Chapitre 15 – La pierre rouge

Leena ouvrit la porte de sa maison en poussant un profond soupir. Elle ne savait pas vraiment si elle était heureuse d’être de retour. En tous les cas, elle était soulagée de retrouver tout le monde. Elle n’avait pas pu s’empêcher compter pour savoir s’il ne manquait personne. Elle était passée par les cuisines pour vérifier les stocks et par la classe, prodiguée par Jonah, un mage qui alliait sagesse et expérience. Les enfants faisaient de sacrés progrès. Elle avait discuté avec lui de cette histoire de magie du sang qu’Owen souhaitait voir enseigner aux plus jeunes. Le mage enseignant semblait tout simplement outré par l’idée même de pratiquer la magie du sang et encore plus de l’enseigner à des enfants. Au moins elle savait maintenant que les leçons de magie du sang n’avaient pas encore été prodiguées.

Sa petite maison était exactement dans le même état que lorsqu’elle l’avait quittée, elle savait que Clarissa avait dû se charger de faire un peu de ménage pendant son absence. On lui avait même déposé un bac d’eau propre. Rapidement, elle se lava les mains et le visage, se préparant mentalement à la conversation qu’elle allait devoir avoir avec Owen.

Elle était encore en colère contre Azel. Comment avait-il pu croire un seul instant qu’elle aurait pu lui cacher l’existence de leur enfant ? Enfant qui n’existait pas de tout façon. Malgré elle, elle ne put s’empêcher de s’imaginer la tête qu’aurait un enfant né de leur union. Très vite, elle chassa ses rêveries, elle avait malheureusement d’autres chats à fouetter.

On toqua alors à sa porte :

– Leena ? Owen est de retour et souhaite vous voir au plus vite.

La jeune femme se redressa et dans un geste presque instinctif, elle vérifia sa coiffure et défroissa, bien inutilement, sa robe, fatiguée par leur voyage. Owen lui avait toujours fait cet effet-là. Elle souhaitait toujours son approbation et le petit sourire de fierté qu’il lui adressait lorsqu’il l’avait aidée à maîtriser sa magie. Lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première fois, elle était dans un état assez misérable. Elle n’avait pas mangé depuis quelques jours et n’avait que peu dormi, de peur de faire de mauvaise rencontre. Les mages libres et rendus presque fous pour certains, n’hésitaient pas à attaquer toute personne rencontrée sur leur chemin.

Owen l’avait alors recueillie dans son petit groupe de mages et s’était tout de suite lié d’amitié avec elle. Il était alors un homme éclairé, sage et respectueux de la vie et des autres. Il n’avait donc, malheureusement, plus grand-chose à voir avec l’homme qu’il était devenu au fil du temps. Devant Azel, elle avait minimisé son attachement envers cet homme. Au fil des jours et des semaines qu’ils avaient passé ensemble, elle l’avait petit à petit considéré comme un père. Celui qu’elle avait longtemps imaginé, depuis toute petite. Un homme qui avait à cœur son bonheur et son bien-être. Voir sa déchéance avait été terriblement douloureux pour elle. Et aujourd’hui elle craignait de lui faire face. Malgré ce qu’elle pensait de lui aujourd’hui, elle l’avait trahi et elle n’était soudain plus certaine de savoir comment lui faire face. Elle se remémora alors les risques qu’encouraient les innocents qui pensaient être en sécurité dans ce camp et prit donc une profonde inspiration avant de répondre d’une voix qu’elle espérait assurée :

– Bien sûr ! J’arrive tout de suite.

Elle se dirigea vers la Salle Commune, qui servait aussi de bureau principal pour Owen, d’un pas qu’elle espérait assuré. Elle monta les quelques marches pour entrer dans la salle, ou plusieurs personnes étaient en train de préparer les tables pour le dîner. Leena les salua rapidement, puis grimpa la deuxième volée de marches pour atterrir devant la porte fermée du bureau d’Owen. Elle toqua et attendit patiemment. Enfin, on lui répondit :

– Entrez !

Elle poussa la porte de bois et pénétra dans la pièce. Grande et haute de plafond, elle possédait une grande fenêtre d’où l’on avait une vue imprenable sur le camp. Le bureau d’Owen était petit, mais rempli de papiers en tout genre. Une petite cheminée dispensait un peu de chaleur dans la pièce.

