Chapitre 21 – Dernière épreuve

Seren était nerveuse. Très nerveuse. Magnus avait insisté pour attendre la tombée de la nuit pour agir. Lorsque Rain avait parlé du bateau qui les attendait pour la fin d’après-midi, il avait simplement agité la main comme s’il voulait se débarrasser de ses trivialités comme de moustiques gênants. Il avait fait jouer ses relations et sa bourse qui semblait sans fond, leur assurant que le capitaine attendrait autant qu’il le faudra. Pour autant, cela ne rassura pas la jeune femme. Si jamais le capitaine décidait de s’en aller, ils n’avaient plus de porte de sortie.

Elle était assise sur le lit dans lequel ils avaient dormi la nuit passée et ne cessait de se repasser la conversation avec Magnus dans la tête. Elle avait la nette impression de s’être faite totalement embobiner par les belles paroles et le charme de Darius, allant jusqu’à admirer, respecter et peut-être un peu, aimer, l’assassin de sa famille. Que diraient-ils s’ils savaient ce qu’elle avait fait ? Ce qu’elle était devenue ? Seren sourit, se rappelant de leur bienveillance et de leur gentillesse. Ils lui auraient certainement caressé les cheveux en la rassurant que tout le monde faisait des erreurs. D’ailleurs, elle était presque persuadée qu’ils n’approuveraient pas ce qu’elle s’apprêtait à faire. Mais elle le devait, pour elle, pour sa sœur. Elle était tellement plongée dans ses pensées qu’elle n’entendit même pas Rain entrer dans la chambre et approcher d’elle, lui posant une main rassurante sur l’épaule. La jeune femme sursauta violement, preuve de son trouble émotionnel. Rain s’assit à ses côtés et lui passa le bras autour des épaules, l’attirant tout contre lui.

– Pardon Seren, je ne voulais pas te faire peur.

La jeune elfe se colla à lui alors que ses mains agrippèrent sa tunique.

– Je sais, ne t’en fais pas. Je suis un peu… bon, très nerveuse.

– J’ai vu cela. Rien ne nous oblige à y aller, si tu as changé d’avis.

Seren secoua la tête contre le torse du jeune homme.

– Je dois y aller. Au moins pour ma sœur.

– Tu fais réellement confiance à ce Magnus ?

– Non, pas vraiment. Mais je crois qu’il pense vraiment avoir besoin de moi. Et je compte bien en profiter pour lui soutirer ce que je peux en compensation de toutes ses années perdues.

Seren sentit la joue de l’humain se poser contre le haut de sa tête et entendit presque son sourire lorsqu’il déclara :

– D’ailleurs, je ne te savais pas si bonne négociatrice.

Seren rit doucement et se redressa :

– Figure-toi que je l’ignorais aussi. J’ai peut-être utilisé mes pouvoirs de Berserker sans m’en rendre compte. Cela expliquerait qu’il ait cédé si facilement.

– Ou alors comme tu le suspectes, il a réellement besoin de toi. Après tout, son plan tient la route, même s’il est très tordu.

Rain prit la main de Seren et la serra dans la sienne.

– Je serai là pour couvrir tes arrières, mais j’ai besoin d’entendre que tu resteras prudente.

Seren releva la tête et lui sourit.

– Ne t’inquiète pas. Une nouvelle vie est à ma portée et je ne compte pas tout gâcher. Je veux juste que tu saches que… te rencontrer a été la plus belle chose qui puisse m’arriver.

Le jeune homme la serra contre lui et l’embrassa.

– Même si cela ressemble un peu trop à des adieux à mon goût, je ressens la même chose pour toi, Seren.

La jeune elfe allait lui répondre quand elle fut interrompue par la voix de Magnus, qui se faisait pressante dans les escaliers.

– Il serait temps d’y aller !

Les deux amants échangèrent un dernier regard avant de sortir de la pièce.

Cachés dans un coin d’ombre, tout près de la porte de service de la grande demeure de Darius, Seren jouait avec ses saïs. Doucement, Rain posa une main sur son poignet pour l’obliger à stopper. Il ressentait physiquement la nervosité de la jeune femme, et du pouce il lui massa gentiment. La jeune elfe tourna la tête vers lui et lui sourit, reconnaissante. Comme par magie, elle ressentit immédiatement un calme nouveau l’envahir. Elle n’était pas seule dans une arène cette fois-ci, elle pouvait compter sur les compétences et la présence de Rain. Elle rangea donc ses saïs et se laissa aller contre le corps de l’humain.

Comme Magnus l’avait deviné, avoir à son côté une alliée qui connaissait parfaitement les lieux était un sérieux avantage. Seren savait que les gardes qui étaient de surveillance le soir, avaient tendance à s’attarder en cuisine pour profiter des bons petits plats de Marva. Ils attendraient simplement le changement de tour de garde et une fois entrés, ils n’auraient plus qu’une heure pour maîtriser Darius avant l’intervention de Magnus.

Aussitôt que les quelques gardes de jour sortirent de la maison, ils patientèrent encore quelques minutes et entrèrent enfin. Seren guida Rain à travers le dédale de petits couloirs, essentiellement utilisés par les domestiques. Au détour de l’un d’eux, ils tombèrent nez à nez avec une elfe. Heureusement, il s’agissait de Marva qui tenait dans sa main un poulet mort. Elle eut un léger mouvement de recul, surprise de voir apparaître les deux fugitifs devant elle.

– Dahlen ?

Seren leva les mains en signe d’apaisement.

– Tout va bien Marva, c’est bien moi.

– Mais enfin, es-tu folle ! Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu devrais déjà être loin, avec ton shem !

– Je sais Marva, mais on nous a fait une proposition que l’on ne pouvait pas refuser.

– Quelle proposition ?

