Chapitre 11 – Résolutions et décisions

Seren se réveilla en sursaut. Elle n’était pas dans sa chambre, elle était nue et surtout elle n’était pas seule. Elle sentit tout de suite un corps chaud dans son dos et un bras négligemment passé autour de sa taille. Elle se retourna brusquement et se trouva face au visage endormi de Rain. Alors tout lui revint, les baisers, les caresses, le désir, la tendresse. Elle sourit et passa un doigt sur les lèvres de l’homme merveilleux qui lui avait fait découvrir un plaisir dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Le rêve avait été extraordinaire mais elle allait devoir retourner à la réalité. Et mieux valait le faire rapidement avant de ne plus pouvoir jamais sortir de ce lit. Elle ne put s’en empêcher, et avant de se décider à s’en aller, elle l’embrassa une dernière fois, tout doucement pour ne pas risquer de le réveiller. Elle se recula, mais fut vite stoppée par les bras puissants de Rain qui se refermèrent sur elle. Elle se retrouva donc à nouveau plaquée contre son torse. Rain fronça le nez et sans ouvrir les yeux, grogna :

– Il est trop tôt. Reste avec moi…

Seren frotta tendrement le bout de son nez contre le sien et murmura :

– Je ne peux pas. L’aube n’est pas loin et les autres risquent de se réveiller d’un moment à l’autre.

Rain entrouvrit les yeux.

– Est-ce que cela serait si grave ?

Seren se dégagea et fourragea dans ses cheveux en soupirant. Pudiquement elle avait plaqué un drap contre sa poitrine.

– Tu ne sais pas de quoi Darius est capable. Un jour il m’a surprise dans les bras d’un autre combattant. Il est devenu comme enragé. Le lendemain il a fait assassiner cet homme. Il ne l’a pas seulement tué, il l’a fait massacrer et pourtant c’était un excellent combattant, d’une grande force physique. S’il te faisait le moindre mal je…

Rain se redressa aussi, posa ses mains sur les épaules dénudées de Seren et y déposa un baiser.

– Il ne m’arrivera rien, Seren. Je ne suis pas sans ressource.

La jeune elfe tourna la tête vers lui.

– Je sais. C’est juste que… Je ne peux pas le risquer. J’ai déjà causé trop de morts, Rain. Je suis désolée, j’ai été égoïste, je voulais juste…

Elle posa une main contre sa joue.

– Je voulais juste être heureuse et libre pendant quelques instants.

Rain se détacha d’elle.

– Alors tu ne souhaites pas aller plus loin ?

Sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, cette question énerva la jeune femme.

– Plus loin où exactement Rain ? Je suis une esclave, tu es un noble, un employé de mon maître. Que suggères-tu ? Que l’on se cache jusqu’à ce que l’on fasse l’erreur de trop ? Tu proposes de me racheter pour que nous vivions heureux ? Même si tu le faisais, je doute que Darius soit d’accord ! Tout ce que l’on réussirait au final, c’est se faire du mal.

Rain s’adossa à la tête de lit et croisa les bras sur son torse nu.

– Moi je suis prêt à prendre le risque de mécontenter Darius, à cacher notre relation juste pour qu’elle continue. Mais si tu ne l’es pas, je comprendrai.

Seren était tellement stupéfaite qu’elle ne sut que garder la bouche ouverte en le regardant comme une imbécile. Sa colère monta encore d’un cran.

– Tu ne comprends rien du tout ! J’essaie d’être raisonnable pour deux et toi tu…tu restes là à faire ton grand seigneur ! Je te dis que c’est nos vies qui sont en jeu, Rain ! Et je ne suis pas prête à mettre ta vie en jeu, je ne le mérite pas !

Toujours aussi calmement, Rain répliqua :

– Ça n’est pas ce que je pense et je te trouve très tentante lorsque tu t’énerves ainsi.

