Chapitre 9 – Ivresse du corps, ivresse des sens

Leena avait appris que le jeune homme un peu étrange aux yeux et à la peau très clairs, qui s’était infiltré dans sa chambre il y a quelques jours, s’appelait Cole. Durant ces derniers jours, elle le voyait souvent du coin de l’œil derrière elle. De temps en temps, il lui proposait encore son aide, obstinément, comme si ses nombreux refus ne l’atteignaient pas. Mais l’étrange jeune homme ne la lâchait pas, lui répétant que sa douleur le perturbait et que c’était son devoir de l’apaiser.

Mais elle ne voulait pas que cette douleur parte, elle l’avait méritée et elle espérait qu’un jour elle s’estompe seule, parce qu’elle aurait gagné son pardon.

Elle continuait à aider les mages soigneurs, et petit à petit les soldats demandaient à ce qu’elle vienne à leurs chevets, pour discuter ou pour qu’elle leur chante une chanson de leur choix. Elle essayait de croiser le plus souvent possible Azel, juste pour le plaisir de le saluer et de lui sourire. Parfois il lui rendait ses attentions, parfois non.

Elle savait que le chemin serait encore long mais elle sentait qu’il était peut-être un tout petit peu plus ouvert envers elle qu’au début. Elle voulait le croire en tout cas.

Aujourd’hui il était également présent dans la tente des blessés et il lui avait souri en lui souhaitant bonjour. C’était donc une bonne journée qui commençait, une très bonne journée. Elle mit tout son cœur dans les chansons que les soldats lui réclamèrent, croisant plusieurs fois le regard d’Azel. Elle se sentait le cœur plus léger, et la journée passa à toute vitesse.

Elle était en train de plaisanter avec un pauvre homme qui avait eu la jambe arrachée mais qui gardait un optimisme sans faille. Leena l’aimait beaucoup et riait joyeusement à ses répliques amusantes. Alors qu’elle avait encore un large sourire aux lèvres, elle lui souhaita une bonne nuit, releva la tête et se figea soudain. Une jeune femme, une elfe, s’était approchée d’Azel et discutait avec lui. Non seulement, le jeune homme semblait lui répondre et prendre plaisir à leur conversation mais il la laissa lui toucher le bras. Brièvement, mais assez longtemps pour que Leena ressente une violente poussée de jalousie mêlée de douleur. Jamais il n’avait laissé quelqu’un le toucher au Cercle des Mages. Elle connaissait l’elfe. C’était une guérisseuse et elles avaient déjà échangé plusieurs fois quelques banalités. C’était une jeune elfe douce et timide du nom de Jana, excellente soigneuse, et qui aimait rendre services aux autres. Ils semblaient à l’aise l’un avec l’autre, bien trop à l’aise au goût de Leena. Le sourire que le jeune homme donna à l’elfe fut le coup de grâce pour la jeune mage. Elle s’obligea à détacher ses yeux du couple et se força à sourire au soldat qui la regardait étrangement.

– Tout va bien jeune dame ?

– Oui, oui tout va bien Milton. Reposez-vous et vous pourrez bientôt quitter cette tente.

L’homme d’une quarantaine d’année se massa la jambe, juste au-dessus de son amputation.

– J’espère que vous m’avez prévu une chaise roulante ou un siège à porteur.

Leena lui sourit. Elle était déjà allée voir une jeune naine qui créait des choses extraordinaires pour lui demander de fabriquer à cet homme une atèle pour qu’il puisse au moins se déplacer librement.

– Ne vous inquiétez pas Milton, je vous ai prévu une petite surprise. A demain !

Comme une automate, Leena se leva, jeta un dernier regard à Azel qui sourit encore à Jana, sans plus prêter d’attention à la jeune mage et sortit de la tente, ses pas la dirigeant vers la taverne.

Alors qu’elle pensait enfin que les choses s’étaient détendues entre eux, qu’elle avait une raison d’espérer, elle venait de prendre un grand coup de massue derrière la tête. Mais après tout, elle ne pouvait pas en vouloir à Azel. Ils n’étaient pas ensemble, ne s’étaient rien promis, et Azel semblait avoir dépassé l’attraction qui les tirait l’un vers l’autre il y a quelques années de cela et que Leena ressentait toujours.

