Chapitre 16 – Réunion secrète

Lorsqu’ils débouchèrent dans le clairière du camp des Libertaires, Leena vit tout de suite pourquoi il n’y avait eu personne lors de leur premier passage. Leendon était de garde. C’était un mage d’une vingtaine d’années, très gentil et qui voulait toujours bien faire. Malheureusement pour lui, il n’avait plus tout le temps toute sa tête, et rêvassait souvent. Leena avait insisté pour qu’il ait un rôle à jouer au sein de la communauté parce qu’elle avait vu sa mine triste quand on lui avait déclaré gentiment qu’il n’était bon à rien. Alors c’est lui qui relevait les gardes pendant un petit quart d’heure tous les soirs, afin qu’ils puissent faire une petite pause. L’ennui c’est que Leendon oubliait souvent son rôle et les gardes en faction devaient aller le chercher pour lui rappeler sa garde. Quand Azel et elle étaient passés tout à l’heure, ils avaient eu la chance de tomber sur ce laps de temps.

Lorsqu’il vit la jeune femme, Leendon lui sourit de toutes ses dents.

– Leena ? Tu es rentrée ! Je suis content, je me faisais du soucis pour toi !

– C’est gentil Leendon, mais comme tu le vois je vais bien.

– Oui. Tu portes de drôle de vêtements, dis-donc ! Tu te balades ?

– Oui…oui c’est ça je me balade.

– Et tu as un chat maintenant ? Je peux le caresser ?

Leena sentit les griffes d’Azel rentrer dans la peau de son bras. Manifestement il n’avait aucune envie qu’un étranger lui touche le pelage. Animal ou pas, il restait le même.

– Je suis désolée Leendon, il est un peu sauvage. Ça serait préférable que tu t’abstiennes.

– Ah d’accord très bien. Dommage. Une prochaine fois peut-être ?

– Oui… Je dois rentrée, bonne soirée Leendon.

– Au revoir, jolie et gentille Leena.

Le jeune homme lui fit de grands signes de la main en guise d’adieu, et Leena sourit devant l’innocence du jeune homme. Essayant de croiser le moins de monde possible, elle se faufila jusque sa petite maison et y entra en poussa un profond soupir. Elle écarta les bras et Azel sauta, atterrissant souplement sur ses pattes. La jeune femme tira ensuite les rideaux de son unique fenêtre et soudain épuisée, s’assit lourdement sur son lit.

Azel se retransforma en quelques secondes et alla allumer manuellement un petit feu dans sa cheminée. Une douce chaleur s’installa dans la pièce. L’atmosphère douce et feutrée leur rappelait à tous deux, une autre pièce, dans une tour, il y a bien longtemps.

Le mage alla s’assoir à côté de la jeune femme et attendit patiemment qu’elle lui révèle ce qu’elle avait appris. Nerveusement, Leena passa des doigts fébriles dans sa chevelure, essayant de la discipliner quelque peu. Enfin elle parla :

– Owen n’a absolument pas changé son point de vue. Il prépare une guerre et a déjà nommé des lieutenants. Des personnes incontrôlables, qui sont sans doute ravies de pouvoir montrer combien elles sont puissantes. Crois-moi nous n’arriverons jamais à les raisonner !

– Combien sont-ils ?

– Il m’a cité une quinzaine de noms. En soit c’est déjà une très mauvaise nouvelle mais malheureusement il y a pire…

Soudain glacée, elle se releva et se mit à faire les cent pas sous le regard attentif du jeune homme. Leena ne put s’empêcher de repenser à cette pierre, ce lyrium rouge. Combien elle avait désiré l’avoir entre les mains tout en sachant pertinemment qu’elle signerait alors l’arrêt de mort de nombreuses personnes. Déjà ce soir si Azel n’avait pas été là, elle aurait pu tout détruire.

– Il m’a montré l’une de ses trouvailles, prise à des Templiers. C’était une sorte de pierre, mais d’un rouge comme je n’en avait jamais vu. Owen m’a dit qu’il s’agissait de Lyrium rouge. C’était ça, c’est cette chose qui m’a fait perdre tout contrôle! C’était horrible, comme si elle m’appelait, qu’elle désirait que je la prenne en main.

Elle remarqua alors qu’Azel était extrêmement pâle et qu’il la regardait avec horreur.

– Tu dis qu’il est en possession de Lyrium rouge ?

Leena se posta devant le feu, s’entoura la poitrine de ses bras et acquiesça :

– Tu sais ce que sais ?

