Chapitre 13 – Celui qui s’en va

Noria avait les mains dans la terre. Bichonner ses plantes l’aidait à se détendre. Elle avait l’impression qu’ici, sur ce petit coin de terre, elle avait une vraie importance. Elle aimait savoir que sans ses soins et ses attentions ce jardin ne serait qu’une partie de nature comme les autres.

Cela faisait maintenant six mois qu’elle avait retrouvé la vue. Elle s’entraînait toujours aussi dur pour retrouver la qualité de tir qu’elle avait avant. Et ses efforts avaient payé. Elle ne se rendait même plus compte qu’elle n’avait qu’un œil de fonctionnel.  Cela commençait enfin à devenir naturel.

Aidée de son frère préféré, elle avait construit une nouvelle petite cabane dans la clairière. Mais pas au même endroit que la précédente. Elle n’avait rien touché ni rien déblayé depuis l’incendie. Ce lieu, même détruit, était trop chargé de souvenirs, bons comme mauvais pour qu’elle puisse y toucher.

La nouvelle cabane était tout aussi spacieuse que l’ancienne avec un nouvel établi flambant neuf. Elle l’avait également équipée d’un lit plus grand que le précédent. Elle passait la plupart de son temps ici maintenant. Elle avait réussi  à reconstituer une réserve de plantes et s’était remise au travail.

Parfois elle se faisait aider d’Assan. Conformément à la promesse qu’elle lui avait faite, elle était retournée la voir souvent. Elle adorait ses visites chez les Lavellan. Elle aimait énormément sa mère mais elle ne partageait pas grand-chose avec elle. Avec Assan c’était différent, elle pouvait parler poison, plantes, combat et puis de temps en temps elles parlaient de Seth. Assan lui raconta comment, tout jeune adolescent, il avait un jour décidé de se faire ses piercings tout seul en piquant le matériel de sa mère et qu’il avait mis des mois à cicatriser complètement Ou encore quand l’Archiviste venait chez elle en lui demandant de surveiller un peu son garçon parce qu’il n’arrêtait pas de voler les offrandes sur les autels de tous les dieux, pour aller les déposer devant celui de Fen’Harel.

Et puis Assan venait aussi lui rendre visite et elle travaillait ensemble. Noria se confiait beaucoup à elle, sur ses désirs d’autre vie, sur son accident, ses cicatrices internes comme externes. Mais pour autant, elle ne lui avoua jamais être tombée amoureuse de son fils. A vrai dire elle n’eut pas à le faire, elle le devina toute seule. Mais hormis une seule fois, elle ne lui parla jamais des sentiments qu’elle éprouvait pour Seth. C’était son jardin secret, et puis il semblerait qu’il ait tourné la page de son côté. Elle se voyait mal, entre deux rempotages, lui dire à quel point il lui manquait.

« Oh Assan j’aimerais aussi te dire à quel point ton fils est un bon amant. Je suppose que ça vient de sa bonne éducation. » Noria gloussa en imaginant la scène, et la tête de l’elfe si elle lui avouait une chose pareille.

 

Un jour, alors qu’elle lui rendait visite, elle prenait tranquillement le thé dans la tente d’Assan. Noria tomba sur une petite boîte ouvragée. Suivant le regard de la jeune femme, Assan s’approcha et lui ouvrit.

– C’est mon nécessaire à piercings.

Curieuse Noria s’approcha et sortit une grande aiguille.

– Tu en veux un Da’len ?

Brusquement, Noria reposa l’aiguille et se tourna vers une Assan, tout sourire.

– Pour de vrai ?

– Mais oui ! Sinon je ne le proposerais pas !

– Eh bien oui pourquoi pas !

Un peu gênée elle demanda.

– Euh… est ce que ça fait très mal ? Non parce que ça n’est pas que je suis douillette mais bon …

Assan rit.

– La douleur n’est pas si terrible, enfin tout dépend de l’endroit évidemment, et puis c’est très rapide.

– Bon d’accord !

Noria réfléchit quelques secondes et lui montra le bout de son oreille droite.

– Je pourrais l’avoir ici ?

Assan lui sourit et lui demanda de s’installer sur un petit tabouret. Noria se sentait légèrement fébrile. Elle adorait les piercings de Seth et de sa mère mais avait un peu peur. Alors pour se donner du courage elle ferma les yeux très fort et cessa tout à fait de bouger. Elle sentit Assan tripoter son oreille, passer quelque chose de froid dessus. Elle grimaça lorsque l’aiguille transperça la peau mais arriva à rester immobile et muette. Elle attendit vaillamment qu’Assan finisse. Enfin elle lui annonça que c’était fini et lui tendit un petit miroir.

