Chapitre 21 – Celui qui ne veut pas participer

Seth ne savait pas comment il s’était retrouvé là, mais il faisait à nouveau face à l’Eluvian gigantesque par lequel avait disparu Solas. Il était seul mais, plus étonnant encore, il avait à nouveau son bras. Il le bougea pour le simple plaisir de se sentir à nouveau entier. Il fit quelques pas vers le miroir, mais soudain une grande douleur l’arrêta. Il tomba à genoux et prit sa main douloureuse contre son torse. La douleur était maintenant tellement intense qu’il s’était recroquevillé sur lui-même en espérant que la souffrance s’arrête rapidement. Il entendit alors une voix familière.

– Prenez ma main, Lethallin.

Seth releva vivement la tête.

– Solas ?

L’apostat se tenait devant lui, main tendue, un petit sourire rassurant sur les lèvres.

– Faites-moi confiance, Inquisiteur. Je peux vous libérer de cette souffrance.

Avec confiance, Seth mit sa main douloureuse dans la sienne. Solas l’agrippa fermement. Son visage se ferma alors.

– Je suis désolé, je ne peux pas vous laisser cette marque. Elle va disparaitre et vous avec. Je n’ai pas d’autre choix.

– Non Solas, je t’en supplie !

– Pardonnez-moi, Inquisiteur.

Horrifié, Seth ne put que le regarder user de sa magie sur lui. Il lâcha ensuite sa main et se détourna de lui. La douleur fut insoutenable et il vit avec effroi sa main commencer à disparaitre. Ses doigts d’abord, puis la paume, le poignet, l’avant-bras. Mais la disparition ne s’arrêta pas là et son bras commença lui aussi à s’évanouir. Fenhendis, il était en train de disparaître ! Ça n’était pas possible, il ne voulait pas mourir ! Pas ici, pas maintenant. Son épaule n’était déjà plus là !

– Non, non !!!

Noria était bien au chaud. Nue, son dos collé au torse de Seth, le bras du jeune homme autour de sa taille. Alors pourquoi était-elle réveillée ? Prenant peu à peu plus conscience de son environnement, elle sentit Seth tressaillir légèrement. Sa main se crispa contre son ventre. Elle l’entendit murmurer :

– Solas ?

Le sentiment familier de jalousie pinça son cœur. A quoi rêvait-il ? Noria se dégagea de son bras et se tourna vers lui. Le visage de Seth était déformé par la douleur. La jeune femme lui posa une main rassurante sur la joue.

– Seth, chuuuuut tout va bien.

Mais le jeune homme ne semblait pas l’entendre. Il bougea plus violement et lui donna un léger coup de poing dans la hanche. Il grommelait des paroles inintelligibles. Il semblait tellement souffrir qu’elle décida de le secouer plus fort pour le réveiller.

– Seth, tu es en train de rêver. Je t’en prie, réveille-toi, tout va bien.

Subitement il ouvrit grand les yeux. Ses pupilles étaient totalement dilatées et il regardait en tous sens autour de lui, sans la reconnaitre. Noria lui entoura le visage de ses mains.

– Seth, c’est moi Noria. Tu es en sécurité.

Enfin, il sembla voir son visage et son regard croisa celui de Noria. Il enfuit alors son visage contre le haut de sa poitrine. Aussitôt, Noria referma ses bras autour de lui. Elle lui caressa gentiment les cheveux en lui murmurant des paroles rassurantes. Elle avait eu son lot de cauchemar pour en reconnaître un vrai. Elle essaya donc de lui transmettre toute la chaleur et le réconfort qu’elle pouvait.

– Raconte-moi, Seth.

– Ne t’inquiète pas, Da’mi, c’était juste un cauchemar. Ça va passer, donne-moi cinq minutes.

– Tu en fais souvent ?

– Ça arrive, oui.

– J’aimerais que tu me racontes quand même.

Seth soupira, sachant d’avance que la jeune femme ne lâcherait pas l’affaire aussi facilement.