Il était donc temps pour elle t’enterrer cette idée folle qu’elle avait de se faire pardonner à tout prix et pourquoi pas, de le reconquérir. Parce qu’alors qu’elle ne rêvait que de sentir à nouveau le corps du jeune homme contre le sien, lui était passé à autre chose. Cela faisait mal, terriblement mal, mais elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle. Encore une fois, elle avait pris une décision désastreuse et ne pouvait plus rien faire pour changer les choses. Elle avait déjà laissé filer une fois l’homme qu’elle avait cru aimé, adolescente, et la femme qu’elle était devenue aujourd’hui allait devoir faire la même chose à l’homme qu’elle était sûre d’aimer.

La nuit tombait doucement sur Fort Céleste et beaucoup de monde se dirigeait vers la Taverne qui était déjà bien remplie lorsqu’elle y entra. Elle repéra néanmoins Varric, Iron Bull et Sera dans un coin, qui avait déjà entamé plusieurs verres.

Leena s’avança vers eux, s’assied à côté de Bull, lui piqua son verre d’alcool Qunari et le but d’une traite, sous les yeux ébahis des compagnons de l’Inquisiteur. Elle reposa ensuite le verre, et se mit à tousser violement. Bull lui tapota doucement le dos :

– Hey doucement Petit Dragon ! L’alcool Qunari c’est pas fait pour les petites choses délicates !

Une fois sa quinte de toux passée, elle répondit d’une voix éraillée :

– Je ne suis pas une petite chose délicate. Et j’ai besoin d’un autre verre. Tout de suite.

Varric et Sera échangèrent un regard et le nain poussa sa chope vers la jeune femme, tout en faisait signe à la serveuse de les resservir.

Leena enchaina les verres, sans rien dire malgré les nombreuses questions de Varric. Rapidement l’alcool commença à lui monter à la tête mais ne lui délia pas la langue pour autant. Ses compagnons sentaient bien qu’elle était malheureuse et n’insistèrent pas, essayant de la distraire le plus possible. Au bout du cinquième verre, Varric lui demanda de ralentir l’allure mais la jeune femme ne l’écouta pas, cherchant du réconfort dans l’oubli que pouvait procurer la boisson. Sa magie bouillonnait en elle, mais pour une fois elle arriva à la maîtriser, bien mieux que ses émotions en tout cas. Alors que tout le monde riait et chantait elle tenta de noyer son chagrin sans grand succès. La douleur était toujours là et ne voulait pas partir, bien ancrée dans son cœur.

Finalement, alors que Varric était occupé à raconter l’une de ses histoires, que Sera cherchait la prochaine victime de ses farces et qu’Iron Bull faisait son dixième bras-de-fer de la soirée, elle se leva en titubant et essaya de grimper les marches de l’escalier sans se casser le cou. Une véritable épreuve en soi pour la jeune femme. Arrivée au premier étage, elle chercha la poignée de sa porte à tâtons et retrouva le calme de sa chambre.

Enfin elle put laisser ses émotions éclater librement. Malheureusement pour elle, l’alcool n’avait pas eu l’effet escompté et l’avait rendue légèrement malade. Rapidement elle se déplaça jusqu’à la petite fenêtre de sa chambre qu’elle ouvrit en grand. Elle inspira profondément l’air frais, balayant légèrement la brume formée par la boisson dans son esprit. Ses épaules s’affaissèrent brusquement, elle baisa la tête et sentit les premières larmes coulées sur ses joues. Des larmes silencieuses, résignées.

Elle ne se rendit pas compte du temps qui passait, mais elle sentit brusquement qu’elle n’était plus seule dans la pièce. Elle reconnut son visiteur sans avoir à se retourner. D’une voix extrêmement lasse elle demanda :

– Peux-tu me laisser seule, je suis ivre et malheureuse. Je n’ai pas la force de me disputer avec toi.

– Mais je veux vous aider. Si vous ne voulez pas que j’efface, dites-moi ce que je peux faire.

