Chapitre 18 – D’enchaînée à déchaînée

Cela faisait maintenant quelques minutes que Seren luttait vainement contre les menottes qui lui enserraient les poignets. Elle ne réussit à rien, mis à part s’égratigner la peau et à saigner. Elle hurla sa rage, sa peine, mais personne ne vint.

Seuls les deux soldats qui gardaient sa porte lui répondirent et lui demandèrent de stopper ses hurlements. C’était fini. Elle ne pouvait plus rien faire. Rain allait être apaisé, allait oublier qui il était vraiment, et pour lui, elle ne serait plus rien d’autre qu’un vague souvenir. Alors elle s’effondra complètement. Des sanglots déchirèrent sa gorge et la secouèrent entièrement. Elle savait bien que cela ne servait à rien mais elle se sentait tellement impuissante. Elle essaya d’appeler son sang de Berserker mais cela non plus ne fonctionna pas, elle se sentait trop misérable.
Elle n’y arriverait plus. Comment continuer à vivre quand elle savait qu’elle était la cause de ce désastre ? Elle venait de détruire ce qu’elle avait de plus précieux dans sa vie. Elle ne faisait que détruire tout ce qu’elle touchait : son clan, Elora, Tia et maintenant, Rain. Non, non elle ne pouvait pas laisser faire ça. Elle en avait assez, plus qu’assez d’être sans cesse spectatrice de la perte de ceux qu’elle aimait.

Alors lorsqu’elle entendit du bruit derrière la lourde porte de sa cellule, elle recommença à s’activer sur ses chaines. Elle grogna d’exaspération devant la solidité du métal. Les soldats devant sa porte était manifestement en train de manger et l’un d’eux rota bruyamment. Elle devait réussir à s’échapper, elle ne laissera pas Rain tomber. Depuis qu’il était entré dans sa vie, il avait toujours été là pour elle. C’était maintenant à son tour de lui montrer qu’elle serait toujours là pour lui, quoi qu’il advienne.

Elle sentit ses forces lui revenir et tira sur les chaines qui reliaient ses menottes au mur. Lorsqu’elle sentit l’accroche bouger, elle redoubla d’ardeur. Elle devait se dépêcher, le temps était compté et le bruit qu’elle faisait allait forcément attirer les soldats, une fois qu’ils ne seront plus distraits par la nourriture. D’ailleurs elle était étonnée qu’ils n’entendent rien. Elle s’arrêta quelques secondes et tendit l’oreille. Rien, pas un bruit. Voilà qui eut le don de stopper ses tentatives d’évasion. Elle entendit un cliquetis de clés. L’une d’elle fut insérer dans la serrure de sa porte de cellule et subitement un flot de lumière pénétra dans la pièce. Seren détourna vivement les yeux puis, doucement, fit face à la personne qui venait d’entrer avec une torche. Lorsqu’elle la reconnut, elle écarquilla les yeux :

– Marva ?

La vieille elfe semblait peu sûre d’elle et regardait en tous sens comme si elle craignait à tout instant que quelqu’un ne sorte de l’ombre pour l’arrêter et la punir. Seren essaya, à nouveau, d’attirer son attention.

– Marva, qu’est-ce que tu … ?

Subitement, la cuisinière sembla reprendre ses esprits et son fort caractère reprit le dessus sur sa peur.

– Nous n’avons pas le temps pour ça, Dahlen. La drogue que j’ai mise dans leur repas ne sera pas éternelle ! Nous devons te sortir de là.
Elle se déplaça rapidement vers Seren et, grâce aux clés récupérées sur les soldats endormis, elle délivra rapidement la jeune elfe.

Aussitôt libérée, Seren frotta ses poignets douloureux et demanda tout de même :

– Mais pourquoi, Marva ? Pourquoi risquer ta vie pour moi ?

La vieille elfe lui prit alors les mains et la regarda dans les yeux.

– Je te connais depuis que tu es arrivée ici, il y a dix ans de cela. Je connais tous les esclaves de cette maison, d’ailleurs. J’ai parfois l’impression d’être votre grand-mère à tous.

Elle soupira puis reprit.