– Ce n’est rien. J’ai juste ressenti la douleur de l’ancre comme si elle était encore rattachée à moi.

– Tu as… tu as appelé Solas dans ton rêve.

Seth releva la tête et plongea ses yeux dans les siens.

– Je t’ai raconté dans quelles circonstances je l’ai revu. Dans ce rêve, je revivais une partie de la scène, seulement il ne faisait pas disparaître juste ma main. J’étais en train de disparaître tout entier, m’évaporer complètement, sans laisser de trace.

Noria pressa ses lèvres contre les siennes.

– Mais tu es là.

– Oui je sais, je suis là.

Cette fois c’est Seth qui l’embrassa, emmêlant ses doigts avec l’une de ses petites mains. Le baiser s’approfondit rapidement et brusquement Noria se retrouva sur le dos, un Seth tout sourire au-dessus d’elle, son cauchemar semblant bien loin.

Il joua quelques secondes avec la boucle d’oreille qui brillait à l’oreille droite de la jeune fille.

– Qui te l’a fait ?

– Assan.

Seth la regarda d’un air profondément surpris :

– Ma mère ?

Noria lui sourit.

– Je ne connais pas d’autre Assan. Elle me l’a proposé un jour et j’ai sauté sur l’occasion.

– Elle t’apprécie beaucoup.

– Et c’est réciproque. Ta mère est une femme formidable.

Avec fierté, Seth lui dit.

– Je sais. Mais assez parler de ma mère pendant qu’on est nus dans un lit.

Il se pencha alors vers la gorge de la jeune femme et parsema sa peau de baiser.

– Puisqu’on est tous les deux réveillés et que la nuit n’est pas finie, autant se divertir un peu non ?

Noria sourit.

– Eh bien, eh bien, j’en connais un qui est gourmand !

– Mmm, c’est qu’on a beaucoup de nuits à rattraper. Et surtout ne te retiens pas, si au passage on pouvait réveiller Sera, ça m’arrangerait !

Cette fois-ci Noria ne put s’empêcher de pouffer.

– Alors là, je ne vais pas te rendre la vie aussi facile, très cher. A partir de maintenant ces lèvres sont scellées et aucun son ne les franchira.

Un sourire carnassier étira les lèvres de Seth.

– Oh, un défi ! J’adore les défis !

C’est ensemble qu’ils descendirent les marches de la maison le lendemain matin, main dans la main. Inutile de faire semblant de rien parce qu’évidemment, Noria avait perdu son défi. Le jour où elle arriverait à rester de marbre face à Seth, Thédas serait en paix.

Lorsqu’ils pénétrèrent dans la cuisine, Sera était déjà là, assise devant une tasse de café fumante. Elle semblait d’humeur massacrante.

Noria lui dit, l’air de rien.

– Bonjour Sera, bien dormi ?

– Ah ah, trèèès drôle. Disons que j’aurais pu dormir si un couple de lapins n’avait pas passé la nuit à forniquer comme des dératés !

Seth pris un air affolé :

– Rassure-moi Da’mi, je suis plus endurant qu’un lapin ?

Noria confirma.

– D’une ou deux secondes, j’ai compté.

– Ingrate !

– Non mais stop !! Je vais pas, en plus, devoir me taper vos petits mots doux au petit déjeuner !

Noria et Seth éclatèrent de rire.

– Et pourquoi vous êtes aussi en forme d’abord ? C’est vraiment injuste !

Noria se fit un plaisir de lui répondre, d’un ton détaché :

– Oh, tu sais ce qu’on dit, plus de trois orgasmes en une nuit et tu as la pêche pour la journée !

Sera grogna de désespoir.

– Je vous déteste.

Et pour le plus grand malheur de Sera, les taquineries ne s’arrêtèrent pas. Au contraire, le couple prit un malin plaisir à la tourmenter. Mais, la cerise sur le gâteau fut lorsque l’elfe découvrit l’état de la table dans la grande salle. Elle déboula comme une furie dans la cuisine, alors que Seth et Noria finissaient leur repas.

