Chapitre 14 – Les Libertaires

Ils n’étaient plus qu’à un jour de marche du camp des Libertaires. Si tout allait bien, ils y seraient le lendemain dans la fin d’après-midi. Etrangement il se trouvait très proche d’un village de taille moyenne sous la protection de l’Inquisition. Cela ne manqua pas d’étonner Azel qui demanda à la jeune femme comment ils avaient fait pour n’être jamais repérés. Avec un petit sourire énigmatique et un clin d’œil, elle lui souffla un « Tu verras bien ».

Ils en profitèrent pour se reposer dans un vrai lit et se laver dans une baignoire pour la dernière soirée de leur voyage. Avec leur argent, ils ne purent prendre qu’une seule chambre, la seule qui était libre et firent monter une baignoire. A tour de rôle, ils prirent un bon bain chaud, pendant que l’autre descendait dans la salle commune de la taverne. Débarrassés de la poussière et la saleté du voyage, ils purent ensuite se détendre devant une bonne tourte à la viande, accompagnée de sa salade, qu’ils firent monter dans leur chambre.

Pendant leur repas, Leena passa en revue avec le jeune homme ce qui se passerait demain. Face à face, ils mangeaient avec délectation, un vrai et bon repas chaud.

– Pour tout le monde, tu ne seras qu’un simple mage que j’ai trouvé, un peu perdu, dans un village. Je t’ai parlé du camp, regroupant d’autres mages libres et tu as souhaité me suivre.

Avec un petit sourire ironique, Azel finit de mâcher sa bouchée et dit :

– Bien sûr que j’ai eu envie de te suivre. Qui ne le souhaiterait pas ?

– Ah ah, très drôle. Comme je le disais, nous nous connaissons donc depuis peu de temps. Si jamais on me demande pourquoi je n’ai pas ramené plus de monde, nous dirons que nous nous sommes fait attaqués sur le chemin. Ce qui est vrai, ça ne sera donc qu’un demi-mensonge.

– Dois-je changer de nom ?

Leena lui sourit :

– Non c’est inutile, ça risquerait simplement de nous embrouiller l’esprit inutilement. Nous verrons ensuite sur place, assez rapidement, le plan que l’on mettra en place. De ton côté, agis le plus naturellement possible et je suis certaine que tout se passera bien.

Elle fronça alors les sourcils et pensive tapota ses lèvres avec sa fourchette.

– Comment feras-tu pour contacter l’Inquisition ?

Le jeune homme reposa ses couverts et garda le silence un moment, la jaugeant pour savoir s’il pouvait lui confier cette information d’importance. Finalement, il reprit la parole.

– J’ai un cristal empli de magie qui me permet de contacter directement celui qui en a un aussi.

Malicieuse, Leena demanda :

– Tu peux communiquer directement avec Seth Lavellan ?

D’une voix trainante il répondit :

– Peut-être.

– D’accord, d’accord ! Garde tes secrets. Il n’empêche que tu dois me promettre d’être prudent dans le camp. Ne te fais pas surprendre.

Le jeune homme roula des yeux et attaqua son dessert, une énorme part de tarte aux pommes.

– Merci du conseil, je n’y aurai pas pensé. Et qui te dit que je ferai ça à l’intérieur du camp ?

– Et comment comptes-tu entrer et sortir sans paraitre suspect ?

– Tu sembles oublier certaines de mes capacités.

– De quoi tu … oh tu parles de ton ami félin ?

– Celui-là même.

Subitement la jeune femme songea à quelque chose et en fit part, spontanément, à son compagnon.

– Mais c’est parfait ! Tu pourras même te faufiler dans ma chambre.

A ces mots, Azel releva la tête et la scruta d’un regard inquisiteur. Comprenant qu’elle s’était mal exprimée, elle se reprit aussitôt.

– Je veux dire par là que ce sera bien plus pratique pour discuter librement de ce que nous ferons sur place, si tu peux entrer dans ma chambre sans te faire repérer.

– Oui bien sûr.

Son assiette finit, Azel s’appuya sur le dossier de son siège et demanda :

– Puis-je te poser une question ?