Faisant mine de ne pas avoir entendu la dernière réplique et échouant misérablement à cause de la maudite rougeur qui envahit ses joues, elle répondit vivement :

– Mais moi c’est que je pense ! Alors nous allons rependre nos vies comme si de rien n’était, parce qu’il serait totalement naïf de penser que notre histoire pourrait bien se terminer !

Comment pouvait-il se montrer aussi calme alors qu’à la moindre pensée qu’ils pourraient se faire surprendre, ses mains devenaient moites et son cœur s’accélérait. Elle ne voulait plus jamais voir quelqu’un mourir par sa faute, hors de l’arène. Précipitamment, et en s’assurant toujours de lui tourner le dos, elle se leva, ramassa sa chemise de nuit et l’enfila. Elle passa son châle autour d’elle, le regarda une dernière fois en murmurant :

– Je suis vraiment désolée.

Elle posa la main sur la poignée de porte mais fut stopper par la voix grave et toujours calme de Rain.

– Si tu passes cette porte maintenant, je considérerai que c’est ta décision finale et je la respecterai. Il ne se passera plus rien entre nous, je te le promets.

Seren se força à ne pas se retourner, de peur de changer d’avis. Elle avait une boule dans la gorge et la simple idée de ne plus jamais ressentir ce qu’elle avait ressenti dans la nuit lui donnait envie de pleurer. Le réveil était douloureux et difficile, mais elle devait le faire. Elle avait encore en tête les restes de ce pauvre homme qu’elle avait eu le malheur de séduire et rien qu’à l’idée que ce corps soit celui de Rain, elle en avait des sueurs froides. Maîtrisant sa voix pour ne pas laisser percevoir sa vive émotion, elle lui répondit :

– Très bien. Merci pour tout Alexei.

 

Lorsque la jeune femme referma la porte derrière elle, Rain soupira et se laissa couler dans son lit. Les draps sentaient encore le parfum de Seren et l’odeur de leurs ébats. Il enfouit son visage dans l’oreiller qui avait servi à la jeune femme, essayant de se faire à l’idée qu’elle venait de le rejeter. Ils avaient pourtant passé une nuit fantastique. Il connaissait bien le plaisir sexuel, et aucune de ses amantes ne s’étaient plaintes de ses talents. Pourtant avec Seren, les choses avaient été différentes, parce que la jeune elfe n’avait pas juste cherché l’assouvissement physique. Il était persuadé qu’elle ne s’en était certainement pas rendu compte mais elle avait été affamée de tendresse et d’affection. Et il les lui avait données, sans arrières pensées, comme si cela avait été la chose la plus naturelle du monde. Il avait adoré lui donné du plaisir, voir la surprise sur son visage et y lire la jouissance. Il s’était senti bien, en confiance, tellement d’ailleurs qu’il lui avait même confié son prénom, et lorsque la jeune femme l’avait répété, il avait ressenti comme un pincement au cœur. Tout avait été parfait.

Mais leur situation était compliquée et elle avait eu peur. Il pouvait le comprendre mais était terriblement déçu et triste qu’il ne valait pas le coup qu’elle se batte, qu’elle ne trouvait pas la force de passer outre cette peur, comme elle le faisait dans l’arène. Lui y aurait été prêt, parce que Seren éveillait chez lui des sentiments qu’il n’arrivait pas encore à identifier mais qu’il sentait déjà fort.

Il passa l’heure suivante à essayer d’arrêter de penser à tout ça, sans grand résultat. Finalement il se décida à se lever. Il n’allait de toute façon pas réussir à s’endormir. Il s’habilla rapidement et prit sa lance. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas maniée et elle lui manquait beaucoup. Il sortit dans la maison qui commençait à s’animer et se dirigea naturellement vers les jardins. Il s’arrêta soudain. Seren y était peut-être et il ne savait pas s’il serait déjà capable de tenir sa promesse. En même temps, il allait bien falloir la croiser tôt ou tard, et puis il avait vraiment envie de entrainement pour se vider l’esprit.

