Chapitre 12 – Compagnons de veillée

Leena fut aux aguets pendant tout son tour de garde. Heureusement, le reste de la nuit fut bien plus calme. Le lendemain ils se remirent en route, dans un silence pesant. Ils entrèrent dans la forêt tant redoutée. Pourtant le calme y régnait. Le soleil transperçait le feuillage en de multiple endroits faisant ressortir les couleurs chaudes de l’automne dont les feuilles commençaient à se parer. Ni l’un ni l’autre ne voulait reparler des événements de cette nuit mais ils restèrent néanmoins sur leur garde.

Lorsque la nuit tomba, ils trouvèrent une petite clairière où ils s’installèrent. L’atmosphère était lourde et ils mangèrent en silence regardant de tous côtés. Pour ceux qui savaient où chercher, la forêt était prolifique en vivre. Leena avait attrapé un lapin assez dodu, et avec quelques herbes, l’avait cuisiné en ragoût qui embaumait la petite clairière. Elle savait que c’était peut-être dangereux, mais il était plus prudent de garder leurs réserves de nourriture pour plus tard. De plus elle en avait assez des repas froids et de la viande séchée.

Ils savouraient donc un bon repas chaud, lorsque Azel releva subitement la tête. Leena qui avait également entendu un craquement étrange avait déjà posé son écuelle et avait pris en main son bâton. Encore un craquement. Pas de doute, quelqu’un était assez proche de leur camp et ne faisait manifestement aucun effort pour passer inaperçu. Azel et Leena étaient maintenant debout, dos à dos, prêts à l’attaque.

Finalement les buissons vers le nord bougèrent et un homme sortit des fourrées les mains en l’air.

– Attendez ! Je ne vous veux aucun mal… Nous sommes juste des voyageurs et nous avons très faim !

Aussitôt le regard de Leena balaya les buissons autour d’eux :

– Nous ? Comment ça nous ? Combien êtes-vous ?

– Deux ! Nous ne sommes que deux.

Méfiante, Leena ordonna :

– Que votre compagnon sorte !

L’homme se retourna et doucement murmura :

– Tu peux sortir ma chérie, tout va bien, ces gens ne nous feront rien.

Il tendit la main vers l’ombre et une femme visiblement enceinte sortit à son tour de l’ombre. Pour la première fois, Leena regarda attentivement les intrus. L’homme avait les traits tirés, mais souriait faiblement. La femme, elle, semblait épuisée, et regardait avec insistance le petit chaudron où mijotait encore un peu de ragoût qu’il n’avait pas pu manger. Son ventre, bien rond indiquait que la naissance n’était pas loin. Bizarrement, elle eut l’impression de les avoir déjà vu quelque part. Mais elle avait tellement voyagé qu’il lui était impossible de se rappeler où.

Dès qu’il vit l’état de la femme, Azel proposa :

– Nous pouvons partager notre repas si vous avez faim. Je suis Azel et la jeune femme renfrognée s’appelle Leena.

Cette fois, l’homme et la femme lui sourirent franchement et elle parla alors d’une voix douce :

– Oh merci monsieur, nous mourrons de faim.

Sous l’œil toujours un peu soupçonneux de Leena, Azel leur indiqua de s’asseoir près du feu et remplit généreuse deux écuelles. Assis l’un à côté de l’autre, les deux inconnus se jetèrent sur la nourriture qu’ils engloutirent rapidement. Une fois rassasiés, Leena leur posa alors quelques questions.

– Qui êtes-vous ?

L’homme lui répondit aussitôt :

– Oh oui pardonnez-moi ! Je suis Henley et voici ma femme Suzanna.

– Que faites-vous dans cette forêt ? Ne savez-vous pas qu’elle regorge de bandits et d’autres gens peu recommandables ?

– Eh bien, c’est-à-dire que…nous ne connaissons pas très bien le coin.

– Vous n’êtes pas d’Orlaïs ?

– Si mais…

Soudain, Leena se souvint où elle les avait déjà vus.

– Créateurs vous êtes des mages ! Vous étiez au Cercle d’Orlaïs !

Soudain paniqué Henley essaya de se justifier :

– Oui nous sommes des mages, mais nous ne vous ferons aucun mal. Nous ne sommes pas comme ces mages rebelles qui tuent sans raison.

Leena lui sourit enfin.

– Détendez-vous Henley, comment croyez-vous que je vous ai croisé dans un Cercle ? Azel et moi sommes aussi mages.

– Oh. Oh tant mieux alors.

– Comment vous êtes-vous retrouvés sur la route ?

C’est Suzanna qui lui répondit :

– Le Cercle d’Orlaïs s’est soulevé assez tard. Nous avons saisi l’opportunité de nous enfuir et de vivre notre propre vie.

Curieux Azel demanda :

– Vous étiez déjà enceinte ?

Suzanna rougit.

– Oui, Henley et moi avons commencé à nous fréquenter dans le Cercle. Et de fil en aiguille je me suis retrouvée enceinte. Les templiers voulaient me séparer d’Henley, l’envoyer dans un autre cercle. Mais le pire c’est qu’il voulait prendre notre bébé. Je n’aurais jamais eu le droit de le prendre dans mes bras, lui donner un prénom et le voir grandir.

Henley posa une main protectrice contre le ventre de sa femme.

– Nous ne l’aurions pas supporté et nous étions en train de chercher une solution quand les mages se sont soulevés. Nous sommes partis, mais sans trop réfléchir, sans vivre, sans plan. Nous nous sommes arrêtés dans le premier village et nous nous sommes mariés. Maintenant ils ne pourront plus nous séparer. Et depuis nous errons un peu.

Choquée Leena ne put s’empêcher de donner le fond de sa pensée :

– Vous êtes partis comme ça ? Alors que votre femme était enceinte ? Etes-vous complètement inconscients ?

Suzanna lui sourit tristement :

– Je sais, mais nous étions tellement heureux de pouvoir rester tous ensemble que nous n’avons pas vraiment réfléchi.

Leena regarda vers Azel qui semblait perdu dans ses pensées. Finalement il se reprit et proposa au couple de jeunes mariés :

– Nous allons partagez nos vivres avec vous. Et nous connaissons un endroit où vous pourriez vous réfugier et mettre au monde votre bébé. Il n’existe plus beaucoup d’endroits sûrs pour nous mais je vous suggère de voir du côté de l’Inquisition. Plein de villages se sont ralliés à eux, il vous suffit d’en atteindre un.

Leena intervient.

– Je sais où vous pourrez en trouver un pas trop loin d’ici. Mais faites très attention tant que vous êtes encore sur les chemins. Entourez-vous de barrière et faites des tours de garde pendant la nuit.

Henley acquiesça.

– Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous.

Ils passèrent la soirée à discuter, de leur statut de mage, de la révolution et puis de choses plus légères. Leena demanda s’ils avaient déjà trouvé un prénom pour leur enfant à naître. Après un regard complice, le mari et la femme répondirent que non et qu’ils préféraient attendre de le voir. Leena ne put s’empêcher de les envier. Ils semblaient tellement heureux, tellement innocents, comme s’ils n’avaient jamais eu à faire face à des coups durs ou qu’ils en étaient sortis plus forts. Elle les admirait aussi, pour avoir eu le courage de vivre la vie qu’ils voulaient, sans se soucier de rien d’autre qu’être ensemble. Epuisée, Suzanna finit par s’endormir sur l’épaule de son mari, qui s’était lancé dans un débat sur la magie avec Azel. Avec mille précautions et beaucoup de tendresse, il l’installa sur la couche que Leena prépara.

La nuit s’écoula sans incident et le lendemain vint le moment des adieux. Azel avait partager tous leurs vivres et avait donné une couverture supplémentaire à Suzanna, car les nuits étaient de plus en plus fraîches. Leena répéta pour la millième fois au moins à Henley la route la plus courte et la plus sûre pour le prochain village puis les prit brièvement dans ses bras en leur souhaitant beaucoup de bonheur. Moins démonstratif, Azel se contenta de leur sourire en leur souhaitant bonne route.

Une fois à nouveau seuls, Leena vit qu’Azel semblait à nouveau loin du moment présent, le regard un peu vague. Leena ne put que deviner ce qui trottait dans la tête du mage néanmoins elle demanda :

– Azel à quoi penses-tu ? Tu as l’air totalement ailleurs.

– Hum ? Oh non je pensais juste à notre mission.

Sceptique,  Leena répéta :

– La mission hein ? Tu sais, je préférerais que tu me dises carrément que tu n’as pas envie d’en parler plutôt que tu me mentes, je trouverais ça moins insultant.

Azel lui jeta un regard en coin et finit par avouer dans un soupir de résignation :

– Je pensais à Hendel et Suzanna.

– Ils sont très sympathiques tous les deux et j’espère sincèrement qu’ils arriveront à trouver un endroit où ils seront en sécurité.

– Oui moi aussi.

Une minute de silence passa mais Leena était persuadée qu’il ne lui avait pas tout dit. Elle n’insista pas, comprenant qu’il n’avait peut-être pas envie de se confier à elle, pourtant il ajouta :

– Je pensais aussi à leur situation et à leur enfant.

Leena tourna la tête vers lui et demanda :

– Tu penses à tes parents ?

Azel hocha la tête :

– J’ai toujours vu la situation de mon point de vue. Ce qui est plutôt logique. Mais je ne me suis jamais demandé ce qu’avait ressenti mes parents. Étaient-ils amoureux ? Est-ce ma mère qui m’a nommé ? A-t-elle eu du chagrin de me laisser ? Ont-ils été séparé par la suite ?

– Je ne suis pas une spécialiste sur la maternité mais je suppose que cela doit être difficile pour toute femme de devoir abandonner son enfant… si on exclut la mienne évidemment.

– C’est juste qu’en voyant Hendel et Suzanna aussi heureux de pouvoir rester ensemble… avec leur enfant… disons que je vois pourquoi certains mages trouvent notre situation injuste. Je n’ai jamais souhaité fonder une famille, donc pour moi la question ne se posait pas mais je pense que chaque mage devrait avoir le choix.

Leena lui sourit.

– C’est pour cela que je trouve que la place des mages n’est pas dans une tour. Non seulement parce que nous ne sommes pas des animaux mais des êtres humains comme les autres, mais en plus, les mages enfermés trop longtemps finissent par en perdre le sens des réalités. Regarde Hendel et sa femme, ils n’ont rien prévu pour leur fuite et auraient pu faire de très mauvaises rencontres. Et tu as raison, nous devrions tous avoir le choix de la vie que l’on veut mener.

Comme le jeune homme semblait encore perturbé par cette conversation, Leena s’arrêta et posa une main sur son épaule. Le jeune homme stoppa également sa marche et la regarda.

– Je suis certaine que tes parents s’aimaient et que, malgré leurs situations, ils étaient heureux d’avoir concrétisés cet amour par un enfant. Quelque part sur Thédas, un homme et une femme s’endorment chaque soir en priant pour que leur fils soit heureux et aille bien.

Une certaine tristesse passa dans le regard d’Azel mais il finit par lui sourire.

– Merci Leena.

La jeune femme lui rendit son sourire et ils reprirent leur voyage.

La journée avait été très brumeuse et lorsque la nuit tomba on ne voyait pas à dix pas devant soi. Leena ne reconnaissait rien et regarda en tous sens, un peu perdue. Avait-elle manqué un embranchement ? Auraient-ils du tourner à la place d’aller tout droit ? Légèrement inquiet, Azel lui demanda :

– Tout va bien ?

– Oui, c’est juste qu’avec tout ce brouillard j’ai du mal à me repérer.

Le jeune homme haussa un sourcil :

– Sommes-nous perdus ?

– Eh bien non, c’est juste qu’il vaut mieux que l’on s’arrête pour aujourd’hui. Je retrouverai certainement le bon chemin lorsque j’y verrai quelque chose. Trouvons un endroit où monter le camp.

Ils marchèrent pendant quelques minutes, quand Leena reconnut à terre un tronc abattu qui ressemblait à un petit dragon au repos et qu’ils avaient déjà passé hier soir. Perplexe, la jeune femme déclara :

– Azel, je crois que nous tournons en rond depuis ce matin. Je reconnais cet arbre mort, notre camp de hier soir ne doit pas être très loin.

Le jeune homme soupira, mais pragmatique enchaîna :

– Et bien au moins nous savons où nous installer pour la nuit.

Avec un petit sourire contrit, Leena essaya de se repérer et se dirigea vers la droite. Ils reprirent donc leur marche espérant tomber bientôt sur leur ancien camp. Le brouillard les rendait tous les deux un peu nerveux.

– Je suis désolée, Azel, avec ce temps tout est faussé et je ne reconnais plus rien. J’étais pourtant persuadée que nous marchions dans la bonne direc…

Elle ne finit pas sa phrase. Au détour d’un chemin, ils virent une silhouette allongée au sol et qui bougeait faiblement. Les deux jeunes gens se regardèrent avant de hocher la tête et de se rapprocher prudemment. Dès qu’ils reconnurent la personne au sol, ils se précipitèrent vers lui et Leena cria :

– Hendel !

Arrivés à sa hauteur, ils s’agenouillèrent à ses côtés. L’homme était à peine conscient et avait une méchante blessure au ventre, faite par un couteau ou une dague. Il avait perdu beaucoup de sang et était déjà très pâle. Leena regarda Azel, mais celui-ci après avoir brièvement inspecté les blessures du mage, secoua la tête. La plaie était trop profonde, il faudrait un maître de l’art de la guérison pour le sauver. Et ni l’un ni l’autre n’en était capable. Son foie avait dû être touché, il n’en avait plus pour longtemps. Les larmes aux yeux, Leena posa la tête de l’homme sur ses genoux et caressa ses cheveux. Faiblement Hendel ouvrit les yeux et les reconnut.

– Leena… Azel… je…ils nous sont tombés dessus…juste après que l’on se soit séparé…ils… Suzanna ! Va-t-elle bien ? Elle s’est enfuie… je…je crois que j’en ai tué un…ah créateur j’ai si froid !

Leena essaya de maitriser ses sanglots et demanda :

– Qui vous a fait ça ?

– Des…des brigands…ils voulaient nous voler…j’ai essayé de protéger ma famille…j’ai échoué.

Hendel parlait de plus en plus faiblement.

– Suzanna…notre bébé…il faut la protéger… promettez-moi… tous les deux… vous l’amènerez en sécurité ?

Sans hésiter, Azel lui répondit :

– Bien sûr Hendel, nous allons la retrouver ne vous en faites pas. Vous pouvez vous reposer maintenant.

– Oui…oui dormir… je suis fatigué… si fatigué…

Les larmes de Leena coulaient maintenant librement sur son visage. Elle se pencha vers Hendel :

– Oui dormez. Je vais vous chanter une berceuse que ma mère nous chantait lorsque l’on faisait un cauchemar

La jeune femme chanta doucement :

Au fond de la prairie, sous le saule

Un lit d’herbe, un doux oreiller vert

Repose ta tête, et ferme tes yeux

Et quand ils s’ouvriront, le soleil sera levé.

Ici c’est sûr, et ici c’est chaud

Ici les marguerites te gardent de tout maux

Ici tes rêves sont doux et demain ils seront vrais

Ici est l’endroit où je t’aime.

Au fond de la prairie, caché loin

Un manteau de feuilles, un rayon du clair de lune

Oublie tes problèmes et laisse tes difficultés

Et quand le matin sera là, ils seront déjà loin.

Ici c’est sûr, et ici c’est chaud

Ici les marguerites te gardent de tout maux

Ici tes rêves sont doux et demain ils seront vrais

Ici est l’endroit où je t’aime.

A la fin de la chanson, Hendel avait les yeux fermés et semblait presque apaisé. Les larmes de Leena tombaient sur son visage éteint. Elle sentit soudain la main d’Azel sur son épaule.

– Leena nous devrions partir à la recherche de Suzanna, elle est peut-être en danger.

Rapidement, la jeune femme essuya ses joues humides et se redressa :

– Oui…oui pardonne-moi, tu as raison, nous devrions la chercher, elle doit être terrifiée.

Quelques minutes plus tard, ils découvrirent un spectacle qui arracha un petit cri à Leena. Elle porta sa main contre sa bouche et souffla :

– Créateurs, Suzanna…

La jeune femme était au sol, allongée sur le dos. L’une de ses mains était posée sur sa gorge déchiquetée, sûrement par un couteau, et l’autre, sur son ventre, avait vainement tenté de protéger son bébé. Par acquis de conscience, Leena vérifia si son cœur battait encore mais les yeux grands ouverts de la jeune femme ne laissaient pas planer le doute. Gentiment, Leena prit son poignet qui était encore posé sur son ventre et chercha un pouls. Evidemment, elle ne trouva rien et secoua la tête pour en informer Azel. Celui-ci, le regard dur, se détourna de la jeune femme, les poings serrés. Leena ne put que croiser les mains de la jeune femme sur son ventre et fermer doucement ses yeux vitreux.

Qui avait bien pu faire ça ? Elle remarqua alors que le baluchon plein de vivres qu’elle lui avait donné le matin n’était plus là et elle était certaine de ne pas l’avoir vu non plus aux côtés d’Hendel. Étaient-ils mort pour un peu de pain et de viande séchée ? Elle alla rejoindre Azel qui s’était totalement figé devant un autre corps qu’elle n’arrivait même pas à distinguer clairement.

Intriguée la jeune femme se demanda s’il s’agissait de l’un des agresseurs, et se rapprocha. Tristement elle commença à lui dire :

– Si seulement j’avais…

Elle se stoppa immédiatement en reconnaissant l’homme qui semblait avoir été frappé par un puissant sort de foudre. Il s’agissait de l’un des hommes qui avait essayé de les agresser la veille. L’un de ceux qu’Azel avait laissé partir… Créateur, Azel ! Elle se tourna immédiatement vers lui et faillit reculer. Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Ses yeux lançaient des éclairs et restaient fixés sur le corps de l’homme. Tout son corps était tendu, sa mâchoire crispée, ses poings tellement serrés que ses doigts en étaient presque blancs. Elle voulait dire quelque chose, n’importe quoi, pour essayer de rétablir le contact avec lui mais rien ne lui vint. A la place elle posa une main sur son bras. Azel la repoussa brutalement d’un coup d’épaule et elle sentit soudain un puissant courant magique. Il se concentrait dans le corps du jeune homme et fut soudain expulsé en une violente poussée. Le corps du brigand fut propulsé contre un tronc d’arbre et tous ceux derrière s’inclinèrent légèrement vers l’arrière à cause de la force phénoménale de son sort. Il avait tellement de mal à contrôler sa colère qu’il haletait et soudain il cria un « Merde » retentissant, regarda un instant par terre avant de suivre des traces de pas récentes au sol. Il se remit en marche à grandes enjambées, laissant la jeune femme derrière. Leena tenta aussitôt de le suivre.

– Azel ! Attends !

– Laisse-moi, Leena. Je dois les retrouver, leur faire payer !

– Non, il est trop tard maintenant. Ça ne ramènera pas Suzanna et Hendel !

– Peut-être pas ! Mais au moins ceux qui leur ont fait ça paieront.

– Azel, non ça n’est pas toi qui parle, uniquement ta colère. Donnons-leur une sépulture décente et…

– Tu ne comprends donc pas ? Je dois les retrouver, tu entends ? Je le leur dois ! Maintenant, soit tu m’aides, soit tu me laisses partir !

Leena s’arrêta alors, sourcils froncés et bras croisés.

– Non je ne t’aiderai pas ! Je ne t’aiderai sûrement pas à devenir un meurtrier. Et le Azel que je connais ne se laisserait certainement pas…

Le jeune homme, toujours aussi furieux se détourna d’elle et lui lança par-dessus son épaule :

– Bien ! Tu ne veux pas m’aider ? Tant pis, je me débrouillerai seul !

Leena eut juste le temps de lui crier, avant qu’il ne disparaisse dans le brouillard :

– Azel, ne fais pas ça !

 Mais elle se retrouva seule, au milieu du brouillard, en compagnie de leurs amis disparus.

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Chanson utilisée :

Traduction par mes soins !

Chapitre 11 – Résolutions et décisions

Seren se réveilla en sursaut. Elle n’était pas dans sa chambre, elle était nue et surtout elle n’était pas seule. Elle sentit tout de suite un corps chaud dans son dos et un bras négligemment passé autour de sa taille. Elle se retourna brusquement et se trouva face au visage endormi de Rain. Alors tout lui revint, les baisers, les caresses, le désir, la tendresse. Elle sourit et passa un doigt sur les lèvres de l’homme merveilleux qui lui avait fait découvrir un plaisir dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Le rêve avait été extraordinaire mais elle allait devoir retourner à la réalité. Et mieux valait le faire rapidement avant de ne plus pouvoir jamais sortir de ce lit. Elle ne put s’en empêcher, et avant de se décider à s’en aller, elle l’embrassa une dernière fois, tout doucement pour ne pas risquer de le réveiller. Elle se recula, mais fut vite stoppée par les bras puissants de Rain qui se refermèrent sur elle. Elle se retrouva donc à nouveau plaquée contre son torse. Rain fronça le nez et sans ouvrir les yeux, grogna :

– Il est trop tôt. Reste avec moi…

Seren frotta tendrement le bout de son nez contre le sien et murmura :

– Je ne peux pas. L’aube n’est pas loin et les autres risquent de se réveiller d’un moment à l’autre.

Rain entrouvrit les yeux.

– Est-ce que cela serait si grave ?

Seren se dégagea et fourragea dans ses cheveux en soupirant. Pudiquement elle avait plaqué un drap contre sa poitrine.

– Tu ne sais pas de quoi Darius est capable. Un jour il m’a surprise dans les bras d’un autre combattant. Il est devenu comme enragé. Le lendemain il a fait assassiner cet homme. Il ne l’a pas seulement tué, il l’a fait massacrer et pourtant c’était un excellent combattant, d’une grande force physique. S’il te faisait le moindre mal je…

Rain se redressa aussi, posa ses mains sur les épaules dénudées de Seren et y déposa un baiser.

– Il ne m’arrivera rien, Seren. Je ne suis pas sans ressource.

La jeune elfe tourna la tête vers lui.

– Je sais. C’est juste que… Je ne peux pas le risquer. J’ai déjà causé trop de morts, Rain. Je suis désolée, j’ai été égoïste, je voulais juste…

Elle posa une main contre sa joue.

– Je voulais juste être heureuse et libre pendant quelques instants.

Rain se détacha d’elle.

– Alors tu ne souhaites pas aller plus loin ?

Sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, cette question énerva la jeune femme.

– Plus loin où exactement Rain ? Je suis une esclave, tu es un noble, un employé de mon maître. Que suggères-tu ? Que l’on se cache jusqu’à ce que l’on fasse l’erreur de trop ? Tu proposes de me racheter pour que nous vivions heureux ? Même si tu le faisais, je doute que Darius soit d’accord ! Tout ce que l’on réussirait au final, c’est se faire du mal.

Rain s’adossa à la tête de lit et croisa les bras sur son torse nu.

– Moi je suis prêt à prendre le risque de mécontenter Darius, à cacher notre relation juste pour qu’elle continue. Mais si tu ne l’es pas, je comprendrai.