Lorsqu’elle était entrée, le chef des Libertaires s’était tourné vers elle. Aussitôt qu’il la vit, il ouvrit grand les bras.

Owen était un homme de petite taille, mais il compensait par un charme que ses cinquante années n’atténuaient pas et une voix mélodieuse associé à un vrai talent d’orateur. Seules quelques rides autour de ses yeux bruns et la couleur poivre et sel de ses cheveux trahissaient son âge. Il lui sourit :

– Leena ! Je suis tellement heureux de te revoir !

La jeune femme lui sourit à son tour et vint se serrer contre lui. Après une brève étreinte, il lui demanda.

– Tu es partie depuis tellement longtemps ! Que t’ai-t-il arrivé ?

– Oh c’est une longue histoire !

Owen fit un geste ample vers un fauteuil.

– Eh bien installe-toi donc et raconte-moi tout.

Leena prit place sur l’un des sièges de la pièce et Owen s’installa en face d’elle, prêt à écouter son rapport.

Essayant d’agir comme elle en avait l’habitude, elle lui raconta le plus précisément la petite fable qu’elle avait montée, tâchant de rester le plus près possible de la vérité. Au bout de quelques minutes elle se releva pour préparer le thé comme l’aimait Owen. C’était un petit rituel entre eux. Owen et elle était quasiment les seuls amateurs de bon thé dans le clan alors elle avait pris l’habitude de le servir lorsqu’ils étaient seuls. A la fin de son récit, Owen se gratta pensivement le menton.

– Penses-tu que nous puissions faire confiance à ce Azel ?

Leena prit le temps d’avaler une gorgée du breuvage chaud avant de répondre.

– Eh bien, c’est difficile à dire, je ne l’ai côtoyé que pendant quelques jours, mais il semble las de sa vie de voyageur solitaire.

– Oui nous verrons bien. En tout cas cela fera un soldat de plus pour la liberté des mages.

La jeune femme ne put que lui adresser un sourire un peu crispé et tenta de changer de sujet.

– Et alors ? Que s’est-il passé dans le clan pendant mon absence ?

Le mage se gratta la gorge et lui lança un sourire énigmatique.

– Oh beaucoup de choses ! Nous n’avons pas chômé pendant ton absence.

– A toi de me raconter alors.

– Tout d’abord j’ai créé officiellement une petite milice. J’y ai nommé des personnes sûres, fidèles à notre cause et douées pour la magie de bataille.

Une boule se forma dans la gorge de Leena.

– Une milice ? Alors tu vas donc passer à l’offensive comme tu m’en avais parler. Qui sont les heureux élus ?

– A terme oui, c’est ce que je souhaiterais, mais je compte bien enrôler petit à petit d’autres personnes, jusqu’à avoir une vraie petite armée.

Il lui cita ensuite une liste de noms qui ne fit rien pour apaiser l’angoisse de la jeune femme. Owen avait choisi une quinzaine de personnes. Des jeunes gens, pleins de fougue et de confiance, un cocktail explosif qui les amenaient à être prêts à tout et à se croire immortels, et aussi des personnes plus expérimentées, que Leena connaissait bien et méprisait en secret. C’était des espèces de mercenaires, qui n’acceptaient de vivre en communauté que parce qu’ils savaient que la situation des mages étaient trop précaires en ce moment. Ils ne levaient pas le petit doigt pour aider la communauté et Leena était persuadé qu’à la moindre occasion, ils s’en iraient sans un regard en arrière. En attendant ils étaient puissants, le savaient et aimaient se servir de leur magie à tout bout de champ. Ils avaient rapidement formé une petite communauté à part à l’intérieur du camp, respecté et crainte. Leur chef, ou plutôt leur porte-parole était un homme d’une trentaine d’années, Bron que Leena détestait tout particulièrement. Il regardait tout le monde de haut et plus d’un fois elle avait senti son regard sur elle, un regard qui ne lui plaisait pas du tout. Heureusement, il n’avait jamais rien tenté contre elle. De toute façon, elle n’était pas sans défense et était, de plus, la petite protégée d’Owen.