Heureusement, les jardins étaient vides et une légère brume montait doucement du sol. Rain inspira l’air frais du matin et commença ses exercices, faisait voler sa lance autour de lui, contrôlant chacun de ses mouvements à la perfection. Cela lui fit un bien fou, et enfin, après une heure d’entrainement, il s’arrêta, l’esprit légèrement plus apaisé.

Lorsqu’il se retourna, il croisa le regard argent de Darius qui le fixait étrangement. Il était, encore une fois, étonnement matinal. La Magister lui fit un bref hochement de tête pour le saluer et indiqua la direction de son bureau du menton.

– J’aimerais discuter un instant Rain.

– Bien sûr Darius, je vous suis.

Ils pénétrèrent dans le bureau de Darius et celui-ci referma la porte derrière lui.

– Nous sommes invités ce soir à une réception donnée par Emilia, vous voyez de qui je veux parler bien sûr ?

Comme pourrait-il oublié cette espèce de glu qui ne l’avait pas lâcher pendant de nombreuses soirées.

– Oui très bien.

– Bien. Elle a tenu à ce que vous soyez présent. Nous emmènerons également Seren pour montrer à tous que le petit « incident » avec Tia n’a, en aucun cas, affaibli ma maison et mes gens. Et que Seren se porte comme un charme.

Rain garda le silence. Il sentait que Darius hésitait à lui révéler la vraie raison de sa présence dans son bureau à cette heure aussi matinale. Darius le regarda un moment dans les yeux, avant de reprendre la parole.

– J’ai également une mission à vous confier. Vous ne le savez sans doute pas mais la maison d’Emilia est très aisée et très puissante. Son premier mari est mort jeune et très riche, lui léguant tout au passage. La fortune de sa famille et celle de son mari pourrait à elle seule subvenir aux besoins de l’Empire pendant quelques années.

Vous vous doutez bien que je cherche évidemment à m’allier à elle et j’ai déjà entamé les « négociations ». Croyez le ou non mais cette femme n’a finalement pas beaucoup d’exigences. Elle n’est plus jeune mais est encore fort désirable et elle a certain besoin… étrangement elle pense que vous êtes l’homme qui lui faut, pour répondre à ses besoins.

Rain le coupa immédiatement :

– Appelons un chat, un chat. Vous souhaitez que je couche avec cette femme parce que c’est le prix à payer pour son alliance ?

Darius lui sourit.

– Entre autre oui. Que vous la séduisez et que vous la combliez serait un bon début.

Sans se départir de son calme, Rain lui sourit à son tour et répliqua :

– Il en est totalement hors de question. Je suis votre garde du corps, pas une prostituée ou l’un de vos esclaves à qui vous pouvez donner des ordres. Je ne coucherai pas avec cette femme.

Le sourire de Darius s’étira, devenant presque malfaisant.

– Comme je regrette d’en arriver à ses extrémités, mon ami. Même si, je crois bien que j’ai les moyens de vous y obliger. Je ne vous ai pas encore payer et il serait dommage que les templiers apprennent que vous avez trouver refuge ici.

Le sourire de Rain s’effaça et il serra fort les poings. Enfin Darius se montrait sous son véritable jour. Il ne pouvait pas accepter. C’était impossible, il ne pouvait pas être réduit à ça ! Il n’avait qu’à partir. Mais Darius ne semblait pas disposer à le payer pour les deux mois qu’il avait passer ici et sans le sous, les choses risquaient d’être bien plus compliquées. Par Andrasté comme il souhaitait enfoncer son poing dans le visage satisfait de cette ordure. Comme avait-il pu croire que cet homme désirait l’aider ? Il ne faisait rien gratuitement. Il allait devoir payer chèrement cette erreur. Non il ne pouvait pas s’y résoudre. Tant pis il allait partir, même s’il sentait comme un léger déchirement à l’idée de laisser Seren aux mains de cet être sans scrupule. Mais il trouverait un moyen de revenir et de la libérer, il s’en faisait la promesse.

