Chapitre 14 – Secrets révélés

Cela faisait quelques jours que Seren et Rain menaient une relation secrète, à base de baisers volés, de frôlements dans les couloirs et d’étreintes tendres et torrides la nuit venue. Ils passaient la journée à faire comme si de rien n’était, restant amicaux et cordiaux puis dès que la maison devenait silencieuse ils se glissaient dans la chambre de l’un ou de l’autre, pour s’éclipser juste avant le lever du jour.

Cette nuit ne faisait pas exception, et dès qu’elle avait pu, Seren l’avait rejoint. Ils s’étaient, comme d’habitude, jetés l’un sur l’autre, comme si le simple fait de ne pas pouvoir se toucher pendant la journée, rendait l’attente jusqu’au soir, insupportable. Puis, dans des mouvements saccadés, brusques, ils se débarrassaient de leurs vêtements, afin que leurs peaux se touchent enfin. Et ils faisaient l’amour, vite, doucement, tendrement, sauvagement. Enfin, le souffle saccadé, le cœur battant à tout rompre, ils tombaient ensemble sur le lit, les membres emmêlés, dans les bras l’un de l’autre.

Seren adorait ses moments, lorsque sa tête reposait sur son épaule, que ses mains caressaient lascivement son torse, alors que Rain la serrait contre lui, lui effleurant le dos du bout des doigts et déposant des baisers sur le haut de son crâne. Rien que pour ce moment-là, elle ne regrettait pas une seconde sa décision. Elle soupira de bonheur et sourit.

– Comme je suis heureuse que tu aies décidé de venir proposer tes services à Darius.

Etrangement, elle sentit le corps de l’humain se crisper sous elle. Elle releva la tête, s’appuya sur un coude et lui demanda :

– Alexei ? Tout va bien ?

Il semblait fuyant, tendu, inquiet et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi.

– Oui, oui, tout va bien. C’est juste que… je n’aie pas été tout à fait honnête avec toi.

Seren fronça les sourcils, soudain inquiète, elle aussi. Elle passa un doigt sur la ride qui venait de se former entre les sourcils de Rain et essaya vainement de faire de l’humour pour cacher son anxiété :

– Quoi ? Tu as une épouse qui t’attend quelque part ? Avec des tas d’enfants ?

Elle réussit au moins à dérider le jeune homme qui ricana.

– Non, je t’assure, rien d’aussi dramatique.

– Alors quoi ? Inutile de faire durer le suspense.

Avec un soupir, Rain se redressa en position assise, le dos calé contre la tête de lit. Seren s’assit, le corps tourné vers lui, le drap relevé sur sa poitrine, dans l’attente de la confession du jeune homme.

– Je devrais sans doute commencer par le début.

Je m’appelle Alexei Andersen. Ma famille appartient à la petite noblesse de Férelden. C’est une vieille famille, qui a toujours été fidèle à ses principes, à son roi et au Créateur. J’aurais dû être un templier, j’ai commencé ma formation très jeune. Mais ma magie s’est manifestée, j’ai donc dû abandonner ma formation de templier pour apprendre à devenir un mage.

Surprise, Seren le regarda avec des yeux ronds.

– Tu es vraiment noble alors ? Et tu es à la fois mage et templier ?

Rain lui donna un petit sourire en coin.

– Oui, j’étais noble, j’ai dû renoncer à mon titre lorsque je suis devenu mage. C’est ma grande sœur, Sybille, l’héritière. Et oui, j’ai eu deux formations un peu contradictoires. Je sais que ça peut paraître étrange mais c’est ce que je suis. J’ai vécu des années plutôt heureuses au sein du cercle des mages de Férelden. J’ai beaucoup appris et je m’y suis fait des amis.

Seren ne put s’empêcher de l’interrompre.

– Oh ! Des amis ou des « amies » ?

Rain haussa un sourcil.

– Les deux. Pourquoi ? Tu es jalouse ?

