Chapitre 11 – Début de voyage

Elle ne revit Azel que deux jours plus tard. Après ce qu’il s’était passé lors du banquet, elle n’avait plus particulièrement cherché à le revoir. D’une part parce qu’elle souhaitait prendre un peu de recul sur la situation et d’autre part, elle savait d’expérience que la meilleure technique de séduction était encore de faire attendre celui qu’on voulait séduire. Leur mission ensemble était prévue pour le lendemain, c’est pourquoi elle avait demandé à le revoir aujourd’hui. Ils avaient besoin de se mettre au point. Elle avait fait part de son plan à l’Inquisiteur Lavellan qui, sans demander tous les détails, lui avait dit lui faire entièrement confiance, enfin presque. Surprise, Leena lui avait demandé pourquoi. Pour toute réponse, elle n’avait obtenu qu’un petit sourire énigmatique. Décidément, elle n’arrivait pas à déchiffrer cet homme !

Agacée par le retard d’Azel et secrètement inquiète qu’il ne daigne même pas se montrer, Leena s’appuya contre le bureau de bois et croisa les bras sur sa poitrine. Inlassablement, elle jetait des coups d’œil par la petite fenêtre, espérant apercevoir la silhouette du mage. Elle souffla sur une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux et ne se rendit même pas compte qu’elle tapotait nerveuse son pied sur le sol.

Mettre les mages d’Owen à l’abri n’allait pas être une mince affaire. Faire l’espionne, jouer la comédie, mentir, séduire pour mieux détruire… tout cela elle s’en sentait parfaitement capable. Elle avait fait des choses plus terribles encore pour survivre, et elle savait qu’elle serait prête à tout pour faire sortir tous ces gens du joug d’Owen. Après tout, c’était en partie elle qui les avaient recrutés, guidés, jusqu’à lui. Elle se sentait donc responsable d’eux. Elle ne voulait pas l’admettre, mais elle redoutait qu’Azel ne soit un boulet dans cette mission.

Oh bien sûr, elle savait qu’il était un mage exceptionnel, hors-pair même ! Mais elle savait aussi qu’il préférait la théorie à la pratique et qu’il était surement trop droit et franc pour adhérer à toutes les ruses et les plans que pourrait monter la jeune femme. L’érudit allait devoir apprendre rapidement à devenir un véritable homme d’action, qui allait parfois devoir agir avant de réfléchir et prendre des décisions parfois difficiles.

Elle en était là de ses réflexions quand une voix, semblant venir de nulle part, retentit derrière elle.

– Je suis désolé de mon retard.

Leena poussa un grand cri et posa une main sur son cœur qui palpitait follement, tout en se tournant vers la voix.

– Créateur Azel ! Ne me refais plus jamais ça ! Et puis comment as-tu…

Le petit sourire en coin qu’affichait le jeune homme l’arrêta subitement.

– Je suppose qu’un chat s’est faufilé dans la pièce il y a quelques minutes ?

– C’est tout à fait possible.

– Il va vraiment falloir que j’apprenne ce sort… Mais ça n’est pas pour ça que je t’ai demandé de venir aujourd’hui. Nous partons demain à l’aube et j’aimerais que nous discutions un peu.

Le jeune homme haussa les épaules.

– Si j’ai bien compris, nous allons avoir quelques jours de marches avant de rejoindre le camp, nous aurons alors tout le temps de discuter.

– Non, on ne sait jamais sur qui on tombera en chemin. Je veux que tout soit prêt et clair pour notre départ.

– Oh je crois qu’il y a un malentendu. Tu penses être responsable de cette mission ? Je ne suis pas à tes ordres.

Sans se démonter, la jeune femme s’approcha de lui s’obligeant à lever la tête pour croiser son regard déterminé. Les bras toujours croisés, elle répliqua avec douceur.

– Et toi tu sembles oublier les paroles de l’Inquisiteur. Je suis l’espionne en charge de la mission, tu n’es là que pour me surveiller. Donc je te suggère de faire ce que je te dirai si tu ne veux pas faire tout capoter.

Les mâchoires serrées, le jeune homme étrécit ses yeux et se pencha sur le visage de la jeune femme.

– Je suis parfaitement capable de mener à bien cette tâche pour l’Inquisition ! Je suis certain de pouvoir me débrouiller parfaitement sans tes « bons conseils ».

– Ah oui ? Tu l’as lu dans un livre peut-être ?

Les prunelles d’Azel brillèrent de colère. Subitement, Leena poussa un profond soupire et son corps tendu, se relâcha soudain.

– Ecoute, ça ne sert à rien de nous disputer ainsi. Je ne suis effectivement pas ta supérieure mais je sais comment cela se passe là-dehors. Et surtout je connais Owen. J’ai besoin de savoir que tu me fais assez confiance pour exécuter les quelques ordres que je te donnerai. Non pas pour le simple plaisir de te commander mais simplement pour notre survie à tous le deux. Peux-tu faire cela ?

