Chapitre 18 – Celui qui tente des choses

Lorsque Noria se réveilla le lendemain matin, elle sentit qu’elle était en plein forme, mais elle eut du mal à se rappeler où elle était. Pourquoi n’était-elle pas couchée dans son lit ?

Et puis, tout lui revint et un grand sourire étira ses lèvres. Elle avait retrouvé Seth, elle lui avait hurlé dessus et elle avait été dans ses bras. Si elle avait encore des doutes avant la soirée d’hier, aujourd’hui elle ne pouvait plus se voiler la face. Ses sentiments pour Seth n’avait pas diminué d’un iota et ne demandait qu’à s’épanouir à nouveau. Par contre elle n’avait aucune idée de ce que pouvait ressentir Seth aujourd’hui. Son cœur était-il toujours disponible ? Ne la voyait-il que comme une bonne amie ? Une bonne amie avec qui on couchait de temps en temps ? Et voilà, il suffisait que Seth réapparaisse dans sa vie pour qu’elle oublie le reste ! Mais elle ne pouvait pas, un assassin rodait dans les rues de la ville et elle devait l’arrêter avec qu’il ne fasse plus de victimes.

Pleine d’énergie et d’optimisme pour la journée, elle s’habilla rapidement enfila son caleçon noir, sa tunique brune qui lui descendait jusqu’aux genoux dans le dos mais s’arrêtait à la taille devant et enfin son éternel corset, sa marque de fabrique. Puis elle passa ses bottes hautes qui lui montaient jusqu’en dessous des genoux et se leva rapidement, prête à l’action.

Elle sortit de la chambre, mais fut accueillie par un silence étonnant. Pourtant la matinée était déjà bien avancée. Certes ils étaient rentrés assez tard mais tout de même ! Elle décida de se mettre à la préparation d’un bon petit déjeuner, peut-être que cela les réveillera ? Elle retourna rapidement dans sa chambre pour récupérer des herbes à infuser et descendit dans la cuisine. Elle farfouilla un moment pour trouver ce dont elle avait besoin. Elle mit l’eau à chauffer, et trouva de quoi préparer à manger, quelques saucisses à griller, et prépara une bonne omelette avec quelques herbes. Elle déposa le tout sur la table, avec une miche de pain croustillante qu’elle découvrit dans un coin.

Elle versait l’eau chaude dans des tasses quand deux têtes encore ensommeillées passèrent le seuil de la porte, guidées par l’estomac et l’odorat.

– Bonjour colocataires !! Le petit déjeuner est prêt ! Je ne savais pas ce que vous preniez alors j’ai préparé pas mal de chose.

Sera grommela.

– Mais en plus elle est comme ça dès le matin ?

Seth lui répondit d’une voix tout aussi ensommeillée.

– Ouep et je te raconte pas au lit …

Sera le regarda bizarrement et Seth se rendit compte rapidement qu’il en avait trop dit, il venait de lui donner le bâton pour se faire battre ! Cela eut au moins le don de réveiller le jeune homme. Il se racla la gorge et se mit à table.

– Merci Da’mi mais tu n’étais pas obligée. En tout cas j’ai une faim d’ogre et ça à l’air délicieux !

– Bah c’est pas grand-chose ! Après tout vous allez m’héberger pendant quelque temps.

Ils s’attablèrent tous les trois et entamèrent vigoureusement le petit déjeuner. La bouche pleine Sera déclama :

– La vaffe f’est trop bon !

Noria lui sourit.

Sera avala bruyamment sa bouchée et décocha un sourire à la ronde.

– Dis donc les tourtereaux, je m’attendais pas à entendre ce genre de cri hier soir. Plutôt quelque chose comme « Oh Seth, oui encore … ! » Sur ça je peux m’endormir, mais sur des engueulades c’est plus dur !

Seth répondit du tac au tac.

– Pas tes oignons Sera !

Avec flegme, Noria répliqua :

– Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois, Sera, promis.

Mouchée, Sera fit la moue et enchaîna :

– Au fait j’ai organisé une réunion avec les autres agents. Ils arriveront tout à l’heure.

– Oh pitié ! Me dit pas qu’ils viennent tous ! Grimaça Seth.

– Bah si, on est déjà pas très nombreux ! Je peux pas me permettre de ne pas rameuter tout le monde.

– Pourquoi il y a un problème avec l’un de vos agents ?

– Mais non aucun. Ne laisse juste pas Rob s’approcher de toi c’est tout.