– C’est un peu compliqué, mais disons que nous sommes là pour rendre la monnaie de sa pièce à Darius et reprendre en partie ce qu’il m’a volé.

Marva soupira bruyamment et prit les mains de la jeune femme dans les siennes.

– Seren, il n’est pas encore trop tard, fais demi-tour. Va refaire ta vie comme tu le souhaitais et oublie la vengeance. En plus, le Maître n’est pas seul ce soir.

Rain demanda aussitôt :

– Qui reçoit-il ?

– Dame Emilia est venue le calmer. Quand il a su que vous aviez réussi à vous enfuir tous les deux, il est devenu comme fou. Pendant un moment, on a même craint qu’il ne s’en prenne à nous. Mais Dame Emilia est aussitôt arrivée. Ils ont discuté un moment et depuis, le Maître est enfermé dans son bureau et ne veut pas être dérangé. Dame Emilia est sur le point de partir. Et tu ferais bien de faire de même !

Malgré sa forte envie d’aller mettre son poing dans la face d’Emilia, elle ne devait pas se laisser distraite de son but. Le temps était compté.

Seren embrassa la vieille elfe sur la joue.

– Merci encore pour tout, Marva. Retourne dans la cuisine et si tu le peux, retiens le plus possible les gardes. Surtout n’en sors pas avant un moment.

Marva grommela sur la bêtise de la jeunesse et s’éloigna. Seren et Rain reprirent leur progression dans la maison et ne croisèrent heureusement personne d’autres. La maison était calme et personne ne soupçonnait leur présence dans les lieux. Bientôt ils se retrouvèrent tout près de l’atrium. Une voix connue se fit alors entendre.

– Dépêche-toi donc, petite empotée ! Ahh, comme j’ai hâte de te vendre Elora, tu m’ennuies de plus en plus.

Malheureusement, il semblerait qu’Emilia se soit attardée. Tout le corps de Seren se crispa et Rain posa une main sur son épaule, comme s’il craignait à tout instant qu’elle ne s’élance vers la Magister. Le bruit de ses talons claqua sur le carrelage et se rapprocha dangereusement de leur position. Discrètement, il chuchota dans l’oreille de la jeune femme.

– Seren, elle n’en vaut pas la peine. Cachons-nous, d’accord ?

Mais l’elfe ne l’écoutait pas et lorsque Emilia apparut devant eux, suivie de près par Elora, elle serra fortement les poings. La Magister s’arrêta aussitôt et l’expression de son visage aurait presque pu paraître comique si l’atmosphère n’était pas aussi tendue. Elle siffla entre ses dents serrées :

– Vous ?! Comment osez-vous ! Gard…

Seren bougea tellement vite que Rain ne la vit même pas. Elle s’était arrêtée juste devant l’humaine, un saï contre sa gorge, l’autre contre son ventre. Le cri que la Magister allait pousser se bloqua dans sa gorge et ses yeux s’agrandirent de frayeur.

Aussitôt Rain se précipita vers les deux femmes, prêt à désamorcer une situation qui devenait franchement compliquée. Il posa une main sur le bras de Seren et d’une voix apaisante, il déclara :

– Seren et moi ne sommes pas venus pour vous, Emilia. Nous sommes simplement là pour discuter avec Darius.

La Magister fit une grimace et tourna ses yeux vers lui.

– Pff, à d’autres ! Vous me prenez vraiment pour une idiote ? Vous êtes revenus pour nous tuer tous.

– Non, ce n’est pas notre intention. Je vous en fais la promesse. N’est-ce pas, Seren ?

Plus doucement, il répéta :

– Seren ?

Comme si elle revenait subitement à elle, la jeune elfe cligna des yeux et éloigna les saïs de la peau de l’humaine. D’une voix encore tendue, elle confirma :

– Non, nous ne sommes pas là pour vous, Emilia.

L’humaine rit.

– Dit-elle en me menaçant de ses armes ridicules ! Vous êtes tellement pathétiques tous les deux et votre petite amourette. En admettant que vous puissiez vous en sortir sains et saufs, je ne vous donne pas deux mois avant que votre petite passion passagère ne s’éteigne.

Elle regarda Seren dans les yeux.

– Oh oui, Elfe ! Il te quittera, dès qu’il se sera lassé de toi et cela arrivera bien plus vite que tu ne le penses, petite traînée !

Alors que Seren crispa les doigts autour des lanières de cuir de ses armes, la voix de Rain claqua comme un coup de fouet.

– Taisez-vous ! Vous ne savez rien et vous ne méritez même pas la salive qu’on dépense pour vous parler. Seren, nous n’avons pas beaucoup de temps, nous devons y aller.

Les yeux toujours plantés dans ceux, cruels, de la Magister, Seren déclara :

– Vous devez être une femme bien triste et bien amère pour être toujours si seule. Je ne suis peut-être qu’une trainée d’elfe, mais je n’ai jamais été seule et si les Faiseurs le veulent bien, je ne le serai jamais. Finalement, ce qui vous fait le plus mal c’est que Rain m’aime alors qu’il vous a repoussé. Je vous souhaite bien du bonheur dans votre grande et riche maison vide. J’ai presque de la peine pour vous.

Lentement, elle rengaina ses saïs et la dépassa, la tête haute, adressant un petit sourire à Elora qui fixait droit devant elle, le visage toujours aussi inexpressif. Arrivé à la hauteur de Rain, celui-ci lui adressa un sourire plein de fierté et lui tendit la main.