Elle savait qu’Azel était un homme de raison, c’est pourquoi elle ne fut pas surprise lorsque le jeune homme se détendit à son tour et céda :

– Bien sûr, tu as raison, c’est stupide et puéril. Je sais que tu as toutes les compétences nécessaires, c’est juste que j’ai envie de…me rendre utile.

Sans réfléchir, Leena posa sa main sur le bras du mage et lui sourit.

– Ne t’en fais pas, je trouverai bien deux ou trois petites choses à te faire faire. Et très sincèrement, même si je ne l’avouerai que sous la torture, je suis heureuse que tu m’accompagnes.

Azel lui rendit son sourire et un silence embarrassant s’installa entre eux, qu’Azel finit par rompre en demandant :

– Bien quel est ton plan ?

La jeune femme recula et se percha sur le bureau, ballottant légèrement ses jambes dans un mouvement involontaire et mécanique qui trahissait une certaine nervosité.

– Eh bien c’est assez simple. Comme je l’avais déjà expliqué à l’Inquisiteur, pour les Libertaires, je suis actuellement à la recherche de mages égarés qui pourraient devenir de nouvelles recrues pour le groupe, enfin plutôt pour la guerre qu’Owen espère mener.

– Une guerre ? Entre les Templiers et les Mages ? Est-ce que pour cette raison que tu les as quitté ?

Leena soupira :

– En partie oui.

Comme elle ne fit pas mine de continuer, Azel haussa un sourcil interrogateur :

– En partie ?

– Quand je les ai rejoints, je ne souhaitais qu’une seule chose : me poser et trouver un peu de paix. Et au début ce fut le cas. Nous étions une petite vingtaine et Owen prenait soin de tout le monde. Nous avons monté un camp loin de tout et bien caché. Petit à petit, je ne sais pas trop comment, d’autres mages, à la recherche d’un endroit sûr, sont arrivés et au bout du compte nous étions plus d’une centaine. Il a fallu donner à chacun une tâche pour que cela fonctionne. Owen m’a nommé régisseur du camp. Tout se passait merveilleusement bien jusqu’au jour où les mages qui étaient de garde ont découvert une troupe de Templiers fous, qui avaient les yeux rouges et des espèces de protubérances sur le corps. Sans même réfléchir, ils ont attaqué notre camp. Ils semblaient être entrés dans une sorte de frénésie et nous les avons tous tué. Mais ça a été une vraie boucherie. Dans les deux camps. Nous avons perdu près d’une vingtaine de personnes, dont des innocents, une enfant d’une dizaine d’année et une femme qui semblait assez proche d’Owen. C’était une mage de bataille très douée mais… pas assez apparemment.

Après cette attaque nous avons pansé nos plaies et fait notre deuil. Mais pas Owen. Il est devenu comme enragé et ne souhaitait plus qu’une chose : la destruction de l’Ordre des Templiers. C’est là qu’il a commencé à organiser des attaques.

Azel la regarda intensément, si bien qu’elle dut baisser les yeux, honteuse et effrayée à l’idée de lire du dégoût sur le visage du jeune homme. Puis il lui demanda :

– Et tu y as participé ?

La jeune femme sera les bras autour de sa poitrine et tourna la tête vers la fenêtre.

– Oui, j’y étais. Owen avait réussi à me convaincre que nous faisions ça pour nous protéger. Même lorsque l’on s’ait confronté à l’Inquisition. Mais quand il nous a demandé d’attaquer un village entier sous prétexte que les villageois abritaient « peut-être » des Templiers, se fut trop pour moi. Owen ne m’écoutait plus, n’écoutait plus personne et je pouvais clairement voir une lueur de folie dans son regard lorsqu’il me parlait de ses « projets » pour les Libertaires. Il voulait, non seulement abattre l’Ordre des Templiers mais la Chantrie également, les Royaumes. Il voulait que les mages dirigent le monde, avec lui à sa tête. Il a réussi à fanatiser de nombreuses personnes qui sont maintenant prêtes à le suivre en enfer s’il le faut. C’est là que j’ai décidé qu’il fallait que je fasse quelque chose pour toutes les autres personnes qui ne voulaient pas de cette guerre, les enfants, les personnes âgées…

Discrètement, j’ai fait des recherches sur l’Inquisition et j’ai vu qu’elle faisait autant de bien aux mages que nous. Alors j’ai tenté le tout pour le tout et j’ai décidé de me rendre. C’était le moyen le plus simple de voir l’Inquisiteur. J’étais prête à défendre ma cause mais je n’en ai même pas eu besoin. La suite, tu la connais.

– Quelle histoire… à quoi ressemble cet homme, ce Owen.

Leena haussa les épaules.

– Il a du charme et un grand talent d’orateur et de manipulateur. Sa magie est très puissante et il n’hésite jamais à l’utiliser. Avec le temps il est devenu de plus en plus paranoïaque.

– Ça ne va pas arranger notre affaire.