– Ne me dites pas que vous avez fait ça sur ma table de guerre ??!!

Seth fit mine de réfléchir.

– Mmm, je ne sais plus. Tu te souviens Da’mi ? Comme on l’a fait dans à peu près toutes les pièces de la maison…

Noria rentra aussitôt dans son jeu.

– Laisse-moi réfléchir… je crois bien oui. Mais si, même que tu m’as prise alors que…

– Oh la ferme ! Je ne rentrerai plus dans cette pièce tant que vous ne l’aurez pas désinfectée entièrement !

Noria eut finalement pitié d’elle et s’occupa de ranger le bazar qu’ils avaient laissé la veille.

Elle était encore un plein rangement quand elle entendit des coups réguliers sur la porte fenêtre. Elle releva la tête et vit Mervin et Rob lui faire des signes. Aussitôt elle se précipita pour leur ouvrir. A peine le seuil de la maison franchi, Mervin lui dit :

– Rassemble tout le monde Noria, j’ai du nouveau sur ton affaire.

Une fois tout le monde présent dans la grande pièce, Mervin se mit à parler :

– J’ai quelques indics qui m’ont donné une piste. Je ne sais pas si c’est sérieux mais je pense que ça vaut le coup d’aller vérifier. Il semblerait que des elfes aient mystérieusement disparu après avoir approché de trop près un noble de l’aristocratie orlésienne. Il les repèrerait dans des parties fines assez sélects et très discrètes. Dans ce genre de soirée quasiment tout est permis, mais ils ont quand même une règle : toutes les personnes qui y assistent sont consentantes et ne font ça que pour le plaisir. Les transactions fiduciaires sont interdites, seul le plaisir compte. Bref, c’est la décadence la plus pure !

Un de mes « amis » y travaille comme cuisinier. Evidemment, il n’était pas sensé m’en parler. Du coup il a pu observer l’homme. Il ne semble s’intéresser qu’aux femmes elfes, et il faut qu’elle ait quelque chose de spécial. Puis il fait tout pour séduire la fille, souvent avec succès. Ils commencent alors les « festivités » sur place, puis ils disparaissent. Mais mon ami n’a jamais réussi à le suivre. Ils s’isolent d’abord dans une salle « spéciales » ou seuls quelques habitués et ceux qu’ils choisissent sont admis. Il ne sait pas comment il fait, mais il arrive à disparaître complètement. Les jeunes femmes avec qui il est parti les deux dernières fois, il y a quelques semaines de ça, ont disparu dans la nature. Pouf ! Plus rien. Et j’ai pu trouver qu’au moins l’une des victimes fréquentait régulièrement ces soirées.

Noria intervient finalement, trépignant carrément d’excitation, l’œil brillant :

– Mervin, tu es mon héro ! Tu viens peut-être de trouver une sacrée piste ! Qui est ce noble ?

– Le Comte de Vérimont.

– Quoi ?? Vérimont ?

Seth demanda :

– Tu le connais, Da’mi ?

Noria lui adressa un petit sourire coquin.

– Oh oui, je le connais bien, lui et son magnifique bureau rempli de pierres précieuses et d’or ! Et dire qu’il a fait tout une histoire à son fils pour avoir couché avec une elfe domestique, alors que ce vieux dégueulasse passe des soirées « orgies » avec les dites elfes !

Seth lui rendit son sourire.

– Je vois. Bon, on sait que ce type semble louche. Quel est le plan ?

Mervin répondit aussitôt :

– Eh bien j’avais pensé que quelques Amis de Jenny pourraient être de la fête ! Une petite mission d’infiltration dans une « soirée » orlésienne, ça vous tente ?

Rob acquiesça tout de suite :

– Je suis partant ! Et je propose Noria en partenaire. On formerait un sacré duo, ma jolie.

