupe-toi de tes fesses »

– Ahh oui ? Bizarre il ne nous a jamais parlé de toi !

Voilà un coup de poignard qui venait de rentrer droit dans son cœur. Blessée, Noria se tourna vers Seth, croisa son regard et murmura :

– Non j’imagine que non, pourquoi l’aurait-il fait ?

Seth allait répliquer quelque chose mais Noria ne voulait pas entendre ses excuses alors elle le coupa net :

– Bien la question de la survie de Seth étant réglée, je vous ai fait venir ici pour autre chose.

Comme si subitement Seth se souvenait qui il était venu voir ce soir il demanda :

– Mais alors c’est vraiment toi qui as mis les Amis de Jenny sur la sellette ses dernières semaines ?

Noria eut un petit sourire.

– Oui c’est bien moi.

Sera intervint :

– Bah c’était pas l’idée la plus brillante du siècle. Tu ne pouvais pas faire comme tout le monde et nous laisser un message, comme tu l’as fait pour nous attirer ici d’ailleurs ?

Noria haussa les épaules :

– Si j’aurais pu m’en contenter mais je préfère faire les choses à ma manière. Et puis où aurait été le fun dans tout ça !

Sera allait répliquer mais dû s’avouer vaincue devant l’évidence. Alors elle demanda à son tour :

– Et je suppose que c’est aussi toi, celle qui fait parfois le job à notre place ?

– Si tu insinues que j’aide les personnes qui me le demandent, alors oui c’est moi.

Seth plissa les yeux.

– Da’mi tu sembles avoir une vie des plus palpitantes il va falloir que tu me racontes ça !

– Je ne te le fais pas dire ! Mais là, je suis sur quelque chose de trop gros pour moi toute seule. Je sais reconnaître mes limites et faire face à un psychopathe et un tueur en série, c’est ce que j’appelle largement les dépasser !

– Comment ça ?

Alors elle leur expliqua comment elle était tombée sur cette affaire. Tout en parlant elle fit de grand geste et ne cessa de marcher de long en large. Fascinés, Sera et Seth la regardèrent évoluer dans la pièce, semblant soudain remplir l’espace de son énergie.

-…or vous vous en doutez bien, tout le monde se fiche royalement de la disparition d’elfes. Le plus frustrant c’est que je ne sais rien de cet assassin. Tout ce que je sais, je l’ai appris en enquêtant sur les victimes. Elles étaient toutes les deux elfes et avaient entre vingt et trente ans. Elles étaient apparemment particulièrement jolies, pour ne pas dire carrément parfaite. Le physique très elfique, vous voyez, grande, élancée, élégante et le visage parfait et pur. Et puis elle était aussi parfaite de caractère. Toujours charmante, souriante, leurs employeurs n’avaient absolument rien à redire sur elle. Ah autre chose, le petit-ami de l’une des deux m’a confiée que la victime recevait une douzaine de roses rouges tous les jours, une semaine avant sa disparition. Je ne sais pas si ça à quoique ce soit à voir avec l’affaire mais cela fait peut-être parti de son mode opératoire.

Sera demanda à Seth en aparté :

– Elle est toujours comme ça ? On dirait une boule d’énergie ! Elle va réussir à débarrasser le sol de la poussière si elle continue à s’agiter.

– De ce que je me souviens, oui ! Noria est comme ça.

– Intéressante ton amie…

Noria s’était enfin arrêtée et les poings sur les hanches, elle les observait d’un œil furibond.

– Dis donc je vous embête ? Vous pourriez au moins faire semblant de m’écouter non ?

Seth mentit effrontément.

– Mais on t’écoute ! On était justement en train de discuter de ton affaire !

– Bah tiens ! Prends moi pour un cochard ! Bon vous allez m’aider oui ou non ? Pendant qu’on discute il est surement déjà en train de choisir sa prochaine victime.

Seth interrogea Sera du regard, après tout, des deux c’était elle la plus apte à prendre des décisions pour les Amis. L’elfe lui fit un bref hochement de tête.

– D’accord on va t’aider, Da’mi.

Noria soupira de soulagement.

– Merci. Je ne veux plus jamais tombée sur le corps mutilé d’une de ses femmes. J’ai, d’abord, besoin que vous activiez votre réseau et que vous préveniez toutes les femmes elfes. Si jamais elles ont reçu des fleurs régulièrement depuis quelques jours, il ne faut pas qu’elles sortent. Je ne sais pas comment le meurtrier les choisit ni où.

Sera croisa les bras, le regard ailleurs.

– Pourquoi leur offrir des fleurs ?

Noria haussa les épaules.

– Je ne sais pas. Peut-être qu’il essaie de leur faire la cour ? De les séduire ? Mais quelque part quelque chose tourne mal et il finit par ne ressentir que de la rage pour elle.

– Tu sembles avoir bien analysé la situation Da’mi.

Noria plongea à nouveau son regard dans le sien, une lueur déterminée faisait briller son œil doré.

– Je vous l’ai dit, plus jamais ça !

Ils convinrent qu’il était préférable que Noria vienne s’installer « au quartier général  » des Amis de Jenny, c’est-à-dire là où ils logeaient tous les deux. Sera expliqua à la jeune elfe qu’il y avait actuellement trois agents actifs à Val Royaux, plus Seth et elle. Beaucoup d’agents elfes avaient mystérieusement disparu au fil des mois. Leur effectif étant réduit, les amis étaient moins efficaces que d’habitude. Mais elle pouvait toujours compter sur son réseau. Ils se mirent donc en route, décidant de passer d’abord par l’appartement de Noria pour récupérer ses affaires puis de rentrer. Sur le chemin Noria se tenait légèrement en retrait, écoutant Seth et Sera échanger des piques et des remarques.

Noria ne savait pas trop quoi penser de cette Sera. D’un côté elle l’a trouvait assez sympathique, bien qu’un peu folle. Et puis de l’autre elle ne pouvait pas s’empêcher d’éprouver un soupçon de jalousie. D’une part parce qu’elle avait été un compagnon pour Seth pendant les années où il avait refusé qu’elle le rejoigne et surtout par la complicité que les deux Amis semblait partager. Il y a quelques années c’étaient avec elle qu’il aurait échanger à bâtons rompus. Elle fixa le dos de Seth, le regard triste. Comme s’il pouvait le sentir, Seth se tourna brusquement vers elle et lui adressa un regard surpris. Heureusement pour elle, ils venaient d’arriver devant son logement. Rapidement elle leur demanda d’attendre et partit précipitamment pour échapper à ses yeux dorés.

Elle prit quelques sacs et fourra ses affaires à l’intérieur. Le plus délicat fut de se décider sur quoi emmener donc elle empaqueta le maximum.

C’est une Sera et un Seth ahuris, qui la virent redescendre les marches, les bras et le dos chargés de sacs, soufflant bruyamment sous l’effort.

– Qu’est-ce… qu’est -ce que vous attendez pour venir m’aider !

Seth explosa de rire.

– Tu as pris tout ton appartement ?

Sera semblait réellement choquée.

– Sérieusement ? T’es obligée de prendre tout ça ?

– Oh c’est juste quelques affaires hein. Et oui je suis obligée de les prendre ! Question de vie ou de mort. Bougez vous on va pas rester toute la nuit ici !

Avec un soupir les deux compagnons s’exécutèrent. Ils marchèrent encore quelques minutes avant de s’arrêter devant une petite maison. Juste à côté de la taverne. Noria haussa un sourcil et se tourna vers eux.

– La taverne hein ? Vous n’avez pas trouvés plus discret comme endroit ?

Sera s’expliqua aussitôt, comme piquée au vif.

– Eh bien figure-toi mademoiselle que c’est bien plus pratique! On est au cœur des rumeurs ici.

Elle ajouta en gloussant.

– Et puis c’est plus facile de retrouver la maison quand on est ivre.

Seth quand à lui leva les mains en signe de reddition.

– Je décline toute responsabilité. C’est elle la chef, je ne suis qu’un agent parmi d’autres.

Ils entrèrent et Noria fut surprise de découvrir une maison assez coquette sur deux étages. Au rez-de-chaussée se trouvait la cuisine avec une grande table pour prendre les repas et une autre pièce bien plus grande qui semblait faire office de conseil de guerre et de salle d’entrainement. Noria supposa que les chambres se trouvaient à l’étage. La maison était propre et sentait bon les fleurs séchées.

– Eh bien je ne m’attendais pas à ça ! C’est coquet chez vous, dites donc !

Sera bâilla à s’en décrocher la mâchoire.

– Moui j’aime pas quand c’est sale ! Bon je vais me coucher, je suis claquée ! Seth tu t’occupes de lui montrer sa chambre. Demain je vais organiser une réunion avec les autres agents. Il faut qu’on se coordonne un minimum si on veut être efficace. Bonne nuit les Dalatiens !

Sera monta les escaliers et les laissa seuls, dans un silence assez inconfortable.

Seth se racla la gorge.

– Viens je vais te montrer ta chambre.

Noria le suivit dans les escaliers. Dans son nouveau chez elle, dans la maison de Seth. En une soirée, sa vie avait prit un tournant des plus surprenants.