– Rien Cole, rien du tout. Parfois tu dois accepter que les gens doivent souffrir, c’est une partie de la vie. Alors laisse-moi faire le deuil de mon cœur tranquillement, veux-tu. Je te promets que si jamais j’ai besoin de toi, je n’hésiterai pas une seconde à te demander de l’aide.

Elle allait se replonger dans sa triste torpeur, quand il lui vient soudain une idée.

– Attends Cole !

Le jeune homme cessa immédiatement de bouger.

– Peut-être que tu pourrais effectivement faire quelque chose pour moi.

La jeune femme s’approcha de sa besace et chercha son carnet. Elle l’ouvrit et prit la lettre qui y était bien cachée puis la lui tendit :

– Est-ce que tu pourrais…

Elle prit une profonde inspiration.

– J’aimerai que tu t’en débarrasse pour moi. Moi… je n’y arrive pas. Et je dois pouvoir tourner la page.

Cole s’approcha et prit le morceau de papier avec révérence.

– C’est une lettre pour lui ?

Leena soupira.

– Oui, elle lui était destinée. Mais il est beaucoup trop tard maintenant. Alors tu veux bien faire ça pour moi ?

– La prendre pour vous en débarrasser ?

– Oui fait-en ce que tu veux, je ne veux pas le savoir…

– D’accord, d’accord je peux faire ça.

Et il disparut à sa vue, soudainement. La jeune femme se laissa presque tenter par la perspective de redescendre et de boire jusqu’à s’endormir, sans plus penser à rien, mais le mal de tête qui pointait le bout de son nez l’en dissuada rapidement. Elle prit une chaise, qui s’avéra être à bascule,  un long châle et s’installa devant la fenêtre ouverte se balançant doucement. Elle essaya de faire le vide dans sa tête, alors qu’une douce brise fraîche envahit sa chambre. Mécaniquement, elle défit sa coiffure, laissant le vent jouer avec les boucles de ses cheveux.

Parfois, couchée dans son lit à attendre le sommeil, elle avait songé à toutes ses nuits heureuses qu’elle avait passées dans les bras d’Azel. Elle se souvenait de sa timidité au départ, qui s’expliquait largement par tout ce qu’il avait vécu comme horreurs. Et elle repassait ensuite ces moments, plus tard, où son désir pour elle avait outrepassé ses peurs, où il avait mené la danse lui offrant un plaisir inégalé. Ces moments après l’amour où serrés l’un contre l’autre, ils trouvaient du réconfort et du bonheur ensemble, se racontant des choses qu’ils n’avaient jamais avouées à personne. Mais après trois ans de séparation, elle en voulait terriblement à sa mémoire de ne pas avoir conservé le souvenir du goût de ses lèvres, de la sensation de leurs corps unis. Pourtant elle n’avait eu aucun autre amant après lui. Son corps ne le désirait pas, son cœur non plus. Elle était restée fidèle à un homme qui la détestait ou pour qui elle ne représentait plus rien aujourd’hui. Elle espéra de tout son cœur qu’il trouverait le bonheur avec Jana ou peu importe qui d’autre. Car elle savait combien cet homme méritait d’être aimé.

Leena resta ainsi plongée dans ses pensées pendant un moment. Combien de temps ? Elle ne saurait le dire, cette notion lui échappait complètement. Mais elle entendait que la taverne au rez-de-chaussée était beaucoup plus calme depuis de longues minutes. Les yeux perdus dans le ciel exceptionnellement étoilé de Fort Céleste, elle crût, pendant un instant s’être endormie. C’est un coup sourd à sa porte qui la fit sursauter. Puis un autre, bien plus fort.

Se demandant qui pouvait bien la déranger à cette heure, elle se leva et tituba bon gré mal gré jusqu’à la porte qu’elle entrebâilla. La bouche grande ouverte et les yeux ronds, elle resta un moment immobile devant la personne qui se tenait derrière sa porte :

– Azel ?

Le jeune homme semblait déterminé et triturait dans sa main une feuille de papier qu’elle connaissait bien. Mais comment… le mage interrompit ses pensées :

– Je sais qu’il est tard mais j’aimerais te parler. J’ai vu de la lumière dans ta chambre alors je suis monté. Je peux entrer ?

