Chapitre 14 – Celui qui assiste à ses funérailles

La nuit tombait sur les montagnes de Fort Céleste. Seth se trouvait seul dans ses appartements personnels. Il était debout devant son bureau, les mains en appui sur le bois du meuble, le poing serré sur le rapport de son commandant. Il n’arrivait pas à y croire. C’était impossible ! Il avait envoyé des soldats, mais c’était trop tard ! Le clan Lavellan n’existait plus, massacré par ce bâtard de Wycôme ! Sa mère était morte !

La colère l’envahit et dans un geste impulsif, il envoya balader tout ce qui se trouvait sur le bureau. Ses yeux restaient secs mais son cœur saignait.

Comment ? Comment avait-il pu laisser cette horreur se produire ? Il était l’Inquisiteur, il venait d’abattre un magister devenu engeance, avait terrassé des dragons mais il avait été incapable de protéger sa famille. Peu importe l’Inquisition, il allait partir dès que possible et il allait faire payer cet ignoble salaud ! Il ne savait pas encore s’il le ramènerait pour l’exécuter en public ou s’il ferait ça en privé, en tête à tête. Il doutait de pouvoir se retenir s’il se trouvait en face de ce rat.

Bien vite la rage laissa la place à une tristesse profonde, et impuissant, il se laissa tomber sur le lit, la tête entre les mains. Elle était venue lui rendre visite il y a quelques mois. Elle avait tout de suite trouvé ses aises au sein de la forteresse. Elle s’était très bien entendue avec tout le monde et avait passer ses soirées à la taverne avec lui et ses compagnons d’aventures, jouant, de bonne grâce, aux cartes. Et évidemment, elle avait pris un malin plaisir à le mettre dans l’embarras à la moindre occasion. N’ayant jamais connu son père, il avait toujours eu une relation particulière avec sa mère. Elle était à la fois sa complice, son repère et son foyer. Sans elle, il était seul. Que ne donnerait-il pas, aujourd’hui pour être la cible de ses blagues ? Mais il était trop tard. Le valeureux héros de l’Inquisition a failli et il a perdu. La « toute puissance » ne pourrait pas ramener son clan et sa mère.

Malgré sa victoire contre Corypheus, il se sentait plus seul et plus malheureux que jamais. Ses compagnons allaient tous finir par partir, laissant un vide monumental dans la forteresse. Cela avait d’ailleurs déjà commencé. Solas était parti juste après la bataille finale, sans aucune explication, sans un au revoir. Il avait cru avoir réussi à établir une relation de respect, d’amitié et de confiance entre eux, mais il semblerait que l’apostat avait décidé que tout cela ne valait rien au vue de sa « mission » solitaire. Sa trahison l’avait affecté bien plus qu’il ne l’aurait pensé. Il y a quelques temps encore, il pensait être tombé amoureux de lui. L’apostat le fascinait totalement et il avait une aura de mystère qu’il ne demandait qu’à percer. Son passe-temps favori pendant leurs longues heures de marche dans les terres de Thédas était de trouver qui était vraiment son ami et ce qu’il lui cachait. Mais il avait vite compris que Solas ne le verrait jamais que comme un ami cher.

Oh il n’oubliait pas Noria. La jeune femme occupait même souvent son esprit. Elle lui manquait souvent. Certes il s’était fait de vrais amis au sein de l’Inquisition, mais il n’arrivait pas à retrouver cette complicité naturelle qu’il avait éprouvé avec elle. Leur entente avait été physique mais surtout psychique. Il aurait voulu lui dire de venir le rejoindre. Il aurait adoré voir son sourire et entendre son rire entre les murs froids de la citadelle, mais il n’avait pu s’y résoudre. Il ne voulait pas qu’elle souffre davantage à cause de lui. Or à Fort Céleste, il n’aurait pas su assurer sa protection, elle aurait même été constamment au cœur du danger. Il savait aussi que si elle décidait de venir le rejoindre, rien ne l’arrêterait. Alors il s’était décidé et lui avait envoyé une lettre en frappant là ou cela faisait mal, sa fierté. Et depuis, elle semblait tellement distante ! Et pas seulement physiquement. Ses lettres restaient très en surface. Il devait s’y attendre mais il avait espéré qu’avec le temps, elle comprenne et redevienne la jeune femme vive et chaleureuse qu’il avait appris à aimer.

Entre la froideur de Noria et son attirance pour Solas il avait été complètement perdu. Mais aujourd’hui tout cela ne comptait plus. Maintenant que le danger le plus immédiat était écarté, peut-être allait-il lui rendre visite ? Après tout il lui avait promis…

Il aurait aimé qu’elle soit là aujourd’hui pour lui apporter sa chaleur et son réconfort. Mais il était seul.