Les choses avaient donc bien changé et les parias d’hier étaient devenus des lieutenants proches du chef aujourd’hui. Leena avait pressenti tous ces changements, mais cela lui causa tout de même un choc de savoir que la situation était bien pire que lorsqu’elle avait quitté le camp.

Elle ne sut trop comment, mais elle réussit à faire bonne figure et à sourire à Owen, comme si tout cela ne lui donnait pas envie de lui hurler qu’il n’était plus l’homme qu’elle avait appris à respecter et qu’il ne faisait plus rien pour la cause des mages mais uniquement pour amasser plus de pouvoir et d’autorité. Mais elle se tut et écouter stoïquement Owen essayer de lui prouver qu’elle devrait se mettre à la magie du sang, comme tout le monde. Même si elle savait que c’était quasiment inutile, elle ne put s’empêcher d’essayer de lui faire entendre raison avec toute la diplomatie dont elle était capable.

– Je comprends ce que tu essaies de faire. Nous rendre plus puissant pourrait être une solution pour qu’on nous laisse en paix. Mais je ne vois pas bien en quoi l’utilisation de la magie du sang nous aidera ? Tu sais qu’elle demande des sacrifices, du sang, souvent d’innocent…et qu’elle est souvent peu stable.

Owen se pencha vers elle, les yeux soudain animés d’une flamme étrange.

– Chaque guerre comporte ses sacrifices, Leena. Il va falloir que tu l’acceptes. Quant à l’instabilité de la magie du sang, j’ai peut-être trouvé une solution.

Le sourire qu’il lui adressa lui fit froid dans le dos. Il se leva subitement et alla récupérer quelque chose dans le sac qu’il emportait toujours en mission. Il en sortit un cristal étrange, de couleur rouge qui brillait de façon étrange, presque hypnotique. Aussitôt, Leena eut l’envie irrépressible de le prendre en main. Elle pouvait presque entendre la pierre l’appeler, lui susurrer à l’oreille combien elle serait plus forte si elle possédait ce cristal. Avec beaucoup d’effort et une volonté extrême, elle réussit à s’arracher à la fascination que lui procurait la pierre, pour réussir à demander :

– Qu’est-ce c’est ?

Owen semblait très fier de lui et regardait le cristal comme s’il s’agissait de son bien le plus précieux.

– Il y a quelques semaines, pendant que nous patrouillons les alentours, nous sommes tombés sur un groupe de templiers. Ils se comportaient de façon étrange, un peu comme ceux qui nous ont attaqué la toute première fois. Et surtout, ils avaient comme des malformations, des sortes d’excroissances sur le corps. Au prix d’un âpre combat, nous avons gagné et j’ai récupéré ce cristal sur l’un d’eux. Je ne savais pas trop ce que c’était mais je savais que ça n’était pas anodin.  Depuis j’ai fait des recherches : il s’agit de lyrium rouge. Un lyrium que l’on ne trouve que dans des coins bien particulier et que les nains se sont bien gardés de nous cacher pendant toutes ces années.

Il le fit tournoyer lentement à la lumière déclinante du jour, faisant chatoyer la pierre. Son appel se fit plus fort et Leena résista à l’envie de se boucher les oreilles pour arrêter ses murmures incessants. Owen, lui, semblait complètement fasciné et ne quittait pas le cristal du regard.

– Cette petite chose à des vertus particulières. Si tu avais vu Leena … quand je la tiens dans ma main, je me sens surpuissant. Et ça n’est pas qu’une sensation ! Je suis vraiment plus fort. Elle décuple la magie à un tel niveau !

Leena essaya de reprendre ses esprits mais elle sentait qu’elle n’allait pas bien. Sa magie du feu la démangeait. Elle voulait cette pierre, elle voulait tout brûler…Créateur, elle devait s’éloigner de cette chose.

– Owen, je ne suis pas sûre qu’utiliser ce lyrium soit une bonne idée. Il semble corrompu…étrange. C’est trop risqué.

– Alors tu l’entends aussi, n’est-ce pas ? C’est comme s’il chantait.

La jeune femme aurait plutôt comparé cela au murmure d’un serpent vénéneux.

– Ce lyrium est sublime ! Il va nous permettre de conquérir tout Thédas, Leena. Ne le sens-tu pas ?

Les doigts crispées autour des accoudoirs en bois, la jeune femme lui demanda :

– Y’en a-t-il d’autre ?