Sans rien dire, Leena lui ouvrit grand la porte et le laissa passer. Elle n’arrivait pas à comprendre comment la lettre qu’elle avait confiée à Cole se retrouvait maintenant entre les mains d’Azel.

Le jeune homme jeta un bref coup d’œil circulaire avant de légèrement froncer le nez et de se tourner vers la jeune femme qui refermait la porte.

– Ça sent l’alcool ici. Tu as bu ?

La jeune femme haussa les épaules :

– Un peu. J’ai eu une dure journée.

Azel fronça les sourcils et finit par lâcher :

– Je vois.

Un long silence s’installa, qui fut finalement rompu par le jeune homme.

– J’étais dans ma chambre ce soir, quand Cole est apparût devant moi.

Longue pause. Leena ne peut s’empêcher d’être soulagée que le jeune homme se soit trouvé dans sa chambre ce soir, et seul surtout. Son regard tomba sur le morceau de papier qu’il avait toujours en main.

– Il m’a donné cette lettre, en me disait qu’elle m’avait été destiné il y a longtemps.

Il plongea alors son regard dans le sien et elle ne pût détourner les yeux.

– Je l’ai lu. J’aimerais que tu m’expliques.

La jeune femme déglutit, se demandant si elle n’était pas tout simplement en train de rêver. Oui ça devait être ça. C’était la seule façon d’expliquer la tournure très étrange qu’avait pris sa nuit.

– Que je t’explique ? Que veux-tu savoir ?

Agacé, Azel fronça les sourcils et s’avança d’un pas vers elle.

– Pourquoi Leena ? Pourquoi m’avoir menti tout ce temps ? Pourquoi ne m’avoir jamais envoyé cette lettre ? Pourquoi ne m’avoir jamais dit ce que tu ressentais pour moi à l’époque ?

Soudain frissonnante, la jeune femme passa ses bras autour de sa poitrine.

– C’est… j’ai juste été tellement stupide. J’étais terriblement effrayée et ce pour tellement de raisons différentes que je ne saurais même pas par où commencer.

– Commence par le début. J’ai besoin de savoir.

– D’accord, je vais essayer. Je t’ai menti parce que je voulais te protéger, que tu restes en sécurité dans le Cercle. Tu y avais toujours vécu, c’était chez toi, et malheureusement ça ne pouvait pas être chez moi. La menace de l’Apaisement était bien réelle, je n’ai pas menti là-dessus. J’avais vraiment surpris une conversation entre le Premier Enchanteur et le Chevalier-Capitaine. Irving ne voulait pas en arriver là, mais il savait qu’une fois qu’il aurait quitté ses fonctions au Cercle, personne ne pourrait plus me protéger. J’ai donc pris la décision de partir. Et si je ne t’ai rien dit, c’est parce qu’il avait peut-être une chance pour que tu veuilles m’accompagner et je ne sais pas si j’aurais eu la force de te dire non. Pourtant il le fallait. Tu ne savais pas ce que c’est que la vie dehors. Elle a des bons côtés, la liberté entre autres. Mais il y a aussi les mauvais. Etre toujours traqué, obligé de cacher qui l’on est à chaque instant, utiliser le moins possible la magie, et il y a évidemment la menace des Templiers. Moi je savais que j’y survivrai, je l’avais déjà fait. Mais toi ? Et j’avais surtout peur qu’un jour tu me détestes pour t’avoir embrigadé là-dedans.

– Mais j’aurais dû pouvoir prendre cette décision seul. Tu n’avais pas à faire ce choix à ma place.

– Je sais. Maintenant je le sais, mais à il y a trois ans, j’ai laissé parler mes frayeurs.

– Et pourquoi ne m’avoir jamais avoué que tu… que tu…

– Que je t’aimais ? Parce que la dernière fois que je l’ai dit à quelqu’un, j’ai été cruellement trahie. Et même si je savais que tu n’avais rien à voir avec Tyrell, je n’arrivais pas à me dire que les sentiments que j’éprouvais pour toi étaient bien plus profonds. Encore une fois, j’ai juste été lâche.

La jeune femme passa une main dans ses cheveux indisciplinés et eut un rire bref.