Noria pouffa :

– Dans tes rêves ! Je ne mettrai pas un pied là-bas !

Rob insista pourtant :

– Oui, mais tu es la seule à pouvoir reconnaître notre bonhomme… tu vas être obligée d’y aller…

Se sentant prise au piège, Noria protesta, après avoir fixé Seth dans les yeux :

– Si j’y vais, tu viens avec moi, Seth !

– Alors là, certainement pas ! Je préférerai qu’on me coupe l’autre bras. Par contre Noria n’ira pas seule avec Rob, ça c’est certain !

Rob sauta sur l’occasion et il lui dit d’un ton mielleux :

– Ca peut d’arranger pour ton autre bras, tu sais. Et puis, depuis quand tu prends des décisions à la place de Noria ?

– Ne me cherche pas, Rob.

– Eh oh je suis là, vous pourriez arrêter de faire comme si je n’étais pas assise à la même table que vous !

Sera essaya d’apaiser le conflit :

– On pourrait y aller tous les quatre.

Mervin arrêta le débat :

– Je n’ai pu avoir que deux invitations, il va falloir choisir.

Le silence retomba autour de la table.

Noria ne souhaitait vraiment pas participer à cette soirée. Elle était, certes, plutôt à l’aise avec son corps et sa sexualité, mais de là à participer à une orgie, il y avait des limites. Mais elle repensa à ses femmes massacrées, et elle se dit qu’elle n’avait pas le droit de faire la difficile. Elle devait tout faire pour coincer le monstre qui leur avait ôté la vie et si pour ça elle devait se laisser tripoter par des nobles libidineux, elle devait le faire. Comme l’avait dit Rob elle était la seule à savoir à quoi ressemblait leur homme.

Elle se décida donc :

– J’irai.

Seth soupira. Il n’avait pas le choix, il devait l’accompagner. Qui sait ce qui pourrait lui arrivé seule, ou pire avec Rob, là-bas. Il avait vu les Orlésiens à l’œuvre, il savait qu’ils étaient fourbes et manipulateur. Il était temps qu’il reprenne du service, au moins durant cette soirée. Il n’arriverait rien à Noria.

– Je t’accompagne Da’mi, après tout j’ai été garde du corps un moment.

Noria lui offrit son plus beau sourire.

– Bon, très bien. Noria et moi on y va, on entre dans l’antre du vice et de la turpitude et puis quoi ?

Mervin exposa son plan :

– Eh bien, le but c’est de vous faire remarquer suffisamment par les habitués et de vous faire inviter par eux dans la salle spéciale pour suivre notre suspect. Une fois là-dedans, il vous sera sans doute plus facile de savoir comme il s’échappe et où. Peut-être même que vous pourriez empêcher un autre meurtre.

Noria demanda :

– Est-on sûr au moins qu’il participera à la prochaine soirée ?

– Oui je m’en suis assuré.

Noria soupira :

– Eh bien, je suppose que c’est décidé. Quand a-t-elle lieu ?

Mervin lui offrit un petit sourire d’excuse :

– Demain soir.

Noria ouvrit des yeux ronds :

– Quoi ? Demain ? Mais je ne serai jamais prête ! Mentalement et physiquement d’ailleurs !

Sera la rassura :

– T’affole pas, je vais t’aider.

Mervin se leva :

– Je vous laisse régler les derniers détails pour votre couverture. Pour ce qui est du reste, moi et Rob on vous y escortera et on se postera près du bâtiment, au cas où vous auriez besoin d’aide. Je vous ferai parvenir les invitations rapidement.

Noria le raccompagna et le serra dans ses bras pour le remercier. Elle était à peine plus grande que le nain. Mervin rougit violemment et partit.

Noria se tourna vers le reste du groupe, les poings sur les hanches.

– Bon, on a du travail ! Rob, tu restes avec nous pour nous aider ?

Le jeune humain sourit lascivement.

