Chapitre 13 – Dans les bains

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Seren s’éveilla. Elle se sentit étrangement en forme, comme après une très bonne nuit de sommeil. Contrairement aux autres fois, elle se souvenait presque parfaitement de tout ce qui s’était passé dans l’arène et après. Elle pouvait encore sentir la chaleur de Rain et sa bienfaisante magie. Elle se redressa doucement dans le lit et découvrit qu’elle était propre et nue. La maison était étrangement calme, silencieuse. Elle n’entendit aucun bruit de pas dans le couloir, aucun murmure d’elfes.

Soudain sa porte s’ouvrit avec fracas et une elfe d’une soixantaine d’années entra, un plateau plein de victuailles dans les bras. Ses cheveux gris étaient retenus pas un chignon serré sur sa nuque et elle débordait tellement de vitalité et d’énergie que la chambre de la jeune elfe en vibrait presque. Vivement, Seren remonta les draps sur sa poitrine. Voyant son geste, la vieille femme ricana :

– Allons, Dahlen, tu n’as rien à cacher que je ne connaisse déjà ! Et qui t’as lavée et changée à ton avis hein ? Tu es encore revenue couverte de sang.

– Marva ? Mais que fais-tu ici ? Tu ne quittes jamais tes chères cuisines d’habitude !

– Il fallait bien que quelqu’un s’occupe de toi ! Je sais que Tia aimait le faire et je ne pense pas que la petite apprécierait que l’une des morveuses qui sert d’esclaves à Darius s’en charge à ma place.

Elle déposa le plateau sur les genoux de Seren.

– Tiens, je suis sûre que tu meurs de faim depuis hier soir.

– Donc je ne suis restée endormie que pendant une nuit. Qu’est-ce qu’il s’est passé après le combat ? Je crois… je crois m’être endormie comme une masse.

– Oh eh bien Maître Darius semblait très heureux de ta victoire. A vrai dire je l’ai rarement vu aussi joyeux. Et je suis là depuis sa naissance ! Tu as dormi comme une souche pendant la nuit et une bonne partie de la journée. Le soleil va se coucher dans quelques heures.

– Oui je crois que Darius vient de gagner une très grosse somme d’argent.

– Cela expliquerait sa soudaine bonne humeur. Il a été invité chez l’un de ses « amis » pour fêter sa victoire dignement. Je ne crois pas qu’il faille l’attendre avant demain. D’ailleurs il a donné un jour de repos à toute la maison ? Tu le crois ça ? Une grande partie des esclaves en a profité pour sortir s’amuser un peu. Il ne reste pratiquement plus personne à la maison. Que les plus vieux pour qui une journée de repos ne veut plus rien dire après tout ce temps.

– Je te remercie pour le plateau, ça a l’air délicieux.

Seren attaqua la nourriture avec enthousiasme, dévorant tout, comme après chaque combat. Après quelques minutes, elle osa enfin demander.

– Et comment va Rain ? Il a encore dû utiliser une grosse quantité d’énergie pour me soigner.

– Oui, c’est même lui qui t’as ramené à la maison. Il a dormi pendant un moment lui aussi, il n’a pas voulu que je m’approche de toi pendant un long moment.

La vieille elfe regarda Seren avec un air étrange.

– Dahlen, y’a-t-il quelque chose entre vous ?

La jeune femme rougit violemment tout en niant fébrilement :

– Non, non. Bien… bien sûr que non !

– Oh. Je ne voulais pas me mêler de ce qui ne me regardait pas. Je voulais juste te mettre en garde c’est tout. Aussi beau et charmant soit cet humain, il ne pourra pas t’arracher à Darius. N’oublie jamais que tu es une esclave et pas lui.

Seren fronça les sourcils, même si c’était exactement les mêmes arguments qu’elle avait avancé à Rain pour arrêter leur relation récente, les entendre dans la bouche de cette femme, qu’elle avait connaissait depuis longtemps, l’agaça fortement.

– Ne t’inquiète pas Marva, je suis une adulte responsable et je sais ce que je fais. Et même si ma relation avec Rain ne te regarde en rien, sache qu’il n’y a rien du tout entre nous.

La cuisinière leva les mains en signe de reddition.

– Bien, très bien ! C’est toi qui vois Seren ! Je te laisse ! J’ai encore du travail dans les cuisines, pas de repos pour les braves !

Elle s’éloigna et s’apprêta à ouvrir la porte quand Seren la stoppa :

– Merci encore Marva. Est-ce que… est-ce que tu sais si Rain est encore à la maison ?

Avec un léger regard de reproche, Marva lui répondit :

– Je crois qu’il se trouve dans les bains.

Après une pause, elle ajouta :

– Soit prudente, Dahlen.

Elle referma doucement la porte derrière elle. Seren soupira et se passa une main nerveuse dans les cheveux. Bizarrement, elle arrivait presque à se souvenir de tout ce qui s’était passé pendant sa transe de Berserker. Elle se rappelait du combat mais surtout de l’après. Elle avait vainement tenté de revenir à elle, mais le brouillard rouge ne voulait pas se retirer. Et puis Rain était arrivé et déjà le Berserker en elle reculait, mais il était toujours là et son instinct aiguisé de survie avait failli blesser son ami. Mais sa voix, son parfum, sa chaleur l’avait ramené, petit à petit. Malheureusement, la douleur avait fait surface en même temps, une douleur terrible, intense, qui l’avait ravagé. Seule sa magie l’avait maintenu hors des ténèbres.

Elle devait bien se rendre à l’évidence, elle avait besoin de lui. Elle se rappela également qu’elle avait eu l’impression pendant le combat que le géant avait été maitrisé pendant quelques minutes grâce à la magie. Elle pourrait presque jurer qu’elle avait vu Rain en plein sortilège. A quoi bon stopper toute relation entre eux pour le protéger s’il n’en faisait qu’à sa tête et se mettait délibérément en danger.

Elle commençait vraiment à se demander si elle avait bien fait d’arrêter. Après tout ils étaient bien ensemble, enfin de son point de vue en tout cas. Non, elle était loin de la vérité, la nuit avec Rain avait été la plus belle de sa vie. Naïvement, elle avait pensé, dans le secret de son cœur, qu’un jour Darius la verrait autrement, comme une égale. Il briserait alors sa servitude et lui demanderait de partager sa vie. Fini les combats, fini l’esclavage. Mais c’était là le vrai rêve. Elle ne se rendait compte que maintenant que Darius n’était pas l’homme qu’elle imaginait, et surtout que jamais, au grand jamais il ne la regarderait différemment. Elle n’était rien pour lui, absolument rien et cela ne changerait pas.

Avec Rain tout était tellement différent. Ils étaient devenus amis, petit à petit, puis amants. Et tout avait été si naturel, si parfait. Elle savait que jamais Rain ne lui ferait de mal, ne la jetterait dans une arène à la tête d’un géant. Elle voulait que les instants qu’ils avaient partagés continuent, passer ses nuits avec lui, sentir ses mains sur elle, sa bouche sur la sienne. Faiseurs, elle le désirait tellement ! Peu importe que cela ne mène nulle part. Mais était-elle prête à mettre la vie de Rain, l’homme qui était devenu plus important que n’importe qui à ses yeux, en danger ? Pouvait-elle être si égoïste ? Serait-elle assez forte pour faire face aux conséquences de cette relation ? La colère de Darius, s’ils étaient découvert, la douleur d’être séparée de lui quand Rain partirait …

Tellement de choses pouvaient mal tourner. Mais son désir pulsait tellement fort qu’il faisait presque taire sa raison. Elle voulait le voir… maintenant.

Brusquement elle se leva, enfila une longue robe de chambre en soie qui toucha sa peau comme une tendre caresse et remonta à la va vite ses cheveux sur la tête. Pieds nus, elle ouvrit la porte de sa chambre et ses pas se dirigèrent d’eux même vers les bains.

Lorsqu’elle commença à voir de la vapeur elle ralentit l’allure puis s’arrêta. Elle hésita un instant, resserra les pans de sa robe de chambre et finit par entrer doucement. Elle n’avait rien préparé, ne savait même pas trop ce qu’elle faisait là, mais elle continua à avancer.

Enfin à travers la fine vapeur elle aperçut le bassin. Rain était immergé dans l’eau jusqu’à la taille, les bras étendus sur le rebord du bassin, la tête légèrement rejetée en arrière. De fines gouttes d’eau s’étaient prises dans ses cheveux et sa barbe, et ses yeux mi-clos brillaient comme ceux d’un fauve.

Il était magnifique et exhalait une telle sensualité et une telle force que Seren eut soudain les lèvres sèches et elle sentit ses joues s’enflammées. Lorsqu’il prit conscience de sa présence, il baissa la tête et croisa son regard. Seren était comme hypnotisée. Elle avança doucement vers le bassin. La jeune femme releva légèrement sa robe de chambre sur ses jambes et s’assied au bord du bassin. L’eau arrivait jusqu’au milieu de ses mollets et le tissu de son habit, remonté jusqu’en bas de ses cuisses, formait comme une corolle autour d’elle. Inexplicablement, la tension entre eux était presque palpable. Elle n’arrivait pas à détacher son regard du sien et ne savait pas trop comment aborder la conversation. Finalement elle se lança :

– Merci pour hier soir.

– C’est mon travail, tu n’as pas à me remercier.

– Nous savons tous les deux que tu as fais bien plus que ton travail.

Rain haussa un sourcil.

– Comment cela ?

– Tu m’as aidé contre le géant. Je l’ai vu, tu lui as jeté un sort n’est-ce pas ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Bien, ne l’avoue pas si tu veux. Saches que je sais. Mais tu ne peux pas nier m’avoir aidée à… à revenir à moi.

– Je ne le nie pas.

Ses réponses étaient des plus laconiques. Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre qu’elle le désirait plus que tout. Non elle ne pouvait pas. Elle allait se relever quand Rain la stoppa net.

– Que fais-tu là Seren ?

Elle pouvait encore reculer, s’enfuir. Mais elle ne voulait plus fuir. Elle avait été esclave une bonne moitié de sa vie, elle voulait maintenant la prendre en main. Et cela commençait par faire preuve de courage.

– J’ai eu tort Rain, j’ai besoin de toi.

Une lueur presque dangereuse s’alluma dans le regard de Rain. Mais il ne bougea toujours pas.

– Besoin de moi pour quoi exactement ?

Faiseurs, il ne lui fait facilitait vraiment pas la tâche et lui faisait perdre tous ses moyens.

– Pour… pour …

Elle n’eut même pas le temps de bégayer davantage. Rain utilisa un sort qui le déplaça devant elle en un battement de cil. Il avait posé les mains de part et d’autre de sa taille, sa tête arrivait presque au niveau de celle de la jeune femme. De surprise, Seren écarquilla les yeux et n’osa pas bouger. Rain semblait presque énervé. Qu’avait-elle dit ? Qu’avait-elle fait ? Lentement l’humain se pencha vers elle et remonta vers son oreille où son souffle caressa sa peau, la faisait frissonner de la tête au pied.

– Pour quoi, Seren ? Pour recommencer ce que tu as voulu arrêter ?

Venait-il de lui jeter un sort ? Elle n’arrivait plus à penser, ni à parler. Elle aurait voulu lui expliquer qu’elle avait autant besoin d’un ami que d’un amant, même si en ce moment son corps criait presque son envie d’être touché et qu’elle avait été profondément blessée de le voir avec Emilia. Mais elle ne sut qu’hocher doucement la tête.

– Que crois-tu ? Que je ne suis qu’un jouet que tu sors lorsque tu en as envie et que tu rejettes quand tu reviens à la raison ? Je ne suis pas à ta disposition Seren.

Enfin elle arriva à souffler :

– Non …

– Si tu ne recherches qu’une délivrance physique, tu peux te la procurer sans moi.

Sans la quitter des yeux il lui prit la main et la porta à ses lèvres. Il prit deux doigts dans sa bouche et les suça doucement. Seren cessa tout à fait de respirer et tremblait presque d’anticipation. Il libéra finalement ses doigts et guida sa main vers l’entrejambe de la jeune femme, tandis que son autre main écarta légèrement ses jambes et le tissu de sa robe de chambre avec. Elle sursauta légèrement en sentait ses propres doigts humidifiés par la salive de Rain contre ses chairs intimes. Elle gémit lorsque ses doigts, toujours guidés par l’humain trouvèrent son clitoris, et elle ne put s’empêcher de les bouger pour titiller son bourgeon déjà gonflé de plaisir. Rain lui fit faire le tour de ses lèvres et s’approcha de l’entrée de son intimité. Lorsqu’elle sentit qu’il guida ses doigts en elle, elle cria doucement, et voulut s’agripper à l’épaule du jeune homme. Mais celui-ci ne la laissa pas faire et plaqua sa main contre le marbre qui entourait le bassin. Il lui fit faire de léger mouvement de vas et vient. Toujours prisonnière de son regard, Seren ne savait plus que penser. Elle avait besoin de le toucher et qu’il la touche également. Mais son corps se contentait apparemment de ce qu’elle lui donnait, et de la simple caresse du regard de Rain. Elle sentit rapidement l’orgasme approcher, haletait et gémissait doucement.