Sans lever les yeux de sa part, la jeune femme répondit naturellement.

– Evidemment.

– Pourquoi n’as-tu jamais essayé d’aider ces gens avant ? Tu étais même prête à les abandonner à leur sort non ? En venant te rendre, tu ne pouvais pas vraiment espérer être pardonnée ?

– Oui tu as raison. J’avais assez peu d’espoir de pouvoir rester libre. Quant à ta première question, j’y ai déjà pensé bien sûr, j’ai monté tellement de plans que je ne me rappelle même plus de tous. Mais il avait tous une faille importante et majeure. Même si je trouvais le moyen de les faire sortir du camp, je n’avais aucun moyen d’assurer leur protection après. Owen aurait eu tôt fait de nous trouver et les convaincre de revenir. Aujourd’hui tout est différent parce que j’ai l’appui de l’Inquisition. Pour les mettre à l’abri il me suffit de les guider vers un village comme celui-ci, qui accepte de protéger tous ceux qui en ont besoin.

Une fois leur repas fini, une serveuse de la salle commune vint débarrasser leur table, non sans jeter un regard séducteur vers Azel. Si Leena le remarqua il semblerait que le jeune homme ne s’était rendu compte de rien. La jeune femme secoua la tête un petit sourire aux lèvres. Certaines choses ne changeraient jamais.

Au moment de se coucher, une légère tension s’installa entre les jeunes gens. Le lit n’était pas très grand et il n’y en avait qu’un évidemment.

Azel se racla la gorge et déclara :

– Je peux… hum… dormir au sol si tu préfères.

Leena haussa les épaules.

– Inutile de passer une nuit exécrable sous prétexte de respecter la bienséance. Nous avons déjà dormi ensemble et ça ne me pose aucun problème de partager un lit avec toi.

– C’est que…

Mais le jeune mage s’arrêta, bouche bée, voyant que la jeune femme était déjà en train de dénouer les lacets de sa robe. Voyant son air un peu interloqué, Leena rit.

– Je me mets simplement en chemise pour dormir. Tu ne comptais pas dormir tout habiller, si ?

– Non. Absolument pas.

Pour le taquiner, elle lui fit remarquer :

– Difficile à croire que le même Azel a voulu me déshabiller en pleine forêt, il y a à peine quelques jours.

Avec une petite grimace de dérision, Azel se débarrassa de sa première couche de vêtement.

– Les circonstances étaient différentes.

Enfin en chemise, la jeune femme s’assied au bord du lit et testa le matelas. Devant son moelleux, elle soupira d’aise et s’y coucha en s’étirant comme une chatte.

– Effectivement, nous n’avions pas un bon lit sur lequel nous reposer.

Elle s’allongea alors sur le ventre et suivit chacun des gestes du jeune homme. Très conscient de son regard, Azel accéléra et maudit pour une fois ses nombreux vêtements. Il essaya d’aller tellement vite qu’il faillit trébucher à cause de son pantalon. Leena rit à nouveau. Agacé et légèrement énervé, il finit par s’assoir sur le lit à ses côtés en marmonnant :

– Tu le fais exprès, n’est-ce pas ?

– De quoi ?

– Me mettre mal à l’aise.

– Azel, je pense que toi et moi nous sommes bien au-delà de toute sorte de gêne. Alors viens de coucher et arrête de trop réfléchir.

Enfin le jeune homme se coucha sur le dos, les mains sagement posée sur son ventre. Leena se tourna vers lui et se redressa sur un coude pour lui donner rapidement un baiser sur la joue.

– Bonne nuit Azel.

– Bonne nuit Leena.

 

Le lendemain matin, ils se réveillèrent tôt et quasiment dans les bras l’un de l’autre. Azel ne fit aucun commentaire et Leena se contenta de lui faire un grand sourire. Ils mangèrent un solide petit déjeuner et se mirent en route. Ils pénétrèrent dans une autre forêt, mais cette fois-ci Leena semblait bien plus détendue. Elle marchait d’un pas confiant :

– Le camp n’est plus très loin maintenant.