Subitement, Emilia poussa un cri de colère pure et dans le même temps, elle sortit une petite dague, s’entaillant une veine du poignet. Une main ensanglantée fusa vers Seren et les doigts immatériels lui enserrèrent le cou et la soulevèrent de quelques centimètres du sol. Par réflexe, Seren essaya de se dégager, alors que le souffle lui manquait déjà. Rain envoya un puissant sort de glace pour paralyser la Magister, mais celle-ci avait bien entendu anticipé sa réaction et s’était entourée d’un puissant sort de protection. Il essaya alors de se débarrasser de la main meurtrière, sans plus de succès. Emilia était une Magister à la magie puissante. Rain se décida alors à passer à l’action, il empoigna sa lance et se précipita vers la femme. Il n’était plus question pour lui de ne pas lui faire de mal, Seren était en danger et cela seul le préoccupait. Il n’eut pas le temps d’atteindre la magister qu’elle invoqua une lame immatérielle pour le stopper. Il échangea quelques passes avec son adversaire invisible mais ses compétences de guerriers étaient bien plus puissantes et il en vint à bout aisément. Il avança de quelques millimètres, mais Emilia en invoqua une autre et encore une autre. La situation devenait critique. Seren était maintenant sans force et ses bras pendaient le long de son corps. Il y avait urgence ! Alors il fit quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis très longtemps. Il prit une profonde inspiration et puisa en lui une toute autre magie, au plutôt l’inverse de sa magie. Il savait que cela le condamnerait à de longues minutes sans plus pouvoir utiliser sa propre magie, mais il n’avait pas d’autre choix. Il fit le vide en lui et propagea ce vide, ce silence, autour de lui, l’étirant le plus loin possible vers Emilia. Aussitôt, la Main ensanglantée disparu et il entendit le corps de Seren s’effondrer au sol. Emilia tenta un autre sort mais, voyant qu’elle n’arrivait à rien, elle siffla :

– Que m’avez-vous fait ?

Toujours concentré sur son sort anti-magie, Rain retourna auprès de Seren, qui reprenait ses esprits lentement. Il l’aida à se redresser et inspecta son cou qui portait déjà des marques de meurtrissures.

– Tu vas bien ?

Légèrement livide et la voix très enrouée, elle tenta de lui répondre :

– Ça va, tout va bien. Et toi ? Tu n’as rien ?

Il lui caressa doucement la joue.

– Ne t’en fais pas pour moi.

Lui tournant le dos, il ne remarqua pas qu’Emilia se précipitait vers lui, le visage déformé par la rage, sa dague prête à le frapper dans le dos. Seren vit alors rouge. Elle poussa Rain sur le côté, para la dague de l’humaine avec l’une de ses armes et enfonça l’autre profondément, dans sa poitrine.

– Ne vous avisez pas de lui faire du mal, sorcière !

La stupéfaction et la douleur pouvait se lire sur le visage de la Magister. Elle essaya de faire appel à sa magie du sang mais Rain n’avait pas relâché son sort.

Emilia tenta de parler, mais seul un flot de sang s’écoula de sa bouche. Elle se recula alors sortant, du même coup, le saï de son corps. Elle pressa une main contre la blessure, tentant vainement d’endiguer le flot de sang et enfin réussit à articuler :

– Je…je vous maudis, tous les deux !

Ces derniers mots ne furent plus qu’un murmure. Rain aurait pu la sauver, mais il n’était certainement pas assez indulgent pour sauver la femme qui avait failli détruire leurs vies. Lorsqu’il se tourna vers Seren, il constata que ses pupilles étaient encore rouges de colère et qu’elle fixait avec intensité l’agonie de son ennemi.

– Seren ? Tout va bien.

– Non, elle allait te blesser, te faire du mal !

– Mais tu l’en as empêché.

Subitement, Seren sembla se rappeler de quelque chose. Elle murmura alors :

– Elora…

Et elle tourna la tête vers sa sœur qui avait assisté à toute la scène. Elle ne semblait pourtant pas perturbée et n’avait pas bougé d’un millimètre de sa position, contre le mur, ni pour essayer de s’enfuir, ni pour porter assistance à sa maîtresse qui venait de rendre son dernier souffle. Lorsque Seren s’approcha d’elle, elle ne cilla pas plus, se contentant de regarder sa sœur et de déclarer d’une voix plate :

– Tu as tué ma maîtresse. Où vais-je aller maintenant ?

Doucement, comme pour ne pas l’effrayer, Seren lui prit la main.

– Ne t’en fais pas, Elora. Maintenant que je t’ai retrouvé, je vais m’occuper de toi. Nous allons partir avec Rain, d’accord ?

– Je ne serais qu’un poids pour toi, ma sœur. Je vais rester là et attendre.

– Très bien, attends-moi là pour le moment, je reviendrai. Mais je t’en prie, attends-moi, Da’Nehn.

– D’accord.

Accompagnée de Rain, Seren reprit son chemin vers le bureau de Darius, chemin qu’elle avait pratiqué plus d’une fois durant ces dernières années. Mais aujourd’hui tout était différent et lorsqu’ils croisèrent la route de deux gardes en pleine ronde, ils ne purent se contenter de leur adresser un petit signe de la tête. Les deux hommes armés les reconnurent immédiatement et dégainèrent leurs épées. Malheureusement parmi les deux, se trouvait le garde muet avec qui elle faisait ses trajets jusque l’arène. Seren n’avait aucune envie de se battre contre lui, mais elle savait qu’il était incorruptible et qu’il était tout à fait prêt à mourir pour Darius. Rain se crispa à ses côtés. L’autre soldat ne perdit pas de temps et fonça vers lui en hurlant. Seren continua de fixer le soldat muet, elle ne s’inquiétait absolument pas pour son amant. Elle connaissait ses capacités et savaient qu’il s’en sortirait parfaitement.