Une petite boucle dorée brillait légèrement sur son oreille. Elle remercia Assan toutes les secondes environs pour ce beau cadeau. Elle adorait l’effet de ce petit bijou ! Définitivement elle finirait par ressembler à un pirate !

 

Noria avait répondu à la lettre de Seth, usant du même ton léger et insouciant. Après tout si lui ne se confiait pas à elle, elle ne voyait pas pourquoi elle le ferait. Depuis ils correspondaient souvent. Il lui raconta les missions de l’Inquisition, le bal d’Halamshiral (oh comme elle aurait voulu y être !) la Forteresse de l’Inébranlable et puis le temple de Mythal. Il semblait réellement fasciné par cet apostat, Solas, il en parlait très souvent. Mais comme il ne s’épanchait pas vraiment sur ses sentiments, il lui était difficile de savoir jusqu’où allait cette fascination. Cela lui transperçait à chaque fois le cœur, de l’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre, mais elle ne pouvait rien y faire.

Il y a un mois elle avait enfin osé mettre sa fierté de côté et lui avait dit qu’elle comptait le rejoindre bientôt.

La lettre de sa réponse arriva bien plus vite que les autres. Il lui écrivait, sur un ton assez détaché, qu’il n’avait pas vraiment besoin d’elle, qu’il avait déjà de nombreux membres compétents au sein de l’Inquisition.

Si elle n’avait pas été complètement anéantie par cette réponse, elle aurait rit d’elle-même. Elle le savait, sa raison, sa tête le lui avait crié, mais évidemment, et comme une idiote, elle avait préféré suivre son cœur.

Lorsqu’Assan arriva elle la trouva effondrée, en pleurs sur son lit, assise, la tête contre ses genoux, une lettre portant le sceau de l’Inquisition à terre.

Il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre que quoi qu’ait pu écrire son fils, il avait réussi à bouleverser la jeune femme. N’écoutant que son instinct maternel, Assan s’était assise à ses côtés et l’avait gentiment prise dans ses bras. Elle la berça doucement en attendant que les crises de sanglots se calment.

– Chuuut Noria, ça n’est rien. Je suis sûre que tout s’arrangera. Qu’est-ce qu’il t’a écrit ?

– Il…il… il ne veut …pas…de moi !

– Alors c’est un idiot ! Allons, allons, calme-toi Da’len. Je suis certaine que Seth s’est juste mal exprimé. Il est parfois très maladroit…

– Non… c’est écrit noir sur blanc… il ne veut pas que je le rejoigne.

– Il a sûrement une bonne raison.

Elle lui releva le menton et quelle ne fût pas sa surprise de voir que Noria avait retiré son bandeau. Pour la première fois elle vit ses cicatrices et la couleur laiteuse de son œil mort. Ses yeux et ses joues étaient encore trempées de larmes. Elle les essuya délicatement.

– Je connais mon fils Da’len, il ne te ferait pas souffrir intentionnellement, surtout s’il sait ce que tu éprouves pour lui.

– Je n’éprouve rien pour lui !

Assan lui décocha un sourire ironique.

– A d’autre, ma fille ! Je sais ce que tu ressens et je t’avoue que tu n’as pas choisi l’homme le plus facile du monde, j’en sais quelque chose ! Mais je te répète qu’il y a sûrement un malentendu. Tu devrais y aller quand même. La communication est toujours plus facile face à face et je suis sûr qu’il sera très heureux de te voir.

Noria fronça le nez à cette idée.

– Ça il n’en est pas question ! J’ai encore un peu de fierté et je ne vais certainement pas me traîner à genoux devant lui pour qu’il daigne m’accepter au sein de l’Inquisition. Non je vais simplement arrêter de m’imaginer que quelque chose est possible entre nous.

Elle tourna le visage vers la fenêtre, comme si elle pensait le voir apparaître miraculeusement dans le jardin, son sourire de séducteur aux lèvres.

– Loin des yeux, loin du cœur.

– Des conneries oui ! Mais bon ce sont vos histoires pas les miennes !

Noria s’essuya les yeux et remis son masque en place. Son œil doré brillait d’une nouvelle détermination.