– Alexei, s’il te plait…

Mais le jeune homme resta sourd à ses suppliques et ne lâcha pas sa main, accélérant, au contraire, le mouvement. Finalement Seren se laissa aller au plaisir avec un petit cri, mais son orgasme se teintait presque d’une certaine tristesse. Ça n’était pas cela qu’elle voulait, elle le voulait lui. Elle devait trouver le moyen de lui faire comprendre. Elle releva la tête, qu’elle avait baissé pendant l’orgasme, et retrouva son regard brillant.

Il retira ses doigts, les porta à nouveau à sa bouche et les lécha doucement, fermant brièvement les yeux pour savourer le nectar qui les trempait. Cela fait, il garda prisonnière sa main.

– Tu vois, lui dit-il, tu peux très bien faire cela toute seule. Je répète donc ma question ; pourquoi as-tu besoin de moi ?

Si elle n’arrivait pas à se reprendre très vite, elle allait le perdre définitivement, elle le sentait. Heureusement les mots franchirent à nouveau ses lèvres. Les joues rougis, les yeux pétillants et pleins de larmes, à sa grande honte, c’est presque avec colère qu’elle lui énuméra :

– J’ai besoin de ton corps, j’ai besoin de ta tendresse, j’ai besoin de me sentir proche de toi, j’ai besoin de te parler, j’ai besoin de la sérénité que tu me procures et j’ai besoin de savoir que tu ressens la même chose et que tu n’iras pas chez une autre femme que moi.

Le regard de Rain s’adoucit légèrement mais il ne la relâcha pas pour autant.

– J’y étais prêt, Seren, c’est toi qui ne voulais pas continuer. Moi, j’ai besoin de savoir que tu ne vas pas me rejeter encore et que tu es prête à faire face à ce qu’il adviendra.

Le regard déterminé, Seren n’hésita pas à lui avouer.

– Je préfèrerais mourir que de rester loin de toi, je l’ai compris.

Rain soupira et posa son front contre celui de la jeune elfe.

– Ca n’est pas ce que je te demande Seren. Je ne souhaite pas que tu meures pour moi, juste que tu acceptes que ce l’on pourrait vivre tous les deux en vaut la peine.

– Mais je l’accepte ! Je t’en prie laisse-moi te toucher…

Rain obtempéra enfin. Très doucement, et avec des mains tremblantes, Seren approcha sa main de la joue de Rain, son autre main se posa sur son épaule et remonta vers sa nuque. Elle pencha légèrement le visage vers lui et leurs lèvres se trouvèrent et se frôlèrent, en une caresse tendre et aérienne, comme pour contrebalancer la froideur de leur première étreinte. Enfin, presque au même moment, ils écrasèrent leurs bouches l’une contre l’autre. Seren ouvrit aussitôt les lèvres, et gémit quand la langue de Rain caressa la sienne. Elle avait passé ses bras autour de son cou et plongé ses doigts dans les cheveux mouillés de Rain. Ses jambes s’ancrèrent autour de la taille de l’humain et le serra contre elle. Rain avait une main bien callée contre sa nuque alors que l’autre empoigna un sein qu’il massa à travers la soie. Il pinça gentiment son mamelon, faisant crier la jeune femme dans sa bouche.

Lorsqu’il l’avait vu apparaître, drapée dans sa longue robe de chambre qui ne cachait rien de son corps, les cheveux relevés, il avait failli perdre le contrôler et rompre sa promesse. Cela lui avait coûté de rester sans la toucher pendant qu’il lui faisait se donner du plaisir. Il avait bien senti qu’il l’avait peiné mais il voulait être sûr de sa résolution. Ainsi il comptait bien se faire pardonner. Sans cesser de l’embrasser, les mains du jeune homme se posèrent sur la ceinture de Seren et luttèrent quelques secondes pour en défaire le nœud. Enfin il put ouvrir les pans de sa robe de chambre et faire glisser le tissu le long de ses bras. Seren s’en débarrassa rapidement avant de remettre ses mains sur son torse. Elle lui mordilla gentiment la lèvre inférieure tout en descendant ses mains, griffant doucement sa peau au passage. Rain se détacha des lèvres de la jeune elfe et fit descendre les siennes le long de sa gorge. Il gémit lorsque les doigts de Seren passèrent sous l’eau et se refermèrent sur son membre, gonflé depuis le moment où il avait pris les doigts de la jeune femme dans sa bouche. La sienne se referma sur un mamelon durci alors que la main de l’elfe serra plus fort en imprimant un mouvement du haut vers le bas. Cela le rendit fou de désir et il dévora littéralement la poitrine de Seren. Ils devaient ralentir la cadence, sinon il n’allait pas tenir. Il posa donc sa main sur celle de Seren et la stoppa :

– Doucement, nous avons tout notre temps.

Seren le lâcha et chercha son regard. Elle lui répéta :

– J’ai tellement besoin de toi.

Rain lui sourit et la prit par la taille. Il la souleva et la plongea dans l’eau. Accroché au cou et à la taille de l’humain, Seren rit. Elle commença à frotter son bassin contre lui créant de petites vagues autour d’eux. L’humain lui agrippa les fesses, accompagnant ses mouvements. Il lui mordit la lèvre et murmura :

– Andrasté ! Seren …

Elle l’embrassa alors, accélérant ses mouvements. Elle descendit ensuite vers son menton et remonta le long de sa mâchoire puissante jusque son oreille dont elle suça le lobe.

– J’ai envie de toi …

Au même moment, elle s’empala violement sur son sexe, leur arrachant un cri à tous deux. Elle ne bougea plus, la tête rejetée en arrière, le dos cambré, savourant simplement la douce sensation de son corps à nouveau complet. Puis elle se redressa et le regarda. Rain leva la main vers son visage et traça la cicatrice qu’elle avait en travers de l’œil, dans un geste tendre dont lui seul avait le secret. Il l’embrassa chastement sur les lèvres et lui dit :

– Nous devrions sortir de là.

– Mmm, l’ennui c’est que je suis très bien où je suis.

– Et tu seras encore mieux si nous sortons de ce bassin, crois-moi.

Seren soupira et se détacha à regret du corps de Rain. Il la guida vers le rebord puis s’y hissa en position assise. Il tendit alors la main vers Seren mais celle-ci avait d’autres projets en tête. Elle profita de la position de Rain pour prendre son sexe en bouche, sans mise en garde, arrachant un cri à l’humain. D’instinct il posa les mains sur sa tête, mêlant ses doigts dans les mèches de Seren. Celle-ci faisait lentement bouger sa tête du haut vers le bas, resserrant ses lèvres sur la peau tendre de son membre et en engloutissant autant que possible. Andrasté que c’était bon ! Elle prit soin de s’attarder sur son gland qu’elle lécha consciencieusement, avant de reprendre ses mouvements. Sa bouche était si chaude, si délicieusement humide.

– Seren remonte vers moi.

La jeune elfe poussa un grognement de protestation mais n’arrêta pas. Rain tira alors sur ses cheveux pour l’obligea à relever la tête.

– Je ne te demande pas d’arrêter mais de me rejoindre. Fais-moi confiance tu vas aimer.

Intriguée, Seren obtempéra. Rain l’embrassa violement avant de se coucher sur le dos.

– Viens par là.

Il lui indiqua ce qu’il voulait et de plus en plus curieuse l’elfe se mit à califourchon, juste au-dessus de sa tête face au bassin. Elle comprit ce qu’il voulait faire mais ne voyait pas… Elle perdit le fil de ses pensées quand elle sentit les lèvres de Rain sur son sexe et bascula légèrement en avant. Avec un sourire, elle vit enfin ce qu’il attendait d’elle. Elle se pencha donc encore plus pour reprendre son membre en bouche. Faiseurs ! Entre les lèvres de Rain, sa langue qui fouillait son intimité et son sexe dans la bouche, elle avait l’impression qu’il était partout. Et elle adorait ça. Elle continua comme elle put ses mouvements mais se rendit compte que la tâche était plus difficile, surtout lorsque les dents de Rain trouvèrent son clitoris. C’était comme une bataille, à celui qui ferait craquer l’autre en premier, ils y mirent tout leur cœur. Si bien que les muscles des jambes de Seren commencèrent à trembler et les vas et viens de la langue de Rain eurent raison d’elle. Elle cria autour du membre de Rain créant des vibrations qui faillirent le faire jouir. Heureusement il était trop occupé à lécher le nectar que Seren venait de libérer.

Seren se dégagea et fendit sur sa bouche, l’embrassant à perdre haleine, entrecoupant ses baisers par des murmures presque incohérents :

– Faiseurs…tellement…ai besoin de toi en moi…supplie…Alexei…

Rain se releva et l’aida à en faire de même. Il prit son visage entre ses mains et l’embrassa, tout en la faisant reculer contre le mur le plus proche. Le froid des carreaux de la mosaïque contre sa peau brulante arracha un petit cri à la jeune elfe. Leur différence de taille était juste parfaite, et il n’eut qu’à lui releva la jambe pour s’enfoncer à nouveau en elle. Il entama immédiatement un va et vient rapide. Seren hurla de bonheur et posa ses mains sur les épaules de Rain, essayant de suivre le rythme de ses coups de reins. L’autre main de Rain s’était perdue dans ses cheveux et il lui maintenait la tête contre le mur. Dans cette position, elle ne pouvait que plonger son regard dans celui de l’humain.

– Plus fort, Alexei, je t’en prie.

Le jeune homme lui sourit malicieusement et ralentit délibérément l’allure, adoptant un rythme douloureusement lent. Il se pencha vers elle et l’embrassa doucement. Seren protesta mais il ne fléchit pas, gardant ce rythme pendant encore de longues minutes, la regardant dans les yeux pendant qu’il faisait aller et venir son membre en elle, se retirant presque entièrement avant de s’enfoncer doucement le plus loin possible.

Soudain, il vit des tâches rouges dans les pupilles dilatées de Seren.

– Hey Seren, reste avec moi, reste avec moi !

Il l’embrassa passionnément, accélérant légèrement la cadence. Lorsqu’il plongea à nouveau dans ses yeux, il n’y vit, avec soulagement, que du vert mousse.

Seren n’en pouvait plus, elle avait besoin qu’il la prenne, vite, fort et elle en sanglotait presque de frustration. Soudain il se retira et la retourna. Ses mamelons sensibles entrèrent en contact avec le froid des carreaux. Cherchant un contact avec le corps de Rain elle recula légèrement les jambes et se pencha vers l’avant, lui présentant sa croupe. Les mains de Rain trouvèrent ses hanches qu’il agrippa puis d’une seule poussée il se réinstalla dans la chaleur de son corps. Elle sentit ensuite l’une de ses mains sur la sienne, crispée contre le carrelage et il emmêla ses doigts aux siens. Il embrassa sa nuque avec révérence avant de la prendre, enfin, comme elle le souhaitait. Ses hanches bougeaient à un rythme frénétique, vite, fort comme elle lui avait demandé. La salle résonnait de leurs cris mutuels et du bruit de la chair contre la chair. Seren était maintenant si près de la jouissance qu’elle voyait des étoiles devant ses yeux. Lorsqu’elle sentit Rain jouir en elle dans un cri guttural, elle bascula elle aussi. Tout son corps se crispa et elle hurla son prénom. Elle sentit le front de Rain appuyé contre son épaule, alors que l’humain essayait de retrouver son souffle. Faiseurs elle aurait tellement voulu que ce moment dure à jamais. Mais elle savait que tôt au tard elle serait séparée de lui. Rain lui embrassa l’épaule et se retira. Seren se tourna vers lui et rencontra son regard surpris. Doucement il posa sa main sur sa joue et lui demanda :

– Tu pleures ?

Elle ne s’en rendit compte qu’à cet instant. Elle essaya de lui sourire mais faillit. Alors elle se jeta à son cou et y enfouit son visage. Rain la prit dans ses bras :

– Tout va bien, je suis là, tout va bien…

Oui il était là, et elle allait devoir profiter de chaque instant.

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Chapitre 12 – David contre Goliath

Seren n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Le retour de la réception s’était fait en silence. Darius semblait très confiant, Rain avait l’air assez torturé, comme si quelque chose le dérangeait, quant à elle, elle devait avoir l’air d’un fantôme. Pour la première fois de sa vie elle avait peur de perdre un combat, peur de mourir dans l’arène. Parce que pour elle, cela ne faisait pas de doute, elle n’arriverait jamais à vaincre un géant à elle seule. Sa mort était presque programmée. Mais elle ne voulait pas donner cette satisfaction à Emilia et à l’idée de quitter ce monde pour toujours, de ne plus revoir Rain, son cœur se serrait involontairement.

Même si elle ne pourrait jamais l’avoir comme elle le souhaitait, pouvoir le voir et discuter avec lui, lui suffisait. Sentant que le sommeil la fuirait encore longtemps, elle se leva et s’habilla. Le ciel était encore noir mais commençait à s’éclaircir à l’horizon. Avec un excès de sentimentalisme auquel elle n’était pas habituée, elle eut soudain envie de voir le lever du soleil. Elle se dirigea donc vers les jardins dans son endroit préféré, là où elle avait embrassé Rain pour la première fois.