« Plus très loin » représentait tout de même trois bonnes heures de marche. Ils s’écartèrent du sentier et s’enfoncèrent dans les buissons, loin de tout passage. Enfin ils arrivèrent au pied d’une petite cascade qui retombait le loin d’une paroi rocheuse. Il semblait impossible de la contourner. Alors Azel se tourna vers la jeune femme, surpris et interrogatif. Avec un sourire mystérieux, elle se dirigea vers la paroi.

– Leena, j’espère que tu n’as pas l’intention de me faire grimper ! Je n’ai aucun talent pour l’escalade, ou alors je me transforme en chat…

– Inutile ! Suis-moi.

Elle passa sur le côté droit de la cascade, entre l’eau et la roche et agrippa la main d’Azel pour ne pas le perdre. L’eau gouttait doucement à leurs côtés, pas assez fort pour les éclabousser. Elle bifurqua soudain vers la droite et emprunta un passage naturel que l’eau avait sans doute creusé, il y a des années, dans la roche. Azel eut l’impression qu’elle disparaissait soudain, l’illusion était parfaite. Il ne put s’empêcher de manifester son admiration :

– C’est très ingénieux ! Comment avez-vous fait pour trouver ce passage ? Il est totalement invisible de l’extérieur.

– Par pur hasard. Nous évitions les sentiers comme tu peux t’en douter et nous sommes tombés sur ce que l’on croyait être un cul de sac. Nous en avons profitez pour nous reposer quelques instants et les enfants ont commencé à jouer autour de nous. L’un d’eux, plus aventureux que les autres, a trouvé ce passage. Quelques personnes sont allées explorer le passage et nous avons décidé à l’unanimité de nous installer dans ce petit coin secret.

Ils longèrent encore quelques instants la roche puis Leena s’arrêta soudain et Azel comprit tout de suite pourquoi en voyant luire une puissante rune de protection qui courrait le long du chemin. Très concentrée, Leena fronça les sourcils et pressa fermement sa main contre la pierre. En quelques secondes, elle désactiva la rune et ils purent passer sans encombre. Avec un petit soupir satisfait, elle avoua à Azel.

– Il m’a fallu presque un mois pour apprendre à la désactiver.

Azel pressa doucement sa main dans la sienne.

– Mais tu y es arrivée. Tu as fait d’énormes progrès.

La jeune femme lui adressa un petit sourire.

– Merci. J’ai travaillé très dur. Viens nous y sommes presque.

Et en effet, quelques minutes plus tard le chemin déboucha sur une énorme clairière à ciel ouvert. C’était juste parfait pour un campement secret, sans que cela ne rende tout le monde claustrophobe. Il ne voyait qu’une seule faille : cet endroit ne permettait, à première vue, aucune sortie de secours. Des maisons en bois et en toit de chaume s’étalaient sur l’ensemble de l’espace. Sur la droite, les mages avaient installé un coin pour l’agriculture et avait installé un grand potager. Un peu plus loin se trouvait un poulailler bien garni et un enclos qui accueillait de gros druffles qui paissaient tranquillement. Au centre, un bâtiment beaucoup plus grand se dressait fièrement et sur la gauche à l’ombre des arbres un mage était en train de faire la classe et à des enfants de tout âge qui l’écoutaient religieusement. Tout le monde semblait s’activer joyeusement et le bruit des conversations parvenaient à leurs oreilles. Bouche bée, Azel était fortement impressionnée.

– Créateurs, vous avez fait un travail formidable ! Et tu étais régisseur de cet endroit ?

Fièrement, Leena lui répondit.

– Oui et j’adorais ça. Il se trouve que je suis plutôt douée pour résoudre les problèmes des autres et pour l’organisation. Au début nous n’étions pas aussi nombreux et nous avons tout construit petit à petit. Tout était parfait jusqu’à il y a quelques mois.

Azel la regarda avec une admiration nouvelle, mais la jeune femme ne le remarqua pas, trop occupée à faire de grands gestes en direction des sentinelles qui montaient la garde, des jeunes gens, un homme et une femme qui semblaient à peine avoir atteint la puberté. La jeune fille se précipita vers eux et s’exclama :

– Leena !! Tu es de retour ! Comme Owen va être soulagé ! Tu vas bien ? Tu n’as rien ? Nous commencions à nous faire du souci pour toi ! Tu as trouvé d’autres mages ?