Noria papillonna des cils.

– On est jaloux Beau Gosse ?

– Tu verras bien Da’mi, mais je t’aurais prévenu !

Sera intervint :

– Mais non, il est pas si terrible que ça Rob !

– Normal Sera, il sait qu’il n’a aucune chance avec toi.

Ils continuèrent à discuter et à se chamailler gentiment tout en finissant de manger. Puis ils débarrassèrent ensemble et nettoyèrent la cuisine dans la bonne humeur.

Puis ils rejoignirent la grande salle et Noria put mieux voir à quoi ressemblait leur « conseil de guerre ». Le sol en parquet était un peu usé mais bien entretenu. Un râtelier d’armes en tout genre se trouvait le long du mur, juste à côté d’une grande porte-fenêtre qui donnait sur un petit jardin à l’arrière de la maison et illuminait toute la pièce. Une grande table se trouvait vers l’avant de la maison, avec un pèle-mêle de papiers posé dessus et quelques chaises disposées autour.

Noria farfouilla à droite à gauche sous l’œil amusé des deux « Jenny ». Subitement quelqu’un frappa à la porte-fenêtre. Sera alla immédiatement ouvrir aux trois personnes qui attendaient derrière.

– Entrez les copains ! On a une nouvelle recrue à vous présenter et elle nous amène une mission un peu particulière. Voici, Rob, Paran et Mervin. Les gars je vous présente Noria Hamiadahlen, une amie de notre ex-Inquisiteur.

Noria leur fit un petit sourire à tous.

L’humain, Rob, avait tout du charmeur qui connaissait parfaitement l’effet qu’il avait sur les femmes. Il était plutôt grand et avait une carrure assez impressionnante, les cheveux mi-longs, noirs corbeaux, attachés en une courte queue de cheval. Ses yeux bleus clairs pétillèrent à la vue de Noria et la regardèrent brièvement de haut en bas. Il se dirigea avec assurance vers elle et lui prit d’autorité la main, la baisant longuement et la gardant dans la sienne.

– Ahh, enfin une vraie femme ! Absolument charmé de te rencontrer.

Sera s’offusqua :

– Yeh !

– Euh oui, enchantée moi aussi. J’aimerais récupérer ma main Rob si ça ne t’embête pas trop.

Paran, l’elfe était blond, élancé mais plus petit que Rob et Seth et semblait assez taciturne. Il la regarda quelques secondes puis lui fit un léger hochement de tête.

Mervin, le nain semblait amical, brun et massif comme presque tous ceux de sa race, il regarda franchement Noria, une petite lueur indéchiffrable dans les yeux puis tomba sur son bandeau et détourna légèrement les yeux. Elle était habituée à ce genre de réaction et ne lui en voulut pas. Il s’avança également vers elle et lui serra la main.

– Bienvenue chez Jenny, Noria.

– Merci.

Ils saluèrent ensuite Seth, et Noria remarqua tout de suite la tension entre lui et Rob. Visiblement le courant ne passait vraiment pas entre eux. Elle pourrait peut-être mettre cette situation à profit pour essayer de voir ce que ressent vraiment Seth à son égard ?

De son côté le jeune elfe essayait de contenir son dégoût pour le Shem. Il ne supportait pas son caractère inconstant et insouciant. Et il n’aimait pas non plus le regard qu’il posa sur Noria lorsqu’elle détourna la tête. Comme un bon petit plat prêt à être dégusté. Cependant le serrement de ses mâchoires fut le seul signe de son bouillonnement intérieur.

Ils prirent tous place autour de la table et Noria leur répéta tout ce qu’elle savait sur cette affaire. Les hommes semblaient horrifiés par la violence des meurtres et se dirent prêts à faire tourner l’information au maximum auprès de toutes les elfes de la ville. Si l’une d’elles recevaient des fleurs ils devaient le savoir immédiatement. Pour le moment malheureusement, ils ne pouvaient pas faire grand-chose de plus. Il fallait tout d’abord qu’ils sachent qui serait la prochaine cible. Noria enrageait de ne pouvoir en faire plus, d’en être réduit à attendre que le meurtrier fasse quelque chose.

La petite réunion finit par une discussion ou Noria expliqua d’où elle venait et ce qu’elle avait accompli à Val Royaux. Les agents de Jenny la regardèrent avec un respect nouveau.