Seren était tellement stupéfaite qu’elle ne sut que garder la bouche ouverte en le regardant comme une imbécile. Sa colère monta encore d’un cran.

– Tu ne comprends rien du tout ! J’essaie d’être raisonnable pour deux et toi tu…tu restes là à faire ton grand seigneur ! Je te dis que c’est nos vies qui sont en jeu, Rain ! Et je ne suis pas prête à mettre ta vie en jeu, je ne le mérite pas !

Toujours aussi calmement, Rain répliqua :

– Ça n’est pas ce que je pense et je te trouve très tentante lorsque tu t’énerves ainsi.

Faisant mine de ne pas avoir entendu la dernière réplique et échouant misérablement à cause de la maudite rougeur qui envahit ses joues, elle répondit vivement :

– Mais moi c’est que je pense ! Alors nous allons rependre nos vies comme si de rien n’était, parce qu’il serait totalement naïf de penser que notre histoire pourrait bien se terminer !

Comment pouvait-il se montrer aussi calme alors qu’à la moindre pensée qu’ils pourraient se faire surprendre, ses mains devenaient moites et son cœur s’accélérait. Elle ne voulait plus jamais voir quelqu’un mourir par sa faute, hors de l’arène. Précipitamment, et en s’assurant toujours de lui tourner le dos, elle se leva, ramassa sa chemise de nuit et l’enfila. Elle passa son châle autour d’elle, le regarda une dernière fois en murmurant :

– Je suis vraiment désolée.

Elle posa la main sur la poignée de porte mais fut stopper par la voix grave et toujours calme de Rain.

– Si tu passes cette porte maintenant, je considérerai que c’est ta décision finale et je la respecterai. Il ne se passera plus rien entre nous, je te le promets.

Seren se força à ne pas se retourner, de peur de changer d’avis. Elle avait une boule dans la gorge et la simple idée de ne plus jamais ressentir ce qu’elle avait ressenti dans la nuit lui donnait envie de pleurer. Le réveil était douloureux et difficile, mais elle devait le faire. Elle avait encore en tête les restes de ce pauvre homme qu’elle avait eu le malheur de séduire et rien qu’à l’idée que ce corps soit celui de Rain, elle en avait des sueurs froides. Maîtrisant sa voix pour ne pas laisser percevoir sa vive émotion, elle lui répondit :

– Très bien. Merci pour tout Alexei.

 

Lorsque la jeune femme referma la porte derrière elle, Rain soupira et se laissa couler dans son lit. Les draps sentaient encore le parfum de Seren et l’odeur de leurs ébats. Il enfouit son visage dans l’oreiller qui avait servi à la jeune femme, essayant de se faire à l’idée qu’elle venait de le rejeter. Ils avaient pourtant passé une nuit fantastique. Il connaissait bien le plaisir sexuel, et aucune de ses amantes ne s’étaient plaintes de ses talents. Pourtant avec Seren, les choses avaient été différentes, parce que la jeune elfe n’avait pas juste cherché l’assouvissement physique. Il était persuadé qu’elle ne s’en était certainement pas rendu compte mais elle avait été affamée de tendresse et d’affection. Et il les lui avait données, sans arrières pensées, comme si cela avait été la chose la plus naturelle du monde. Il avait adoré lui donné du plaisir, voir la surprise sur son visage et y lire la jouissance. Il s’était senti bien, en confiance, tellement d’ailleurs qu’il lui avait même confié son prénom, et lorsque la jeune femme l’avait répété, il avait ressenti comme un pincement au cœur. Tout avait été parfait.

Mais leur situation était compliquée et elle avait eu peur. Il pouvait le comprendre mais était terriblement déçu et triste qu’il ne valait pas le coup qu’elle se batte, qu’elle ne trouvait pas la force de passer outre cette peur, comme elle le faisait dans l’arène. Lui y aurait été prêt, parce que Seren éveillait chez lui des sentiments qu’il n’arrivait pas encore à identifier mais qu’il sentait déjà fort.

Il passa l’heure suivante à essayer d’arrêter de penser à tout ça, sans grand résultat. Finalement il se décida à se lever. Il n’allait de toute façon pas réussir à s’endormir. Il s’habilla rapidement et prit sa lance. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas maniée et elle lui manquait beaucoup. Il sortit dans la maison qui commençait à s’animer et se dirigea naturellement vers les jardins. Il s’arrêta soudain. Seren y était peut-être et il ne savait pas s’il serait déjà capable de tenir sa promesse. En même temps, il allait bien falloir la croiser tôt ou tard, et puis il avait vraiment envie de entrainement pour se vider l’esprit.

Heureusement, les jardins étaient vides et une légère brume montait doucement du sol. Rain inspira l’air frais du matin et commença ses exercices, faisait voler sa lance autour de lui, contrôlant chacun de ses mouvements à la perfection. Cela lui fit un bien fou, et enfin, après une heure d’entrainement, il s’arrêta, l’esprit légèrement plus apaisé.

Lorsqu’il se retourna, il croisa le regard argent de Darius qui le fixait étrangement. Il était, encore une fois, étonnement matinal. La Magister lui fit un bref hochement de tête pour le saluer et indiqua la direction de son bureau du menton.

– J’aimerais discuter un instant Rain.

– Bien sûr Darius, je vous suis.

Ils pénétrèrent dans le bureau de Darius et celui-ci referma la porte derrière lui.

– Nous sommes invités ce soir à une réception donnée par Emilia, vous voyez de qui je veux parler bien sûr ?

Comme pourrait-il oublié cette espèce de glu qui ne l’avait pas lâcher pendant de nombreuses soirées.

– Oui très bien.

– Bien. Elle a tenu à ce que vous soyez présent. Nous emmènerons également Seren pour montrer à tous que le petit « incident » avec Tia n’a, en aucun cas, affaibli ma maison et mes gens. Et que Seren se porte comme un charme.

Rain garda le silence. Il sentait que Darius hésitait à lui révéler la vraie raison de sa présence dans son bureau à cette heure aussi matinale. Darius le regarda un moment dans les yeux, avant de reprendre la parole.

– J’ai également une mission à vous confier. Vous ne le savez sans doute pas mais la maison d’Emilia est très aisée et très puissante. Son premier mari est mort jeune et très riche, lui léguant tout au passage. La fortune de sa famille et celle de son mari pourrait à elle seule subvenir aux besoins de l’Empire pendant quelques années.

Vous vous doutez bien que je cherche évidemment à m’allier à elle et j’ai déjà entamé les « négociations ». Croyez le ou non mais cette femme n’a finalement pas beaucoup d’exigences. Elle n’est plus jeune mais est encore fort désirable et elle a certain besoin… étrangement elle pense que vous êtes l’homme qui lui faut, pour répondre à ses besoins.

Rain le coupa immédiatement :

– Appelons un chat, un chat. Vous souhaitez que je couche avec cette femme parce que c’est le prix à payer pour son alliance ?

Darius lui sourit.

– Entre autre oui. Que vous la séduisez et que vous la combliez serait un bon début.

Sans se départir de son calme, Rain lui sourit à son tour et répliqua :

– Il en est totalement hors de question. Je suis votre garde du corps, pas une prostituée ou l’un de vos esclaves à qui vous pouvez donner des ordres. Je ne coucherai pas avec cette femme.

Le sourire de Darius s’étira, devenant presque malfaisant.

– Comme je regrette d’en arriver à ses extrémités, mon ami. Même si, je crois bien que j’ai les moyens de vous y obliger. Je ne vous ai pas encore payer et il serait dommage que les templiers apprennent que vous avez trouver refuge ici.

Le sourire de Rain s’effaça et il serra fort les poings. Enfin Darius se montrait sous son véritable jour. Il ne pouvait pas accepter. C’était impossible, il ne pouvait pas être réduit à ça ! Il n’avait qu’à partir. Mais Darius ne semblait pas disposer à le payer pour les deux mois qu’il avait passer ici et sans le sous, les choses risquaient d’être bien plus compliquées. Par Andrasté comme il souhaitait enfoncer son poing dans le visage satisfait de cette ordure. Comme avait-il pu croire que cet homme désirait l’aider ? Il ne faisait rien gratuitement. Il allait devoir payer chèrement cette erreur. Non il ne pouvait pas s’y résoudre. Tant pis il allait partir, même s’il sentait comme un léger déchirement à l’idée de laisser Seren aux mains de cet être sans scrupule. Mais il trouverait un moyen de revenir et de la libérer, il s’en faisait la promesse.

– Et bien je vais donc devoir quitter votre maison. Je vous remercie pour votre hospitalité. Vous passerez donc le bonjour à ces messieurs les Templiers pour moi, voulez-vous.

Rain tourna les talons et allait ouvrir la porte, lorsque d’une voix sifflante sous le coup de la colère, Darius l’arrêta :

– Vous semblez bien proche de mes esclaves Rain ! Sachez que je les ferai tous fouetter jusqu’au sang, y compris Seren pour passer ma vive déception d’avoir manqué une alliance prometteuse.

Rain se stoppa et se retourna. Cet homme n’était pas seulement sans scrupule, il était également d’une froideur et d’une cruauté peu commune.

– Vous n’oseriez pas ?

– Je ne parierai pas là-dessus si j’étais vous.

A cet instant, assez égoïstement, Rain aurait voulu être différent, insensible au sort des autres. Mais il n’était pas ainsi. Il ne pouvait pas, en son âme et conscience tourner les talons et condamner à la souffrance une vingtaine de personnes, dont Seren. Ses poings étaient tellement serrés que ses jointures étaient blanches. Il n’avait jamais ressenti autant de colère à l’encontre de quelqu’un avant ce jour. Même les personnes qui l’avaient mis en fuite ne l’avait pas autant mis en colère.

Il allait faire mine d’accepter mais trouverait une solution pour ne pas avoir à se dégrader ainsi. Il lui concéda donc la victoire de cette bataille, mais la guerre était loin d’être gagnée.

– Très bien, vous gagnez pour cette fois.

– Vous m’en voyez ravi ! Mais sachez, pour votre gouverne, que je gagne toujours.

– Nous verrons cela.

Rain ouvrit la porte et sortit.

 

Seren était nerveuse. Ce soir, pour la première fois, elle allait à nouveau sortir avec Darius dans une réception extérieure. Cela faisait maintenant plusieurs années qu’il ne voyait plus l’utilité de l’emmener avec lui partout et tout le temps. Mais ce soir Darius voulait qu’elle soit resplendissante, qu’elle attire tous les regards. D’habitude, elle se contentait d’apparaître quelques minutes et de repartir presque aussitôt. Elle ne devait pas oublier qu’elle ne faisait pas partie de ce monde. Alors lorsqu’une esclave vint lui apporter la robe que Darius souhaitait la voir porter ce soir elle manqua de suffoquer. Elle était magnifique, d’un rouge profond qui rappelait ses cheveux, et d’un tissu mordoré qui brillait doucement à chaque mouvement. Lorsqu’elle l’enfila, elle lui alla à la perfection. Elle avait une épaule dégagée et un décolleté assez profond. Elle lui moulait au corps jusqu’en bas de la taille ou elle s’évasait soudain en un flot de tissu. L’esclave la coiffa ensuite dégageant son visage pour laisser ses cheveux retombés dans son dos. Seren ne put s’empêcher de penser que les babillages de Tia lui manquaient terriblement en cet instant. Que c’était en partie grâce à eux qu’elle arrivait à combattre sa nervosité. L’esclave lui passa ensuite une poudre d’or sur toutes les parties dénudées de son corps, ainsi elle brillerait de mille feux. Seren passa son bracelet fétiche en or en haut de son bras et enfin fut fin prête.

Elle sortit de sa chambre sous les acclamations enthousiastes de la jeune esclave et se dirigea vers l’atrium. Darius l’attendait déjà. Il lui sourit chaleureusement en la voyant.

– Tu es magnifique Seren ! Comme quoi, une simple robe vous transforme une femme.

Seren lui offrit un demi sourire, ne sachant pas trop comment prendre cette remarque légèrement offensante. Avec étonnement elle se dit qu’elle ne l’aurait pas remarqué avant, trop heureuse que Darius daigne lui parler. Mais depuis la mort de Tia et surtout depuis la nuit qu’elle avait passé avec Rain, elle commençait à voir son maître différemment. Comme si le voile qui lui obscurcissait les yeux se levait peu à peu. Comme les choses avaient changé depuis que l’humain était entré dans sa vie !

Comme si le fait qu’elle pense à lui l’invoqua, Rain fit également son apparition. Par Mythal, il était magnifique ce soir. Il portait une longue veste blanche brodée de fil d’argent par dessus une tunique d’un bleu nuit profond. Il était renversant et Seren eut bien du mal à cacher son admiration. Elle préféra donc détourner les yeux et jouer l’indifférence, non sans avoir brièvement croisé son regard et y avoir lu une petite lueur admirative.

Darius fit quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant ; il lui offrit son bras. Indécise, Seren le regarda, ne sachant pas trop si elle devait l’accepter. Darius lui sourit alors et lui prit la main qu’il posa lui-même sur son bras.

– Allons-y voulez-vous. Ne nous voudrions pas arriver trop en retard !

Ils se mirent donc en route, accompagné de quelques soldats esclaves. Rain restait en arrière, prêt lui aussi à intervenir s’il le fallait.

Ils ne mirent pas plus d’une demi-heure à atteindre la maison d’Emilia, vivement éclairée pour la soirée. Lorsqu’ils passèrent le seuil de la porte, leur hôtesse vint aussitôt les accueillir. Elle sourit chaleureusement à Rain et Darius mais ne cacha pas sa grimace à la vue de Seren. Elle n’osa cependant pas faire d’esclandre à sa propre réception. Emilia passa d’autorité un bras sous celui de Rain et lui sourit. L’humain lui sourit à son tour et lui murmura combien elle était belle ce soir. Seren fronça les sourcils devant son comportement, ne voyant pas le sourire satisfait de Darius. Elle pensait pourtant que Rain n’était pas attiré par la Magister. Avait-elle si peu compté pour lui, qu’il songeait déjà à la remplacer ? Cela n’était pourtant pas son genre. Elle savait que le fait de le voir sans pouvoir le toucher ou l’embrasser allait être dur, mais elle ne s’attendait pas à une telle douleur à la vue de cette humaine à son bras, qui minaudait comme une adolescente pendant que lui semblait très séducteur ce soir. Darius la quitta pour rejoindre un groupe d’alliés et elle se trouva seule, bien seule dans sa jolie robe de soirée.

 

Rain fit des efforts, essayant de s’intéresser à son hôtesse de la soirée, mais en vain. Il s’était dit que peut-être il pourrait essayer de faire connaissance et ainsi ne pas avoir à faire ce qu’il avait à faire par devoir mais par plaisir, mais rien n’y faisait. Non il n’y arriverait pas, d’autant plus qu’il sentait le regard blessé de Seren sur eux à chaque instant. La jeune elfe devait le prendre pour un monstre de froideur et il ne voulait pas faire souffrir la jeune femme.

De plus il n’aimait pas Emilia, la trouvait creuse, fausse, manquant cruellement d’esprit et à chaque fois qu’elle le touchait, il avait envie de la repousser. C’est pourquoi lorsqu’ils se retrouvèrent isolés et qu’elle se jeta à son cou, plaquant sa bouche mollassonne contre la sienne, il la repoussa en essayant de s’y prendre le plus gentiment possible. Emilia n’abandonna pas pour autant, essayant encore de l’embrasser et plaquant sa main contre son entrejambe. Constatant le manque de réaction de Rain, elle soupira et s’éloigna enfin.

– Vous ne me désirez pas n’est-ce pas ?

– Non madame, j’en suis désolé. Vous êtes une femme charmante mais…

Il tourna très légèrement la tête et aperçut Seren, sirotant un verre et semblant bien seule dans cette foule de vaniteux. Ce geste sibyllin n’échappa pas à Emilia qui grimaça de rage. Elle n’était pas née de la dernière pluie et savait parfaitement ce que ce geste signifiait. Elle compléta pour lui :

– Mais votre corps appartient déjà à quelqu’un d’autre.

– Non, non je vous assure. C’est juste que je ne ressens pas d’alchimie entre nous, voilà tout.

– Je ne vais pas vous forcer, je ne suis pas désespérée à ce point !

Pourtant le ton de sa voix démentait ses paroles. Pour adoucir quelque peu la situation, Rain lui prit la main et la baisa.

– Je suis sincèrement désolé, madame. Je suis persuadé que vous trouverez un homme qui vous mérite vraiment. Je vous souhaite une excellente soirée.

Il s’éclipsa, espérant de tout son être qu’elle ne lui en tiendrait pas rigueur et n’en référerait pas à Darius.

 

Seren était assise sur une banquette, pas très loin du groupe de Darius. Elle était seule. Cela faisait quelques longues minutes que Rain et Emilia s’étaient éclipsés et son cœur saignait depuis. Elle ne pouvait pas empêcher son imagination galopante de les voir, enlacés, nus quelque part. Lui, en train de lui faire toutes les choses qu’il lui avait faite pour l’amener vers le plaisir et elle victime consentante.

Elle cligna rapidement des yeux pour chasser les larmes qui venaient de s’y accumuler. Elle avait fait son choix, Rain avait été très clair, et il ne chercherait pas à la faire changer d’avis. Il était passé à autre chose.

Soudain une silhouette s’assied à côté d’elle. Emilia s’étira langoureusement :

– Rain est un amant très doué ! Et pourtant nous avons eu peu de temps, je ne pouvais pas m’absenter trop longtemps loin de mes invités.

Seren essaya de rester de marbre et sirota son verre.

– Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que lorsqu’il m’a prise violemment contre ce mur. Un délice. J’imagine qu’il viendra me rejoindre plus tard dans la soirée.

La main de Seren tremblait légèrement et ses yeux étaient à nouveau voilés de larmes. Quelle vipère, quelle garce ! Venir pavoiser devant elle! Elle rêvait de lui enfoncer son verre brisé dans sa chair délicate. Mais elle prit sur elle. Emilia lut parfaitement le langage corporel de la jeune femme et sourit triomphalement, lui susurrant à l’oreille.

– Je le savais, petite traînée. Tu en pinces pour l’invité de ton maître. Comme c’est pathétique ! Tu ne l’auras jamais elfe !

Subitement elle se leva et cria à l’intention de Darius.

– Darius, mon cher, êtes-vous partant pour un pari ?

La Magister haussa un sourcil et répondit :

– Toujours très chère !

– Il semblerait que votre championne soit vraiment imbattable ! Je propose de mettre en doute cette affirmation. Je vous parie cent mille pièces d’or que votre championne ne pourra pas battre un géant, seule dans l’arène.

Toute la salle retint son souffle. C’était une somme considérable, décadente même pour un pari, mais le défi était de taille. Très peu de personne était capable de tuer un géant surtout sans bouclier et dans un espace restreint.

Seren regarda avec horreur Darius. Elle connaissait ses limites et savait qu’elle n’y arriverait jamais. Mais c’était une sacrée somme et elle connaissait son goût pour les paris. Et en effet il semblait réfléchir à sa proposition. Il se gratta le menton, pensif et finalement lâcha avec un sourire :

– Pari tenu !

Les conversations et les paris fusaient déjà dans la salle. Darius reprit.

– Tu t’en sens capable n’est-ce pas ma Némésis ?

Seren se leva calmement, et croisa le regard inquiet de Rain qui venait de réapparaître dans la salle. Elle se tourna ensuite vers Darius et s’inclina, aussi altière que possible, malgré l’angoisse qui lui nouait déjà le ventre.

– Peu importe l’ennemi, je le vaincrai.

Les acclamations reprirent de plus belle.

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Chapitre 11 – Début de voyage

Elle ne revit Azel que deux jours plus tard. Après ce qu’il s’était passé lors du banquet, elle n’avait plus particulièrement cherché à le revoir. D’une part parce qu’elle souhaitait prendre un peu de recul sur la situation et d’autre part, elle savait d’expérience que la meilleure technique de séduction était encore de faire attendre celui qu’on voulait séduire. Leur mission ensemble était prévue pour le lendemain, c’est pourquoi elle avait demandé à le revoir aujourd’hui. Ils avaient besoin de se mettre au point. Elle avait fait part de son plan à l’Inquisiteur Lavellan qui, sans demander tous les détails, lui avait dit lui faire entièrement confiance, enfin presque. Surprise, Leena lui avait demandé pourquoi. Pour toute réponse, elle n’avait obtenu qu’un petit sourire énigmatique. Décidément, elle n’arrivait pas à déchiffrer cet homme !

Agacée par le retard d’Azel et secrètement inquiète qu’il ne daigne même pas se montrer, Leena s’appuya contre le bureau de bois et croisa les bras sur sa poitrine. Inlassablement, elle jetait des coups d’œil par la petite fenêtre, espérant apercevoir la silhouette du mage. Elle souffla sur une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux et ne se rendit même pas compte qu’elle tapotait nerveuse son pied sur le sol.

Mettre les mages d’Owen à l’abri n’allait pas être une mince affaire. Faire l’espionne, jouer la comédie, mentir, séduire pour mieux détruire… tout cela elle s’en sentait parfaitement capable. Elle avait fait des choses plus terribles encore pour survivre, et elle savait qu’elle serait prête à tout pour faire sortir tous ces gens du joug d’Owen. Après tout, c’était en partie elle qui les avaient recrutés, guidés, jusqu’à lui. Elle se sentait donc responsable d’eux. Elle ne voulait pas l’admettre, mais elle redoutait qu’Azel ne soit un boulet dans cette mission.

Oh bien sûr, elle savait qu’il était un mage exceptionnel, hors-pair même ! Mais elle savait aussi qu’il préférait la théorie à la pratique et qu’il était surement trop droit et franc pour adhérer à toutes les ruses et les plans que pourrait monter la jeune femme. L’érudit allait devoir apprendre rapidement à devenir un véritable homme d’action, qui allait parfois devoir agir avant de réfléchir et prendre des décisions parfois difficiles.

Elle en était là de ses réflexions quand une voix, semblant venir de nulle part, retentit derrière elle.

– Je suis désolé de mon retard.

Leena poussa un grand cri et posa une main sur son cœur qui palpitait follement, tout en se tournant vers la voix.

– Créateur Azel ! Ne me refais plus jamais ça ! Et puis comment as-tu…

Le petit sourire en coin qu’affichait le jeune homme l’arrêta subitement.

– Je suppose qu’un chat s’est faufilé dans la pièce il y a quelques minutes ?

– C’est tout à fait possible.

– Il va vraiment falloir que j’apprenne ce sort… Mais ça n’est pas pour ça que je t’ai demandé de venir aujourd’hui. Nous partons demain à l’aube et j’aimerais que nous discutions un peu.

Le jeune homme haussa les épaules.

– Si j’ai bien compris, nous allons avoir quelques jours de marches avant de rejoindre le camp, nous aurons alors tout le temps de discuter.

– Non, on ne sait jamais sur qui on tombera en chemin. Je veux que tout soit prêt et clair pour notre départ.

– Oh je crois qu’il y a un malentendu. Tu penses être responsable de cette mission ? Je ne suis pas à tes ordres.

Sans se démonter, la jeune femme s’approcha de lui s’obligeant à lever la tête pour croiser son regard déterminé. Les bras toujours croisés, elle répliqua avec douceur.