Soudain gênée, Seren baissa la tête et se mit à faire des arabesques sur le drap.

– Oh moi ? Non ! Après tout c’est moi qui suis avec toi, dans ton lit et nue. Je ne vois pas pourquoi je serais jalouse, ça serait parfaitement ridicule. Et puis ça n’est pas comme si nous n’avions pas connus d’autres personnes avant. Non je ne suis absolument pas…

Rain coupa son flot de paroles.

– Seren ?

Elle releva la tête, le visage presque aussi rouge que ses cheveux.

– Je babillais n’est-ce pas ?

Rain se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire mais ne fut pas assez discret. Seren le remarqua et fronça les sourcils, légèrement contrariée. Elle prit l’un des oreillers et l’abattit violement sur le visage du jeune homme.

– Ne te moque pas de moi !

S’ensuit une violente bataille de plumes ou Seren finit sur le dos, un Rain tout sourire au-dessus d’elle. Il déposa un baiser sur le bout de son nez.

– Tu es adorable.

Seren fit la moue. Jamais personne ne lui avait dit qu’elle était adorable, surtout pas alors qu’elle venait de se ridiculiser.

– Et si ! Tu es jalouse. Ce que je trouve encore plus adorable.

– Oui bon, pourrait-on passer à autre chose ? Tu étais en train de me parler de toi. Comment es-tu arrivé à Minrathie ?

Rain se redressa, s’assit et passa une main dans ses courts cheveux.

– Oui c’est vrai. J’ai donc passé plus de dix ans au Cercle.

Trop curieuse pour rester à simplement l’écouter, Seren l’interrompit encore. Elle s’était, elle aussi, redressée et avait posé son menton au creux de ses mains.

– Comment était-ce ?

– Quoi ?

– La vie dans un cercle ? J’ai lu des choses là-dessus mais j’ai tellement de mal à concevoir que l’on enferme des gens sous prétexte qu’ils soient différents …. C’est presque aussi terrible que l’esclavage !

– Non, ça n’était pas si terrible, d’autant que j’ai été dans les deux « camps ». Je comprenais parfaitement le rôle de chacun et il arrivait souvent que je serve de médiateur entre le Grand Enchanteur et le Chevalier Templier. Mais au cercle de Férelden, tout le monde vivait dans un respect mutuel. C’était très agréable en fait. Lorsque je suis devenu mage, je sais que j’ai déçu mon père mais pour moi ça a été une sorte de renaissance. J’aimais être templier mais, disons que c’est une profession qui ne demande pas beaucoup de réflexion. J’aimais réfléchir, lire sans me cacher, apprendre tous les jours, ce genre de choses…

– Je vois…en fait je vois tout à fait. Cela a dû être étrange de te faire surveiller par tes anciens camarades…

– Oui un peu, mais je m’y suis fait rapidement.

– Et après que s’est-il passé ? Comment as-tu atterri ici ?

– Eh bien, j’étais assez proche du Premier Enchanteur Irving. C’est lui qui m’a guidé les premiers temps, et lorsque j’ai été prêt, j’ai été régulièrement envoyé en mission à l’extérieur du Cercle. Jusqu’au jour où j’ai été missionné dans les Marches Libres à Starkhaven. Irving avait entendu des rumeurs étranges et mes anciens camarades templiers aussi. Nous étions trois mages et cinq templiers. Nous avions l’habitude de voyager ensemble et nous nous connaissions bien.

Le moins qu’on puisse dire c’est que notre venue n’a pas enchanté le Cercle. Nous avions tout de suite remarqué que quelque chose n’allait pas. Les mages semblaient nous cacher quelque chose et les templiers ressemblaient à des zombies. La Première Enchanteresse venait d’être nommé, et elle était étonnement jeune, et belle. Un soir je suis tombé sur une scène qui ne s’effacera jamais de ma tête. Les mages les plus âgés étaient rassemblés dans une pièce et ils pratiquaient la magie du sang pour invoquer un démon. Ils se servaient des templiers comme de réserve de sang.