A sa grande surprise, une haute silhouette était déjà installée sur le banc et attendait, comme elle avait prévu de le faire, le lever du jour. Elle s’approcha doucement. Rain ne tourna pas la tête vers elle, il l’avait sans doute entendu arrivée depuis un moment. Il se décala légèrement, lui donnant une invitation tacite pour s’assoir à ses côtés, ce que la jeune elfe fit sans se faire prier. Elle se rendit alors compte que le simple fait de se trouver avec Rain, calmait sa nervosité. A cet instant, elle avait besoin de lui, avait besoin de son ami, si elle osait l’appeler ainsi. Elle releva les genoux, les entoura de ses bras et posa son menton dessus. Elle finit par lui avouer l’évidence.

– Je n’arrive pas à dormir.

Rain soupira.

– Je m’en doute.

Avec un petit sourire il ajouta :

– Puisqu’on en est aux confidences, moi non plus.

Le ciel commençait à rosir à l’est et c’est avec un silence presque religieux, que Seren et Rain observèrent l’éveil de l’astre solaire. Ses rayons les réchauffaient déjà, pourtant la jeune femme frissonna. Elle ne put s’empêcher de se dire que c’était sûrement le dernier lever de soleil qu’elle verrait. Comme s’il avait saisi ses idées noires, Rain posa une main sur les siennes, toujours jointes sur ses genoux et demanda :

– Est ce que tout va bien ?

Seren haussa les épaules. Elle voulut d’abord lui mentir, lui dire qu’elle se sentait parfaitement prête à ce combat, prête à mourir. Mais c’était terriblement faux et elle avait envie d’honnêteté avec lui, alors elle lui répondit d’une voix tremblotante :

– J’ai peur. Non en vérité je suis terrifiée.

Rain se tourna vers elle et lui releva le menton pour pouvoir la regarder dans les yeux.

– Tu vas y arriver, Seren. Tu es la combattante la plus incroyable qu’il m’ait été donné de voir.

Il fit une pause, semblant rassembler son courage.

– Je dois t’avouer quelque chose. Je crois… je crois que si Emilia a lancé ce pari un peu fou c’était pour se venger de Darius, pour quelque chose que j’ai fait… enfin plutôt quelque chose que je n’ai pas fait, en son nom.

Seren fronça les sourcils, le regardant toujours dans les yeux.

– Que veux-tu dire ?

Rain semblait soudain terriblement coupable et triste à la fois.

– Darius… Darius m’a demandé de séduire Emilia. C’était le prix à payer pour forger une alliance politique avec elle, apparemment. L’ennui c’est que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. Je pensais qu’elle l’avait compris et qu’elle était plus raisonnable que Darius. Manifestement je me suis lourdement trompé, elle semble presque pire que lui.

Il ne lui parla pas du chantage, inutile de rajouter que c’était pour la sauver, elle et les autres esclaves, du fouet, qu’il avait fait cela.

Seren ferma brièvement les yeux. Alors Emilia lui avait menti, elle aurait dû s’en douter. Comme elle en était heureuse ! Rain et cette garce n’avait rien fait, parce que Rain ne la désirait pas. Elle eut un léger sourire qui décontenança Rain.

– Tout va bien Seren ? As-tu compris ce que je viens de dire ?

– Oui, oui parfaitement. Alors tous les deux vous n’avez jamais …?

– Non, jamais.

– Ne t’en fais pas tu n’y es pour rien. Emilia m’a toujours détesté, une sorte de rivalité féminine je suppose. Elle n’a jamais manqué une occasion de m’humilier ou de me rabaisser. Mais j’avoue que là elle y est allée un peu fort…

– Quelle fête se sera lorsque l’on fêtera ta victoire !

Seren lui donna un léger coup de coude.

– N’as-tu jamais entendu l’histoire de cette peau d’ours qui ne fallait pas vendre avant de l’avoir tué ?

– Non pourquoi j’aurais dû ?

Seren rit, mais le ton léger de leur conversation trahissait la profondeur de leurs inquiétudes. Rain finit par donner un ton plus sérieux à leur échange.

– As-tu déjà vu un géant ?

Seren soupira.

– Une fois, il y a bien longtemps, nous en avons croisé un avec mon clan. Mais les chasseurs l’avaient repéré de loin et nous l’avions contourné. Même avec vingt guerriers, ils ont préféré être prudents.

– J’en ai combattu un, une fois. Nous étions quatre sur lui. Je ne te cacherai pas que ce fut difficile. Mais pas impossible. Les géants sont des créatures vivantes comme les autres, et elles meurent aussi. Ils sont justes plus grands, malodorants et vicieux.

– Est-ce ta façon d’essayer de me remonter le moral ?

– Je suis sérieux Seren. Ils ne sont pas imbattables, je peux t’aider à te préparer un minimum. Je ne te garantit pas la victoire mais au moins tu sauras comment réagit l’ennemi en face de toi. C’est la moindre des choses que je puisse faire.

Passer la journée avec Rain ? Seren ne demandait pas mieux. Elle accepta donc, et à la fin de la matinée elle le regretta presque. Le jeune homme était un professeur exigeant et ne lui laissait pas un instant de répit. Mais elle apprit : ne jamais tourner le dos à un géant, lorsqu’il baissait légèrement la tête c’est qu’il allait charger, il était attiré par l’odeur du sang, il a une très mauvaise vue mais se rattrape sur son odorat. Autant d’informations utiles qui pourraient faire la différence ce soir. Et puis il l’entraîna un peu, essayant de simuler les mouvements que pourraient effectuer le géant, usant de magie pour bouger plus vite, frapper plus fort. Darius, attiré par le bruit, vint les observer un moment mais finit par se lasser et les laissa à nouveau seuls.

Epuisée, Seren finit par demander grâce, s’asseyant sur le banc de pierre :

– Arrêtons là d’accord, sinon je serais tellement fatiguée ce soir que je ne serais plus bonne à rien.

Rain s’assit à ses côtés.

– Si tu gardes en tête tout ce que je viens de t’apprendre, tu gagneras ce soir.

– Tu sembles si sûr de toi, j’aimerais avoir ta confiance.

– Crois-tu au moins en tes chances ?

– Sincèrement non. Je connais mes limites Rain. Je ne suis que le jouet qui amusera des milliers de spectateurs ce soir, mais je ne suis pas incassable.

La jeune femme se leva et chercha son regard.

– Si… si jamais cela ne se passe pas comme prévu ce soir, je…

Rain se leva aussitôt, lui aussi, et posa un doigt sur les lèvres de la jeune femme.

– Non, Seren. Je refuse d’entendre ce que tu voulais dire. Tu vas te reposer pour ce soir. Tout ira bien d’accord ?

Seren soupira et finit par acquiescer. Rain lui baisa gentiment le front.

– Bien. Je serai là à la fin de ton combat, je te rejoindrai.

La jeune femme frissonna doucement en sentant les lèvres de l’humain à nouveau sur elle, même si son geste était des plus amical, voire fraternel. Elle s’éloigna de lui et se prépara pour l’attente la plus longue de sa vie.

 

Le soir venu, elle était prête. Elle avait passé un peu de temps à se reposer, avait mangé un peu et méditer en silence pour calmer sa nervosité. Mais l’heure avait finalement sonné. Elle s’était baignée et préparée avec soin. Le chemin vers l’arène lui sembla plus court que d’habitude. Le soldat qui l’accompagnait toujours fit une chose étonnante ; il lui prit la main et la serra fortement dans la sienne. Lui non plus ne semblait pas être très optimiste sur ses chances de réussite.

Un silence de mort régnait dans les sous-sols de l’arène, interrompu de temps à autre par le cri du géant qu’elle pouvait entendre de loin. Sur son passage, les combattants la dévisagèrent, lui adressant de temps à autre de brefs hochements de tête. L’annonce de son combat avait donc déjà fait le tour de la ville.

Elle attendit que tous les spectateurs soient installés puis on lui indiqua de se poster devant la grille. Celle-ci s’ouvrit devant elle. L’excitation semblait encore plus palpable que d’habitude dans la foule. Ils l’acclamèrent comme jamais. Seren posa un genou à terre, toucha le sol et se releva. Elle se tourna vers la tribune de Darius et s’inclina. Elle ne put s’empêcher de remarquer le sourire satisfait d’Emilia, assise à côté de Rain. Celui-ci la regarda un moment, puis lui sourit. Elle n’écouta même pas ce que l’annonceur disait. Elle continua à regarder Rain, puisant de la force et du courage dans son regard. Enfin la grande porte de l’arène s’ouvrit également. Plusieurs hommes, dont des mages, contrôlaient l’énorme géant qui fit son entrée dans l’arène. Il semblait furieux et les coups d’éclairs et de piques que lui donnaient ses gardiens n’arrangeaient rien. Ils quittèrent, petit à petit l’arène jusqu’à ce qu’il ne reste que deux mages. Sur un signe de tête, ils lâchèrent en même temps les liens magiques de la bête et se mirent à l’abri. Le géant, enfin libre, hurla et chercha immédiatement à évacuer toute la rage qu’il avait accumulé pendant sa détention. Des mages étaient postés tout le long des tribunes, prêts à intervenir si le géant décidait subitement de changer de cible. Il remarqua enfin Seren et fonça vers elle. Malgré sa taille et sa corpulence, le géant était rapide et vif. Heureusement que Rain l’avait avertie, Seren était donc prête à le recevoir. Elle attendit la dernière seconde pour l’éviter et lui donner un coup de ses Sais dans les jambes, seuls membres qu’elle pouvait atteindre. La bête cria son mécontentement mais sembla à peine touchée.

Débuta alors un âpre combat, ou le géant faisait tout pour anéantir son ennemi. Seren tenta s’esquiver ses coups et de le toucher mais elle n’avait l’impression que de réussir à énerver d’avantage la créature sans lui faire de dommage. Ses armes n’étaient pas adaptées contre le cuir de la peau de la bête. Elle s’essoufflait, et elle sentait déjà que ses mouvements étaient moins précis, moins rapides. Le public s’impatientait. Il voulait voir un vrai spectacle. Mais cela ne déconcerta pas Seren qui essaya d’analyser les mouvements du géant, se concentrant sur ce que Rain lui avait appris. Elle réussit à s’approcher suffisamment près pour passer derrière lui et lui donner un puissant coup tranchant derrière l’un de ses genoux. Malheureusement elle sentit aussitôt l’énorme main du géant la propulser loin de lui. Le coup fut si puissant qu’elle s’écrasa de côté contre l’un des murs de l’arène. Elle entendit un « crac » et sentit une vive douleur au niveau de son épaule. Elle se rendit rapidement compte qu’elle était démise. Elle voulut se la remboîter rapidement mais le géant ne lui en laissa pas le temps. Il se précipita vers elle et l’attrapa dans sa main. Seren hurla de douleur lorsque les doigts de la bête se refermèrent autour de sa poitrine et comprimèrent son épaule blessée. Elle en lâcha ses armes qui s’écrasèrent au sol. Elle avait les bras bloqués et la pression sur son corps était quasiment insoutenable. Le géant amena la jeune elfe près de sa bouche, prêt à la déchiqueter de ses dents. Seren ferma les yeux, c’était la fin. Le public le sentit aussi et retint son souffle pour sa championne

Subitement, la pression se relâcha et la créature ouvrit les doigts. Seren tomba à terre et entendit sa cheville craquée. Elle se mordit les lèvres pour ne pas hurler à nouveau. Sans chercher à comprendre ce qui se passait, la jeune femme serra les dents et claudiqua vers ses Sais qu’elle récupéra. Elle s’éloigna un peu de la créature et, enfin, observa ce qui se passait. Le géant semblait comme groggy, pourtant elle ne lui avait rien fait. Elle devait profiter de ce répit. Pourtant elle était dans un piteux état, même si elle réussissait à se remettre l’épaule en place, sa cheville restait un problème. Elle essaya de trouver une solution mais n’en vit aucune. Elle n’était pas assez blessée pour entrer dans son état de transe, pour devenir une Berserker, et avec ses blessures, elle risquait fortement de se faire écraser dès que le géant reprendrait ses esprits.

Elle tourna la tête vers la tribune de Darius et s’arrêta en voyant Rain. Il était crispé sur son siège, le corps penché en avant et le regard fixé sur le géant. Elle était prête à parier que c’était lui qui l’aidait avec sa magie.

« Réfléchis Seren, réfléchis ! »

Soudain, elle entrevit la solution. Elle inspira bruyamment et crispa ses mains sur ses armes. Elle finit par prendre son courage à deux mains et s’enfonça les armes profondément dans les côtés, veillant à ne pas toucher d’organes vitaux. Cela lui fit un mal de chien mais pas suffisamment. Elle tourna alors lentement les armes dans sa chair et hurla de douleur. Enfin elle sentit son esprit s’embrumer et sa vision se teinter de rouge. Lorsque la petite voix, maintenant presque familière, tinta à ses oreilles, elle se laissa totalement aller.