– Et toi tu sembles oublier les paroles de l’Inquisiteur. Je suis l’espionne en charge de la mission, tu n’es là que pour me surveiller. Donc je te suggère de faire ce que je te dirai si tu ne veux pas faire tout capoter.

Les mâchoires serrées, le jeune homme étrécit ses yeux et se pencha sur le visage de la jeune femme.

– Je suis parfaitement capable de mener à bien cette tâche pour l’Inquisition ! Je suis certain de pouvoir me débrouiller parfaitement sans tes « bons conseils ».

– Ah oui ? Tu l’as lu dans un livre peut-être ?

Les prunelles d’Azel brillèrent de colère. Subitement, Leena poussa un profond soupire et son corps tendu, se relâcha soudain.

– Ecoute, ça ne sert à rien de nous disputer ainsi. Je ne suis effectivement pas ta supérieure mais je sais comment cela se passe là-dehors. Et surtout je connais Owen. J’ai besoin de savoir que tu me fais assez confiance pour exécuter les quelques ordres que je te donnerai. Non pas pour le simple plaisir de te commander mais simplement pour notre survie à tous le deux. Peux-tu faire cela ?

Elle savait qu’Azel était un homme de raison, c’est pourquoi elle ne fut pas surprise lorsque le jeune homme se détendit à son tour et céda :

– Bien sûr, tu as raison, c’est stupide et puéril. Je sais que tu as toutes les compétences nécessaires, c’est juste que j’ai envie de…me rendre utile.

Sans réfléchir, Leena posa sa main sur le bras du mage et lui sourit.

– Ne t’en fais pas, je trouverai bien deux ou trois petites choses à te faire faire. Et très sincèrement, même si je ne l’avouerai que sous la torture, je suis heureuse que tu m’accompagnes.

Azel lui rendit son sourire et un silence embarrassant s’installa entre eux, qu’Azel finit par rompre en demandant :

– Bien quel est ton plan ?

La jeune femme recula et se percha sur le bureau, ballottant légèrement ses jambes dans un mouvement involontaire et mécanique qui trahissait une certaine nervosité.

– Eh bien c’est assez simple. Comme je l’avais déjà expliqué à l’Inquisiteur, pour les Libertaires, je suis actuellement à la recherche de mages égarés qui pourraient devenir de nouvelles recrues pour le groupe, enfin plutôt pour la guerre qu’Owen espère mener.

– Une guerre ? Entre les Templiers et les Mages ? Est-ce que pour cette raison que tu les as quitté ?

Leena soupira :

– En partie oui.

Comme elle ne fit pas mine de continuer, Azel haussa un sourcil interrogateur :

– En partie ?

– Quand je les ai rejoints, je ne souhaitais qu’une seule chose : me poser et trouver un peu de paix. Et au début ce fut le cas. Nous étions une petite vingtaine et Owen prenait soin de tout le monde. Nous avons monté un camp loin de tout et bien caché. Petit à petit, je ne sais pas trop comment, d’autres mages, à la recherche d’un endroit sûr, sont arrivés et au bout du compte nous étions plus d’une centaine. Il a fallu donner à chacun une tâche pour que cela fonctionne. Owen m’a nommé régisseur du camp. Tout se passait merveilleusement bien jusqu’au jour où les mages qui étaient de garde ont découvert une troupe de Templiers fous, qui avaient les yeux rouges et des espèces de protubérances sur le corps. Sans même réfléchir, ils ont attaqué notre camp. Ils semblaient être entrés dans une sorte de frénésie et nous les avons tous tué. Mais ça a été une vraie boucherie. Dans les deux camps. Nous avons perdu près d’une vingtaine de personnes, dont des innocents, une enfant d’une dizaine d’année et une femme qui semblait assez proche d’Owen. C’était une mage de bataille très douée mais… pas assez apparemment.

Après cette attaque nous avons pansé nos plaies et fait notre deuil. Mais pas Owen. Il est devenu comme enragé et ne souhaitait plus qu’une chose : la destruction de l’Ordre des Templiers. C’est là qu’il a commencé à organiser des attaques.

Azel la regarda intensément, si bien qu’elle dut baisser les yeux, honteuse et effrayée à l’idée de lire du dégoût sur le visage du jeune homme. Puis il lui demanda :

– Et tu y as participé ?

La jeune femme sera les bras autour de sa poitrine et tourna la tête vers la fenêtre.

– Oui, j’y étais. Owen avait réussi à me convaincre que nous faisions ça pour nous protéger. Même lorsque l’on s’ait confronté à l’Inquisition. Mais quand il nous a demandé d’attaquer un village entier sous prétexte que les villageois abritaient « peut-être » des Templiers, se fut trop pour moi. Owen ne m’écoutait plus, n’écoutait plus personne et je pouvais clairement voir une lueur de folie dans son regard lorsqu’il me parlait de ses « projets » pour les Libertaires. Il voulait, non seulement abattre l’Ordre des Templiers mais la Chantrie également, les Royaumes. Il voulait que les mages dirigent le monde, avec lui à sa tête. Il a réussi à fanatiser de nombreuses personnes qui sont maintenant prêtes à le suivre en enfer s’il le faut. C’est là que j’ai décidé qu’il fallait que je fasse quelque chose pour toutes les autres personnes qui ne voulaient pas de cette guerre, les enfants, les personnes âgées…

Discrètement, j’ai fait des recherches sur l’Inquisition et j’ai vu qu’elle faisait autant de bien aux mages que nous. Alors j’ai tenté le tout pour le tout et j’ai décidé de me rendre. C’était le moyen le plus simple de voir l’Inquisiteur. J’étais prête à défendre ma cause mais je n’en ai même pas eu besoin. La suite, tu la connais.

– Quelle histoire… à quoi ressemble cet homme, ce Owen.

Leena haussa les épaules.

– Il a du charme et un grand talent d’orateur et de manipulateur. Sa magie est très puissante et il n’hésite jamais à l’utiliser. Avec le temps il est devenu de plus en plus paranoïaque.

– Ça ne va pas arranger notre affaire.

– Détrompe-toi ! Je ne sais pas trop pourquoi mais il me fait encore confiance. Au début il m’a aidé avec ma magie et je suppose qu’un lien particulier s’est tissé entre nous, quand il était encore un homme bon et sage. Il a presque l’âge d’être mon père et me montrait beaucoup de gentillesse et d’affection. Le changement n’en a été que plus brutal.

Azel soupira :

– Je vois. Te sens-tu tout de même capable de l’arrêter ?

Leena descendit du bureau. La lueur dure qui faisait briller son regard étonna la mage et elle répliqua avec véhémence.

– Bien sûr ! Si nous ne l’arrêtons pas, il finira par tuer tout le monde !

Le jeune homme leva les mains en un geste d’apaisement.

– D’accord, très bien ! Tu as exprimé très clairement ton point de vue.

Après quelques instants de silence, Azel reprit :

– Comment va ta magie ? As-tu toujours autant de difficulté ?

Leena s’appuya à nouveau contre le meuble de bois.

– Elle va mieux. J’ai toujours autant de difficulté avec les sorts plus simples qui rendent de toute façon ma magie de feu instable, alors je me cantonne aux flammes. Par contre j’ai maintenant le contrôle total de cette magie.

Avec un petit sourire, elle ajouta :

– Si tu as peur de finir en petit tas de cendre, je promets de maîtriser ma nature… disons passionnée et chaleureuse.

Azel ne put s’empêcher de lui rendre son sourire.

– Me voilà tout à fait rassuré !

– Et toi alors ? A part te transformer en chat, qu’es-tu capable de fai…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le mage avait fait un simple mouvement de sa main et une force puissante fit pression sur ses épaules, la clouant sur place et lui coupant la respiration. Cela ne dura que quelques secondes avant qu’elle puisse à nouveau respirer normalement.

Tout en toussant, elle releva les yeux vers le jeune homme, qui semblait penaud. Il se précipita vers elle et la maintient debout.

– Pardonne-moi, je ne contrôle pas encore très bien la force de cette magie. C’est Solas qui me l’enseigne.

Trop heureuse de se trouver presque dans les bras d’Azel, Leena en rajouta un peu et s’appuya contre son bras.

Finalement elle se redressa et croisa les yeux bruns inquiets du jeune homme.

– Tu vas bien ?

– Oui, ne t’en fais pas, ça va mieux maintenant.

C’est avec regret qu’elle vit le mage se reculer d’un pas.

– Comme tu peux donc le constater, je ne suis pas sans défense.

Avec un petit sourire en coin, Leena confirma.

– Effectivement…

– Vas-tu me mettre au courant de ton plan pour arrêter les Libertaires ?

– Eh bien, cela va dépendre en grande partie d’Owen et du nombre de ses fidèles. Si tout se passe bien, ils ne seront pas beaucoup plus nombreux que la dernière fois et je pourrais alors essayer leur faire entendre raison ou à défaut faire sortir tout le monde rapidement. Si nous sommes plus nombreux qu’eux la tâche sera plus facile.

– Et s’il a réussi à s’entourer d’une petite armée ?

– Dans ce cas, il nous faudra être plus subtils… trouver le moment idéal pour faire partir tout le monde en douce et rapidement avant qu’Owen ne s’en rende compte. Et quand les gens seront à l’abri, je ne vois plus aucune raison de ne pas laisser l’Inquisition s’occuper de lui.

– Nous pourrions aussi le laisser tranquille…seul il n’est plus une menace.

Leena plissa les yeux :

– Ne laisse pas ton bon cœur t’aveugler. Cet homme est dangereux, même isolé. Il est tellement fanatique qu’il ne cessera jamais de recruter d’autres personnes pour ses projets de grandeur. Et je ne veux plus jamais qu’un mage innocent tombe entre ses griffes.

Sentant la vive émotion de la jeune femme, Azel lui prit la main et la serra dans la sienne.

– Ne t’en fais pas, nous allons réussir.

– Nous ferons tout pour ça, en tout cas. C’est pourquoi j’ai besoin de savoir que tu me fais confiance, au moins en ce qui concerne notre mission.

Après un bref silence le jeune homme répondit :

– Je te fais confiance. Du moins pour la mission.

Soulagée, Leena exerça une légère pression sur la main d’Azel, toujours étroitement enlacée à la sienne.

– Merci.

Leurs regards se croisèrent, leurs prunelles brillants d’une même détermination. A cet instant, Leena fit une prière muette au Créateur et à Andrastée, auxquels elle ne croyait pas plus que cela : « Pourvu que tout se passe bien ! ».

 

L’aube du lendemain matin était très fraîche au Fort. Une lueur violette commençait à peine à éclaircir le ciel. Leena se frotta les mains l’une contre l’autre pour les réchauffer. Malgré ses mitaines, le froid avait pénétré ses doigts, engourdissant leurs extrémités. Chacun de ses souffles laissait sortir une épaisse fumée blanche. Bien que l’air soit glacial, les arbres verts et bien feuillus ne semblaient nullement souffrir de ce climat polaire. La jeune femme se demanda à nouveau quelle sorte de magie était-ce là.

Complètement frigorifiée, Leena tapa du pied et resserra les pans de sa cape autour d’elle et descendit le plus possible sa capuche sur son visage. Cela ne faisait que quelques minutes qu’elle patientait près de la grande porte de la Forteresse, mais elle sentait qu’elle allait finir frigorifiée avant qu’Azel n’arrive. N’en pouvant plus, elle utilisa brièvement sa magie de feu pour la réchauffer. Elle pouvait presque entendre les professeurs des Cercles lui dire que la magie n’était pas faite pour le petit confort de son possesseur et réprima un petit rire. Pour la millième fois depuis hier soir, elle revérifia sa sacoche pour voir si rien ne manquait. Rassurée, elle serra les doigts autour de son fin bâton qui lui servait aussi bien pour la marche que pour sa magie. Il lui permettait de canaliser plus de pouvoir pour des sorts plus efficaces.

Enfin, elle vit la silhouette du jeune s’approcher d’elle. Lui aussi était enveloppé dans une épaisse cape de laine et elle pouvait deviner en-dessous des vêtements plus près du corps que ses vêtements habituels, bien plus pratiques pour la longue marche qui les attendait.

Tout sourire, la jeune femme l’accueillit avec enthousiasme.

– Bonjour Azel ! Créateur soit loué, tu es enfin là. J’allais me transformer en statue de glace.

Mais le jeune homme ne semblait pas l’avoir écouté et son visage exprimait une légère nervosité. Son regard était tourné vers la porte et il fronçait légèrement les sourcils. Doucement, Leena posa une main sur sa joue et tourna son visage pour qu’il la regarde.

– Azel, si tu le souhaites, tu peux encore rester ici. J’expliquerais à …

– Non !

Sa réponse avait claquée avec force. Plus doucement il répéta :

– Non, c’est juste que… j’espère être à la hauteur.

La jeune femme lui sourit :

– Tu le seras. Je n’ai aucun doute là-dessus.

Le jeune homme la regarda un instant et malgré elle, la mage sentit son corps s’échauffé sous le feu de ce regard. C’est Azel qui rompit la magie de l’instant :

– Bien, je crois qu’il est temps d’y aller n’est-ce pas ?

– Oui. Oui, il est temps.

Ils s’approchèrent alors des lourdes portes encore fermées et de la petite porte piétonne qui leur permettrait une sortie plus discrète. Après avoir fait un signe de tête aux gardes en faction, ils se faufilèrent au-dehors et commencèrent à marcher d’un bon pas. Leurs bottes crissèrent sur la neige fraîche, tombée durant la nuit à l’extérieur du Fort. Ils étaient encore à découvert pour le moment et purent admirer l’aube se refléter dans la blancheur de la neige et éclairer le monde d’une vive et éblouissante lumière. Leena jeta un coup d’œil vers l’arrière. En pleine lumière, Fort Céleste faisait encore plus mystique, plus extraordinaire, le vert et le doré des feuilles des arbres contrastant singulièrement avec le paysage alentour. Voyant le regard de la jeune femme, Azel lui expliqua que c’était Solas qui avait trouvé ce refuge pour l’Inquisition et que les lieux étaient imprégnés d’une ancienne et puissante magie elfique. Le mystère de cet endroit ne faisait que s’épaissir.

Ils reprirent leur marche, en douceur, s’aidant l’un l’autre pour ne pas tomber sur un trou caché par la neige. Le début de leur voyage se fit en silence, trop concentrés tous les deux sur leurs pas pour tenir une conversation.

Enfin, vers la fin de l’après-midi, la neige se fit plus rare et plus dure sous leur pas. Ils s’arrêtèrent dans une petite grotte où ils firent un bon feu. Frigorifiés et épuisés par cette marche difficile dans la neige, ils mangèrent rapidement la soupe qu’avant préparée Leena, serrés l’un contre l’autre. Leena les réchauffa un peu grâce à sa magie mais elle était tellement fatiguée que la sensation fut certes, bienvenue, mais brève. Ils s’endormirent rapidement sur leurs paillasses.

Les deux jours qui suivirent s’écoulèrent de la même manière jusqu’à ce qu’enfin le sol devienne sec et terreux. A la tombée de la nuit, ils montèrent leur camp à l’orée d’une forêt, allumèrent un petit feu et commencèrent à manger. Leena n’était pas tranquille et ne pouvait s’empêcher de regarder en tous sens et de sursauter au moindre bruit de branche qui craque. Elle connaissait ces bois et savaient qu’ils étaient mal fréquentés. Une autre branche qui craque, un nouveau sursaut. Exaspéré par le comportement étrange de la jeune femme, Azel s’exclama :

– Bon ça suffit ! Qu’est-ce qu’il t’arrive à la fin ?

Ne voulant pas l’alarmer inutilement, Leena fit les gros yeux et nia :

– Mais rien du tout. Je suis juste fatiguée.

– Tu es tendue, c’est complètement différent. Ecoute, nous formons une équipe, non ? Donc je veux savoir ce qui te tracasse.

Leena soupira mais céda :

– Je connais ces bois. Et disons qu’en temps normal, je ne m’y attarderais pour rien au monde.

Le jeune fronça les sourcils et demanda :

– Si cet endroit est si dangereux, pourquoi sommes-nous là ?

– Parce que les contourner prendrait deux fois plus de temps et que nous n’avons pas ce temps. Plus vite nous arriverons au camp des Libertaires mieux ça sera pour tous ces gens et moins ma disparition paraîtra suspecte. Et puis nous ne sommes pas sans défense il me semble. Nous allons juste devoir instaurer des tours de gardes pour quelques temps.

Elle ajouta avec un sourire et un petit air goguenard:

– Tu as déjà effectué des gardes, n’est-ce pas ?

Azel releva la tête de son écuelle et croisa son regard.

– Tu sais bien que non.

Le sourire de la jeune femme s’élargit :

– Ne t’en fais pas ! Je vais prendre la deuxième partie de la nuit, c’est le tour le plus dur à tenir. Quand tu te seras un peu habitué, nous échangerons nos rôles.

Elle vit bien que le jeune homme aurait voulu protester mais qu’il était assez intelligent pour savoir quelle bataille mener contre elle. Elle alla donc se coucher, enveloppée dans sa cape bien chaude. Elle eut l’impression d’avoir à peine fermé les yeux quand elle sentit qu’on lui secouait légèrement l’épaule.

– Leena ? Je crois que nous ne sommes pas seuls.

Aussitôt, la jeune femme ouvrit les yeux, se redressa, sortit la dague qu’elle gardait à la ceinture et se posta en position défensive. Ses yeux parcoururent les fourrées sans rien voir. Elle tendit alors l’oreille et finit par entendre un léger craquement. Doucement elle s’approcha du bruit, tous les sens en éveil et sa magie prête à frapper. Azel, à ses côtés ne semblaient pas trop savoir que faire. Il se posta donc à sa droite et se tint, lui aussi, à l’affût.

Les secondes et les minutes s’écoulèrent, la forêt était redevenue calme. Alors au bout de quelques instants, Leena finit par se détendre. Elle allait dire à Azel qu’il s’agissait sans doute d’un animal sauvage qui avait fui quand elle sentit soudain un bras passer autour de son cou, l’attirant contre un corps robuste et très grand. Elle poussa un petit cri de surprise et allait répliquer, mais le fil d’une lame aiguisée vint se poser contre la peau fine de son cou, l’immobilisant aussitôt. Quatre autres hommes sortirent de l’ombre et encerclèrent Azel. L’homme qui tenait la jeune femme prit la parole :

– Ne tente rien de stupide, si tu veux que ta p’tite amie reste vivante, gamin !

Le mage, qui avait garder tout son calme, leva les mains, paumes en avant, pour bien montrer qu’il n’avait pas d’arme sur lui. Très vite Leena jaugea la situation. Elle et Azel étaient assurément en sous-nombre mais ils étaient tous deux mages et ces brigands ne le savaient certainement pas. Ils avaient donc l’avantage de la surprise. Instinctivement elle fronça le nez devant l’odeur nauséabonde que dégageait l’homme dans son dos. Sûrement leur chef.

Elle essaya de capter le regard du mage et secoua très légèrement la tête pour lui signifier de ne pas tenter quoi que ce soit.

D’une voix posée, Azel prit alors la parole :

– Nous n’avons aucune richesse sur nous et nous ne sommes en aucun cas un danger pour vous. Vous pourriez relâcher ma compagne et nous reprendrons chacun le chemin qui est le sien.

Leena put lire la stupéfaction sur les visages des hommes et sentit le torse dans son dos soudain secoué de frémissements. L’homme hurla de rire, bientôt suivit par ses hommes. Finalement il se calma et lui répondit :

– Eh ben petit, elle était bien bonne celle-là ! Bien sûr qu’on sait qu’vous avez rien de valeur. Mais vois-tu mes hommes ont faim et je suis sûre que toi et ta poulette avez de quoi grailler ! Mais j’avoue que vous laisser vivre nous apporte pas grand chose ! Désolé hein, la vie est dure pour tout le monde et vot’ sac à l’air bien plein. Les gars occupez vous de lui !

L’expression horrifiée qui se peignit sur le visage d’Azel devait être l’exact reflet de la sienne. Et pourtant elle ne pouvait pas dire que cela l’étonna beaucoup. Elle soupira et décida qu’il était grand temps de passer à l’action. Elle espérait qu’Azel aurait les réflexes et le bon sens de la suivre dans son attaque.

Elle concentra toute sa magie de feu sur les bras qui la retenait prisonnière. Aussitôt le feu en elle répondit présent et l’homme qui la tenait poussa soudain un cri de douleur perçant avant de la relâcher. Leena ne perdit pas une minute et jeta un sort de boule de feu sur l’un des hommes qui encerclait Azel. Implacable, le sort l’atteignit à la jambe et l’homme hurla lui aussi. Azel se joignit au combat et lâcha un sort puissant qui écrasa les hommes au sol, seul le chef, trop loin, fut épargné. Il aboya des ordres à ses hommes :

– Relevez-vous mauviettes ! Tuez-moi ces mages !

Mais le sort d’Azel était toujours actif, clouant les brigands à terre. Leena en profita pour s’occuper du chef, et invoqua un mur de flammes hautes qui entourèrent le pauvre homme. Désespéré et les bras ballant et brûlés, il jeta des regards en tout sens, à la recherche d’une issue qui n’existait pas. Petit à petit le mur se rapprochait de l’homme qui se mit à gémir d’horreur.

Voyant que la situation était maitrisée, Leena s’approcha de l’homme en souriant.

– Sais-tu ce que je fais moi, des assassins dans ton genre ? Je les brûle, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un petit tas de cendres. J’efface ainsi toute trace de ton existence nauséabonde de la surface de la terre…

Elle leva la main pour jeter le sort qui l’achèverait, non sans souffrance, mais elle se sentit soudain immobilisée. Seuls ses yeux pouvaient encore bouger et elle vit que c’était Azel qui la retenait.

– Azel ?

L’effort de maintenir deux sorts en même temps lui avait tendu les traits et des gouttes de sueur dégoulinaient sur son visage déformé par la concentration. Difficilement il articula :

– Leena, je crois que ces hommes ont compris la leçon. Je pense que l’on devrait simplement les laisser partir maintenant, ces messieurs ne nous embêteront plus.

D’une voix bien plus aigüe, le chef acquiesça :

– Non p’tit gars. On vous laissera tranquille toi et la demoiselle. Pitié ne nous tuer pas !

Hors d’elle, Leena répliqua :

– Oh la ferme ! Vous n’auriez pas eu cette courtoisie à notre égard ! Azel relâche ton sort. Je comprends que tu puisses trouver ça inhumain mais crois-moi, si on les laisse s’en sortir aujourd’hui on le regrettera un jour.

Parler devenait de plus en plus dur pour le mage :

– Mais…il se trouve…que pour le moment…c’est à moi de choisir…ce que l’on va faire d’eux…Ecoutez-moi attentivement…messieurs…je vais levé le sort…et vous aller partir…sur le champ…c’est clair ? Sinon je la laisserai faire…

Evidemment, les brigands répondirent tous par l’affirmative. Quelques secondes plus tard, ce fut fait et il ne resta que leur chef toujours piégé au cœur des flammes. Enfin Azel put à nouveau parler et respirer normalement.

