Chapitre 20 – Révélations décisives

Seren, n’arrivait pas à y croire. Pourtant l’évidence se trouvait sous ses yeux. Darius et son père se ressemblaient beaucoup : même silhouette, même menton et surtout des yeux quasiment identiques. Elle n’avait jamais fait sa connaissance mais savait par les on-dit et les racontars des elfes que c’était un homme orgueilleux et un maître dur et exigeant. Mais elle savait aussi qu’il souffrait d’une maladie étrange qui l’avait rendu grabataire. Or, l’homme qui se trouvait en face d’elle semblait tout sauf malade. Il respirait la puissance et la santé. Elle jeta un coup d’œil vers son ami Ray, prête à le fusiller du regard mais l’air coupable sur son visage l’en dissuada. Elle savait que les Magisters ne jouaient pas au même niveau que les honnêtes gens. La grande force de Rayburn avait toujours été de savoir faire passer sa survie avant tout.

Instinctivement, Seren se plaça devant Rain, en position de défense, et demanda d’une voix aussi acérée que ses lames :

– Que faites-vous là ? Et que nous voulez-vous ?

Calmement, Magnus sourit et tendit une main vers les banquettes.

– Et si nous nous installions pour discuter plus tranquillement ?

Rain, même s’il ne saisissait pas tout, sentait la tension dans la pièce et comprenait que cet homme pouvait représenter un potentiel danger. Il avait cru comprendre que le père de Darius était alité. Il avait d’ailleurs trouvé étrange que Darius ne lui demande pas d’aller voir l’état de son père. Il intervint alors :

– Pourquoi devrions-nous vous faire confiance ?

Le visage du Magister se fit plus dur :

– Parce que vous n’avez pas le choix. Maintenant asseyez-vous ! Si j’avais voulu vous tuer je n’aurais pas toqué à la porte pour entrer…D’ailleurs je dois vous féliciter pour votre sens de la « survie », si je puis dire. J’ai mis plus d’une nuit à vous trouver.

Seren et Rain échangèrent un long regard puis subrepticement le jeune homme hocha la tête. Seren se fiait à son jugement. S’il pensait que cela valait le coup d’écouter ce que cet homme avait à leur dire, alors elle ne tenterait rien contre lui. Elle rengaina donc ses saïs et se dirigea vers la banquette ou elle s’assit, suivie de près par Rain qui se plaça à ses côtés. Magnus, satisfait, se réinstalla confortablement et prit tout son temps pour supprimer les poussières imaginaires de sa manche. Seren trépignait mais ne lui fit pas le plaisir de lui poser des questions.

Finalement Magnus prit la parole :

– Vous avez sans doute entendu dire que j’étais malade, voire sur le point de rendre l’âme ? Eh bien, c’était le cas jusqu’à il y a quelques mois. Il se trouve que j’ai découvert que mon fils m’empoisonnait régulièrement. Pas assez pour me tuer évidemment mais suffisamment pour me rendre inapte à exercer mes fonctions de chef de famille.

Seren n’en revenait pas. Elle avait du mal à concevoir qu’un homme puisse en venir à empoisonner son propre père ! Elle savait les Magister pleins d’ambition, mais elle pensait Darius différent. Comment avait-elle pu être aussi aveugle pendant toutes ses années ? Comment n’avait-elle pas vu ce qui se tramait ? Rain, plus terre à terre, haussa un sourcil et demanda :

– En admettant que ce que vous dites est vrai, comment avez-vous fait pour vous sortir de cette situation ?

– Eh bien, je dois ma liberté retrouvée à un esclave peu minutieux. Darius lui demandait de me donner ma petite dose de poison. Heureusement pour moi, il en a oublié quelques-unes. Juste ce qu’il me fallait pour reprendre conscience et comprendre ce qui m’arrivait. J’ai fini par réaliser que la visite de cet esclave coïncidait étrangement avec une rechute de mon état de santé. Alors que lorsque je m’abstenais de toucher à ce qu’il apportait, j’aillais subitement beaucoup mieux. Après, la suite a été facile. Il a suffi d’interroger cet imbécile d’elfe, qui après une menace ou deux, s’est empressé de tout divulguer. Cela fait trois mois maintenant.

Il avait raconté cela comme s’il n’en était pas la victime, d’une voix égale et calme. Cela surprit Seren qui ne put s’empêcher de lui demander.

– Je me trompe ou vous ne semblez même pas être en colère contre Darius ?

Magnus ricana.

– Oh, bien sûr que je lui en veux ! Mais mon fils est maintenant un puissant Magister, qui a su prendre sa vie en main. Et pour cela, je suis extrêmement fier de lui.