Rain n’en pouvait plus. Embrouillé l’esprit de ce géant lui demandait beaucoup trop d’énergie, il allait lâcher. D’autant qu’il devait faire comme si de rien n’était. Il savait qu’il n’aurait pas dû intervenir, et que s’il se faisait prendre, il risqua de passer un mauvais quart d’heure. Mais il n’avait pas pu laisser Seren mourir ainsi dans l’arène. Pas s’il pouvait y faire quelque chose. Le hurlement de douleur de la jeune femme le déconcentra. Pourquoi souffrait-elle ? Le géant était encore sous son contrôle pourtant. Il lâcha son emprise sur le géant pour observer la situation. Seren avait ses Sais plongés dans son corps et le sang gouttait à flot. Il comprit ce qu’elle cherchait à faire et cela ne lui plut pas. Son corps était déjà au plus mal et si elle forçait trop, elle risquait vraiment d’y laisser la vie.

Une aura rouge entoura la jeune femme et son attitude changea du tout au tout. Elle se redressa et s’appuya plus fortement sur sa jambe blessée. Le géant secoua la tête pour retrouver ses esprits et se tourna vers Seren. Il eut un mouvement de recul en sentant la nouvelle aura de la jeune femme, mais sa colère était bien plus puissante que sa raison, alors il se dirigea vers elle à grands pas.

Seren retira rapidement ses armes de son corps et se déplaçant à une vitesse prodigieuse, elle se retrouva dans le dos du géant. Elle attaqua à nouveau l’arrière de ses genoux mais avec des coups plus puissants que la dernière fois, transperçant la peau. La créature cria et posa bruyamment un genou à terre faisait légèrement trembler l’arène. Seren en profita immédiatement. Elle grimpa avec agilité sur son dos, se servant de ses Sais, tout en évitant les coups du géant qui essayait de la déloger. Elle se hissa jusqu’à ses épaules et enfin trouva une partie sensible dans son cou. Elle y enfonça plusieurs fois son Sai, à une vitesse incroyable. Le sang du géant coula à flot et la bête folle de rage, hurla encore et se remit sur ses pieds. Avec agilité, Seren se laissa tomber au sol. Grimaçant à peine lorsqu’elle atterrit sur sa cheville blessée. Pourtant Rain vit d’ici que sa blessure venait de s’aggraver en fracture ouverte. « Par Andrasté elle va se tuer à ce rythme-là. »

Mais le géant était aussi gravement touché et sa blessure au cou saignait abondamment. Il haletait et commença à reculer face à l’elfe. Il prenait enfin conscience que cette femme n’était pas la même que celle de tout à l’heure. Seren sourit et continua à harasser le géant, lui infligeant blessure sur blessure. La créature était complètement dépassée, elle n’arrivait pas à anticiper les mouvements de son ennemi et n’arrivait plus à la toucher.

A ses côtés Emilia tremblait de rage, elle qui au début du combat affichait un sourire éclatant.

Certes Seren avait repris l’avantage, mais à quel prix. Passablement affaibli le géant tomba à nouveau à genoux, comme si ses jambes ne le portaient plus. Seren se posta fièrement devant lui et le jaugea du regard. Rain ne le voyait pas d’ici mais il était certain que ses pupilles avaient sans doute pris la même couleur que le sang qui maculait son corps. De plus elle semblait très pâle.

Ignorant toujours ses blessures, la jeune femme courut vers lui, prit son élan et sauta, ses armes prêtes à être projetées vers l’avant. Elle s’envola presque vers la tête du géant, et une fois à portée, elle pointa ses Sais vers les yeux de la créature qui ne réagit pas. Avec un cri de guerre, ses lames s’enfoncèrent dans les pupilles du géant. Celui-ci hurla de douleur et tomba à la renverse, les mains sur ses yeux aveugles. Seren s’étaient aussitôt jetée au sol.

Seren était debout et la créature se vidait de son sang au sol, prostrée.

L’annonceur clama alors la victoire de Némésis et la foule manifesta sa joie par des cris et des applaudissements retentissants. Tout le monde était debout pour l’exploit de la championne de Minrathie. Darius était aussi debout et applaudissait à tout rompre. Son visage exprimait la joie la plus intense. Emilia de son côté était restée assise et fronçait ses fins sourcils. Son regard n’annonçait rien de bon. Mais pour le moment Rain avait d’autres préoccupations. Il tourna la tête vers l’arène mais vit rapidement que Seren n’y était déjà plus. Darius, trop occupé à savourer sa victoire et entouré d’une cohorte d’admirateurs venus le féliciter, ne lui prêta pas attention, c’est pourquoi il s’éclipsa aussitôt et prit la direction des sous-sols. A grand pas, il traversa les dessous de l’arène jusqu’à se retrouver dans la salle la plus isolée, là où il savait pouvoir trouver la jeune femme. Elle avait besoin de soin, et elle en avait besoin rapidement.

Il entra, mais ne vit pas de trace de Seren. Par contre il aperçut ses Sais profondément enfoncés dans le sol sablonneux, comme si elle avait voulu éviter de les utiliser à nouveau. Il s’approcha de l’angle qui refermait un espace plus petit et plus sombre.

Seren était là, assise sur un banc de bois, les mains crispées dans ses cheveux, elle gémissait en faisait de légers mouvements de balancier. Rain s’approcha doucement de la jeune femme et lui signala sa présence.

– Seren ?

La jeune elfe releva aussitôt la tête et il croisa son regard ensanglanté et tourmenté. Il voyait bien qu’elle luttait de toutes ses forces pour essayer de reprendre ses esprits et cela la faisait souffrir. Doucement il s’approcha d’elle et comme elle ne sembla manifester ni mouvement agressif ou de recul, il s’assit à ses côtés. D’une voix calme et maîtrisée, il la rassura.

– Seren ? C’est moi Rain. Je suis là comme je te l’avais promis. Je suis là pour t’aider. Me laisseras-tu faire ?

Sans le quitter des yeux, la jeune femme continua à gémir doucement. Sans plus hésiter, il posa la main sur elle et commença à lui insuffler sa magie. Aussitôt la jeune femme réagit, avec rapidité, grimpa sur lui, lui bloqua la main qui était sur elle et plaça son autre main sur le cou du jeune homme, serrant légèrement.

Rain tenta à nouveau de l’apaiser :

– Seren, je ne suis pas un ennemi, rappelle-toi. C’est moi, Rain… Alexei.

Plutôt que de lutter contre son étreinte, Rain passa son bras libre autour de sa taille et la serra un peu plus contre lui. Seren écarquilla ses yeux écarlates et relâcha la pression sur son cou et sur sa main.

– Chut, tout va bien Seren. Je suis là, tu es vivante mais blessée, comme d’habitude. Laisse-moi m’occuper de toi.

Seren toucha doucement sa joue.

– Alexei ?

Le jeune homme lui prit la main et lui baisa le bout des doigts.

– C’est bien moi.

Les yeux de la jeune femme commencèrent à redevenir verts et avec ses esprits, elle retrouva également les sensations de son corps. La douleur commença à pulser à nouveau dans son corps et elle gémit de douleur.

Aussitôt Rain recommença à lui transmettre sa magie et une douce chaleur envahie la jeune femme. C’est la première fois qu’elle était consciente lorsque l’humain la soignait et sa magie était merveilleusement apaisante.

Soudain sans force, Seren se laissa tomber sur son torse. Rain resserra son étreinte sur elle et se remit au travail, tout en lui murmurant des paroles rassurantes. De douleur, elle avait crispé les doigts sur sa tunique et continuait de gémir périodiquement. Au fur et à mesure de ses soins, la jeune elfe se détendit. Elle avait posé sa tête sur son épaule et son souffle lui chatouillait le cou. Elle était tellement immobile qu’il craint un moment qu’elle ne se soit évanouie. Il tourna la tête vers elle, lui dégageant doucement le visage de ses longs cheveux. Il sourit doucement voyant qu’elle venait seulement de s’endormir. Rassuré, il la berça gentiment contre lui en continuant son travail. La championne était sauve.

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Chapitre 13 – Celui qui s’en va

Noria avait les mains dans la terre. Bichonner ses plantes l’aidait à se détendre. Elle avait l’impression qu’ici, sur ce petit coin de terre, elle avait une vraie importance. Elle aimait savoir que sans ses soins et ses attentions ce jardin ne serait qu’une partie de nature comme les autres.

Cela faisait maintenant six mois qu’elle avait retrouvé la vue. Elle s’entraînait toujours aussi dur pour retrouver la qualité de tir qu’elle avait avant. Et ses efforts avaient payé. Elle ne se rendait même plus compte qu’elle n’avait qu’un œil de fonctionnel.  Cela commençait enfin à devenir naturel.

Aidée de son frère préféré, elle avait construit une nouvelle petite cabane dans la clairière. Mais pas au même endroit que la précédente. Elle n’avait rien touché ni rien déblayé depuis l’incendie. Ce lieu, même détruit, était trop chargé de souvenirs, bons comme mauvais pour qu’elle puisse y toucher.

La nouvelle cabane était tout aussi spacieuse que l’ancienne avec un nouvel établi flambant neuf. Elle l’avait également équipée d’un lit plus grand que le précédent. Elle passait la plupart de son temps ici maintenant. Elle avait réussi  à reconstituer une réserve de plantes et s’était remise au travail.

Parfois elle se faisait aider d’Assan. Conformément à la promesse qu’elle lui avait faite, elle était retournée la voir souvent. Elle adorait ses visites chez les Lavellan. Elle aimait énormément sa mère mais elle ne partageait pas grand-chose avec elle. Avec Assan c’était différent, elle pouvait parler poison, plantes, combat et puis de temps en temps elles parlaient de Seth. Assan lui raconta comment, tout jeune adolescent, il avait un jour décidé de se faire ses piercings tout seul en piquant le matériel de sa mère et qu’il avait mis des mois à cicatriser complètement Ou encore quand l’Archiviste venait chez elle en lui demandant de surveiller un peu son garçon parce qu’il n’arrêtait pas de voler les offrandes sur les autels de tous les dieux, pour aller les déposer devant celui de Fen’Harel.

Et puis Assan venait aussi lui rendre visite et elle travaillait ensemble. Noria se confiait beaucoup à elle, sur ses désirs d’autre vie, sur son accident, ses cicatrices internes comme externes. Mais pour autant, elle ne lui avoua jamais être tombée amoureuse de son fils. A vrai dire elle n’eut pas à le faire, elle le devina toute seule. Mais hormis une seule fois, elle ne lui parla jamais des sentiments qu’elle éprouvait pour Seth. C’était son jardin secret, et puis il semblerait qu’il ait tourné la page de son côté. Elle se voyait mal, entre deux rempotages, lui dire à quel point il lui manquait.

« Oh Assan j’aimerais aussi te dire à quel point ton fils est un bon amant. Je suppose que ça vient de sa bonne éducation. » Noria gloussa en imaginant la scène, et la tête de l’elfe si elle lui avouait une chose pareille.

 

Un jour, alors qu’elle lui rendait visite, elle prenait tranquillement le thé dans la tente d’Assan. Noria tomba sur une petite boîte ouvragée. Suivant le regard de la jeune femme, Assan s’approcha et lui ouvrit.

– C’est mon nécessaire à piercings.

Curieuse Noria s’approcha et sortit une grande aiguille.

– Tu en veux un Da’len ?

Brusquement, Noria reposa l’aiguille et se tourna vers une Assan, tout sourire.

– Pour de vrai ?

– Mais oui ! Sinon je ne le proposerais pas !

– Eh bien oui pourquoi pas !

Un peu gênée elle demanda.

– Euh… est ce que ça fait très mal ? Non parce que ça n’est pas que je suis douillette mais bon …

Assan rit.

– La douleur n’est pas si terrible, enfin tout dépend de l’endroit évidemment, et puis c’est très rapide.

– Bon d’accord !

Noria réfléchit quelques secondes et lui montra le bout de son oreille droite.

– Je pourrais l’avoir ici ?

Assan lui sourit et lui demanda de s’installer sur un petit tabouret. Noria se sentait légèrement fébrile. Elle adorait les piercings de Seth et de sa mère mais avait un peu peur. Alors pour se donner du courage elle ferma les yeux très fort et cessa tout à fait de bouger. Elle sentit Assan tripoter son oreille, passer quelque chose de froid dessus. Elle grimaça lorsque l’aiguille transperça la peau mais arriva à rester immobile et muette. Elle attendit vaillamment qu’Assan finisse. Enfin elle lui annonça que c’était fini et lui tendit un petit miroir.

Une petite boucle dorée brillait légèrement sur son oreille. Elle remercia Assan toutes les secondes environs pour ce beau cadeau. Elle adorait l’effet de ce petit bijou ! Définitivement elle finirait par ressembler à un pirate !

