Chapitre 10 – Un pas de danse

Azel l’évitait, elle en était maintenant sûre et certaine. A chaque fois qu’elle le voyait quelque part et qu’elle se dirigeait vers lui, il s’arrangeait pour disparaître subitement. Cela l’enrageait. Comment pouvait-elle le reconquérir s’il n’acceptait même plus sa présence. Lui en voulait-il pour ce qui s’était passé ? Pourtant ils avaient été deux à s’embrasser et s’il est vrai qu’elle l’avait provoqué, c’est bien lui qui avait initié le baiser. Depuis cette nuit, et sa nouvelle résolution, elle s’appliquait consciencieusement à se mettre sur son chemin le plus possible, à lui sourire dès qu’elle le voyait. Elle avait à nouveau la nette impression que sa seule présence physique le mettait mal à l’aise, comme il y a trois ans. Était-ce bon signe ? Elle n’en savait rien mais s’il refusait tout dialogue, elle ne voyait pas trop comment débloquer la situation, d’autant qu’ils devaient, dans un peu plus d’une semaine, partir ensemble pour une mission assez délicate.

Un jour enfin, alors qu’il la fuyait encore, elle réussit à le suivre. Il était entré dans un bâtiment non rénové du Fort, comme en dernier recours. Mais cette fois il n’avait aucun moyen de lui échapper.

Résolue, elle pénétra dans le bâtiment et cligna des yeux pour les habituer à la pénombre qui y régnait. Elle se trouvait dans une grande pièce, haute de plafond, aux larges poutres apparentes, dont le toit avait quelques trous qui laissaient filtrer un peu de lumière. Aucun meuble, aucun endroit pour se cacher et aucune sortie. Le jeune homme se trouvait forcément là.

– Azel ? Tu es là ?

Aucune réponse évidemment, et aucun bruit d’ailleurs. Cette partie de cache-cache commençait vraiment à contrarier la jeune femme qui croisa les bras sur sa poitrine.

– Franchement ce petit jeu commence à m’agacer sérieusement et si je dois brûler ce bâtiment pour t’en faire sortir, je le ferai !

Toujours rien. Leena s’avança un peu plus et tourna lentement sur elle-même, levant la tête pour ne manquer aucune issue. Elle finit par repérer quelque chose. Deux yeux brillaient dans l’obscurité. Un chat était perché sur une poutre en hauteur et la suivait des yeux. La jeune femme s’approcha un peu :

– Bonjour mon mignon, tu n’aurais pas vu un homme brun et assez lâche pour fuir une faible femme comme moi ?

Le chat se redressa sur ses pattes et descendit de quelques poutres pour se retrouver juste au-dessus d’elle. Son pelage était d’un beau beige qui tournait vers le brun foncé sur ses pattes, sa queue et sa tête. D’étonnants yeux bleus la dévisagèrent un instant. Puis l’animal s’étira et poussa un profond miaulement comme pour lui répondre.

Leena soupira :

– Non évidemment, tu n’as vu personne !

Rapidement elle fit le tour de la pièce du regard et se fit la réflexion à voix haute :

– Mais enfin c’est impossible !

De plus en plus agacée, Leena tapa du pied et analysa la situation. Aucune issue nulle part, aucun endroit où se cacher et elle était certaine de l’avoir vu entrer dans le bâtiment. C’était à n’y rien comprendre. Résignée, elle se dirigea vers la seule porte par laquelle elle était entrée quand soudain, elle eut une espèce de révélation.