Dégoutée, Seren fit une légère grimace. Comment pouvait-on être fier de votre presque meurtrier ? Tout cela la dépassait largement. Elle regarda Rain qui semblait étonnement concentré. Il fronçait légèrement les sourcils et regardait intensément Magnus. Elle sentit soudain la magie de Rain irradier littéralement de son corps. Il serra les dents pour contrôler ce flot de magie et demanda d’une voix pleine de colère :

– C’était vous, n’est-ce pas ?

Nullement inquiété, Magnus haussa un sourcil interrogatif et innocemment demanda :

– Vous devriez faire attention à votre magie, jeune homme. Et vous pourriez être plus précis ? C’est moi qui quoi ?

Rain se leva, poings serrés contre son flanc.

– Laissez-moi m’exprimer plus clairement, alors. C’est vous qui avez tenté d’assassiner Seren ! Vous vouliez saper la puissance de votre fils et reprendre votre place.

La jeune femme se leva à son tour et reprit ses saïs en main.

Le Magister sourit.

– Allons calmez-vous et rasseyez-vous ! Oui, c’était moi. Et je veux toujours retrouver ma place. Mon fils a assez profité de mon statut et de ma richesse. Je pensais qu’en tuant sa précieuse championne, il perdrait un peu de sa superbe et surtout, de ses alliés.

Seren réfléchit quelques instants. Jamais elle n’avait pensé sérieusement être la cible du premier tueur ! Et puis avec tout ce qu’Emilia lui avait fait subir depuis…Soudain, cela la frappa. Dans un murmure, elle se mit à réfléchir à voix haute.

– Je me suis toujours demandée pourquoi Emilia m’en voulait subitement plus qu’à l’accoutumé. Avant, elle se contentait de m’ignorer. Mais depuis quelques temps, on dirait dit qu’elle faisait tout pour… pour me supprimer. Faiseurs ! Vous en avez fait une alliée, n’est-ce pas ? Que lui avez-vous promis ?

– La mariage tout simplement, très chère ! Si j’avais réussi à vous tuer, certain des alliés de Darius lui auraient tourné le dos et puis j’aurais trouvé d’autres choses encore pour le miner. Il aurait perdu son pouvoir, petit à petit. J’aurais alors fait mon grand retour, prétextant que ma maladie n’était plus qu’un mauvais souvenir. J’aurais repris ma place et épousé Emilia. Mais vous êtes plus coriace que prévue, ma foi !

Seren vit soudain rouge.

– Tia ! C’est à cause de vous que Tia est morte !

Elle voulut se jeter sur lui, lui faire payer cette mort totalement inutile. Mais ses membres ne lui répondaient plus. Elle était comme paralysée. Par contre, sa nuque et sa tête lui répondait encore et lorsqu’elle la tourna vers Rain, elle constata que lui aussi restait immobile. Il sembla lutter un instant, puis réussit à se défaire de l’emprise du Magister. Il envoya un sort contre lui, qui se matérialisa par un énorme poing de pierre. Celui-ci le frappa à la poitrine, le faisant perdre sa concentration.

Etonnamment, c’est Rayburn qui intervint pour éviter un vrai massacre chez lui. Il se posta devant Magnus pour le protéger des futurs assauts de Seren et Rain.

– Hey ! Arrêtez un peu ! Seren, si j’ai mené cet homme jusqu’à toi c’est parce que je crois que l’offre qu’il a à te faire pourrait fortement t’intéresser. Je sais que j’ai pas assuré, mais fais-moi confiance et écoute-le jusqu’au bout !

Les mâchoires serrées pour maitriser la colère qui menaçait de la submerger, Seren dévisagea son ami et hurla presque.

– Il a tué Tia !

Magnus toussa un peu et essaya de reprendre sa respiration. La voix cassée, il tenta de s’expliquer.

– Ecoutez, je suis désolé pour la petite. Je ne voulais pas cela. Je ne pouvais pas savoir qu’elle mangerait le gâteau qui vous était destiné ! C’est un regrettable accident. Jamais je n’ai donné l’ordre de la tuer. Mais votre ami Rayburn dit vrai, j’ai bel et bien un marché à vous proposer, un très bon marché.