– Et bien je vais donc devoir quitter votre maison. Je vous remercie pour votre hospitalité. Vous passerez donc le bonjour à ces messieurs les Templiers pour moi, voulez-vous.

Rain tourna les talons et allait ouvrir la porte, lorsque d’une voix sifflante sous le coup de la colère, Darius l’arrêta :

– Vous semblez bien proche de mes esclaves Rain ! Sachez que je les ferai tous fouetter jusqu’au sang, y compris Seren pour passer ma vive déception d’avoir manqué une alliance prometteuse.

Rain se stoppa et se retourna. Cet homme n’était pas seulement sans scrupule, il était également d’une froideur et d’une cruauté peu commune.

– Vous n’oseriez pas ?

– Je ne parierai pas là-dessus si j’étais vous.

A cet instant, assez égoïstement, Rain aurait voulu être différent, insensible au sort des autres. Mais il n’était pas ainsi. Il ne pouvait pas, en son âme et conscience tourner les talons et condamner à la souffrance une vingtaine de personnes, dont Seren. Ses poings étaient tellement serrés que ses jointures étaient blanches. Il n’avait jamais ressenti autant de colère à l’encontre de quelqu’un avant ce jour. Même les personnes qui l’avaient mis en fuite ne l’avait pas autant mis en colère.

Il allait faire mine d’accepter mais trouverait une solution pour ne pas avoir à se dégrader ainsi. Il lui concéda donc la victoire de cette bataille, mais la guerre était loin d’être gagnée.

– Très bien, vous gagnez pour cette fois.

– Vous m’en voyez ravi ! Mais sachez, pour votre gouverne, que je gagne toujours.

– Nous verrons cela.

Rain ouvrit la porte et sortit.

 

Seren était nerveuse. Ce soir, pour la première fois, elle allait à nouveau sortir avec Darius dans une réception extérieure. Cela faisait maintenant plusieurs années qu’il ne voyait plus l’utilité de l’emmener avec lui partout et tout le temps. Mais ce soir Darius voulait qu’elle soit resplendissante, qu’elle attire tous les regards. D’habitude, elle se contentait d’apparaître quelques minutes et de repartir presque aussitôt. Elle ne devait pas oublier qu’elle ne faisait pas partie de ce monde. Alors lorsqu’une esclave vint lui apporter la robe que Darius souhaitait la voir porter ce soir elle manqua de suffoquer. Elle était magnifique, d’un rouge profond qui rappelait ses cheveux, et d’un tissu mordoré qui brillait doucement à chaque mouvement. Lorsqu’elle l’enfila, elle lui alla à la perfection. Elle avait une épaule dégagée et un décolleté assez profond. Elle lui moulait au corps jusqu’en bas de la taille ou elle s’évasait soudain en un flot de tissu. L’esclave la coiffa ensuite dégageant son visage pour laisser ses cheveux retombés dans son dos. Seren ne put s’empêcher de penser que les babillages de Tia lui manquaient terriblement en cet instant. Que c’était en partie grâce à eux qu’elle arrivait à combattre sa nervosité. L’esclave lui passa ensuite une poudre d’or sur toutes les parties dénudées de son corps, ainsi elle brillerait de mille feux. Seren passa son bracelet fétiche en or en haut de son bras et enfin fut fin prête.

Elle sortit de sa chambre sous les acclamations enthousiastes de la jeune esclave et se dirigea vers l’atrium. Darius l’attendait déjà. Il lui sourit chaleureusement en la voyant.

– Tu es magnifique Seren ! Comme quoi, une simple robe vous transforme une femme.