– Oui. L’inquisiteur Lavellan on a trouvé un peu partout. Il y a un énorme trafic, surtout auprès des Templiers. Il semblerait que c’est comme ça que Corypheus les a ralliés  à sa cause.

Leena souffla faiblement :

– Créateurs…

– C’est une sorte de lyrium corrompu. J’ai eu l’occasion de l’étudier avec Maître Solas. Il donne certes une puissance inégalée, mais rend complètement fou et provoque la dégénérescence du corps. A terme la personne qui en ingère à trop forte dose devient complètement folle et son corps mute…

– … et voit pousser des excroissances rouges sur leurs corps. Comme ces Templiers qui nous ont attaqué et ont tué la moitié du camp, il y a quelques mois.

La jeune femme se laissa choir sur le lit et prit sa tête dans ses mains.

– Créateurs ! C’est donc pour ça qu’ils nous ont attaqué sans raison et qu’ils étaient comme possédés…ils étaient fous. Owen veut se venger contre des fous…

Azel posa une main sur le genou de la jeune femme et lui demanda :

– Peut-être que s’il savait ce qu’il en était vraiment, il arrêterait cette folie.

Leena releva la tête et plongea ses yeux inquiets dans ceux du jeune homme.

– Je crois qu’il est trop tard. Quand il avait cette… chose, cette pierre en main, il semblait comme hypnotisé.

– Alors nous allons nous en tenir à ce que nous avions décidé en venant ici. Sauver le plus de monde possible.

Leena tourna son visage vers le feu, et agrippa la main d’Azel dans la sienne.

– Oui c’est ce que nous allons faire. Il faut que nous parlions à Clarissa, nous devons rassembler le plus de monde possible.

Après un soupir elle ajouta :

– Je suis tellement heureuse que tu sois là.

Azel serra plus fort la main de la jeune femme dans la sienne.

– Ne perds pas espoir maintenant. Nous pouvons le faire.

Leena lui adressa alors un sourire un peu ensommeillé. Elle sentit  comme une chape, mélange de fatigue et de responsabilités peser lourdement sur ses épaules. Le contrecoup des événements de la journée se fit cruellement ressentir et elle bailla à s’en décrocher la mâchoire. Penaude, elle s’excusa :

– Pardonne-moi, je suis éreintée.

Sans un mot, Azel hocha la tête, se redressa avant de se diriger vers la porte d’entrée. Leena fit l’effort de se lever pour le raccompagner. Spontanément, le jeune homme l’embrassa sur le front et lui souhaita bonne nuit avant de se retransformer en félin. La mage lui ouvrit la porte et il se frotta deux trois fois contre ses jambes avant se s’éclipser dans la nuit.

Leena referma derrière lui et se précipita sous le duvet de sa couverture, la tête pleine de craintes et d’espoir.

Quelques jours plus tard, Leena se trouvait debout devant une assistance hétéroclites d’une vingtaine de personnes. Clarissa avait arrangé cette rencontre. Officiellement il s’agissait simplement d’une petite fête informelle pour le retour de la jeune femme parmi eux. Mais ici dans la maison bondée de Clarissa, il était impossible de se méprendre sur la caractère secret et tendu de cette réunion.

La jeune femme les regarda tous dans les yeux, à la fois intimidée par leur nombre et heureuse de leur présence et de leur confiance. Evidemment, Clarissa s’était arrangée pour ne réunir que les gens qui prêtaient plus d’attention à ce qui se passait dans le camp et qui n’approuvait aucunement la direction et les décisions que prenaient Owen. Il y avait le cuisinier du camp, le précepteur Jonah avec qui Azel avait demandé à travailler afin de se rendre utile et de parfaire sa couverture au camp, quelques personnes assignées à la garde dont Maggie qui les avaient accueillis le premier jour et des gens qu’elle connaissait un peu moins bien. Tous regardaient la jeune femme. Certains avec des regards hésitants, comme s’ils n’arrivaient pas à réaliser eux-mêmes ce qu’il faisait là, d’autres avaient déjà le regard déterminé.

Face à toute cette attention la jeune femme se sentit mal à l’aise et lui rappela les représentations de chant qu’elle faisait à Dénérim lorsqu’elle était plus jeune. Sauf qu’à l’époque les choses étaient simples et elle savait ce que les gens attendaient d’elle. Aujourd’hui face à ces hommes et femmes, elle n’en était pas sûre. Clarissa se trouvait à ses côtés et la jeune femme essaya de puiser un peu de courage dans sa présence. Furtivement, elle croisa le regard d’Azel qui se trouvait dans un coin à l’écart, attendant le bon moment pour intervenir.