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Chapitre 15 – La pierre rouge

Leena ouvrit la porte de sa maison en poussant un profond soupir. Elle ne savait pas vraiment si elle était heureuse d’être de retour. En tous les cas, elle était soulagée de retrouver tout le monde. Elle n’avait pas pu s’empêcher compter pour savoir s’il ne manquait personne. Elle était passée par les cuisines pour vérifier les stocks et par la classe, prodiguée par Jonah, un mage qui alliait sagesse et expérience. Les enfants faisaient de sacrés progrès. Elle avait discuté avec lui de cette histoire de magie du sang qu’Owen souhaitait voir enseigner aux plus jeunes. Le mage enseignant semblait tout simplement outré par l’idée même de pratiquer la magie du sang et encore plus de l’enseigner à des enfants. Au moins elle savait maintenant que les leçons de magie du sang n’avaient pas encore été prodiguées.

Sa petite maison était exactement dans le même état que lorsqu’elle l’avait quittée, elle savait que Clarissa avait dû se charger de faire un peu de ménage pendant son absence. On lui avait même déposé un bac d’eau propre. Rapidement, elle se lava les mains et le visage, se préparant mentalement à la conversation qu’elle allait devoir avoir avec Owen.

Elle était encore en colère contre Azel. Comment avait-il pu croire un seul instant qu’elle aurait pu lui cacher l’existence de leur enfant ? Enfant qui n’existait pas de tout façon. Malgré elle, elle ne put s’empêcher de s’imaginer la tête qu’aurait un enfant né de leur union. Très vite, elle chassa ses rêveries, elle avait malheureusement d’autres chats à fouetter.

On toqua alors à sa porte :

– Leena ? Owen est de retour et souhaite vous voir au plus vite.

La jeune femme se redressa et dans un geste presque instinctif, elle vérifia sa coiffure et défroissa, bien inutilement, sa robe, fatiguée par leur voyage. Owen lui avait toujours fait cet effet-là. Elle souhaitait toujours son approbation et le petit sourire de fierté qu’il lui adressait lorsqu’il l’avait aidée à maîtriser sa magie. Lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première fois, elle était dans un état assez misérable. Elle n’avait pas mangé depuis quelques jours et n’avait que peu dormi, de peur de faire de mauvaise rencontre. Les mages libres et rendus presque fous pour certains, n’hésitaient pas à attaquer toute personne rencontrée sur leur chemin.

Owen l’avait alors recueillie dans son petit groupe de mages et s’était tout de suite lié d’amitié avec elle. Il était alors un homme éclairé, sage et respectueux de la vie et des autres. Il n’avait donc, malheureusement, plus grand-chose à voir avec l’homme qu’il était devenu au fil du temps. Devant Azel, elle avait minimisé son attachement envers cet homme. Au fil des jours et des semaines qu’ils avaient passé ensemble, elle l’avait petit à petit considéré comme un père. Celui qu’elle avait longtemps imaginé, depuis toute petite. Un homme qui avait à cœur son bonheur et son bien-être. Voir sa déchéance avait été terriblement douloureux pour elle. Et aujourd’hui elle craignait de lui faire face. Malgré ce qu’elle pensait de lui aujourd’hui, elle l’avait trahi et elle n’était soudain plus certaine de savoir comment lui faire face. Elle se remémora alors les risques qu’encouraient les innocents qui pensaient être en sécurité dans ce camp et prit donc une profonde inspiration avant de répondre d’une voix qu’elle espérait assurée :

– Bien sûr ! J’arrive tout de suite.

Elle se dirigea vers la Salle Commune, qui servait aussi de bureau principal pour Owen, d’un pas qu’elle espérait assuré. Elle monta les quelques marches pour entrer dans la salle, ou plusieurs personnes étaient en train de préparer les tables pour le dîner. Leena les salua rapidement, puis grimpa la deuxième volée de marches pour atterrir devant la porte fermée du bureau d’Owen. Elle toqua et attendit patiemment. Enfin, on lui répondit :

– Entrez !

Elle poussa la porte de bois et pénétra dans la pièce. Grande et haute de plafond, elle possédait une grande fenêtre d’où l’on avait une vue imprenable sur le camp. Le bureau d’Owen était petit, mais rempli de papiers en tout genre. Une petite cheminée dispensait un peu de chaleur dans la pièce.

Lorsqu’elle était entrée, le chef des Libertaires s’était tourné vers elle. Aussitôt qu’il la vit, il ouvrit grand les bras.

Owen était un homme de petite taille, mais il compensait par un charme que ses cinquante années n’atténuaient pas et une voix mélodieuse associé à un vrai talent d’orateur. Seules quelques rides autour de ses yeux bruns et la couleur poivre et sel de ses cheveux trahissaient son âge. Il lui sourit :

– Leena ! Je suis tellement heureux de te revoir !

La jeune femme lui sourit à son tour et vint se serrer contre lui. Après une brève étreinte, il lui demanda.

– Tu es partie depuis tellement longtemps ! Que t’ai-t-il arrivé ?

– Oh c’est une longue histoire !

Owen fit un geste ample vers un fauteuil.

– Eh bien installe-toi donc et raconte-moi tout.

Leena prit place sur l’un des sièges de la pièce et Owen s’installa en face d’elle, prêt à écouter son rapport.

Essayant d’agir comme elle en avait l’habitude, elle lui raconta le plus précisément la petite fable qu’elle avait montée, tâchant de rester le plus près possible de la vérité. Au bout de quelques minutes elle se releva pour préparer le thé comme l’aimait Owen. C’était un petit rituel entre eux. Owen et elle était quasiment les seuls amateurs de bon thé dans le clan alors elle avait pris l’habitude de le servir lorsqu’ils étaient seuls. A la fin de son récit, Owen se gratta pensivement le menton.

– Penses-tu que nous puissions faire confiance à ce Azel ?

Leena prit le temps d’avaler une gorgée du breuvage chaud avant de répondre.

– Eh bien, c’est difficile à dire, je ne l’ai côtoyé que pendant quelques jours, mais il semble las de sa vie de voyageur solitaire.

– Oui nous verrons bien. En tout cas cela fera un soldat de plus pour la liberté des mages.

La jeune femme ne put que lui adresser un sourire un peu crispé et tenta de changer de sujet.

– Et alors ? Que s’est-il passé dans le clan pendant mon absence ?

Le mage se gratta la gorge et lui lança un sourire énigmatique.

– Oh beaucoup de choses ! Nous n’avons pas chômé pendant ton absence.

– A toi de me raconter alors.

– Tout d’abord j’ai créé officiellement une petite milice. J’y ai nommé des personnes sûres, fidèles à notre cause et douées pour la magie de bataille.

Une boule se forma dans la gorge de Leena.

– Une milice ? Alors tu vas donc passer à l’offensive comme tu m’en avais parler. Qui sont les heureux élus ?

– A terme oui, c’est ce que je souhaiterais, mais je compte bien enrôler petit à petit d’autres personnes, jusqu’à avoir une vraie petite armée.

Il lui cita ensuite une liste de noms qui ne fit rien pour apaiser l’angoisse de la jeune femme. Owen avait choisi une quinzaine de personnes. Des jeunes gens, pleins de fougue et de confiance, un cocktail explosif qui les amenaient à être prêts à tout et à se croire immortels, et aussi des personnes plus expérimentées, que Leena connaissait bien et méprisait en secret. C’était des espèces de mercenaires, qui n’acceptaient de vivre en communauté que parce qu’ils savaient que la situation des mages étaient trop précaires en ce moment. Ils ne levaient pas le petit doigt pour aider la communauté et Leena était persuadé qu’à la moindre occasion, ils s’en iraient sans un regard en arrière. En attendant ils étaient puissants, le savaient et aimaient se servir de leur magie à tout bout de champ. Ils avaient rapidement formé une petite communauté à part à l’intérieur du camp, respecté et crainte. Leur chef, ou plutôt leur porte-parole était un homme d’une trentaine d’années, Bron que Leena détestait tout particulièrement. Il regardait tout le monde de haut et plus d’un fois elle avait senti son regard sur elle, un regard qui ne lui plaisait pas du tout. Heureusement, il n’avait jamais rien tenté contre elle. De toute façon, elle n’était pas sans défense et était, de plus, la petite protégée d’Owen.

Les choses avaient donc bien changé et les parias d’hier étaient devenus des lieutenants proches du chef aujourd’hui. Leena avait pressenti tous ces changements, mais cela lui causa tout de même un choc de savoir que la situation était bien pire que lorsqu’elle avait quitté le camp.

Elle ne sut trop comment, mais elle réussit à faire bonne figure et à sourire à Owen, comme si tout cela ne lui donnait pas envie de lui hurler qu’il n’était plus l’homme qu’elle avait appris à respecter et qu’il ne faisait plus rien pour la cause des mages mais uniquement pour amasser plus de pouvoir et d’autorité. Mais elle se tut et écouter stoïquement Owen essayer de lui prouver qu’elle devrait se mettre à la magie du sang, comme tout le monde. Même si elle savait que c’était quasiment inutile, elle ne put s’empêcher d’essayer de lui faire entendre raison avec toute la diplomatie dont elle était capable.