Encore une fois, Seren chercha le regard de Rain, quêtant son soutien et son avis. Au fond d’elle, elle savait qu’elle ne pourrait jamais faire confiance à ce serpent en face d’elle, pas après avoir tué l’être le plus innocent, le plus pur, le plus gentil qu’elle est jamais rencontré. Mais d’un autre côté, elle était intriguée. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui vouloir ? Quel était le marché qu’il avait en tête ? Il semblait si sûr de lui, si sûr qu’elle allait accepter. Elle croisa le regard de Rain et elle sut d’instinct qu’il se posait sans nul doute les mêmes questions qu’elle mais il haussa légèrement les épaules, l’air de dire que c’était à elle de prendre cette décision.

Elle décida alors de continuer à écouter cet homme. Parce que le tuer ne ramènerait pas Tia. Elle se rassied donc et posa ses saïs à plat, juste à côté d’elle.

Rain ne s’était même pas rendu compte à quel point lui-même était crispé. Sa magie bouillonnait. Il avait rarement atteint ce niveau de colère et de perte de sang-froid. Mais face à ce Magister pédant, tueur d’enfant et qui était prêt à tout pour supprimer la femme qu’il aimait, il sentait qu’il n’était plus maître de ses émotions. Presque tous ses muscles lui faisaient mal. Alors, lorsqu’il vit Seren s’asseoir à nouveau, il essaya de les forcer à se détendre et lui aussi reprit place aux côtés de la jeune femme, sur la banquette, attentif au moindre mouvement de Magnus. Seren reprit la parole :

– Bien, j’accepte de vous écouter. Que me voulez-vous et que me proposez-vous en échange ?

Magnus se recoiffa et se réinstalla confortablement dans son fauteuil.

– Oh, droit au but, n’est-ce pas ? J’aime votre efficacité, Championne. Je suis sûr que nous allons pouvoir trouver un terrain d’entente. Ce que je veux de vous ? C’est simple. Je souhaite que vous m’aidiez à neutraliser mon fils. Mon plan A ayant échoué, il me faut passer à un autre. Il m’a fallu improviser et votre petite fuite avec votre amant me donne une opportunité en or de reprendre les rênes bien plus tôt. J’avoue en avoir assez d’attendre. Je veux reprendre ma place. Mais attention, je ne veux pas qu’il arrive quoi que ce soit à mon fils. C’est à moi de le punir et à personne d’autres.

Seren haussa un sourcil :

– Et pourquoi avez-vous besoin de moi pour cela ? Vous êtes assez puissant pour maîtriser votre fils seul, non ?

– De cela, il n’en est pas question ! Je ne veux pas qu’on raconte partout que mon fils et moi nous battons comme de vulgaires chiffonniers. Par contre une révolte d’esclaves est plus que probable et envisageable ! Toute la ville sait que vous êtes en fuite ! Personne ne posera de question si l’on apprend que la maison de mon fils s’est faite attaquer par l’ancienne championne, revenue se venger. C’est même extrêmement romanesque. Les gens vont adorer !

– Vous nous en voyez ravis, ironisa Rain.

Les iris argentés de Magnus lui lancèrent un regard froid qui aurait cloué sur place n’importe qui, mais Rain n’en n’avait que faire et lui décocha un sourire tout aussi glacial.

– Bref ! J’ai besoin de vous, la meilleure guerrière de cette ville et pourquoi pas, de l’aide de votre mage. Vous pénétrez dans la demeure, vous neutralisez Darius, je m’occupe du reste.

Seren en vint finalement à la partie qui l’intéressait vraiment :

– Et qu’obtiendrons-nous en échange ?

Les deux coudes en appui sur les accoudoirs du fauteuil, Magnus joignit les mains et sourit, prolongeant le suspense avant de finalement lâcher :

– Ta liberté Seren, et la possibilité de fuir où bon te semble, sans être inquiétée, sans être jamais pourchassée.

La jeune elfe n’arrivait pas à y croire, la bouche ouverte et les yeux agrandis par la surprise. C’était tout ce qu’elle avait jamais désiré. Et cet homme se proposait de la lui donner sur un plateau. Sa liberté ! Elle ne serait plus esclave, aurait une vie nouvelle. Elle ne fuirait pas la ville, elle la quitterait tout simplement, comme n’importe quelle habitante de Minrathie. Mais, elle n’en oubliait pas pour autant que Rain serait toujours un fugitif. Rester à ses côtés signifiait vivre cachés, craindre à tout instant qu’il ne soit découvert et elle y était prête. Elle ne laisserait pas se reproduire ce qu’il s’était passé la veille. Jamais ! Devenir libre serait une chose merveilleuse, mais elle avait trouvé aujourd’hui quelque chose de bien plus précieux.

Et puis, en y réfléchissant bien, malgré tout ce que Darius lui avait fait, elle se rendit soudain compte qu’elle ne lui en voulait même plus. Pas assez en tout cas pour peut-être devoir blesser ou tuer des gens qu’elle connaissait depuis des années.