– Promets-moi que si je te libère, tu laisseras cet homme s’en aller.

Toujours furieuse, la jeune femme finit par répondre.

– Je promets.

Elle se sentit enfin à nouveau maîtresse de ses mouvements et abaissa, avec regret son sort. L’homme lui jeta un regard meurtrier. La tension autour de leur champ était quasiment palpable. Elle était prête à frapper si le brigand avait la bêtise de l’attaquer à nouveau. Malheureusement il finit par se détourner et s’éclipser dans l’ombre, laissant Leena et Azel seuls.

C’est la première fois qu’elle ressentait autant de colère contre le mage. Ou plutôt contre son ignorance, sa bête naïveté. Lentement il s’approcha d’elle et voulut s’expliquer.

– Leena je suis désolé, c’est juste que je ne pouvais pas…

La jeune femme leva une main pour le stopper et lui dit d’une voix froide et cassante.

– Inutile d’en dire plus Azel. Tu n’auras jamais dû faire ça, parce qu’ils ne nous attaqueront peut-être pas nous, mais quelque part, d’autres voyageurs paieront les frais de ta magnanimité.

Voyant le visage déconfit d’Azel, elle se radoucit subitement.

– Le mal est fait de tout façon et tu as fait un choix en ton âme et conscience. J’espère vraiment, sincèrement que tu n’auras jamais à en payer les conséquences. Va te coucher je prends la relève.

Juste avant de rejoindre sa couche, Azel murmura :

– Pardonne-moi… tu sais pour t’avoir…immobilisée.

Leena haussa les épaules et le regarda :

– Ne t’en fais. Mais… n’oublie pas que nous formons une équipe, je ne serais jamais contre toi. Jamais. Tu ferais mieux de te coucher. Nous aurons besoin de toutes nos forces et notre vigilance pour traverser la forêt demain.

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Chapitre 11 – Celui qui remonte la pente

La vie s’écoula paisiblement, trop paisiblement pour Noria. Voilà quelques semaines que Seth et les Lavellans étaient partis. Et depuis elle était en constante représentation, à toujours faire semblant ; manger alors qu’elle n’en avait pas envie, sourire alors que son cœur saignait, faire la conversation alors que le silence lui convenait parfaitement. Sans compter qu’elle devait se faire accompagner pour le moindre mouvement. Elle avait l’impression de redevenir une petite fille, ayant constamment besoin d’aide, de la main de quelqu’un pour se déplacer. Pour le moment, son œil droit ne semblait pas aller bien mieux, même si, parfois en se réveillant le matin, elle avait l’impression d’apercevoir de la lumière et des formes, mais elles s’estompaient bien vite.

Pour son cœur ? C’était une autre histoire. Elle n’arrêtait pas de se repasser les derniers moments qu’elle avait eus avec Seth. Elle pouvait encore sentir ses lèvres sur les siennes, le goût de sa bouche, la chaleur de son corps, tout ! Comme il lui manquait ! La douleur était presque physique. Et dire qu’elle n’avait eu le droit qu’à une semaine avec lui. Comment pouvait-elle être à ce point accro ? Vivre avec son absence était déjà dur mais vivre avec des regrets était bien pire. Et des regrets elle en avait ! Elle aurait dû lutter pour elle, pour ses rêves, pour lui ! Mais maintenant c’était trop tard.

Elle avait essayé d’avoir des nouvelles de lui mais l’information mettait toujours beaucoup trop de temps à venir jusqu’ici. Jusqu’au jour où son père revint du village Shemlen le plus proche. Il semblait mal à l’aise. Il s’assit à ses côtés et lui annonça :

– J’ai des nouvelles Ma Elgara. Il semblerait que la mission de simple reconnaissance soit devenue un peu plus compliquée que ça.

Noria agrippa la main de son père et la serra fort.

– Papa, arrête le suspense tu veux ! Dis-moi qu’il est toujours en vie !

Elle savait que ses parents avaient du mal à comprendre son attachement profond pour Seth mais ils respectaient ses sentiments et avaient bien vu l’état de leur fille après le départ du jeune elfe. Ils n’étaient pas nés de la dernière pluie, et ils savaient reconnaître un chagrin d’amour quand il en voyait un.

– Eh bien c’est un peu compliqué…

– Je t’en prie, Papa… dis-moi !

– Il y a eu un accident au Conclave.

A ces mots le cœur de Noria, déjà éprouvé ces derniers temps, explosa littéralement. Les scénarios les plus horribles défilaient devant ses yeux et tous finissaient par la mort de Seth. Mais ça n’était pas possible, pas lui !

– Il semblerait que tous les elfes ayant participés à la mission soient morts à cause de l’ouverture d’une brèche gigantesque. Celle que l’on aperçoit au loin en ce moment même dans le ciel. Oh pardon ma chérie, évidemment tu ne peux pas savoir ! Mais il y aurait un survivant, apparemment. Malheureusement je n’ai pas réussi à connaître son identité.

Noria s’était recroquevillée complètement sur elle-même, son front touchant presque ses genoux, les deux mains agrippant fermement l’endroit où se situait son cœur. Elle priait en silence.

« Faiseurs, si vous existez vraiment je vous en supplie, faites que Seth soit vivant. Ne me le prenez pas à nouveau. Gardez-le en vie ! »

Subitement elle prit une décision.

– Papa, emmène-moi là-bas. Je dois savoir !

– Noria tu es encore faible…

– Non ! Je vais très bien d’accord ? Il n’y a que mes yeux qui n’ont pas guéri mais tu seras mon guide. Je t’en prie Papa, j’ai besoin de savoir !

Son père soupira, il connaissait le caractère têtu de son enfant, et le pli de détermination qui barrait la bouche de Noria, lui indiqua clairement que la lutte était totalement inutile.

Il céda donc et ils partirent dès le lendemain matin, impossible de retenir Noria plus longtemps. Lorsqu’ils arrivèrent au village Shem, Noria eut la chance de rencontrer un barde itinérant, fraîchement arrivé au village.

Il lui redit ce que son père lui avait annoncé et lui confirma l’existence d’un survivant. Un elfe, qui appartenait maintenant à l’Inquisition reformée, qui avait miraculeusement survécu au massacre et qui était maintenant surnommé Le Messager d’Andrastré. Son prénom était Seth.

Le soulagement lui souffla les jambes, et le barde dû la retenir in extremis. Noria se reprit bien vite. Alors comme ça Seth était le Messager d’Andrasté. Quelle ironie ! Le jeune elfe devait être ravi ! Pour la première fois depuis des jours, un grand sourire éclaira le visage de Noria, mieux encore elle sentit un rire chatouillé sa gorge, qu’elle laissa volontiers éclater. Il était vivant !

De retour au clan, elle prit une décision. Fini les remords, fini les lamentations ! Seth était toujours debout et il avait dit qu’il viendrait la chercher. Elle devait donc être prête, elle devait faire en sorte que son œil gauche fonctionne à nouveau et surtout elle allait devoir s’habituer à n’avoir qu’un œil. Devant cette détermination nouvelle, son plus jeune frère, le plus proche d’elle en âge et en caractère, Adan, lui proposa de l’aider dans sa rééducation.

Première étape, enlever le bandeau qui protégeait constamment ses yeux. Lorsqu’elle le fit devant son frère. Celui-ci retient subitement sa respiration, puis se reprit bien vite et camoufla sa gêne par un toussotement maladroit.

– C’est si horrible que ça ? Dis- moi et ne me ménage pas !

– Euh… non pas si terrible. Ta peau est juste légèrement rougie là où tu as été brûlée, ton œil gauche me parait tout à fait normal, mais… ton œil …

– Quoi mon œil ! Il est mort Adan alors pas la peine de prendre des gants avec lui, il ne t’entend plus !

– Ouh ! Tu refais de l’humour bizarre j’imagine que c’est bon signe. Bon, comme tu voudras, ton œil droit est tout blanc. Tu risques de faire peur aux enfants !

Elle avait crû être prête à tout entendre mais apparemment on ne se préparait pas vraiment à ce genre de chose. Elle savait qu’elle avait été jolie, elle n’en tirait pas de fierté particulière, c’était juste un fait pour elle. De toute façon avec deux grandes sœurs bien plus dans les canons de beauté elfique et quatre grands frères qui n’ont pas arrêté de la charrier toute son enfance, elle n’avait jamais eu de fierté mal placée. Mais savoir qu’elle était défigurée lui donna tout de même un sérieux coup au moral. Adan le remarqua tout de suite.

– Je vais trouver une solution, si tu veux le cacher No. Ne t’occupe pas de ça ! Le plus important pour le moment c’est de réhabituer ton œil à la lumière.

Au bout d’une semaine elle distinguait de plus en plus souvent des choses. En attendant Adan la faisait travailler, son sens de l’équilibre, des passes au corps à corps, se fier à ses autres sens et à se mouvoir sans l’aide de personne, avec un simple bâton. Un jour qu’il lui parlait de tout et de rien. Elle eut subitement très mal à son œil gauche. Elle hurla de douleur et posa sa main dessus par réflexe.

– No ? Qu’est ce qui t’arrive ? No ?

Subitement la douleur reflua. Noria redressa la tête et son visage exprimait la surprise la plus totale. Elle leva la main vers le visage de son frère, sans tâtonnement, elle lui toucha la joue.

– Adan ?

– No ? Tu… tu vois ?

Dans un cri de joie elle se jeta dans les bras de son grand frère, riant et pleurant tout à la fois. Elle voyait !

Le miracle n’avait pas été éphémère. Au bout d’une semaine elle voyait aussi bien qu’avant le choc. Bien sûr sa vision lui semblait très étrange au début, les perspectives étaient quasiment inexistantes, les distances modifiées. Elle allait devoir s’habituer, mais pour le moment, il lui arrivait souvent de se cogner contre les meubles, les gens, les arbres, bref à peu près tout. Aujourd’hui elle avait décidé de se regarder pour la première. Elle s’était isolée dans sa tente, elle avait besoin de faire face seule. Elle prit son courage à deux mains et mis le miroir à hauteur de son visage.

A première vue ça n’était pas si terrible ! La peau était effectivement rougit et légèrement fripée. Bon elle n’allait pas se mentir, ça n’était pas très beau. Elle passa ensuite à l’examen de son œil droit. Elle sursauta légèrement. Par Mythal, elle avait du mal à se reconnaître. Tout son œil était vraiment blanc, d’un blanc presque pur. Bon si avant elle était jolie, là elle devenait carrément intimidante. Adan n’avait pas menti, elle avait maintenant un côté inquiétant. Elle vit des larmes roulées sur ses joues, sans trop comprendre d’où elles venaient. Avec surprise elle toucha sa joue mouillée. Manifestement, tout ça lui tenait bien plus à cœur qu’elle ne voulait le prétendre.

Allant à l’encontre de ses directives, Adan passa la tête dans la tente.

– Noria ? Tout va bien ?

Promptement elle essuya ses joues et essaya de masquer ses larmes.

– Oui oui tout va bien !

Elle tenta de lui sourire mais elle vit qu’il n’était pas dupe.

– J’ai un cadeau pour toi petite sœur. Il vient de notre part à tous.

Adan lui tendit un morceau de cuir. Celui-ci avait la taille d’un gros bandeau, finement ouvragé.

– Il cachera ton œil et tes cicatrices si tu le souhaites. Papa a travaillé le cuir et Galdor l’a enchanté. Il tiendra sans attache et il n’y a que toi qui pourras l’enlever.

Lentement, Noria passa son doigt le long des arabesques ciselées.

– J’aurais l’air d’un pirate avec ça ! Mais merci Adan, merci d’y avoir pensé. Je remercierai toute la tribu tout à l’heure.

Elle mit en place le bandeau et observa l’effet que cela faisait sur elle. Voilà c’était son nouveau visage maintenant. Elle avait presque de la classe avec. Elle sourit à sa nouvelle image.

– Bien, il est temps de redevenir le meilleur chasseur du clan !

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Chapitre 10 – Toujours vivante

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Rain faisait les cent pas dans sa chambre. Il était en colère et déçu. Il était tard, la nuit était déjà bien avancée et la maison silencieuse. Il avait passé quelques heures dans le jardin à attendre. Elle n’était pas venue, elle avait encore fui. Cela l’énervait d’autant plus qu’il ne comprenait même pas pourquoi il prenait cette rebuffade autant à cœur.

Mais la vérité était que cette femme exerçait sur lui une attraction et une fascination qui l’empêchait parfois de penser. Il admirait la combattante, ressentait de la compassion pour la jeune fille arraché à son clan et réduite en esclavage, appréciait son esprit fin et plus éduqué que certains Magisters qu’il avait déjà eu l’occasion de rencontrer, et surtout depuis hier, il la désirait comme un fou. Il n’avait quasiment pas dormi la nuit dernière, à se repasser la scène, encore et encore, sentant presque son corps chaud et souple contre le sien. D’habitude, Rain ne se laissait pas guider ainsi par ses envies et ses désirs. Il était quelqu’un de posé, de mesuré. Mais son monde avait volé en éclats il y a quelques temps et il ne savait parfois plus trop où il en était. Il savait néanmoins ce qu’il voulait. Seren.

Il aurait aimé le lui dire, mais elle ne lui en laissera pas l’occasion. En soupirant, il s’assit finalement sur son lit et se prit la tête entre les mains.

Son séjour devenait, décidément, bien compliqué. La mort de Tia l’avait profondément touchée. Il ne pouvait pas s’empêcher de s’en vouloir de ne pas avoir réussi à sauver cette pauvre jeune fille. Il revoyait encore la scène : la douleur de Tia, sa mort presque salvatrice, la détresse et la tristesse de Seren.

Et puis cette révélation soudaine sur son attirance pour Seren, qu’il allait devoir taire puisque, apparemment, la jeune elfe ne souhaitait pas entamer quoi que ce soit avec lui.

Il retira sa chemise et s’apprêta à se coucher lorsqu’il entendit un léger grattement à la porte de sa chambre. Il crut d’abord rêver, mais le grattement se fit à nouveau entendre et le doute ne fut plus permis. Intrigué, il se dirigea vers la porte, la main prête à dégainer un puissant sort de glace pour geler un possible intrus.

Il ouvrit la porte et se détendit instantanément, étonné. Seren. Que faisait-elle ici ? Cela avait-il de l’importance après tout. Elle était là, en chemise de nuit, et avait l’air mal à l’aise. Elle triturait son châle entre ses doigts et le regardait comme si elle hésitait entre lui sauter dessus et fuir à toutes jambes.

Sans un mot il se décala et lui ouvrit plus grand la porte, l’invitant à entrer, si elle l’osait.

 

Elle s’était enfermée dans sa chambre toute la soirée. Essayant d’abord de faire quelques enchaînements pour se changer les esprits, puis de méditer. Mais ses pieds la démangeaient, voulaient rejoindre Rain dans le jardin. Elle avait pris sa décision, elle  ne pouvait pas revenir en arrière, peu importe combien elle le désirait. Elle avait enfilé sa longue chemise de nuit et un châle en laine. Debout devant sa fenêtre, elle contemplait la lune, levée depuis quelques heures. Elle soupira bruyamment, et se passa la main dans ses longs cheveux défaits. La nuit allait être longue.

Plus le temps passait, plus les raisons qui la tenaient éloignée de Rain lui semblaient dérisoires. Après tout, pourquoi n’aurait-elle pas, elle aussi, droit à un peu de bonheur et de plaisir dans sa vie ? Elle était vivante, elle avait des sentiments, ça n’était pas parce que Darius ne semblait pas s’en rendre compte qu’elle n’en n’avait pas. Et elle ne pouvait pas effacer ce qu’elle ressentait comme par magie. Mais elle s’était comportée comme une lâche, préférant fuir plutôt que d’affronter ses peurs.

Soudain elle prit une décision, et avant de changer d’avis elle se précipita dans le couloir. Si jamais il y avait encore de la lumière sous la porte de Rain, elle considérerait cela comme un signe des Faiseurs et elle frapperait à sa porte.

Son cœur battait la chamade avant de passer l’angle du couloir qui la mènerait devant sa porte. Elle s’arrêta brusquement lorsqu’elle vit de la lumière en tournant dans le bon couloir. Elle n’avait plus le choix, elle s’était juré d’aller jusqu’au bout. Alors elle s’approcha, prit son courage à deux mains et frappa doucement, tellement doucement qu’elle doutait que quiconque d’humain puisse entendre. Alors elle se força à frapper plus fort.

Elle n’entendit aucun son mais brusquement la porte s’ouvrit, dévoilant Rain, torse nu, bel et bien éveillé. Elle ne s’était jamais sentie aussi nerveuse de sa vie, même ses combats dans l’arène l’angoissaient moins que de pénétrer dans la chambre de Rain. Elle le dévorait du regard, admirant son torse puissant, mais hésitait encore entre lui sauter dessus et fuir le plus rapidement possible. Rain se poussa et lui ouvrit la porte, un sourcil levé, comme s’il la défiait d’entrer.

Elle inspira et fit deux pas dans la pièce. Rain referma la porte derrière elle, se posta devant la cheminée où un feu brûlait, bras croisés sur sa poitrine et attendit, toujours sans mot dire, le visage impassible.

Seren s’adossa contre la porte, les mains croisées dans le dos. Elle regardait partout dans la pièce, comme si elle cherchait une issue de secours. Elle se décida finalement à prendre la parole.

– Je ne sais pas vraiment ce que je fais là.

Rain haussa un sourcil et répliqua froidement.

– La porte est juste derrière vous.

Il la testait, voulait savoir si elle était vraiment prête à aller jusqu’au bout. Pour le lui prouver, Seren fit quelques pas vers lui, prudemment.

– Je sais, l’ennui c’est que je ne me sens pas capable de m’en aller. Vous allez devoir me chasser.

Enfin, Rain sortit de sa torpeur, décroisa les bras et fit à son tour quelques pas vers elle. Ils étaient maintenant très proches l’un de l’autre. Comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher, il leva la main et passa une mèche de ses cheveux derrière son oreille pointue.

– Alors nous sommes face à un problème, Seren. Parce que je ne compte pas vous chasser de cette chambre.

Un long frisson d’anticipation et de désir contenu, traversa la jeune femme de la tête au pied. Elle posa sa main sur celle de Rain, qui s’était plaquée sur le côté de sa tête. Elle leva les yeux vers lui et sentit tous ses derniers doutes disparaître. S’abandonner à un homme qui vous regardait de cette façon ne pouvait en aucun cas être une mauvaise chose. Elle posa la main sur son torse, comme elle en mourrait d’envie depuis qu’il lui avait ouvert.

– Pardonnez-moi de ne pas être venue.

Rain lui sourit et frotta doucement son nez contre le sien. Son souffle titillait les lèvres de la jeune femme.

– Je vous pardonne, Seren. Mais vous allez devoir écouter ce que je voulais vous dire. Hier je ne vous ai repoussé que parce que je pensais que vous étiez bouleversée et que vous ne saviez pas ce que vous faisiez. Et en aucun cas ça n’était parce que je ne vous désire pas Seren. Bien au contraire.

La jeune elfe déglutit difficilement. Elle avait la gorge sèche, les jambes en coton et le corps et les joues en feu. Que ces mots étaient doux à ses oreilles ! Sans plus réfléchir, elle passa ses bras autour de son cou, enfouissant ses doigts dans ses cheveux courts et doux et se jeta sur sa bouche comme une femme affamée. Rain rit doucement devant son empressement, passa ses bras autour de sa taille et la serra contre son torse nu. Leur baiser devint rapidement intense et ils se dévoraient la bouche comme si la fin du monde était prévue pour la fin de la nuit. Seren se rapprocha encore de lui, alors que Rain lui mordilla doucement la lèvre inférieure puis remonta doucement ses lèvres sur la peau de sa joue. Il finit sa course sur le lobe de son oreille qu’il prit entre ses dents en lui murmurant :

– Seren, restez avec moi cette nuit.

La jeune elfe gémit doucement et ne put qu’hocher la tête, alors que Rain continuait plus haut et titilla son oreille jusqu’au bout pointu. Ses mains vagabondèrent sur son corps et firent tomber son châle à terre. Il posa ses mains sur ses hanches et les fit lentement remonter le long de ses côtes. Arrivées au niveau de sa poitrine, il stoppa son ascension. Ses lèvres étaient descendues vers sa gorge et Seren le serra fort contre elle. Rain se releva ensuite et reprit ses lèvres. Faiseurs ses baisers étaient un vrai délice! Elle ne s’en lasserait jamais. Sa bouche savait se faire tendre, sensuelle et ferme à la fois. Les mains de l’humain étaient remontées vers sa poitrine, et défaisaient les lacets qui attachaient sa chemise de nuit. Une fois cela fait, il les posa sur ses épaules à moitié nues et fit descendre le tissu le long de ses bras, dénudant sa poitrine puis son ventre plat, avant de faire tomber le tissu à ses pieds. Il se recula alors et la regarda. Privée de la chaleur du corps de Rain contre le sien, Seren frissonna à nouveau, mal à l’aise devant les yeux pénétrants de l’humain sur son corps.

Elle savait qu’elle n’était pas horrible à regarder, mais elle était également lucide. Son corps était couvert de cicatrices en tout genre, certaines nettes et presque invisibles, d’autres plus boursouflés et éternellement rosâtres. Elle était bien loin des beautés délicates dont Rain avait sûrement l’habitude.

Elle ne voyait pas ce que Rain voyait. Une guerrière fière, altière, dont le corps était la preuve vivante de sa puissance. Les yeux brillants et les cheveux flamboyants à la lueur du feu de cheminée, les seins pleins et fièrement dressés vers lui, réclamant son attention, elle avait tout d’une héroïne des temps anciens.

Avec étonnement, Seren vit Rain se laisser tomber à genoux devant elle, enfouir sa tête entre ses seins et humer doucement son parfum. La sensation de sa barbe contre sa peau nue fut à la fois étrange et délicieuse. Puis il se mit à embrasser doucement chacune de ses cicatrices avec révérence. Ce moment était tellement tendre que Seren en eut les larmes aux yeux. Elle avait déjà couché avec d’autres hommes, mais il ne s’agissait que d’un simple soulagement physique, jamais ses partenaires n’avaient pris le temps d’embrasser son corps comme il le faisait, d’être tendre avec elle. Si elle y réfléchissait, elle n’avait jamais fait l’amour avec un homme. Son cœur se gonfla alors de tendresse pour Rain. Elle passa un bras autour de son cou puissant et une main dans ses cheveux, fermant les yeux pour mieux apprécier ses attentions.