– Eh bien, je suis partant pour t’aider à choisir ta tenue… ou à te préparer si tu veux…

S’en fut trop pour Seth. Rapidement, il empoigna le devant de la chemise de Rob, l’attirant vers lui en le regardant droit dans les yeux.

– Ecoute-moi bien, Dom Juan au rabais, Noria n’est pas libre. Alors tu vas arrêter des insinuations très lourdes. Compris ?

Rob se dégagea :

– Eh détends-toi, Seth. Je ne savais pas que vous étiez ensemble.

Noria, que ses manifestations de testostérone ennuyaient beaucoup, intervient :

– Dites, vous avez fini les coqs ? Alors on se fait un bisou et on s’y met. Sera, je vais avoir besoin de ton aide pour mes emplettes.

Amusée, Sera lui rétorqua :

– Bah, dans ce genre de « soirée », autant que tu y ailles nue.

Noria fit la grimace.

– Moui, j’y penserai pour la prochaine. Les garçons, occupez-vous intelligemment, d’accord ? En route Sera !

Noria était épuisée ! Avec Sera, elle avait parcouru la ville pour trouver la tenue idéale, enfin si on pouvait vraiment parler de tenue. Sera l’avait convaincue de faire ces achats mais elle doutait sérieusement de l’effet final.

Lorsqu’elles rentrèrent enfin, à la nuit tombée. Elles trouvèrent Seth, seul, attablé à la cuisine.

Noria s’affala, assez peu élégamment à côté de lui et l’embrassa brièvement sur la joue.

– Ouf ! Je suis épuisée ! Si on me demande encore une fois de me déshabiller, je hurle !

Sera s’assit en face d’eux.

– Ça vaut totalement le coup ! Tu vas être canon !

– Si tu le dis… mais il me reste le masque à trouver. Et il faut que je trouve comment cacher le côté droit.

– Tu ne devrais pas le cacher, Da’mi. Si moi je le trouve fascinant, des tas d’Orlésiens en mal d’exotisme seront comme moi.

Sera demanda :

– C’est si terrible que ça ?

Avec un soupir, Noria se résigna à lui montrer et enleva donc son bandeau de cuir. Sera se redressa et la scruta un moment.

– C’est… bizarre !

– Je sais, c’est bien pour ça que je le cache !

– Non je veux dire, c’est pas si terrible, c’est… assez fascinant. Seth a raison, tu devrais le montrer demain soir. Tu peux ne pas le mettre à la maison si tu veux.

– Vous êtes sûrs ?

– Da’mi, fais-moi confiance, je les connais par cœur.

– Bon d’accord. Et toi Seth, tu as trouvé ce que tu voulais ?

– Oui, plus ou moins. Il faudrait qu’on se décide sur nos personnages de demain. Déjà, il nous faut des pseudonymes.

– Facile, je prends Elgara et puis c’est raccord avec ma tenue.

Seth ne pût s’empêcher de la taquiner.

– Je pense que tes parents seraient ravis de savoir que tu utilises le surnom qu’ils te donnent pour des parties fines à Val Royaux.

Noria se tourna vers lui et le menaça du doigt.

– Pas un mot, sinon je te ferai passer un mauvais quart d’heure ! Ils risquent de demander à un, voire à tous mes frères de me ramener au clan !

– Ohh, ce serait tellement dommage…

– Je note, Seth, je note ! Et sinon, Monsieur Langue de Vipère à trouver un pseudonyme ?

– Mmm, j’ai pensé à quelques uns comme Étalon Farouche. Modestement, on peut dire que ça me va comme un gant.

Les filles explosèrent de rire. Elles en avaient les larmes aux yeux.

Sera lui demanda :

– T’es sérieux ?

Légèrement amusé par leur hilarité communicative, Seth enchaîna :

– J’ai aussi pensé à Fougue Ardente ou Dark Archangel. Mais maintenant que je le dis tout haut, le dernier est plutôt difficile à prononcer. 

Noria finit enfin par pouvoir parler.