– Bien je propose qu’on arrête de parler de ton imbécile de fils, avec tout le respect que je te dois, bien sûr, et de se mettre au travail !

Depuis ce jour, elle avait décidé qu’elle allait arrêter d’attendre, comme une princesse de conte de fée, que vienne son prince charmant sur son cheval blanc. Elle allait partir à la recherche de sa propre voie qui l’attendait quelque part. Elle avait fixé sa date de départ et en avait parlé à Adan. Elle savait qu’il serait certainement son seul allié dans cette entreprise un peu folle. Et elle eut raison, ses parents poussèrent des cris d’orfraies, lui disant qu’elle ne pouvait pas partir seule dans son « état ». Comme si elle n’était pas capable de se gérer et de se défendre. Elle était presque plus redoutable maintenant qu’avant, son adversaire ayant souvent tendance à l’attaquer du côté droit pour ne pas être vu, ce à quoi elle s’attend toujours, bien évidemment.

Elle leur expliqua à tous que sa décision était prise et que rien ne pourrait la faire changer d’avis, absolument rien. Elle ne parla pas de son projet à Assan, ni à Seth d’ailleurs.

Aujourd’hui, veille de son départ, était le dernier jour où elle pourrait profiter de son jardin. Elle en prit soin comme jamais. Puis elle se retira dans sa maison et se prépara pour son départ, empaquetant potion, poison et plantes séchées rares.

Le lendemain matin, elle regarda une dernière fois son nouveau chez elle, qu’elle quittait déjà. Elle savait qu’un jour elle reviendrai dans cet endroit paisible, elle le sentait au fond d’elle. Et lorsqu’elle ferma la porte pour la dernière fois elle eut subitement le cœur plus léger.

Elle embrassa sa famille qui eut un mal fou à retenir leurs larmes mais ils y arrivèrent courageusement et lui sourirent. Lorsqu’elle arriva devant Adan, elle flancha presque, elle s’était promis de ne pas craquer et de ne pas pleurer. Son frère lui ouvrit les bras et elle s’y jeta. Il la tint serrer contre lui pendant de longue minute.

– Bonne chance No. Sois prudente et reviens nous voir de temps en temps, d’accord ?

La tête enfouie contre son cou, Noria lui avoua :

– Ne le dis pas aux autres mais c’est toi mon préféré.

Adan rit.

– Toi aussi petite sœur, tu es ma préférée. Alors fais en sorte de ne pas mourir dans une allée miteuse quelque part ou sur un chemin, tu veux ?

Elle promit et s’arracha à ses bras protecteurs et familiers. Et leur fit signe une dernière fois et entama sa marche solitaire. Mais avant de plonger vers l’inconnu, elle avait encore un arrêt à faire.

Elle était toute proche du clan Lavellan. Elle connaissait maintenant le trajet par cœur. Soudainement elle s’arrêta. Le peu de temps où elle avait été aveugle avait été bénéfique pour ses autres sens. Elle avait remarqué qu’elle entendait souvent des choses bien avant les autres et que son odorat était beaucoup plus développé. Et là, elle sentait clairement une très forte odeur de fumée et une autre plus désagréable encore, comme… comme de la chair brûlée. Par les Faiseurs ! Quelque chose ne tournait pas rond ! Elle se mit à courir et lorsqu’elle arriva devant le clan, elle étouffa un cri d’effroi. Il ne restait plus rien ! Les arravels étaient renversées ou brûlées. Les petits autels dédiés aux Dieux avaient été saccagés. Mais le pire, c’était le silence. Pas de cri joyeux d’enfants jouant, pas de conversations animées, rien !

Lentement elle s’approcha, enjamba avec horreur les cadavres de ceux qu’elle côtoyait il y a peu. Que s’était-il passé ? C’était impossible ! Après l’attaque des brigands il y a quelques mois, le clan avait renforcé ses défenses et quelques soldats de l’Inquisition étaient restés. Elle déblaya quelques gravats et découvrit le corps mutilé de l’Archiviste. Elle plaça son corps hors de portée du feu et lui ferma les yeux. Un peu perdue, elle fit le tour de l’ancien clan, à la recherche de celle qui était devenue une amie précieuse, Assan. Mais elle ne trouva rien. L’espoir renaissait dans son cœur. Peut-être avait-elle réussit à s’échapper avec quelques survivants ? Elle passa au crible la scène et enfin découvrit des traces fraîches qui s’éloignaient du clan. Rapidement, elle s’arma de son arc, vérifia que toutes ses flèches avaient reçu une goutte de poison et suivit les traces.

