Chapitre 16 – Celui qui laisse parler son instinct

Noria croyait rêver. Il était là ! Devant elle, et malgré quelques changements physiques, le doute n’était pas permis. Son cœur s’emballa, ses mains se mirent à trembler et ses lèvres s’étirèrent d’elles-mêmes en un sourire radieux. Rapidement elle le dévora des yeux. Il portait une veste courte et une jupe fendue sur le devant, de couleur foncée sur une chemise plus claire et un pantalon noir. Ses cheveux paraissaient plus foncés que dans son souvenir. Il ne les rasait plus sur un côté et les portaient maintenant attachés en un chignon lâche. Ses yeux avaient beaucoup changé, ils avaient gardé leur pétillement mais semblaient cacher quelque chose de plus sombre. Il semblait plus mature, plus posé qu’avant.

Mais ce qui la frappa évidemment le plus, fut la prothèse arbalète qu’il portait à la place de son avant-bras gauche. Que lui était-il arrivé ? Mais après tout cela n’avait pas d’importance. Non ce qui comptait par-dessus tout c’était qu’il soit en vie et devant ses yeux.

Son examen dura quelques secondes jusqu‘à ce que son caractère impulsif prenne le dessus. Sans trop réfléchir donc, elle s’élança vers lui et se jeta littéralement à son cou. Ses bras s’ancrèrent immédiatement autour de son cou et ses jambes fines entourèrent sa taille.

Surpris, Seth perdit légèrement l’équilibre mais eut le réflexe de passer son bras valide autour de la taille de la jeune elfe, la maintenant contre lui. Noria resserra encore son étreinte, savourant la fermeté et la chaleur de son corps. Le nez dans son cou, elle huma son odeur qui lui avait tant manqué en répétant encore et encore :

– Tu es vivant…

Même s’il l’avait voulu, Seth n’aurait pas pu se dégager de la jeune femme. Et de toute façon il n’en avait aucune envie. Sentir ce corps chaud et féminin contre lui, tellement familier, le ravit au plus haut point.

Sera, laissée de côté pendant quelques minutes et n’approuvant pas du tout, interrompit leur retrouvailles en lâchant :

– Mais c’est quoi ce bordel ? Vous vous connaissez ?

Noria ne fit absolument pas mine de relâcher son étreinte. Elle entendit alors Seth murmurer dans son oreille :

– Da’mi, moi aussi je suis heureux de te revoir mais tu es plus lourde que dans mes souvenirs je suis en train de fatiguer. Promis je ne vais pas m’envoler si tu me lâches.

Da’mi … comme ce simple mot lui avait manqué ! Il utilisait encore le petit surnom affectueux qu’il lui avait donné, il ne l’avait donc pas oubliée ! Mais pourquoi parlait-il de son poids ? C’était d’une goujaterie ! Comme pour se justifier elle murmura indignée :

– C’est la faute des gâteux orlésiens !

Seth éclata de rire et subitement Noria revint à elle. Légèrement embarrassée et se maudissant d’avoir laissé son instinct réagir avant sa tête, elle redescendit sur le sol, se gratta la gorge et s’éloigna d’un pas.

– Je m’appelle Noria et oui j’ai connu Seth avant le Conclave, j’aurais dû l’accompagner avant l’accident qui m’a coûté mon œil droit.

Sera observa la légère rougeur des joues de Noria et le sourire tendre de Seth. Mouais quelque chose s’était passé entre eux et elle allait évidemment essayer de découvrir quoi. Elle se tourna vers Seth qui se contenta de hausser les épaules, et lui lança un regard qui avait l’air de dire « Occupe-toi de tes fesses »

– Ahh oui ? Bizarre il ne nous a jamais parlé de toi !

Voilà un coup de poignard qui venait de rentrer droit dans son cœur. Blessée, Noria se tourna vers Seth, croisa son regard et murmura :

– Non j’imagine que non, pourquoi l’aurait-il fait ?

Seth allait répliquer quelque chose mais Noria ne voulait pas entendre ses excuses alors elle le coupa net :

– Bien la question de la survie de Seth étant réglée, je vous ai fait venir ici pour autre chose.

Comme si subitement Seth se souvenait qui il était venu voir ce soir il demanda :

– Mais alors c’est vraiment toi qui as mis les Amis de Jenny sur la sellette ses dernières semaines ?