 

Noria avait répondu à la lettre de Seth, usant du même ton léger et insouciant. Après tout si lui ne se confiait pas à elle, elle ne voyait pas pourquoi elle le ferait. Depuis ils correspondaient souvent. Il lui raconta les missions de l’Inquisition, le bal d’Halamshiral (oh comme elle aurait voulu y être !) la Forteresse de l’Inébranlable et puis le temple de Mythal. Il semblait réellement fasciné par cet apostat, Solas, il en parlait très souvent. Mais comme il ne s’épanchait pas vraiment sur ses sentiments, il lui était difficile de savoir jusqu’où allait cette fascination. Cela lui transperçait à chaque fois le cœur, de l’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre, mais elle ne pouvait rien y faire.

Il y a un mois elle avait enfin osé mettre sa fierté de côté et lui avait dit qu’elle comptait le rejoindre bientôt.

La lettre de sa réponse arriva bien plus vite que les autres. Il lui écrivait, sur un ton assez détaché, qu’il n’avait pas vraiment besoin d’elle, qu’il avait déjà de nombreux membres compétents au sein de l’Inquisition.

Si elle n’avait pas été complètement anéantie par cette réponse, elle aurait rit d’elle-même. Elle le savait, sa raison, sa tête le lui avait crié, mais évidemment, et comme une idiote, elle avait préféré suivre son cœur.

Lorsqu’Assan arriva elle la trouva effondrée, en pleurs sur son lit, assise, la tête contre ses genoux, une lettre portant le sceau de l’Inquisition à terre.

Il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre que quoi qu’ait pu écrire son fils, il avait réussi à bouleverser la jeune femme. N’écoutant que son instinct maternel, Assan s’était assise à ses côtés et l’avait gentiment prise dans ses bras. Elle la berça doucement en attendant que les crises de sanglots se calment.

– Chuuut Noria, ça n’est rien. Je suis sûre que tout s’arrangera. Qu’est-ce qu’il t’a écrit ?

– Il…il… il ne veut …pas…de moi !

– Alors c’est un idiot ! Allons, allons, calme-toi Da’len. Je suis certaine que Seth s’est juste mal exprimé. Il est parfois très maladroit…

– Non… c’est écrit noir sur blanc… il ne veut pas que je le rejoigne.

– Il a sûrement une bonne raison.

Elle lui releva le menton et quelle ne fût pas sa surprise de voir que Noria avait retiré son bandeau. Pour la première fois elle vit ses cicatrices et la couleur laiteuse de son œil mort. Ses yeux et ses joues étaient encore trempées de larmes. Elle les essuya délicatement.

– Je connais mon fils Da’len, il ne te ferait pas souffrir intentionnellement, surtout s’il sait ce que tu éprouves pour lui.

– Je n’éprouve rien pour lui !

Assan lui décocha un sourire ironique.

– A d’autre, ma fille ! Je sais ce que tu ressens et je t’avoue que tu n’as pas choisi l’homme le plus facile du monde, j’en sais quelque chose ! Mais je te répète qu’il y a sûrement un malentendu. Tu devrais y aller quand même. La communication est toujours plus facile face à face et je suis sûr qu’il sera très heureux de te voir.

Noria fronça le nez à cette idée.

– Ça il n’en est pas question ! J’ai encore un peu de fierté et je ne vais certainement pas me traîner à genoux devant lui pour qu’il daigne m’accepter au sein de l’Inquisition. Non je vais simplement arrêter de m’imaginer que quelque chose est possible entre nous.

Elle tourna le visage vers la fenêtre, comme si elle pensait le voir apparaître miraculeusement dans le jardin, son sourire de séducteur aux lèvres.

– Loin des yeux, loin du cœur.

– Des conneries oui ! Mais bon ce sont vos histoires pas les miennes !

Noria s’essuya les yeux et remis son masque en place. Son œil doré brillait d’une nouvelle détermination.

– Bien je propose qu’on arrête de parler de ton imbécile de fils, avec tout le respect que je te dois, bien sûr, et de se mettre au travail !

Depuis ce jour, elle avait décidé qu’elle allait arrêter d’attendre, comme une princesse de conte de fée, que vienne son prince charmant sur son cheval blanc. Elle allait partir à la recherche de sa propre voie qui l’attendait quelque part. Elle avait fixé sa date de départ et en avait parlé à Adan. Elle savait qu’il serait certainement son seul allié dans cette entreprise un peu folle. Et elle eut raison, ses parents poussèrent des cris d’orfraies, lui disant qu’elle ne pouvait pas partir seule dans son « état ». Comme si elle n’était pas capable de se gérer et de se défendre. Elle était presque plus redoutable maintenant qu’avant, son adversaire ayant souvent tendance à l’attaquer du côté droit pour ne pas être vu, ce à quoi elle s’attend toujours, bien évidemment.

Elle leur expliqua à tous que sa décision était prise et que rien ne pourrait la faire changer d’avis, absolument rien. Elle ne parla pas de son projet à Assan, ni à Seth d’ailleurs.

Aujourd’hui, veille de son départ, était le dernier jour où elle pourrait profiter de son jardin. Elle en prit soin comme jamais. Puis elle se retira dans sa maison et se prépara pour son départ, empaquetant potion, poison et plantes séchées rares.

Le lendemain matin, elle regarda une dernière fois son nouveau chez elle, qu’elle quittait déjà. Elle savait qu’un jour elle reviendrai dans cet endroit paisible, elle le sentait au fond d’elle. Et lorsqu’elle ferma la porte pour la dernière fois elle eut subitement le cœur plus léger.

Elle embrassa sa famille qui eut un mal fou à retenir leurs larmes mais ils y arrivèrent courageusement et lui sourirent. Lorsqu’elle arriva devant Adan, elle flancha presque, elle s’était promis de ne pas craquer et de ne pas pleurer. Son frère lui ouvrit les bras et elle s’y jeta. Il la tint serrer contre lui pendant de longue minute.

– Bonne chance No. Sois prudente et reviens nous voir de temps en temps, d’accord ?

La tête enfouie contre son cou, Noria lui avoua :

– Ne le dis pas aux autres mais c’est toi mon préféré.

Adan rit.

– Toi aussi petite sœur, tu es ma préférée. Alors fais en sorte de ne pas mourir dans une allée miteuse quelque part ou sur un chemin, tu veux ?

Elle promit et s’arracha à ses bras protecteurs et familiers. Et leur fit signe une dernière fois et entama sa marche solitaire. Mais avant de plonger vers l’inconnu, elle avait encore un arrêt à faire.

Elle était toute proche du clan Lavellan. Elle connaissait maintenant le trajet par cœur. Soudainement elle s’arrêta. Le peu de temps où elle avait été aveugle avait été bénéfique pour ses autres sens. Elle avait remarqué qu’elle entendait souvent des choses bien avant les autres et que son odorat était beaucoup plus développé. Et là, elle sentait clairement une très forte odeur de fumée et une autre plus désagréable encore, comme… comme de la chair brûlée. Par les Faiseurs ! Quelque chose ne tournait pas rond ! Elle se mit à courir et lorsqu’elle arriva devant le clan, elle étouffa un cri d’effroi. Il ne restait plus rien ! Les arravels étaient renversées ou brûlées. Les petits autels dédiés aux Dieux avaient été saccagés. Mais le pire, c’était le silence. Pas de cri joyeux d’enfants jouant, pas de conversations animées, rien !

Lentement elle s’approcha, enjamba avec horreur les cadavres de ceux qu’elle côtoyait il y a peu. Que s’était-il passé ? C’était impossible ! Après l’attaque des brigands il y a quelques mois, le clan avait renforcé ses défenses et quelques soldats de l’Inquisition étaient restés. Elle déblaya quelques gravats et découvrit le corps mutilé de l’Archiviste. Elle plaça son corps hors de portée du feu et lui ferma les yeux. Un peu perdue, elle fit le tour de l’ancien clan, à la recherche de celle qui était devenue une amie précieuse, Assan. Mais elle ne trouva rien. L’espoir renaissait dans son cœur. Peut-être avait-elle réussit à s’échapper avec quelques survivants ? Elle passa au crible la scène et enfin découvrit des traces fraîches qui s’éloignaient du clan. Rapidement, elle s’arma de son arc, vérifia que toutes ses flèches avaient reçu une goutte de poison et suivit les traces.

Quelques minutes plus tard, au détour d’un chemin elle entendit des bruits de combats. Avec agilité, elle s’approcha sans être vue et analysa la situation. Quelques survivants du clan, beaucoup d’enfants, quelques personnes âgées et très peu de combattants, luttaient contre une vingtaine de soldat. Elle vit tout de suite Assan au milieu de la mêlée qui semblait blessée. Les survivants étaient acculés, le regard paniqué.

Les soldats étaient plus ou moins regroupés, elle devait en profiter. Elle sortit une grenade inflammable qui avait causé son « accident » il y a quelques mois. Elle s’avança vers les soldats, siffla entre ses dents et cria, en elfique, aux survivants de se baisser et se protéger. Assan comprit tout de suite ce qu’elle voulait faire et prit les choses en main. Les soldats surpris de voir débarquer ce petit bout de femme, se tournèrent d’instinct vers elle et virent avec stupéfaction la grenade explosée au milieu de leur groupe. Ils s’enflammèrent en un instant. Des cris de douleur et d’horreur s’élevèrent. Les peaux brûlaient, le métal chauffait et une véritable panique s’installa au sein des soldats. Noria n’eut plus qu’à achever ceux qui n’étaient pas mort sur le coup. La méthode était sale mais efficace si on ne tenait pas compte de l’odeur ignoble que dégageait le massacre.

Après seulement quelques minutes de « combats » il ne restait plus un soldat debout.

Assan, essoufflée, le teint livide, se tourna vers elle.

– Efficace ta petite surprise Da’len !

Noria s’approchait d’elle, quand les jambes de la femme elfe cèdent sous elle. Noria courut vers elle et scanna rapidement son corps. Quelques égratignures et une très vilaine plaie sur le flan.

– Assan, accroche-toi, on va te soigner d’accord ?

Elle n’y connaissait vraiment pas grand-chose en premier secours et lança un regard désespéré vers les elfes survivants. Heureusement, un mage s’avança vers elle et se mit aussitôt au travail, faisant courir sa magie dans le corps de la blessée qui grimaçait de souffrance.

Tendrement Noria embrassa le front d’Assan.

– Ça va aller, ça va aller. Mais qu’est ce qui s’est passé, qui a fait ça ?

– Ils étaient trop nombreux Noria, on a rien pu faire. Quand j’ai vu que la situation était désespérée j’ai regroupé le plus de monde possible et je les ai conduit loin du massacre.

Ses yeux bleus se voilèrent de haine.

– J’ai entendu un des soldats se vanter de rapporter le plus de têtes d’elfes à son seigneur, Wycôme.

– Le seigneur de la bourgade Shem la plus proche ?

– Oui celui-là même.

– Je m’en occupe Assan. Repose-toi.

Faiblement, Assan essaya de la retenir. Noria pensa qu’elle allait lui dire de rester là, mais au contraire une lueur farouche brillait dans son regard.

– Fais lui payer Da’len !

 

Voilà pourquoi elle était là ce soir. Elle avait, non sans mal, réussi à rallier la ville qui était en pleine rébellion. Le seigneur Wycôme s’était donc enfermé dans son château, plus paranoïaque que jamais, rendant la tâche de Noria encore plus difficile. Elle mit donc à contribution tout son savoir-faire et son habilité pour s’infiltrer dans le château. Cet idiot de Wycôme avait sa chambre qui donnait sur un magnifique jardin et un arbre centenaire. Noria le grimpa difficilement et remercia silencieusement ses frères qui, enfants, s’amusaient à la défier pour monter les arbres les plus infranchissables des alentours. Elle était douée pour l’escalade et adorait la sensation de hauteur.

Elle l’attendait dans sa chambre, confortablement installée sur son lit. La garde avait été réduite et surveillait la porte d’entrée. Les idiots !

Enfin elle entendit la porte s’ouvrir et un homme d’une quarantaine d’années, bien fait de sa personne entra. Il referma doucement la porte derrière lui sans se douter un instant du danger.

Comme montée sur un ressort, Noria se redressa et fonça vers l’homme. Sans comprendre ce qui lui arrivait, le seigneur sentit une jeune elfe se coller à lui et une légère piqûre dans son flanc. Aussitôt ses jambes se dérobèrent et il s’affala contre la porte. Il ne pouvait plus bouger. L’elfe se mit à son niveau et le regarda dans les yeux.

– Bonsoir Seigneur Wycôme. Inutile de vous fatiguer, vous êtes paralysé par un poison très puissant. Vous allez mourir ce soir.

Calmement, elle dégaina une lame plus longue, plus mortelle. Elle la plongea d’abord dans l’épaule de l’homme. Celui-ci ressentit la douleur mais ne pouvait pas crier. Il ne pouvait que regarder et subir.

Noria était consciente de la limite qu’elle était en train de franchir. Elle avait déjà tué, jamais torturé. Mais les images du massacre défilèrent devant ses yeux et elle raffermit sa prise sur sa lame.

– Ça c’est pour les Lavellans.

Elle plongea la lame dans l’autre épaule.

– Ça c’est pour Assan. Vous avez de la chance, je n’aime pas faire souffrir inutilement. Mais vous, vous avez dépassé les bornes, enfoiré de Shem ! Jamais plus vous ne ferez de mal au mien.