Seren lui offrit un demi sourire, ne sachant pas trop comment prendre cette remarque légèrement offensante. Avec étonnement elle se dit qu’elle ne l’aurait pas remarqué avant, trop heureuse que Darius daigne lui parler. Mais depuis la mort de Tia et surtout depuis la nuit qu’elle avait passé avec Rain, elle commençait à voir son maître différemment. Comme si le voile qui lui obscurcissait les yeux se levait peu à peu. Comme les choses avaient changé depuis que l’humain était entré dans sa vie !

Comme si le fait qu’elle pense à lui l’invoqua, Rain fit également son apparition. Par Mythal, il était magnifique ce soir. Il portait une longue veste blanche brodée de fil d’argent par dessus une tunique d’un bleu nuit profond. Il était renversant et Seren eut bien du mal à cacher son admiration. Elle préféra donc détourner les yeux et jouer l’indifférence, non sans avoir brièvement croisé son regard et y avoir lu une petite lueur admirative.

Darius fit quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant ; il lui offrit son bras. Indécise, Seren le regarda, ne sachant pas trop si elle devait l’accepter. Darius lui sourit alors et lui prit la main qu’il posa lui-même sur son bras.

– Allons-y voulez-vous. Ne nous voudrions pas arriver trop en retard !

Ils se mirent donc en route, accompagné de quelques soldats esclaves. Rain restait en arrière, prêt lui aussi à intervenir s’il le fallait.

Ils ne mirent pas plus d’une demi-heure à atteindre la maison d’Emilia, vivement éclairée pour la soirée. Lorsqu’ils passèrent le seuil de la porte, leur hôtesse vint aussitôt les accueillir. Elle sourit chaleureusement à Rain et Darius mais ne cacha pas sa grimace à la vue de Seren. Elle n’osa cependant pas faire d’esclandre à sa propre réception. Emilia passa d’autorité un bras sous celui de Rain et lui sourit. L’humain lui sourit à son tour et lui murmura combien elle était belle ce soir. Seren fronça les sourcils devant son comportement, ne voyant pas le sourire satisfait de Darius. Elle pensait pourtant que Rain n’était pas attiré par la Magister. Avait-elle si peu compté pour lui, qu’il songeait déjà à la remplacer ? Cela n’était pourtant pas son genre. Elle savait que le fait de le voir sans pouvoir le toucher ou l’embrasser allait être dur, mais elle ne s’attendait pas à une telle douleur à la vue de cette humaine à son bras, qui minaudait comme une adolescente pendant que lui semblait très séducteur ce soir. Darius la quitta pour rejoindre un groupe d’alliés et elle se trouva seule, bien seule dans sa jolie robe de soirée.

 

Rain fit des efforts, essayant de s’intéresser à son hôtesse de la soirée, mais en vain. Il s’était dit que peut-être il pourrait essayer de faire connaissance et ainsi ne pas avoir à faire ce qu’il avait à faire par devoir mais par plaisir, mais rien n’y faisait. Non il n’y arriverait pas, d’autant plus qu’il sentait le regard blessé de Seren sur eux à chaque instant. La jeune elfe devait le prendre pour un monstre de froideur et il ne voulait pas faire souffrir la jeune femme.

De plus il n’aimait pas Emilia, la trouvait creuse, fausse, manquant cruellement d’esprit et à chaque fois qu’elle le touchait, il avait envie de la repousser. C’est pourquoi lorsqu’ils se retrouvèrent isolés et qu’elle se jeta à son cou, plaquant sa bouche mollassonne contre la sienne, il la repoussa en essayant de s’y prendre le plus gentiment possible. Emilia n’abandonna pas pour autant, essayant encore de l’embrasser et plaquant sa main contre son entrejambe. Constatant le manque de réaction de Rain, elle soupira et s’éloigna enfin.

– Vous ne me désirez pas n’est-ce pas ?

– Non madame, j’en suis désolé. Vous êtes une femme charmante mais…

Il tourna très légèrement la tête et aperçut Seren, sirotant un verre et semblant bien seule dans cette foule de vaniteux. Ce geste sibyllin n’échappa pas à Emilia qui grimaça de rage. Elle n’était pas née de la dernière pluie et savait parfaitement ce que ce geste signifiait. Elle compléta pour lui :

– Mais votre corps appartient déjà à quelqu’un d’autre.