Elle sentit soudain les lèvres de Rain se poser sur le globe d’un de ses seins. Elle gémit de plaisir, alors que sa bouche, légèrement entrouverte, explorait la peau tendre de son sein, formant des cercles sans jamais toucher son mamelon, qui était tellement dur que cela en devenait douloureux. Il passa ensuite à l’autre sein et lui réserva le même traitement. Les doigts de Seren se crispèrent dans les cheveux de Rain et elle gémit de frustration et de bonheur mélangé. Il leva la tête vers elle et plongea ses yeux clairs dans les siens. Captive de son regard elle le vit se pencher et, enfin, prendre la pointe sombre de son sein entre ses lèvres. Sa respiration se bloqua dans sa gorge, alors que Rain ferma les yeux. Il mordilla, lécha et suça ses mamelons, les mains ancrées à ses hanches. Elle ressentit cette même chaleur que la veille, montant doucement au creux de son être et se dirigeant petit à petit vers son bas-ventre. Après quelques minutes, elle prit le visage de Rain dans ses mains et le guida doucement pour qu’il se relève. Une fois remis sur ses pieds, Seren l’embrassa à pleine bouche et le fit gentiment reculer vers le lit. Docilement, Rain se laissa faire et lorsque l’arrière de ses genoux buta contre le matelas il s’assied sur le lit. Seren grimpa aussitôt sur ses genoux et se mit contre lui, sans se détacher de ses lèvres. Lorsque leurs peaux nues se touchèrent enfin, elle soupira d’aise. Plaquée contre Rain, ses bras entourant son cou, ses lèvres contre les siennes, la chaleur se fit brasier. Elle se mit à frotter son entrejambe contre la bosse qui déformait le pantalon de Rain. L’humain gémit contre sa bouche et posa à nouveau ses mains sur ses hanches pour accompagner ses mouvements de rein. Leurs bouches se séparèrent enfin et Rain plongea la tête dans les cheveux flamboyants de la jeune elfe, gémissant sans retenu face aux mouvements de Seren.

– Par Andrasté, Seren ! Si tu n’arrêtes pas maintenant, je ne réponds plus de rien.

La jeune elfe rit doucement.

– Je n’ai aucune envie d’arrêter.

Elle sentit alors les mains de l’humain lui agripper les cuisses et elle bascula soudain dans un cri, se retrouvant sur le dos, Rain au-dessus d’elle, un sourire malicieux aux lèvres. Il les posa ensuite sur celles de la jeune femme. Il les baisa doucement, puis descendit le long de sa gorge, sur le haut de sa poitrine, sur la peau tendre entre ses seins et vers son nombril. Il se mit à genoux par terre et chercha son regard. Lentement, il posa ses mains sur les cuisses de la jeune femme. Celle-ci s’était relevée sur les coudes et le regardait d’un air surpris. Rain s’interrogea ; se pouvait-il que Seren ne sache vraiment pas ce qu’il avait l’intention de faire ? Il en eut la confirmation lorsqu’il lui écarta doucement les cuisses et qu’elle haussa un sourcil, l’air encore plus étonnée. L’odeur de l’excitation de la jeune femme arriva jusqu’à ses narines et le besoin animal de la faire jouir avec sa bouche, de lui offrir ce plaisir pour la première fois, s’empara de lui. Il voulait vénérer son corps comme elle le méritait.

Seren se demandait ce que Rain attendait. Pourquoi ne retirait-il pas son pantalon et ne venait-il pas sur elle. Elle trouvait très gênant qu’il se soit positionné là, entre ses cuisses, le regard sur son sexe humide d’excitation. Elle sursauta quand la bouche de Rain se posa à l’intérieur de sa cuisse, sa barbe lui chatouillant la peau. Ses lèvres remontèrent doucement et par réflexe elle posa sa main sur la tête de l’humain pour stopper sa progression.

– Qu’est-ce que tu f… ?

Sa question se finit dans un gémissement sourd, presque animal, lorsque les lèvres de Rain se posèrent sur ses lèvres intimes. Mythal que lui faisait-il ? Il embrassait les lèvres de son sexe comme s’il s’agissait de sa bouche et lorsque sa langue prit le relais, elle cessa tout à fait de penser. Rain passa les bras autour de ses cuisses et lui remonta bien haut, les maintenant écartées. Il gémit lorsqu’il obtint enfin le plein accès à son corps. Il la lécha de haut en bas et lorsqu’il trouva enfin son clitoris il lui embrassa doucement, faisant crier la jeune femme de plaisir. Rain lâcha l’une de ses cuisses pour faire descendre sa main vers son sexe. Ses doigts prirent le relais sur son clitoris pendant que sa langue pénétra doucement son intimité. Le corps de la jeune elfe se cambra et elle jouit instantanément, inondant sa bouche de son nectar qu’il lapa avec délice jusqu’à la dernière goutte. Mais il ne s’arrêta pas pour autant et elle eut à peine le temps de reprendre ses esprits, qu’il la pénétra avec un doigt pendant que sa bouche partit à l’assaut de son clitoris. La jeune femme haletait, les mains crispées sur les draps, la bouche ouverte en un gémissement sans fin.

Il ne se lassait pas de l’entendre gémir, encore et encore. Il la pénétra d’un second doigt, et enfoui dans la chaleur de son être il commença un léger va et vient. Il cessa de sucer son clitoris pour faire remonter ses lèvres sur son corps. Lorsqu’elle le put, la jeune femme lui prit la tête entre les mains, le guida vers ses lèvres et l’embrassa. Sa bouche avait un goût différent, son goût à elle réalisa-t-elle. Cela ne lui déplut pas, au contraire, elle trouva cela terriblement excitant. Les doigts de l’humain se trouvaient toujours en elle et lorsqu’il accéléra ses mouvements, sa tête partit en arrière en un cri. Elle n’arrivait pas à aligner deux pensées cohérentes. Elle n’était que chaleur et plaisir et elle n’avait jamais perdu à ce point ses moyens. Si elle ne connaissait pas autant Rain, elle le soupçonnerait de lui avoir jeté un sort. La pression dans son entrejambe augmenta encore d’un cran et rapidement elle se trouva au bord de la jouissance. Mais les mouvements de Rain ne faisaient que la maintenir dans cet état, sans jamais la précipiter vers le plaisir. Incapable de faire une phrase correcte, elle gémit, mais de frustration cette fois-ci, et murmura :

– Rain… S’il te plait….

Le jeune homme embrassa son front, trouva son regard et lui sourit. Il fit soudain quelque chose avec ses doigts qui refroidirent légèrement. Le contraste entre la chaleur de son corps et la froideur de ses doigts la fit sursauter. Il accéléra encore et Seren sentit soudain un flot de magie la parcourir, partant de son sexe pour se répandre dans son corps. Un tel plaisir la traversa que tous ses muscles se tendirent et qu’elle convulsa légèrement sous le coup des violentes ondes de plaisir. Rain avait anticipé sa jouissance et avait capturé son cri dans sa bouche. Ils s’embrassèrent pendant quelques minutes encore puis Rain bascula sur le dos et la serra contre lui. Ils restèrent quelques minutes ainsi, puis Seren se tourna vers lui et déposa une pluie de baiser sur son visage. Elle descendit vers son cou, lui mordillant la peau, la léchant, savourant chaque millimètre de sa peau. Elle prit ses mamelons durcis entre ses lèvres et les aspira dans sa bouche, faisant gémir Rain.

Soudain, elle s’arrêta et s’assit. Elle mordit dans sa lèvre inférieure et regarda Rain. Elle semblait soudain fragile. Rain posa sa main sur sa joue.

– Tout va bien ?

– Oui, c’est juste que… je ne sais pas…enfin je…comment je peux…

Elle inspira profondément et essaya de mettre de l’ordre dans ses pensées. Elle rougissait à vue d’œil et Rain trouva cela toujours aussi charmant.

– Je ne sais pas comment te rendre la pareille.

Rain sentait que cela lui tenait à cœur. Il se redressa également en position assise et posa doucement ses lèvres contre celles, gonflées, de la jeune femme.

– Cela n’est pas nécessaire, tu sais.

– Je sais, mais je veux te donner autant de plaisir que tu viens de m’en donner. S’il te plait, apprends-moi !

– Bien d’accord. D’abord retire-moi mon pantalon.

Seren lui sourit et lui prit la main. Elle le remit debout et défit les lacets de son pantalon. Rain lui prit la tête entre les mains, la regarda un moment alors que les mains de la jeune elfe se faufilait dans son pantalon, trouvant son sexe douloureusement durci qu’elle libéra enfin de son carcan de tissu. Sa fine main se referma sur son membre tendu et pressa légèrement tout en imprimant un mouvement du haut vers le bas. Rain gémit et l’embrassa doucement. Seren le libéra et fit descendre le tissu le long de ses cuisses puis de ses mollets. Rain s’en débarrassa d’un coup de pied et la serra contre lui. Enfin ils étaient nus tous les deux, l’un contre l’autre. La jeune elfe posa avec délice ses mains sur ses fesses musclées, qu’elle pétrit de ses doigts. Rain la guida à nouveau vers le lit. Il se positionna assis, le dos callé contre la tête de lit et de nombreux coussins. Seren le rejoignit et se mit entre ses cuisses ouvertes. Debout sur ses genoux, la jeune femme le domina d’une tête et se pencha pour l’embrasser longuement sur la bouche. Rain guida à nouveau sa main vers son sexe et la jeune elfe reprit son mouvement. Il lui dit alors, les lèvres contre les siennes :

– Tu te rappelles ce que je t’ai fait il y a quelques minutes ?

Seren rit doucement.

– Je vois mal comment l’oublier.

Les lèvres de Rain s’étirent en un lent sourire de satisfaction, purement masculine.

– J’espère bien ! Eh bien, tu n’as qu’à me faire la même chose. Utilise ta bouche et ta langue, fais tout ce qui te passe par la tête, cela ne pourra qu’être agréable.

– D’accord.

Elle le regarda alors, l’air soudain gourmand et se lécha lentement les lèvres. Elle posa sa bouche contre le haut de son torse et descendit lentement, parcourant sa peau de baiser. Elle embrassa son nombril et descendit plus bas encore. Elle se mit à plat ventre, se redressa sur les coudes et se trouva face à son membre. Comme pour tester, elle lécha doucement son sexe, de haut en bas, arrachant un gémissement à Rain. Voyant que l’effet ne semblait pas déplaisant, elle continua à le lécher, et saisit d’une inspiration soudaine, elle descendit plus bas encore pour atteindre la peau tendre de ses testicules. Rain posa sa main sur la tête de la jeune femme et plongea ses doigts dans ses cheveux.

– Créateur ! Prends-le en bouche, Seren.

Obligeamment, la jeune elfe obéit et lorsque la chaleur de sa bouche se referma sur le sexe de Rain, celui-ci gémit sourdement et crispa les doigts dans les cheveux de la jeune femme. D’instinct, elle bougea lentement sa bouche du haut vers le bas, comme sa main auparavant. Elle ne pouvait pas le prendre en entier en bouche, alors elle positionna sa main à la base de son membre et imprima le même mouvement que sa bouche. Elle prit tout son temps pour sucer son gland, l’aspirer dans sa bouche. Rain rejeta la tête en arrière, contre les oreillers, et ferma les yeux pour mieux savourer les douces sensations que Seren lui provoquait. Elle accéléra ses mouvements de va et vient de sa bouche et de sa main. Éperdu, l’humain se laissa complètement aller et accompagna de sa main les mouvements de tête de la jeune femme.

– N’arrête pas, Seren. N’arrête pas …

Stimulée par ses mots et le plaisir qu’elle lisait sur ses traits tendus, la jeune femme mit encore plus d’ardeur dans ses mouvements, le plongeant encore plus loin dans sa gorge. Elle leva les yeux vers lui et croisa son regard vert clair qui la transperça presque. Les muscles de son cou saillaient, ses sourcils étaient légèrement froncés mais son regard était hypnotique. Il crispa soudain tous ses muscles, ferma les yeux et tira sur ses cheveux.

– Je t’en prie, arrête Seren.

Ayant eu peur de lui avoir fait mal, Seren stoppa tout. Elle se redressa, lui prit la tête entre les mains et le regarda, inquiète.

– Tout va bien ? Je suis désolée si je …

Rain l’arrêta tout de suite en l’embrassant.

– Non ! Tu as été parfaite, mais un peu plus et tout ce serait arrêter beaucoup trop vite.

Il referma les jambes, la prit par les hanches et la guida sur lui. Seren le chevaucha à nouveau et l’embrassa.

– Rain j’ai besoin de toi. J’ai besoin de toi en moi, maintenant.

Seren se souleva légèrement et empoigna le sexe de Rain. Elle frotta quelques instants l’entrée de son intimité humide contre son gland, puis lentement descendit de quelques millimètres. Elle rejeta la tête en arrière alors que Rain posa son front contre le haut de sa poitrine, y déposant des baisers légers. Il avait passé un bras autour de sa taille et son autre main était posée contre sa nuque. Il releva alors la tête et leurs regards s’accrochèrent pour ne plus se lâcher. Seren descendit alors complètement jusqu’à ce qu’il soit profondément enfoui en elle et que leurs corps ne formaient plus qu’un. La jeune elfe se sentit soudain différente, comme complète. Elle n’avait jamais été aussi vivante, aussi femme de toute sa vie. Elle passa les bras autour du cou de Rain et se plaqua contre lui.

– Bouge pour moi, Seren.

La jeune femme s’exécuta, ondulant légèrement des hanches. Cela déclencha une telle onde de plaisir en elle qu’elle cria. Rain la ressentit aussi et gémit doucement. Créateur, il n’avait plus ressenti cela depuis … Avait-il seulement ressenti cela un jour ? L’important c’était qu’à cet instant il ne voulait pas se trouver ailleurs que dans le corps de cette femme. Les mouvements de hanches de la jeune elfe s’accélérèrent, elle en voulait plus, tellement plus. Elle s’accrocha à ses épaules et l’embrassa sans cesser ses mouvements. La vague de plaisir monta, enfla, menaça de la submerger sans vraiment y parvenir. Elle sentait qu’elle se tenait au bord du gouffre mais n’arrivait plus à faire un pas. Elle monta plus haut, s’empala plus profondément mais ne fit que maintenir le plaisir au même niveau. Ses mouvements se firent plus désespérés, ses baisers plus insistants. Elle ne put que gémir :

–  Rain …

Elle n’eut pas le temps de faire un mouvement supplémentaire, Rain l’avait plaquée dos contre les draps et se tenait maintenant au-dessus d’elle. Il lui embrassait la gorge et murmura contre sa peau :

– Mon vrai prénom est Alexei.

Surprise par cette confession soudaine, Seren lui releva la tête et croisa son regard. Il semblait plus vulnérable, comme s’il regrettait presque son aveu. Elle lui caressa doucement la joue et lui sourit.

– Alexei. Fais-moi l’amour. Personne ne m’a jamais fait l’amour.

Les yeux de Rain s’adoucirent soudain. Il écrasa ses lèvres contre les siennes, et commença à bouger rapidement. Seren se cambra pour l’accueillir encore plus profondément, relevant haut ses jambes, les mollets presque plaqués contre les hanches étroites de l’humain. Elle passa une main derrière sa nuque, alors que l’autre se fit plaquer par celle de Rain contre les draps, au-dessus de sa tête. La pression remonta, forte, à pleine puissance, comme un raz-de-marée, prêt à tout balayer sur son passage. Rain se redressa légèrement, empoigna d’une main l’une de ses cuisses pour la plaquer contre son bassin. Ses coups de rein s’accélérèrent, et il trouva l’angle parfait pour la faire crier de plaisir. Seren se mordit la main pour s’empêcher de hurler et se laissa porter au-delà du précipice. La chaleur l’embrasa complètement, et ses yeux virèrent subitement au rouge intense. Le plaisir transperça son corps comme des milliards d’aiguilles. Son dos décolla du matelas et sa bouche s’ouvrit en un cri rauque. Elle se sentit forte, puissante, en sécurité. Rain sentit son propre plaisir sur le point d’exploser, et enfin il se lassa aller, comme il le désirait depuis qu’elle l’avait pris en bouche. Il se déversa en elle en gémissant, son front contre le sien. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il rencontra deux yeux rouges et prit sur lui pour ne pas faire de mouvement de recul. Leurs corps toujours unis, il leva une main vers son visage et lui caressa la joue du bout des doigts.

– Seren ?

La jeune femme sourit langoureusement.

– Hum hum ?

– Tout va bien ?

Elle ferma les yeux et l’embrassa tendrement. Lorsqu’elle rouvrit les paupières, ses iris étaient à nouveau d’un vert profond.

– Je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie.

Soulagé, Rain rit doucement et bascula sur le côté. Seren se plaqua contre lui, la tête confortablement installée au creux de son épaule. Elle était tellement bien.

– Merci, Alexei.

Il lui embrassa le haut du crâne et la serra contre lui. Demain ils allaient devoir faire face au monde, mais ce soir, cette nuit, leur appartenait encore.

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Chapitre 10 – Celui qui dit adieu

Aveugle. Elle était aveugle. Elle sentait les bras de Seth autour d’elle, rassurant, mais elle ne put empêcher le raz de marée de panique de la submerger. Puis la douleur lui revint subitement, comme une bombe à retardement. Elle crispa les doigts sur la tunique de Seth et haleta pour lutter vainement contre les vagues de douleur. Elle gémit.

– Seth …

Il la serra à nouveau contre lui et la berça gentiment tout en lui caressant les cheveux.

– Je suis là Da’mi.

Elle le sentit trembler, comme si ses émotions essayaient de s’échapper de son corps.

– J’ai si mal Seth…

– Je sais. Je ne peux rien faire. On va attendre les secours d’accord ?

Réalisant enfin la situation dans son ensemble, Noria se mit à sangloter de manière incontrôlée. Elle était perdue, elle arrivait à peine à se rappeler ce qui s’était passé. Mais elle savait que sa cécité allait mettre fin à tous ses rêves.

– Pourquoi je ne vois plus rien Seth ?

Elle entendit au loin des voix et des bruits de pas. La voix de son père couvrait toutes les autres.

– Noria ? Noria, Ma Elgara que lui est-il arrivé ?

Elle se sentit arrachée des bras de Seth et maintenu fermement par les bras. Son père devait observer son visage. Elle entendit des ordres donnés par Galdor, l’Archiviste de son clan pour éteindre l’incendie.

– Papa ? Je ne vois plus rien.

– Ma fille, ma petite fille… Qui t’as fait ça ?

C’est Seth qui lui répondit et vu le ton qu’il employa il devait serrer les dents à s’en faire mal aux mâchoires.

– C’est Beren.

Elle ne savait pas trop pourquoi mais elle se sentit le devoir de défendre le jeune homme. Elle croyait toujours qu’il y avait encore du bon en lui et qu’il avait simplement péter les plombs.

– Je suis sûre qu’il ne voulait pas ce qui est arrivé. Il ne pouvait pas savoir que j’étais en train de préparer des grenades inflammables.

– Da’mi, arrête de le défendre.

Il semblait presque en colère contre elle.

– Les marques sur ta joue et ton cou ne mentent pas. Il voulait te faire du mal.

La voix de son père, en pleine confusion résonna à nouveau :

– Mais jamais Beren ne t’aurait fait de mal, il voulait t’épouser !

– Je sais papa. Mais pas moi et il ne l’a pas supporté, il ne voulait pas que je parte.

Elle gémit face à une nouvelle montée de douleur.

Galdor intervient d’une voix autoritaire:

– Laisse-moi la regarder !

S’en suit un long silence que Noria ne trouva absolument pas rassurant. Elle sentit juste une vague de magie la transpercer de part en part et la douleur reflua.

– Transportez là dans sa tente au clan, j’ai besoin de l’examiner plus attentivement. Ne restons pas là.

Noria tendit la main vers l’endroit où se trouvait Seth mais elle ne rencontra que le vide.

– Seth ?

Sa voix lui parvint de beaucoup plus loin.

– Je reviens Da’mi, j’ai quelque chose à faire.

Elle l’entendit dégainer ses dagues.

Il ne pouvait pas le supporter. Toute cette détresse, sur le visage de Noria et celui de son père. Et toute cette impuissance qu’il ressentait. Cette rage contre le destin, contre cet homme qui en quelques minutes avait détruit une vie.

Il avait bien vu le regard que l’Archiviste et le père de la jeune femme avait échangé après l’avoir examinée. Il ne pensait pas pouvoir faire quoi que ce soit pour elle.

Au moins, lui le pouvait et il allait retrouver l’immonde enfant de salaud qui lui avait fait ça et le confronter. La rage qu’il éprouvait à cet instant allait trouver un exutoire. Il espérait de tout cœur que l’affrontement se passerait mal, car à la moindre occasion il en profiterait pour lui enfoncer sa dague dans le corps.

Les traces de Beren étaient faciles à suivre. Le chasseur ne semblait pas s’être préoccupé de couvrir ses traces. Tant mieux pour lui. Il devina rapidement qu’au lieu de se diriger vers le clan, Beren s’en éloignait. Finalement il avait décidé, comme le lâche qu’il était, de s’enfuir après son méfait. Bien encore mieux ! Sans tout le clan autour d’eux, ils pourront régler ça entre eux, sans témoin. Un peu plus loin il tomba sur des traces toutes fraîches. Il contourna légèrement sa cible pour lui passer devant puis il se posta bien en vue sur le chemin et attendit.

Il ne patienta pas longtemps, quelques minutes plus tard, Beren sortit des fourrées. Il eut d’abord un mouvement de recul en voyant Seth sur son chemin, visage déformé par la colère et dagues dégainées. Puis il sortit lui aussi son épée. Seth ne put s’empêcher de l’insulter.

– Alors on essaye de s’enfuir après son crime, connard de mes deux ?

Cela le déstabilisa légèrement.

– Mon crime tu veux dire, que … que Noria est morte.

– Non, sinon, crois-moi, tu ne respirerais même plus à cet instant. Tu l’as rendue aveugle !

Il avait hurlé ces derniers mots.

Beren grimaça puis se reprit bien vite.

– Tout ça c’est de ta faute ! Bordel j’allais l’épouser avant que tu ne débarques avec tes grands airs de Shems ! Mais il a fallu que tu te la fasses et elle a accepté comme la putain qu’elle est !!! Maintenant barre toi de mon chemin, je te la laisse.

Là c’était trop, il vit rouge. Sans réfléchir, ni élaborer la moindre stratégie, il fonça sur son adversaire. Il était sans doute moins fort que le chasseur mais son manque de puissance physique était largement compensé par la rage qui l’habitait. Il allait lui faire payer, lui faire ravaler les mots qu’ils venaient de prononcer. Ils se jaugèrent rapidement et Beren prit vite conscience que la colère de son adversaire était autant un avantage qu’un handicap. Ce qu’il gagnait en puissance il le perdait en défense. Il arriva donc à lui donner quelques coups bien placés mais, Seth les lui rendit au centuple, tailladant plus profondément que son opposant. En sang et en sueur après quelques minutes de combat acharné, l’issue du combat était plus qu’incertaine. Mais Beren commit l’erreur de fanfaronner et causa sa perte :

– Tu te bats bien pour un fils de Shem. J’espère qu’au lit aussi parce que la petite putain est une vraie tigresse !

Etait-il complètement stupide pour oser appuyer plus fort encore sur le bouton de sa colère ? Seth s’en fichait bien, mais ce qu’il savait c’est qu’il réussit à bouger encore plus vite que d’habitude. En un éclair il se trouva devant un Beren complètement décontenancé par la subite manœuvre de son adversaire. Seth en profita et plongea l’une de ses dagues dans le cœur du chasseur, le visage déformé par la rage.

Beren lui renvoya un regard surpris, comme s’il n’arrivait pas à croire qu’il venait de perdre et cracha du sang sur Seth. Il tomba ensuite à terre, les yeux grands ouverts. Mort.