Elle se retourna, croisa à nouveau les bras et pencha légèrement la tête sur le côté, un grand sourire aux lèvres. Personne dans la pièce hormis ce chat. Elle s’était rappelée de cet homme étrange qu’elle avait croisé dans les terres sauvages de Korkari. Un chasind très certainement. Elle était encore jeune et allait se faire agresser par une bande de brigands qui en voulait à ses maigres possessions et à son corps d’adolescente. Elle ne savait pas comment se défendre et était tellement paniquée qu’elle n’arrivait à rien avec sa magie. Le petit poignard qu’elle avait à la main n’allait pas l’aider contre cinq hommes beaucoup plus forts qu’elle physiquement. Soudain un ours immense avait fait son apparition derrière ces hommes. Des griffes et des crocs, il en blessa certains, en tua un et fit s’enfuir les autres. Leena avait été terrifiée mais aussi intriguée par le comportement de cet animal. Une fois les bandits en fuite, elle pensait que la bête monstrueuse allait se jeter sur elle. Mais elle avait ensuite croisé ses yeux bruns et y avait lu une lueur presque humaine. L’adolescente et l’ours restèrent un long moment ainsi puis il avait subitement tourné les talons sur ses puissantes pattes. Quelques mètres plus loin, elle vit la silhouette de l’animal s’allonger et en un battement de cil, l’animal se transforma en homme. Leena n’avait jamais vu une chose pareille et comprit tout de suite que l’homme devait être un mage apostat. Brusquement elle était sortie de sa transe pour lui crier merci et, sans se retourner, l’homme s’était contenté de lever une main. Elle s’était ensuite renseignée sur cette capacité sans pour autant y arriver bien sûr.

Se pouvait-il que le jeune homme est appris cette magie sauvage quelque part ? Cela n’étonna même pas Leena. Si quelqu’un en était capable c’était bien lui, à force de farfouiller dans des livres à longueur de temps, il avait très bien pu tomber sur un ouvrage sur la magie chasind et se mettre en tête de l’essayer.

Toujours en souriant, la jeune femme leva les yeux vers le chat toujours perché sur sa poutre et d’une voix chantante appela :

– Azel ! Je sais que tu es là ! Tu es ce chat n’est-ce pas ? Je sais que tu ne pourras pas garder très longtemps cette forme. Et je sais aussi que tu me comprends.

Le chat la regarda fixement puis se mit à se lécher une patte avant, comme si de rien n’était.

Le sourire de Leena s’agrandit.

– Bien, moi j’ai tout mon temps. Comme j’ai hâte de te voir te transformer en homme sur cette poutre qui est à quoi ?… oh deux mètres du sol !

Le chat cessa brusquement sa toilette, la regarda à nouveau et miaula. Il descendit alors gracieusement de son perchoir et vint se frotter aux jambes de la jeune femme.

– Inutile de m’amadouer, je sais que c’est toi. Je veux juste te parler Azel …

Elle s’accroupit alors et lui gratta le haut de la tête, récoltant un profond ronronnement de contentement. La jeune femme rit et se redressa ensuite. Le chat s’éloigna de quelques mètres puis, comme pour le chasind qui l’avait sauvé, il se transforma à nouveau, en un battement de cil, en homme.

Azel souriait :

– J’étais persuadé que tu ne me démasquerais pas.

– Je n’aurais peut-être jamais compris si je n’avais pas vu quelqu’un le faire avant toi. C’est assez impressionnant.

Le jeune homme haussa les épaules.

– C’est une technique assez simple une fois qu’on en connait la base. Le plus dur est de trouvé l’animal qui nous correspond.

– Eh bien tu fais un chat très mignon et très réaliste, toutes mes félicitations !

Soudain plus sérieuse, elle reprit :

– Pourquoi me fuis-tu ?

Le jeune homme parut légèrement honteux :

– Je réfléchis mieux si tu es loin de moi. Et là, j’ai besoin de réfléchir. Mais tu es si obstinée qu’il est difficile de t’échapper.

Leena ne savait que trop penser de cette confession, et cela lui cloua momentanément le bec. Voulait-il insinuer que sa présence physique lui faisait ressentir trop de choses ? Et que donc il ressentait encore des choses pour elle ? En tout cas cela ne semblait pas lui faire plus plaisir que cela. Ou alors sa présence l’insupportait tellement qu’il voulait à tout prix la fuir ! Les deux cas étaient possibles. Après quelques secondes de silence où Leena ne put que le regarder sans rien dire, elle finit par reprendre :

– Je vois. Mais que tu le veuilles ou non, nous avons une mission commune à préparer.