– Détrompe-toi ! Je ne sais pas trop pourquoi mais il me fait encore confiance. Au début il m’a aidé avec ma magie et je suppose qu’un lien particulier s’est tissé entre nous, quand il était encore un homme bon et sage. Il a presque l’âge d’être mon père et me montrait beaucoup de gentillesse et d’affection. Le changement n’en a été que plus brutal.

Azel soupira :

– Je vois. Te sens-tu tout de même capable de l’arrêter ?

Leena descendit du bureau. La lueur dure qui faisait briller son regard étonna la mage et elle répliqua avec véhémence.

– Bien sûr ! Si nous ne l’arrêtons pas, il finira par tuer tout le monde !

Le jeune homme leva les mains en un geste d’apaisement.

– D’accord, très bien ! Tu as exprimé très clairement ton point de vue.

Après quelques instants de silence, Azel reprit :

– Comment va ta magie ? As-tu toujours autant de difficulté ?

Leena s’appuya à nouveau contre le meuble de bois.

– Elle va mieux. J’ai toujours autant de difficulté avec les sorts plus simples qui rendent de toute façon ma magie de feu instable, alors je me cantonne aux flammes. Par contre j’ai maintenant le contrôle total de cette magie.

Avec un petit sourire, elle ajouta :

– Si tu as peur de finir en petit tas de cendre, je promets de maîtriser ma nature… disons passionnée et chaleureuse.

Azel ne put s’empêcher de lui rendre son sourire.

– Me voilà tout à fait rassuré !

– Et toi alors ? A part te transformer en chat, qu’es-tu capable de fai…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le mage avait fait un simple mouvement de sa main et une force puissante fit pression sur ses épaules, la clouant sur place et lui coupant la respiration. Cela ne dura que quelques secondes avant qu’elle puisse à nouveau respirer normalement.

Tout en toussant, elle releva les yeux vers le jeune homme, qui semblait penaud. Il se précipita vers elle et la maintient debout.

– Pardonne-moi, je ne contrôle pas encore très bien la force de cette magie. C’est Solas qui me l’enseigne.

Trop heureuse de se trouver presque dans les bras d’Azel, Leena en rajouta un peu et s’appuya contre son bras.

Finalement elle se redressa et croisa les yeux bruns inquiets du jeune homme.

– Tu vas bien ?

– Oui, ne t’en fais pas, ça va mieux maintenant.

C’est avec regret qu’elle vit le mage se reculer d’un pas.

– Comme tu peux donc le constater, je ne suis pas sans défense.

Avec un petit sourire en coin, Leena confirma.

– Effectivement…

– Vas-tu me mettre au courant de ton plan pour arrêter les Libertaires ?

– Eh bien, cela va dépendre en grande partie d’Owen et du nombre de ses fidèles. Si tout se passe bien, ils ne seront pas beaucoup plus nombreux que la dernière fois et je pourrais alors essayer leur faire entendre raison ou à défaut faire sortir tout le monde rapidement. Si nous sommes plus nombreux qu’eux la tâche sera plus facile.

– Et s’il a réussi à s’entourer d’une petite armée ?

– Dans ce cas, il nous faudra être plus subtils… trouver le moment idéal pour faire partir tout le monde en douce et rapidement avant qu’Owen ne s’en rende compte. Et quand les gens seront à l’abri, je ne vois plus aucune raison de ne pas laisser l’Inquisition s’occuper de lui.

– Nous pourrions aussi le laisser tranquille…seul il n’est plus une menace.

Leena plissa les yeux :

– Ne laisse pas ton bon cœur t’aveugler. Cet homme est dangereux, même isolé. Il est tellement fanatique qu’il ne cessera jamais de recruter d’autres personnes pour ses projets de grandeur. Et je ne veux plus jamais qu’un mage innocent tombe entre ses griffes.

Sentant la vive émotion de la jeune femme, Azel lui prit la main et la serra dans la sienne.

– Ne t’en fais pas, nous allons réussir.

– Nous ferons tout pour ça, en tout cas. C’est pourquoi j’ai besoin de savoir que tu me fais confiance, au moins en ce qui concerne notre mission.

Après un bref silence le jeune homme répondit :

– Je te fais confiance. Du moins pour la mission.

Soulagée, Leena exerça une légère pression sur la main d’Azel, toujours étroitement enlacée à la sienne.

– Merci.

Leurs regards se croisèrent, leurs prunelles brillants d’une même détermination. A cet instant, Leena fit une prière muette au Créateur et à Andrastée, auxquels elle ne croyait pas plus que cela : « Pourvu que tout se passe bien ! ».

 

L’aube du lendemain matin était très fraîche au Fort. Une lueur violette commençait à peine à éclaircir le ciel. Leena se frotta les mains l’une contre l’autre pour les réchauffer. Malgré ses mitaines, le froid avait pénétré ses doigts, engourdissant leurs extrémités. Chacun de ses souffles laissait sortir une épaisse fumée blanche. Bien que l’air soit glacial, les arbres verts et bien feuillus ne semblaient nullement souffrir de ce climat polaire. La jeune femme se demanda à nouveau quelle sorte de magie était-ce là.