Quelques minutes plus tard, au détour d’un chemin elle entendit des bruits de combats. Avec agilité, elle s’approcha sans être vue et analysa la situation. Quelques survivants du clan, beaucoup d’enfants, quelques personnes âgées et très peu de combattants, luttaient contre une vingtaine de soldat. Elle vit tout de suite Assan au milieu de la mêlée qui semblait blessée. Les survivants étaient acculés, le regard paniqué.

Les soldats étaient plus ou moins regroupés, elle devait en profiter. Elle sortit une grenade inflammable qui avait causé son « accident » il y a quelques mois. Elle s’avança vers les soldats, siffla entre ses dents et cria, en elfique, aux survivants de se baisser et se protéger. Assan comprit tout de suite ce qu’elle voulait faire et prit les choses en main. Les soldats surpris de voir débarquer ce petit bout de femme, se tournèrent d’instinct vers elle et virent avec stupéfaction la grenade explosée au milieu de leur groupe. Ils s’enflammèrent en un instant. Des cris de douleur et d’horreur s’élevèrent. Les peaux brûlaient, le métal chauffait et une véritable panique s’installa au sein des soldats. Noria n’eut plus qu’à achever ceux qui n’étaient pas mort sur le coup. La méthode était sale mais efficace si on ne tenait pas compte de l’odeur ignoble que dégageait le massacre.

Après seulement quelques minutes de « combats » il ne restait plus un soldat debout.

Assan, essoufflée, le teint livide, se tourna vers elle.

– Efficace ta petite surprise Da’len !

Noria s’approchait d’elle, quand les jambes de la femme elfe cèdent sous elle. Noria courut vers elle et scanna rapidement son corps. Quelques égratignures et une très vilaine plaie sur le flan.

– Assan, accroche-toi, on va te soigner d’accord ?

Elle n’y connaissait vraiment pas grand-chose en premier secours et lança un regard désespéré vers les elfes survivants. Heureusement, un mage s’avança vers elle et se mit aussitôt au travail, faisant courir sa magie dans le corps de la blessée qui grimaçait de souffrance.

Tendrement Noria embrassa le front d’Assan.

– Ça va aller, ça va aller. Mais qu’est ce qui s’est passé, qui a fait ça ?

– Ils étaient trop nombreux Noria, on a rien pu faire. Quand j’ai vu que la situation était désespérée j’ai regroupé le plus de monde possible et je les ai conduit loin du massacre.

Ses yeux bleus se voilèrent de haine.

– J’ai entendu un des soldats se vanter de rapporter le plus de têtes d’elfes à son seigneur, Wycôme.

– Le seigneur de la bourgade Shem la plus proche ?

– Oui celui-là même.

– Je m’en occupe Assan. Repose-toi.

Faiblement, Assan essaya de la retenir. Noria pensa qu’elle allait lui dire de rester là, mais au contraire une lueur farouche brillait dans son regard.

– Fais lui payer Da’len !

 

Voilà pourquoi elle était là ce soir. Elle avait, non sans mal, réussi à rallier la ville qui était en pleine rébellion. Le seigneur Wycôme s’était donc enfermé dans son château, plus paranoïaque que jamais, rendant la tâche de Noria encore plus difficile. Elle mit donc à contribution tout son savoir-faire et son habilité pour s’infiltrer dans le château. Cet idiot de Wycôme avait sa chambre qui donnait sur un magnifique jardin et un arbre centenaire. Noria le grimpa difficilement et remercia silencieusement ses frères qui, enfants, s’amusaient à la défier pour monter les arbres les plus infranchissables des alentours. Elle était douée pour l’escalade et adorait la sensation de hauteur.

Elle l’attendait dans sa chambre, confortablement installée sur son lit. La garde avait été réduite et surveillait la porte d’entrée. Les idiots !

Enfin elle entendit la porte s’ouvrir et un homme d’une quarantaine d’années, bien fait de sa personne entra. Il referma doucement la porte derrière lui sans se douter un instant du danger.

Comme montée sur un ressort, Noria se redressa et fonça vers l’homme. Sans comprendre ce qui lui arrivait, le seigneur sentit une jeune elfe se coller à lui et une légère piqûre dans son flanc. Aussitôt ses jambes se dérobèrent et il s’affala contre la porte. Il ne pouvait plus bouger. L’elfe se mit à son niveau et le regarda dans les yeux.