Seth releva la tête et hurla.

Il avait besoin d’évacuer le trop plein de rage et l’adrénaline qui courrait encore dans son corps.

Beren avait en partie raison. Il n’était pas coupable de ce qui était arrivé mais il était en partie responsable. Il aurait dû faire plus attention à cet homme, reconnaître les marques de la jalousie. Mais il n’avait pensé qu’à son plaisir, comme d’habitude. Et comme d’habitude, ça n’était pas lui qui en payait le prix fort.

Il dégagea la lame du corps de Beren et l’essuya sur les vêtements du mort. Calmement il rengaina ses dagues et se dirigea vers un court d’eau qu’il avait repéré à l’allée. Il observa un moment les traces de sang sur son visage et les effaça méthodiquement. Puis il dirigea ses pas vers le clan, comme un automate.

Arrivé sur place, il remarqua tout de suite le silence inhabituel qui planait sur le clan. Pourtant il ne s’était absenté que quelques heures. La plupart de ces membres étaient réunis autour de l’Archiviste. Seth alla vers lui et lui demanda aussitôt :

– Comment va-t-elle ?

Galdor posa son regard calme sur lui et lui intima d’un geste de le suivre à l’écart. Une fois éloigné de quelques pas, il posa une main paternaliste sur son épaule, faisant grimacer le jeune homme. Il n’avait pas besoin de son soutien, il avait besoin qu’il lui dise que tout rentrerait dans l’ordre.

– As-tu retrouvé Beren ?

Sans scrupule, il lui mentit.

– Non.

Le vieil homme ne semblait pas dupe un instant mais il ne dit rien.

– J’ai examiné Noria. Elle est sévèrement brulée au visage et un éclat de verre à pénétrer dans son œil gauche. Je ne peux malheureusement rien faire contre la mort d’un organe. Quant à son autre oeil je dirais qu’il n’a rien de sérieux médicalement parlant. Le choc subit a dû lui faire prendre temporairement l’usage de celui-ci. Mais j’ai bon espoir qu’elle retrouve la vue avec cet œil d’ici quelques temps. Elle avait également quelques bleus et deux côtes cassées. Cela au moins j’ai pu lui soigner. Je m’inquiète plus de son état… mental dirons-nous.

Seth s’était senti extrêmement soulagé à l’annonce de sa guérison partielle, mais ce que l’Archiviste lui confia l’inquiéta au plus haut point.

– Comment ça ?

– Elle semble… ailleurs. Elle ne réagit plus à rien. Peut-être que tu auras plus de chance Da’len.

Seth regarda avec inquiétude la tente de Noria, prit son courage à deux mains et s’y dirigea. Il entra dans la tente et tomba nez à nez avec une femme qui ressemblait à Noria en plus âgée. La mère de la jeune femme semblait surprise de le trouver là. Elle revient sur ses pas et parla à la silhouette prostrée dans un coin du lit.

– Ma Elgara, le jeune homme des Lavellans est venu te voir.

Elle adressa un faible sourire à Seth.

Une voix faible et monocorde lui parvient :

– Qu’il s’en aille, je ne veux pas le voir.

– Il est déjà là ma chérie, alors sois polie et tourne toi au moins vers nous.

Noria se redressa subitement, s’assit et tourna la tête vers eux. Un bandage lui barrait les yeux et une grimace d’amertume déformait sa bouche.

– C’est là où le bas blesse maman ! Je ne VOIS pas où vous êtes !

– Je sais ma fille. Je vais vous laisser un peu d’accord ? Je reviendrai tout à l’heure.

Elle sortit de la tente et fit descendre la toile pour leur laisser un minimum d’intimité.

 

Noria pouvait le sentir. Elle sentait sa présence physique, son parfum à lui, ainsi qu’une odeur de sang. Le lit s’affaissa sous le poids de Seth qui venait de s’asseoir à côté d’elle. Il pressa l’une de ses mains sur sa joue et effaça doucement les larmes qui coulaient silencieusement sans qu’elle puisse rien n’y faire.

– Je suis désolé, Da’mi.

– Ça n’est pas de ta faute Seth, n’essaye même pas de te mettre ça sur le dos d’accord? Je suis seule responsable de ce qui m’ait arrivé. Est-ce que… est-ce que tu l’as tué ?

– Ne te préoccupe pas de ça, il ne te fera plus jamais de mal je te le garantie.

Le silence tomba entre eux. Subitement elle se sentit écrasée contre la poitrine de Seth et sentit ses bras la serrer avec force. Ses mains, perdues dans ses cheveux, lui maintenaient la tête fermement contre son torse.

– J’ai cru que tu étais morte.

– C’est tout comme Seth.

– Ne dis pas ça, tu respires !

– Tu vas partir demain et je vais rester là. Tu vas t’en aller et me laisser. Mes rêves sont anéantis. Si Seth, c’est comme si j’étais morte, sauf que je vais devoir vivre avec.

– Je vais rester un peu à tes côtés, peut-être que tu retrouveras la vue plus rapidement que tu ne le penses. Je t’amènerai avec moi.

Noria le repoussa violemment.

– Ne fais pas ça Seth ! Ne me donne pas d’espoir alors qu’il n’y en a pas. Tu partiras demain et tu m’oublieras, je sortirai de ta vie. Tu vivras beaucoup d’aventures et moi je resterai là. A ressasser ce qu’aurait pu être ma vie, loin d’ici, avec toi …

Sa voix se brisa tout à fait.

– Maintenant va-t-en d’accord ? Je ne supporte pas les adieux. Je ne supporte pas de te dire adieu mais il le faut. Parce que jamais je ne retrouverai la vue. Je ne sais pas ce que l’Archiviste t’as dit mais j’ai moins d’une chance sur dix Seth !

– Il reste de l’espoir Da’mi. Tu es plus coriace que ça et tu vas te battre !

– Non Seth c’est fini.

Il ne pouvait pas le croire. C’est quand il sentit son cœur se serrer puis éclater dans sa poitrine qu’il se rendit compte à quel point il tenait à ce petit bout de femme. Leur histoire ne pouvait pas se terminer comme ça ! Alors qu’elle venait à peine de commencer.

Elle se mit à genou et doucement chercha son visage à tâtons. Elle le trouva et l’encadra de ses mains. Sa voix tremblotait tellement qu’elle craint un instant de ne pas pouvoir lui parler à nouveau.

– Adieu, mon bel elfe. La semaine que j’ai passé avec toi a été la plus belle de ma vie et je ne regrette rien. Ne te blâme pas pour ce qui m’est arrivé. Va accomplir ta mission et vit pour moi d’accord ?

Les lèvres de Seth s’écrasèrent sur les siennes et ses bras se refermèrent autour de sa taille. Ce baiser à la fois tendre et passionnel lui dit tout ce que Seth ne pouvait pas formuler en paroles. Par Mythal comment allait-elle pouvoir vivre maintenant ? Sans lui, sans rien ? Avec un gémissement de déchirement elle s’éloigna du jeune elfe et lui avoua :

– Je t’aime Seth.

Elle le sentit trembler dans ses bras.

– Moi aussi Da’mi. Moi aussi je t’aime et je ne t’abandonne pas. Je reviendrai te chercher.

Elle eut un sourire désabusé. Non il ne reviendrait pas.

– Merci emma’lath. Va-t’en, ne te retourne pas. Et surtout reste en vie.

– Je reviendrai !

Il mit tellement de force dans ces deux petits mots qu’elle fût presque tentée de le croire. Mais elle ne le devait pas, la déception serait plus cruelle encore.

– Peut-être. Maintenant pars! Je suis fatiguée. Je te souhaite bon voyage et bonne chance.

Elle s’éloigna à regret de la chaleur de ses bras et se recroquevilla dans un coin du lit, lui signifiant que la conversation était finie. Pour la première fois elle bénit sa cécité qui l’empêcha de le voir sortir de la tente. Elle aurait sans nul doute craqué, l’aurait supplié de ne pas l’abandonner, de l’aimer quand même.

Elle entendit le froissement de la toile et une main maternelle se poser sur son épaule.

– Tout va bien Ma Elgara ?

Elle se tourna vers sa mère et s’accrocha à elle en sanglotant violemment.

Non elle n’allait pas bien, elle venait de laisser l’homme qu’elle aimait s’éloigner d’elle, elle l’avait même supplié de le faire. Et il était parti.

Pour toujours ?

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Chapitre 10 – Un pas de danse

Azel l’évitait, elle en était maintenant sûre et certaine. A chaque fois qu’elle le voyait quelque part et qu’elle se dirigeait vers lui, il s’arrangeait pour disparaître subitement. Cela l’enrageait. Comment pouvait-elle le reconquérir s’il n’acceptait même plus sa présence. Lui en voulait-il pour ce qui s’était passé ? Pourtant ils avaient été deux à s’embrasser et s’il est vrai qu’elle l’avait provoqué, c’est bien lui qui avait initié le baiser. Depuis cette nuit, et sa nouvelle résolution, elle s’appliquait consciencieusement à se mettre sur son chemin le plus possible, à lui sourire dès qu’elle le voyait. Elle avait à nouveau la nette impression que sa seule présence physique le mettait mal à l’aise, comme il y a trois ans. Était-ce bon signe ? Elle n’en savait rien mais s’il refusait tout dialogue, elle ne voyait pas trop comment débloquer la situation, d’autant qu’ils devaient, dans un peu plus d’une semaine, partir ensemble pour une mission assez délicate.

Un jour enfin, alors qu’il la fuyait encore, elle réussit à le suivre. Il était entré dans un bâtiment non rénové du Fort, comme en dernier recours. Mais cette fois il n’avait aucun moyen de lui échapper.

Résolue, elle pénétra dans le bâtiment et cligna des yeux pour les habituer à la pénombre qui y régnait. Elle se trouvait dans une grande pièce, haute de plafond, aux larges poutres apparentes, dont le toit avait quelques trous qui laissaient filtrer un peu de lumière. Aucun meuble, aucun endroit pour se cacher et aucune sortie. Le jeune homme se trouvait forcément là.

– Azel ? Tu es là ?

Aucune réponse évidemment, et aucun bruit d’ailleurs. Cette partie de cache-cache commençait vraiment à contrarier la jeune femme qui croisa les bras sur sa poitrine.

– Franchement ce petit jeu commence à m’agacer sérieusement et si je dois brûler ce bâtiment pour t’en faire sortir, je le ferai !

Toujours rien. Leena s’avança un peu plus et tourna lentement sur elle-même, levant la tête pour ne manquer aucune issue. Elle finit par repérer quelque chose. Deux yeux brillaient dans l’obscurité. Un chat était perché sur une poutre en hauteur et la suivait des yeux. La jeune femme s’approcha un peu :

– Bonjour mon mignon, tu n’aurais pas vu un homme brun et assez lâche pour fuir une faible femme comme moi ?

Le chat se redressa sur ses pattes et descendit de quelques poutres pour se retrouver juste au-dessus d’elle. Son pelage était d’un beau beige qui tournait vers le brun foncé sur ses pattes, sa queue et sa tête. D’étonnants yeux bleus la dévisagèrent un instant. Puis l’animal s’étira et poussa un profond miaulement comme pour lui répondre.

Leena soupira :

– Non évidemment, tu n’as vu personne !

Rapidement elle fit le tour de la pièce du regard et se fit la réflexion à voix haute :

– Mais enfin c’est impossible !

De plus en plus agacée, Leena tapa du pied et analysa la situation. Aucune issue nulle part, aucun endroit où se cacher et elle était certaine de l’avoir vu entrer dans le bâtiment. C’était à n’y rien comprendre. Résignée, elle se dirigea vers la seule porte par laquelle elle était entrée quand soudain, elle eut une espèce de révélation.

Elle se retourna, croisa à nouveau les bras et pencha légèrement la tête sur le côté, un grand sourire aux lèvres. Personne dans la pièce hormis ce chat. Elle s’était rappelée de cet homme étrange qu’elle avait croisé dans les terres sauvages de Korkari. Un chasind très certainement. Elle était encore jeune et allait se faire agresser par une bande de brigands qui en voulait à ses maigres possessions et à son corps d’adolescente. Elle ne savait pas comment se défendre et était tellement paniquée qu’elle n’arrivait à rien avec sa magie. Le petit poignard qu’elle avait à la main n’allait pas l’aider contre cinq hommes beaucoup plus forts qu’elle physiquement. Soudain un ours immense avait fait son apparition derrière ces hommes. Des griffes et des crocs, il en blessa certains, en tua un et fit s’enfuir les autres. Leena avait été terrifiée mais aussi intriguée par le comportement de cet animal. Une fois les bandits en fuite, elle pensait que la bête monstrueuse allait se jeter sur elle. Mais elle avait ensuite croisé ses yeux bruns et y avait lu une lueur presque humaine. L’adolescente et l’ours restèrent un long moment ainsi puis il avait subitement tourné les talons sur ses puissantes pattes. Quelques mètres plus loin, elle vit la silhouette de l’animal s’allonger et en un battement de cil, l’animal se transforma en homme. Leena n’avait jamais vu une chose pareille et comprit tout de suite que l’homme devait être un mage apostat. Brusquement elle était sortie de sa transe pour lui crier merci et, sans se retourner, l’homme s’était contenté de lever une main. Elle s’était ensuite renseignée sur cette capacité sans pour autant y arriver bien sûr.

Se pouvait-il que le jeune homme est appris cette magie sauvage quelque part ? Cela n’étonna même pas Leena. Si quelqu’un en était capable c’était bien lui, à force de farfouiller dans des livres à longueur de temps, il avait très bien pu tomber sur un ouvrage sur la magie chasind et se mettre en tête de l’essayer.

Toujours en souriant, la jeune femme leva les yeux vers le chat toujours perché sur sa poutre et d’une voix chantante appela :

– Azel ! Je sais que tu es là ! Tu es ce chat n’est-ce pas ? Je sais que tu ne pourras pas garder très longtemps cette forme. Et je sais aussi que tu me comprends.

Le chat la regarda fixement puis se mit à se lécher une patte avant, comme si de rien n’était.

Le sourire de Leena s’agrandit.

– Bien, moi j’ai tout mon temps. Comme j’ai hâte de te voir te transformer en homme sur cette poutre qui est à quoi ?… oh deux mètres du sol !

Le chat cessa brusquement sa toilette, la regarda à nouveau et miaula. Il descendit alors gracieusement de son perchoir et vint se frotter aux jambes de la jeune femme.

– Inutile de m’amadouer, je sais que c’est toi. Je veux juste te parler Azel …

Elle s’accroupit alors et lui gratta le haut de la tête, récoltant un profond ronronnement de contentement. La jeune femme rit et se redressa ensuite. Le chat s’éloigna de quelques mètres puis, comme pour le chasind qui l’avait sauvé, il se transforma à nouveau, en un battement de cil, en homme.

Azel souriait :

– J’étais persuadé que tu ne me démasquerais pas.

– Je n’aurais peut-être jamais compris si je n’avais pas vu quelqu’un le faire avant toi. C’est assez impressionnant.

Le jeune homme haussa les épaules.

– C’est une technique assez simple une fois qu’on en connait la base. Le plus dur est de trouvé l’animal qui nous correspond.

– Eh bien tu fais un chat très mignon et très réaliste, toutes mes félicitations !

Soudain plus sérieuse, elle reprit :

– Pourquoi me fuis-tu ?

Le jeune homme parut légèrement honteux :

– Je réfléchis mieux si tu es loin de moi. Et là, j’ai besoin de réfléchir. Mais tu es si obstinée qu’il est difficile de t’échapper.

Leena ne savait que trop penser de cette confession, et cela lui cloua momentanément le bec. Voulait-il insinuer que sa présence physique lui faisait ressentir trop de choses ? Et que donc il ressentait encore des choses pour elle ? En tout cas cela ne semblait pas lui faire plus plaisir que cela. Ou alors sa présence l’insupportait tellement qu’il voulait à tout prix la fuir ! Les deux cas étaient possibles. Après quelques secondes de silence où Leena ne put que le regarder sans rien dire, elle finit par reprendre :

– Je vois. Mais que tu le veuilles ou non, nous avons une mission commune à préparer.

Azel soupira :

– Je sais, je ne l’oublie pas… quand souhaites-tu que nous voyons ça ensemble ?

– Il ne reste plus beaucoup de temps, nous devrions nous mettre en route d’ici quatre jours. Pourquoi pas ce soir ?

Le jeune mage la regarda avec surprise :

– Tu ne participeras pas au banquet de ce soir ?

– Un banquet ?

– Oui pour célébrer la victoire de l’Inquisition à l’Inébranlable

– Étrange je n’ai entendu personne en discuter à la taverne. Et puis au vue de tous ceux qui sont morts après la bataille, sans parler des mutilés, toi et moi savons qu’il ne s’agit pas vraiment d’une victoire.

– Je sais. Je crois qu’il s’agit surtout d’une volonté de dame Joséphine si j’ai bien compris, afin de remonter le moral des survivants.

– Tu y seras ?

– Certainement oui.

– Et cela te dérangerait…si euh… j’y assistais aussi ?

Le jeune homme roula des yeux, comme si cette seule suggestion lui paraissait ridicule :

– Bien sûr que non ! Tu vas où tu le souhaites Leena. Ça n’est pas parce que je…limite nos rencontres, que je souhaite ne jamais te croiser. Donc quand nous voyons-nous pour cette préparation ?

– Eh bien demain, dans l’après-midi. Retrouvons-nous ici, loin des oreilles indiscrètes.

– Très bien. A ce soir au banquet alors.

Soudain pressé de partir, le jeune homme passa devant elle en coup de vent et sortit de la pièce. Bien, et maintenant elle devait trouver une tenue qui allait pouvoir éclipser toutes les autres femmes aux yeux d’Azel et surtout le détourner d’une certaine elfe.

Leena se regarda d’un œil critique dans le seul petit miroir qu’elle avait réussi à trouver. La soirée était tombée depuis longtemps et de sa fenêtre ouverte, elle pouvait entendre l’animation qui régnait déjà dans le grand hall. A croire que toute la Forteresse s’était donnée rendez-vous là-bas. Elle inspecta brièvement sa tenue et lissa le tissu de sa robe. Elle portait une création très originale qui ne ressemblait à aucune mode de Thédas. La robe écrue, aux manches larges resserrées autour des poignets, lui donnait presque un côté virginal, cassé par le décolleté plongeant, qui dévoilait la blancheur de sa gorge et la naissance de ses seins. Resserrée autour de sa taille fine, sa robe cachait ses hanches et s’évasait en larges pans jusqu’à ses pieds. Elle avait décidé de laisser ses cheveux lâchés et ils frisaient donc librement un peu plus bas que ses épaules. Elle avait l’air à la fois innocente et sensuelle. C’était parfait ! Elle sourit à son reflet et se décida enfin à sortir de sa chambre. Elle n’était pas naïve au point de se dire qu’Azel retomberait dans ses bras juste parce qu’elle portait une jolie robe mais elle se dit qu’il était toujours utile de lui rappeler pourquoi un jour il avait été attiré par elle.

Rapidement elle sortit de la taverne et s’apprêtait à grimper les marches lorsqu’elle vit Varric, très élégant dans une tunique étonnement sobre mais toujours ouverte sur le devant de son torse.

Il la regarda longuement et siffla. Leena joua les coquettes, papillonna des cils et s’inclina devant lui avant d’éclater de rire.

– Eh bien, si cette robe a été choisie pour un certain mage, je ne donne pas cher de sa peau.

– C’est effectivement le cas ! Ravie de savoir que mes efforts n’ont pas été vains ! Vous êtes particulièrement élégant vous-même messire nain.

– Vile flatteuse ! Tout ça pour apparaître dans mon prochain roman !

C’est donc ensemble qu’ils grimpèrent les marches et enfin arrivèrent dans le majestueux hall de l’Inquisiteur. Des centaines et des centaines de bougies éclairaient les lieux, donnant une douce lumière à la haute salle. Les tables avaient été tirées contre le mur et garnies de nourritures en tout genre et très raffinée, des choses que Leena n’avait vu qu’au Cercle d’Orlaïs. Les invités avaient tous fait un effort vestimentaire et s’étaient parés de leurs plus beaux atours. Vers le trône, dans le fond de la salle, un groupe de quatre musiciens jouaient une mélodie entraînante. Tout le monde semblait joyeux et le brouhaha des conversations allaient bon train. Varric la laissa rapidement seule et, un verre à la main, la jeune femme déambula entre les différents groupes formés. Elle sourit à plusieurs personnes, rendit son petit salut à l’Inquisiteur Seth, qui lui jeta un rapidement coup d’œil de haut en bas avant de lui offrir un sourire malicieux qu’elle lui rendit. Très vite, elle repéra l’elfe Solas mais fut déçue de constater qu’Azel ne se trouvait pas en sa compagnie, comme à l’accoutumé.

Elle n’arrivait pas à le repérer. Soudain le silence se fit dans la salle et Dame Joséphine entama un discours au nom de l’Inquisiteur Lavellan. Leena ne l’écouta que d’une oreille distraite, trop occupée à chercher le mage dans la foule. Elle comprit néanmoins qu’elle remerciait tout le monde pour son sens du sacrifice envers l’Inquisition et qu’ils étaient de plus en plus proches de leur ennemi Corypheus. Elle rendit ensuite hommage aux soldats tombés à l’Inébranlable et à ceux qui ont réussi à revenir. Son discours fini, tout le monde applaudit puis les musiciens recommencèrent à jouer et certains couples se mirent à danser. Leena les observa du coin de l’œil et fut choqué de constater que l’un des couples n’était autre que l’homme qu’elle cherchait depuis le début de la soirée avec la personne avec laquelle elle redoutait de le croiser. Le jeune homme était tellement méconnaissable qu’elle ne put détacher ses yeux de lui pendant quelques minutes. Il portait une longue tunique sombre qui lui descendait jusqu’aux pieds et brodées de fil argenté. Mais, contrairement à tout ce qu’elle lui avait vu porter, cette tunique moulait son corps à la perfection, laissant transparaitre toute la masculinité qu’il cachait tous les jours sous des couches de vêtements. Ses cheveux étaient, comme d’habitude, noués en un chignon serré sur sa nuque. Sa partenaire portait une longue tunique très raffinée et très « elfique » sur un caleçon qui moulait ses longues jambes fines. Ses longs cheveux noirs étaient tressés sur le côté et ses vallaslins dorés brillaient à la lueur des bougies, faisait un contraste saisissant avec sa peau sombre. Ils évoluaient avec grâce et se souriaient, semblant pleinement profiter de la danse. Ils formaient un très joli couple et la jeune femme sentit rapidement une bouffée de jalousie l’envahir. Elle sera les poings et essaya de se concentrer sur autre chose, sans remarquer la bougie qui venait de se consumer en une seconde à cause d’une flamme subitement et étrangement trop vive.

Elle n’allait pourtant pas se laisser abattre. Elle sirota son vin tout en méditant sur le meilleur plan à adopter pour se faire remarquer par lui sans en faire trop.

Il se trouve qu’elle n’eut même pas à chercher et que la solution vint à elle. Elle sentit soudain quelqu’un lui tapoter gentiment l’épaule. Alors se retourna pour se trouver face au soldat Milton, debout devant elle.