– J’ai été profondément choquée parce que t’as fait subir Maître Darius, il n’a pourtant jamais été violent avec nous. Mais il a toujours eu un comportement étrange vis-à-vis de toi. Je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit. Alors tu ferais mieux de t’enfuir, Dahlen, je sais que cela risque d’être compliqué mais tu dois au moins essayer.

– Non, protesta la jeune elfe, je ne peux pas m’enfuir Marva… pas sans Rain.

– Ce n’est qu’un Shem, Seren.

– Oui peut-être mais il est mon Shemlen et je ne laisserai personne lui faire du mal. Je dois y aller.

– Tu as peut-être une heure avant que les soldats ne se réveillent.

Darius est de sorti, fais en sorte de ne pas de faire voir et tout devrait bien se passer.

Seren prit l’elfe par les épaules.

– Sais-tu où ils ont emmené Rain, Marva ?

La cuisinière répondit, mais avec une légère hésitation, qui mit tout de suite la puce à l’oreille de Seren.

– Non, bien sûr que non. Je suis dans ma cuisine toute la journée, comment veux-tu que je saches une chose pareille. Tu devrais renoncer à ton plan et sauver ta vie.

Seren la regarda droit dans les yeux.

– Marva je t’en prie, si tu sais quelque chose dis le moi. Je remuerai toute la ville pour le retrouver mais, avec ton aide, j’y arriverai bien plus vite et plus discrètement.

La vieille elfe fouilla son regard et souffla :

– Il n’y a rien que je ne puisse te dire pour te faire changer d’avis, n’est-ce pas ?… Faiseurs, tu es amoureuse !

Seren hocha simplement la tête, refusant toujours de dire à voix haute ce que seul Rain avait le droit d’entendre. Comme résignée,

Marva, baissa la tête et avoua :

– J’ai cru comprendra que les Templiers parlaient d’emmener leur prisonnier à la Chantrie. C’est tout ce que je sais, je t’assure.

Aussitôt Seren la prit dans ses bras.

– Merci, merci pour tout. J’espère que tu n’auras pas d’ennui à cause de moi.

Marva lui rendit son étreinte.

– Bah, une vieille femme comme moi ne craint plus grand-chose. Sois prudente Dahlen et sois heureuse.

– Je vais essayer.

Après un dernier adieu, Seren se précipita vers le rez-de-chaussée.

Evitant tous les esclaves sur son chemin, elle parvint jusqu’à sa chambre. Rapidement elle prit ses saïs, se para d’une cape sombre et sortit. Après une hésitation, elle passa également dans la chambre de Rain et s’arrêta une seconde. L’odeur du mage imprégnait littéralement la pièce. Elle ne s’en était jamais rendu compte avant. Faiseurs, elle devait le sauver, elle n’était pas sûre que son cœur puisse résister à sa perte. Et elle devait donc se ressaisir. Elle scanna la pièce et trouva ce qu’elle était venue chercher. Elle empocha la bourse d’or qu’il avait dû recevoir les jours précédents et s’empara de sa lance. Elle savait qu’il y tenait et surtout qu’il en aurait besoin.

Seren se faufila ensuite dans les couloirs, elle ne rencontra, heureusement, qu’un seul elfe. Celui-ci sursauta en la voyant. Elle posa un doigt contre ses lèvres. Il fronça d’abord les sourcils mais finit par hocher la tête et par continuer son chemin sans plus lui prêter attention. Avec soulagement, elle sortit enfin de la maison par la porte arrière. Elle ne savait pas combien de temps il lui restait, mais elle savait qu’il n’était pas son allié et qu’elle n’en avait certainement plus beaucoup. Heureusement elle connaissait suffisamment la ville pour savoir exactement où elle devait aller. La ville abritait la Chantrie Impériale, le bâtiment le plus haut de la ville juste à côté de la Tour d’Argent où vivait le Divin, la personne la plus respectée et le rang le plus élevé de la Chantrie Impériale. Mais ce n’était pas vers celle-là que Seren dirigeait ses pas. Elle supposa que les Templiers avaient préféré l’emmener dans la Chantrie plus petite, construite plus récemment. Celle-ci se trouvait plus au nord à l’écart de l’agitation du centre. C’était donc un lieu plus propice à un rituel infamant et destructeur.