– Je n’arrive pas à croire que je suis réellement en train de te confesser tout ça !

Les yeux du jeune homme exprimaient une émotion que la jeune femme n’arrivait pas à déchiffrer. Alors elle continua :

– Pour la lettre… eh bien, je ne suis pas sûre d’avoir eu dans l’idée de te l’envoyer un jour. C’était juste que… comme je ne t’avais rien dit, j’avais besoin d’exprimer mes sentiments quelque part. Me laisser les ressentir aussi, bref cette lettre était plus un défouloir pour mes sentiments qu’autre chose. Je savais que je t’avais fait du mal et je ne voyais pas trop en quoi une simple lettre, mal écrite en plus, aurait changé les choses.

Azel semblait décontenancé, son regard retomba sur le papier dans sa main et il poussa un profond soupir.

– J’ai mis des mois à me remettre de tout ça après ta fuite. Et ces trois années à me demander continuellement pourquoi, à me torturer l’esprit, c’était uniquement parce que tu avais peur et que tu voulais me protéger ?

Il releva les yeux vers elle, des yeux qui exprimaient de la colère.

– Pourquoi en revient-on toujours à ça ? Je ne suis pas un enfant qui a besoin de protection ! M’as-tu seulement un jour considéré comme un homme ? Capable de prendre ses propres décisions, en tout état de cause ? Est-ce que c’est parce que je t’ai raconté ce qui m’est arrivé que tu ne me voyais plus que comme une victime ?

Leena s’approcha alors de lui. Sobre, elle n’aurait certainement pas pris la décision de le toucher, trop anxieuse à l’idée de se faire repousser, mais l’alcool aidant, elle posa sa main sur la joue imberbe du jeune homme, qui ne recula pas, mais fronça les sourcils.

– Non, bien sûr que non ! Je veux dire, je ne te vois pas comme quelqu’un de faible, comme une victime. Et bien sûr que je te vois comme un homme ! Tu penses sincèrement que j’aurais fait toutes ces choses avec toi au lit si je te voyais autrement ? Mais pour moi tu étais bien plus que ça, tu étais Azel, l’homme qui m’avait montrée pour la première fois ce que c’était que d’être désirée, vraiment désirée.

Les iris sombres du jeune homme ne quittaient pas ses yeux, y cherchant la vérité. Finalement il fit quelques pas en arrière, se trouvant pratiquement le dos à la porte.

– Tout ça c’est trop compliqué Leena.

La jeune femme lui sourit tristement.

– Je sais. Mais c’est aussi de l’histoire ancienne pour toi, n’est-ce pas ?

Azel ne répondit rien, se contentant de la regarder. Alors la jeune femme se rapprocha à nouveau et répéta plus doucement :

– N’est-ce pas ?

N’obtenant toujours aucune réponse, Leena se hissa alors sur la pointe des pieds, sans lâcher le regard du jeune homme. Sans l’alcool, elle n’aurait jamais eu le courage de se comporter ainsi mais après avoir surpris cette scène avec Jana cet après-midi, elle n’avait plus rien à perdre. Et là, tout de suite, elle décida qu’elle avait envie de se battre pour lui, de le séduire pour qu’il lui revienne.

Leurs bouches étaient très proches l’une de l’autre et elle pouvait contempler à loisir la couleur si particulière de ses yeux, d’un brun chaud et profond. Elle passa lentement le dos de ses doigts le long de sa joue. Elle entendit la respiration du jeune homme s’arrêter brusquement et il souffla :

– Non, Leena…ne fait pas ça…

Légèrement provocatrice, la jeune femme lui répondit :

– Alors arrête-moi Azel.

Le jeune homme la surpris en lui agrippant fermement les avant-bras. Leena pensait être violemment repoussée mais, au contraire, il l’attira tout contre lui et écrasa ses lèvres contre celle de la jeune femme. Les yeux écarquillés elle mit quelques secondes à se rendre compte de ce qui se passait et quand elle comprit enfin, elle plaqua son corps contre celui du jeune homme. Celui-ci se trouva alors prit entre la porte de bois et le corps de la jeune femme. Les mains d’Azel libérèrent ses bras et parcoururent son corps sans trop savoir où s’arrêter alors que ceux de la jeune mage se refermèrent possessivement autour de son cou. Le plaisir de Leena était tellement violent et puissant qu’elle ne put contenir le gémissement qui alla se perdre contre la bouche d’Azel.