Rob ne se gêna pas pour la couver d’un regard ardent et elle en profita pour mettre son plan à exécution et lui coula quelques œillades. Rien de trop appuyé, juste pour lui montrer qu’elle avait bien reçu le message. Seth par contre ne semblait pas du tout affecté par l’intérêt que Rob lui portait. Finalement elle se demanda si c’était vraiment une bonne idée. Elle ne voulait pas donner de faux espoirs à Rob, parce que clairement elle le trouvait beaucoup trop lourd dans son approche pour être charmant. Mais c’était peut-être le seul moyen de savoir sans se jeter au cou de Seth, en espérant qu’il ne la repousse pas.

Pavan et Mervin partirent quelques temps plus tard. Rob s’attarda, sans surprise et invita Noria à déjeuner dans une taverne près de la place principale, qui servait de succulents repas. Noria hésita, mais finit par laisser parler son estomac qui gargouillait déjà. Elle finit donc par accepter son invitation et pour son plus grand bonheur elle eut le temps de voir un éclat de colère dans le doré des yeux de Seth. Oh c’était vraiment très subtil. Tellement subtile qu’elle se demanda même si elle n’avait pas rêvé, mais cela la conforta dans son idée.

Elle prit donc le bras que Rob lui tendait et ils sortirent par la porte de devant, sous le regard pesant de Seth, qui ne dit pourtant rien.

Noria et Rob passèrent donc quelques heures ensemble et se régalèrent d’un repas absolument divin. Finalement Rob était un garçon assez sympathique, une fois que l’on grattait la couche du charmeur lourdaud. Elle se surprit même à apprécier le temps passé avec lui. Il avait beaucoup d’humour et plus d’esprit qu’elle ne l’avait pensé au premier abord. D’ailleurs elle le lui dit sans détour. Rob rit et lui confia qu’il ne pouvait pas s’en empêcher, lorsqu’il était en présence d’une jolie femme. Il lui raconta comment il en était venu à travailler pour les amis de Jenny. Orphelin, il avait passé sa vie dans les rues de Val Royaux et savait ce qu’était la misère et de ne pas pouvoir manger à sa faim. Heureusement il avait été un gamin plutôt débrouillard et avait réussi à survivre dans ce monde plutôt hostile. Il avait d’abord été mercenaire dans une petite troupe et avait rencontré, lors de l’un de ses missions, un agent de Jenny. Se sentant proche de leur idéologie il avait quitté les mercenaires et avait rejoint le groupe secret.

Noria fut touchée par son histoire mais quand il en demanda plus sur elle, elle resta plutôt vague, se contentant de parler d’un accident avec ses potions pour la perte de son œil. Elle ne souhaitait pas parler de cette semaine avec Seth avec un parfait étranger. Ses moments lui appartenaient, elle ne voulait pas les partager.

Elle se sentit plutôt bien en sa présence, étonnamment à l’aise et ne vit pas le temps filer. Le milieu de l’après-midi était déjà bien entamé et Rob la raccompagna galamment jusqu’à la maison. Il lui baisa à nouveau la main mais cette fois-ci Noria lui sourit gentiment.

– Noria j’ai passé un moment délicieux. On pourrait remettre ça à l’occasion.

– Pourquoi pas Rob, j’ai moi aussi passé un très bon après-midi.

Rob rit.

– Pourrais-tu avoir l’air moins surprise en disant ça, s’il te plait ? Ça ferait plaisir à mon ego !

Noria répéta alors en prenant une voix sensuelle à souhait.

– Pardon je recommence. J’ai passé un très bon moment, Rob, mais je m’y attendais, bien sûr !

– Voilà, c’est plus dans l’idée !

Ils séparèrent ensuite, Noria ne pût s’empêcher de lui rappeler de faire le maximum pour récolter des informations sur l’assassin des elfes.

– Ne t’inquiète pas Noria, je guette ! A bientôt ma jolie !

Seth ne savait pas vraiment ce qu’il faisait là. Il était en train de entrainement, passant sa frustration et sa colère sur le pauvre mannequin de paille. Qu’est-ce que Noria trouvait à ce sale Shem ? Cela faisait des heures qu’ils étaient partis ! Comme si Rob était capable de tenir une conversation intéressante entre ses répliques de tombeur du dimanche. Il faisait une petite pause, quand il entendit des voix proches de la maison. Et vraiment, il ne savait pas ce qui l’avait poussé vers la fenêtre. Il ne savait pas non plus pourquoi il ne s’était pas écarté dès qu’il avait vu Noria et le Shem dehors près de la porte, mais qu’on contraire il se fit le plus discret possible pour mieux voir ce qui se tramait dehors. Il serra involontairement les poings, quand il vit le Shem lui baiser la main et le sourire que Noria lui décocha. Ils étaient aussi beaucoup trop proches l’un de l’autre et était manifestement devenu assez complice puisqu’ils riaient beaucoup. Heureusement il n’y eut rien d’autre et il s’éloigna vite de la fenêtre lorsque Noria fit mine de rentrer.