– Je ne sais pas Magnus, je …

– Oh, Madame est gourmande ? Très bien je rajoute une jolie somme en prime. Après tout, je pense que mon fils te les doit bien.

Seren leva une main pour l’interrompre.

– Non Magnus, vous ne comprenez pas. Je ne passerais pas de marché avec vous. Je me fiche de ce que deviendra Darius et de votre querelle familiale. Rain et moi avons d’autres plans.

Le Magister sembla véritablement surpris, si bien qu’il en perdit pendant quelques secondes sa superbe et sa langue.

– Tu ne… tu ne veux pas ?! Créateur ! Comment peux-tu lui pardonner aussi facilement après tout ce qu’il t’a fait subir ?

Seren haussa négligemment les épaules.

– Oui, il a fait de moi ce que je suis et il m’a fait risquer ma vie à chaque combat dans l’arène. Mais après tout, j’aurais pu finir bien pire. Et si Darius ne m’avait pas achetée à l’époque, j’aurais sans nul doute fini comme tant d’autres. Vidée de mon sang par mon ancien maître, ou utilisée comme vulgaire objet sexuel. Au lieu de cela, je sais me défendre, j’ai eu une chambre à moi et je suis toujours en vie. Donc oui, je sais aussi ce que je dois à votre fils.

A ces mots, Magnus retrouva le sourire.

– Alors tu ne sais pas, n’est-ce pas ?

La jeune femme était de plus en plus agacée par cette conversation et par l’attitude de l’humain en face d’elle. Sa voix trahit cet agacement lorsqu’elle lâcha :

– Quoi ? Qu’est-ce que je ne sais pas ? Faites-moi donc part de vos connaissances !

– Oh, mais je vais le faire ! Sache simplement que tout à commencer à cause de mon fils…

Seren fronça les sourcils.

– Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.

– Je veux dire, ma chère, que c’est de sa faute si votre clan a été attaqué. J’étais déjà mal à l’époque, donc c’est Darius qui tenait les rênes de la Maison. A l’époque, il était à la recherche d’esclaves à tout va, pensant qu’ils refléteraient sa puissance. Et puis, je le soupçonnais de vouloir également trouver un combattant assez talentueux pour résister dans les arènes. Il en était déjà très friand. Il a donc engagé une bande de mercenaires. Des gens assez répugnants si vous voulez mon avis… Ils tuaient pour le plaisir, violentaient les femmes, bref vous voyez le tableau, je suppose. Ils ont découverts ton clan, Seren, et comme tu le sais, ils l’ont détruit et ont finalement fait peu de prisonniers. Dont toi. Mais, le chef des mercenaires ne lui a pas livré ses prisonniers. Il voulait plus d’argent voyez-vous et mon fils n’a pas cédé. C’est pourquoi tu t’es retrouvée sur un marché aux esclaves.

Un maelstrom d’émotions traversa la jeune elfe et instinctivement elle chercha la main de Rain, qu’elle serra fortement dans la sienne. La colère, la haine firent flamboyer ses yeux et elle dut prendre sur elle pour ne pas se laisser emporter par la rage. Rain le sentit et lui insuffla tout le calme et le courage qu’il possédait encore.

– Darius a… a tué ma famille, mon clan ?

– En tout cas, il y a largement contribué.

Seren ne put se contenir plus longtemps, elle se leva d’un coup et se dirigea vers un mur qu’elle frappa en hurlant de toutes ses forces. Le bois épais résista au premier coup mais pas au deuxième. Une marque d’impact très nette s’y incrusta. Son poing pulsait et saignait mais elle ne le sentait pas. De même qu’elle ne sentit pas l’aura qui se dégagea d’elle et qui alourdit la pièce d’un cran. Voulant montrer que la démonstration de Seren ne lui faisait aucunement peur, Magnus feignit la décontraction :

– Je suppose que vous trouvez subitement ma proposition alléchante, n’est-ce pas ?

La tête de la jeune elfe pivota vers lui et son regard rubis glaça le sang du Magister qui se trouva cloué sur son siège. Il savait qu’elle allait se jeter sur lui d’un instant à l’autre mais la peur l’empêcha de faire le moindre mouvement.

Rain avait bien senti que la situation allait très vite déraper. Il se précipita donc vers Seren et lui passa le bras autour de la taille, pour la retenir autant que pour essayer de la calmer et stoppa son poing qui allait continuer à marteler le pauvre mur de bois. Il ordonna ensuite aux deux hommes :

– Dehors. Tout de suite.