Ce qui était évidemment le cas, Rain para le premier coup avec sa lance et jaugea rapidement le niveau de son adversaire. Il était bon, mais pas assez pour lui faire peur. Ils enchainèrent quelques passes et le soldat donna vraiment tout ce qu’il avait, essayant de toucher un point vital à chaque fois. Finalement Rain arriva à nouveau à retrouver sa magie et intérieurement il poussa un soupir de soulagement. Depuis qu’il était devenu mage il n’avait utilisé ses capacités de Templiers qu’une seule fois et avait perdu ses pouvoirs pendant une semaine. La semaine la plus longue de sa vie, où il avait craint de ne jamais retrouver sa magie.

Tout en évitant toujours les coups d’épée du soldat, il concentra son pouvoir et l’atmosphère de la pièce se refroidit subitement. Lorsque le bout de ses doigts le démangea il laissa enfin s’échapper la magie qui s’accumulait dans son corps. Il utilisa le même sort que celui qui l’avait faire reprendre le dessus sur Seren, quelques jours plus tôt. Les jambes de son adversaire se firent plus lourdes, glacées et bientôt il ne put plus les bouger. Le froid remonta doucement le long de son corps, emprisonnant son torse, ses bras, son cou et bientôt son corps en entier. Il n’était pas mort, Rain n’aurait pas permis qu’un innocent meurt encore pour Darius. C’était maintenant à lui de payer ses fautes et pas sa maisonnée.

Pendant ce temps, Seren avait dégainé ses armes et s’était inclinée devant son presque ami. Même sans s’être jamais parlé, ils avaient partagé beaucoup de choses. Le soldat s’inclina à son tour et se mit en position de combat. Seren savait qu’elle pouvait le tuer rapidement, mais elle ne le souhaitait pas, pas si cela n’était pas nécessaire. Elle savait qu’il se battrait jusqu’au bout, par honneur et il pensait certainement que Seren allait donner le meilleur d’elle-même et donc le tuer honorablement. Mais il oubliait qu’il avait, certes, en face de lui une guerrière mais avant tout une championne, qui avait plus l’habitude de la ruse et des coups bas. Elle avait donc dans l’idée de tenir jusqu’à se que Rain puisse le neutraliser en douceur.

Sans avertissement, le soldat enchaina une série de coup qui l’obligèrent à reculer de quelques pas. L’homme était plutôt doué et avait une grande expérience du combat, cela se sentait et se voyait à la façon qu’il avait de bouger autour d’elle et d’essayer de chercher une faille dans sa garde. Elle para et para encore. Rapidement, le soldat se rendit compte qu’elle ne participait pas vraiment au combat et cela sembla le rendre furieux. Ses coups se firent plus rapides et plus précis. Seren grimaça mais ressentit un changement dans l’atmosphère qui lui fit lever les yeux vers Rain. Celui-ci était en train d’utiliser sa magie pour geler le soldat. Plus que quelques minutes à tenir et il pourrait faire de même avec son adversaire. Soudain, elle sentit une coupure sur son bras. Profitant de son manque de concentration, le soldat muet en avait profité pour enfin passer sous sa garde.

Rapidement, Seren constata que la blessure était profonde mais pas assez grave pour l’handicaper vraiment. Mais il s’agissait d’une bonne piqûre de rappel et elle ne pouvait pas se permettre la moindre faute d’inattention.

Enfin, elle cessa d’entendre des bruits de lutte provenant du côté de Rain. Par contre, elle le vit s’approcher dans le dos du soldat et lever une main vers lui. Afin de garder son attention sur elle, elle cessa le combat et lui déclara :

– Je suis désolée mon ami, je ne peux te donner ce que tu souhaites.

D’abord interrogateur, le visage du soldat se tourna subitement vers l’arrière. Mais il était trop tard, ses jambes étaient déjà paralysées. Alors il tourna un regard plein de reproches vers Seren qui lui sourit.

– Je sais. Mais je préfère te savoir vivant.

Lorsque le corps du soldat devint parfaitement immobile, elle s’approcha et posa une main sur son épaule, comme pour s’excuser puis elle se tourna vers Rain et lui dit :

– Merci, je pense que je n’aurais pas pu le tuer.

L’humain lui offrit un petit sourire :

– Je sais.

Son regard tomba subitement sur sa blessure. Il s’approcha d’elle, lui prit son bras pour l’examiner.

– Tu as besoin de soin.

Gentiment, Seren se dégagea de son étreinte.

– Non, garde ta magie pour Darius. Ce n’est qu’une égratignure, crois-moi j’ai connu bien pire.

Ne pouvant se résigner à ne pas lui venir en aide mais ne pouvant que valider son argument, Rain déchira un bout de sa chemise et noua le morceau de tissu autour de son bras, arrêtant l’écoulement de sang.

Quelques pas et quelques minutes plus tard, ils se trouvaient enfin devant le bureau de Darius. Seren s’avança et inspira profondément. Elle approcha sa main de la poignée, la tourna et pénétra dans la pièce.

Darius leur tournait le dos, debout devant la fenêtre les mains jointes dans le dos. D’une voix calme, il déclara :

– Je ne sais pas pourquoi, mais je pressentais que tu reviendrais. Tu me reviens toujours, n’est-ce pas ?

Seren s’avança de quelques pas alors que Rain se mit en retrait. Ils avaient convenu que c’était à elle de lui parler, il serait son soutien.

– Je suis venue pour comprendre. Pourquoi, Darius ?

Lentement, le magister se tourna vers eux. Ses traits semblaient tirés et de profonds cernes creusaient le dessous de son regard argent, comme s’il n’avait pas dormi de la nuit.

– J’imagine que tes connaissances nouvelles ne sont pas étrangères à la disparition de mon très cher père.

Il leva les yeux vers Rain.

– Et je vois que ces idiots de Templiers n’ont même pas réussi à faire leur travail correctement avant ton intervention.