Elle en oublia momentanément son plan, trop heureuse de le voir rétabli et sur ses deux jambes.

– Milton ! Alors vous l’avez reçu ? Comment vous sentez-vous ?

Le soldat souleva légèrement le bas de son pantalon pour laisser voir le morceau de métal à la place de son membre manquant.

– Oui une jeune naine est venue cette après-midi et m’a donné cette prothèse. Elle m’a dit qu’une certaine humaine l’avait obstinément harcelée pendant des heures pour cet objet et que c’est elle que je devais remercier.

La jeune femme sourit :

– Oh je me demande qui peut bien être cette personne !

– Allons ma Dame, pas de ça entre nous. Je vous remercie du fond du cœur, vous ne pouvez pas savoir à quel point je me sens revivre depuis que je suis debout sans aide.

– Allons Milton, je n’ai pas fais grand-chose et puis je ne vous voyais vraiment pas déambuler dans la Forteresse en chaise à porteurs !

Le visage très sérieux, l’homme lui prit la main et la baissa.

– Grâce à vous, je vais pouvoir rentrer chez moi pendant quelques temps et ne pas mourir de honte devant ma fiancée.

– Vous êtes fiancé ? Et vous ne me l’avez jamais dit ! Je suis très déçue Milton.

– A vrai dire ma Dame, je ne pensais pas la revoir un jour. Je ne voulais pas qu’elle ait un boulet de mari à porter toute sa vie durant. Mais aujourd’hui avec cette nouvelle jambe c’est différent. Je vais pouvoir lui offrir une belle vie.

– Oh Milton ! Ce que les hommes peuvent être bêtes parfois ! Je suis certaine que votre fiancée aurait cent fois préféré vous voir rentrer à la maison vivant, même sans jambe, plutôt que de ne plus vous voir du tout !

Le soldat haussa les épaules.

– Eh bien, qu’Andrasté et ma Dame soient bénites, nous n’aurons jamais à le savoir. En attendant ma Dame, puis-je vous inviter à danser ? Vous vous doutez bien que je ne suis plus le danseur hors pair que j’étais mais je suis sûr de ne pas trop vous faire honte.

Leena déposa son verre sur une table et lui sourit.

– Avec grand plaisir Milton.

Ils se dirigèrent doucement vers la piste de danse, Milton en boitillant légèrement. Ils commencèrent à faire quelques pas, tout doucement pour que le soldat s’habitude à sa jambe. Leena suivit bien volontiers son rythme et rit aux traits d’esprit que l’homme lui soufflait. Il se sentait ridicule mais en se laissant aider par la jeune femme, ils réussirent à danser au milieu des autres couples. Au détour d’une pirouette, Leena croisa le regard d’Azel posé sur elle, un regard intense qui la captiva. Elle ne put en détacher les yeux et c’est la voix de Milton dans son oreille qui la ramena à la réalité.

– Voulez-vous que nous le rendiez un peu jaloux, ma Dame ?

Leena s’arracha au regard d’Azel pour se plonger dans celui, rieur, du soldat.

– Qu’est-ce que…

– Laissez-moi faire !

Il rapprocha subitement leur deux corps, sans cesser de danser et continua à lui raconter toutes sortes d’anecdotes très drôles à l’oreille, faisait rire la jeune femme. A la fin de la danse, Milton déposa un baiser sur la joue de Leena et la remercia encore. Les joues roses d’avoir dansé, le regard joyeux, la jeune femme ne put s’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles en regardant le soldat partir. Elle savait qu’il aurait à présent une belle vie. Soudain Azel entra dans son champ de vision. Il se posta devant elle et l’observa, la tête légèrement penchée sur le côté.

– Bonsoir Leena.

La jeune femme avait donc réussi à attirer son attention. Et pourtant maintenant qu’une partie de son plan s’était déroulé comme elle le souhaitait, elle ne savait plus que faire ou que dire. Elle déglutit, la gorge soudain sèche.

– Bonsoir Azel.

– C’était un soldat blessé dans la bataille, non ?

– Oui, Milton a eu une jambe arrachée à l’Inébranlable.

– Et pourtant aujourd’hui il marche…

Leena haussa les épaules.

– Encore un miracle du Créateur.

Azel la fixa intensément pendant quelques secondes, puis changea subitement de sujet.

– Tu es très belle.

Heureuse de son compliment, la jeune femme lui sourit.

– Merci beaucoup, c’est très gentil. Quant à toi…eh bien disons que ton nouveau style te va à la perfection. Je suis sûre que Jana est ravie des efforts que tu fais pour lui plaire.

– Je t’ai déjà dit qu’il n’y avait rien entre elle et moi, et je ne souhaite plaire à personne.

– Pourtant tu as dansé avec elle.

– Et je pourrais très bien danser avec quelqu’un d’autre.

Soudain plus sûre d’elle, Leena redressa le menton et fit un pas vers lui.

– Avec moi peut-être ?

– Peut-être.

– Eh bien qu’attends-tu pour me le demander ?

Le jeune homme fronça les sourcils.

– Je n’aime pas qu’on me force la main.

– Bien alors je te souhaite une bonne soirée.

Elle se détourna et sentit soudain une poigne ferme sur son avant-bras. Elle se retourna alors pour croiser les yeux sombres du jeune homme.

– Leena ?

Il n’eut pas besoin d’en dire plus.

– J’ai cru que tu ne me le demanderais jamais !

En silence, Azel la guida vers la piste de danse. Il passa un bras autour de sa taille et noua son autre main avec la sienne. La jeune femme posa sa main libre sur son épaule, retrouva son regard et s’y noya complètement, se laissant entraîner par la musique. Azel était un excellent danseur, appliqué et concentré. Ils ne se quittaient pas des yeux et la jeune femme pouvait sentir la chaleur du corps du jeune homme sous sa main posée sur son épaule et qui émanait de son corps si proche du sien. Les doigts du jeune homme se resserrèrent sur sa hanche, lui rappelant d’autres souvenirs, dans un lit à l’abri de tous, dans une Tour. Ses longs doigts fins se crispant sur la peau de ses hanches alors qu’il allait et venait en elle, sur la peau de l’arrière de sa cuisse, alors qu’il avait la tête entre ses jambes ou encore sur la rondeur de son sein pendant qu’il l’embrassait à perdre haleine. Le jeune homme sembla lire ce qui se passait dans la tête de Leena et une brève lueur de désir traversa ses yeux noirs. Entre eux l’atmosphère était quasiment électrique, et la jeune femme sentit son corps s’éveiller par le pouvoir magnétique de son regard sur elle. Soudain, il descendit plus bas, vers sa gorge et sa poitrine avant de remonter subitement vers ses yeux. Leena eut soudain très chaud et aurait tout donné à cet instant pour pouvoir l’attirer dans une pièce isolée afin de lui montrer dans quel état il la mettait. L’attirer à elle pour l’embrasser comme personne ne l’avait embrassé, le guider par terre ou sur un lit, lui descendre son pantalon, remonter ses jupes à elle et le chevaucher, sans le quitter du regard jusqu’à ce qu’elle puisse lire la jouissance dans ses yeux.

Elle haletait presque à présent et sentait la chaleur de son corps brûler ses joues, maintenant en feu. Elle se resserra contre lui alors qu’ils tournoyaient de plus en plus vite au rythme effréné de la musique. Elle en oublia tout autour d’eux. Comment était-elle sensée lui faire tourner la tête si elle n’était même pas capable de contenir ses propres désirs et émotions ?

Soudain tout s’arrêta et elle fut ramenée à la réalité par les applaudissements de la foule. Azel se détacha d’elle et elle sentit cette perte presque comme une douleur physique. Alors, comme si elle avait besoin de le toucher pour survivre, elle posa sa main contre la joue du jeune homme. Celui-ci ne recula pas, mais lui lança sur un ton légèrement menaçant :

– Leena…

Mais la jeune femme ne se laissa pas intimidée. Elle se redressa sur la pointe des pieds et embrassa son autre joue, laissant délibérément courir ses lèvres contre la peau du jeune homme qui sursauta. Arrivée à sa mâchoire, elle murmura :

– Merci pour cette danse Azel.

Puis elle tourna les talons, sentant le regard du jeune homme sur son dos.

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Chapitre 9 – Ar lasa mala revas

Seren passa le reste de la journée dans sa chambre. Elle n’aurait pu affronter personne. Son corps, son esprit n’était qu’un maelstrom d’émotions, qu’elle n’arrivait pas à contrôler. Elle resta donc prostrée sur son lit, à repenser à tous les bons moments qu’elle avait vécus avec Tia. La jeune fille avait été son petit rayon de soleil. Sa joie de vivre communicative, qui l’aidait à se rappeler qu’elle était humaine, elle-aussi. Avec elle, Seren riait, plaisantait, souriait, bref elle vivait. Que deviendrait-elle sans elle ? Qui s’inquiéterait pour elle, lors de ses combats d’arène ? Elle se sentait tellement perdue. C’était déjà dur de savoir qu’elle ne la reverrait jamais, mais c’était encore plus dur de savoir qu’elle était morte par sa faute, que le poison lui était sans nul doute destiné. Quelqu’un voulait vraiment sa mort, et maintenant elle n’était même plus en sécurité dans cette maison. Elle allait devoir se préparer ses repas elle-même et faire attention à tout et à tout le monde

Elle espérait que Darius en aurait bientôt fini avec elle. « Non Seren, juste avec son corps, son âme est déjà partie, libérée. » Elle ne se souvenait plus vraiment des rituels Dalatiens pour les morts mais elle voulait les donner à Tia, elle qui connaissait très peu ses origines, arrachée très jeune à son clan et ses parents.

Pendant ses heures solitaires, elle essaya du mieux possible d’oublier la scène qui revenait la hanter constamment. Comment avait-elle pu faire une chose pareille ? Elle avait perdu la tête ! La douleur, l’égarement, l’avait jeté au cou de l’humain. Le pire dans tout cela, c’est qu’elle y avait pris un plaisir tel qu’elle n’en avait jamais connu. Leur étreinte lui avait fait totalement perdre la tête et le goût de ses lèvres avait été comme un aphrodisiaque de sorte qu’elle ne pouvait même pas se dire qu’elle ne recommencerait jamais, parce qu’au contraire elle voulait recommencer, encore et encore. Et même aller plus loin. Rien que d’y penser son corps s’échauffait à nouveau, embrasant son bas-ventre. Elle pouvait presque sentir à nouveau ses lèvres sur les siennes, son odeur sous la pluie, ses mains, qu’elle avait eu envie de sentir partout sur sa peau nue.

Elle gémit de frustration et bourra son oreiller de coups violents. Elle finit par s’allonger sur le dos, poings serrés. Mais qu’avait donc cet humain que les autres n’avaient pas ? Même Darius ne lui faisait pas cet effet ! L’avait-il ensorcelé ? Ridicule ! Pourquoi s’embarrasserait-il d’elle ? Il n’avait qu’à se pencher pour récolter une Emilia prête à lui ouvrir les jambes. Rien que de l’imaginer dans les bras de cette sorcière, son sang ne fit qu’un tour. Se pouvait-il qu’elle est mal interprété la réaction de Rain ? Qu’il avait répondu à son étreinte, non par pitié et gentillesse mais parce qu’il la désirait, peut-être aussi fort qu’elle le désirait ?

Elle posa son bras sur ses yeux. Elle n’arrivait pas à gérer tout cela, c’était beaucoup trop pour elle. La mort de Tia, son désir naissant pour Rain, la vision nouvelle qu’elle avait de Darius qui s’était comporté comme un Magister sans scrupule. Oh elle n’était pas naïve, elle savait qu’il était ainsi, mais jamais il ne lui avait montré ce visage, alors elle s’était mise en tête qu’elle faisait partie des privilégiés de son entourage.

Soudain, elle entendit plusieurs coups à la porte de sa chambre.

– Seren ?

Fenendhis ! Que lui voulait Rain ?

– Oui ?

– Darius a … fini ce qu’il avait à faire. J’ai fait en sorte que la dépouille soit rendue aux esclaves.

Seren prit son courage à deux mains. Elle n’allait, de toute façon, pas pouvoir l’éviter tout le temps de son séjour, qui pouvait très bien s’éterniser. Elle se leva et lui ouvrit la porte. Elle trouva aussitôt son regard et prit sur elle pour ne pas réagir à son habitude.

– Merci de m’avoir prévenu, Rain. Je vais organiser la cérémonie pour Tia. Je vais voir avec Darius pour libérer du temps aux autres esclaves pour qu’ils puissent y assister. Il doit bien ça à Tia.

– Bonne idée. Je ne sais pas trop en quoi consistent vos rituels mais si je peux faire quoi que ce soit, je suis à votre disposition.

– C’est gentil.

Rain la regarda tranquillement dans les yeux, serein, comme si rien ne c’était passé entre eux il y a quelques heures. D’un côté elle lui en était reconnaissante, de l’autre elle lui en voulait énormément de ne pas être aussi perturbé par sa présence qu’elle l’était par la sienne. Il lui fit un bref mouvement de tête et se détourna.

– Attendez… !

Surpris, Rain se tourna à nouveau vers elle, un sourcil levé.

– Vous…vous pourriez assister aux rituels si vous le souhaitez. Tia vous aimait bien, je pense que cela lui ferait plaisir de vous savoir présent.

– Oh ! Eh bien je suis très honoré et j’accepte évidemment. J’apprécierai de pouvoir rendre un dernier hommage à Tia.

– Bien. Je vous ferais savoir comment les choses s’organiseront.

Rain partit, Seren décida de se mettre au travail. Première étape, le bureau de Darius. Elle y dirigea aussitôt ses pas. Celui-ci était occupé derrière le lourd meuble en bois, les sourcils légèrement froncés.

– Darius ? J’aurais besoin de vous parler.

– Oh Seren ! Tu viens t’excuser pour ton attitude de tout à l’heure je présume ? Je n’ai pas vraiment le temps pour ça…

– Eh bien non je ne suis pas vraiment là pour ça.

Darius releva la tête surpris.

– Je mettrais toute cette insolence sur le compte de l’émotion due à la mort de ton amie.

Calmement, malgré tout ce que cette question impliquait, Seren demanda :

– Avez-vous découvert quelque chose ?

– Non malheureusement. La petite a eu le gâteau par un aide de cuisine, qui s’est enfui depuis, bien évidemment.

– Oh. Je voulais organiser une cérémonie elfique pour… pour Tia. Je voulais vous demander si vous pouviez libérer les elfes de la maison demain après-midi. Tous voudront participer au rituel.

Darius soupira.

– Sais-tu ce que tu me demande ? Si ça se savait…

– Ces elfes travaillent pour vous depuis toujours. Vous pouvez au moins leur accorder cela non ?

– Très bien, d’accord. Mais je le fais uniquement parce que je l’aimais bien aussi cette petite, et uniquement pour ça.

– Je vous remercie, Darius.

Elle ne lui demanda pas d’assister à la cérémonie. Il n’aurait jamais accepté.

La maison de Darius se trouvait dans un quartier un peu à l’écart de la ville, avec les autres grandes villas des Magisters les plus puissants de la ville. Derrière la maison se trouvait un sentier qui menait vers les collines, derrière la ville. C’est par ce même sentier qu’une procession d’une vingtaine d’elfe, se déplaçait vers le sommet d’une colline et un humain. Seren les guidait, habillée dans une robe Dalatienne fluide pour l’occasion, ses longs cheveux attachés sur sa nuque, en un chignon lâche. Derrière elle deux elfes hommes portait le corps de Tia, posé sur une planche de bois travaillé et entourée de fleurs. Ils grimpèrent sous le soleil de ce début de printemps, lorsqu’une des plus vieilles esclaves se mit à chatonner un chant en elfique, bientôt repris par l’ensemble de l’assemblée. Même Seren se souvenait de cette musique, alors pour faire plaisir à Tia, elle chanta. Ils arrivèrent enfin dans une petite clairière, entourée d’arbres centenaires et pleine de fleurs sauvages.

Elle aurait adoré cet endroit. Lentement les hommes déposèrent le plateau de bois sur l’estrade en paille que Seren avait fait. Un à un, les esclaves vinrent lui faire leurs adieux, lui touchant les cheveux, le visage, les yeux. Rain lui toucha le front et lui posa une marguerite entre les mains. Enfin ce fut au tour de Seren de se rendre à ses côtés pour un dernier au revoir. Le cœur lourd, elle s’approcha de ce qui fut la jeune fille. Elle semblait presque paisible, comme endormie. Pendant un bref instant, Seren eut l’impression que l’adolescente allait se réveiller, lui sourire et rire devant son visage stupéfait. Mais ses yeux restèrent clos, elle ne bougea pas et seul le vent fit frémir ses cils délicats.

Finalement, Seren se résolut à lui dire au revoir. Elle passa une main tendre sur sa joue froide et embrassa son front.

– Au revoir Dahlen. J’espère que tu sauras me pardonner.

Elle se recula et récita les paroles rituelles qu’elle avait retrouvées dans la bibliothèque de Darius, d’une voix claire et haute. Puis l’un des esclaves lui apporta une torche enflammée. Elle la garda un long moment en main, n’arrivant pas à se décider, à faire le geste de plus qui allait définitivement retirer la jeune fille de sa vie. Sans qu’elle ne s’en rende compte, des larmes salées coulèrent silencieusement sur ses joues. Elle sentit alors une main dans la sienne. Surprise elle tourna la tête et découvrit Rain qui lui offrit un petit sourire d’encouragement en lui pressant la main. Seren y puisa du courage et enfin réussit à faire un pas, puis deux en direction du bûcher. Elle leva haut la torche :

– Que Falon’din te guide !

Et enfin elle abaissa le feu vers la paille qui s’embrasa instantanément. Le feu prit tout autour de la paille et monta rapidement vers le corps. Bientôt il ne fut plus visible à travers les flammes et son amie disparut vraiment.

Elle resta debout devant les flammes. Les esclaves étaient déjà retournés vers la maison. Elle ne remarqua même pas être restée seule avec Rain qui s’était mis à sa hauteur et lui dit, de sa belle voix calme :

– Je suis sûr qu’elle ne vous en veut pas.

– Qu’en savez-vous ? Je suis bien placée pour savoir que l’approche de la mort vous change.

– Ce dont je suis certain c’est qu’elle ne voudrait certainement pas que vous vous souveniez d’elle ainsi.

Seren sourit pour la première fois aujourd’hui.

– Oui vous avez raison. Merci d’être venu… et d’être resté.

– Je voulais être présent. J’ai appris que Darius n’avait retiré aucune information de sa manipulation.

Seren fronça les sourcils, ayant encore du mal à contenir sa fureur.

– Non cela n’a rien donné. La pauvre Tia a subi un rituel infamant pour rien.

– Dites-vous que la Tia que vous connaissiez n’est pas celle que Darius a rappelée.

– Oui un jour, je pense y arriver.

Lorsque le corps fut totalement consumé, Seren récolta les cendres dans une petite urne qu’elle sera ensuite contre elle. Les cendres dégagèrent encore un peu de chaleur contre sa peau. Rain lui demanda :

– Allez-vous garder l’urne ?

– Non, Tia a été prisonnière toute sa vie. Elle sera au moins libre dans sa mort. Voulez-vous…

Elle hésita subitement, puis inspira et finit par lui demander :

– Voulez-vous m’accompagner ?

– Bien sûr, Seren. Je suis là pour cela. Je vous accompagnerai jusqu’au bout.

Seren lui sourit et le guida au sommet de la colline. De là-haut, ils avaient une vue imprenable sur la ville qui s’étendaient à leurs pieds. Ils se positionnèrent en fonction du vent. Elle embrassa l’urne et l’ouvrit en murmurant à son amie, pour la dernière fois :

– Ar lasa mala revas.

Les cendres se dispersèrent au gré du vent, Tia les avait définitivement quittés. Seren retint ses larmes et releva le menton. Pour Tia, parce qu’elle savait au fond d’elle qu’elle voudrait qu’elle sourit, qu’elle continue à vivre.

Rain posa une main sur son épaule et la pressa légèrement.

– C’était une très belle cérémonie, Seren.

Elle tourna son visage vers lui et lui sourit.

– Merci.

Rain la regardait avec une intensité qui la cloua sur place. Il leva lentement une main et dégagea une mèche de ses cheveux, qui s’était échappé de son chignon.

– Vous m’évitez depuis hier après-midi et je suspecte que vous comptez bien continuer ainsi. J’ai besoin de vous parler Seren. Pas ici, pas maintenant, mais je veux parler de ce qu’il s’est passé hier soir.

– Rain… vraiment je ne suis pas sûre que…

– Venez me rejoindre dans les jardins ce soir. S’il vous plait. Je vous y attendrai.

Il lui adressa un dernier sourire puis descendit lui aussi la colline en direction de la villa de Darius, la laissant seule. Se pouvait-il que Rain ressente lui aussi quelque chose pour elle ?

« Non, Seren, n’essaie même pas d’y songer un instant. »

Parce que oui, engager une relation quelconque avec Rain n’était qu’un doux rêve. Elle savait que cela ne leur apporterait que des ennuis. Elle était esclave, elle n’était pas libre et Darius ne consentirait jamais à les laisser avoir une relation. De plus c’était une combattante, et elle pouvait mourir du jour au lendemain dans l’arène. Bref il devait bien y avoir une multitude de raisons pour ne pas s’engager dans cette voie. Mais la vraie raison, c’est qu’elle avait une peur terrible. Parce que ce qu’elle ressentait déjà pour Rain était trop fort, beaucoup trop imprévisible et incontrôlable et les émotions fortes lui étaient interdites.

Et puis qui pouvait savoir ce dont était capable Darius s’il avait vent de quoi que ce soit. Elle savait qu’il pouvait se montrer absolument implacable et il ne supportait pas que l’on touche à ce qui lui appartenait. Et elle avait beau lutter contre cette idée de toutes ses forces, elle lui appartenait. Même s’il lui laissait beaucoup de liberté, elle était toujours enchaînée et le resterait jusqu’à la fin de ses jours.

Ils n’avaient donc aucun avenir commun. Accepter ce rendez-vous ce soir, c’était se diriger vers un chemin douloureux, effrayant, inconnu. Et pour la deuxième fois en moins de quelques jours, Seren allait faire quelque chose qu’elle n’avait jamais fait avait.

Elle allait fuir.

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Chapitre 9 – Celui qui faisait trop confiance

Lorsque Noria ouvrit les yeux le lendemain matin. Elle le ressentit tout de suite : le frisson de l’excitation. Demain ! Demain, enfin elle allait quitter le clan, vivre une nouvelle vie, devenir plus qu’une pauvre petite Dalatienne. A cette idée son cœur s’emballa, sa bouche s’assécha et une coulée d’adrénaline traversa son corps. Elle sourit. Sa famille serait évidemment triste, et elle aussi paniquait un peu à l’idée des aux revoirs à venir, mais ils se rendaient tous bien compte que la vie tranquille des elfes Dalatiens ne lui convenait pas. Et comme ils ne souhaitaient que son bonheur, ils la laisseront partir sans faire d’histoire ou de drame.