Owen s’arracha à la contemplation de la pierre et tourna les yeux vers elle.

– Pas assez pour tout le monde mais suffisamment pour mes lieutenants. Tu en auras bientôt une toi aussi.

Elle se retint de lui dire qu’elle préférerait périr par l’épée d’un templier que de manipuler cette chose qui lui faisait autant horreur qu’envie. Cela lui demandait de plus en plus d’effort de contrôler le feu en elle et pour la première fois depuis des années, elle sentait qu’elle ne contrôlait plus rien. Enfin, le chef des Libertaires remarqua qu’elle ne semblait pas bien.

– Leena ? Tu es toute pâle…

– Je… je crois que j’ai besoin de sortir un peu.

Il se rapprocha soudain d’elle et lui brandit le cristal devant les yeux et la jeune femme ne put retenir un gémissement de détresse. Le feu, il voulait tout détruire. Owen ne semblait pas se rendre compte que la pierre était la source de son désarroi. La jeune femme tenta de reprendre le dessous et répéta :

– Je vais… bien. Je dois juste… prendre l’air. Désolée, Owen, nous allons devoir remettre cette discussion à plus tard.

Le mage lui sourit.

– Bien sûr Leena, nous avons un plan de bataille à mener !

La jeune femme ne prit même pas la peine d’essayer de lui sourire en retour, et se précipita dehors. Enfin sortie de cette atmosphère irrespirable, Leena respira un bon bol d’air frais. Malheureusement il n’eut pas l’effet escompté et elle sentit sa magie toujours aussi incontrôlable. Elle avait l’impression d’être revenue au temps de son adolescence, quand sa puberté et sa magie s’étaient déclarées. Elle avait alors eu l’impression de ne plus rien contrôler, que son corps lui échappait totalement. Cela lui avait demandé beaucoup de temps et d’énergie pour arriver au niveau de contrôle qu’elle avait aujourd’hui et cette simple petite pierre rouge venait d’annihiler complètement tout son travail. Elle était à nouveau un danger pour tout le monde et elle devait trouver une solution, vite.

Pourtant elle avait du mal à réfléchir, toute son énergie et sa concentration entièrement tournées sur sa magie, afin qu’elle n’explose pas tout de suite. Elle dévala les escaliers et s’appuya contre le tronc d’un arbre. Le soleil s’était maintenant couché et peu de gens était encore dehors. Elle haletait maintenant, et malgré la fraîcheur du soir qui tombait elle sentait des perles de sueurs couler le long de son dos et de ses tempes. Avec horreur, elle vit le bout de ses doigts s’enflammer. Avec un sursaut de volonté, elle réussit à reprendre le contrôle, mais elle poussa un profond gémissement de douleur. Elle allait s’effondrer quand elle sentit un bras autour de ses épaules et un autre autour de sa taille l’empêchant de tomber au sol.

– Créateur Leena, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Qui t’as fait ça ?

La jeune femme s’agrippa à la longue tunique inimitable d’Azel et souffla faiblement.

– Pas le temps…ma magie…elle va…

Azel lut la détresse dans les yeux de la jeune femme et comprit rapidement le danger. Il tourna la tête en tous sens, essayant de trouve une solution. Soudain, il sembla avoir eu une idée et il redressa la jeune femme. Tout en la soutenant, il la guida vers l’entrée du camp. Leena se débattit et essaya de s’échapper de son étreinte.

– Azel, tu dois… éloigne-toi de moi. Je ne veux pas te blesser.

– Ne t’en fais pas pour moi, tu ne me feras aucun mal.

– Je ne contrôle plus….

– Je sais.

Aidée d’Azel et des parois rocheuses de l’étroit passage qui reliait le camp à la forêt, Leena avança, elle pouvait maintenant entendre le bruit de la cascade et celui de l’eau qui grondait. Enfin elle comprit où il l’emmenait et pourquoi. Ils se tenaient maintenant sur un petit surplomb rocheux juste au-dessus du petit lac formé au pied de la cascade. Le corps de la jeune femme était presque brûlant maintenant et Azel sentit quelques brûlures légères se former sur ses mains. Pourtant il ne la lâcha pas.

– Leena, il faut que tu sautes. Une fois que tu seras sous l’eau tu n’auras plus à lutter, lâche prise.