– Non c’est pas possible ! Seth, je t’adore, mais trouve autre chose. Je ne peux pas débarquer à une soirée au bras de Fougue Ardente !

– Bon alors, ça sera Sahlin.

– Tu avais ça en tête depuis le début, avoue ?

– Evidemment Da’mi, depuis quand je n’ai pas de plan B ?

Noria roula des yeux, exaspérée :

– Evidemment … Bon, je vais me coucher sinon je risque de tomber de fatigue dans un coin sombre demain soir.

Innocemment, Seth lui lança :

– Il faut se reposer la nuit, Da’mi.

– Ahaha, en parlant de ça, je veux DORMIR ce soir. Chacun chez soi !

– Message reçu cinq sur cinq.

Sera intervint en se bouchant les oreilles :

– Lalala, je vous entends pas !

Noria se leva et rejoignit sa chambre. Elle enfila une nouvelle chemise de nuit achetée pendant la journée – bizarrement quelque chose de bien plus féminin – et se glissa entre les draps frais, la tête pleine de questions. Dans quoi s’était-elle encore fourrée ?

Elle eut du mal à s’endormir et entendit, quelques minutes plus tard, la porte de sa chambre s’ouvrir doucement. En souriant, elle entendit le froissement de vêtements et un corps chaud se coller contre le sien. La main de Seth se posa contre sa hanche et un souffle chaud vint chatouiller sa nuque. Oui, elle allait bien dormir cette nuit.

La journée du lendemain était passée à toute vitesse. Seth et Noria avait excessivement bien dormi et la jeune elfe ne fit aucun commentaire le lendemain en se réveillant à ses côtés, comme s’il n’y avait rien de plus naturel au monde.

Noria était allée récupérer un masque pour le soir tandis que Seth était resté à la maison pour essayer de s’habituer à la prothèse que Dagna lui avait fabriquée après son amputation. Elle était magnifique, en bois sculptée, toute articulée et surtout enchantée pour qu’il puisse la bouger comme si c’était son membre. Pourtant, Seth n’arrivait pas à s’y faire. Il avait toujours été plus au moins allergique à la magie et devoir en porter constamment le mettait mal à l’aise. Du coup, il la portait depuis le matin et essayait d’agir naturellement avec. Il espérait qu’au moins ce soir, il arriverait à faire passer son handicap suffisamment inaperçu.

En début de soirée, la tension dans la maison était à son comble. Tout le monde était très nerveux. Seth et Noria ne savait pas trop à quoi s’attendre, mais ils espéraient enfin arrêter le meurtrier.

Seth se prépara pour la soirée. Il enfila un pantalon fluide d’un marron profond et une longue tunique couleur crème brodées sur les manches et le col et ouverte sur son torse finement musclé. Connaissant d’expérience la fascination des Orlésiens pour son peuple, il avait décidé de jouer le côté « Dalatien mystérieux » au maximum. C’est pourquoi il laissa ses pieds nus et ses cheveux lâchés et orna son cou d’un collier épais que portaient les archivistes.

Masque à la main, il était prêt, il n’avait plus qu’à attendre Noria qui se préparait avec Sera. Il ne savait pas trop pourquoi il s’était glissé dans sa chambre cette nuit. Cela avait été comme une pulsion et il ne le regrettait pas un instant. Il avait dormi comme un bébé. C’était assez rare pour le souligner.

Une demi-heure passa et des bruits de conversation et de rire filtraient par la porte de la jeune elfe. Apparemment, elles n’avaient pas fini. Combien de temps avait-elle besoin pour se préparer ? Il se demandait quelle tenue avait choisi la jeune femme. Il avait hâte de voir le résultat.

– Sera, ne sers pas si fort. Si je m’évanouis en m’asseyant, ça va devenir compliqué comme mission !

– Tais-toi et rentre le ventre !

– C’est pas mon ventre le problème, c’est mes fichues hanches.