– Je comprends ce que tu essaies de faire. Nous rendre plus puissant pourrait être une solution pour qu’on nous laisse en paix. Mais je ne vois pas bien en quoi l’utilisation de la magie du sang nous aidera ? Tu sais qu’elle demande des sacrifices, du sang, souvent d’innocent…et qu’elle est souvent peu stable.

Owen se pencha vers elle, les yeux soudain animés d’une flamme étrange.

– Chaque guerre comporte ses sacrifices, Leena. Il va falloir que tu l’acceptes. Quant à l’instabilité de la magie du sang, j’ai peut-être trouvé une solution.

Le sourire qu’il lui adressa lui fit froid dans le dos. Il se leva subitement et alla récupérer quelque chose dans le sac qu’il emportait toujours en mission. Il en sortit un cristal étrange, de couleur rouge qui brillait de façon étrange, presque hypnotique. Aussitôt, Leena eut l’envie irrépressible de le prendre en main. Elle pouvait presque entendre la pierre l’appeler, lui susurrer à l’oreille combien elle serait plus forte si elle possédait ce cristal. Avec beaucoup d’effort et une volonté extrême, elle réussit à s’arracher à la fascination que lui procurait la pierre, pour réussir à demander :

– Qu’est-ce c’est ?

Owen semblait très fier de lui et regardait le cristal comme s’il s’agissait de son bien le plus précieux.

– Il y a quelques semaines, pendant que nous patrouillons les alentours, nous sommes tombés sur un groupe de templiers. Ils se comportaient de façon étrange, un peu comme ceux qui nous ont attaqué la toute première fois. Et surtout, ils avaient comme des malformations, des sortes d’excroissances sur le corps. Au prix d’un âpre combat, nous avons gagné et j’ai récupéré ce cristal sur l’un d’eux. Je ne savais pas trop ce que c’était mais je savais que ça n’était pas anodin.  Depuis j’ai fait des recherches : il s’agit de lyrium rouge. Un lyrium que l’on ne trouve que dans des coins bien particulier et que les nains se sont bien gardés de nous cacher pendant toutes ces années.

Il le fit tournoyer lentement à la lumière déclinante du jour, faisant chatoyer la pierre. Son appel se fit plus fort et Leena résista à l’envie de se boucher les oreilles pour arrêter ses murmures incessants. Owen, lui, semblait complètement fasciné et ne quittait pas le cristal du regard.

– Cette petite chose à des vertus particulières. Si tu avais vu Leena … quand je la tiens dans ma main, je me sens surpuissant. Et ça n’est pas qu’une sensation ! Je suis vraiment plus fort. Elle décuple la magie à un tel niveau !

Leena essaya de reprendre ses esprits mais elle sentait qu’elle n’allait pas bien. Sa magie du feu la démangeait. Elle voulait cette pierre, elle voulait tout brûler…Créateur, elle devait s’éloigner de cette chose.

– Owen, je ne suis pas sûre qu’utiliser ce lyrium soit une bonne idée. Il semble corrompu…étrange. C’est trop risqué.

– Alors tu l’entends aussi, n’est-ce pas ? C’est comme s’il chantait.

La jeune femme aurait plutôt comparé cela au murmure d’un serpent vénéneux.

– Ce lyrium est sublime ! Il va nous permettre de conquérir tout Thédas, Leena. Ne le sens-tu pas ?

Les doigts crispées autour des accoudoirs en bois, la jeune femme lui demanda :

– Y’en a-t-il d’autre ?

Owen s’arracha à la contemplation de la pierre et tourna les yeux vers elle.

– Pas assez pour tout le monde mais suffisamment pour mes lieutenants. Tu en auras bientôt une toi aussi.

Elle se retint de lui dire qu’elle préférerait périr par l’épée d’un templier que de manipuler cette chose qui lui faisait autant horreur qu’envie. Cela lui demandait de plus en plus d’effort de contrôler le feu en elle et pour la première fois depuis des années, elle sentait qu’elle ne contrôlait plus rien. Enfin, le chef des Libertaires remarqua qu’elle ne semblait pas bien.

– Leena ? Tu es toute pâle…

– Je… je crois que j’ai besoin de sortir un peu.

Il se rapprocha soudain d’elle et lui brandit le cristal devant les yeux et la jeune femme ne put retenir un gémissement de détresse. Le feu, il voulait tout détruire. Owen ne semblait pas se rendre compte que la pierre était la source de son désarroi. La jeune femme tenta de reprendre le dessous et répéta :

– Je vais… bien. Je dois juste… prendre l’air. Désolée, Owen, nous allons devoir remettre cette discussion à plus tard.

Le mage lui sourit.

– Bien sûr Leena, nous avons un plan de bataille à mener !

La jeune femme ne prit même pas la peine d’essayer de lui sourire en retour, et se précipita dehors. Enfin sortie de cette atmosphère irrespirable, Leena respira un bon bol d’air frais. Malheureusement il n’eut pas l’effet escompté et elle sentit sa magie toujours aussi incontrôlable. Elle avait l’impression d’être revenue au temps de son adolescence, quand sa puberté et sa magie s’étaient déclarées. Elle avait alors eu l’impression de ne plus rien contrôler, que son corps lui échappait totalement. Cela lui avait demandé beaucoup de temps et d’énergie pour arriver au niveau de contrôle qu’elle avait aujourd’hui et cette simple petite pierre rouge venait d’annihiler complètement tout son travail. Elle était à nouveau un danger pour tout le monde et elle devait trouver une solution, vite.

Pourtant elle avait du mal à réfléchir, toute son énergie et sa concentration entièrement tournées sur sa magie, afin qu’elle n’explose pas tout de suite. Elle dévala les escaliers et s’appuya contre le tronc d’un arbre. Le soleil s’était maintenant couché et peu de gens était encore dehors. Elle haletait maintenant, et malgré la fraîcheur du soir qui tombait elle sentait des perles de sueurs couler le long de son dos et de ses tempes. Avec horreur, elle vit le bout de ses doigts s’enflammer. Avec un sursaut de volonté, elle réussit à reprendre le contrôle, mais elle poussa un profond gémissement de douleur. Elle allait s’effondrer quand elle sentit un bras autour de ses épaules et un autre autour de sa taille l’empêchant de tomber au sol.

– Créateur Leena, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Qui t’as fait ça ?

La jeune femme s’agrippa à la longue tunique inimitable d’Azel et souffla faiblement.

– Pas le temps…ma magie…elle va…

Azel lut la détresse dans les yeux de la jeune femme et comprit rapidement le danger. Il tourna la tête en tous sens, essayant de trouve une solution. Soudain, il sembla avoir eu une idée et il redressa la jeune femme. Tout en la soutenant, il la guida vers l’entrée du camp. Leena se débattit et essaya de s’échapper de son étreinte.

– Azel, tu dois… éloigne-toi de moi. Je ne veux pas te blesser.

– Ne t’en fais pas pour moi, tu ne me feras aucun mal.

– Je ne contrôle plus….

– Je sais.

Aidée d’Azel et des parois rocheuses de l’étroit passage qui reliait le camp à la forêt, Leena avança, elle pouvait maintenant entendre le bruit de la cascade et celui de l’eau qui grondait. Enfin elle comprit où il l’emmenait et pourquoi. Ils se tenaient maintenant sur un petit surplomb rocheux juste au-dessus du petit lac formé au pied de la cascade. Le corps de la jeune femme était presque brûlant maintenant et Azel sentit quelques brûlures légères se former sur ses mains. Pourtant il ne la lâcha pas.

– Leena, il faut que tu sautes. Une fois que tu seras sous l’eau tu n’auras plus à lutter, lâche prise.

Le regard de la jeune femme était fixé sur la surface scintillante et rougie par les dernières lueurs du jour. Elle semblait totalement paniquée. Il n’y avait qu’un mètre à peu près entre eux et l’eau mais elle s’accrochait à lui comme s’ils se trouvaient au-dessus d’un précipice. Azel essaya de la ramener à l’urgence de la situation.

– Leena, ta magie… elle déborde.

La mage remarqua alors le léger rictus de douleur du jeune homme et s’éloigna de lui.

– Je ne peux pas ! Je ne sais pas nager. Il faut que je descende.

– On a plus le temps Leena ! Tes yeux sont devenus orange.

– Alors il  va falloir que tu me pousses parce que je n’y arriverai pas.

Azel fronça les sourcils, concentré, cherchant le meilleur moyen d’éviter le danger qui se profilait. Il sentait bien que la jeune femme était bien trop accaparée par sa magie pour réfléchir de façon rationnelle. Alors il prit une décision un peu folle. Il tendit à nouveau la main vers la jeune femme :

– Prends ma main ! Fais moi confiance et quand je te le dirais, lâche tout.

Leena n’hésita que quelques secondes avant de saisir, presque désespérément, la main du jeune homme. Celui-ci la serra fortement avant de s’élancer vers le vide, entraînant la jeune femme derrière lui.