– Non, non je vous assure. C’est juste que je ne ressens pas d’alchimie entre nous, voilà tout.

– Je ne vais pas vous forcer, je ne suis pas désespérée à ce point !

Pourtant le ton de sa voix démentait ses paroles. Pour adoucir quelque peu la situation, Rain lui prit la main et la baisa.

– Je suis sincèrement désolé, madame. Je suis persuadé que vous trouverez un homme qui vous mérite vraiment. Je vous souhaite une excellente soirée.

Il s’éclipsa, espérant de tout son être qu’elle ne lui en tiendrait pas rigueur et n’en référerait pas à Darius.

 

Seren était assise sur une banquette, pas très loin du groupe de Darius. Elle était seule. Cela faisait quelques longues minutes que Rain et Emilia s’étaient éclipsés et son cœur saignait depuis. Elle ne pouvait pas empêcher son imagination galopante de les voir, enlacés, nus quelque part. Lui, en train de lui faire toutes les choses qu’il lui avait faite pour l’amener vers le plaisir et elle victime consentante.

Elle cligna rapidement des yeux pour chasser les larmes qui venaient de s’y accumuler. Elle avait fait son choix, Rain avait été très clair, et il ne chercherait pas à la faire changer d’avis. Il était passé à autre chose.

Soudain une silhouette s’assied à côté d’elle. Emilia s’étira langoureusement :

– Rain est un amant très doué ! Et pourtant nous avons eu peu de temps, je ne pouvais pas m’absenter trop longtemps loin de mes invités.

Seren essaya de rester de marbre et sirota son verre.

– Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que lorsqu’il m’a prise violemment contre ce mur. Un délice. J’imagine qu’il viendra me rejoindre plus tard dans la soirée.

La main de Seren tremblait légèrement et ses yeux étaient à nouveau voilés de larmes. Quelle vipère, quelle garce ! Venir pavoiser devant elle! Elle rêvait de lui enfoncer son verre brisé dans sa chair délicate. Mais elle prit sur elle. Emilia lut parfaitement le langage corporel de la jeune femme et sourit triomphalement, lui susurrant à l’oreille.

– Je le savais, petite traînée. Tu en pinces pour l’invité de ton maître. Comme c’est pathétique ! Tu ne l’auras jamais elfe !

Subitement elle se leva et cria à l’intention de Darius.

– Darius, mon cher, êtes-vous partant pour un pari ?

La Magister haussa un sourcil et répondit :

– Toujours très chère !

– Il semblerait que votre championne soit vraiment imbattable ! Je propose de mettre en doute cette affirmation. Je vous parie cent mille pièces d’or que votre championne ne pourra pas battre un géant, seule dans l’arène.

Toute la salle retint son souffle. C’était une somme considérable, décadente même pour un pari, mais le défi était de taille. Très peu de personne était capable de tuer un géant surtout sans bouclier et dans un espace restreint.

Seren regarda avec horreur Darius. Elle connaissait ses limites et savait qu’elle n’y arriverait jamais. Mais c’était une sacrée somme et elle connaissait son goût pour les paris. Et en effet il semblait réfléchir à sa proposition. Il se gratta le menton, pensif et finalement lâcha avec un sourire :

– Pari tenu !

Les conversations et les paris fusaient déjà dans la salle. Darius reprit.

– Tu t’en sens capable n’est-ce pas ma Némésis ?

Seren se leva calmement, et croisa le regard inquiet de Rain qui venait de réapparaître dans la salle. Elle se tourna ensuite vers Darius et s’inclina, aussi altière que possible, malgré l’angoisse qui lui nouait déjà le ventre.

– Peu importe l’ennemi, je le vaincrai.

Les acclamations reprirent de plus belle.

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