Le regard de la jeune femme était fixé sur la surface scintillante et rougie par les dernières lueurs du jour. Elle semblait totalement paniquée. Il n’y avait qu’un mètre à peu près entre eux et l’eau mais elle s’accrochait à lui comme s’ils se trouvaient au-dessus d’un précipice. Azel essaya de la ramener à l’urgence de la situation.

– Leena, ta magie… elle déborde.

La mage remarqua alors le léger rictus de douleur du jeune homme et s’éloigna de lui.

– Je ne peux pas ! Je ne sais pas nager. Il faut que je descende.

– On a plus le temps Leena ! Tes yeux sont devenus orange.

– Alors il  va falloir que tu me pousses parce que je n’y arriverai pas.

Azel fronça les sourcils, concentré, cherchant le meilleur moyen d’éviter le danger qui se profilait. Il sentait bien que la jeune femme était bien trop accaparée par sa magie pour réfléchir de façon rationnelle. Alors il prit une décision un peu folle. Il tendit à nouveau la main vers la jeune femme :

– Prends ma main ! Fais moi confiance et quand je te le dirais, lâche tout.

Leena n’hésita que quelques secondes avant de saisir, presque désespérément, la main du jeune homme. Celui-ci la serra fortement avant de s’élancer vers le vide, entraînant la jeune femme derrière lui.

En quelques secondes, leurs corps vint à la rencontre de l’eau fraîche et elle les engloutis dans son monde de légèreté et de silence. Elle était assez claire pour qu’Azel puisse décerner très distinctement les yeux agrandis par la terreur de la jeune femme. Complètement paniquée, elle bougeait frénétiquement des bras et des jambes dans un réflexe instinctif de survie pour retrouver la surface et l’air. Aussi calmement que possible, Azel la prit dans ses bras, la retenant fermement sous l’eau et essayant de croiser son regard. Rapidement, il appela toute sa magie disponible et la concentra dans un puissant bouclier sur ton son corps. Enfin il rencontra les prunelles de la jeune femme, dilatées et rendues orangées par le feu qui couvait en elle. Il hocha alors la tête, lui donnant la permission et le signal qu’elle était sensé guetter.

Soudain, elle se détendit sous ses mains et ses traits exprimèrent un soulagement presque proche de la jouissance. Tout se déroula en quelques secondes. Les flammes semblaient sortir de partout sur son corps et léchèrent cruellement sa peau, faisant craindre à Azel qu’elle n’en réchapperait pas cette fois. Bientôt tout son corps ne fut plus qu’une flamme géante et terriblement chaude. Même sous son bouclier de magie il pouvait sentir la température de l’eau grimper à une vitesse affolante. La chaleur les enveloppa dans son cocon mortel, transforma le corps de Leena en un avatar de feu. L’eau se mit à bouillir autour d’eux et un flot de vapeur jaillit du petit lac juste au-dessus d’eux. Malgré l’eau, les cheveux de Leena étaient comme embrasés alors que ses yeux rougeoyaient.

Azel se sentait épuisé. La dose de magie qu’il devait invoquer pour garder son bouclier actif était phénoménale et il se faisait puissamment malmener par la brûlure des flammes. De plus, l’air commençait à lui manquer et il était à deux doigts de refaire surface, mais il ne voulait pas l’abandonner ainsi. Alors il patienta et quand enfin la jeune femme redevint elle-même il poussa fortement sur ses jambes pour remonter à l’air libre. Lorsque sa tête creva la surface de l’eau, il aspira bruyamment et goulûment une bonne bouffée d’air. Il tourna ensuite son attention vers Leena. Elle sembla s’être évanouie, comme privée de ses forces et sa tête était retombée sur l’épaule du jeune homme. Avec précaution il les ramena vers le bord du petit lac et la hissa sur la berge boueuse. Le niveau de l’eau semblait avoir diminué, surement à cause de toute cette vapeur que la magie de feu avait créer. La jeune femme se mit soudain à grelotter violemment dans son inconscience et Azel se rendit alors compte que lui aussi avait froid, paradoxalement. La nuit était tombée et l’eau devait avoisiner les dix degrés. Les nombreuses couches de ses habits étaient trempées et alourdissaient chacun de ses mouvements maintenant qu’il était hors de l’eau. Quand à Leena, elle n’était couverte que de haillons, seuls rescapés de la chaleur.