Le Magister, qui n’aimait pas plus que cela qu’on lui donne des ordres, essaya de protester :

– Mais je …

Rain fut donc obligé de clarifier la situation d’une voix sèche et glaciale.

– Si vous ne sortez pas à l’instant, je doute de pouvoir retenir Seren de vous tuer. Je doute même d’avoir envie d’essayer. Alors si vous avez le moindre instant de survie, je vous demande me laisser seul avec elle.

Après quelques de réflexions, Magnus se leva enfin et quitta la pièce, suivit de Rayburn qui ferma doucement la porte derrière lui.

Rain sentit le corps de la jeune femme extrêmement crispé contre le sien. Elle bandait ses muscles pour essayer d’échapper à son étreinte. Pourtant il sentait qu’elle était toujours elle-même, juste une version plus enragée d’elle, mais au moins il n’aurait pas à la ramener à elle.

– Seren, je sais ce que tu ressens, mais tu ne peux pas laisser la rage guider tes choix.

– Il a… c’est de SA faute ! J’aurais pu continuer à vivre une vie normale. Ma sœur aurait…

– Chuuut je sais.

Il la serra plus fort dans ses bras, l’obligea à se tourner vers lui et à lever les yeux. Il caressa doucement sa joue à un rythme régulier.

Les yeux de la jeune femme, bien que toujours rouges, étaient voilés par des larmes contenues.

– Je veux lui faire mal ! Je veux qu’il souffre autant que je souffre !

– Seren, calme-toi.

Ils restèrent enlacés quelques minutes, dans le silence, la tête de Seren enfouie dans le cou de Rain. Elle prenait de grande inspiration pour faire passer son état de colère extrême. Et quand elle releva enfin la tête, elle se sentait plus maîtresse d’elle-même. Elle ne cessera jamais de s’étonner de l’effet que Rain avait sur elle.

– Je dois y aller, Alexei. Je veux voir l’expression sur son visage lorsque je lui annoncerai que je suis au courant. Je veux qu’il s’excuse.

Rain soupira. Cette idée ne lui plaisait guère mais il savait déjà qu’il la suivrait malgré tout.

– D’accord, nous irons. Il s’agit de ta liberté après tout.

Les yeux de Seren brillèrent soudain d’une lueur calculatrice.

– Oh, mais je ne compte pas m’arrêter à cela !

Surpris, le jeune homme lui sourit, mais préféra lui préciser.

– Tu es bien consciente que nous ne pourrons pas forcément éviter les dégâts collatéraux ?

– Je sais, nous ferons le maximum. Mais j’en ai assez que les responsables s’en sortent alors que les innocents doivent fuir. Il doit payer !

Rain déposa un baiser sur son front.

– Alors allons chercher ces messieurs !

Seren se réinstalla sur la banquette, pendant que Rain alla ouvrir. Une fois tout le monde à nouveau installés, Seren laissa s’installer un long silence tendu. Elle observa avec plaisir la crispation des doigts du Magister sur les accoudoirs du fauteuil. Il était encore tendu, tant mieux.

Elle lui sourit et lui annonça :

– J’aimerais revoir votre marché.

Magnus reprit ses esprits à la notion de négociation. Il se pencha légèrement en avant et demanda :

– Comment cela ?

Seren, soudain très décontractée et se sentant pleinement maîtresse de la situation, croisa les jambes et s’adossa confortablement.

– J’accepte de vous aider à reconquérir votre place. En échange vous me donnez cinquante mille pièces d’or et je consentirai à ne pas tuer Darius. Oh et sans parler de ma liberté, bien sûr ! Vous vous assurerez que nous puissions prendre le bateau sans encombre et accompagnés de ma sœur.

Magnus éclata de rire :

– Vous ne manquez pas d’air, jeune demoiselle ! Trente mille pièces d’or et j’accepte le reste.

– Quarante-cinq mille.

– Trente-cinq mille.

– Quarante mille ou je refuse ce marché sans promettre pour autant de ne pas aller rendre une petite visite amicale à votre fils.

La main caressant son menton, Magnus réfléchit et finit par lui tendre la main.

– Marché conclu pour quarante mille pièces d’or, votre retraite, ta liberté.

– Et ma sœur !

– Et ta sœur, bien sûr.

Après quelques secondes d’hésitation, Seren finit par accepter la main tendue.

Elle ne savait pas trop quel genre de pacte elle avait accepté, mais elle comptait bien prendre sa revanche sur cette famille qui lui avait trop pris en ne lui rendant que des miettes de sa vie.

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