En quelques secondes, leurs corps vint à la rencontre de l’eau fraîche et elle les engloutis dans son monde de légèreté et de silence. Elle était assez claire pour qu’Azel puisse décerner très distinctement les yeux agrandis par la terreur de la jeune femme. Complètement paniquée, elle bougeait frénétiquement des bras et des jambes dans un réflexe instinctif de survie pour retrouver la surface et l’air. Aussi calmement que possible, Azel la prit dans ses bras, la retenant fermement sous l’eau et essayant de croiser son regard. Rapidement, il appela toute sa magie disponible et la concentra dans un puissant bouclier sur ton son corps. Enfin il rencontra les prunelles de la jeune femme, dilatées et rendues orangées par le feu qui couvait en elle. Il hocha alors la tête, lui donnant la permission et le signal qu’elle était sensé guetter.

Soudain, elle se détendit sous ses mains et ses traits exprimèrent un soulagement presque proche de la jouissance. Tout se déroula en quelques secondes. Les flammes semblaient sortir de partout sur son corps et léchèrent cruellement sa peau, faisant craindre à Azel qu’elle n’en réchapperait pas cette fois. Bientôt tout son corps ne fut plus qu’une flamme géante et terriblement chaude. Même sous son bouclier de magie il pouvait sentir la température de l’eau grimper à une vitesse affolante. La chaleur les enveloppa dans son cocon mortel, transforma le corps de Leena en un avatar de feu. L’eau se mit à bouillir autour d’eux et un flot de vapeur jaillit du petit lac juste au-dessus d’eux. Malgré l’eau, les cheveux de Leena étaient comme embrasés alors que ses yeux rougeoyaient.

Azel se sentait épuisé. La dose de magie qu’il devait invoquer pour garder son bouclier actif était phénoménale et il se faisait puissamment malmener par la brûlure des flammes. De plus, l’air commençait à lui manquer et il était à deux doigts de refaire surface, mais il ne voulait pas l’abandonner ainsi. Alors il patienta et quand enfin la jeune femme redevint elle-même il poussa fortement sur ses jambes pour remonter à l’air libre. Lorsque sa tête creva la surface de l’eau, il aspira bruyamment et goulûment une bonne bouffée d’air. Il tourna ensuite son attention vers Leena. Elle sembla s’être évanouie, comme privée de ses forces et sa tête était retombée sur l’épaule du jeune homme. Avec précaution il les ramena vers le bord du petit lac et la hissa sur la berge boueuse. Le niveau de l’eau semblait avoir diminué, surement à cause de toute cette vapeur que la magie de feu avait créer. La jeune femme se mit soudain à grelotter violemment dans son inconscience et Azel se rendit alors compte que lui aussi avait froid, paradoxalement. La nuit était tombée et l’eau devait avoisiner les dix degrés. Les nombreuses couches de ses habits étaient trempées et alourdissaient chacun de ses mouvements maintenant qu’il était hors de l’eau. Quand à Leena, elle n’était couverte que de haillons, seuls rescapés de la chaleur.

Sans grand espoir, Azel tâtonna à la recherche du peu de magie qui lui restait encore à disposition et fut surpris de constater qu’il lui en restait assez pour invoquer un petit sort de feu. Après réflexion, il décida de l’utiliser sur lui. Aussitôt il sentit une bienfaisante chaleur l’envelopper, le réchauffant, et tous ses vêtements séchèrent instantanément. Il se débarrassa prestement de son ample tunique et la passa maladroitement à la jeune femme, toujours inconsciente. Il s’assit dans l’herbe, la prit ensuite dans ses bras et la berça contre lui attendant qu’elle se réveille et lui communiquant la chaleur qu’il avait réussi à accumuler dans son corps.

Bientôt les tremblements de la jeune femme cessèrent. Ses cheveux mouillées commençaient à former une corolle de boucles rousses autour de sa tête et c’est avec un certain attendrissement qu’Azel se surprit à lui dégager le visage des mèches rebelles. Elle semblait paisible et avait l’air terriblement innocente. Azel se demanda comment une magie aussi volatile avait atterri dans ce corps qui semblait si vulnérable. Pourtant il avait maintenant eu un bref aperçu de ce que Leena devait subir et il ne pouvait qu’imaginer la force et la volonté qu’il fallait à la jeune femme pour essayer de contenir toute cette destruction. Il comprenait maintenant pourquoi être mage était pour elle une malédiction.

Néanmoins quelque chose ne lui paraissait pas normal. Elle lui avait confier avoir fait beaucoup de progrès sur la maîtrise de son art, elle aurait donc dû sentir qu’elle n’allait bientôt plus pouvoir contenir son feu. Il refusait de croire qu’elle avait été négligente. De plus, elle lui avait paru tout à fait normale en la quittant il y a quelques heures. Quelque chose s’était passé pendant ce laps de temps.

Enfin la jeune femme papillonna des yeux. Azel vit de la confusion dans se yeux quand soudain elle se redressa sur ses genoux et entoura le visage du mage de ses mains.

– Créateur Azel ! Tu vas bien ? Tu n’as rien ? Je ne me le pardonnerais pas si…

Le jeune homme posa une main rassurante sur celle qui se trouvait sur sa joue.

– Ne t’en fais pas. Je vais bien.

Leena poussa une profond soupir de soulagement mais fronça néanmoins les sourcils quand elle sentit quelques cloques sur la paume d’Azel. Il lui sourit.

– Ça n’est rien.

Elle s’assit sur ses talons et joua un instant avec le col de sa tunique empruntée.

– Je suis désolée, tellement désolée.

Gentiment, Azel lui releva le menton :

– Leena, que s’est-il passé ?

Une profonde inquiétude voila soudain le regard de la jeune femme. Soudain méfiante, elle regarda de tous côtés puis finit par se remettre debout.

– Je… je crois que la situation est bien pire que je ne le pensais. Mais il vaut mieux ne pas en discuter ici.

Elle passa une main dans ses cheveux indisciplinés qui frisottaient librement.

– Rentrons au camp. Quelqu’un nous à vu partir ensemble ?

Le jeune homme se redressa à son tour et épousseta sa deuxième tunique.

– Non je ne crois pas.

Cela étonna la jeune femme. D’habitude, il y avait toujours un ou deux gardes devant l’entrée du camp, mais si Azel lui affirmait n’avoir vu personne, elle le croyait.

– Parfait, transforme toi en chat alors. Je t’expliquerai tout chez moi.

Après lui avoir jeta un coup d’oeil inquisiteur, Azel obéit et prit sa forme féline. Heureusement, pour les mages exercés, la métamorphose devenait presque naturelle et ne nécessitait presque pas d’énergie magique.

Leena se pencha vers lui et lui tendit les bras. Après quelques secondes d’hésitation, Azel accepta l’invitation et se lova contre sa poitrine. La jeune femme se mit en route et lui gratta gentiment le haut de la tête, le faisait ronronner de plaisir. Elle frotta sa joue contre son pelage et murmura :

– Merci d’être resté avec moi.

En guise de réponse, Azel-chat lui donna un petit coup de tête contre le menton et miaula doucement.

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Chapitre 15 : Châtiments

Les jours suivants furent très étranges pour Seren. Elle sentait très fortement l’épée de Damoclès sur leurs têtes. Mais d’un autre côté elle ne s’était jamais sentie aussi proche de Rain qu’en ces moments. Peut-être parce qu’ils savaient tous les deux que leur histoire était plus en sursis que jamais. En tous les cas, peut-être pour la première fois depuis le début de leur relation, elle avait arrêté de se poser des questions et vivait pleinement l’instant présent, savourant chaque baiser, chaque caresse, allant même jusqu’à le retenir plus longtemps dans sa chambre, sachant pertinemment que ça n’était pas raisonnable.

Quelques jours après la menace d’Emilia, celle-ci n’était toujours pas réapparu pour son plus profond soulagement. D’ailleurs, elle l’était tellement qu’elle avait demandé à Rain de s’entrainer avec elle cet après-midi. Ils en profitèrent pour se toucher plus que nécessaire, se presser l’un contre l’autre. Et c’est avec bonheur qu’ils se retrouvèrent à passer du temps ensemble, à la lumière du jour, comme un couple normal, qui n’avait pas à se cacher. Ils discutaient et riaient, lorsqu’ils se firent interrompre par un elfe :

– Seren ? Maître Darius m’envoie te chercher. Dame Emilia est là et voudrait te parler. Elle souhaite que vous veniez également Monsieur Rain … Ils sont dans l’atrium.

Le cœur de Seren manqua un battement. Se pourrait-il qu’Emilia ait changé d’avis et veuille les dénoncer aujourd’hui ? En tout cas, quoi que ça puisse être, ça n’annonçait rien de bon. Cette femme n’était que manipulation et méchanceté. Elle échangea un regard avec Rain et inspira profondément pour calmer la montée de stress qui l’envahissait petit à petit.

– Nous arrivons.

L’elfe les quitta et aussitôt la main de Seren trouva celle de Rain. Celui-ci lui sourit et essaya de la rassurer mais sa voix semblait être bloquée dans sa gorge. Alors il se contenta de lui baiser la main.

C’est l’un derrière l’autre qu’ils firent leur entrée dans l’atrium ou Darius et Emilia était allongés sur des banquettes, en train de siroter du vin frais et de manger quelques fruits. Les yeux d’Emilia se posèrent immédiatement sur eux et le large sourire qui étira ses lèvres à la vue de Seren, ne fit rien pour arranger l’angoisse de la jeune elfe. Elle se posta bien droite devant eux et croisa les mains derrière son dos, raide et tendue. Rain, de son côté, s’appuya contre une colonne légèrement à l’écart.