Sans grand espoir, Azel tâtonna à la recherche du peu de magie qui lui restait encore à disposition et fut surpris de constater qu’il lui en restait assez pour invoquer un petit sort de feu. Après réflexion, il décida de l’utiliser sur lui. Aussitôt il sentit une bienfaisante chaleur l’envelopper, le réchauffant, et tous ses vêtements séchèrent instantanément. Il se débarrassa prestement de son ample tunique et la passa maladroitement à la jeune femme, toujours inconsciente. Il s’assit dans l’herbe, la prit ensuite dans ses bras et la berça contre lui attendant qu’elle se réveille et lui communiquant la chaleur qu’il avait réussi à accumuler dans son corps.

Bientôt les tremblements de la jeune femme cessèrent. Ses cheveux mouillées commençaient à former une corolle de boucles rousses autour de sa tête et c’est avec un certain attendrissement qu’Azel se surprit à lui dégager le visage des mèches rebelles. Elle semblait paisible et avait l’air terriblement innocente. Azel se demanda comment une magie aussi volatile avait atterri dans ce corps qui semblait si vulnérable. Pourtant il avait maintenant eu un bref aperçu de ce que Leena devait subir et il ne pouvait qu’imaginer la force et la volonté qu’il fallait à la jeune femme pour essayer de contenir toute cette destruction. Il comprenait maintenant pourquoi être mage était pour elle une malédiction.

Néanmoins quelque chose ne lui paraissait pas normal. Elle lui avait confier avoir fait beaucoup de progrès sur la maîtrise de son art, elle aurait donc dû sentir qu’elle n’allait bientôt plus pouvoir contenir son feu. Il refusait de croire qu’elle avait été négligente. De plus, elle lui avait paru tout à fait normale en la quittant il y a quelques heures. Quelque chose s’était passé pendant ce laps de temps.

Enfin la jeune femme papillonna des yeux. Azel vit de la confusion dans se yeux quand soudain elle se redressa sur ses genoux et entoura le visage du mage de ses mains.

– Créateur Azel ! Tu vas bien ? Tu n’as rien ? Je ne me le pardonnerais pas si…

Le jeune homme posa une main rassurante sur celle qui se trouvait sur sa joue.

– Ne t’en fais pas. Je vais bien.

Leena poussa une profond soupir de soulagement mais fronça néanmoins les sourcils quand elle sentit quelques cloques sur la paume d’Azel. Il lui sourit.

– Ça n’est rien.

Elle s’assit sur ses talons et joua un instant avec le col de sa tunique empruntée.

– Je suis désolée, tellement désolée.

Gentiment, Azel lui releva le menton :

– Leena, que s’est-il passé ?

Une profonde inquiétude voila soudain le regard de la jeune femme. Soudain méfiante, elle regarda de tous côtés puis finit par se remettre debout.

– Je… je crois que la situation est bien pire que je ne le pensais. Mais il vaut mieux ne pas en discuter ici.

Elle passa une main dans ses cheveux indisciplinés qui frisottaient librement.

– Rentrons au camp. Quelqu’un nous à vu partir ensemble ?

Le jeune homme se redressa à son tour et épousseta sa deuxième tunique.

– Non je ne crois pas.

Cela étonna la jeune femme. D’habitude, il y avait toujours un ou deux gardes devant l’entrée du camp, mais si Azel lui affirmait n’avoir vu personne, elle le croyait.

– Parfait, transforme toi en chat alors. Je t’expliquerai tout chez moi.

Après lui avoir jeta un coup d’oeil inquisiteur, Azel obéit et prit sa forme féline. Heureusement, pour les mages exercés, la métamorphose devenait presque naturelle et ne nécessitait presque pas d’énergie magique.

Leena se pencha vers lui et lui tendit les bras. Après quelques secondes d’hésitation, Azel accepta l’invitation et se lova contre sa poitrine. La jeune femme se mit en route et lui gratta gentiment le haut de la tête, le faisait ronronner de plaisir. Elle frotta sa joue contre son pelage et murmura :

– Merci d’être resté avec moi.

En guise de réponse, Azel-chat lui donna un petit coup de tête contre le menton et miaula doucement.

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