Elle passa par les petites rues qu’elle connaissait, à la fois pour ne pas se faire remarquer mais aussi pour aller plus vite. Enfin elle arriva en vue de la bâtisse, plutôt modeste. La Chantrie était en pierre claire, haute de plusieurs mètres. En temps normal, elle n’aurait pas eu trop de mal à y entrer. Les frères laissaient entrer tous les fidèles désireux de se rapprocher du Créateur.

Malheureusement, Seren et ses armes passaient assez peu inaperçu. De plus, elle remarqua que la grande porte était, pour une fois, fermée. Les Templiers ne voulaient certainement pas être interrompus. Si son calcul était exact, il ne lui restait plus qu’une dizaine de minutes avant le commencement de l’apaisement de Rain. La lance toujours en main, elle longea les murs de la Chantrie, essayant de trouver une entrée de service. Heureusement, elle vit l’un des frères ouvrir une petite porte dans un angle du bâtiment, sombre et à l’abri des regards. Rapidement elle se faufila à sa suite, pour se retrouver dans un couloir sombre. Elle entendit néanmoins des voix, provenant d’une porte toute proche. Deux frères, dont celui qui venait d’arriver, discutaient tranquillement.

– Alors qu’est-ce que j’ai manqué ? Les Templiers ont déjà commencé ? J’aurais tellement adoré voir ça de mes propres yeux !

Vu son enthousiasme et sa voix haut perché, il s’agissait certainement d’un très jeune frère. Son compagnon, manifestement plus âgé lui répondit :

– Aurelian, calme-toi. Tu sais bien que les Templiers aiment garder leurs secrets, surtout ceux de Férelden. Et oui, il me semble qu’ils ont commencé le rituel il y a quelque instant. Ils ont expressément demandé à ne pas être dérangés. Ils ont même postés deux gardes devant la porte pour s’en assurer.

Il ricana puis reprit.

– Le mage ne doit plus être très frais maintenant ! Pourtant il avait l’air puissant, il a donné bien du fil à retordre aux guerriers, ils faisaient moins les fiers tout à l’heure ! Il a failli s’échapper !

– Pff et je n’étais même pas là …

– Oui, c’était quelque chose. Je ne sais pas comment il a fait, mais il a réussi à les tenir en respect pendant un moment, usant de sa magie malgré les pouvoirs des Templiers. Ca les a rendus vert de rage ! Mais d’après les cris que j’ai entendus à l’instant, le mage doit maintenant ressembler à un légume.

Seren n’entendit même pas la suite, elle était arrivée trop tard. Ils lui avaient enlevé l’homme qu’elle aimait, retiré toute sa personnalité, ses émotions. Inconsciemment, elle prit appui contre le mur et avança mécaniquement, s’éloignant du babillage des deux frères. Son cœur battait la chamade, ses oreilles bourdonnaient et ses mains tremblaient. Un tourbillon d’émotions l’envahit. Une peine immense s’empara de son cœur et elle se sentit vide, déconnectée de la réalité. Puis, la peine laissa la place à une rage colossale qui lui fit subitement bouillir le sang. Elle resserra les doigts autour de la lance de Rain. Sa vision se brouilla, mais pour une fois, elle accueillit son pouvoir avec reconnaissance. Elle voulait leur faire payer, à tous. Même si elle devait mourir pour cela, aucun Templier ne sortirait d’ici vivant.

Ce fut la dernière pensée cohérente de la jeune elfe avant de sombrer et de laisser la place à Némésis, la Berserker.

Rain n’en pouvait plus. Il avait utilisé ses dernières forces quelques minutes auparavant et avait même failli réussir à s’échapper. Il avait saisi sa chance lorsque les Templiers s’étaient séparés pour la préparation du rituel. Il n’en restait plus que six avec lui, alors il avait utilisé ses anciennes capacités de templiers pour contrer la pression qu’il subissait et qui annihilait totalement ses capacités de mages. Subitement il avait à nouveau ressenti le flot de magie parcourir ses veines et en avait immédiatement profité. Heureusement, ces Templiers ne le connaissaient pas et n’avait aucune idée de ses capacités hors normes, il avait donc, en plus bénéficié de l’effet de surprise. Il avait lancé un puissant sort de glace qui avait paralysé tous les guerriers pendant de longues minutes. Malheureusement cet effort lui avait coûté toute son énergie. Il avait à peine réussi à se trainer à l’extérieur de la pièce, faire quelques mètres dans le couloir avant de se faire stopper par le reste des Templiers.