– Ahhhh ! Notre championne est enfin là ! Grâce à toi, ton maître vient d’empocher un joli paquet d’or. Et je vois que votre invité et là aussi ! Parfait !

Seren, impassible dit :

– Vous m’avez fait appeler ?

Darius, sourcils froncés, demanda à la Magister:

– Peut-on savoir pourquoi cette mise en scène, Emilia ?

– Mais c’est parce que je veux que tout le monde puisse voir que je ne suis pas rancunière et que j’ai également un cadeau pour l’Elfe !

Elle frappa fort dans ses mains plusieurs fois et une silhouette s’approcha du groupe. Ils virent approcher une jeune femme, une elfe à en juger par ses oreilles pointues et la finesse de ses traits. Elle avait des cheveux épais et d’un noir d’ébène, ses yeux avaient la couleur de la mousse, d’un beau vert profond. Mais ce qui était le plus frappant dans ce visage s’était le dénuement total d’émotion et la marque en forme de soleil sur son front. Une apaisée. Mais étrangement, en contemplant le joli visage de l’elfe, Seren ressentit une impression de déjà-vu.

La jeune elfe se tourna vers elle et inclina légèrement la tête sur le côté. D’une voix monocorde elle salua Seren.

– Andaran atish’an, ma soeur. Cela fait bien longtemps.

« Non, non c’est impossible ! ». Le cerveau de Seren s’était comme arrêté et elle écarquilla les yeux sous le coup de la surprise. Elle n’arrivait pas à concevoir que la jeune adolescente qu’elle avait abandonné des années auparavant se trouvait devant elle. Cela n’avait aucun sens ! Comment Emilia pouvait l’avoir trouvée ? Et elle n’était pas mage, pourquoi l’avoir apaisée ?

Elle murmura d’une voix éraillée :

– E… Elora ? Da’Nenh ?

– Tu ne m’as donc pas oubliée.

Seren fit un pas vers elle mais ne pût aller plus loin, son corps le refusait. Les mots sortaient de sa bouche sans qu’elle puisse leur donner un sens.

– Mais comment… pourquoi … que fais-tu… Faiseurs est-ce vraiment toi ?

La jeune elfe débita alors :

– Lorsque nous étions petites, tu me protégeais de tous les dangers de ce monde, les bêtes sauvages, les autres elfes, les cauchemars. Parfois j’avais de grosses crises d’angoisse, alors tu me chantais une chanson pour m’apaiser.

Elle se mit alors à chantonner la petite berceuse que Seren avait inventée pour la rassurer. Celle-ci ne put le supporter.

– Stop ! Je te crois !

Emilia choisit ce moment pour les interrompre. Elle battit des mains comme une petite fille.

– N’est-ce pas merveilleux ? Il se trouve que ma petite Elora a reconnu sa sœur lors de ma petite soirée. Quelle coïncidence !

Darius ne semblait pas, non plus, apprécier la scène, au vue de ses sourcils de plus en plus froncés.

– A quoi joues-tu Emilia ?

– Mais à rien du tout ! Je souhaitais simplement réunir la petite famille au complet, enfin ce qu’il en reste…

Rain faisait un effort considérable pour ne pas bouger. Son corps était tellement tendu et crispé qu’il sentait ses muscles se contracter douloureusement. Il sentait que la situation pouvait déraper à tout moment mais ne savait pas quoi faire pour la désamorcer.

Souvent, Seren se prêtait à songer qu’un jour, lorsqu’elle serait devenue assez populaire comme combattante, elle gagnerait se liberté et pourrait enfin partit à la recherche de sa sœur perdue. Elle ne doutait jamais de pouvoir la retrouver. Pour elle c’était une évidence, sa sœur allait bien quelque part. Alors oui, elle était heureuse de la revoir, mais pas comme ça…pas comme une Apaisée qui ne ressentait sans doute rien devant leurs retrouvailles. Enfin ses pieds bougèrent à nouveau et elle s’approcha de sa sœur, lui entourant le visage de ses mains. Hormis son apaisement, Elora semblait aller bien, mais prise d’une angoisse soudaine, Seren releva les manches de sa longue robe et tomba sur d’affreuses balafres qui lui zébraient le bras. Elle murmura à sa sœur :

– Que t’a-t-elle fait ?

– Je suis une esclave Seren, et j’exécute les ordres de ma maitresse.

Encore une fois, Emilia les interrompit.

– Et avec beaucoup de diligence je dois dire ! Je ne peux plus me passer d’elle ! N’est-ce pas chaton ?

– Oui, maîtresse.

C’était fini, jamais plus elle ne reverrait sa gentille petite Da’Nehn, celle qu’elle avait consolée, avec qui elle avait joué, parcourut les vastes étendues de forêts autour du clan et fait quelques bêtises. Jamais elle ne pourra essayer de se faire pardonner puisqu’Elora ne ressentait pas de haine, ni d’amour à son égard. Elle avait une inconnue, à plus d’un titre, en face d’elle. Et pourtant elle était tellement fière de la magnifique jeune femme qu’elle était devenue. Elle finit tout de même par la serrer dans ses bras :

– Je suis tellement désolée Da’Nehn… désolée de ne pas avoir su te protéger, désolée de ne pas t’avoir gardée à mes côtés…

Les bras le long du corps, Elora lui répondit d’une voix toujours aussi éteinte.

– Tu n’as pas à être désolée, je suis très heureuse ainsi.

– Non tu ne l’es pas, mais tu ne peux pas le savoir.

Emilia ne pût s’empêcher de rajouter son grain de sel.

– Eh bien ne me remercies-tu championne ?

Darius semblait toujours aussi tendu.

– Comment as-tu trouvé cette elfe ?

– J’ai acheté Elora alors qu’elle n’était qu’une adolescente, à peine sortie de l’enfance. Le marchand m’a assuré qu’elle venait de lui être donnée par des mercenaires. D’ailleurs tu devrais être au courant Darius puisqu’il semblerait que ces mercenaires …

Darius la coupa aussitôt, avec un regard noir :

– Abrège donc Emilia, nous n’avons pas besoin de tous les détails.

Emilia haussa les épaules :

– Eh bien tu sembles de méchante humeur mon cher. Toujours est-il que je l’ai prise en pitié sur ce marché aux esclaves miteux. Elle est entrée à mon service, mais elle a très vite développé un petit talent de mage. Elle m’adorait cette petite voyez-vous, et aurait voulu que je la prenne comme apprentie. Mais c’était hors de question, alors j’ai préféré la faire apaisée. Evidemment elle a un peu lutté au début et ne voulait pas, mais maintenant que c’est fait je suis sûre  qu’elle ne regrette rien, n’est-ce pas Elora ?

– Oui, maîtresse.

Depuis l’apparition de sa sœur et la découverte de son apaisement, Seren faisait un effort considérable pour  ne pas se laisser envahir pas l’émotion. Mais, la petite explication d’Emilia et le ton supérieur qu’elle avait utilisé, ne faisait que mettre son sang-froid à rude épreuve. Elle sentait s’effondrer, petit à petit toutes les défenses qu’elle avait soigneusement mises en place.

– J’attends toujours mes remerciements …

La brume familière commença à embrumer l’esprit de Seren. Elle se tourna brusquement vers Emilia les yeux presque rouges. Elle essaya de ravaler la rage qui montait. Elle ne voulait absolument pas perdre le contrôle de son corps.

– Vous n’êtes qu’une horrible garce ! Pourquoi faites-vous cela ? Elora était la personne la plus gentille du monde, elle ne vous aurait causée aucun tort !

Emilia sourit cruellement, alors que Darius tiqua face à la violence des propos de son esclave. Les dents serrées, il ordonna à Seren :

– Excuse-toi immédiatement auprès de mon invitée, Seren ! Je songerai à une punition plus tard pour ton comportement indécent.

– Plutôt mourir que de m’excuser ! D’abord, elle tente de me faire assassiner puis elle me brise le cœur.

En disant cela elle pensait autant à Rain qu’à sa petite sœur. Emilia, faussement indignée, se redressa sur sa banquette et posa une main sur son cœur.

– Oh je t’ai fait du mal ? J’en suis tellement désolée. Mais je voulais tellement que tu puisses voir ta petite sœur avant que je ne la vende. Ma petite Elora a attiré l’œil d’un ami, qui a des mœurs… particulières, mais rien qui ne puisse effaroucher une Apaisée en tout cas. Il m’en a offert une somme presque indécente je dois dire !