Seren s’approcha encore et les yeux dans ceux de celui qu’elle avait longtemps considéré comme une sorte de Dieu, elle répéta :

– Pourquoi ?

Pour la première fois de sa vie, elle le vit mal à l’aise et détourner son regard du sien. Cet instant fut bref mais elle lui redonna espoir. Darius n’était pas quelqu’un de mauvais au fond. Il a juste été élevé dans une famille, dans un monde, où seuls les plus forts et les plus ambitieux gagnaient. Il avait commis des erreurs mais il allait peut-être enfin s’excuser, admettre ses torts.

Lentement, il leva une main vers son visage et passa le dos de ses doigts contre sa joue. Il leva à nouveau les yeux vers elle mais toute trace de culpabilité semblait l’avoir déserté.

– Je l’ai fait parce que je le pouvais, Seren. Ton clan n’était rien à mes yeux.

Instinctivement, Seren recula, comme si elle venait de recevoir une gifle. Impitoyable, Darius continua ses explications :

– Lorsque je t’ai vu chez ce Magister de pacotille, il m’a raconté ton histoire et j’ai su que c’était mes mercenaires qui avaient détruit ton clan. J’ai vu cette lueur dans ton regard, et malgré tout ce que tu avais subi et vu, tu t’obstinais à t’accrocher à la vie et tu nous regardais tous comme si tu allais nous tuer dès que l’occasion se présenterait. Je savais qu’un jour ou l’autre cela allait se retourner contre moi, mais par sorte de jeu un peu pervers, j’ai décidé de te racheter, de voir ce que je pourrais faire de toi et de toute cette colère. Et étonnamment, tu t’es montrée bien plus docile que prévu. Tu as fini par arrêter de me regarder comme tu regardais le monde entier. Alors j’ai su que je t’avais à ma merci, que la petite esclave avait finit par succomber aux charmes de son maître. Assez pathétique, n’est-ce pas ? Mais, je dois dire que j’en ai bien profiter.

Seren n’en revenait pas. Comment avait-elle pu croire que cet homme pouvait être bon.

– Vous êtes un monstre, Darius !

Celui-ci éclata d’un rire désabusé, faux.

– Je suis comme on m’a fait, ma pauvre Seren ! Mais oui, certainement, je suis un monstre. Un monstre qui prend du plaisir à vous voir vous entretuer dans une arène. Un monstre prêt à tout pour conserver ce qu’il a …

– Qui est même prêt à empoisonner son propre père !

Subitement, Darius explosa de colère, envoyant au sol un bibelot qui se trouvait sur son bureau :

– Surtout, ne va pas le plaindre ! Il n’a eu que ce qu’il mérite, tu entends ! Si c’était à refaire je recommencerais sans hésiter ! Cet homme est une vraie ordure et tu as fait le mauvais choix en t’associant à lui !

– Comment savez-vous …

– Ne m’insulte pas ! Tu reviens alors que lui disparait ? Si tu es là, à la place de t’être enfuie, c’est parce que tu as passé un pacte avec lui. Je le connais par cœur, il n’a pas dû tellement changer depuis toutes ces années ! Que t’as-t-il proposé en échange de ma mort ? Peu importe ce que c’est, je te paierai le double !

Seren secoua la tête :

– Impossible Darius, ce qu’il m’a promis, vous me l’avez retiré il y a bien longtemps.

Plus posément, Darius remis ses cheveux en arrière.

– Bien, tu as pris ta décision je vois. De mon côté je ne peux te laisser me reprendre c’est qui m’appartient, tu sais que j’ai horreur de cela.

Seren sentit soudain un flot de magie la traverser. Etourdie, elle recula de quelques pas et éprouva une douleur fulgurante à la tête. Le décor autour d’elle avait changé, elle était dans l’arène. La foule autour d’elle hurlait mais elle n’arrivait pas à comprendre quoi. Mais comment avait-elle atterri là ? Venait-elle de s’endormir ? Tout était flou dans sa tête. Elle devait sans doute combattre ce soir. Elle entendit les grilles de l’arène s’ouvrir et une centaine de combattants en sortirent. Le sable de l’arène était noir de monde, tous prêts à la tuer. Sans trop savoir pourquoi, elle apprécia se spectacle et n’en fut pas effrayée un seul instant. Elle dégaina ses armes et se mit au travail, elle avait du monde à tuer ce soir et la petite voix dans sa tête en était enchantée.

De son côté, Rain aussi fut parcouru d’une magie étrangère. Et malgré ses connaissances en la matière, il n’arriva pas à identifier le sort utilisé. Une vive douleur lui vrilla le crâne et il se retrouva bientôt dans une vaste pièce qu’il ne reconnut pas. Elle avait des proportions gigantesques et était remplie de petits lits, tous occupés. Pourquoi rêvassait-il alors qu’il avait du travail ? Une soeur s’approcha de lui :

– Rain ? Nous avons besoin de vous, cette maladie fait des ravages.

– Bien sûr, ma soeur. Je m’y mets tout de suite.

Il retroussa ses manches et s’approcha du premier lit. Il était occupé par un homme d’une quarantaine d’année qui semblait souffrir énormément. Doucement Rain posa une main sur le front du malade et essaya de l’apaiser:

– Ne vous en faîtes pas, tout ira bien, je suis là pour vous aider.

Comme à son habitude, il insuffla sa magie dans le corps de son patient, à la recherche du mal qui l’habitait. Mais à l’instant où il commença, l’homme hurla de douleur. Rain le maintient sur le lit et continua son travail. Mais rien… il ne trouvait rien et l’homme continuait de souffrir. Il persévéra mais son patient finit par mourir dans un râle d’agonie. Décontenancé et sous le choc, Rain arrêta tout. La sœur, qui était restée à ses côtés, plaça le drap sur le visage, déformé par la douleur, du mort. Puis, déclara calmement :

– Au suivant, Rain.