Elle leva la lame une dernière fois et l’enfonça dans le ventre du Shem.

– Et ça c’est pour Seth !

Elle essuya sa lame sur la robe de chambre du seigneur et partit par le même chemin, s’enfonçant dans l’obscurité, laissant le puissant Seigneur Wycôme se vider de son sang, silencieusement.

Noria retourna aussitôt dans la forêt, à la recherche du camp des survivants. Elle eut beaucoup de mal à les retrouver et finalement tomba sur eux un peu par hasard. Tant mieux ! Ils étaient donc en sécurité.

Elle alla au chevet d’Assan, endormie, qui semblait ne plus souffrir. Elle n’arriva pas à trouver le sommeil, hantée par ses actions de la nuit. Elle savait que ce qu’elle avait fait était mal, mais le pire c’est qu’elle n’arrivait pas à regretter. Cet homme méritait de mourir ! Cet homme méritait de souffrir !

Plongée dans ses tourments, elle ne remarqua même pas le soleil se lever. Assan se réveilla doucement et vit la jeune femme à son chevet. Elle avait le regard dans le vague, des larmes dans les yeux et des cernes profondes en-dessous.

– Noria ?

La jeune elfe tourna son regard vers elle et souffla.

– Il est mort.

– Bien, Da’len.

– Je l’ai fait souffrir.

Assan pris la main de Noria dans la sienne.

– Ça n’est rien. Il le méritait, tu le sais.

– Oui je sais, c’est juste que…

– Rien du tout Da’len. Tu nous as sauvés et tu nous as vengés, c’est tout ce que je retiens.

Noria soupira et lui sourit faiblement.

– Merci Assan. Comment te sens-tu ?

– Mieux, bien mieux. Je suis quitte pour une nouvelle cicatrice. Dès que j’irais mieux, je conduirai ce qui reste du clan vers Fort Céleste. Vas-tu venir avec nous ?

Noria secoua la tête.

– Non, j’étais venue te dire au revoir. Je m’en vais.

– Où iras-tu Da’len ?

– Je ne sais pas encore, je vais sans douter commencer par Kirkwall.

– Que veux-tu que je dises à Seth ?

Noria réfléchit et lui dit, en souriant plus franchement :

– Dis-lui que je n’ai jamais été patiente et que j’en ai eu assez de l’attendre.

– Tu t’en vas aujourd’hui n’est-ce pas ?

– Oui sinon je n’y arrivais plus.

Avec stupéfaction, Noria vit Assan essayer de se relever. Elle l’arrêta aussitôt.

– Arrête Assan tu vas rouvrir ta blessure !

– On s’en fiche tu ne partiras pas sans un au revoir correct ! Alors viens-là !

Elle se mit difficilement assise et lui ouvrit les bras. Avec mille précautions Noria l’enlaça. Assan la serra fort contre elle et lui murmura :

– Sois prudente Da’len, la vie des Shems est bien plus dure que celle que nous menons. Et surtout promets-moi de revenir me voir.

Les larmes aux yeux, le visage enfoui dans son épaule, Noria acquiesça silencieusement.

– Tu me manqueras beaucoup.

La voix nouée, Noria lui dit.

– Toi aussi tu me manqueras, tu me manqueras énormément.

Noria se redressa, lui donna un dernier sourire plein de larmes et s’éloigna.

L’aventure commençait pour elle, mais finalement ce départ avec un goût de cendres et de sang.

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Chapitre 13 – Face à ses choix

Leena était inquiète.

Après le départ d’Azel, elle avait fait les cent pas pendant quelques minutes, persuadée qu’il allait faire demi-tour, qu’il allait se rendre compte du mauvais chemin qu’il prenait. Mais il ne revint pas. Alors elle s’activa autour des corps de Suzanna et d’Hendel. Elle avait tiré le corps du Suzanna vers celui de son mari, avec beaucoup de difficulté mais aussi de détermination. Elle savait d’instinct qu’ils auraient souhaité être réunis dans la mort. Elle recommanda leurs âmes au Créateur et souhaita qu’ils se retrouvent tous les trois, peu importe le chemin qu’ils ont dû prendre, et qu’ils passent l’éternité ensemble. Elle n’eut pas le cœur de les laisser ainsi, à la merci des charognards en tout genre. C’est pourquoi elle avait convoqué sa magie de feu, cherché les flammes les plus brûlantes et les avait libérées sur les corps. En quelques secondes il n’était resté que des cendres. Son funeste travail terminé, elle avait essuyé les larmes qui avaient encore coulé et s’en était allée, laissant le vent disperser les cendres.

Rapidement elle avait retrouvé le chemin qui l’avait menée au camp qu’ils avaient monté la veille. Elle avait réinstallé sa couche, fait un feu et décidé de grignoter une bande de viande séchée de leur réserve. La nuit était tombée rapidement et le brouillard s’était densifié encore. Elle avait eu l’impression d’être seule au monde et ses angoisses de solitude avaient refait surface.

Assise devant le feu qui crépitait, ses bras encerclaient ses genoux relevés et son regard s’était perdu au milieu des flammes. Cela faisait maintenant des heures qu’Azel était parti. Elle aurait dû se reposer, penser à la mission qui l’attendait, mais le jeune homme occupait pleinement son esprit. Elle priait de tout son cœur pour qu’il ne réussisse pas à rattraper les brigands et qu’il lui revienne rapidement. Elle-même avait déjà tué, bien sûr, et elle aurait voulu croire que c’était le plus souvent pour se défendre. Mais elle n’était pas assez naïve pour penser qu’elle n’avait tué que pour cela. C’était une meurtrière, elle le savait et assumait chacun des choix qui l’avait amené à utiliser sa magie pour exterminer quelqu’un.

Azel était différent. Non pas parce qu’il n’était pas assez fort ou trop innocent pour assumer ses choix. C’était avant tout une question de principe et de valeur. Elle savait qu’Azel avait été élevé dans l’idée que toutes les vies avaient de l’importance et que tuer n’était pas une solution. Assassiner de sang-froid ces hommes allait le changer, irrémédiablement. Cela pouvait l’endurcir autant que le détruire.

S’il ne revenait pas dans la nuit, elle partirait à sa recherche le lendemain matin. Elle ne pourrait, de toute façon pas se concentrer sur Owen si elle ne savait pas où était Azel et s’il allait bien.

Elle luttait contre le sommeil quand elle entendit des bruits en provenance des fourrés. Le brouillard l’empêchait de voir quoi que ce soit. Cela pouvait être Azel mais elle ne voulait prendre aucun risque. Précipitamment, elle ramassa son bâton et se tourna vers le bruit. Enfin une silhouette sortit de l’ombre et la jeune femme souffla :

– Azel !

Aussitôt elle lâcha son bâton et se précipita vers le jeune homme. Elle s’arrêta dès qu’elle fut assez près pour voir son expression. Son visage était fermé, sans expression et ses yeux semblaient comme vides. A la vue du feu de camp il s’était soudain stoppé, la regardant dans les yeux. Leena n’eut donc aucun doute sur ce qu’il s’était passé. Elle s’approcha encore, jusqu’à pouvoir le toucher, et caressa doucement sa joue.

– Azel ?

– Je les ai retrouvés.

– Je sais.

– Je les ai…

Leena posa deux doigts sur ses lèvres.

– Je sais.

Elle lui prit les mains, des mains terriblement froides, et le guida gentiment vers le feu pour le faire assoir sur sa couche, déjà prête. Elle lui prépara de quoi manger et lui tendit. Azel secoua la tête. Mais Leena insista, lui mettant presque la nourriture dans les mains.

– Mange.

Azel finit par obéir, avec réticence. Le silence s’installa entre eux, alors que le jeune homme mâchait sa nourriture.  Leena s’était assise à ses côtés et finalement, elle n’y tint plus, se tourna vers lui et lui demanda :

– Comment tu te sens ?

Lentement, Azel mit son écuelle de côté et leva la tête pour croiser son regard.

– Ce que j’ai fait… je ne suis pas sûr de le regretter.

– Ces hommes n’étaient pas bons et encore moins innocents.

– Oui je le sais mais… il n’empêche qu’au fond de moi, je devrais le regretter. Je devrais avoir en horreur ce que je leur ai fait.

Avec un petit sourire de dérision, il ajouta :

– Ils m’ont supplié, tu sais. Ils m’ont supplié de les épargner.

Leena trouva alors sa main et la serra dans la sienne.

– J’aurais pu les tuer facilement. Mais je les ai fait souffrir. Je les ai regardé souffrir et j’ai pensé « Tant mieux, il le mérite pour ce qu’ils ont fait. ».

– Ne te fais pas tant de mal, Azel.

Ses yeux semblaient hantés et Leena ne savait pas comment le consoler, comment l’aider à passer cette épreuve.

– Est-ce que c’est ça le prix de la liberté ? Devenir un monstre ?

Leena se mit à genoux devant lui et lui enserra le visage de ses mains.

– Non Azel, tu n’es pas un monstre. Tu es simplement humain. Les Cercles vous préservent de tellement de choses. Mais la colère, la rage font partie de la palette d’émotions que l’on peut ressentir. Et comme tout humain, tu ne peux pas les empêcher de sortir, parfois.

– Et si je me perdais en chemin ? J’ai déjà tellement de sang sur les mains…

Alors Leena prit ses deux mains dans les siennes, et les embrassa.

– Je ne te laisserai pas te perdre, je te le promets. Jamais. Et tes mains nous allons les laver. Tu ne seras peut-être plus comme le Azel d’avant. Mais tu n’en seras pas si loin.

Sans qu’elle ne s’y attende, le jeune homme se jeta presque sur elle et se serra contre son corps, la renversant presque en arrière. Sa tête à hauteur de la gorge de la jeune femme et ses bras fermement ancrés autour de sa taille, Azel souffla :

– Aide-moi, Leena…

Une main sur sa tête, l’autre le pressant encore plus fort contre elle, elle le berça gentiment :

– Je suis là. Tu es si courageux, tu sais.

Elle le sentit rire brièvement contre elle, un rire ironique.

– Si tu l’es ! Ce que tu as fait ce soir, tu devras en porter la responsabilité toute ta vie. Mais tu les as aussi empêchés de faire du mal à quelqu’un d’autre et tu as pris ce sang sur tes mains pour que personne d’autre n’ait à le faire. Et tu vas te relever de ça, parce que tu en es capable. Toutes ces questions que tu te poses maintenant prouvent que tu es toujours toi, aucun monstre n’a pris ta place.

Azel releva la tête et doucement Leena se pencha vers lui pour déposer un baiser très tendre sur ses lèvres, plus pour le consoler que pour entamer quoique ce soit. Mais lorsqu’elle voulut s’écarter, elle eut la surprise de sentir la main du jeune homme qui s’était glissé derrière sa tête, et qui la retint contre ses lèvres. Même si elle savait qu’il ne l’embrassait pas forcément pour les bonnes raisons, elle ne se sentit pas la force de l’arrêter. Ainsi lorsqu’il voulut approfondir le baiser, elle le laissa faire et y répondit même avec bonheur. Les lèvres du jeune homme, d’abord dures sous les siennes, s’adoucirent à son contact. Elle passa ses bras autour de son cou et gémit de plaisir. Doucement le jeune homme la poussa pour qu’elle s’allonge sur la couche, sans pour autant séparer leurs lèvres. Il s’installa au-dessus d’elle et accentua encore ses baisers, jouant de sa langue pour la rendre folle. Un frisson de désir, presque animal, traversa la jeune femme et son corps se couvrit de chair de poule. Et pourtant il fallait qu’elle l’arrête, il n’était pas vraiment dans son état normal. Il voulait juste oublier ce qu’il avait vécu, trouver du réconfort dans ses bras. De tout son cœur, elle souhaitait pouvoir le lui donner. Mais elle avait terriblement peur qu’il le regrette fortement le lendemain matin quand le soleil se lèvera, éloignant déjà un peu ce qu’il avait fait. Et elle n’était pas certaine de pouvoir supporter un rejet de sa part, surtout s’ils passaient la nuit ensemble. Azel l’incita à écarter les jambes et l’une de ses mains relevait lentement sa jupe sur ses cuisses. Ses lèvres quittèrent celles de la jeune femme et glissèrent vers le bas pour attaquer son cou alors que sa main avait remonté sa jupe sur ses hanches. Elle devait l’arrêter maintenant, où elle n’en serait plus capable après. Elle monopolisa toute la volonté qu’il lui restait alors qu’Azel mordillait son cou.

– Azel, attends…

Le jeune homme redressa la tête :

– Pourquoi ?

Puis, sans lui laisser le temps de répondre, il lui reprit les lèvres dans un baiser passionné qui lui fit complètement tourner la tête. Avec grande difficulté, elle s’arracha à ses lèvres tellement tentantes et rejeta sa tête en arrière pour essayer de mettre le plus de distance entre eux.

– Parce que tu ne sais pas ce que tu fais. Tu es bouleversé et je ne veux pas juste être une nuit de réconfort.

Azel la regarda dans les yeux et répliqua :

– Je croyais pourtant que tu en mourrais d’envie. Et puis tu me dois bien ça non, c’est bien ce que j’ai été pour toi au Cercle ?