S’en fut trop pour Seren. Sans plus réfléchir elle se jeta sur Emilia, et ses mains trouvèrent tout de suite le cou de la femme. Mais elle avait encore toute sa tête, elle était maitresse de son corps et c’était sa volonté qui la guidait. Et à cet instant elle voulait voir cette femme morte. Elle se mit à serrer, sentant avec délice, les os délicats de son cou sous ses doigts. Peu importait le reste, elle allait tuer cette femme, non ce monstre, pour protéger sa petite sœur. Elle avait trop failli dans le passé. Plus jamais…

Rain vit la scène se dérouler avec horreur. Il avait cru vomir devant tant de méchanceté et de mesquinerie de la part de cette femme. Emilia cherchait manifestement à rendre folle de rage Seren et pendant un moment il crût que la jeune elfe allait pouvoir se contrôler. Mais Emilia ne faisait qu’en rajouter, encore et encore…et il sentit parfaitement le moment où Seren allait passer à l’action. De sorte qu’il réagit tout de suite lorsque Seren s’attaqua à Emilia. Il entoura le corps de la jeune elfe dans ses bras et usa de sa force physique pour la faire reculer. Mais Seren était coriace et elle ne lâcha pas si facilement sa proie. Emilia n’arrivait plus à respirer et sa peau commençait déjà à bleuir.

Darius s’était levé brusquement mais semblait tellement abasourdi qu’il ne fit rien pendant quelques minutes puis préféra appeler la garde que d’utiliser sa magie. Deux esclaves-soldats pénétrèrent immédiatement dans l’atrium et attendirent les ordres de leur maître. Rain avait remarqué que Seren n’était pas passé Berserker, alors il tenta de la raisonner en lui murmurant à l’oreille pour n’être entendu que d’elle :

– Seren, je t’en prie, elle n’attendait que cela, ne lui donne pas ce qu’elle veut. Nous trouverons une solution pour ta sœur. Lâche-là ! Si tu t’entêtes, Darius ou ces soldats vont te blesser… Je t’en prie…

Ces quelques mots semblèrent atteindre la jeune elfe, qui dans un sanglot, autant de rage que de tristesse, lâcha enfin Emilia, qui inspira aussitôt profondément. Les couleurs revinrent immédiatement aux joues de la femme. Rain éloigna Seren de la Magister, le corps de la jeune elfe plaqué contre le sien. Son souffle était haché mais elle semblait calme. Alors tout doucement, il la lâcha.

Darius semblait enfin reprendre ses esprits, il se précipita au chevet d’Emilia qui semblait avoir du mal à parler. Darius regarda Rain et lui fit un bref mouvement de tête.

– Occupez-vous d’elle.

A contre cœur, Rain s’approcha de la femme et sans prendre de gant, appliqua sa main contre son cou, réparant les tissus abîmés.

Darius s’approcha de Seren, le visage déformé par la colère et la gifla violement. Si fort que la tête de la jeune femme partit sur le côté.

– Mais qu’est-ce qu’il t’a pris ? Es-tu devenue folle ? Je crois que j’ai été beaucoup trop gentil avec toi. Tu ne sais plus où est ta place !

Emilia avait repris du poil de la bête et se releva brusquement.

– Je veux la voir mourir pour cet affront, Darius. Elle aurait pu me tuer !

Darius inspira pour se calmer et replaqua ses cheveux vers l’arrière de son crâne.

– Ne me donne pas d’ordre chez moi, Emilia. C’est à moi de juger de la punition de mon esclave.

Il se tourna à nouveau vers Seren, qui regardait droit devant elle, comme ailleurs. Il lui releva le menton pour croiser son regard.

– Que vais-je faire de toi ? Tu comprends que je vais devoir sévir n’est-ce pas ? Pour avoir attaqué et presque tué mon invité, je te condamne à cinquante coups de fouet.

Rain sursauta comme si la sentence le concernait. Il était évidemment contre tous sévices corporels et savoir que Seren allait devoir les supporter lui donnait la nausée.

Emilia exigea alors :

– Maintenant Darius ! Je veux assister à son châtiment.

– Je suppose que c’est compréhensible.

Darius fit un léger geste du menton en direction d’un soldat. Celui-ci attrapa le fouet qui pendait à sa ceinture et se dirigea vers Seren. Celle-ci, dignement, se retourna. Darius se mit face à elle et ouvrit sa tunique, exposant la peau nue du dos de la jeune elfe au soldat. Seren récupéra son vêtement pour cacher sa poitrine et serra les dents. Le premier coup atteignit le milieu du dos de la jeune femme. Son corps tressauta légèrement mais elle ne laissa rien percevoir de la douleur qu’elle ressentait certainement. Emilia compta chacun des coups, revenant de temps en temps en arrière.

Le corps de Rain était comme paralysé, il n’arrivait pas à concevoir que tout ait autant dérapé. Il croisa le regard de Seren et ne le lâcha plus. Il mourait d’envie de l’arracher de là et d’intervenir mais il savait que cela ne ferait qu’envenimer les choses. Alors il supporta cette scène, comme elle supporta l’humiliation et la douleur. Il voyait bien qu’elle faisait des efforts considérables pour ne rien laisser paraître et pour ne pas se laisser dominer par la transe de Berserker, même si la douleur n’était pas assez continue pour le moment pour qu’elle se laisse emporter.

Au bout du seizième coup, la peau de son dos céda et elle grimaça pour les suivants. Créateur, comme il aimerait pouvoir arracher ce fouet des mains du soldat et se précipiter vers Seren pour la soigner. Cette envie était tellement forte qu’il dût serrer les poings jusqu’à se faire saigner pour se contrôler.

Le vingtième coup claqua et un léger gémissement franchit ses lèvres. Au trentième elle s’effondra vers l’avant.

Intraitable, Emilia lui ordonna :

– Relève-toi esclave ! A chaque fois que tu tombes je te rajoute cinq coups supplémentaires.

Darius ne dit rien pour la contredire, alors avec beaucoup de difficulté, Seren se redressa. Dix coups supplémentaires et Seren allait à nouveau chuter. Rain n’y tient plus et se précipita vers elle pour la soutenir, défiant du regard les Magisters. Emilia fulminait alors que Darius semblait seulement surpris. La Magister éructa presque :

– Rain je vous prierais de ne pas vous mêler de ça ! Ecartez-vous !

– Certainement pas ! Je n’approuve pas ce que vous faîtes. J’ai bien conscience de n’être qu’un « invité » ici mais je ne peux pas rester indifférent face à cette barbarie.

Darius ne dit rien, mais ne sembla, pour une fois, pas totalement désapprouver la réaction de Rain. Il fit signe au soldat de continuer.

Rain pouvait sentir les mains crispées de Seren sur ses manches et il essaya de lui insuffler tout le courage et l’énergie qu’il pouvait. Elle réussit à tenir sur ses jambes jusqu’au dernier coup de fouet et enfin quand il cessa son claquement sinistre, elle se permit de s’effondrer à moitié dans les bras de Rain, au bord de l’évanouissement.

Darius ordonna à l’autre garde :

– Ramenez Seren dans sa chambre.

L’elfe s’avança vers Rain et celui-ci fut contraint de lui donner la jeune femme. Le soldat la hissa sur son épaule et disparut dans le couloir. Aussitôt Rain voulut le suivre, il voulait s’occuper des blessures de la jeune elfe. Darius l’arrêta.

– Je vous interdis d’aller la soigner avec votre magie, Rain. Cela fera partit de sa punition.

Rain le fusilla du regard :

-Laissez-moi au moins aller nettoyer ses plaies pour ne pas qu’elles s’infectent.

Darius hocha la tête et Rain n’attendit pas une minute de plus pour sortir de cette pièce et de son atmosphère étouffante.

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Chapitre 15 – Celui qui se fait remarquer

Il était tard et Noria s’appliquait à allumer des bougies dans la pièce sombre et miteuse. Elle n’avait pas choisi ce lieu de rendez-vous par hasard. Une petite maison complètement isolée, dans un quartier mal famé de Val Royaux. Car oui malgré ce que les Orlésiens voulaient faire croire, il existait bel et bien de tels quartiers. Elle avait redressé une table au milieu de la pièce et y disposait lesdites bougies. L’endroit était glauque mais à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes.

Voilà maintenant deux ans et six mois que Noria avait pris les chemins, seule. Elle avait commencé par faire un détour à Kirkwall. Cette ville était un véritable bazar ! L’explosion de la Chantrie y avait causé beaucoup de dégâts, tant sur le plan architectural que sur le plan politique. Elle n’y était restée que 6 mois mais elle avait vu six dirigeants différents prendre la tête de la ville. La seule constance dans ce chaos et seule figure de protection pour les habitants de la ville, était le Commandant des Gardes, Aveline. Noria avait eu la chance de la croiser par hasard dans la Hauteville et avait été fascinée par l’aura d’autorité et de sérénité qu’elle affichait. C’était certainement une femme de tête, qui pourrait aisément, si elle le souhaitait, mettre tout le monde au pas. Noria avait pris le temps d’essayer d' »apprivoiser » la ville mais elle ne s’y sentait pas à l’aise et l’émerveillement des premiers jours face à la grandeur des bâtiments et de la foule de Shemlen qu’elle croisait, avait laissé la place à un profond mal être. Elle finit par trouver les statues géantes, malfaisantes et horribles et les allées charmantes de la HauteVille ne pouvaient effacer la misère de Sombrerue.