Comme mécaniquement, Rain passa au lit suivant, occupé par une petite fille. Et malheureusement, la même scène se produisit. La sœur répéta ses mouvements et l’incita à passer au suivant. Ce qu’il fit. Même scénario. Pour le lit d’après et celui qui suivit. Ses forces et son énergie diminuait mais il ne pouvait pas arrêter. Cela lui était impossible. Il vit ainsi mourir une vingtaine de personne. A bout de nerfs, il finit par répliquer à la sœur qui le poussait à continuer.

– Mais enfin, vous voyez bien que je n’y arrive pas !

– Allons, vous n’en savez rien, il vous suffit de persévérer. Continuez, voulez-vous.

Au lit suivant, il vit sa grande soeur, Sybille, allongée, mourante. Il redoubla d’effort pour la sauver, mais rien n’y fit. Il n’y arrivait pas et il ne put qu’être le spectateur de la mort de celle qui avait partagé ses jeux d’enfant. Lorsqu’il vit la soeur se pencher pour recouvrir son visage, il l’a stoppa :

– Non ! Non! Il y a surement quelque chose à faire !

– Bien sûr qu’il y a quelque chose à faire, Rain ! Et vous l’avez fait. Il faut abrégez leurs souffrances. Vous êtes là pour ça ! Que croyez-vous ?

– Non ! Je suis un soigneur. Je guéris les gens, je ne les tue pas !

– Bien sûr que si ! Vous êtes né avec ce don.

Gentiment, elle le poussa vers le lit suivant et les yeux de Rain s’agrandir d’horreur. Il se précipita vers le lit, sans toutefois toucher le corps qui s’y trouvait, trop anxieux de lui faire du mal.

– Seren ? Seren, c’est moi ! Je t’en prie, ouvre les yeux.

La jeune elfe était méconnaissable. Son teint était cireux, ses cheveux, ternes et sales, auréolaient son visage au traits tirés. Avec beaucoup d’efforts, elle ouvrit des yeux éteints.

– A.. Alexei ?

– C’est moi, Seren. Tout va bien.

– Je t’en prie… ne… ne me tue pas.

– Jamais ! Je ne te ferais jamais de mal. Je te le promets.

Contrariée, la soeur s’avança vers lui et de force, elle lui prit la main qu’elle posa contre le front de celle qu’il aimait. Il eut beau lutter de toutes ses forces, la femme était bien plus forte que lui. Il n’arriva même pas à monopoliser sa magie contre elle.

– Cela suffit Rain, vous avez une mission et encore beaucoup de gens à voir. Vous ne pouvez pas faire de simagrée à chaque fois !

Malgré lui, sa magie se diffusa dans le corps de Seren et elle se mit à le supplier d’arrêter de lui faire du mal. Les mains de la jeune femme s’agrippèrent à son bras et tentèrent de retirer sa main. Mais la soeur tint bon et Seren, comme les autres, finit par mourir. Seulement alors, la soeur le lâcha.

Dévasté par la douleur, Rain ne put que serrer le corps de l’elfe entre ses bras.

Mais la femme ne lui laissa pas un instant de répit. Elle le releva de force, lui arrachant le corps de son aimée.

Dans un sursaut de rébellion et de rage, Rain se dégagea de son étreinte, envoyant la femme buter contre un petit meuble de bois. Il se mit alors à courir. Il devait s’échapper de là, s’en aller au plus vite. Mais partout ou il regardait il n’y avait que des lits encore et encore, à perte de vue. Pire encore, il avait l’impression que plus il s’approchait de la porte, plus elle s’éloignait de lui. Non ! Il n’était pas fait pour ça. Il ne voulait pas de cette vie. Il fallait que cela s’arrête. Il posa alors les yeux sur une longue dague effilée, peut-être sa seule voie de sortie dans cette enfer. Il la prit dans sa main et l’approcha de son cou. Oui, il allait sortir de là.

Seren n’était même pas essoufflée. Elle venait de tuer cent hommes et était prête à en tuer cent autres. Elle se rendit vaguement compte qu’elle n’était pas vraiment maîtresse de ses mouvements et un étrange voile rouge obscurcissait sa vue. Mais peu lui importait, du moment qu’elle sortait victorieuse de son combat. Les gens l’acclamaient et elle aimait ça. C’était grisant. Elle rentra chez Darius, comme à son habitude, mais il y avait quelque chose de différent. Son corps réclamait plus de sang. Encore et toujours. Lorsqu’elle atteignit les cuisines, elle s’approcha de Marva. La vieille elfe lui sourit et elle fit de même. Puis, elle leva son arme encore tâchée du sang de ses nombreuses victimes et l’enfonça dans le ventre de l’elfe. Son corps semblait terriblement satisfait de ce meurtre gratuit, mais son esprit hurlait d’arrêter. Elle avait l’étrange impression de ne plus rien contrôler, de n’être qu’une spectatrice horrifiée de ce qui se passait sous ses yeux. Chaque domestique qu’elle croisait finit comme la cuisinière, en sang sur le carrelage. La jeune elfe essaya de reprendre les reines de son corps, mais elle ne pouvait rien faire. Elle était faible et impuissante face à la voix :

« Arrête donc de pleurnicher ! N’est pas ce que tu voulais ? Qu’ils paient tous pour ce que tu as enduré ?

– Non, jamais je n’ai voulu la mort d’innocents!

– Tu n’y peux rien, c’est dans ton sang. C’est ainsi que tout ce finira pour toi. Tu seras seule et entourée de cadavres. Tiens, tiens, ne serait-ce pas cette petite elfe pour laquelle tu t’es prise d’affection ?