Blessée, Leena resta un moment sans voix puis repoussa violement le jeune homme pour se redresser. Elle allait se lever quand Azel la retint par la main. La jeune femme refusa de se tourner vers lui.

– Leena pardonne-moi, c’était injuste et je n’aurais pas dû.

Même si elle entendit clairement le regret dans sa voix, elle ne lui fit toujours pas face.

– Non, tout va bien. Comme je le disais tu es bouleversé. Nous ferions mieux de dormir.

Mais le jeune homme la retenait toujours, alors elle se tourna finalement vers lui. Son air contrit adoucit la jeune femme et elle lui sourit.

– Tout va bien, Azel. Vraiment.

Il posa une main sur sa joue et l’attira à nouveau à lui. La jeune femme se laissa faire et lorsqu’ils se firent face, il posa son front contre le sien et soupira profondément.

– Je ne voulais pas te blesser, j’ai parlé sans réfléchir.

– Peut-être pas, tu n’as fait que dire tout haut ce que tu penses tout bas. Je crains que tu n’arrives jamais à me pardonner.

– Je n’en sais rien, Leena.

Les yeux de la jeune femme se remplirent de larmes et c’est d’une voix légèrement enrouée par l’émotion qu’elle reprit.

– Alors essayons de rester amis.

Le jeune homme se redressa, sourit tristement et caressa sa joue.

– Le problème, c’est que je n’ai pas envie d’embrasser mes amis, je n’ai pas envie de les déshabiller ou de leur faire l’amour.

Leena écarquilla les yeux.

– Alors nous sommes dans une impasse. Après cette mission je demanderai à en effectuer une hors de la Forteresse. Tu pourras reprendre ta vie comme si je n’avais jamais réapparu. Tu verras, le désir s’efface avec le temps.

– Il n’est pas parti pendant les trois ans où nous avons été séparés.

Le visage de la jeune femme exprimait la confusion la plus totale.

– Qu’est-ce que tu attends de moi alors ?

Azel hésita quelques secondes.

– Nous pourrions essayer de tout recommencer à zéro.

– Mais… tu dis toi-même que tu ne sais pas si tu pourras un jour me pardonner… à quoi bon ?

– Même si je ne peux pas encore te pardonner, je crois comprendre pourquoi tu l’as fait. Et tu avais peut-être raison, je n’étais peut-être pas prêt il y a trois ans.

Leena n’en croyait pas ses oreilles et ce sont des émotions bien différentes qui la submergèrent. D’abord une joie immense, parce qu’il comprenait ce qu’elle avait si maladroitement fait il y a quelques années et parce qu’il voulait bien essayer de reconstruire quelque chose avec elle. Mais elle ressentit aussi une peur terrible, peur que cela ne marche pas et qu’il finisse par se détourner d’elle définitivement. Elle ferma brièvement les yeux et lui demanda :

– S’il te plait, dis-moi que tout ceci n’est pas une mauvaise plaisanterie ?

Azel tourna la tête vers le feu et eut un petit sourire.

– J’ai eu beau essayer de toutes mes forces, je n’ai jamais réussi à te détester, alors que tu m’avais fait plus de mal que personne d’autre avant. Encore aujourd’hui je me rends compte que lorsque je ne vais pas bien, c’est vers toi que j’ai envie de trouver du réconfort.

Cette fois les larmes coulaient librement sur les joues de Leena. Il ne lui avait pas clairement proclamer son amour, mais c’était certainement ce qui s’en rapprochait le plus.

La jeune femme se jeta alors sur lui et l’embrassa à perdre haleine. Entre deux baisers, elle lui avoua :

– Je t’aime.

Celui-ci la serra tout contre lui et l’embrassa à son tour. Soudain d’humeur plus malicieuse, Leena demanda :

– Lorsque tu dis que tu veux tout recommencer à zéro, dois-je me représenter ?

Azel sourit.

– Pourquoi pas ? Bonjour, jeune demoiselle, je suis Azel, un très puissant mage.

– Enchantée Azel, je suis Leena, mage exécrable. Mais nous vous en faites pas, j’ai bien d’autres qualité.

– Je n’en doute pas.

Les yeux d’Azel se voilèrent à nouveau et il finit par demander :

– Est-ce que je peux te poser une question ?

– Bien sûr !

– Combien de personnes as-tu tuée ?

Après un petit temps de silence, la jeune femme avoua :

– Vingt-sept personnes. Autant te dire que je n’en suis pas fière.

– Je ne me permettrais pas de te juger. Juste…comment fais-tu pour vivre avec ?

Leena réfléchit un instant.

– Je ne les oublie pas. Ça peut te sembler contradictoire, mais il me semble important de retenir leur nombre et si je peux, la tête qu’ils avaient, pour me rappeler que si eux étaient humains, moi aussi je le suis. Je ne fais pas l’erreur de croire qu’il s’agissait de gens horribles que j’étais été forcée de tuer. Parce que ça n’a pas toujours été le cas. Et puis avec le temps, le poids que tu sens aujourd’hui diminuera.

Azel soupira :

– Comment fais-tu pour être…aussi forte ?

La jeune mage eut un petit rire.

– C’est n’est pas l’impression que j’ai, mais si tu souhaites absolument une réponse, je te dirais que l’école de la vie m’a apprise beaucoup de choses. Et maintenant tu ferais mieux de dormir. Ne t’en fais pas je prends le premier tour de garde.

– Très bien. Oh Leena ? Merci.

– De quoi ?

– D’être là tout simplement.

La jeune femme lui sourit :

– Avec plaisir, Azel. Repose-toi.

Après un dernier regard, le mage s’allongea sur la couche pendant que Leena veillait près du feu.

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Chapitre 12 – Celui qui tombe à pic

S’adapter à sa nouvelle situation lui prit plus de temps qu’escompter. Elle trouvait excessivement frustrant de voir à nouveau mais de s’en trouver néanmoins handicapée. Elle mit des jours avant de pouvoir à nouveau ne serait-ce que toucher une cible avec son arc ! Et encore elle savait qu’elle devait ce « miracle » à l’enchantement de son arc et pas à son œil. Elle en devint passablement grognon, la patience n’avait jamais été son fort. Adan fit son possible pour la rassurer et la complimenter pour ses progrès, mais elle voulait que ça aille plus vite. En attendant elle avait recommencé à prendre soin de son jardin, même si elle ne pouvait toujours pas voir les cendres et les poutres noircies de la petite maisonnette sans ressentir un violent coup au cœur. Elle recommença à faire quelques potions et poisons simples pour se remettre en jambe, et de tout façon toutes ses réserves avaient disparues.

Enfin au bout de quelques semaines elle mit régulièrement dans le mille et sentait qu’elle avait à nouveau le contrôle de son corps et de ses mouvements. Ce même jour, elle eut des nouvelles de Seth. Il semblerait qu’une terrible bataille avait fait rage à Darse, quartier général de l’Inquisition. Beaucoup de morts et un village détruit, mais l’Inquisition tenait à faire savoir que « l’Inquisiteur » avait à nouveau miraculeusement survécut et qu’ils en sortaient grandis. Noria aurait tellement voulu être à ses côtés, il semblerait que l’on ne s’ennuie jamais avec lui !

Ces quelques nouvelles lui redonnèrent un coup de fouet. Elle accéléra son entrainement, ne s’arrêtant que lorsque l’obscurité l’empêchait de distinguer correctement sa cible.

Finalement elle supplia son frère de l’accompagner en excursion pour quelques jours. Elle avait besoin de prendre l’air. De se retrouver un peu seule, c’est ce qui lui manquait le plus. Depuis son accident, sa famille avait beaucoup de mal à la laisser plus d’une minute. Elle étouffait littéralement, avait besoin d’air et de se retrouver. Elle savait que son père ne la laisserait jamais partir seule donc elle se tourna naturellement vers son grand frère. Etre la petite dernière avait ces avantages, notamment le fait que lorsqu’elle faisait ses yeux de hahl battu, elle arrivait souvent à ses fins, surtout avec Adan.

Ils partirent tôt le lendemain matin et lorsqu’ils furent hors de vue du camp, Noria poussa un profond soupir de soulagement. Pleine d’allégresse elle embrassa bruyamment son grand frère sur la joue.

– Merci Adan ! J’avais vraiment besoin de m’échapper !

Le jeune elfe éclata de rire.

– Je sais No. Et je pense que tu me dois, au moins, une reconnaissance éternelle.

Ils prirent leur temps et profitèrent de ce moment de complicité, campant à la belle étoile, chassant et cueillant leur nourriture. Elle le laissait guider la marche et ne fit pas vraiment attention à leur destination ou leur direction.

Après quatre jours de marche, Adan lui annonça qu’il était sur le chemin du retour. L’après-midi touchait à sa fin lorsqu’ils entendirent des voix toutes proches, des voix d’hommes au timbre guttural. Intrigués, les deux elfes se rapprochèrent silencieusement.

– Bon les gars, on a peu de temps avant que la nuit tombe. L’attaque est prévue au crépuscule pendant leur repas. Ils seront distraits et surtout l’obscurité les empêchera de nous avoir avec leurs flèches. Pas de quartier d’accord ? On exécute la mission et on empoche l’argent. Et je vous rappelle qu’il y en a un paquet ! On nous paie pour faire disparaître le clan de ce pseudo « Inquisiteur » et c’est ce qu’on va faire.

L’homme qui venait de parler, certainement leur chef avait une forte carrure et des cicatrices plein le visage. Il portait à son flanc une hache impressionnante. A côté de Noria, c’était tout bonnement un géant !

La trentaine d’hommes qui l’entouraient acquiescèrent silencieusement, tous plus menaçant les uns que les autres.

Noria sentit son sang bouillir dans ses veines. Ils projetaient de massacrer le clan Lavellan, femmes et enfants compris. Le clan de Seth ! Certes elle savait que l’elfe ne vouait pas un grand amour à son clan mais il devait tout de même y avoir des attaches, sa mère, des amis d’enfance…

Elle ne s’était pas rendu compte qu’ils se trouvaient si proches des Lavellan.

Elle devait stopper ça, elle devait faire quelque chose ! Elle fit signe à son frère de battre en retraire et hors de portée d’oreille, elle murmura :

– Adan, on ne peut pas les laisser faire ! Je vais courir prévenir les Lavellan, toi, suis-les discrètement et lorsqu’ils sont proches du clan, fonce me prévenir. A tout de suite frérot, sois prudent.

Elle allait partir mais Adan la retient par la main :

– No, toi aussi, soit prudente, n’en fait pas trop d’accord ? Tu te remets à peine.

Elle lui sourit, confiante :

– Ne t’en fais pas. Tout se passera bien !

Elle laissa Adan derrière elle et courut vers le clan Lavellan. Heureusement elle sût se repérer rapidement, ayant déjà eu l’occasion de passer dans le coin. Elle remarqua tout de suite les nombreuses marques de la présence de ses semblables et avec soulagement, elle aperçut enfin les premiers aravels. Elle déboula en trombe dans le camp. Visiblement les elfes s’apprêtaient à préparer le dîner. Elle était si pressée de voir l’archiviste qu’elle failli renverser une femme sur son chemin. Sans surprise, la femme était beaucoup plus grande qu’elle, d’une taille élancée et haute pour une femme elfe. Noria faillit s’étaler sur les fesses mais l’inconnue, l’agrippa vivement par le bras.

– Andaran atish’an… je…pardon… pfou… je…je…

Noria, hors d’haleine, les mains sur les genoux, n’arrivait même plus à parler.

– Bordel…pourquoi…je m’obstine… à porter…un corset !

La femme éclata d’un rire clair.

– Peut-être parce que nous les femmes, sommes parfois un peu masochistes en ce qui concerne la mode ! Reprends ton souffle Da’len ! Qui es-tu et que fais-tu là ?

Noria se redressa. La femme la regardait d’un air interrogateur. Sa peau mate luisant dans la lueur du soleil couchant et ses piercings brillaient légèrement. Son visage lui semblait tellement familier, sans l’être tout à fait, c’était déconcertant ! Mais devant l’urgence de la situation, elle ne prit pas le temps d’analyser ce sentiment.

– Je suis Noria du clan …

Les yeux bleus de l’elfe pétillèrent soudainement :

– Oh c’est toi Noria ! Enchantée de te rencontrer Da’len. Je suis… Assan.

Trop perturbée par la situation, Noria ne remarqua même pas la petite pause qu’Assan marqua.

– Bien, je suis désolée de couper court aux civilités, mais je dois absolument voir votre Archiviste. Un groupe de bandits Shems se tient prêt à vous attaquer.

Aussitôt Assan prit la pleine mesure de l’urgence. Elle prit Noria par le poignet et courut vers l’Archiviste qui se tenait debout devant de jeunes gens qui semblaient hypnotisés par ses paroles.

– Archiviste ! Nous devons parler, maintenant.

Le ton était impérieux et manifestement Assan avait un rôle important dans le clan, parce que le vieil homme se tourna immédiatement vers elle. Il remarqua tout de suite Noria :

– Noria ? Da’len comment vas-tu, que fais-tu là ?