Leurs lèvres se retrouvèrent presque instinctivement et se pressèrent l’une contre l’autre. Le sang de la jeune femme se mit à bouillir dans ses veines, provoquant un raz de marée de lave qui prit racine dans son bas-ventre. Elle prit alors la lèvre inférieure d’Azel entre ses dents et la mordilla légèrement, faisant grogner le jeune homme. Dans un ensemble parfait, ils s’ouvrirent alors l’un à l’autre afin d’approfondir le baiser. Leurs langues se touchèrent et luttèrent un moment, avant de s’apprivoiser à nouveau. D’un peu fébrile, le baiser devient passionné. Les mains du mage finir leurs courses folles sur sa nuque et au creux de ses reins, l’attirant plus près encore. Leena gémit lorsqu’elle sentit la preuve évidente de son désir pour elle contre le bas de son ventre. Dotée d’une volonté propre, ses hanches bougèrent lascivement contre lui.

Elle savait que le désir et les sentiments étaient des choses bien différentes et que ça n’était pas parce que le corps du jeune homme réagissait au sien qu’elle pouvait en conclure qu’elle avait réussi à se frayer un chemin vers son cœur. Mais c’était en tout cas une première étape. Goûter à la bouche d’Azel fit comme un choc électrique à Leena. Elle aimait croire que Jana n’était pas capable d’éveiller ainsi les sens du mage, qu’elle seule le pouvait. Oh oui s’il le fallait elle allait se battre pour le récupérer. Fini la Leena passive et apathique. Si elle avait la moindre chance, elle comptait bien la saisir.

Deux sentiments très contradictoires se bataillèrent en elle. D’un côté, une plénitude et un bonheur qu’elle avait envie de savourer, de faire durer dans le temps, et de l’autre un désir violent et urgent de sentir sa peau contre la sienne, de ne faire à nouveau plus qu’un avec lui.

C’est ce désir qui l’emporta sur le reste et ses mains cherchèrent fébrilement à le débarrasser des nombreuses couches de vêtements qu’elle savait trouver entre elle et le corps du jeune homme.

Il s’arracha alors brutalement à elle et la repoussa à bout de bras. Le souffle court, les yeux encore voilés par le désir, les deux jeunes gens se regardèrent longuement. Azel finit par dire d’une voix ferme :

– Tu es ivre, tu ne sais pas ce que tu fais et moi non plus d’ailleurs.

La jeune femme fronça les sourcils, contrariée :

– Je sais parfaitement ce que je fais !

– Le mal que tu m’as fait il y a trois ans Leena, je ne peux pas l’effacer par magie et je ne l’oublierai pas parce qu’on passe une nuit ensemble.

– Avoue au moins que tu en as autant envie que moi !

Après un cours silence, le jeune homme concéda :

– Peut-être.

– Alors pourquoi arrêter ? Est-ce que… est-ce que c’est à cause de Jana ?

Surpris, Azel la regardai étrangement :

– Pourquoi parler de Jana ? Elle n’a rien à voir avec tout ça. C’est juste qu’au jour d’aujourd’hui je ne sais pas si je peux te faire confiance, et sans confiance, il est hors de question qu’il se passe quoi que ce soit entre nous.

Il se retourna et posa sa main sur la poignée de la porte puis tourna légèrement la tête vers elle :

– Merci de m’avoir avoué tout ça.

  Les poings serrés, Leena répliqua :

– Je n’abandonnerai pas.

– Non, ça tu l’as fait il y a bien longtemps.

Malgré ces paroles un peu cruelles, une fois seule, Leena ne se laissa pas aller au chagrin. Ses yeux brillants d’une résolution nouvelle, elle se promit de faire tout ce qui était en son pouvoir pour prouver à Azel qu’elle n’était plus la même et qu’aujourd’hui elle ne le laisserait plus jamais derrière elle.

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