Elle avait laissé Kirkwall sans regret pour descendre plus au Sud où elle s’était arrêtée à Dénérim. La ville était encore endeuillée par le dernier Enclin mais elle relevait fièrement la tête sous la houlette du Roi Alistair et de la Reine Evelyn, tous deux anciens Gardes des Ombres et sauveurs de Thédas. Elle y était restée un an ou elle avait vécu principalement dans le Bascloitre à vendre diverses potions à prix d’or. Elle avait réussi à amasser un sacré paquet d’or, ce qui lui avait permis, de temps en temps, de faire don de certaines mixtures aux plus démunis. Elle avait apprécié le temps passé à Dénérim mais avait ressenti bien vite le sentiment familier de la bougeotte.

Alors elle avait pris son baluchon, bien plus rempli qu’à son départ et était encore une fois repartie. Et elle s’était décidé, elle voulait voir Val Royaux ! La marche fut vraiment longue et elle s’était faite plusieurs fois agressée sur le chemin, mais l’excès de confiance des bandits pleins de testostérone, face à la petite taille de Noria les avaient perdus facilement.

Enfin après des mois de voyage, elle était arrivée à la cité dont Seth lui avait tellement parlé. Elle ne se lassait pas d’admirer le travail soigné des architectes orlésiens, les hautes statues et fontaines. Elle avait tout visité, les quartiers les plus chics, le port, les quartiers plus difficiles comme celui dans lequel elle se trouvait, et puis tous les endroits où elle pouvait goûter à la gastronomie orlésienne si réputée ! Son odorat en prenait plein les narines avec toutes ces odeurs de nourriture délicate. Ahhh, elle fondait totalement pour les petites douceurs au sucre. Elle en était devenue complètement folle et s’offrait souvent ces petits plaisirs (trop souvent au vu de son corset qui s’étirait un peu trop sur ses hanches). Elle vécut un moment sur le joli pécule qu’elle s’était fait à Dénérim, profitant de la vie et apprenant le dédale des rues de la ville. Et puis, il lui avait fallu à nouveau gagner sa vie.

Elle avait loué une petite échoppe ambulante et y avait vendu ses décoctions. Ici les elfes étaient ses principaux clients, beaucoup de femmes elfes d’ailleurs. Poisons, potion pour éviter d’être enceinte, filtre pour soigner divers maux. Et un jour elle eut une demande particulière. Une jeune domestique elfe, manifestement enceinte, était venue la voir un jour et lui avait demandé, désespérée, de lui vendre une potion pour se « débarrasser » de l’enfant. Devant la fébrilité et la tristesse de l’elfe, Noria n’avait pût rester insensible. Elles avaient à peu près le même âge, ça aurait pu être elle à sa place, dans une autre vie. Elle l’avait emmenée chez elle, discuter autour d’une tasse de thé. L’elfe, qui s’appelait Tani, avait une histoire assez triste mais banale à Orlaïs. Elle était domestique chez un riche noble de la ville, le comte de Vérimont. Elle était sottement tombée amoureuse du fils de l’aristocrate, éblouie par son amour et ses promesses de l’épouser malgré l’interdiction parentale. Elle était tombée enceinte et ne lui avait avoué que récemment. Evidemment lorsque Papa eut vent de l’affaire il ordonna à son fils de mettre fin à la liaison et de jeter la domestique dehors, sans recommandation. Or elle devait travailler, sinon elle finirait à la rue. Elle ne pouvait pas garder le bébé, c’était impossible, même si elle souhaitait vraiment cet enfant. Noria lui avait alors proposé ses services. Lorsque Tani lui avait demandé ce qu’elle comptait faire, Noria lui fit un clin d’œil et lui avait dit de repasser le lendemain matin.

Pendant la nuit, Noria s’était faufilée chez le seigneur responsable de la détresse de Tani et lui avait dérobé tout ce qui pouvait se vendre rapidement et les pièces d’or qu’elle avait pu trouver. Elle avait rapidement fait le nécessaire pour changer les objets dans différentes boutiques, prenant soin de ne pas laisser de traces qui pourraient les conduire jusqu’à elle ou à Tani.

Noria avait été toute excitée à l’idée d’avoir mis ses talents à profit pour aider une personne en difficulté et elle fut ravie de la voir enfin toquer chez elle le lendemain, sautillant presque sur place.

– Entrez Tani, j’ai une surprise pour vous !

Rapidement elle l’avait fait assoir et lui avait présenté une bourse pleine à craquer.

– Voilà une généreuse donation du comte de Vérimont pour son petit-enfant à venir !

– Noria, mais qu’est-ce que vous avez fait ?

– Rien du tout…enfin si quelque chose manifestement. Mais ne vous préoccupez pas de ça !

– Mais je ne peux pas accepter voyons, ils sauront que c’est moi qui ait fait ça !

– Oui je sais, alors j’ai tout arrangé. Vous allez être escorté par des amis d’amis qui vont vous emmener directement au domaine de la douairière de Bretignes. Je lui envoie des potions pour ses rhumatismes et elle me doit une faveur. C’est une femme charmante. J’ai écrit une lettre que vous lui donnerez, elle sera ravie de vous aider et vous protégera. Vous disparaitrez de la circulation pendant un moment. De toute façon ça m’étonnerait que le comte cherche à mener l’affaire plus loin, ça lui causerait plus de tort et de scandale qu’autre chose. Et vous savez bien que la seule chose qu’un aristo ne peut supporter c’est de perdre la face.

Doucement Tani avait baissé la tête et caressa son ventre légèrement arrondi.

– Je vais pouvoir garder mon bébé ?

Noria lui avait souri.

– Oui et grâce à l’argent de son grand-père il pourra vivre décemment !

– Je…je ne sais pas quoi faire pour vous remercier.

Noria avait ri.

– Soyez heureuse ! En plus j’avoue avoir apprécié faire le justicier. Pour une fois, nous avons pu rendre la monnaie de leur pièce et à ces pète-secs de noble !

Noria l’avait conduite le lendemain vers son escorte, une petite troupe de mercenaire dirigée par une femme d’âge mûre qui n’avait pas sa langue dans la poche. Tani avait enlacé la jeune femme et promit de lui écrire pour lui donner des nouvelles.

Et voilà, elle ne savait pas trop comment mais le bouche à oreille s’était répandu parmi de nombreuses elfes et elles vinrent, peu à peu, consulter Noria pour leurs problèmes. Dans la mesure du possible, la jeune elfe essayait de les aider au maximum. Et elle enfila sa cape de justicière plus d’une fois, prenant plaisir à être plus maligne que les gardes et les nobles qui se croyaient bien en sureté derrière leurs hauts murs de pierre. Sa réputation enfla rapidement et elle dû prendre moult précautions pour ne pas être mise à jour. Maîtresse des potions le jour, justicière la nuit ! Elle était sûre que Seth aurait bien rit à cette idée.

Elle avait fini par fermer sa petite échoppe et s’était consacrée essentiellement sur ses nouvelles missions. Devenant tour à tour, enquêtrice ou redresseuse de tort et cette vie d’aventure lui plaisait au plus haut point !

Jusqu’au jour où une jeune elfe, encore une adolescente, était venue la voir pour la disparition de sa grande soeur, employée dans une petite échoppe du marché. Elle avait disparue depuis deux jours déjà, et ça n’était vraiment pas son genre. Noria enquêta comme elle put mais elle ne découvrit rien. Un jour plus tard, elle avait appris que l’elfe avait été retrouvée. Son cadavre avait été découvert, en été de décomposition, dans une maison abandonnée des quais, par pur hasard. Elle avait apparemment subi de nombreux sévices mais elle n’avait pas pu avoir de détails. Les soldats jetèrent le cadavre dans une fosse commune et décrétèrent qu’ils avaient autre chose à faire que de se mêler de querelles d’elfes.

Noria ne put rien faire pour la jeune adolescente qui ne verrait jamais le crime de sa sœur puni et elle en fut bouleversée.

Quelques semaines plus tard, un homme cette fois, était venu la voir pour la disparition de sa petite-amie, une elfe également. Suivant son instinct, elle se mit aussitôt à chercher dans les endroits où personne n’allait jamais. Lorsqu’elle avait pénétré dans l’entrepôt, l’odeur lui était aussitôt montée à la gorge. Une odeur de mort, de chair pourrie. Le coeur au bord des lèvres elle s’était approché et avant découvert le corps de la jeune elfe. Elle avait était tellement mutilée que son torse n’était plus qu’une bouillie infâme. Noria n’avait pu s’empêcher de se détourner brusquement du cadavre, pour vomir dans un coin de la pièce. Après plusieurs minutes à inspirer par la bouche et se calmer l’estomac et les nerfs, elle avait pris sur elle de mieux observer le corps. En premier lieu et par respect elle lui avait fermée les yeux. Puis elle avait commencé par observer les jambes. Marques de ligatures aux chevilles, rien d’autre. Les bras : même constatation, traces de ligatures. Le visage était intact et elle avait tout de suite remarqué que la jeune femme avait dû être très belle. Bien, la partie la plus difficile, le torse. Noria compta au moins une dizaine de coups de couteau, certaines plaies peu profondes, d’autres mortelles. Ce crime dénotait d’une rage incontrôlée.