Quelques minutes s’écoulèrent encore avant qu’elle ne passe la porte et entra dans la pièce pendant que Seth se désaltérait.

– Oh tu es là Seth ? Tu t’entrainais ? Je file me changer et je te rejoins.

Devant la bonne humeur et l’œil pétillant de la jeune femme, il ne put s’empêcher de poser violement le verre sur la table, faisait sursauter la jeune femme. S’obligeant à se calmer, Seth afficha un sourire de façade et lui demanda :

– Tu as passé une bonne après-midi, je suppose.

Légèrement surprise par sa réaction, Noria répondit sur un ton calme.

– Oui très bonne, je te remercie. Rob est quelqu’un de charmant quand il laisse tomber son masque de charmeur.

Sans se départir de son faux sourire, Seth continua :

– Tu m’en vois ravi !

Noria croisa les bras et laissa s’installer le silence pendant quelques minutes puis lui demanda :

– Tout va bien Seth ?

– A merveille ! J’ai juste besoin de prendre l’air. Tu n’as qu’à t’entrainer seule. Je rentrerai tard ce soir !

Il passa rapidement devant elle pour se diriger vers la porte, qu’il prit le plus grand soin, de refermer doucement derrière lui.

Lorsqu’elle entendit la porte se refermer, Noria ne put s’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles. Sera qui passait dans le couloir, avait assisté à toute la scène. Elle joua des sourcils vers la jeune femme :

– Eh ben ! Je l’ai jamais vu comme ça notre Inquisiteur ! On aurait dit qu’il allait exploser tellement il se contenait ! Qu’est-ce que tu lui as dit ?

– Que Rob était charmant.

– Arg ! Tu n’aurais pas pu faire pire !

Noria souriait toujours :

– Tu crois ?

– Je suis pas une grande spécialiste mais j’ai l’impression que tu fais tout ça exprès !

– Oh moi, non ! Tu t’imagines des choses Sera.

Celle-ci rit :

– Il est jaloux !

– Oui j’ai l’impression.

– Je te propose quelque chose ! On s’entraine un peu toutes les deux et ce soir tu me racontes tout ce que je veux savoir et en échange je réponds à toutes tes questions… autour d’une bonne bouteille bien sûr.

– Marché conclu !

Les deux jeunes femmes passèrent donc la fin de la journée ensemble. Elles s’exercèrent pendant quelques heures et rirent beaucoup. Finalement, Noria trouvait Sera très sympathique (surtout depuis qu’elle lui avait confiée qu’elle préférait nettement la regarder elle que Seth) et Sera trouvait Noria vive et pleine d’humour. Comme Seth, elle n’avait pas grand-chose de l’«esprit Dalatien » ce qui lui allait tout à fait. Et puis elle se débrouillait plutôt bien pour dire qu’elle avait tout de même un certain handicap. Et pourtant Sera mit tout son cœur à tester la jeune femme, appuyant ses attaques du côté droit, mais se rendit vite compte qu’elle était bien plus forte de ce côté.

Noria appris beaucoup de la « sournoiserie » de la jeune femme au combat.

Éreintée, elles rejoignirent leur chambre pour se rafraîchir et se retrouvèrent dans la cuisine pour le dîner. Seth n’était toujours pas rentré. Noria commençait à s’inquiéter mais Sera lui affirma qu’il lui arrivait de disparaître de temps à temps et qu’il reviendrait un peu plus tard dans la soirée.

Elles mangèrent ensemble un bon poulet rôti accompagné de pommes de terre bien rissolées et une bonne salade, tout cela arrosé d’un bon vin. Le repas fini, les jeunes femmes commencèrent leur petit « jeu » de questions, tout en continuant à déguster l’excellent vin que Sera avait piqué chez un noble. Il était fruité à souhait et passait comme un jus de fruit. Evidemment Sera demanda à Noria ce qu’il s’était passé entre Seth et elle par le passé et l’alcool aidant, Noria lui confia leur rencontre. Sera s’amusa beaucoup à les imaginer à un bal Dalatien en train de critiquer tout et tout le monde.