Leena rit et leva les mains :

– Doucement Maggie, je vais bien et je vous présente Azel. Il est seul depuis un moment et souhaite trouver un refuge.

Maggie adressa un large sourire au jeune homme.

– Bienvenue Azel. Vous allez voir, vous allez vous plaire ici.

Leena lui demanda :

– Owen est au camp ? J’aimerais lui faire mon rapport.

– Non, il est en mission avec un petit groupe. Il ne rentrera que dans la soirée. Si tu veux je lui dirai que tu es de retour dès que je le vois.

– Merci beaucoup Maggie. Bonne garde !

– A plus tard !

Leena guida ensuite le jeune homme dans le camp. Tout le monde semblait la connaître et lui souhaitait un bon retour parmi eux. La plupart du temps, elle leur présentait le jeune homme qui reçut beaucoup de mots de bienvenue et de sourires accueillants. Azel ne s’était pas attendu à cela. Cette image de personnes chaleureuses et plus ou moins ordinaires ne collait pas vraiment avec le Groupe des Libertaires dont il avait tant entendu parler, des mages un peu fanatiques qui tuaient toute personne n’appartenant pas à leurs idéaux et leur groupe.

A peine arrivé, il commençait à comprendre pourquoi Leena tenait tant à sauver tous ces gens. Ils n’avaient rien à voir avec les monstres sanguinaires qu’il aurait pu s’imaginer.

Brièvement, Leena lui montra la petite cabane d’une seule pièce qui lui avait servie de maison. Elle se trouvait près des arbres, assez loin de l’agitation du centre.

Ensuite elle la guida vers une petite maisonnette, légèrement plus grande que la sienne.

– Viens, je voudrais que tu rencontres quelqu’un. N’aies pas peur de parler librement devant elle. Elle partage mes idées concernant Owen.

Elle frappa quelques coups contre la porte de bois. Une voix rocailleuse et âgée répondit :

– Entrez !

Avec un grand sourire, Leena entra. Une femme d’une soixantaine d’années étaient en train de coudre devant un bon feu, sur un rocking chair qui semblait aussi vieux qu’elle. Aussitôt qu’elle remarqua la jeune femme, elle envoya valdinguer son ouvrage, se leva et vint la serrer dans ses bras. Leena lui rendit son étreinte et Azel put remarquer à quel point la vieille femme était petite, arrivant à peine aux épaules de la jeune femme.

– Petite ! Tu es enfin de retour ! Laisse-moi te regarder.

Elle la tint à bout de bras devant elle.

– Je crus que tu ne reviendrais plus, Petite. Et je ne pourrais même pas t’en blâmer.

– Je suis de retour oui, et j’ai des choses à te dire. Mais d’abord j’aimerais te présenter quelqu’un.

Elle s’arracha à l’étreinte de la vieille mage et passa un bras sous celui d’Azel, le forçant à avancer d’un pas.

– Voici Azel. Azel je te présente Clarissa, une très bonne amie.

La mage se redressa comme elle le put et dévisagea le jeune homme. Soudain un petit sourire en coin vint éclairer ses traits et Azel aurait pu jurer qu’elle allait dire quelque chose comme « Oh j’ai tellement entendu parler de vous », mais elle se contenta de lui offrir sa main que le jeune mage serra dans la sienne.

– Enchantée de vous connaitre, jeune homme.

– Moi de même, ma Dame.

– Oh pas de ça entre nous, appelez-moi Clarissa comme tout le monde. Allons, Petite viens près du feu et raconte-moi.

La jeune femme parcourut la pièce du regard avant de s’asseoir sur un petit tabouret en bois au coin du feu, laissant un Azel, gêné, prendre l’autre fauteuil de la pièce. Leena demanda à la vieille femme :

– Il n’est pas à la maison ?

– Non pas encore, les cours ne sont pas finis.

– Oh bien sûr.