– Je vais bien merci. Mais nous n’avons pas le temps. Une trentaine de bandits se dirigent vers le clan et ils sont là pour faire un vrai massacre. Ils comptent vous surprendre à la nuit tombée pendant le repas du soir.

L’Archiviste se tourna immédiatement vers Assan et lui fait un bref hochement de tête. Assan prit la défense du clan en main, ordonnant d’allumer le plus de lumière possible dans le camp et aux alentours et de s’armer rapidement.

Dans le tumulte des préparatifs, Noria entendit la voix de son frère l’appeler de loin. Il se dirigea vers elle.

– No ils seront là dans une dizaine de minutes.

Noria lui serra brièvement la main.

– Merci Adan, je crois que je vais avoir le droit au baptême du feu aujourd’hui.

Malgré elle, son œil pétillait face à l’excitation du rude combat à venir. Le clan Lavellan n’était pas très grand et les vrais combattants peu nombreux. Oui le combat sera difficile. Noria, saisit son arc et trépigna légèrement d’impatience. Elle avait hâte de savoir si elle saurait être aussi efficace qu’avant. Assan posa une main sur son épaule :

– Calme-toi Da’len.

– No ne fais rien d’inconsidéré …

– Adan si tu oses encore me dire que je suis en convalescence je jure que tu passeras la prochaine semaine assis, les fesses à l’air dans la forêt à attendre que les crampes passent ! Et n’essaie pas non plus de me couvrir ce soir ! Maintenant tais-toi et mets ça sur tes dagues !

Assan ricana. Cette petite avait du tempérament ! Adan s’exécuta en bougonnant et Noria passa, à son tour, un enduit empoisonné sur ses flèches et sa petite dague avant de tendre le flacon à Assan.

– Un petit plus pour « pimenter les choses » !

Assan sourit et lui prit la fiole qu’elle utilisa sur ses propres armes. Et pleine de surprise en plus !

Bientôt des cris de guerres retentirent dans la clairière et les bandits déboulèrent, armes au clair. Surpris par la clarté des lieux et par la menace des elfes prêts au combat, ils ralentirent mais ne s’arrêtèrent pas pour autant, harangué par leur chef. Une volée de flèches les cueillit et une dizaine de combattants tombèrent à terre, la plupart blessés. Noria vit sa cible et celle d’Assan prit de convulsion au sol. Bien deux de moins. Elle enchaîna les flèches et vit son frère se jeter dans la bataille. Tout en gardant un œil sur lui, elle observa Assan se battre. Son carquois vide, celle-ci était passé à la dague et enchaînait les adversaires rapidement. A elle seule elle tua cinq hommes. Le chef la remarqua aussi et une âpre lutte s’engagea entre les deux combattants. La puissance du mercenaire s’opposait à la vitesse et à l’agilité de la femme elfe. Elle esquiva avec une aisance déconcertante, tous les coups de hache du Shem. Fascinée, Noria en oublia le combat devant elle, et vit Assan exécuter une passe d’arme parfaite, plantant l’une de ses dagues dans le ventre du chef. Celui-ci se figea et tomba sur le dos au sol. Assan se tourna vers elle et lui fit un sourire triomphant. Et là elle comprit enfin. Ce sourire, c’était celui de Seth, les dents du bonheur en plus. Elle faisait donc face à sa mère.

Dans un dernier sursaut le chef mercenaire se releva et allait abattre sa hache sur la femme.

Sans réfléchir, et par pur réflexe, Noria encocha une flèche et lâcha la corde. Elle fila, frôla la tête d’Assan et atterrit dans l’œil de la brute épaisse. Cette fois-ci, il tomba, déjà mort en touchant le sol.

Assan regarda l’homme s’affaler à terre une deuxième fois et se tourna à nouveau vers Noria avec un petit sourire, mais elle se figea subitement et lança à son tour une dague qui se planta dans un mercenaire juste derrière la jeune elfe.

Noria ne put s’empêcher de rire.

– Egalité ?

Assan lui fit un clin d’œil. Cela rappela à Noria une conversation avec Seth, le premier jour de leur rencontre.

Pour le moment, le combat n’était pas fini. Les mercenaires, malgré la perte de leur chef, ne faiblirent pas. Mais ils tombèrent face à la défense bien organisée du clan Lavellan. Les derniers survivants finirent par s’enfuir sans demander leur reste.

Les cris de joie des Lavellan résonnèrent dans la clairière. Adan vint aussitôt s’assurer que sa petite sœur n’avait rien. Lui-même était indemne, d’ailleurs le clan ne comptait que deux blessés dans la bataille.

Le travail de nettoyage commença et le frère et la sœur aidèrent comme ils purent, achevant les blessés, regroupant les cadavres dans un coin pour les enterrer plus tard. L’Archiviste remercia Noria et Adan et les invitèrent à rester avec eux pour la nuit, il ajouta qu’ils seront toujours les bienvenues au clan Lavellan.

Noria se remettait de ses émotions assise sur une souche près d’un grand feu, en grignotant un morceau de pain. Elle était à la fois soulagée d’avoir été efficace au combat, d’avoir échappée à la mort et en même temps étonnée d’avoir fait la connaissance de la mère de Seth.

Elle était tellement perdue dans ses pensées, qu’elle ne remarqua même pas qu’Assan s’était assise à ses côtés.

– Merci pour tout à l’heure Da’len.

– Oh de rien, je crois que je vous dois également des remerciements.

– Je ne parlais pas seulement de ça, merci aussi de nous avoir prévenu. Tu peux me tutoyer Da’len, j’ai l’impression d’être une vieille femme quand tu me vouvoies.

– Eh bien pour une vieille femme vous tenez la forme ! J’ai cru voir quelques passes utilisées par votre…ton fils.

Assan la regarda avec intérêt.

– Tu as deviné ?

Noria haussa les épaules.

– Difficile de ne pas voir la ressemblance physique, et puis vous avez le même sourire. Seth vous ressemble beaucoup.

– Il m’a parlé de ton accident. Tu as l’air d’aller bien et je trouve le bandeau très original, ça te donne un air de pirate !

Noria rit.

– Oui je sais ! Et oui je vais plutôt bien. As-tu…as-tu des nouvelles récentes de Seth ?

Assan soupira.

– Non, pas vraiment, j’imagine qu’il doit être très occupé. Je sais qu’il saura parfaitement mener cette organisation, même si lui en doute sûrement. Mais je reste sa mère donc je m’inquiète.

Noria sourit.

– Oui tu as sans doute raison, il doit s’en sortir comme un chef, mais il doit sûrement faire tourner tout le monde en bourrique !

Assan ricana. Elle semblait bien connaître son fils. Il ne lui avait pas dit grand-chose sur la jeune femme qu’il avait rencontrée dans le clan voisin. Ils avaient sympathisés, elle était devenue, en très peu de temps, une amie chère, mais elle avait eu un accident et ne pouvait plus l’accompagner. C’est bien tout. Mais en tant que mère elle avait tout de suite vu qu’il y avait quelque chose qu’il ne lui disait pas.

En tout cas elle était ravie de rencontrer cette jeune femme vive et pleine d’esprit.

– Je me demande pourquoi des Shems nous ont attaqués …

– Ils voulaient juste porter un coup à Seth, d’après ce que j’ai compris. Quelqu’un les as payés pour vous massacrer.

Elles discutèrent encore un moment de tout et de rien et Noria partit se coucher en souhaitant une bonne nuit à Assan.

Le lendemain matin, Adan et Noria prirent leur temps avant de se préparer à rentrer. Ils allaient dire au revoir lorsqu’ils entendirent du bruit dans la forêt, qui se rapprochait de plus en plus. Des bruits de cheveux et de cliquètements de métal. A la surprise de tous, ils virent débarquer une petite troupe armée dans la clairière, aux armoiries étranges, un œil énorme transpercé par une épée.

Le commandant de l’expédition s’avança :

– Nous sommes ici sur ordre de l’Inquisiteur Lavellan. Nous avons reçu des rapports de nos espions qui indiqueraient une attaque imminente contre votre clan.

Noria éclata de rire ! « Trop tard Seth, je m’en suis occupée mais merci quand même ».

Assan croisa les bras, pointa du menton la masse de cadavres plus loin et sourit ironiquement.

– Vous pourrez dire à mon fils qu’il est en retard de quelques heures. Par contre vous pouvez nous aider à nous débarrasser de ça !

Et c’est ce qu’ils firent, travaillant rapidement et efficacement. Noria était impressionnée. Elle vit le commandant se diriger vers la mère de Seth et lui remettre une lettre. Il lui posa une question et Assan leva la tête vers elle lui demanda par un geste de les rejoindre.

Noria arriva à leur hauteur et le commandant se tourna vers elle.

– Etes-vous Noria ?

– Oui pourquoi ?

– J’ai ceci à vous remettre de la part de l’Inquisiteur. Je devais vous la remettre en main propre.

Noria fixa la lettre qu’il lui tendait sans trop y croire. Il lui avait écrit ! Un grand sourire éclaira ses traits et sans se rendre compte de son geste, elle prit la lettre et la maintint contre son cœur, geste qui n’échappa pas à l’œil acéré d’Assan. Oui son fils ne lui avait pas tout dit.

Finalement Noria et Adan prirent congés de leur hôte et Noria alla faire ses adieux à Assan. Dans un geste impulsif, Assan prit Noria dans ses bras et la serra brièvement contre elle.

– J’ai été ravie de te rencontrer Da’len. Passe me voir de temps en temps cela me ferait plaisir. Et tu m’apprendras deux trois petites choses sur les poisons, ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

Noria promit. Elle trouvait cette femme extrêmement sympathique et quelque part elle se sentait un peu liée à elle.

Ils se mirent en route. Ce n’est que plus tard, pendant une pause, que Noria s’isola et déchira le cachet de la lettre avec des mains tremblantes.

« Da’mi,

Je suis vivant !! Bon cela dit j’espère que tu es déjà au courant.

Comment vas-tu ? As-tu récupéré la vue ? Je l’espère tellement…

Quelque part je suis très heureux que tu ne m’aies pas accompagné. Le Conclave a été un vrai massacre et tous nos camarades sont morts. Pas moi. Mais il semblerait que je sois devenu une espèce de miracle sur pied ! Messager d’Andrasté ! Tu y crois toi ? Si c’est vrai je commence à sérieusement douter de l’intelligence de cette femme… Tout ça parce que j’ai une main qui brille et qui referme des failles… et qui picote par la même occasion !

Bref je te passe les détails, mais l’Inquisition ne chôme pas, je n’ai jamais été aussi éreinté de ma vie ! Nous avons subis une énorme attaque à Darse et j’ai affronté le méchant le plus moche de cet Age ! Coryphéus, rien que son nom n’inspire pas la sexitude. Je lui ai fait face et j’ai encore survécu ! Pas de bol Cory ! Mais Darse a été ensevelie, ce qui nous a obligé à changer d’endroit. Nous sommes maintenant à Force Céleste. Tu verrais la bicoque. C’est superbe mais une vraie ruine, tout est à faire ! Enfin j’ai des appartements privés c’est déjà ça.

J’ai également fais la connaissance de nombreux compagnons d’aventure.

Et je te jure que si ça n’est pas les dragons, les venatoris, les mages apostats, les templiers ou les bêtes sauvages qui me tuent, ça sera le manque de goût vestimentaire de certains ! Tu parles d’une Inquisition. J’aimerais que tu sois là pour ajouter une note de style à tout ça.

Il y a, Vivienne, une vraie langue de vipère d’Orlaïs, Dorian un mage Tévintide et Solas, un elfe plus mystérieux tu meurs ! Mais ne t’inquiète pas je suis sur le coup et je trouverai bien ce qu’il cache. Et puis il y a, Cassandra, instigatrice de l’Inquisition, un vrai paragon de justice et de droiture (d’un ennui…), Blackwall, un garde des ombres et Iron Bull une brute épaisse de Qunari mais très sympathique, Cole un être bizarre mi-humain mi-esprit, Varric, un nain écrivain qui n’a pas sa langue dans la poche et Sera une elfe complètement folle qui n’est pas Dalatienne.

Et je ne te parle pas de mes conseillers, Cullen ex-templier et commandant de l’Inquisition, Leliana ma maître-espionne, car oui j’ai une maitre-espionne, et Joséphine mon ambassadrice.

On forme une bande assez étrange mais on commence à bien s’entendre même si on n’est pas d’accord sur tout.

Tu me manques, donnes moi de tes nouvelles,

Seth. »

Voilà c’était tout. Pas de mot sur ce qu’ils s’étaient dit avant leur départ, pas d’invitation à venir le rejoindre dès que possible, pas de renouvellement de promesse de venir la chercher. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Mais à quoi s’attendait-elle ? Un sonnet pour lui déclarer son amour éternel ? Une invitation en bonne et due forme ? Oui cent fois oui ! Elle avait encore trop espéré voilà tout. Et maintenant, Seth avait des responsabilités qui la dépassaient largement. Elle ne faisait plus partie de son monde, plus pour le moment.

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