– Faiseurs … !

– Oui tu peux le dire. J’ai enquêté discrètement. Il s’avère que la Première Enchanteresse et le Chevalier Capitaine était de mèche, je pense même qu’ils étaient ensemble et qu’elle se servait de leur relation pour le garder sous sa coupe. Le Chevalier Capitaine gavait ses templiers de lyrium, ils étaient totalement inaptes à exercer leur rôle. Et du coup personne ne surveillait les agissements des mages.

– Qu’as-tu fait ensuite ?

– Je suis allé voir la Première Enchanteresse et je lui ai dit que je savais ce qui se passait ici et que j’allais la dénoncer aux autorités Chantristes. Elle m’a ri au nez et m’a dit de ne surtout pas hésiter, mais que la Révérende Mère serait extrêmement contrariée de savoir que son petit marché noir de lyrium tomberait à l’eau. J’ai compris qu’ils étaient tous corrompus, les mages, la Chantrie et le Chevallier Capitaine. Seuls les templiers étaient victimes de tout ce qui se passait dans ce Cercle. J’étais prêt à en parler à mes compagnons pour que l’on s’en aille le plus rapidement possible et qu’on retourne à Férelden pour les dénoncer.

Sa voix se durcit à ce moment du récit et Seren glissa sa main dans la sienne. Le jeune homme la serra involontairement.

– Mais quand je suis retourné dans la pièce que nous partagions, ils… ils étaient tous morts, tués par de puissants sorts ou par des démons. Ils avaient dû les prendre par surprise. La Première Enchanteresse est alors entrée et elle m’a accusé d’avoir complètement perdu la raison et d’avoir tué mes compagnons dans un excès de folie. Lorsque je lui ai dit que personne dans mon Cercle ne croirait ses mensonges grossiers, elle m’a juste répondu que c’était sa parole, celle du Chevalier Capitaine et de la Révérende Mère contre la mienne. Et que de toute façon il me serait difficile de parler parce que je serais rapidement jugé et apaisé.

– Quelle garce !

Rain lui sourit.

– Comme tu t’en doutes, j’ai réussi à m’échapper de justesse. Mais j’étais devenu un fugitif. Le Cercle de Férelden a eu du mal à y croire mais ils se sont résolus à me renier. Je suis donc banni de ma terre natale et recherché comme un dangereux criminel. Si jamais les templiers arrivent à me retrouver, ils ont pour consigne de m’apaiser directement. Si je suis venu ici, c’est dans l’espoir de me cacher pendant un moment, me faire oublier. Comme tu le vois je ne suis pas aussi libre que tu le penses.

Seren se glissa contre lui et le serra contre elle.

– Je suis tellement désolée. Tu es l’homme le plus droit et juste que j’ai jamais rencontré, tu ne mérites pas cela.

Rain enfouit son visage dans les épais cheveux de la jeune elfe et inspira à fond, pour chasser les images de morts qui défilaient devant ses yeux. Ses amis morts, baignant dans leur sang …

La jeune femme lui demanda alors :

– Comment a réagi ta famille ?

– Ils savent que je ne serais pas capable d’une telle chose, mais officiellement je n’en fais plus partie. J’ai gardé contact avec eux. C’est grâce à eux que je suis là, la maison de Darius et ma famille sont liées depuis des générations, c’est pourquoi Darius a accepté de m’héberger.

Seren se redressa subitement.

– Tu veux dire que Darius est au courant de tout ceci ?

– Oui, il connait les grandes lignes.

– Faiseurs ! Cela veut donc dire qu’il a déjà les armes pour te blesser si jamais l’envie lui en prenait !

Rain lui entoura le visage de ses mains.

– Seren, arrête de t’inquiéter ! Je savais cela quand j’ai décidé de rester avec toi.