Intrigué, Azel se demanda à qui elle faisait référence. Leena de son côté commença à raconter presque en détail tout ce qui s’était passé depuis qu’elle avait pénétré à Fort Céleste. Il s’étonna de cette transparence mais faisait confiance à Leena. Si elle pensait que Clarissa était une personne de confiance, alors cela devait être le cas. La vieille femme écoutait attentivement tout ce qu’elle avait à lui dire et semblait très intéressée par l’Inquisition.

– Alors tu vas nous sortir de là, Petite ? Vraiment ?

– Je vais essayer en tout cas. Ou plutôt nous allons essayer.

Soudain, la vieille mage se tourna vers Azel.

– Vous êtes de l’Inquisition n’est-ce pas ? Croyez-vous que cela puisse marcher ?

– Je s’en suis certain, oui. Nous allons vous offrir une nouvelle vie.

– Humf ne faites pas de promesse en l’air, jeune homme !

Leena lui posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres.

– Comment va tout le monde Clarissa ? Et Owen ?

La vieille femme soupira, et commença à se bercer doucement dans son rocking chair.

– Les gens vont bien, Petite, mais ils s’inquiètent. Depuis quelques jours, Owen a pris d’importantes et d’inquiétantes décisions. Tous les jeunes apprennent maintenant directement des sorts très offensifs et les tests entre eux. Même les très jeunes. Quant aux adultes…

Elle marqua alors une longue pose.

– Il voudrait que ceux qui s’en sentent capable essayent la magie du sang. Owen s’y intéresse de plus en plus. Il nous a fait un joli discours en nous promettant que cette magie était « la » solution à tous nos problèmes.

Leena et Azel échangèrent un regard horrifié. Chacun savait que rien de bon ne pouvait sortir de cette magie et qu’elle était, de plus, extrêmement dangereuse. Clarissa poursuivit.

– De plus, depuis quelques temps, il part souvent avec une petite bande pour des « missions de reconnaissance ». Mais je ne suis pas idiote, tout comme certains d’ailleurs. Et ces missions ressemblent plus à des attaques qu’autre chose. C’est la sécurité du camp qui est fortement compromise.

Leena se prit la tête entre les mains.

– Créateurs…

Elle n’eut pas l’occasion d’en dire plus, la porte s’ouvrit et un enfant pénétra dans la pièce. Le petit garçon était jeune mais Azel n’arrivait pas à lui donner d’âge. Il était de petite taille, les cheveux roux foncés et bouclés et ses grands yeux bruns étaient ouverts comme des soucoupes à la vue des adultes dans la pièce. Ses prunelles pétillèrent soudain et il se précipita vers Leena qui lui ouvrit grand les bras.

– Bonjour bonhomme ! Oh comme tu m’as manquée !

Le petit garçon ne dit rien et passa ses bras autour du cou de la jeune femme. Clarissa le réprimanda gentiment.

– Allons Tom, laisse-là respirer, tu es en train de l’étouffer !

Leena le serra encore un instant avant de lui chuchoter quelque chose à l’oreille qu’Azel n’entendit pas. Elle reposa le garçon à terre.

– Viens Tom, j’aimerais te présenter quelqu’un.

Le garçon semblait à peine avoir remarqué la présence du jeune homme, mais lorsqu’il le remarqua, il se réfugia derrière les jupes de Leena. Celle-ci le guida gentiment devant elle et sourit à Azel.

– Azel je te présente Tomas, dit Tom. Tom voici un très bon ami à moi, Azel.

Le jeune homme était figé, mal à l’aise. Presque aussi mal à l’aise que le jeune garçon, mais lui était un adulte et n’avait pas l’excuse de la jeunesse. Le voir lui avait fait comme un coup au plexus et il avait des difficultés à respirer. Les yeux bruns foncés de Tom lui était presque familier et malgré la logique qui lui dictait que c’était tout bonnement impossible, il ne pouvait s’empêcher de remarquer que le petit garçon présentait d’étranges points communs avec Leena et lui.

Maladroitement, il lui tendit la main et Tom fit quelques pas pour la serrer brièvement avec de retourner se cacher derrière la jeune femme.