– Non, pas Tia ! Pitié ! »

Confiante, la jeune elfe se dirigea vers elle, heureuse de la voir en vie et fut reçue par un coup de saï qui lui trancha la gorge. Un geyser de sang éclaboussa Seren. La voix ricana alors que la jeune elfe, prisonnière de son propre corps hurlait de douleur.

 » Bien, les parasites doivent mourir. Il n’en reste qu’un. Le plus important pour toi. « 

Rain ! Seren continua de marcher tranquillement dans la maison, semant la mort sur son passage. Elle finit par arriver devant la porte de la chambre de Rain qu’elle ouvrit. Le jeune homme était confortablement installé sur son lit, en train de lire un livre. Lorsqu’il aperçut l’état de Seren, il se leva aussitôt et se dirigea vers elle.

– Créateur ! Seren, tu es en sang ! Tout va bien ? Laisse moi t’examiner.

Mais Seren ne lui en laissa pas l’occasion, elle lui sourit et l’embrassa fougueusement. Rain la serra contre lui, découvrant ses flans. C’était le moment. Elle leva son saï l’enfonça profondément dans ses reins. Rain eut un hoquet de douleur et recula son visage qui exprimait la stupéfaction et la trahison.

– Mon amour… pourquoi …

Sans un mot, Seren lui enfonça son arme dans le corps, encore et encore.

Intérieurement, l’elfe hurlait sa douleur et son agonie. Tout ça n’était qu’un cauchemar, il ne pouvait pas en être autrement.

« Voilà tu es maintenant libérée de tout, Seren. Il ne te reste plus qu’une chose à faire. Et pour cela, je te redonne le contrôle. »

Violemment, Seren se sentit à nouveau elle-même. Elle avait les mains et le corps en sang, le cadavre encore chaud de son amant à ses pieds, les yeux grands ouverts sur une incompréhension éternelle. Ses mains tremblèrent et elle lâcha ses armes. Elle hurla encore et fut bientôt ravagée par la douleur. Les sanglots déchiraient sa gorge alors qu’elle se pencha sur le corps de Rain pour lui fermer les yeux.

Comment pouvait-elle continuer à vivre ? Elle était un monstre ! Une abomination! Elle devait disparaitre de la surface de la Terre.

Toujours tremblante, elle ramassa l’un de ses saïs et, à genoux, se prépara à se l’enfoncer dans le coeur.

Mais, subitement une voix familière raisonna à ses oreilles.

 » Tu n’es pas un monstre, Seren. Je suis là, reviens vers moi. Tu n’es pas un monstre… tu es une femme… »

Intriguée malgré elle, elle essaya de se souvenir de qui lui avait dit ces mots. C’était un homme…un homme qu’elle appréciait beaucoup, non qu’elle aimait. Rain ! C’était lui qui lui avait dit cela, mais pas ici, pas celui qui se trouvait à ses pieds. D’ailleurs jamais elle n’aurait pu faire cela. Et puis comment était-elle arrivé là ? Elle se souvenait de l’arène mais avant ? Rien le trou noir. Non, Darius ! Elle se souvenait de Darius. Ils étaient en train de discuter. Petit à petit, ses pensées se firent plus claires et elle secoua la tête pour remettre de l’ordre dans ses idées.

Soudain elle prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Quand elle les ouvrit à nouveau elle se trouvait dans le bureau de Darius. Celui-ci, debout, yeux fermés, était concentré sur son sort. Elle tourna la tête vers Rain et vit qu’il semblait souffrir terriblement et avait la pointe de sa lance sur sa gorge. Elle devait arrêter Darius, coûte que coûte.

Sans plus réfléchir, elle dégaina ses saïs et fonça vers Darius. Son corps entra en contact avec celui du Magister et elle le plaqua contre le mur, l’une de ses armes profondément enfoncées dans son épaule droite. L’humain hurla de douleur et relâcha son sort.

Derrière elle, Rain reprit subitement ses esprits. Créateurs, il venait de vivre un vrai cauchemar ! Rapidement, il se redressa et aida Seren en gelant les mains de Darius au mur.

Passablement surpris, Darius ne put que regarder Seren et articuler :

– Comment as-tu fait ? Comment as-tu pu te libérer ?

– Vous l’avez dit vous-même, Darius. Mon instinct de survie sera toujours plus fort.

Comme vaincu, Darius sourit et appuya sa tête contre le mur derrière lui.

C’est évidemment ce moment que choisit Magnus pour faire son apparition.

– Eh bien ! Il était temps que j’arrive, dites-moi ! Heureusement que je vous avais dit de ne pas faire de mal à mon fils. Et vous n’aviez pas besoin de faire d’excès de zèle, j’ai vu le cadavre d’Emilia.

Avec flegme, Seren libéra son saï des chairs du Magister et répondit à Magnus :

– Nous n’avons pas de compte à vous rendre ! Et croyez-moi, vous feriez mieux de me remercier !

Epinglé au mur, Darius regarda son père dans les yeux et siffla :

– Père ! Quel plaisir de vous voir. Je vous serrerais bien la main mais je suis un brin occupé.

– Tes sarcasmes ne t’aideront pas, Darius ! Tu sais pourquoi je suis là ?

– Oh, vous venez certainement pour faire de ma vie un véritable enfer.

Un poing immatériel vint s’écraser contre le ventre du jeune Magister, qui eut le souffle coupé.

– Il suffit Darius ! Je reprends cette famille en main ! A cette heure-ci, toute la ville doit déjà être au courant que je suis miraculeusement guéri et que tu t’en vas pour un pèlerinage afin de remercier le Créateur de ce cadeau.

– Oh, c’est donc cela que vous me réservez, père ? L’exil ! Comme c’est pittoresque.

– Tu as toujours joué au plus malin. Mais c’est fini Darius, tu as tout perdu maintenant. Je t’envoie à Orlaïs, sans argent. Estime-toi heureux que je ne te tue pas.