Azel soupira :

– Je sais, je ne l’oublie pas… quand souhaites-tu que nous voyons ça ensemble ?

– Il ne reste plus beaucoup de temps, nous devrions nous mettre en route d’ici quatre jours. Pourquoi pas ce soir ?

Le jeune mage la regarda avec surprise :

– Tu ne participeras pas au banquet de ce soir ?

– Un banquet ?

– Oui pour célébrer la victoire de l’Inquisition à l’Inébranlable

– Étrange je n’ai entendu personne en discuter à la taverne. Et puis au vue de tous ceux qui sont morts après la bataille, sans parler des mutilés, toi et moi savons qu’il ne s’agit pas vraiment d’une victoire.

– Je sais. Je crois qu’il s’agit surtout d’une volonté de dame Joséphine si j’ai bien compris, afin de remonter le moral des survivants.

– Tu y seras ?

– Certainement oui.

– Et cela te dérangerait…si euh… j’y assistais aussi ?

Le jeune homme roula des yeux, comme si cette seule suggestion lui paraissait ridicule :

– Bien sûr que non ! Tu vas où tu le souhaites Leena. Ça n’est pas parce que je…limite nos rencontres, que je souhaite ne jamais te croiser. Donc quand nous voyons-nous pour cette préparation ?

– Eh bien demain, dans l’après-midi. Retrouvons-nous ici, loin des oreilles indiscrètes.

– Très bien. A ce soir au banquet alors.

Soudain pressé de partir, le jeune homme passa devant elle en coup de vent et sortit de la pièce. Bien, et maintenant elle devait trouver une tenue qui allait pouvoir éclipser toutes les autres femmes aux yeux d’Azel et surtout le détourner d’une certaine elfe.

Leena se regarda d’un œil critique dans le seul petit miroir qu’elle avait réussi à trouver. La soirée était tombée depuis longtemps et de sa fenêtre ouverte, elle pouvait entendre l’animation qui régnait déjà dans le grand hall. A croire que toute la Forteresse s’était donnée rendez-vous là-bas. Elle inspecta brièvement sa tenue et lissa le tissu de sa robe. Elle portait une création très originale qui ne ressemblait à aucune mode de Thédas. La robe écrue, aux manches larges resserrées autour des poignets, lui donnait presque un côté virginal, cassé par le décolleté plongeant, qui dévoilait la blancheur de sa gorge et la naissance de ses seins. Resserrée autour de sa taille fine, sa robe cachait ses hanches et s’évasait en larges pans jusqu’à ses pieds. Elle avait décidé de laisser ses cheveux lâchés et ils frisaient donc librement un peu plus bas que ses épaules. Elle avait l’air à la fois innocente et sensuelle. C’était parfait ! Elle sourit à son reflet et se décida enfin à sortir de sa chambre. Elle n’était pas naïve au point de se dire qu’Azel retomberait dans ses bras juste parce qu’elle portait une jolie robe mais elle se dit qu’il était toujours utile de lui rappeler pourquoi un jour il avait été attiré par elle.

Rapidement elle sortit de la taverne et s’apprêtait à grimper les marches lorsqu’elle vit Varric, très élégant dans une tunique étonnement sobre mais toujours ouverte sur le devant de son torse.

Il la regarda longuement et siffla. Leena joua les coquettes, papillonna des cils et s’inclina devant lui avant d’éclater de rire.

– Eh bien, si cette robe a été choisie pour un certain mage, je ne donne pas cher de sa peau.

– C’est effectivement le cas ! Ravie de savoir que mes efforts n’ont pas été vains ! Vous êtes particulièrement élégant vous-même messire nain.

– Vile flatteuse ! Tout ça pour apparaître dans mon prochain roman !