Noria eut un petit sourire.

– Oui c’est bien moi.

Sera intervint :

– Bah c’était pas l’idée la plus brillante du siècle. Tu ne pouvais pas faire comme tout le monde et nous laisser un message, comme tu l’as fait pour nous attirer ici d’ailleurs ?

Noria haussa les épaules :

– Si j’aurais pu m’en contenter mais je préfère faire les choses à ma manière. Et puis où aurait été le fun dans tout ça !

Sera allait répliquer mais dû s’avouer vaincue devant l’évidence. Alors elle demanda à son tour :

– Et je suppose que c’est aussi toi, celle qui fait parfois le job à notre place ?

– Si tu insinues que j’aide les personnes qui me le demandent, alors oui c’est moi.

Seth plissa les yeux.

– Da’mi tu sembles avoir une vie des plus palpitantes il va falloir que tu me racontes ça !

– Je ne te le fais pas dire ! Mais là, je suis sur quelque chose de trop gros pour moi toute seule. Je sais reconnaître mes limites et faire face à un psychopathe et un tueur en série, c’est ce que j’appelle largement les dépasser !

– Comment ça ?

Alors elle leur expliqua comment elle était tombée sur cette affaire. Tout en parlant elle fit de grand geste et ne cessa de marcher de long en large. Fascinés, Sera et Seth la regardèrent évoluer dans la pièce, semblant soudain remplir l’espace de son énergie.

-…or vous vous en doutez bien, tout le monde se fiche royalement de la disparition d’elfes. Le plus frustrant c’est que je ne sais rien de cet assassin. Tout ce que je sais, je l’ai appris en enquêtant sur les victimes. Elles étaient toutes les deux elfes et avaient entre vingt et trente ans. Elles étaient apparemment particulièrement jolies, pour ne pas dire carrément parfaite. Le physique très elfique, vous voyez, grande, élancée, élégante et le visage parfait et pur. Et puis elle était aussi parfaite de caractère. Toujours charmante, souriante, leurs employeurs n’avaient absolument rien à redire sur elle. Ah autre chose, le petit-ami de l’une des deux m’a confiée que la victime recevait une douzaine de roses rouges tous les jours, une semaine avant sa disparition. Je ne sais pas si ça à quoique ce soit à voir avec l’affaire mais cela fait peut-être parti de son mode opératoire.

Sera demanda à Seth en aparté :

– Elle est toujours comme ça ? On dirait une boule d’énergie ! Elle va réussir à débarrasser le sol de la poussière si elle continue à s’agiter.

– De ce que je me souviens, oui ! Noria est comme ça.

– Intéressante ton amie…

Noria s’était enfin arrêtée et les poings sur les hanches, elle les observait d’un œil furibond.

– Dis donc je vous embête ? Vous pourriez au moins faire semblant de m’écouter non ?

Seth mentit effrontément.

– Mais on t’écoute ! On était justement en train de discuter de ton affaire !

– Bah tiens ! Prends moi pour un cochard ! Bon vous allez m’aider oui ou non ? Pendant qu’on discute il est surement déjà en train de choisir sa prochaine victime.

Seth interrogea Sera du regard, après tout, des deux c’était elle la plus apte à prendre des décisions pour les Amis. L’elfe lui fit un bref hochement de tête.

– D’accord on va t’aider, Da’mi.

Noria soupira de soulagement.

– Merci. Je ne veux plus jamais tombée sur le corps mutilé d’une de ses femmes. J’ai, d’abord, besoin que vous activiez votre réseau et que vous préveniez toutes les femmes elfes. Si jamais elles ont reçu des fleurs régulièrement depuis quelques jours, il ne faut pas qu’elles sortent. Je ne sais pas comment le meurtrier les choisit ni où.

Sera croisa les bras, le regard ailleurs.

– Pourquoi leur offrir des fleurs ?

Noria haussa les épaules.

– Je ne sais pas. Peut-être qu’il essaie de leur faire la cour ? De les séduire ? Mais quelque part quelque chose tourne mal et il finit par ne ressentir que de la rage pour elle.

– Tu sembles avoir bien analysé la situation Da’mi.

Noria plongea à nouveau son regard dans le sien, une lueur déterminée faisait briller son œil doré.