Que ce passait-il à Val Royaux ? Qui assassinait de jeunes et jolies elfes ? Elle avait donc enquêté sur les victimes et trouver quelques indices importants mais rien pour la mener jusqu’au psychopathe responsable. L’enjeu était important et elle besoin d’aide, d’un réseau plus important que ces quelques femmes qui lui étaient redevables. C’est pourquoi elle avait essayé d’attirer l’attention des « Amis de Jenny la Rousse » par tous les moyens. Elle était même allée jusqu’à attacher, nu, un homme du monde qui battait régulièrement ses domestiques, à la fontaine principale de la grande place en peignant sur son torse : « Avec les compliments de Jenny ». Elle savait que ce genre de publicité ne devait pas plaire aux « Amis ». Un réseau secret qui s’exprime au grand jour, c’était plutôt néfaste pour les affaires, elle en savait quelque chose. Mais aux grands maux les grands remèdes ! Il y a quelques jours elles avaient laissé un message dans l’une des nombreuses planques du réseau, invitant les « Amis » à venir la rencontrer dans la maison ou elle se trouvait actuellement. Elle savait que c’était dangereux mais elle était prête à faire face à n’importe qu’elle situation.

De plus elle avait entendu la rumeur étrange que l’un des « Amis » n’était autre que Sera, l’un des compagnons de l’Inquisiteur, de Seth.

Elle avait beaucoup pensé à lui. Naïvement, elle s’était dit que ses sentiments envers lui se tariraient avec le temps. Pauvre innocente ! Il allait falloir qu’elle se fasse à l’idée de ne jamais pouvoir bannir cet homme de son cœur. Elle avait bien essayé de passer à autre chose, et s’était laissée courtiser par un humain à Dénérim. Il lui avait offert des fleurs, avait été d’une patience d’ange avec elle, mais leur premier baiser fut une catastrophe. Non pas qu’il embrassait mal, mais elle n’avait pu s’empêcher de penser à d’autres baisers, d’autres mains qui lui serraient la taille. Non elle était belle et bien perdue pour les autres hommes et même le sexe facile ne la tentait plus. D’une part elle avait été fortement échaudée par sa mésaventure avec Beren, et puis à quoi bon chercher le plaisir et la délivrance physique quand elle savait pertinemment que son cœur et son corps ne désirait qu’une chose, qu’un homme. Maudit soit-il ! Elle ne pouvait pas l’avoir lui, mais elle ne pouvait et ne voulait plus en avoir d’autre ! « Bienvenue en enfer Noria ».

Il y a trois mois, Val Royaux avait vibré au son des rumeurs les plus folles. L’inquisition avait été dissoute et l’Inquisiteur avait été grièvement blessé. Il avait fini par mourir dans les bras de l’Impératrice. Noria doutait fortement de la dernière partie mais elle s’inquiétait néanmoins. Elle enquêta un peu de son côté et appris qu’après le Conseil Exalté plus personne n’avait vu l’Inquisiteur. Se pouvait-il que Seth soit mort ? De légèrement inquiète, elle était passée à très anxieuse. Non elle le saurait, il ne pouvait pas être mort comme ça ? Pas après avoir sauvé le monde et survécu au combat final ! Combien de fois cet homme allait-il lui briser le coeur en faisant le mort ?

Elle avait donc besoin d’information de première main, et qui mieux qu’un ancien compagnon de Seth pourrait lui dire exactement ce qu’il s’était passé au Conseil.

Elle avait donc une double raison d’attendre un contact avec « Jenny ». Avec un peu de chance elle avait réussi à attirer l’attention de Sera en personne et elle serait là ce soir. Enfin elle allait pouvoir savoir, enfin son cœur allait peut-être continuer à battre normalement, ou il s’arrêterait enfin.

Rapidement elle fit le tour de ses pièges, disposés dans la pièce et prêts à couvrir sa fuite. Puis elle s’assit sur la table, réajusta sa cape sur sa tête, s’assurant qu’elle lui couvrait bien le visage, pris son arc dans une main, encocha une flèche, visa la porte et attendit. Il était l’heure.

Dehors, Sera trépignait littéralement, rendant Seth complètement chèvre. Il murmura :

– Sera je te jure que si tu n’arrêtes pas de gigoter, je t’assomme ! Tu en deviens stressante là !

– Oh la ferme hein ! Je suis toute existée ! Enfin je vais pouvoir mettre mon poing dans la face de l’abruti qui a cru que faire de la publicité à Jenny était une bonne idée.

– Avoue que tu as trouvé son idée d’attacher le noble à la fontaine très drôle !

Sera pouffa.

– Ouais c’était trop drôle, mais ça va pas m’empêcher de lui mettre une flèche au cul à cet abruti !

Seth soupira. Parfois Sera était exaspérante, mais il était heureux de pouvoir rester avec elle, parce qu’au moins il ne s’ennuyait jamais.

Avec une grimace, il frotta l’endroit qui liait sa toute nouvelle prothèse arbalète, confectionnée par Bianca en personne « Pour se faire pardonner » avait-elle dit, à son moignon. Il n’arrivait pas à s’habituer à ce fichu morceau de bois, même s’il la trouvait plutôt très classe et sympathique à utiliser. Il préférait nettement ne rien mettre du tout, d’une part pour ne pas irriter la peau sensible de son moignon et d’autre part parce qu’il s’était fait à l’idée de perdre son bras, inutile de faire semblant.

Après la fin de l’Inquisition, il avait passé ses trois mois avec Sera à s’entrainer à se battre à une main, mais il n’était évidemment pas encore au mieux de sa forme. C’est pourquoi il était deux ce soir. Et puis de toute façon il n’aurait jamais pu retenir Sera, alors qu’ils allaient rencontrer celui qui faisait rager la jeune elfe depuis des semaines.

Il était en planque devant le lieu de rendez-vous depuis une heure environ. La petite maison miteuse se trouvait dans un quartier dit « sensible » de la ville. Mais étrangement personne ne semblait vouloir s’approcher. Il y a quelques minutes ils avaient vu des petites lumières percer la crasse des vitres de la maison. Leur premier plan qui consistait à surprendre l’homme pendant qu’il entrait, était tombé à l’eau apparemment. C’était un malin ! Il devait bien se l’avouer, Seth était curieux de savoir qui avait osé se frotter aux Amis de Jenny.

Au loin, la cloche de la ville sonna deux heures du matin.

D’un geste du menton, il signala à Sera qu’il était prêt.

Ils entrèrent doucement dans la maison et virent tout de suite la lumière sous la porte du fond. Comme prévu Sera passa la première, et se posta devant la porte, pendant que Seth se plaqua contre le mur juste à côté, dague en main, arbalète prête à l’emploi. Il attendrait dans le couloir, prêt à frapper par surprise et à couvrir leur sortie en cas de besoin. De toute façon la porte était trop petite pour qu’il entre dans la pièce côte à côte.

Sans prendre de gants, Sera ouvrit la porte en grand et clama, haut et fort, l’arc en main, paré à décocher une volée de flèche dont elle avait le secret.

– Alors qui t’es et qu’est-ce que tu nous veux ?

Seth roula des yeux. Autant pour la classe et la discrétion ! Il entendit une voix légèrement étouffée lui répondre.

– Je ne suis pas un ennemi. Vous devez être Sera ?

Sera fit un pas dans la pièce et demanda d’une voix suspicieuse.

– Hein ? Comment vous savez ça vous ?

Fenhendis ! Jamais il n’aurait dû la laisser passer en première ! Elle n’avait plus qu’à lui dire ensuite que l’ex-Inquisiteur se cachait derrière la porte tant qu’elle y était !

Même sans le voir, Seth put presque « entendre » le sourire dans la voix de l’individu.

– J’ai entendu parler de vous. Bien je vous propose une trêve. Je ne vous ai pas attiré ici pour vous tuer. Je n’irai pas par quatre chemins, j’ai besoin d’aide et d’informations.

Moqueuse, Sera lâcha d’une voix trainante.

– Rien que ça hein … et qu’est-ce que Jenny obtient en échange ?

– Ma collaboration et des informations sur une affaire qui devrait vous intéresser.

Sa voix trembla légèrement.

– D’abord j’aimerais juste savoir quelque chose. Pouvez-vous… pouvez-vous me dire si Seth Lavellan est toujours en vie ?

Seth haussa un sourcil. En quoi son sort intéressait cet individu ? Décidé à prendre les choses en main avant que Sera ne fasse une bêtise plus grosse qu’elle, il pénétra à son tour dans la pièce, arbalète pointée vers la silhouette, assise nonchalamment sur la table.

– Qu’est-ce que vous lui voulez à Seth Lavellan ?

La silhouette se mit aussitôt sur ses pieds et laissa tomber son arc.

– Seth ?

Cette voix… elle lui disait vaguement quelque chose maintenant qu’il l’entendait plus distinctement. Il vit la silhouette, de petite taille (lui rappelant une jeune elfe) abaisser la capuche de sa tête d’une main fébrile, laissant apparaître, un visage en forme de cœur, des cheveux dorés comme le soleil légèrement plus court que dans son souvenir qui lui touchaient les épaules, un œil doré à la pupille étirée comme un chat, le haut de son visage à droite caché par un bandeau de cuir et un sourire lumineux éclairant son visage.

Son cœur eut un raté. De stupéfaction, il ouvrit des yeux ronds, abaissa son arbalète et ne put que souffler.

– Da’mi ?

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