– Eh ben, arrête les gâteaux ! Et tu as trop de poitrine pour une elfe, bon sang !

– Yeh, personne ne s’en est plaint jusqu’à présent !

Sera gloussa :

– Tu m’étonnes !

Bon, il était temps qu’il intervienne. Il toqua contre la porte.

– Vous avez fini, je peux entrer ?

La voix de Noria lui répondit :

– Oui vas-y, entre.

Seth ne se fit pas prier et ouvrit la porte. Et ce qu’il vit le figea sur place. Noria lui tournait le dos, pendant que Sera nouait les rubans dans son dos. Elle finit le nœud et Noria se retourna doucement, l’air assez mal à l’aise. Et pourtant, elle n’avait pas de quoi, elle était sexy au diable. Elle portait un corset blanc brodé de fil d’or et bordé de fine dentelle dorée. Des rubans dorés ornaient son décolleté. Le corset lui montait la poitrine bien haut, si bien que ses seins bougeaient à chacune de ses respirations et lui faisait une vraie taille de guêpe. En bas, elle portait un bloomer très court doré légèrement bouffant et transparent resserré par des rubans blanc. Ses jambes étaient gainées dans des bas de soie blanc et elle portait des petites bottines dorés qui lui rajoutaient quelques centimètres. Au cou, elle avait une parure serre-cou fait de dentelle et de perles blanche et or qui mettait en valeur sa poitrine. Elle avait, pour une fois, attaché ses cheveux en un chignon bas sur le côté gauche et assez lâche pour que quelques mèches lui encadrent le visage. Son masque en or et tissu blanc était déjà en place et mettait en valeur son regard étrange.

Elle était à couper le souffle, aussi tentante que le péché.

Il ne se rendit même pas compte qu’il l’observait bouche bée depuis quelques minutes. Sera ricana et Noria se triturait les doigts, nerveuse.

– Ça ne ma va pas, hein ? Je vais me changer très vite pour qu’on ne soit pas en retard.

– T’es folle, t’es génial comme ça ! Seth, dis quelque chose, idiot !

Le jeune homme déglutit et revint enfin sur Terre.

– Noria, tu es… à couper le souffle.

La jeune femme lui sourit :

– Vraiment ?

Sera s’éclipsa tout de suite :

– Je sens que ça va devenir mielleux, je me barre ! Rendez-vous dans cinq minutes pour le départ.

Seth s’approcha de Noria. Il lui prit les mains et lui murmura tout en mordillant le lobe de son oreille.

– Tu es trèèès tentante, Da’mi. Compte sur moi pour t’enlever tous ces rubans un peu plus tard… comme un cadeau qu’on déballe…

Noria frissonna. Elle ne se sentait vraiment pas à l’aise dans ces habits. Mais le regard que Seth posait sur elle à cet instant lui redonna confiance. Elle se sentit tout à coup très femme et sûre de sa sensualité. Soudain elle se rendit compte qu’elle tenait ses deux mains.

Elle se recula et aperçut la prothèse.

– Je ne l’ai jamais vu celle-là.

Seth grimaça.

– Oui, je ne l’apprécie pas beaucoup. Trop magique.

– Je vois.

Elle prit alors le temps de l’observer à son tour. Il était magnifique de sobriété et dégageait quelque chose de très animal, très sauvage. Elle adorait. Sa longue tunique, ses cheveux lâchés, son torse mis en valeur par ses vallaslins. Lui aussi était à tomber par terre.

– Tu es superbe, Beau-Gosse. Les participants vont se bousculer pour avoir ton attention ce soir.

– Dommage pour eux, mon attention a déjà été retenue ailleurs.

– Beau parleur !

Noria inspira à fond, très nerveuse tout à coup. Seth lui embrassa les mains et lui dit :

– Courage Da’mi, tout se passera bien, j’y veillerais. Tu t’en sortiras très bien.

Elle lui adressa un petit sourire.

– Bien, allons dans la fosse aux lions !

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