Lentement il se leva, bien décidé à noyer sa peine à la taverne.

 

Lorsque Varric pénétra dans la taverne, il ne le repéra pas tout de suite. Seth avait trouvé refuge dans un coin sombre de la taverne et entamait un tête à tête avec la deuxième bouteille de cet alcool fort qu’Iron Bull lui avait fait goûter. Quitte à avoir mal à la tête demain, autant le faire correctement !

Son cerveau était déjà légèrement embrumé mais le poids de la tristesse ne s’était toujours pas allégé. Qu’à cela ne tienne ! Il lui fallait juste plus d’alcool.  Il s’apprêtait à remplir encore un fois son verre vide, quand une main l’arrêta.

– Aimable, je ne suis pas sûr que se saouler seul soit la solution…

– Varric, je viens de perdre mon clan et ma mère en une foutue journée, alors je te prierais de bien vouloir aller te faire foutre et de me laisser boire en paix.

Varric rit et s’assit à ses côtés, faisant signe à la serveuse de lui apporter un verre.

– Eh bien l’alcool ne vous rend toujours pas plus aimable. Ce que je voulais dire c’est que boire seul, n’était pas la solution !

La pulpeuse serveuse apporta son verre à Varric et Seth se fit un devoir de le servir aussitôt. Il leva ensuite le sien.

– A l’Inquisition la plus nulle du monde !

Ils trinquèrent et burent cul sec.

– Pouah c’est infecte ! Je me demande comment font les qunaris pour boire cette mixture infâme. Commandons plutôt une bonne bouteille naine !

Ils finirent la bouteille qunari et entamèrent celle commandée par Varric. Ils s’amusèrent à trinquer sur tout et rien.

Sera finit par être attirée par leurs rires d’hommes avinés.

– Qu’est ce que vous glandez ?

Entre deux éclats de rire, Seth essaya de lui expliquer.

– On trinque à la santé des culottes de Cassandra.

Sera gloussa et demanda.

– Chouette, je peux venir ? Même si je suis sûre qu’elle n’en porte pas !

Seth lui avança une chaise à côté de lui.

Avec l’aide de Sera les motifs pour trinquer se firent encore plus stupides. Bientôt Iron Bull vint les rejoindre ajoutant son rire tonitruant à la bande.

Cassandra arriva bien plus tard, quand le stade d’ébriété de chacun était encore monté d’un cran. Elle ne put s’empêcher de laisser s’échapper son petit bruit de dégoût si caractéristique. Néanmoins elle s’approcha et devant l’insistance de chacun, finit par s’asseoir et boire avec eux.

Seth se sentait un peu plus léger, et plus plein d’alcool. Il croisa le regard de Varric qui lui adressa un clin d’œil.

– Vous voyez Aimable, être seul, c’est jamais une solution !

– Merci l’ami. Je propose de trinquer encore.

Cette fois son visage n’était plus rieur. Il leva son verre bien haut et proclama.

– Aux Lavellans ! A ma mère !

Ils reprirent tous en cœur.

– Demain je voudrais faire une petite cérémonie privée, pour leur dire au revoir. J’aimerai que vous soyez présents.

Iron Bull lui balança une claque magistrale dans le dos.

– Vous inquiétez pas boss, on sera là !

Oui pour le moment, Seth n’était pas seul.

Le lendemain le réveil fût, évidemment bien difficile. Comme il aimerait avoir l’une des potions de Noria sous la main ! Mais ne l’ayant pas, il fit se qu’il put pour se dégriser et préparer la cérémonie qu’il avait en tête.

Enfin, en fin d’après-midi, il fut prêt.

La cérémonie se déroulait dans un jardin privé de la Forteresse. Il avait érigé un petit temple à Falon’Din. Même si lui n’y croyait pas, son clan si, et ils méritaient qu’il fasse un effort. Il n’était pas question de ses croyances aujourd’hui mais de ce que son clan aurait voulu.

Ses compagnons d’aventure et ses conseillers le rejoignirent un à un et silencieusement se postèrent à ses côtés. Il fût immensément heureux de leur soutien.

Vivienne lui demanda.

– Voulez-vous dire un mot Seth ?

– Non, juste merci d’être là.

Le silence retomba et chacun baissa la tête en signe de recueillement. Seth était tellement plonger dans ses pensées et son chagrin qu’il n’entendit même pas le remue-ménage qui secouait la Forteresse depuis quelques minutes.

Brusquement la porte du jardin s’ouvrit et une femme elfe pénétra dans l’espace privé.