– Mais pas moi !

Le regard de Rain se durcit.

– Qu’est-ce que cela veut dire ?  Tu vas encore fuir ?

La jeune femme posa ses mains sur celle de l’humain et le rassura :

– Non, non Alexei, je ne fuirai plus. C’est juste que…

Elle effleura son front, là on la marque de l’apaisement pourrait être visible.

– Je ne le supporterais pas …

Rain la souleva légèrement et l’installa sur ses cuisses. Il effleura ses lèvres de tendres baisers.

– Je n’ai aucune intention de me laisser prendre. Nous allons juste être deux fois plus prudents si tu le souhaites…

Seren hocha simplement la tête et l’embrassa longuement, oubliant pendant quelques instants ses inquiétudes.

 

Quelques jours plus tard, vers la fin de l’après-midi, Rain était nonchalamment adossé contre le mur, près du jardin et observait Seren s’entrainer. Il adorait l’observer dans ces instants, elle semblait si sûre d’elle, si calme, si maîtresse de son corps. Elle n’avait aucunement conscience d’être, à ce moment précis, aussi désirable pour lui que lorsqu’elle était nue contre lui. Il était extrêmement soulagé de lui avoir révélé la vérité, il avait l’impression de partagé un lien spécial avec elle. Mais, Seren avait décidé qu’à partir de maintenant, ils se verraient le moins possible le jour. Evitant même de s’entrainer ensemble et Rain avait accepté à contre cœur. Il savait qu’ils devaient se montrer prudents mais il devait admettre que son amie lui manquait. Bien sûr il adorait les nuits qu’ils passaient ensemble, mais ils aimaient également parler avec elle, se promener dans les jardins, s’entrainer ensemble. Mais il respectait le besoin de prudence de la jeune elfe et s’il devait en passer par là pour continuer à la voir, il l’acceptait. Elle lui répétait souvent qu’elle avait besoin de lui. Mais la vérité c’est qu’il avait, lui aussi besoin d’elle. Besoin d’une personne qui l’accepte comme il était, besoin de la complicité qu’ils partageaient, quelqu’un qui connaissait son histoire et le soutenait et oui, quelqu’un qui lui donnait de l’affection. Et Seren, malgré sa vie difficile était loin d’être avare en démonstrations tendres et affectives. Parfois, il se demandait s’ils avaient bien fait de céder à leur attirance, parce que Seren semblait souvent très inquiète et avait du mal à se laisser totalement aller à l’instant présent. Non pas qu’il était parfaitement détendu mais il avait confiance en leurs capacités de survie si quoi que ce soit devait arriver.

Du coin de l’œil, il vit une silhouette s’approcher de lui. Il tourna la tête pour voir arriver Emilia. Elle portait une robe qui la moulait comme une seconde peau et se parait d’un sourire qui ne lui disait rien qui vaille.

Elle s’arrêta à sa hauteur.

– Bonjour, Rain.

– Bonjour Emilia.

Rain détourna la tête et continua à regarder Seren, espérant qu’Emilia s’en aille rapidement. Evidemment ce fut un vœu pieu. La femme se posta à ses côtés et remarqua enfin ce qu’il observait. Ses yeux se firent tout aussi glaçant que sa voix.

– Quel spectacle ! Vous semblez beaucoup apprécié. Quelle chance que l’elfe ait survécu…

Rain préféra se taire. Il sentit soudain la main de la femme sur son bras et son souffle dans son cou.

– Je sais…Je sais que vous couchez avec cette moins que rien.

Rain ne dit toujours rien mais ne put empêcher la légèrement crispation de son corps.

– Cela se voit à la façon dont vous la regarder… comme un homme regarde sa maitresse, avec gourmandise.

– Vous ne savez rien du tout, alors abstenez-vous de tirer des conclusions hâtives. Et éloignez-vous de moi, voulez-vous ?

Elle lécha doucement la peau de son cou.