Ils l’avaient à nouveau maitrisé, lui avaient solidement attaché les mains dans le dos et le surveillaient constamment, ayant manifestement peur qu’il leur file entre les doigts. Comme s’il avait encore pu jeter le moindre sort ! Si la situation n’était pas aussi critique, il aurait ri. Mais la tête lui tournait, et un larsen constant avait envahi ses oreilles, ne lui laissant aucun répit.

Lorsque tout fut prêt, le chef des Templiers commença le rituel et, résigné, Rain baissa la tête. Le guerrier la lui releva et posa sa main à plat contre son front. Il psalmodia quelques mots dans une langue qu’il ne reconnut pas.

Le jeune homme essaya de se rappeler des moments agréables de sa vie. Son enfance avec sa sœur, leurs jeux dans la neige, la fierté de son père lorsqu’il avait commencé son apprentissage de Templier, la découverte de sa magie, son apprentissage et enfin sa rencontre avec Seren, leur premier baiser, leur première étreinte, les discussions qu’ils échangeaient jusque tard dans la nuit. Créateur, comme tout cela allait lui manquer. Enfin non, c’était cela le plus terrible, il ne se souviendrait certainement pas de tous ces sentiments. Il aurait tellement voulu revoir sa famille, sa sœur et sa mère surtout, pour les serrer une dernière fois dans ses bras et leur dire à quel point il tenait à elles. Et Seren, qu’allait-elle devenir ? Darius allait-il la torturer, la remettre dans l’arène pour l’y laisser mourir ? Il aurait voulu regretter tout ce qui s’était passé contre eux. Mais il n’y arrivait pas, même aujourd’hui, alors qu’il savait que cette relation qui s’était tissée entre eux allait les conduire tous les deux à leur perte. Il n’avait même pas pu lui dire quoi que ce soit avant que les Templiers ne l’emmènent. Mais après tout, qu’aurait-il pu lui dire ? Qu’il était désolé ? Qu’il aurait tellement voulu qu’ils réussissent à s’échapper tous les deux ? Cela ne faisait que quelques mois qu’il la connaissait mais il savait qu’elle avait pris une place importante dans sa vie et dans son cœur. Il voulait la … Subitement une douleur immense le parcourut et il hurla. Cela n’était ni physique ni mental, c’était comme si on essayait de trancher quelque chose en lui, quelque chose d’essentiel. C’était pire que tout ce qu’il avait ressenti dans sa vie, comme si on lui sciait un membre. Tout son être n’était plus que douleur extrême.

De ce fait, il n’entendit pas les coups sourds contre la lourde porte de bois, qui résonnèrent dans toute la pièce. Le chef des Templiers, distrait, stoppa le rituel, et Rain put, à nouveau respirer et reprendre un peu ses esprits.

Il se tourna vers la porte, qui tremblait sous les coups de butoir de la personne ou de la chose qui essayait de rentrer. Les Templiers se regardaient les uns les autres, perplexes. Finalement le chef demanda :

– Mais enfin, que ce qu’il se pass…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Les portes s’ouvrirent brusquement, et aussitôt, l’atmosphère s’alourdit sensiblement. Rain la ressentit presque physiquement, qui lui pesait sur les épaules, et il sut immédiatement qui venait d’entrer. Mais comment Seren pouvait-elle se trouver là ? L’aura de la jeune femme était si puissante qu’il avait presque du mal à la regarder. Il remarqua que les Templiers avaient instinctivement fait un pas en arrière et il les comprenait. S’il ne la connaissait pas, il aurait presque pu prendre peur, lui aussi. L’air autour d’elle crépitait, elle avait à la main sa lance de combat qui dégoutait déjà du sang de ses premières victimes. Dans son autre main, elle tenait une tête coupée qu’elle balança dans la pièce au pied du chef des Templiers. Mais le plus effrayant restait son visage. Il était comme déformé par la rage, ses traits presque méconnaissables. Et ses yeux ? Créateurs, ils étaient plus rouges encore que d’ordinaires et semblaient sans fond et plus brillants.

