Chapitre 17 – Celui qui sort ce qu’il a sur le coeur

Ils arrivèrent dans un long couloir avec quatre portes. Seth se dirigea vers une première chambre en lui demandant de patienter quelques secondes. Il revient presque aussitôt le bras débarrassé de sa prothèse. A la place de son avant-bras manquant la manche avait été cousue sur son bras. Noria se demanda comment il prenait son nouvel handicap, mais n’osa pas lui en parler. Seth la conduisit ensuite vers le bout du couloir, vers la dernière porte, l’ouvrit et laissa passer Noria dans la pièce qui deviendrait sa nouvelle chambre. La jeune elfe l’observa brièvement. Elle était assez spacieuse. Un grand lit en bois, une armoire et un bureau composaient les seuls meubles de la pièce. Une petite cheminée, éteinte pour le moment, se trouvait sur le mur en face du lit. La chambre était d’une propreté impeccable et sentait le frais. Par contre l’air était vraiment froid et Noria ne put s’empêcher de frissonner et de se frictionner les bras pour essayer de les réchauffer.

– Voilà, c’est pas le grand luxe mais c’est assez grand.

– Ça ira très bien, merci.

– Je vais t’allumer un feu.

L’atmosphère entre eux était presque aussi glaciale que la pièce, et Noria ne savait plus où se mettre. Alors pour s’occuper pendant que Seth s’activait autour du foyer elle commença à défaire ses affaires. Bientôt une bonne flambée déversa sa lumière et sa chaleur dans la pièce. Elle s’occupa tout de suite de sortir son nécessaire à potions et grenades. Elle sentait le regard de Seth sur elle et sa nervosité augmenta d’un cran. Elle ne savait pas quoi faire pour désamorcer cette mauvaise ambiance entre eux, cette tension insoutenable. Alors elle lui demanda la première chose qui lui passa par la tête tout en alignant ses fioles vides.

– Comment va ta mère ?  Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles ?

– Elle va très bien. D’ailleurs, à ce propos, tu aurais pu me dire que tu l’avais rencontrée. Tu sais, le mentionner dans l’une de tes lettres…

– Je ne vois pas pourquoi. C’était entre elle et moi. A moins bien sûr que tu ne surveilles les relations de ta mère.

Seth soupira.

– Alors ça va être comme ça entre nous maintenant ? Aussi froid et distant que des étrangers.

Noria arrêta d’aligner ses fioles et le regarda bien en face.

– Je ne sais pas Seth, comment veux-tu que ça soit entre nous ?

Le jeune homme haussa les épaules.

– Je ne sais pas non plus Noria. Je pensais qu’on s’entendait bien, qu’on pouvait se parler librement. C’est toi qui as disparu sans raison, sans me donner de nouvelles. Je croyais qu’on était ami, manifestement je me trompais…

Noria plissa les yeux et sentit la moutarde lui monter au nez. Elle haussa légèrement la voix :

– Tu as un de ces culots ! Bon sang mais c’est TOI qui m’a rejetée ! Tu m’as bien fait comprendre que je n’étais pas la bienvenue au sein de l’Inquisition. TU m’as écartée de ta vie Seth ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je te supplie à genoux ?

Le ton sarcastique de Seth ne fit qu’amplifier sa colère.

– Et bien ça aurait pu être drôle. Mais bien sûr, tout est de ma faute, je ne suis qu’un égoïste dans cette histoire. Alors excuse-moi d’avoir essayé de te protéger, parce que, clairement l’Inquisition c’était des vacances ! Je ne sais pas si tu as entendu parler de Darse ? Mille cinq cent morts.

Le ton de Noria monta encore d’un cran.

– T’aies-tu seulement demandé ce que je ressentais, Seth ? Non ! Et tu sais pourquoi parce que c’est ce que tu es : Un foutu d’égoïste ! Mais j’espère que ta petite conscience n’a pas été trop perturbée. Je m’en voudrais beaucoup !

Seth serra les mâchoires mais ne changea pas le ton de sa voix.

– Et toi tu ne m’écoutes pas. Tu t’emportes comme d’habitude. Et moi qui pensait que tu aurais un peu mûri. Tu te comportes comme une gamine. Je te répète que l’inquisition n’avait rien d’un parcours de santé. Tu étais blessée tu ne m’aurais servi à rien !

Il ne lui aurait pas fait plus mal si l’avait frappé physiquement.

Elle fit un premier pas vers lui et hurla presque.

– C’est tout ce que je suis pour toi, Seth ? Un boulet ? Je savais que tu m’avais menti, tu m’avais pourtant dit que tu ne m’abandonnerais pas ! Mais c’est bel et bien ce que tu as fait, tout ça parce que je suis borgne ! Quelle idiote ! Je me suis entraînée pendant des semaines, des mois pour récupérer cent pour cent de mes capacités. Mais ça tu t’en fiches !  Tout ce que tu vois c’est le bandeau sur mon œil. Je ne pensais vraiment pas que tu étais ce genre d’homme !

Seth roula des yeux, exaspéré et avança également d’un pas.

– Tu sais très bien que je tenais à toi et je serais plutôt mal placé pour te résumer à ton handicap.

Noria ne put s’empêcher de relever.

– Tenais hein ?

– Oui tenais. Je ne sais pas vraiment si je tiens encore à l’espèce d’hystérique devant moi. Tu as changé.