Elles entamèrent leur troisième bouteille quand Noria trouva enfin le courage de question Sera sur les « amours » de Seth pendant ses quasiment trois ans de séparation.

– A ma connaissance, y’avait personne. Pourtant y’avait des opportunités, crois-moi ! Dorian et Iron Bull auraient adoré qu’il vienne rejoindre leur lit.

Le visage de la jeune femme s’assombri un peu.

– Je crois que Seth était très proche de Solas, même si, à mon avis, Solas est trop coincé du cul pour y penser justement.

– Oh.

– Sa trahison lui a fait du mal. Il en parle pas beaucoup mais ça lui a fait un choc quand il a appris qu’il était en fait Fen’Harel et qu’il lui a « prit » son avant-bras pour éviter que la marque le tue.

– Hein ? Quoi ? Tu viens de dire que Solas était Fen’Harel ?

Noria pouffa avant de reprendre :

– Tu te fous de moi en fait hein ?

– Mais noooooon ! Je te jure ! Il a bien caché son jeu ce petit salopard ! Et il a pour ambition de détruire le monde en plus !

– Mais de quoi tu parles ?

Alors Sera lui expliqua ce qui s’était passé il y a quelques mois. Noria n’en crut pas ses oreilles ! Les dieux elfiques existaient et étaient en fait de puissants mages ! Par Myth… enfin merde, c’était impossible ! L’œil rond, la bouche grande ouverte, elle écoutait attentivement Sera.

Elle n’était pas très croyante et si elle avait fait ses Vallaslins à Ghilan’nain, mère des hahls c’est uniquement parce qu’elle les trouvait discret et assez jolis, pas pour une quelconque croyance.

Elle avait donc deviné juste à propos des sentiments de Seth à l’égard de Solas. Cela lui serra le cœur, même si elle s’y attendait. Si les sentiments de Seth avaient été partagés par le mage, elle aurait été reléguée à une vague connaissance à laquelle on pense de temps en temps.

Puis la discussion dériva en fonction du niveau de plus en plus bas de la bouteille. Comme deux femmes, à fortiori deux femmes ivres, elles parlèrent de leurs anciennes relations et de sexe. Noria finit par sortir un exemplaire de la « Comtesse Coquine », un pamphlet qui comme son nom l’indique, décrivait les « aventures » en chambre et ailleurs, avec beaucoup de détails croustillants, d’une comtesse orlésienne qui n’avait pas froid aux yeux.

Noria était en train de lire une scène où la Comtesse se faisait prendre par son valet et se faisait fouetter en même temps par une de ses « amies ». Elle mit beaucoup de cœur à sa lecture et les deux jeunes femmes gloussèrent comme des poules.

Elles n’entendirent même pas la porte s’ouvrir. Après avoir passé la soirée à jouer à la Grâce Perfide et à gagner, parties sur parties, Seth était rentré. Son humeur s’était bien allégée. Il s’approcha de la cuisine d’où les rirent s’échappaient régulièrement. Il s’appuya au chambranle de la porte et sourit en entendant ce que Noria lisait, comme si elle était en représentation dans un théâtre orlésien.

Une fois la scène finit, Noria s’inclina bien bas devant Sera qui demandait un rappel en riant bruyamment.

– Eh bien les filles ! On ne peut vraiment pas vous laisser ensemble plus de quelques heures !

– Hey Seth !

– Coucou Beau Gosse ! Tu nous as manqué !

Sera pouffa :

– Non pas vraiment.

Noria roula de l’œil :

– Mais si… allez vient t’asseoir avec nous.

Elle voulut lui servir un verre de vin mais constata avec consternation qu’il n’en restait qu’un fond.

– Sera ta bouteille est ensorcelée je crois, elle est déjà vide !

Le visage de la jeune elfe exprimait tellement la surprise que Seth ne put s’empêcher de rire.

– Je crois qu’il serait temps d’aller vous couchez les filles. Je vous rappelle qu’on a une enquête à mener.

Noria prit subitement un air à la fois sérieux et coupable.

– Mince, t’as raison Seth. Je suis vraiment horrible ! Je m’amuse alors qu’une femme est peut-être en train de se faire massacrer en ce moment.