Elle fit quelques pas dans la pièce quand le chef des guerriers bégaya :

– Reculez ! Mais enfin, qu’êtes-vous donc ? Qu’est-ce que cette magie démoniaque ?

Seren avança encore d’un pas et Rain sentit que les Templiers usaient de leurs pouvoirs contre la jeune elfe. Rain savait qu’elle était puissante mais elle n’espérait tout de même pas de mesurer à douze templiers bien armés, entrainés et protégés ? Celle-ci s’avança pourtant encore, un sourire sardonique aux lèvres. C’est d’une voix qui sonnait presque double qu’elle ricana :

– Inutile messieurs. Je ne suis pas « magique », je suis juste…moi !

Aussi rapide que l’éclair, Seren se téléporta presque devant l’un des guerriers. Celui-ci n’eut même pas le temps de réagir, la jeune femme transperça son armure comme si ça n’était que du tissu et lui infligea une blessure fatale à l’abdomen. Il périt avant même de tomber au sol. La mort de leur compagnon eut le don de réveiller les autres qui se précipitèrent vers elle quatre par quatre. Elle se débarrassa du premier pack, sans faire d’effort particulier, comme si elle était à l’entrainement. Le deuxième groupe lui résista un peu mais guère plus. Elle faisait tournoyer sa lance avec beaucoup de dextérité et chaque fois qu’elle l’abaissait, c’était pour porter un coup à l’ennemi. Ses gestes étaient précis, mesurés, presque beaux. Rain en profita pour se reculer légèrement. Le chef des Templiers était tout entier concentré sur le combat de ses hommes et lorsqu’un des cadavres fut propulsé près de lui, il se précipita vers l’épée qu’il avait toujours à la main pour essayer de sectionner la corde qui lui maintenait les mains dans son dos. Il grimaça quand il sentit la lame affutée lui entailler la peau.

Pendant ce temps, Seren s’occupait toujours des Templiers. Si les huit premiers étaient des novices, elle se battait maintenant contre deux guerriers beaucoup plus expérimentés. De plus, ils semblaient avoir l’avoir l’habitude de se battre ensemble et donnaient plus de fil à retordre à Seren. Elle dut passer à une méthode plus défensive et attendre le bon moment pour attaquer. Enfin, elle vit une faille et s’y engouffra tout de suite, blessant le premier guerrier qui s’effondra au sol, inconscient. L’autre ne résista pas longtemps et finit aussi mort que ses compagnons. Rain s’était maintenant presque libéré et, du coin de l’œil, il vit le chef des Templiers fulminer littéralement. Il dégaina sa lame mais ne bougea pas encore. Il fit juste un petit signe de la tête à ses deux derniers guerriers debout. Ils se précipitèrent vers Seren et l’attaquèrent d’emblée, sans réelle stratégie mais avec force.

Ils étaient doués, très doués. Assez pour faire reculer la jeune femme. Dans un hurlement, le chef entra à son tour dans le combat, profitant de l’avantage que ses hommes avaient réussi à arracher.
Enfin, Rain sentit les cordes tombées à terre. Il essaya de se relever, mais se sentit faible sur ses jambes. En appui contre le mur, il se redressa tant bien que mal.

Seren était en difficulté pourtant elle avait réussi à en blesser un. Mais le petit groupe de Templiers tenait bon. Rain frémit lorsqu’il vit une lame passer très près du cou de Seren. Il tenta de lever une barrière autour d’elle, mais sa magie était aussi faible que lui. Il avait besoin de repos ou de lyrium. Seren allait devoir se débrouiller seule. L’un de guerrier l’entailla au bras, ce qui enragea la jeune elfe. Elle redoubla de force et d’énergie, ses mouvements devinrent presque flous et, enfin, elle se débarrassa d’un des derniers guerriers. Il n’en restait plus qu’un et leur chef, qui commençaient tous deux à fatiguer. Ils réussirent à l’acculer dans un coin de la pièce et à coincer son arme. Prise au piège, Seren ne pouvait plus bouger, à moins de lâcher son arme.