Elle prit alors une profonde inspiration et se décida à parler :

– Tout d’abord, merci à tous d’être là ce soir. Clarissa vous fait à tous une entière confiance et donc moi aussi. La confiance va être une chose primordiale ce soir. Si vous êtes ici, c’est que vous pensez également que ce camp ne peut plus vous apporter la sécurité et la paix que vous recherchez. Et vous avez raison. Owen n’a malheureusement plus nos intérêts à cœur, mais celui de son ambition et de sa propre gloire. Aujourd’hui il vous demande de pratiquer ou d’apprendre la magie du sang, demain il demandera le sacrifice de vos vies ou de celles et ceux que vous aimer. Il ne cherche plus la paix mais veut, au contraire, provoquer une guerre. Je vais être tout à fait franche avec vous, je ne suis pas partie pour trouver de nouveaux résidents. J’avais une idée, peut-être un peu folle, pour essayer de vous faire sortir de là, avant qu’il ne soit trop tard. Je suis allée dans le seul endroit, à mon sens, qui pourra nous offrir la paix et la protection que nous cherchons tous.

Des murmures se firent entendre dans la salle et les gens la dévisageait maintenant avec un intérêt et une curiosité non dissimulés.

–  Je suis allée voir l’Inquisition.

Les murmures se transformèrent alors en brouhaha de conversations inintelligibles. Leena essaya de ramener le calme et l’attention du groupe sur elle.

– S’il vous plait mes amis ! Calmez-vous et laisser moi vous expliquer.

Au bout de quelques minutes où rien ne changea, Clarissa décida d’intervenir et cria de sa voix rauque.

– Hey ! La Petite n’a pas fini !

Leena regarda la vieille femme avec autant d’horreur que d’attendrissement. Mais son intervention avait eu l’effet souhaité et le silence se fit, par respect ou par étonnement devant l’autorité de la vieille mage.

– Euh… Merci Clarissa. Je vous disais donc que je me suis rendue à Fort Céleste, leur base forte. Et croyez moi, elle est loin d’être aussi terrible qu’Owen veut bien nous le faire croire.

Un homme d’une cinquantaine d’années intervint brusquement :

– On ne peut pas leur faire confiance ! L’Inquisition ne fait qu’exploiter les mages et les traite comme des esclaves !

Légèrement en colère contre ces rumeurs ridicules qui n’avaient pas un fond de vérité, Leena essaya de garder son calme.

– Qu’en savez-vous ? Y êtes-vous déjà allés ? Tout ce que nous savons sur l’Inquisition c’est ce qu’Owen voulait bien nous en dire. Parce qu’il avait, soi-disant, passé quelques temps là-bas avant de s’enfuir. Moi j’y suis allée, et je me suis rendue à la justice de l’Inquisiteur Lavellan. Il savait que je venais du clan des Libertaires et que nous nous étions surement déjà croiser lors d’une escarmouche. Pourtant je suis là aujourd’hui. Parce que non seulement il ne m’a pas punie, mais en plus il a accepté que je revienne pour vous sauver de la mégalomanie d’Owen qui nous conduira à notre perte. Vous le savez, sinon vous ne seriez pas là ce soir. L’Inquisition n’exploite personne. Au contraire ! Nous serions enfin libres !

Maggie lui demanda alors :

– Et comment pouvons-nous te croire, Leena ? Il en va de nos vies  à tous.

Leena la regarda droit dans les yeux.

– Je le sais Maggie, mais franchement, quel intérêt j’aurais à vous mentir aujourd’hui. Si j’avais simplement souhaité partir, il me suffisait de disparaître, sans laisser de trace. J’en suis capable. Mais je suis revenue, je prends des risques pour vous. Parce que contrairement à Owen, je tiens à vous tous. Je vous connais presque tous personnellement et vous êtes un peu comme ma famille. Ma propre famille m’a abandonnée quand ils ont su que j’étais une mage. Moi je ne vous abandonne pas.

Elle avait presque les larmes aux yeux à présent et elle sentit que l’ambiance de la pièce avait changé. Le petit groupe de mage ne la regardait plus avec autant de méfiance, mais presque avec affection et une nouvelle détermination. Ils se consultèrent tous du regard, comme pour essayer de lire dans les pensées des uns des autres. Lentement elle tendit la main à Azel. Celui-ci se rapprocha pour se poster à ses côtés et prit sa main tendue. Leena expliqua alors :

– Je ne vous présente pas Azel, je crois que vous avez tous remarqué que je suis revenue avec lui il y a quelques jours. Azel et moi nous sommes rencontrés au Cercle de Férélden. Lorsque les rébellions de mages ont commencé à éclater, j’ai choisi la fuite alors que lui est resté au Cercle. Il a finalement été recueilli par l’Inquisition.