– Je vous l’ai dit, plus jamais ça !

Ils convinrent qu’il était préférable que Noria vienne s’installer « au quartier général  » des Amis de Jenny, c’est-à-dire là où ils logeaient tous les deux. Sera expliqua à la jeune elfe qu’il y avait actuellement trois agents actifs à Val Royaux, plus Seth et elle. Beaucoup d’agents elfes avaient mystérieusement disparu au fil des mois. Leur effectif étant réduit, les amis étaient moins efficaces que d’habitude. Mais elle pouvait toujours compter sur son réseau. Ils se mirent donc en route, décidant de passer d’abord par l’appartement de Noria pour récupérer ses affaires puis de rentrer. Sur le chemin Noria se tenait légèrement en retrait, écoutant Seth et Sera échanger des piques et des remarques.

Noria ne savait pas trop quoi penser de cette Sera. D’un côté elle l’a trouvait assez sympathique, bien qu’un peu folle. Et puis de l’autre elle ne pouvait pas s’empêcher d’éprouver un soupçon de jalousie. D’une part parce qu’elle avait été un compagnon pour Seth pendant les années où il avait refusé qu’elle le rejoigne et surtout par la complicité que les deux Amis semblait partager. Il y a quelques années c’étaient avec elle qu’il aurait échanger à bâtons rompus. Elle fixa le dos de Seth, le regard triste. Comme s’il pouvait le sentir, Seth se tourna brusquement vers elle et lui adressa un regard surpris. Heureusement pour elle, ils venaient d’arriver devant son logement. Rapidement elle leur demanda d’attendre et partit précipitamment pour échapper à ses yeux dorés.

Elle prit quelques sacs et fourra ses affaires à l’intérieur. Le plus délicat fut de se décider sur quoi emmener donc elle empaqueta le maximum.

C’est une Sera et un Seth ahuris, qui la virent redescendre les marches, les bras et le dos chargés de sacs, soufflant bruyamment sous l’effort.

– Qu’est-ce… qu’est -ce que vous attendez pour venir m’aider !

Seth explosa de rire.

– Tu as pris tout ton appartement ?

Sera semblait réellement choquée.

– Sérieusement ? T’es obligée de prendre tout ça ?

– Oh c’est juste quelques affaires hein. Et oui je suis obligée de les prendre ! Question de vie ou de mort. Bougez vous on va pas rester toute la nuit ici !

Avec un soupir les deux compagnons s’exécutèrent. Ils marchèrent encore quelques minutes avant de s’arrêter devant une petite maison. Juste à côté de la taverne. Noria haussa un sourcil et se tourna vers eux.

– La taverne hein ? Vous n’avez pas trouvés plus discret comme endroit ?

Sera s’expliqua aussitôt, comme piquée au vif.

– Eh bien figure-toi mademoiselle que c’est bien plus pratique! On est au cœur des rumeurs ici.

Elle ajouta en gloussant.

– Et puis c’est plus facile de retrouver la maison quand on est ivre.

Seth quand à lui leva les mains en signe de reddition.

– Je décline toute responsabilité. C’est elle la chef, je ne suis qu’un agent parmi d’autres.

Ils entrèrent et Noria fut surprise de découvrir une maison assez coquette sur deux étages. Au rez-de-chaussée se trouvait la cuisine avec une grande table pour prendre les repas et une autre pièce bien plus grande qui semblait faire office de conseil de guerre et de salle d’entrainement. Noria supposa que les chambres se trouvaient à l’étage. La maison était propre et sentait bon les fleurs séchées.

– Eh bien je ne m’attendais pas à ça ! C’est coquet chez vous, dites donc !

Sera bâilla à s’en décrocher la mâchoire.

– Moui j’aime pas quand c’est sale ! Bon je vais me coucher, je suis claquée ! Seth tu t’occupes de lui montrer sa chambre. Demain je vais organiser une réunion avec les autres agents. Il faut qu’on se coordonne un minimum si on veut être efficace. Bonne nuit les Dalatiens !

Sera monta les escaliers et les laissa seuls, dans un silence assez inconfortable.

Seth se racla la gorge.

– Viens je vais te montrer ta chambre.

Noria le suivit dans les escaliers. Dans son nouveau chez elle, dans la maison de Seth. En une soirée, sa vie avait prit un tournant des plus surprenants.

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