– J’ai manqué quelque chose ? Quelqu’un d’autre que Corypheus est mort ?

Seth n’en croyait pas ses yeux. Il sentit sa bouche s’ouvrir en grand et ses yeux s’écarquiller sans qu’il puisse rien n’y faire.

– Ma…maman ?

– Bien sûr que c’est moi ! Qui veux-tu que ce soit ?

Dans un souffle il lui dit.

– Je te croyais morte…

Le visage de sa mère s’adoucit et un sourire tendre étira ses lèvres.

– Je sais Seth mais je suis là.

Sans plus réfléchir, Seth se précipita vers elle et l’enlaça étroitement, à l’étouffer presque. Il se fichait bien d’avoir une audience. Sa mère était vivante !

Plus tard, Assan s’était confortablement installée dans le sofa de la chambre de son fils et profitait d’une belle flambée.

Seth lui servit un verre de vin et s’installa à côté d’elle. Il n’arrivait toujours pas à croire que sa mère était bellet bien là, devant lui, en chair et en os. Même si elle avait grimacé sous l’étreinte brusque de son fils. Elle lui avait avoué qu’elle avait été blessée et que la plaie était à peine refermée.

Elle était arrivée avec quelques survivants de son clan, que l’Inquisition avait tout de suite pris sous sa protection. Malgré la fatigue du voyage ils se portaient tous bien et étaient heureux de pouvoir s’arrêter un instant. Assan les avait un peu pressés durant le voyage, craignant à chaque instant d’autres attaques sur ce petit groupe vulnérable.

Seth finit par se tourner vers elle et lui demanda.

– Que s’est-il passé Maman ?

Et Assan se fit un devoir de tout lui raconter, l’attaque des soldats de Wycôme, le massacre, la fuite éperdue et leur sauvetage in extremis.

– Noria vous a sauvés ?

– Elle a fait plus que cela, Seth, elle nous a vengés. Et je suis ravie de t’apporter la nouvelle moi-même. Le seigneur Wycôme a été retrouvé le lendemain de l’attaque, mort dans sa chambre. A priori, il a reçu quelques coups de dague et s’est vidé de son sang pendant la nuit, sans que personne n’ait vu ou entendu quoi que ce soit.

– Comment a-t-elle fait ?

Seth ne put s’empêcher de ressentir une profonde fierté et une immense gratitude envers la jeune femme. Elle avait su faire ce que lui, enfermé dans les rets des responsabilités de l’Inquisition, n’avait pas pu.

Assan haussa les épaules.

– Peu m’importe, c’est le résultat qui compte. Même si je crois que ce qu’elle a fait à Wycôme l’a profondément marquée. Elle semblait vraiment bouleversée.

Seth fronça les sourcils. Il était heureux que Wycôme soit mort mais il ne souhaitait en aucun cas que Noria se sente mal.

– Tu sembles bien la connaître…

Assan lui jeta un regard surpris.

– Elle ne t’a rien dit ? Je l’ai rencontré lors de l’attaque des bandits il y a quelques mois. C’est elle qui nous a prévenu de l’attaque. Et elle et son frère sont restés pour nous aider à défendre le clan.

Non elle ne lui avait rien dit, rien du tout. Seth se sentit trahi. Ils étaient amis et pourtant pas un instant elle n’a senti le besoin de lui dire qu’elle avait rencontré sa mère, qu’elle l’avait aidé à sauver son clan. Par deux fois ! Il était complètement perdu.

– Nous avons sympathisées. C’est une jeune femme charmante ! Elle me rendait visite et parfois j’allais la voir.

Elle posa sa main sur celles, jointes de son fils.

– Je crois qu’elle tient beaucoup à toi mais elle s’est sentie rejetée.

Un peu gêné par le tour que prenait la conversation il demanda néanmoins avec espoir.

– Est-ce qu’elle va…hum… venir à Fort Céleste ?

Assan lui adressa un petit sourire d’excuse.

– Non Seth, elle m’a chargée de te dire qu’elle n’a jamais été patiente et qu’elle en avait assez de t’attendre.

Seth ressentit alors des sentiments partagés.

Il sourit d’abord devant cette nouvelle pique de la jeune femme, se rendant compte que même ses traits d’esprits et son caractère de cochon lui manquait.

Et de l’autre il comprit que cette fois-ci tout était fini entre eux. Elle était partie et manifestement elle ne voulait plus le voir. Il encaissa le choc, bravement, et se tourna vers sa mère.

– Tu resteras un peu n’est-ce pas ?

Assan lui caressa tendrement la joue.

– Bien sûr Seth, je vais rester un peu.

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