Complètement frigorifiée, Leena tapa du pied et resserra les pans de sa cape autour d’elle et descendit le plus possible sa capuche sur son visage. Cela ne faisait que quelques minutes qu’elle patientait près de la grande porte de la Forteresse, mais elle sentait qu’elle allait finir frigorifiée avant qu’Azel n’arrive. N’en pouvant plus, elle utilisa brièvement sa magie de feu pour la réchauffer. Elle pouvait presque entendre les professeurs des Cercles lui dire que la magie n’était pas faite pour le petit confort de son possesseur et réprima un petit rire. Pour la millième fois depuis hier soir, elle revérifia sa sacoche pour voir si rien ne manquait. Rassurée, elle serra les doigts autour de son fin bâton qui lui servait aussi bien pour la marche que pour sa magie. Il lui permettait de canaliser plus de pouvoir pour des sorts plus efficaces.

Enfin, elle vit la silhouette du jeune s’approcher d’elle. Lui aussi était enveloppé dans une épaisse cape de laine et elle pouvait deviner en-dessous des vêtements plus près du corps que ses vêtements habituels, bien plus pratiques pour la longue marche qui les attendait.

Tout sourire, la jeune femme l’accueillit avec enthousiasme.

– Bonjour Azel ! Créateur soit loué, tu es enfin là. J’allais me transformer en statue de glace.

Mais le jeune homme ne semblait pas l’avoir écouté et son visage exprimait une légère nervosité. Son regard était tourné vers la porte et il fronçait légèrement les sourcils. Doucement, Leena posa une main sur sa joue et tourna son visage pour qu’il la regarde.

– Azel, si tu le souhaites, tu peux encore rester ici. J’expliquerais à …

– Non !

Sa réponse avait claquée avec force. Plus doucement il répéta :

– Non, c’est juste que… j’espère être à la hauteur.

La jeune femme lui sourit :

– Tu le seras. Je n’ai aucun doute là-dessus.

Le jeune homme la regarda un instant et malgré elle, la mage sentit son corps s’échauffé sous le feu de ce regard. C’est Azel qui rompit la magie de l’instant :

– Bien, je crois qu’il est temps d’y aller n’est-ce pas ?

– Oui. Oui, il est temps.

Ils s’approchèrent alors des lourdes portes encore fermées et de la petite porte piétonne qui leur permettrait une sortie plus discrète. Après avoir fait un signe de tête aux gardes en faction, ils se faufilèrent au-dehors et commencèrent à marcher d’un bon pas. Leurs bottes crissèrent sur la neige fraîche, tombée durant la nuit à l’extérieur du Fort. Ils étaient encore à découvert pour le moment et purent admirer l’aube se refléter dans la blancheur de la neige et éclairer le monde d’une vive et éblouissante lumière. Leena jeta un coup d’œil vers l’arrière. En pleine lumière, Fort Céleste faisait encore plus mystique, plus extraordinaire, le vert et le doré des feuilles des arbres contrastant singulièrement avec le paysage alentour. Voyant le regard de la jeune femme, Azel lui expliqua que c’était Solas qui avait trouvé ce refuge pour l’Inquisition et que les lieux étaient imprégnés d’une ancienne et puissante magie elfique. Le mystère de cet endroit ne faisait que s’épaissir.

Ils reprirent leur marche, en douceur, s’aidant l’un l’autre pour ne pas tomber sur un trou caché par la neige. Le début de leur voyage se fit en silence, trop concentrés tous les deux sur leurs pas pour tenir une conversation.

Enfin, vers la fin de l’après-midi, la neige se fit plus rare et plus dure sous leur pas. Ils s’arrêtèrent dans une petite grotte où ils firent un bon feu. Frigorifiés et épuisés par cette marche difficile dans la neige, ils mangèrent rapidement la soupe qu’avant préparée Leena, serrés l’un contre l’autre. Leena les réchauffa un peu grâce à sa magie mais elle était tellement fatiguée que la sensation fut certes, bienvenue, mais brève. Ils s’endormirent rapidement sur leurs paillasses.

Les deux jours qui suivirent s’écoulèrent de la même manière jusqu’à ce qu’enfin le sol devienne sec et terreux. A la tombée de la nuit, ils montèrent leur camp à l’orée d’une forêt, allumèrent un petit feu et commencèrent à manger. Leena n’était pas tranquille et ne pouvait s’empêcher de regarder en tous sens et de sursauter au moindre bruit de branche qui craque. Elle connaissait ces bois et savaient qu’ils étaient mal fréquentés. Une autre branche qui craque, un nouveau sursaut. Exaspéré par le comportement étrange de la jeune femme, Azel s’exclama :

– Bon ça suffit ! Qu’est-ce qu’il t’arrive à la fin ?

Ne voulant pas l’alarmer inutilement, Leena fit les gros yeux et nia :

– Mais rien du tout. Je suis juste fatiguée.