C’est donc ensemble qu’ils grimpèrent les marches et enfin arrivèrent dans le majestueux hall de l’Inquisiteur. Des centaines et des centaines de bougies éclairaient les lieux, donnant une douce lumière à la haute salle. Les tables avaient été tirées contre le mur et garnies de nourritures en tout genre et très raffinée, des choses que Leena n’avait vu qu’au Cercle d’Orlaïs. Les invités avaient tous fait un effort vestimentaire et s’étaient parés de leurs plus beaux atours. Vers le trône, dans le fond de la salle, un groupe de quatre musiciens jouaient une mélodie entraînante. Tout le monde semblait joyeux et le brouhaha des conversations allaient bon train. Varric la laissa rapidement seule et, un verre à la main, la jeune femme déambula entre les différents groupes formés. Elle sourit à plusieurs personnes, rendit son petit salut à l’Inquisiteur Seth, qui lui jeta un rapidement coup d’œil de haut en bas avant de lui offrir un sourire malicieux qu’elle lui rendit. Très vite, elle repéra l’elfe Solas mais fut déçue de constater qu’Azel ne se trouvait pas en sa compagnie, comme à l’accoutumé.

Elle n’arrivait pas à le repérer. Soudain le silence se fit dans la salle et Dame Joséphine entama un discours au nom de l’Inquisiteur Lavellan. Leena ne l’écouta que d’une oreille distraite, trop occupée à chercher le mage dans la foule. Elle comprit néanmoins qu’elle remerciait tout le monde pour son sens du sacrifice envers l’Inquisition et qu’ils étaient de plus en plus proches de leur ennemi Corypheus. Elle rendit ensuite hommage aux soldats tombés à l’Inébranlable et à ceux qui ont réussi à revenir. Son discours fini, tout le monde applaudit puis les musiciens recommencèrent à jouer et certains couples se mirent à danser. Leena les observa du coin de l’œil et fut choqué de constater que l’un des couples n’était autre que l’homme qu’elle cherchait depuis le début de la soirée avec la personne avec laquelle elle redoutait de le croiser. Le jeune homme était tellement méconnaissable qu’elle ne put détacher ses yeux de lui pendant quelques minutes. Il portait une longue tunique sombre qui lui descendait jusqu’aux pieds et brodées de fil argenté. Mais, contrairement à tout ce qu’elle lui avait vu porter, cette tunique moulait son corps à la perfection, laissant transparaitre toute la masculinité qu’il cachait tous les jours sous des couches de vêtements. Ses cheveux étaient, comme d’habitude, noués en un chignon serré sur sa nuque. Sa partenaire portait une longue tunique très raffinée et très « elfique » sur un caleçon qui moulait ses longues jambes fines. Ses longs cheveux noirs étaient tressés sur le côté et ses vallaslins dorés brillaient à la lueur des bougies, faisait un contraste saisissant avec sa peau sombre. Ils évoluaient avec grâce et se souriaient, semblant pleinement profiter de la danse. Ils formaient un très joli couple et la jeune femme sentit rapidement une bouffée de jalousie l’envahir. Elle sera les poings et essaya de se concentrer sur autre chose, sans remarquer la bougie qui venait de se consumer en une seconde à cause d’une flamme subitement et étrangement trop vive.

Elle n’allait pourtant pas se laisser abattre. Elle sirota son vin tout en méditant sur le meilleur plan à adopter pour se faire remarquer par lui sans en faire trop.

Il se trouve qu’elle n’eut même pas à chercher et que la solution vint à elle. Elle sentit soudain quelqu’un lui tapoter gentiment l’épaule. Alors se retourna pour se trouver face au soldat Milton, debout devant elle.

Elle en oublia momentanément son plan, trop heureuse de le voir rétabli et sur ses deux jambes.

– Milton ! Alors vous l’avez reçu ? Comment vous sentez-vous ?

Le soldat souleva légèrement le bas de son pantalon pour laisser voir le morceau de métal à la place de son membre manquant.