Mal à l’aise devant cette foule Azel fit pourtant l’effort de prendre la parole. Il savait que ce moment était important. Les mages avaient besoin d’être rassuré et puis cela faisait partie de sa mission. Il ne voulait surtout pas tout gâcher à cause de sa timidité.

– Je sais que vous n’avez pas de raison de me faire confiance. Si je suis ici c’est sur l’ordre de l’Inquisiteur Lavellan. Comme vous, j’ai été un peu perdu après la dissolution de nombreux Cercles. L’Inquisition saura vous accueillir et vous protéger. Comme Leena vous l’a fait remarqué, je n’avais aucun intérêt de partir pour cette mission si c’était pour venir vous mentir.

Une autre jeune femme demanda :

– L’Inquisition a fort à faire avec Corypheus il me semble. Et je sais ce qui est arrivé à Darse. Comment l’Inquisition peut-elle nous garantir la paix alors qu’elle est en guerre contre une chose qui dépasse notre entendement ?

Leena s’était préparé à ce genre de craintes.

– Vous ne serez absolument pas obligé de venir à Fort Céleste. Il existe de nombreux villages sous la protection de l’Inquisition. Vous serez libres ! Il ne s’agit pas d’un piège, je ne l’aurais pas permis.

Puis c’est Jonah qui prit la parole.

– D’accord nous te croyons Leena. De toute façon comme tu l’as fait remarqué, nous étions tous à moitié convaincu et nous voyons bien qu’Owen n’est plus le même. Mais que proposes-tu exactement ? Nous sommes presque une soixantaine de personnes à vouloir partir si tu retires les fidèles d’Owen. Il trouvera sans doute suspect que nous partions tous en même temps… et pour quelle destination en plus ?

– Il y a un petit village sous protection de l’Inquisition à quelques kilomètres d’ici. Nous nous réfugierons là-bas. Nous attendrons le moment propice, quand Owen et d’autres de ses lieutenants seront partis en mission à l’extérieur. Azel de son côté se chargera de prendre contact avec Fort Céleste qui nous enverra du renfort pour notre sécurité au village. Dès qu’Owen sera neutralisé, nous nous organiserons pour savoir où tout le monde veut aller. Nous aurons ensuite le temps.

Maggie reprit la parole, soudain inquiète :

– Neutralisé Owen ? Que voulez-vous dire ? Le tuer c’est ça ?

Leena fit un geste d’apaisement de la main.

– Nous espérons ne pas devoir en arriver là. Mais cela reste une possibilité. Comme vous, je connais Owen depuis longtemps. Il a été  comme un père pour moi et le trahir aujourd’hui me fait autant de mal qu’à vous. Mais je l’ai vu changé et l’homme qui m’a appris à maîtriser ma magie n’est pas ce fanatique d’aujourd’hui qui ne pense qu’à conquérir plus de pouvoir. Pourquoi  croyez-vous qu’il vous a demandé d’apprendre à pratiquer la magie du sang ? Il est prêt à faire de nombreux sacrifices, et dans son plan nous sommes les agneaux sacrificiels.

Jonah demanda à nouveau :

– Qu’attends-tu de nous Leena ?

– Lorsque tout sera prêt et qu’il sera temps de passer à l’action, pour ceux qui le souhaite, tenez vos affaires prêtes. Prévenez le maximum de personnes, des personnes de confiance. Nous vous donnerons des instructions claires et précises. C’est tout ce que je vous demande. En dehors de votre discrétion absolue sur ce qui a été dit ce soir.

C’est Clarissa qui clôtura la réunion.

– Vous avez entendu la Petite ? C’est maintenant à nous prendre notre destin en main. Ceux qui tiennent à mourir, il vous suffit de rester ici. Pour les autres, vous savez maintenant quoi faire pour vous mettre à l’abri, vous et vos proches. Moi c’est tout décidé, je m’en irais dès que possible avant de devenir un outil dans une guerre insensée.

Les gens se mirent ensuite à discuter entre eux, certains se rapprochèrent de Leena pour avoir les réponses à leurs dernières craintes et la jeune femme fit ce qu’elle put pour les rassurer au mieux.