Le chef allait abaisser son épée sur elle mais au dernier moment elle lâcha la lance et roula sur le côté. Elle recula de quelques pas attendant que ses ennemis se tournent vers elle. Lorsqu’ils se trouvèrent à nouveau face à face, elle sourit. Vivement, elle attrapa un saï et le lança. L’arme fila et atterrit directement dans l’œil du guerrier. La lame transperça son globe oculaire et finit sa course dans son cerveau, le tuant sur le coup.

Seren, armée d’un seul saï, fit face au chef des Templiers.

– Démone ! Je vais me faire un plaisir de te renvoyer à l’enfer auquel tu appartiens.

Seren se contenta de lui sourire. Le duel s’engagea, féroce, intense. Le Templier jetait ses dernières forces dans le combat alors que Seren semblait à peine essoufflée. Et finalement, ce fut lui qui commit une erreur. Il ouvrit sa garde, ce qui permit à Seren de se faufiler pour se mettre au corps à corps sans être inquiétée par la lame du guerrier. Elle plongea son saï dans la gorge de l’humain, libérant un flot de sang. L’homme essaya de parler mais la vie s’échappait déjà de son corps et, lorsqu’il essaya d’ôter la lame de son corps, ses mains glissèrent sur son propre sang. Il tomba à genoux devant Seren, qui d’un geste du pied l’envoya s’écrouler au sol. Quelques secondes plus tard, il exhala son dernier souffle, les yeux grands ouverts.

Calmement, Seren récupéra ses saïs et les essuya sur les cadavres encore frais. Puis, elle reprit la lance dans ses mains et sembla soudain se rappeler de l’existence de Rain, toujours debout contre le mur.

Elle s’approcha de lui, comme un fauve le ferait devant quelque chose qui l’interpelle, méthodiquement et avec prudence.

Lorsqu’elle fut proche de lui, elle leva vivement la lame vers le cou du jeune homme, entaillant légèrement sa peau. Elle lui dit alors, avec cette étrange voix :

– Tu n’as pas peur de moi.

Contrôlant ses émotions, Rain tenta de lui répondre d’une voix neutre.

– Je n’aurai jamais peur de toi, Seren.
La jeune femme haussa un sourcil et intensifia encore son aura, rendant l’air autour d’elle presque irrespirable.

– Pourquoi ?

Rain déglutit et fit un effort considérable pour garder le contrôle de lui-même.

– Parce que tu ne me feras jamais de mal. Parce que j’ai confiance en toi.

Elle lâcha soudain la lance et se prit la tête entre les mains en hurlant de douleur. Rain se précipita à ses côtés et l’obligea à le regarder dans les yeux.

– Seren ? Regarde-moi ! Tu peux le faire. Reprends le dessus. Rappelle-toi, tu n’es pas un monstre.

Le visage de la jeune elfe exprima une douleur intense et le vert se battant contre le rouge dans ses yeux. Elle tomba à genou et Rain essaya d’accompagner son mouvement du mieux qu’il put. Il la prit dans ses bras et la berça. Il n’allait pas la laisser se perdre. Jamais ! Il aurait voulu l’apaiser avec sa magie mais il n’avait que sa chaleur et ses bras pour l’aider. De plus, ils ne pouvaient pas rester là. Quelqu’un allait finir par venir et voir le massacre.

– Seren, je t’en supplie, il faut que tu reviennes ! Nous ne pouvons pas rester ici.

Enfin la jeune elfe sembla reprendre ses esprits. Elle releva la tête et seules quelques tâches rouges subsistaient.

– Faiseurs, Alexei ! Tu vas bien ?

L’humain l’embrassa sur le front.

– Oui grâce à toi, je vais bien, mais nous devons partir !

Seren se redressa péniblement.

– Oui, oui. Je … connais un endroit. Suis-moi, nous n’avons plus beaucoup de temps avant que …

La cloche de la Chantrie se mit alors à sonner. Les deux jeunes gens se regardèrent pendant un millième de seconde avant de décider de courir, de s’éloigner de cette horrible pièce, se soutenant l’un l’autre.

Ils étaient en vie.

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