– Oui une jeune naine est venue cette après-midi et m’a donné cette prothèse. Elle m’a dit qu’une certaine humaine l’avait obstinément harcelée pendant des heures pour cet objet et que c’est elle que je devais remercier.

La jeune femme sourit :

– Oh je me demande qui peut bien être cette personne !

– Allons ma Dame, pas de ça entre nous. Je vous remercie du fond du cœur, vous ne pouvez pas savoir à quel point je me sens revivre depuis que je suis debout sans aide.

– Allons Milton, je n’ai pas fais grand-chose et puis je ne vous voyais vraiment pas déambuler dans la Forteresse en chaise à porteurs !

Le visage très sérieux, l’homme lui prit la main et la baissa.

– Grâce à vous, je vais pouvoir rentrer chez moi pendant quelques temps et ne pas mourir de honte devant ma fiancée.

– Vous êtes fiancé ? Et vous ne me l’avez jamais dit ! Je suis très déçue Milton.

– A vrai dire ma Dame, je ne pensais pas la revoir un jour. Je ne voulais pas qu’elle ait un boulet de mari à porter toute sa vie durant. Mais aujourd’hui avec cette nouvelle jambe c’est différent. Je vais pouvoir lui offrir une belle vie.

– Oh Milton ! Ce que les hommes peuvent être bêtes parfois ! Je suis certaine que votre fiancée aurait cent fois préféré vous voir rentrer à la maison vivant, même sans jambe, plutôt que de ne plus vous voir du tout !

Le soldat haussa les épaules.

– Eh bien, qu’Andrasté et ma Dame soient bénites, nous n’aurons jamais à le savoir. En attendant ma Dame, puis-je vous inviter à danser ? Vous vous doutez bien que je ne suis plus le danseur hors pair que j’étais mais je suis sûr de ne pas trop vous faire honte.

Leena déposa son verre sur une table et lui sourit.

– Avec grand plaisir Milton.

Ils se dirigèrent doucement vers la piste de danse, Milton en boitillant légèrement. Ils commencèrent à faire quelques pas, tout doucement pour que le soldat s’habitude à sa jambe. Leena suivit bien volontiers son rythme et rit aux traits d’esprit que l’homme lui soufflait. Il se sentait ridicule mais en se laissant aider par la jeune femme, ils réussirent à danser au milieu des autres couples. Au détour d’une pirouette, Leena croisa le regard d’Azel posé sur elle, un regard intense qui la captiva. Elle ne put en détacher les yeux et c’est la voix de Milton dans son oreille qui la ramena à la réalité.

– Voulez-vous que nous le rendiez un peu jaloux, ma Dame ?

Leena s’arracha au regard d’Azel pour se plonger dans celui, rieur, du soldat.

– Qu’est-ce que…

– Laissez-moi faire !

Il rapprocha subitement leur deux corps, sans cesser de danser et continua à lui raconter toutes sortes d’anecdotes très drôles à l’oreille, faisait rire la jeune femme. A la fin de la danse, Milton déposa un baiser sur la joue de Leena et la remercia encore. Les joues roses d’avoir dansé, le regard joyeux, la jeune femme ne put s’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles en regardant le soldat partir. Elle savait qu’il aurait à présent une belle vie. Soudain Azel entra dans son champ de vision. Il se posta devant elle et l’observa, la tête légèrement penchée sur le côté.

– Bonsoir Leena.

La jeune femme avait donc réussi à attirer son attention. Et pourtant maintenant qu’une partie de son plan s’était déroulé comme elle le souhaitait, elle ne savait plus que faire ou que dire. Elle déglutit, la gorge soudain sèche.

– Bonsoir Azel.

– C’était un soldat blessé dans la bataille, non ?

– Oui, Milton a eu une jambe arrachée à l’Inébranlable.

– Et pourtant aujourd’hui il marche…

Leena haussa les épaules.

– Encore un miracle du Créateur.

Azel la fixa intensément pendant quelques secondes, puis changea subitement de sujet.

– Tu es très belle.

Heureuse de son compliment, la jeune femme lui sourit.