Clarissa les fit ensuite sortir par petit groupe pour éviter d’éveiller les soupçons et bientôt la jeune femme et Azel furent seuls avec la vieille mage et le petit Tom. Azel partit à son tour en leur souhaitant une bonne nuit et la jeune femme se sentit légèrement déçue, sans trop savoir pourquoi.

Clarissa prit soudain Leena dans ses bras et lui murmura, émue.

– Merci pour tout ce que tu fais pour nous Petite. C’est important. Les gens font leur septiques mais ils savent tous que tu ferais tout pour eux et que tu es leur meilleure solution. Nous te devons tous une reconnaissance éternelle, Leena.

Celle-ci lui rendit son étreinte :

– Oh rien n’est encore fait Clarissa. J’aimerais tellement que tout soit déjà terminé et que tout le monde soit à l’abri.

– Le plus important pour eux c’est l’espoir qu’ils vont pouvoir trouver un avenir meilleur.

Leena souhaita une bonne nuit à Tom et à sa vieille amie. A l’extérieur le froid lui redonna un peu d’énergie. La soirée avait été éprouvante et elle espérait de tout cœur avoir réussi à convaincre tout le monde. Et pourtant elle venait seulement de passer la première étape de leur mission, l’étape la plus facile. Ils avaient encore beaucoup de travail. Soulagée, elle passa enfin le pas de la porte de sa petite maison. Il ne restait que des braises rougeoyantes dans son foyer et l’air ambiant était glacial. Machinalement, elle leva la main, prête à utiliser sa magie de feu, mais hésita soudain. Depuis l’accident d’il y a quelques jours, elle avait peur. Mais elle allait devoir passer outre ses craintes. Elle allait avoir besoin de sa magie, des gens comptaient sur elle. Elle prit son courage à deux mains et tenta à nouveau. Le feu répondit immédiatement mais pour son plus grand soulagement elle sut le maîtriser sans problème et un bon feu flamba soudain. Une satisfaction absurde l’envahit.

– Tu es bien plus forte que tu ne le penses, Leena.

La jeune femme poussa un cri de surprise et se retourna si vite que la pièce se brouilla une seconde devant ses yeux. Elle posa sa main sur son cœur qui venait de manquer un battement.

– Azel ! Comment tu es entré ?

– Je me suis faufilé en même temps que toi.

– Oh très bien, bien sûr ! Tu voulais quelque chose en particulier.

– Je voulais juste te dire que je vais contacter l’Inquisiteur le plus tôt possible. Je le mettrai au courant de notre avancée et je lui demanderai d’envoyer des renforts le plus tôt possible.

Leena hocha la tête.

– Tant mieux. Oh et merci d’avoir accepté de parler devant tout le monde. J’imagine que ça na pas dû être facile.

– Ca n’était rien. Au début j’étais peut-être un peu détaché de toute cette histoire mais maintenant que je suis là, je suis bien décidé à sauver tout le monde, tout comme toi.

Leena lui sourit :

– Merci beaucoup pour eux.

Le silence s’installa entre eux, un peu lourd. Leena lui demanda alors :

– Voulais-tu me dire autre chose ?

Comme sorti de transe, le jeune homme se secoua et répondit :

– Non pas du tout. Bonne nuit Leena.

Azel fit quelques pas vers la porte puis s’arrêta soudain et finalement lui dit ce qu’il avait derrière la tête.

– Tu sais, ce soir, j’ai découvert à quel point tu as changé.

Leena haussa un sourcil mais ne dit rien, attendant patiemment qu’il développe son propos.

– Ce que tu es prête à faire pour ces gens… tu n’as pas hésité une seule seconde à te battre pour eux, pour leur survie et leur sauvetage. Je ne pense pas que la Leena que j’ai connu aurait fait ce choix… elle aurait sans doute fuit.

Leena réfléchit quelques instants avant de lui répondre.

– Tu as raison. C’est un fait, j’ai changé. Et c’est en partie grâce à ses gens, c’est pour ça que je leur dois beaucoup.

Azel sourit, presque tristement.

– Je regrette simplement que tu n’aies pas eu ce courage en ce qui nous concernait. Mais il s’agit du passé, et il est grand temps que l’on regarde vers l’avenir, n’est-ce pas ?

Légèrement confuse, Leena ne sut que lui répondre. Il avait entièrement raison.

Rapidement il revint vers elle et posa doucement les lèvres contre les siennes, bien trop rapidement au goût de la jeune femme.

– J’aime beaucoup cette nouvelle toi. Bonne nuit Leena.

Sans un mot de plus, ni un regard, le jeune homme sortit, laissant la jeune femme sur un petit nuage, un grand sourire sur les lèvres.

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