– Tu es tendue, c’est complètement différent. Ecoute, nous formons une équipe, non ? Donc je veux savoir ce qui te tracasse.

Leena soupira mais céda :

– Je connais ces bois. Et disons qu’en temps normal, je ne m’y attarderais pour rien au monde.

Le jeune fronça les sourcils et demanda :

– Si cet endroit est si dangereux, pourquoi sommes-nous là ?

– Parce que les contourner prendrait deux fois plus de temps et que nous n’avons pas ce temps. Plus vite nous arriverons au camp des Libertaires mieux ça sera pour tous ces gens et moins ma disparition paraîtra suspecte. Et puis nous ne sommes pas sans défense il me semble. Nous allons juste devoir instaurer des tours de gardes pour quelques temps.

Elle ajouta avec un sourire et un petit air goguenard:

– Tu as déjà effectué des gardes, n’est-ce pas ?

Azel releva la tête de son écuelle et croisa son regard.

– Tu sais bien que non.

Le sourire de la jeune femme s’élargit :

– Ne t’en fais pas ! Je vais prendre la deuxième partie de la nuit, c’est le tour le plus dur à tenir. Quand tu te seras un peu habitué, nous échangerons nos rôles.

Elle vit bien que le jeune homme aurait voulu protester mais qu’il était assez intelligent pour savoir quelle bataille mener contre elle. Elle alla donc se coucher, enveloppée dans sa cape bien chaude. Elle eut l’impression d’avoir à peine fermé les yeux quand elle sentit qu’on lui secouait légèrement l’épaule.

– Leena ? Je crois que nous ne sommes pas seuls.

Aussitôt, la jeune femme ouvrit les yeux, se redressa, sortit la dague qu’elle gardait à la ceinture et se posta en position défensive. Ses yeux parcoururent les fourrées sans rien voir. Elle tendit alors l’oreille et finit par entendre un léger craquement. Doucement elle s’approcha du bruit, tous les sens en éveil et sa magie prête à frapper. Azel, à ses côtés ne semblaient pas trop savoir que faire. Il se posta donc à sa droite et se tint, lui aussi, à l’affût.

Les secondes et les minutes s’écoulèrent, la forêt était redevenue calme. Alors au bout de quelques instants, Leena finit par se détendre. Elle allait dire à Azel qu’il s’agissait sans doute d’un animal sauvage qui avait fui quand elle sentit soudain un bras passer autour de son cou, l’attirant contre un corps robuste et très grand. Elle poussa un petit cri de surprise et allait répliquer, mais le fil d’une lame aiguisée vint se poser contre la peau fine de son cou, l’immobilisant aussitôt. Quatre autres hommes sortirent de l’ombre et encerclèrent Azel. L’homme qui tenait la jeune femme prit la parole :

– Ne tente rien de stupide, si tu veux que ta p’tite amie reste vivante, gamin !

Le mage, qui avait garder tout son calme, leva les mains, paumes en avant, pour bien montrer qu’il n’avait pas d’arme sur lui. Très vite Leena jaugea la situation. Elle et Azel étaient assurément en sous-nombre mais ils étaient tous deux mages et ces brigands ne le savaient certainement pas. Ils avaient donc l’avantage de la surprise. Instinctivement elle fronça le nez devant l’odeur nauséabonde que dégageait l’homme dans son dos. Sûrement leur chef.

Elle essaya de capter le regard du mage et secoua très légèrement la tête pour lui signifier de ne pas tenter quoi que ce soit.

D’une voix posée, Azel prit alors la parole :

– Nous n’avons aucune richesse sur nous et nous ne sommes en aucun cas un danger pour vous. Vous pourriez relâcher ma compagne et nous reprendrons chacun le chemin qui est le sien.

Leena put lire la stupéfaction sur les visages des hommes et sentit le torse dans son dos soudain secoué de frémissements. L’homme hurla de rire, bientôt suivit par ses hommes. Finalement il se calma et lui répondit :

– Eh ben petit, elle était bien bonne celle-là ! Bien sûr qu’on sait qu’vous avez rien de valeur. Mais vois-tu mes hommes ont faim et je suis sûre que toi et ta poulette avez de quoi grailler ! Mais j’avoue que vous laisser vivre nous apporte pas grand chose ! Désolé hein, la vie est dure pour tout le monde et vot’ sac à l’air bien plein. Les gars occupez vous de lui !

L’expression horrifiée qui se peignit sur le visage d’Azel devait être l’exact reflet de la sienne. Et pourtant elle ne pouvait pas dire que cela l’étonna beaucoup. Elle soupira et décida qu’il était grand temps de passer à l’action. Elle espérait qu’Azel aurait les réflexes et le bon sens de la suivre dans son attaque.