– Mmm, je me demande ce que Darius dirait de tout ceci…

Avec un brusque mouvement de recul, Rain s’exclama :

– Je le répète, vous ne savez rien, vous affabulez.

– Peut-être mais Darius est mon ami. Ne croyez-vous pas qu’il aura des soupçons, qu’il vous surveillera constamment, jusqu’à avoir une preuve. Ou peut-être qu’il vendra l’esclave, qu’il l’a fera fouetté … Qui sait ?

Rain la plaqua violemment contre le mur et bloqua ses poignets, ce qui fit sourire Emilia jusqu’aux oreilles.

– Que voulez-vous ?

– Eh bien quelle violence, j’aime ça. Ce que je veux… Oh je veux tellement de choses, Rain…mais pour mon silence pour les quelques jours à venir je ne demande qu’un baiser…

Avec une grimace de dégoût, Rain répéta :

– Un baiser ?

– Oui, un baiser. Oh mais pas n’importe lequel, je veux que vous m’embrassiez comme si j’étais cette elfe, je veux cette même lueur dans votre regard que lorsque vous la regardez.

– Vous délirez !

– Peut-être… mais j’ai toutes les cartes en main Rain… alors que décidez-vous !

Cette femme était malade ! Mais elle avait raison. Il ne pouvait rien faire. Si jamais Darius les soupçonnait de quoi que ce soit, ils pouvaient dire adieu à ce qu’il partageait. Or il n’avait pas envie que cela s’arrête et la dernière fois qu’il s’était montré égoïste et qu’il n’avait pas satisfait Emilia, c’est Seren qui avait payé les pots cassés. Cette fois, il allait devoir la protéger.

Il inspira profondément et ferma les yeux, essayant de s’imaginer Seren à la place d’Emilia. Il l’attira à lui et fit abstraction des seins plus gros qui se pressèrent contre lui, de son odeur trop piquante pour appartenir à celle qu’il aurait désiré avoir dans ses bras à sa place.

– Faites un effort, Rain ! Si vous n’êtes pas à la hauteur …

Il enfouit les mains dans les cheveux d’Emilia et commença à simplement presser doucement ses lèvres contre celles de la femme, y déposant des baisers légers. Il approfondit ensuite le baiser, essayant de s’imaginer la langue de Seren contre la sienne. Il plaqua à nouveau Emilia contre le mur mais avec douceur cette fois et colla son bassin contre celui de la femme. Emilia passa un bras autour de son cou pour le garder en place et l’autre autour de sa taille. Elle gémit contre sa bouche et Rain, dégoûté par ce qu’il était en train de faire, faillit reculer mais il tient bon, fermant toujours fortement les yeux. Il ne vit donc pas Emilia les ouvrir grand, il ne vit pas Seren s’approcher parce qu’elle savait pertinemment qu’il se cachait là tous les jours pour l’observer. Il ne vit pas non plus Emilia adresser un regard de triomphe à la jeune elfe, alors que celle-ci écarquilla les yeux d’horreur, recula précipitamment, faisant craquer une branche morte sous son pied.

Rain se détacha aussitôt d’Emilia et se retourna, et ce qu’il vit c’est la silhouette de Seren s’éloigner à grand pas. Créateur ! Elle avait tout vu ! C’était certainement le but de cette garce depuis le début. Et le pire c’est qu’il ne pouvait même pas se précipiter à sa suite, sans donner raison à la Magister.

Il se tourna vers elle, les yeux soudain assombris par la colère. Il siffla entre ses dents serrées, se maitrisant pour ne pas blesser physiquement cette femme. Il n’avait jamais frappé aucune femme et n’en n’avait jamais éprouvé l’envie, même pas face à la Première Enchanteresse qui avait fait de lui un fugitif. Mais Emilia lui faisait perdre tout contrôle.

– Vous avez eu ce que vous vouliez. Allez-vous-en !