– Je suis votre seul héritier, comment le pourriez-vous ?

– Oh, à ce propos je ne serais pas aussi catégorique si j’étais toi. Jusqu’à nouvel ordre, c’est mon cousin qui reprendra la maison Varinus à ma mort. Je te conseille donc de tout faire pour me garder en vie le plus longtemps possible afin que je puisse constater ton repentir. Maintenant Rain, je souhaiterais récupérer mes gardes dans le couloir si cela ne vous ennuie pas trop.

Après avoir échangé un regard avec Seren pour savoir si elle pouvait la laisser seule dans la cage aux lions, Rain sortit et s’occupa de dégeler les pauvres soldats. Aussitôt qu’ils purent à nouveau bouger, il leva les mains en signe d’apaisement et leur annonça :

– Il va y avoir du nouveau dans cette demeure et votre nouvel employeur à besoin de vous.

Intrigués, les deux hommes en armure le suivirent. Aussitôt qu’ils aperçurent la situation, ils se figèrent. Le soldat muet était assez âgé pour avoir connu Magnus, alors il s’inclina devant le nouveau maître de maison en attendant ses nouvelles instructions.

– Messieurs, veuillez escorter mon fils dans mes anciens appartements.

Puis se tournant vers Darius.

– Prépare quelques affaires, fils, ton départ est imminent.

D’un geste de la main, Rain fit fondre la glace autour des poignets de Darius et celui-ci, n’ayant nullement perdu de sa superbe passa devant son père en inclinant ironiquement la tête. Puis, il s’arrêta devant Seren.

– Malgré ce que tu peux croire, je te souhaite d’être heureuse.

– J’en ai bien l’intention.

Enfin, il sortit de la pièce et Seren put enfin respirer plus librement. Elle sourit à Rain qui lui rendit. Il semblait fatigué mais heureux. C’était fini.

Croisant les bras, elle se tourna vers Magnus.

– Bien, vous avez eu ce que vous vouliez, non ?

Le Magister se déplaça derrière le bureau, puis avec une certaine délectation, s’installa sur le fauteuil. Il retira une poussière imaginaire sur le bois foncé du bureau et enfin, daigna regarda Seren.

– Bien sûr, et vous avez ma reconnaissance.

– Je crois que nous avions convenu d’un peu plus que votre reconnaissance.

– Oui, je me souviens et il ne sera pas dit que j’ai manqué à ma parole.

Rapidement, il prit une feuille et se mit à rédiger ce qu’elle espérait être son acte de liberté. Sans qu’elle ne le remarque, Rain s’était éclipsé quelques instants et revenait maintenant en tenant par la main une Elora qui ne semblait toujours pas perturbée par les évènements. Magnus signa le papier et le tendit à Seren.

– Votre liberté, ma dame.

Et c’est avec des doigts tremblants que Seren prit le document dans ses mains. Elle le lut rapidement pour s’assurer que tout était en ordre, mais oui, tout y était. Elle était libre et ne put empêcher un large sourire d’étirer ses lèvres. Magnus se leva ensuite et se dirigea vers le coffre fort dans le mur. La combinaison ne semblait pas avoir été changé depuis sa « maladie » puisqu’il l’ouvrit avec facilité. Il commença à remplir une bourse d’un bon paquet de pièces qu’il posa ensuite sur le bureau.

– Et voilà pour votre dédommagement, comme convenu.

Sans ramasser l’argent, Seren demanda :

– Et pour ma sœur ?

– Eh bien, il semble que vous avez vous-même réglé le problème. Emilia est morte sans laisser d’héritier. Ses biens vont être mis aux enchères et ses esclaves vont certainement s’enfuir avant que cela n’arrive. La disparition de votre sœur passera totalement inaperçu, je dirais même plus que tout le monde s’en fichera complètement.

Seulement alors, Seren empoigna la bourse, agréablement lourde et se dirigea vers Elora.

– Tu es libre, petite soeur, et je vais m’occuper de toi maintenant.

Magnus se gratta ostensiblement la gorge :

– Si je puis me permettre, la place la plus aisée pour une apaisée reste un Cercle. Elle y trouvera une utilité et une certaine stabilité. Mais je ne fais que donner mon humble avis.

Seren se tourna alors vers Rain, en qui elle avait confiance, contrairement au Magister. Elle ne voulait pas qu’Elora pense qu’elle sautait sur la première occasion pour se débarrasser d’elle.

– Qu’en penses-tu ?

Rain réfléchit quelques instants et finit par répondre :

– Eh bien, je me rangerais à l’avis du Magister. Les apaisés sont des êtres à part et nécessite une attention constante. Mais étrangement, ils semblent plus heureux entourés de mages. Là-bas, elle pourra y trouver une véritable utilité et un nouveau but.

– Mais on dit tellement d’horreurs sur les Cercles, je ne peux pas la laisser n’importe où !

– Au cercle de Férelden, elle sera heureuse. Le Premier Enchanteur est un homme bon qui prendra soin d’elle.

Seren soupira et ne put s’empêcher de demander son avis à Elora, même si elle savait parfaitement que les Apaisés n’utilisaient plus leur libre arbitre.

– Que souhaites-tu, Da-Nehn ?

– Peu m’importe, Seren. Là où je pourrais être utile. Il y a tant à faire.

Elle ne savait pas encore quoi décider, le plus important pour elle était maintenant de s’éloigner de ce triste endroit. Elle se tourna vers le Magister et sans un mot de plus, elle le salua de la tête, signifiant son congé.

– Au revoir, ma dame.

C’est un bras sur les épaules de sa petite sœur et une main dans celle de Rain qu’elle quitta cette maison. Définitivement.

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Epilogue

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