Elle concentra toute sa magie de feu sur les bras qui la retenait prisonnière. Aussitôt le feu en elle répondit présent et l’homme qui la tenait poussa soudain un cri de douleur perçant avant de la relâcher. Leena ne perdit pas une minute et jeta un sort de boule de feu sur l’un des hommes qui encerclait Azel. Implacable, le sort l’atteignit à la jambe et l’homme hurla lui aussi. Azel se joignit au combat et lâcha un sort puissant qui écrasa les hommes au sol, seul le chef, trop loin, fut épargné. Il aboya des ordres à ses hommes :

– Relevez-vous mauviettes ! Tuez-moi ces mages !

Mais le sort d’Azel était toujours actif, clouant les brigands à terre. Leena en profita pour s’occuper du chef, et invoqua un mur de flammes hautes qui entourèrent le pauvre homme. Désespéré et les bras ballant et brûlés, il jeta des regards en tout sens, à la recherche d’une issue qui n’existait pas. Petit à petit le mur se rapprochait de l’homme qui se mit à gémir d’horreur.

Voyant que la situation était maitrisée, Leena s’approcha de l’homme en souriant.

– Sais-tu ce que je fais moi, des assassins dans ton genre ? Je les brûle, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un petit tas de cendres. J’efface ainsi toute trace de ton existence nauséabonde de la surface de la terre…

Elle leva la main pour jeter le sort qui l’achèverait, non sans souffrance, mais elle se sentit soudain immobilisée. Seuls ses yeux pouvaient encore bouger et elle vit que c’était Azel qui la retenait.

– Azel ?

L’effort de maintenir deux sorts en même temps lui avait tendu les traits et des gouttes de sueur dégoulinaient sur son visage déformé par la concentration. Difficilement il articula :

– Leena, je crois que ces hommes ont compris la leçon. Je pense que l’on devrait simplement les laisser partir maintenant, ces messieurs ne nous embêteront plus.

D’une voix bien plus aigüe, le chef acquiesça :

– Non p’tit gars. On vous laissera tranquille toi et la demoiselle. Pitié ne nous tuer pas !

Hors d’elle, Leena répliqua :

– Oh la ferme ! Vous n’auriez pas eu cette courtoisie à notre égard ! Azel relâche ton sort. Je comprends que tu puisses trouver ça inhumain mais crois-moi, si on les laisse s’en sortir aujourd’hui on le regrettera un jour.

Parler devenait de plus en plus dur pour le mage :

– Mais…il se trouve…que pour le moment…c’est à moi de choisir…ce que l’on va faire d’eux…Ecoutez-moi attentivement…messieurs…je vais levé le sort…et vous aller partir…sur le champ…c’est clair ? Sinon je la laisserai faire…

Evidemment, les brigands répondirent tous par l’affirmative. Quelques secondes plus tard, ce fut fait et il ne resta que leur chef toujours piégé au cœur des flammes. Enfin Azel put à nouveau parler et respirer normalement.

– Promets-moi que si je te libère, tu laisseras cet homme s’en aller.

Toujours furieuse, la jeune femme finit par répondre.

– Je promets.

Elle se sentit enfin à nouveau maîtresse de ses mouvements et abaissa, avec regret son sort. L’homme lui jeta un regard meurtrier. La tension autour de leur champ était quasiment palpable. Elle était prête à frapper si le brigand avait la bêtise de l’attaquer à nouveau. Malheureusement il finit par se détourner et s’éclipser dans l’ombre, laissant Leena et Azel seuls.

C’est la première fois qu’elle ressentait autant de colère contre le mage. Ou plutôt contre son ignorance, sa bête naïveté. Lentement il s’approcha d’elle et voulut s’expliquer.

– Leena je suis désolé, c’est juste que je ne pouvais pas…

La jeune femme leva une main pour le stopper et lui dit d’une voix froide et cassante.

– Inutile d’en dire plus Azel. Tu n’auras jamais dû faire ça, parce qu’ils ne nous attaqueront peut-être pas nous, mais quelque part, d’autres voyageurs paieront les frais de ta magnanimité.

Voyant le visage déconfit d’Azel, elle se radoucit subitement.

– Le mal est fait de tout façon et tu as fait un choix en ton âme et conscience. J’espère vraiment, sincèrement que tu n’auras jamais à en payer les conséquences. Va te coucher je prends la relève.

Juste avant de rejoindre sa couche, Azel murmura :

– Pardonne-moi… tu sais pour t’avoir…immobilisée.

Leena haussa les épaules et le regarda :

– Ne t’en fais. Mais… n’oublie pas que nous formons une équipe, je ne serais jamais contre toi. Jamais. Tu ferais mieux de te coucher. Nous aurons besoin de toutes nos forces et notre vigilance pour traverser la forêt demain.

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Chapitre 11 – Celui qui remonte la pente

La vie s’écoula paisiblement, trop paisiblement pour Noria. Voilà quelques semaines que Seth et les Lavellans étaient partis. Et depuis elle était en constante représentation, à toujours faire semblant ; manger alors qu’elle n’en avait pas envie, sourire alors que son cœur saignait, faire la conversation alors que le silence lui convenait parfaitement. Sans compter qu’elle devait se faire accompagner pour le moindre mouvement. Elle avait l’impression de redevenir une petite fille, ayant constamment besoin d’aide, de la main de quelqu’un pour se déplacer. Pour le moment, son œil droit ne semblait pas aller bien mieux, même si, parfois en se réveillant le matin, elle avait l’impression d’apercevoir de la lumière et des formes, mais elles s’estompaient bien vite.