– Merci beaucoup, c’est très gentil. Quant à toi…eh bien disons que ton nouveau style te va à la perfection. Je suis sûre que Jana est ravie des efforts que tu fais pour lui plaire.

– Je t’ai déjà dit qu’il n’y avait rien entre elle et moi, et je ne souhaite plaire à personne.

– Pourtant tu as dansé avec elle.

– Et je pourrais très bien danser avec quelqu’un d’autre.

Soudain plus sûre d’elle, Leena redressa le menton et fit un pas vers lui.

– Avec moi peut-être ?

– Peut-être.

– Eh bien qu’attends-tu pour me le demander ?

Le jeune homme fronça les sourcils.

– Je n’aime pas qu’on me force la main.

– Bien alors je te souhaite une bonne soirée.

Elle se détourna et sentit soudain une poigne ferme sur son avant-bras. Elle se retourna alors pour croiser les yeux sombres du jeune homme.

– Leena ?

Il n’eut pas besoin d’en dire plus.

– J’ai cru que tu ne me le demanderais jamais !

En silence, Azel la guida vers la piste de danse. Il passa un bras autour de sa taille et noua son autre main avec la sienne. La jeune femme posa sa main libre sur son épaule, retrouva son regard et s’y noya complètement, se laissant entraîner par la musique. Azel était un excellent danseur, appliqué et concentré. Ils ne se quittaient pas des yeux et la jeune femme pouvait sentir la chaleur du corps du jeune homme sous sa main posée sur son épaule et qui émanait de son corps si proche du sien. Les doigts du jeune homme se resserrèrent sur sa hanche, lui rappelant d’autres souvenirs, dans un lit à l’abri de tous, dans une Tour. Ses longs doigts fins se crispant sur la peau de ses hanches alors qu’il allait et venait en elle, sur la peau de l’arrière de sa cuisse, alors qu’il avait la tête entre ses jambes ou encore sur la rondeur de son sein pendant qu’il l’embrassait à perdre haleine. Le jeune homme sembla lire ce qui se passait dans la tête de Leena et une brève lueur de désir traversa ses yeux noirs. Entre eux l’atmosphère était quasiment électrique, et la jeune femme sentit son corps s’éveiller par le pouvoir magnétique de son regard sur elle. Soudain, il descendit plus bas, vers sa gorge et sa poitrine avant de remonter subitement vers ses yeux. Leena eut soudain très chaud et aurait tout donné à cet instant pour pouvoir l’attirer dans une pièce isolée afin de lui montrer dans quel état il la mettait. L’attirer à elle pour l’embrasser comme personne ne l’avait embrassé, le guider par terre ou sur un lit, lui descendre son pantalon, remonter ses jupes à elle et le chevaucher, sans le quitter du regard jusqu’à ce qu’elle puisse lire la jouissance dans ses yeux.

Elle haletait presque à présent et sentait la chaleur de son corps brûler ses joues, maintenant en feu. Elle se resserra contre lui alors qu’ils tournoyaient de plus en plus vite au rythme effréné de la musique. Elle en oublia tout autour d’eux. Comment était-elle sensée lui faire tourner la tête si elle n’était même pas capable de contenir ses propres désirs et émotions ?

Soudain tout s’arrêta et elle fut ramenée à la réalité par les applaudissements de la foule. Azel se détacha d’elle et elle sentit cette perte presque comme une douleur physique. Alors, comme si elle avait besoin de le toucher pour survivre, elle posa sa main contre la joue du jeune homme. Celui-ci ne recula pas, mais lui lança sur un ton légèrement menaçant :

– Leena…

Mais la jeune femme ne se laissa pas intimidée. Elle se redressa sur la pointe des pieds et embrassa son autre joue, laissant délibérément courir ses lèvres contre la peau du jeune homme qui sursauta. Arrivée à sa mâchoire, elle murmura :

– Merci pour cette danse Azel.

Puis elle tourna les talons, sentant le regard du jeune homme sur son dos.

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