– Bien sûr que j’ai changé ! Tu croyais quoi ? Que j’allais patienter toute ma vie, à jouer la bonne Dalatienne, attendant, le cœur palpitant, que tu daignes te souvenir de moi.

Seth énuméra alors :

– Sauvez Férelden, sauver Orlaïs, abattre des tonnes de dragons, sauver Thédas d’une invasion Qunari, oh et sans oublier une espèce d’engeance-magister que j’ai renvoyé dans l’Immatériel ! Vraiment je suis impardonnable de ne pas avoir trouvé le temps de venir te voir !

Noria grogna d’exaspération et réduisit la distance entre leur deux corps, qui se touchaient presque maintenant.

– Pardonnez-moi oh Inquisiteur ! Mais encore une fois je te le répète, j’étais prête à venir te rejoindre ! Avant que tu ne m’envoies cette lettre !

– Vraiment je pensais que tu avais l’instinct de survie plus développé que ça. Tu serais peut-être morte à l’heure qu’il est.

Noria haussa à nouveau la voix.

– J’aurais peut-être préféré !

– Alors tu es une idiote.

Noria vit rouge et elle se mit à tambouriner du poing le torse de Seth, qui d’abord, trop surpris pour se défendre, essaya de l’arrêter.

– C’est toi l’idiot ! Tu ne comprends vraiment rien !

– Arrête Noria !

– Non je n’arrêterais pas ! Pourquoi n’arrives tu pas à comprendre que j’aurais mille fois préféré rester avec toi, quitte à mourir pour une noble cause, plutôt que de dépérir au Clan ! Pourquoi n’arrives tu pas à comprendre ? Une fois que tu es parti, je n’étais plus rien pour toi… Rien du tout. Et dans tes lettres tu semblais tellement distant, alors j’ai fait pareil, par fierté, par stupidité ! Pourquoi n’arrives-tu pas à comprendre que ton rejet m’a fait plus de mal que la perte de mon œil ? Pourquoi …

Son dernier mot se perdit dans un murmure et elle finit par arrêter ses coups de poings qui reposaient maintenant contre le torse de Seth. Avec horreur elle sentit des larmes brouiller ses yeux et s’écouler doucement. Seth s’était figé pendant sa confession et la regardait avec une telle intensité qu’elle se sentit comme hypnotisée. Elle n’était plus qu’un maelstrom d’émotions brutes ; colère, rage, désir, amour, amitié, honte. Elle voulait le frapper encore et l’embrasser à perdre haleine. Elle voulait lui hurler dessus et lui murmurer qu’elle l’aimait toujours. Mais elle se contenta de rester paralysée sous son regard doré qui l’avait épinglée.

Seth, lui, se sentait honteux. Honteux de lui avoir sorti des piques qu’elle ne méritait pas, honteux de lui avait fait du mal alors que c’était bien la dernière chose qu’il voulait. Mais il n’avait que chercher à la protéger et pour ça il ne méritait pas non plus les reproches qu’elle lui avait fait.

Délicatement, il leva la main et lui essuya tendrement la joie gauche, puis il la passa derrière sa nuque et l’attira contre son torse. Noria se blottit contre lui et ferma les yeux, abandonnant totalement sa lutte contre ses larmes qui s’écoulaient maintenant librement. Seth la serra contre lui et murmura :

– Je suis désolé Da’mi, je ne voulais pas te faire du mal. Je suis vraiment désolé.

– Comment on en est arrivé là ?

– Mmm… peut-être parce qu’on est deux idiots, trop fiers pour communiquer normalement.

Noria rit à travers ses larmes.

– Tu m’as manqué, Beau Gosse !

– Toi aussi tu m’as manquée. Je suis heureux que tu m’aies retrouvé.

– Je suis désolée de t’avoir traité d’égoïste.

– Un foutu égoïste pour être exact.

Noria grommela.

– Oui bon si tu veux, je suis désolée de t’avoir traité de foutu égoïste.

– Et tu m’as traité d’idiot aussi…

Noria releva la tête et croisa son regard rieur.

– Tu n’as pas changé Beau Gosse, tu es toujours aussi insupportable !

– Oui mais ça fait partie de mon charme !

Noria lui donna une pichenette sur le nez et recula d’un pas.

– Tu es l’homme le plus exaspérant que j’ai jamais vu ! Bon maintenant qu’on s’est bien excusé, je propose qu’on laisse tout ça derrière nous et qu’on reparte à zéro.

– Je crois bien que c’est la meilleure idée que tu aies eut de la soirée.

Elle lui tendit alors la main, en un geste amical.

– Bien. Je m’appelle Noria enchantée de te rencontrer !

Se prenant au jeu Seth lui prit la main. Mais à la place de lui donner la poignée de main attendue, il la porta à ses lèvres et la baisa, la faisant frissonner de la tête aux pieds.

– Enchantée Noria. Je suis Seth.

– Eh bien Seth, comme on vient de se rencontrer, il serait tout à fait indécent que tu restes plus longtemps dans ma chambre. On ne sait pas ce que les gens pourraient penser ! Et puis j’ai eu une soirée que je qualifierais de …mouvementée ! J’ai besoin de recharger mon énergie.

Seth rit et ouvrit la porte.

– Très bien Da’mi. Bonne nuit alors. A demain.

– A demain Seth. A demain.

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