Pour son cœur ? C’était une autre histoire. Elle n’arrêtait pas de se repasser les derniers moments qu’elle avait eus avec Seth. Elle pouvait encore sentir ses lèvres sur les siennes, le goût de sa bouche, la chaleur de son corps, tout ! Comme il lui manquait ! La douleur était presque physique. Et dire qu’elle n’avait eu le droit qu’à une semaine avec lui. Comment pouvait-elle être à ce point accro ? Vivre avec son absence était déjà dur mais vivre avec des regrets était bien pire. Et des regrets elle en avait ! Elle aurait dû lutter pour elle, pour ses rêves, pour lui ! Mais maintenant c’était trop tard.

Elle avait essayé d’avoir des nouvelles de lui mais l’information mettait toujours beaucoup trop de temps à venir jusqu’ici. Jusqu’au jour où son père revint du village Shemlen le plus proche. Il semblait mal à l’aise. Il s’assit à ses côtés et lui annonça :

– J’ai des nouvelles Ma Elgara. Il semblerait que la mission de simple reconnaissance soit devenue un peu plus compliquée que ça.

Noria agrippa la main de son père et la serra fort.

– Papa, arrête le suspense tu veux ! Dis-moi qu’il est toujours en vie !

Elle savait que ses parents avaient du mal à comprendre son attachement profond pour Seth mais ils respectaient ses sentiments et avaient bien vu l’état de leur fille après le départ du jeune elfe. Ils n’étaient pas nés de la dernière pluie, et ils savaient reconnaître un chagrin d’amour quand il en voyait un.

– Eh bien c’est un peu compliqué…

– Je t’en prie, Papa… dis-moi !

– Il y a eu un accident au Conclave.

A ces mots le cœur de Noria, déjà éprouvé ces derniers temps, explosa littéralement. Les scénarios les plus horribles défilaient devant ses yeux et tous finissaient par la mort de Seth. Mais ça n’était pas possible, pas lui !

– Il semblerait que tous les elfes ayant participés à la mission soient morts à cause de l’ouverture d’une brèche gigantesque. Celle que l’on aperçoit au loin en ce moment même dans le ciel. Oh pardon ma chérie, évidemment tu ne peux pas savoir ! Mais il y aurait un survivant, apparemment. Malheureusement je n’ai pas réussi à connaître son identité.

Noria s’était recroquevillée complètement sur elle-même, son front touchant presque ses genoux, les deux mains agrippant fermement l’endroit où se situait son cœur. Elle priait en silence.

« Faiseurs, si vous existez vraiment je vous en supplie, faites que Seth soit vivant. Ne me le prenez pas à nouveau. Gardez-le en vie ! »

Subitement elle prit une décision.

– Papa, emmène-moi là-bas. Je dois savoir !

– Noria tu es encore faible…

– Non ! Je vais très bien d’accord ? Il n’y a que mes yeux qui n’ont pas guéri mais tu seras mon guide. Je t’en prie Papa, j’ai besoin de savoir !

Son père soupira, il connaissait le caractère têtu de son enfant, et le pli de détermination qui barrait la bouche de Noria, lui indiqua clairement que la lutte était totalement inutile.

Il céda donc et ils partirent dès le lendemain matin, impossible de retenir Noria plus longtemps. Lorsqu’ils arrivèrent au village Shem, Noria eut la chance de rencontrer un barde itinérant, fraîchement arrivé au village.

Il lui redit ce que son père lui avait annoncé et lui confirma l’existence d’un survivant. Un elfe, qui appartenait maintenant à l’Inquisition reformée, qui avait miraculeusement survécu au massacre et qui était maintenant surnommé Le Messager d’Andrastré. Son prénom était Seth.

Le soulagement lui souffla les jambes, et le barde dû la retenir in extremis. Noria se reprit bien vite. Alors comme ça Seth était le Messager d’Andrasté. Quelle ironie ! Le jeune elfe devait être ravi ! Pour la première fois depuis des jours, un grand sourire éclaira le visage de Noria, mieux encore elle sentit un rire chatouillé sa gorge, qu’elle laissa volontiers éclater. Il était vivant !

De retour au clan, elle prit une décision. Fini les remords, fini les lamentations ! Seth était toujours debout et il avait dit qu’il viendrait la chercher. Elle devait donc être prête, elle devait faire en sorte que son œil gauche fonctionne à nouveau et surtout elle allait devoir s’habituer à n’avoir qu’un œil. Devant cette détermination nouvelle, son plus jeune frère, le plus proche d’elle en âge et en caractère, Adan, lui proposa de l’aider dans sa rééducation.