– Mais non Da’mi tu n’es pas horrible ! Il n’y a rien qu’on puisse faire pour le moment. Allez viens ! Je te raccompagne jusqu’à ta chambre c’est plus prudent.

Il lui tendit la main, et étonnement, Noria vint docilement la prendre, tout en titubant de manière assez peu gracieuse. Sera fit la moue :

– Et moi bien sûr, personne me raccompagne !

– Toi tu es habituée ! Tu trouverais ta chambre les yeux fermés et pleine comme une outre.

Seth essaya de maintenir Noria debout, mais chaque mètre était une épreuve en soi. Finalement, avec un soupir résigné, il se décida à la soulever dans ses bras. Il lui passa son bras valide sous les fesses et la souleva. Même à un bras il arrivait sans problème à la maintenir contre lui. Avec un gloussement ravi, Noria s’accrocha à son cou et passa ses jambes autour de sa taille. Le visage de Noria était très proche du sien et lorsque Seth commença à monter les marches, il sentit qu’elle le regardait intensément. Seth haussa un sourcil et lui demanda :

– J’ai quelque chose sur le visage Da’mi ?

Ils venaient d’arriver sur le palier du premier étage. Noria rit et lui avoua en passant une mèche brune et rebelle derrière l’oreille de Seth.

– Noooon ! J’aime ta nouvelle coiffure. Et j’aime la couleur naturelle de tes cheveux.

– Merci, ravi que ça te plaise.

La porte de la jeune femme était déjà ouverte, il n’eut qu’à la pousser du pied pour entrer dans la chambre. Noria continuait à le dévisager avec une concentration assez inquiétante.

– Da’mi, qu’est-ce que tu regardes encore ?

– Chuuuut je compte !

Surpris Seth tourna son visage vers elle ;

– Qu’est-ce que tu comptes ?

Avec un sourire, Noria lui répondit comme si cela tombait sous le sens.

– Tes tâches de rousseur, idiot ! Je les trouve trop mignonnes !

Seth grimaça devant ce mot. Aucun homme sain d’esprit n’aimait entendre que quelque chose chez lui était mignon ! Pas après dix ans en tout cas.

A ce moment précis, il n’avait pas l’impression d’avoir été séparée d’elle pendant presque trois ans. Il retrouva avec bonheur, leur tendre complicité, même si pour ça Noria avait dû boire. Cela le rassura que la relation qu’il avait réussi à établir en si peu de temps était toujours là. Prête à reprendre de plus belle. Elle et son rayonnement d’énergie, sa chaleur, lui avaient manqués plus que tout. Il frotta affectueusement son nez contre le sien.

– Tu as de ces idées parfois ! Allez c’est l’heure du dodo !

Noria s’accrocha encore plus fort à son cou.

– Noooon s’il te plaiiiiiit laisse-moi les compter.

Sur un ton plus séducteur, Seth répliqua :

– Tu sais que j’en ai ailleurs que sur le visage ?

Noria eut un sourire coquin, un pétillement dans l’oeil qui ne trompait pas et fit une petite moue.

– Mouiii je crois me souvenir. Mais ma mémoire est un peu brouillée, si tu me remontrais…

Seth éclata de rire.

– Allez Da’mi ! Tu es arrivée à destination, descends de là !

De mauvaise grâce, Noria se détacha de lui et bouda.

– T’es pas drôle, Seth !

– Tu me remercieras demain va !

Noria bougonna :

– Ça m’étonnerait !

Seth s’approcha de son bureau, transformé en établi. Il essaya de distinguer sa fameuse potion anti-gueule de bois mais ne trouva rien. Bon tant pis pour elle !

Mais quand il se retourna, Noria était en train de boire une gorgée d’une potion qui se trouvait sur la petite table de nuit à côté du lit. Quel sens pratique ! Elle avait déjà ôté son corset, le regarda intensément, avec un sourire charmeur et commença à déboutonner sa tunique. Voyant que Seth ne bougeait pas elle lui demanda :

– Alors Seth, tu restes finalement ?

Seth roula des yeux.

– Vraiment Da’mi, tu es intenable quand tu as bu.

Il commença à battre en retraire quand Noria, le rappela :

– Seth ? Amène un peu de potion à Sera.

Avec un sourire elle ajouta :

– Je suis sûre que je vais devenir sa nouvelle meilleure amie demain matin !

Seth rit doucement, pris la fiole et sortit tout en lui souhaitant bonne nuit.

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