Encore un peu sonné, il ne prêta plus trop attention à la conversation qui se déroulaient entre les deux mages, ses yeux restaient fixés sur Tom. Enfin Leena prit congés de Clarissa, et Azel la suivit presque mécaniquement.

Elle le mena vers une petite bâtisse dont elle avait la clé et Azel vit de tout de suite qu’il s’agissait certainement d’une réserve. Elle récupéra une couverture, des draps propres et le guida vers une petite maisonnette un peu plus loin. Elle lui ouvrit la porte.

– Tadaaaa. Bienvenue dans ton chez toi pour quelques temps. C’est petit mais propre.

Toujours un peu sonné, Azel acquiesça.

– C’est parfait.

La jeune femme lui tendit un morceau de papier.

– Tiens, voici un petit plan du camp que j’ai fait au tout début de notre installation et que j’ai mis à jour régulièrement. Cela te sera sûrement utile. Je te laisse t’installer, je vais attendre le retour d’Owen. Il voudra certainement me parler.

La jeune mage allait sortir mais Azel la stoppa soudain.

– Attends, Leena…

Il essaya de formuler sa question :

– Est-ce que… Tom il est…

Il prit une profonde inspiration et enfin arriva à demander.

– Est-ce que tu as quelque chose à me dire à propos de ce garçon ?

Leena pencha la tête de côté et le considéra pendant un long moment. Elle le regardait droit dans les yeux alors qu’Azel avait une folle envie de la secouer pour qu’elle lui réponde. Enfin après de longues minutes, elle déclara.

– Tu penses que Tom est notre enfant.

Azel prit soudain toute la mesure de la situation. Oui il pensait que cet enfant leur ressemblait beaucoup à tous les deux. Oui il craignait qu’elle lui ait menti encore une fois.

– C’est ce que je te demande.

– Non, il ne l’est pas. C’est un orphelin que moi et Clarissa avons pris sous notre aile. Il a beau être petit il a déjà six ans. Tu vois les dates ne collent pas. Depuis la mort de ses parents, il a cessé de parler.

Avec un petit sourire triste et désabusé, Leena ajouta :

– Mais il pourrait l’être, n’est-ce pas ? Il a les mêmes yeux que toi, je l’ai tout de suite remarqué. Tu penses vraiment que j’aurais pu te cacher une chose pareille ? Que je serais allée me rendre à l’Inquisition en l’abandonnant s’il avait vraiment été notre enfant ? Tu dois vraiment avoir perdu toute la confiance et l’estime que tu me portais.

Les yeux de la jeune femme exprimaient une réelle douleur mais cela n’empêcha pas Azel de soudain sentir le poids qui pesait, depuis quelques minutes, sur ses épaules, s’alléger. Jamais il n’avait envisagé de fonder une famille et surtout pas maintenant. Mais il aurait été encore pire d’être mis devant le fait accompli. Il poussa un profond soupir de soulagement.

Brusquement elle détourna la tête et lança par-dessus son épaule.

– Je te laisse.

Cette fois, il se déplaça pour l’arrêter et la prit par le bras pour la tourner vers lui. Il vit tout de suite que quelques larmes avaient envahi les yeux bleus de Leena. Lentement, la jeune femme articula :

– Je ne suis pas sans cœur. Si Tom avait été notre enfant, je l’aurais chéri comme la prunelle de mes yeux, et j’aurais tout donné pour le protéger. Et je te l’aurais dit, je te le jure.

De ses mains, il encadra son visage et déposa un baiser appuyé sur son front.

– Je suis désolé, j’aimerai avoir pleinement et totalement confiance en toi mais tu sais que cela va mettre du temps. Et rassure-toi, je sais que tu serais incapable d’abandonner ton enfant, comme l’ont fait tes parents, c’est juste que…comme tu le dis, il nous ressemble un peu, assez pour que ça soit troublant.

Il essuya ensuite les quelques larmes qui s’étaient frayées un chemin sur ses joues avant de la relâcher.

– Sois prudente, Leena. Je viendrais te voir ce soir, d’accord.

La jeune femme acquiesça et sortit, fermant doucement la porte derrière elle.

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