Première étape, enlever le bandeau qui protégeait constamment ses yeux. Lorsqu’elle le fit devant son frère. Celui-ci retient subitement sa respiration, puis se reprit bien vite et camoufla sa gêne par un toussotement maladroit.

– C’est si horrible que ça ? Dis- moi et ne me ménage pas !

– Euh… non pas si terrible. Ta peau est juste légèrement rougie là où tu as été brûlée, ton œil gauche me parait tout à fait normal, mais… ton œil …

– Quoi mon œil ! Il est mort Adan alors pas la peine de prendre des gants avec lui, il ne t’entend plus !

– Ouh ! Tu refais de l’humour bizarre j’imagine que c’est bon signe. Bon, comme tu voudras, ton œil droit est tout blanc. Tu risques de faire peur aux enfants !

Elle avait crû être prête à tout entendre mais apparemment on ne se préparait pas vraiment à ce genre de chose. Elle savait qu’elle avait été jolie, elle n’en tirait pas de fierté particulière, c’était juste un fait pour elle. De toute façon avec deux grandes sœurs bien plus dans les canons de beauté elfique et quatre grands frères qui n’ont pas arrêté de la charrier toute son enfance, elle n’avait jamais eu de fierté mal placée. Mais savoir qu’elle était défigurée lui donna tout de même un sérieux coup au moral. Adan le remarqua tout de suite.

– Je vais trouver une solution, si tu veux le cacher No. Ne t’occupe pas de ça ! Le plus important pour le moment c’est de réhabituer ton œil à la lumière.

Au bout d’une semaine elle distinguait de plus en plus souvent des choses. En attendant Adan la faisait travailler, son sens de l’équilibre, des passes au corps à corps, se fier à ses autres sens et à se mouvoir sans l’aide de personne, avec un simple bâton. Un jour qu’il lui parlait de tout et de rien. Elle eut subitement très mal à son œil gauche. Elle hurla de douleur et posa sa main dessus par réflexe.

– No ? Qu’est ce qui t’arrive ? No ?

Subitement la douleur reflua. Noria redressa la tête et son visage exprimait la surprise la plus totale. Elle leva la main vers le visage de son frère, sans tâtonnement, elle lui toucha la joue.

– Adan ?

– No ? Tu… tu vois ?

Dans un cri de joie elle se jeta dans les bras de son grand frère, riant et pleurant tout à la fois. Elle voyait !

Le miracle n’avait pas été éphémère. Au bout d’une semaine elle voyait aussi bien qu’avant le choc. Bien sûr sa vision lui semblait très étrange au début, les perspectives étaient quasiment inexistantes, les distances modifiées. Elle allait devoir s’habituer, mais pour le moment, il lui arrivait souvent de se cogner contre les meubles, les gens, les arbres, bref à peu près tout. Aujourd’hui elle avait décidé de se regarder pour la première. Elle s’était isolée dans sa tente, elle avait besoin de faire face seule. Elle prit son courage à deux mains et mis le miroir à hauteur de son visage.

A première vue ça n’était pas si terrible ! La peau était effectivement rougit et légèrement fripée. Bon elle n’allait pas se mentir, ça n’était pas très beau. Elle passa ensuite à l’examen de son œil droit. Elle sursauta légèrement. Par Mythal, elle avait du mal à se reconnaître. Tout son œil était vraiment blanc, d’un blanc presque pur. Bon si avant elle était jolie, là elle devenait carrément intimidante. Adan n’avait pas menti, elle avait maintenant un côté inquiétant. Elle vit des larmes roulées sur ses joues, sans trop comprendre d’où elles venaient. Avec surprise elle toucha sa joue mouillée. Manifestement, tout ça lui tenait bien plus à cœur qu’elle ne voulait le prétendre.

Allant à l’encontre de ses directives, Adan passa la tête dans la tente.

– Noria ? Tout va bien ?

Promptement elle essuya ses joues et essaya de masquer ses larmes.

– Oui oui tout va bien !

Elle tenta de lui sourire mais elle vit qu’il n’était pas dupe.

– J’ai un cadeau pour toi petite sœur. Il vient de notre part à tous.

Adan lui tendit un morceau de cuir. Celui-ci avait la taille d’un gros bandeau, finement ouvragé.

– Il cachera ton œil et tes cicatrices si tu le souhaites. Papa a travaillé le cuir et Galdor l’a enchanté. Il tiendra sans attache et il n’y a que toi qui pourras l’enlever.

Lentement, Noria passa son doigt le long des arabesques ciselées.

– J’aurais l’air d’un pirate avec ça ! Mais merci Adan, merci d’y avoir pensé. Je remercierai toute la tribu tout à l’heure.

Elle mit en place le bandeau et observa l’effet que cela faisait sur elle. Voilà c’était son nouveau visage maintenant. Elle avait presque de la classe avec. Elle sourit à sa nouvelle image.

– Bien, il est temps de redevenir le meilleur chasseur du clan !

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