– Bonsoir Seigneur Wycôme. Inutile de vous fatiguer, vous êtes paralysé par un poison très puissant. Vous allez mourir ce soir.

Calmement, elle dégaina une lame plus longue, plus mortelle. Elle la plongea d’abord dans l’épaule de l’homme. Celui-ci ressentit la douleur mais ne pouvait pas crier. Il ne pouvait que regarder et subir.

Noria était consciente de la limite qu’elle était en train de franchir. Elle avait déjà tué, jamais torturé. Mais les images du massacre défilèrent devant ses yeux et elle raffermit sa prise sur sa lame.

– Ça c’est pour les Lavellans.

Elle plongea la lame dans l’autre épaule.

– Ça c’est pour Assan. Vous avez de la chance, je n’aime pas faire souffrir inutilement. Mais vous, vous avez dépassé les bornes, enfoiré de Shem ! Jamais plus vous ne ferez de mal au mien.

Elle leva la lame une dernière fois et l’enfonça dans le ventre du Shem.

– Et ça c’est pour Seth !

Elle essuya sa lame sur la robe de chambre du seigneur et partit par le même chemin, s’enfonçant dans l’obscurité, laissant le puissant Seigneur Wycôme se vider de son sang, silencieusement.

Noria retourna aussitôt dans la forêt, à la recherche du camp des survivants. Elle eut beaucoup de mal à les retrouver et finalement tomba sur eux un peu par hasard. Tant mieux ! Ils étaient donc en sécurité.

Elle alla au chevet d’Assan, endormie, qui semblait ne plus souffrir. Elle n’arriva pas à trouver le sommeil, hantée par ses actions de la nuit. Elle savait que ce qu’elle avait fait était mal, mais le pire c’est qu’elle n’arrivait pas à regretter. Cet homme méritait de mourir ! Cet homme méritait de souffrir !

Plongée dans ses tourments, elle ne remarqua même pas le soleil se lever. Assan se réveilla doucement et vit la jeune femme à son chevet. Elle avait le regard dans le vague, des larmes dans les yeux et des cernes profondes en-dessous.

– Noria ?

La jeune elfe tourna son regard vers elle et souffla.

– Il est mort.

– Bien, Da’len.

– Je l’ai fait souffrir.

Assan pris la main de Noria dans la sienne.

– Ça n’est rien. Il le méritait, tu le sais.

– Oui je sais, c’est juste que…

– Rien du tout Da’len. Tu nous as sauvés et tu nous as vengés, c’est tout ce que je retiens.

Noria soupira et lui sourit faiblement.

– Merci Assan. Comment te sens-tu ?

– Mieux, bien mieux. Je suis quitte pour une nouvelle cicatrice. Dès que j’irais mieux, je conduirai ce qui reste du clan vers Fort Céleste. Vas-tu venir avec nous ?

Noria secoua la tête.

– Non, j’étais venue te dire au revoir. Je m’en vais.

– Où iras-tu Da’len ?

– Je ne sais pas encore, je vais sans douter commencer par Kirkwall.

– Que veux-tu que je dises à Seth ?

Noria réfléchit et lui dit, en souriant plus franchement :

– Dis-lui que je n’ai jamais été patiente et que j’en ai eu assez de l’attendre.

– Tu t’en vas aujourd’hui n’est-ce pas ?

– Oui sinon je n’y arrivais plus.

Avec stupéfaction, Noria vit Assan essayer de se relever. Elle l’arrêta aussitôt.

– Arrête Assan tu vas rouvrir ta blessure !

– On s’en fiche tu ne partiras pas sans un au revoir correct ! Alors viens-là !

Elle se mit difficilement assise et lui ouvrit les bras. Avec mille précautions Noria l’enlaça. Assan la serra fort contre elle et lui murmura :

– Sois prudente Da’len, la vie des Shems est bien plus dure que celle que nous menons. Et surtout promets-moi de revenir me voir.

Les larmes aux yeux, le visage enfoui dans son épaule, Noria acquiesça silencieusement.

– Tu me manqueras beaucoup.

La voix nouée, Noria lui dit.

– Toi aussi tu me manqueras, tu me manqueras énormément.

Noria se redressa, lui donna un dernier sourire plein de larmes et s’éloigna.

L’aventure commençait pour elle, mais finalement ce départ avec un goût de cendres et de sang.

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