Emilia, nullement impressionnée, lui sourit, passant une main dans ses cheveux pour se recoiffer.

– Vous embrassez merveilleusement bien, Rain. Cette esclave a beaucoup de chance. Et oui j’ai eu ce que je voulais, même bien plus… pour le moment.

Elle poussa le vice jusqu’à se mettre sur la pointe des pieds et l’embrassa sur la joue, trop vivement pour que Rain puisse réagir.

– A la prochaine Rain, je vais attendre quelques jours avant de venir vous voir, ou je vous ferais mander et vous viendrez bien sûr…

Il n’attendit même pas la fin de sa phrase, préférant retourner dans ses appartements, avant de faire quelque chose qu’il allait regretter.

Il passa le reste de la journée à tourner en rond en attendant la nuit. Il avait l’impression que la journée s’étirait en longueur. Lorsqu’enfin les elfes se retirèrent pour la nuit, il ouvrit sa porte et se précipita vers la chambre de Seren. Avec soulagement, il réussit à ouvrir la porte et la referma aussitôt derrière lui. La jeune femme ne l’avait donc pas fermée à clef. Elle se trouvait assise sur son lit, les genoux repliés devant elle, fixant loin devant. Ses yeux étaient secs mais ses joues portaient encore les stigmates de ses pleurs. Rain s’avança doucement vers elle.

– Seren ?

Elle leva le visage vers lui. Il s’avança encore et s’assit à ses côtés. Il voulut lui caresser la joue, mais elle eut un mouvement de recul. Il soupira, il s’en voulait tellement de lui avoir fait du mal, mais il savait qu’il n’aurait pas pu faire autrement.

– Je suis tellement désolé, Seren. Emilia, elle … jamais je n’aurais …

La voix de la jeune elfe était éraillée.

– Je sais. Elle t’a forcé à le faire, n’est-pas ? Je connais les méthodes de ces Tévintides. C’est juste que de le savoir, ça ne… ça ne rend pas la scène plus supportable.

Rain sentit aussitôt une vague de soulagement l’envahir. Elle comprenait. Il voulut la prendre dans ses bras, mais la jeune femme se coula loin de lui. Elle se releva et passa ses bras autour d’elle.

– De quoi t’a-t-elle menacé ?

Devait-il lui mentir pour ne pas l’inquiéter ? Non il ne pouvait pas faire cela.

– Elle croit savoir pour nous. Elle m’a menacé d’en parler à Darius.

Elle déglutit bruyamment et essaya de contrôler les larmes qui menaçaient de la submerger.

– Alors c’est fini…

Rain se leva lui aussi, et s’approcha d’elle. Cette fois-ci elle ne se déroba pas et il la serra contre lui. La jeune femme s’agrippa à lui et enfouit son visage contre son torse.

– Pas si je continue à faire ce qu’elle me demande…

Elle se détacha de lui pour croiser son regard.

– Jamais je ne pourrais te laisser faire ça !

– Je le ferais, Seren. Le temps de trouver une solution…

– Mais cette garce gagnera ! Si jamais elle te demande de … Faiseurs, rien que d’y penser…

Rain l’embrassa violement et Seren répondit immédiatement à son baiser, voulant tous les deux oubliés ce qu’il s’était passé aujourd’hui et ce qui pourrait se passer à l’avenir. Après quelques minutes, ils se séparèrent enfin.

– Je trouverai une solution…

– Tu sais qu’il serait plus sage de …

– Je trouverai une solution ! En attendant nous avons un sursis de quelques jours.

– Très bien, quelques jours… quelques jours de plus avec toi.

Elle passa ses bras autour de sa nuque et Rain la souleva, dirigeant ses pas vers le lit. Il avait un plan à trouver mais pour le moment, il voulait simplement s’enfouir dans son corps et oublier et lui faire oublier cette journée, lui prouver qu’il n’y avait qu’elle qui comptait.

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