Elle tourna la tête vers l’elfe endormi à ses côtés et dont le bras la maintenait fermement contre son corps chaud. Les cheveux tombant sur son front, la bouche légèrement entre-ouverte, Seth était encore profondément endormi. « On dirait un petit garçon » pensa-t-elle. Avec tendresse Noria chassa les mèches rebelles qui lui tombaient devant le visage. Comment était-elle tombée si vite sous le charme de cet homme ? Elle n’était pourtant pas naïve, elle savait que parfois le sexe était tellement bon qu’il pouvait troubler les sentiments, faire croire à de l’attachement profond, alors qu’il n’était question que d’attraction physique. Oui mais voilà, en le regardant là, endormi, elle ne désirait pas seulement son corps, elle voulait aussi et surtout son sourire, son rire et son bonheur. Elle ne savait absolument pas s’il ressentait quelque chose au-delà de la camaraderie et du désir pour elle. Elle n’osait, en tout cas, pas l’espérer. Seth n’était pas le genre d’homme à s’attacher facilement et durablement. Il vivait sa vie à fond et comme il l’entendait. Elle ne pouvait que souhaiter que quoiqu’il éprouve pour elle aujourd’hui, cela ne se tarisse pas tout de suite, car elle voulait encore en profiter. Elle savait que ses sentiments la feront souffrir tôt au tard, lorsqu’il se lasserait d’elle, mais elle était prête à prendre le risque, juste pour quelques jours ou semaines de bonheur supplémentaires. Au moins pourraient-ils rester amis ?

Elle se pencha vers lui et lui embrassa le bout du nez. Seth fronça légèrement les sourcils sans se réveiller pour autant. Doucement, elle se dégagea de ses bras et partit chercher de quoi manger. Elle rentra ensuite et prépara du thé. Aujourd’hui elle avait du pain sur la planche. Elle n’avait pas encore trouvé le temps de faire ses préparatifs pour le départ et elle ne voulait en aucun cas le retarder sous prétexte qu’elle n’était pas prête. Elle avait ses affaires à préparer et surtout quelques potions à concocter. L’odeur de thé et de pain frais, qu’elle avait récupérer au clan, eut l’effet escompté ; Seth s’étira et ouvrit enfin les yeux.

– Bonjour Beau Gosse, le petit-déjeuner est servi !

Seth bailla à s’en décrocher la mâchoire et s’assit. Noria vient s’asseoir à côté de lui et lui tendit une tasse de thé odorante et fumante. Elle l’embrassa et lui demanda taquine :

– Bien dormi ?

– Dormi ? Je ne me souviens pas avoir dormi cette nuit. Je me suis fait déranger par un espèce de lutin blond et démoniaque !

– Oh mon pauvre chéri ! J’espère que tu l’as puni en conséquence.

Seth lui prit la tasse d’une main et le menton de l’autre, lui relevant la tête :

– Oui mais pas assez fort apparemment, j’ai peur qu’elle en redemande.

– Oh c’était un lutin femelle ! Alors tu es fichu, il parait qu’elles ensorcellent leurs victimes pour qu’elles ne s’échappent pas.

Seth se pencha pour murmurer à l’oreille de la jeune elfe :

– On verra bien qui sera le plus fort.

– Je parie sur elle sans hésiter. Mais trêve de babillage, j’ai beaucoup de choses à faire aujourd’hui et j’ai besoin d’être très concentrée. Donc il va falloir que tu quittes la cabane.

– Tu me chasses ?

– C’est pour ton propre bien crois-moi ! Je ne pense pas que distraction et composé hautement inflammable fassent bon ménage.

– Je te distrais, moi ?

Elle frotta son nez contre le sien :

– Oui, beaucoup trop et tu le sais !

Seth rit.

– D’accord, tu as gagné ! Je finis le petit déjeuner et je file.

Ils mangèrent ensemble et discutèrent des préparatifs pour demain. Puis Seth se rhabillât et traîna légèrement les pieds lorsqu’il s’agit de quitter la cabane. Il s’y sentait bien et aurait mille fois préféré rester avec elle et l’aider que de retourner au clan ou il allait devoir subir la « conversation » de son archiviste qui ne manquerait pas de lui donner de tas de « conseils » pour sa mission. Comme s’il y connaissait quoique ce soit !

Noria dût pratiquement le jeter dehors, lui empoignant le devant de la tunique et le poussant vers la porte.

– Aller file ! Sinon nous allons devoir repousser le départ et on va encore dire que c’est de la faute des femmes qui ne savent pas se préparer en temps et en heure !

– Très bien, très bien ! Inutile d’en venir aux mains ! Je m’en vais ! Viens me chercher lorsque tu auras fini…

Et il ajouta avec une intonation dramatique…

– … enfin si je ne suis pas décédé d’ennui avant ça, bien sûr.

Noria rit et lui ouvrit la porte.

– J’ai toute confiance en tes capacités de survie.

Lorsqu’il passa devant elle pour quitter la chaumière, elle eut comme un flash, une espèce de prémonition. Comme si quelque chose de terrible allait se passer. Sous l’impulsion de ce terrible présage, elle empoigna son coude, se jeta à son cou et l’embrassa comme si demain ne devait jamais exister. Lorsqu’ils se séparèrent, hors d’haleine, Noria se sentit légèrement honteuse de cette démonstration un peu disproportionnée d’affection. Seth la regarda bizarrement un sourcil haussé en signe d’incompréhension. La jeune elfe se racla la gorge et balbutia :

– Euh… je ne… je ne serais pas longue.

Sentant que quelque chose n’allait pas, Seth lui prit la main et la baisa doucement. Il lui sourit et lui dit :

– Je t’attendrai, Da’mi.

Et il partit. Elle ne savait vraiment pas ce qui lui avait pris. Il devait la prendre pour une folle. Peut-être le devenait-elle après tout ou alors c’était le stress et l’excitation du départ. Elle haussa les épaules, referma la porte et se mit au travail. Elle avait réussi à créer un composé extrêmement dangereux, qui s’enflammait aussitôt qu’il rencontrait l’air. Elle comptait en faire des petites grenades à main. La difficulté avait été de trouver un verre assez robuste pour résister à ce mélange. Elle devait travailler vite et avec précision. C’est pourquoi elle devait être seule, elle ne souhaitait absolument pas blesser qui que ce soit.

Elle prit une chaise et se mit au travail, arrivant à fabriquer une demi-douzaine de grenades. Elle s’attela à la concoction de poison et de quelques remèdes simples. Elle était tellement concentrée sur son travail qu’elle failli ne pas entendre le sourd battement à la porte.

Avec un soupir, elle arrêta ce qu’elle était en train de faire, se dirigea vers la porte tout en se demandant qui cela pouvait bien être. Avec impatience, un deuxième coup retenti, plus fort cette fois et une voix connue ordonna :

– Noria c’est moi ouvre ! Je veux te parler !

La jeune elfe s’arrêta aussitôt.

– Beren ? Que fais-tu là ? Après notre dernière « discussion », je ne suis pas certaine d’avoir envie de te voir.

Le jeune homme semblait gêné.

– Justement, je voulais m’excuser pour mon comportement. Ouvre s’il te plait j’aimerais autant te dire ce que j’ai à te dire dans les yeux et pas à travers une porte.

Bon, Beren semblait d’humeur plutôt amicale et elle retrouvait un peu le jeune homme sympathique avec qui elle jouait étant enfant. Elle lui ouvrit donc la porte. Beren la regarda aussitôt, la passant au crible, du haut vers le bas, son regard s’attardant sur le léger suçon dans le creux de son cou (un cadeau de Seth cette nuit). Puis il posa les yeux sur le lit encore défait.

– Noria ? Je croyais que toi et ce… ce bâtard de Lavellan n’étiez pas amants !

– Wouah !  Ce sont les excuses les plus bizarres que j’ai jamais entendues ! Alors je te le répète à nouveau mais je fais ce qui me plait Beren, d’accord ? Donc soit tu t’excuses maintenant, on oublie tout ça et on redevient amis, soit tu t’en…

Elle n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit d’autre. Beren l’attrapa par le cou et la rapprocha de lui. Aussitôt Noria réessaya le coup de genou qui lui avait déjà sauvée la mise avec lui et d’autres hommes trop entreprenants avec elle. Malheureusement Beren s’y attendait cette fois et il para le coup aisément. Il resserra son étreinte sur son cou et la serra contre lui, empêchant la jeune femme de respirer correctement. Noria essaya de lui agripper la main et tenta vainement de lui faire lâcher prise. D’une voix rendue rauque elle lui demanda :

– Beren je t’en prie lâche-moi ! On peut discuter si tu veux !

– Le problème ma douce c’est que tu n’écoutes jamais rien ! Tu n’en fais qu’à ta tête. J’ai essayé de te faire entendre raison ! Par Mythal j’ai essayé ! Tu ne vois pas que je souffre ? Tu ne vois pas ?

Une lueur dangereuse, presque folle étincelait dans les yeux agrandis du jeune homme.

– Je suis désolée Beren, vraiment je…

– Tais-toi ! Tu devais devenir MA FEMME ! Tu entends ? Mienne ! J’ai demandé ta main à ton père, mais il ne voulait pas me l’accorder sans ton consentement ! Et tu ne faisais que me rejeter, encore et encore ! Et maintenant tu veux t’éloigner de moi ? En compagnie de ce connard bouffi d’orgueil, qui est devenu ton amant !

Elle lutta pour se libérer mais il la gifla violemment sur la joue. Sa tête partie sur le côté. Le coup fut si fort que ses oreilles bourdonnèrent et qu’elle vit des étoiles.

– Beren …

Il ne l’écouta pas. Beren était un homme plutôt imposant pour un elfe, bien bâti et assez grand. Sans l’effet de surprise, elle n’avait aucune chance de le battre. Et il le savait. Il la balança à l’intérieur de la pièce sans cérémonie. Son ventre vint douloureusement percuter son établi, faisant s’entrechoquer et bouger dangereusement ses fioles. Par reflexe elle se rattrapa au bord mais cela ne fit qu’aggraver la situation.

Comme au ralenti elle vit la fiole qui contenait le reste du concentré inflammable rouler doucement sur le côté de l’établi. Elle esquissa un geste mais il était trop tard, la fiole s’écrasa au pied du meuble en bois qui s’embrasa presque instantanément et rapidement. Déjà le feu mangeait le haut du meuble, il n’était qu’à quelques centimètres des grenades prêtes. Elle se tourna vers Beren, voulut le prévenir de la catastrophe à venir, mais le jeune homme, dont le visage exprimait l’horreur la plus pure, avait déjà reculé et s’apprêtait à prendre ses jambes à son cou. Le feu atteignit les grenades, Noria essaya de s’éloigner et de se protéger mais en vain. La déflagration la souffla comme un fétu de paille. Son dos s’écrasa contre un mur et quelque chose heurta le côté droit de son visage lui arrachant un hurlement de douleur. Ensuite elle ne vit que le noir, le noir absolu.

 

Trois heures, il venait de tenir trois longues et interminables heures à tenir en place au clan, discutant avec son Archiviste pour le départ et la mission prochaine. S’il devait encore l’entendre lui dire « A votre place, moi je … » il ne répondrait plus de rien et il se pouvait que son poing vienne à la rencontre de la mâchoire de son Archiviste. Il avait tenté de s’éclipser en prétextant une promenade dans la forêt, mais par malchance, l’Archiviste se sentait d’humeur à marcher lui aussi. Si bien qu’il se retrouvait maintenant en forêt à essayer de semer le vieil homme par tous les moyens. Mais il semblerait que l’Archiviste soit encore bien en forme pour son âge.

– Seth ! Attendez-moi jeune homme ! Essayeriez-vous de me semer ?

– Mais non l’Ancien je m’assure juste…

Une déflagration puissante retentit alors, faisant s’envoler les oiseaux à quelques kilomètres de là, en direction de … Non !

– Mais qu’est-ce que c’était que ça ?

– C’est la cabane de Noria ! Allez chercher de l’aide au clan ! Dites-leur qu’il y a eût un accident !

Et il se mit à courir, plus vite qu’il n’avait jamais couru dans sa vie. L’idiote ! Qu’avait-elle fait ? Elle ne pouvait pas… non, non elle allait bien. Elle devait aller bien.

Lorsqu’il atteignit la clairière une épaisse fumée noire montait haut dans le ciel. Rapidement il scanna les alentours, mais ne vit aucune trace de Noria. Sans réfléchir, il courut dans la maisonnette dont la porte était grande ouverte. A l’intérieur il faisait chaud comme dans une fournaise. Le jeune homme se mit à tousser et ses yeux le piquèrent immédiatement. La fumée, alimentée par les nombreuses plantes mises à sécher et les substances créées par Noria, était encore plus épaisse ici et plus nocive aussi. Il se retourna pour voir si la jeune femme ne se trouvait pas dans la pièce et son cœur manqua un battement lorsqu’il aperçut une silhouette couchée sur le côté contre le mur opposé à l’établi. Il se précipita vers elle, prit une couverture encore intacte sur le lit et les y emmitoufla. Il la prit dans ses bras, la serra contre lui et les sortis tous deux de cet enfer.

Il s’éloigna le plus possible de la maison en feu et la déposa sur l’herbe. Elle ne bougeait pas, ne respirait plus.

De sa tempe droite jusqu’à sa pommette, la peau était rougie et brûlée. Une traînée de sang coulait de son œil. Le côté gauche portait les stigmates d’un coup violent et son cou, des marques de doigts.

Fenendhis !  Qui ? Qui lui avait fait ça ?

Promptement, Seth se pencha et commença à lui insuffler de l’air dans les poumons, lui pinçant le nez pour que l’air ne ressorte pas. Sa poitrine se gonflait mais elle ne respirait toujours pas. Seth redoubla d’effort et enfin la jeune elfe toussa violemment. Seth poussa un soupir de soulagement et la serra contre lui.

– Par les Faiseurs tu es vivante !

La jeune femme essaya de parler, mais seul un murmure franchit ses lèvres :

– Seth ? Seth c’est toi ?

Il prit délicatement le visage meurtri de Noria dans ses mains et plongea ses yeux dans les siens. Son œil droit était rouge et l’autre semblait voir à travers lui. Des larmes de sel et de sang coulaient sur ses joues.

– Chut Da’mi… Je suis là maintenant. Qu’est ce qui s’est passé ? Qui t’as fait ça ?

– Je… il… c’est Beren… Il est venu et j’ai été assez stupide pour croire qu’il voulait faire la paix. Mais Seth ? Pourquoi fait-il si noir ? Je ne vois rien ! Rien du tout !

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Chapitre 9 – Ivresse du corps, ivresse des sens

Leena avait appris que le jeune homme un peu étrange aux yeux et à la peau très clairs, qui s’était infiltré dans sa chambre il y a quelques jours, s’appelait Cole. Durant ces derniers jours, elle le voyait souvent du coin de l’œil derrière elle. De temps en temps, il lui proposait encore son aide, obstinément, comme si ses nombreux refus ne l’atteignaient pas. Mais l’étrange jeune homme ne la lâchait pas, lui répétant que sa douleur le perturbait et que c’était son devoir de l’apaiser.

Mais elle ne voulait pas que cette douleur parte, elle l’avait méritée et elle espérait qu’un jour elle s’estompe seule, parce qu’elle aurait gagné son pardon.

Elle continuait à aider les mages soigneurs, et petit à petit les soldats demandaient à ce qu’elle vienne à leurs chevets, pour discuter ou pour qu’elle leur chante une chanson de leur choix. Elle essayait de croiser le plus souvent possible Azel, juste pour le plaisir de le saluer et de lui sourire. Parfois il lui rendait ses attentions, parfois non.

Elle savait que le chemin serait encore long mais elle sentait qu’il était peut-être un tout petit peu plus ouvert envers elle qu’au début. Elle voulait le croire en tout cas.

Aujourd’hui il était également présent dans la tente des blessés et il lui avait souri en lui souhaitant bonjour. C’était donc une bonne journée qui commençait, une très bonne journée. Elle mit tout son cœur dans les chansons que les soldats lui réclamèrent, croisant plusieurs fois le regard d’Azel. Elle se sentait le cœur plus léger, et la journée passa à toute vitesse.

Elle était en train de plaisanter avec un pauvre homme qui avait eu la jambe arrachée mais qui gardait un optimisme sans faille. Leena l’aimait beaucoup et riait joyeusement à ses répliques amusantes. Alors qu’elle avait encore un large sourire aux lèvres, elle lui souhaita une bonne nuit, releva la tête et se figea soudain. Une jeune femme, une elfe, s’était approchée d’Azel et discutait avec lui. Non seulement, le jeune homme semblait lui répondre et prendre plaisir à leur conversation mais il la laissa lui toucher le bras. Brièvement, mais assez longtemps pour que Leena ressente une violente poussée de jalousie mêlée de douleur. Jamais il n’avait laissé quelqu’un le toucher au Cercle des Mages. Elle connaissait l’elfe. C’était une guérisseuse et elles avaient déjà échangé plusieurs fois quelques banalités. C’était une jeune elfe douce et timide du nom de Jana, excellente soigneuse, et qui aimait rendre services aux autres. Ils semblaient à l’aise l’un avec l’autre, bien trop à l’aise au goût de Leena. Le sourire que le jeune homme donna à l’elfe fut le coup de grâce pour la jeune mage. Elle s’obligea à détacher ses yeux du couple et se força à sourire au soldat qui la regardait étrangement.

– Tout va bien jeune dame ?

– Oui, oui tout va bien Milton. Reposez-vous et vous pourrez bientôt quitter cette tente.

L’homme d’une quarantaine d’année se massa la jambe, juste au-dessus de son amputation.

– J’espère que vous m’avez prévu une chaise roulante ou un siège à porteur.

Leena lui sourit. Elle était déjà allée voir une jeune naine qui créait des choses extraordinaires pour lui demander de fabriquer à cet homme une atèle pour qu’il puisse au moins se déplacer librement.

– Ne vous inquiétez pas Milton, je vous ai prévu une petite surprise. A demain !

Comme une automate, Leena se leva, jeta un dernier regard à Azel qui sourit encore à Jana, sans plus prêter d’attention à la jeune mage et sortit de la tente, ses pas la dirigeant vers la taverne.

Alors qu’elle pensait enfin que les choses s’étaient détendues entre eux, qu’elle avait une raison d’espérer, elle venait de prendre un grand coup de massue derrière la tête. Mais après tout, elle ne pouvait pas en vouloir à Azel. Ils n’étaient pas ensemble, ne s’étaient rien promis, et Azel semblait avoir dépassé l’attraction qui les tirait l’un vers l’autre il y a quelques années de cela et que Leena ressentait toujours.

Il était donc temps pour elle t’enterrer cette idée folle qu’elle avait de se faire pardonner à tout prix et pourquoi pas, de le reconquérir. Parce qu’alors qu’elle ne rêvait que de sentir à nouveau le corps du jeune homme contre le sien, lui était passé à autre chose. Cela faisait mal, terriblement mal, mais elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle. Encore une fois, elle avait pris une décision désastreuse et ne pouvait plus rien faire pour changer les choses. Elle avait déjà laissé filer une fois l’homme qu’elle avait cru aimé, adolescente, et la femme qu’elle était devenue aujourd’hui allait devoir faire la même chose à l’homme qu’elle était sûre d’aimer.

La nuit tombait doucement sur Fort Céleste et beaucoup de monde se dirigeait vers la Taverne qui était déjà bien remplie lorsqu’elle y entra. Elle repéra néanmoins Varric, Iron Bull et Sera dans un coin, qui avait déjà entamé plusieurs verres.

Leena s’avança vers eux, s’assied à côté de Bull, lui piqua son verre d’alcool Qunari et le but d’une traite, sous les yeux ébahis des compagnons de l’Inquisiteur. Elle reposa ensuite le verre, et se mit à tousser violement. Bull lui tapota doucement le dos :

– Hey doucement Petit Dragon ! L’alcool Qunari c’est pas fait pour les petites choses délicates !

Une fois sa quinte de toux passée, elle répondit d’une voix éraillée :

– Je ne suis pas une petite chose délicate. Et j’ai besoin d’un autre verre. Tout de suite.

Varric et Sera échangèrent un regard et le nain poussa sa chope vers la jeune femme, tout en faisait signe à la serveuse de les resservir.

Leena enchaina les verres, sans rien dire malgré les nombreuses questions de Varric. Rapidement l’alcool commença à lui monter à la tête mais ne lui délia pas la langue pour autant. Ses compagnons sentaient bien qu’elle était malheureuse et n’insistèrent pas, essayant de la distraire le plus possible. Au bout du cinquième verre, Varric lui demanda de ralentir l’allure mais la jeune femme ne l’écouta pas, cherchant du réconfort dans l’oubli que pouvait procurer la boisson. Sa magie bouillonnait en elle, mais pour une fois elle arriva à la maîtriser, bien mieux que ses émotions en tout cas. Alors que tout le monde riait et chantait elle tenta de noyer son chagrin sans grand succès. La douleur était toujours là et ne voulait pas partir, bien ancrée dans son cœur.

Finalement, alors que Varric était occupé à raconter l’une de ses histoires, que Sera cherchait la prochaine victime de ses farces et qu’Iron Bull faisait son dixième bras-de-fer de la soirée, elle se leva en titubant et essaya de grimper les marches de l’escalier sans se casser le cou. Une véritable épreuve en soi pour la jeune femme. Arrivée au premier étage, elle chercha la poignée de sa porte à tâtons et retrouva le calme de sa chambre.

Enfin elle put laisser ses émotions éclater librement. Malheureusement pour elle, l’alcool n’avait pas eu l’effet escompté et l’avait rendue légèrement malade. Rapidement elle se déplaça jusqu’à la petite fenêtre de sa chambre qu’elle ouvrit en grand. Elle inspira profondément l’air frais, balayant légèrement la brume formée par la boisson dans son esprit. Ses épaules s’affaissèrent brusquement, elle baisa la tête et sentit les premières larmes coulées sur ses joues. Des larmes silencieuses, résignées.

Elle ne se rendit pas compte du temps qui passait, mais elle sentit brusquement qu’elle n’était plus seule dans la pièce. Elle reconnut son visiteur sans avoir à se retourner. D’une voix extrêmement lasse elle demanda :

– Peux-tu me laisser seule, je suis ivre et malheureuse. Je n’ai pas la force de me disputer avec toi.

– Mais je veux vous aider. Si vous ne voulez pas que j’efface, dites-moi ce que je peux faire.

– Rien Cole, rien du tout. Parfois tu dois accepter que les gens doivent souffrir, c’est une partie de la vie. Alors laisse-moi faire le deuil de mon cœur tranquillement, veux-tu. Je te promets que si jamais j’ai besoin de toi, je n’hésiterai pas une seconde à te demander de l’aide.

Elle allait se replonger dans sa triste torpeur, quand il lui vient soudain une idée.

– Attends Cole !

Le jeune homme cessa immédiatement de bouger.

– Peut-être que tu pourrais effectivement faire quelque chose pour moi.

La jeune femme s’approcha de sa besace et chercha son carnet. Elle l’ouvrit et prit la lettre qui y était bien cachée puis la lui tendit :

– Est-ce que tu pourrais…

Elle prit une profonde inspiration.

– J’aimerai que tu t’en débarrasse pour moi. Moi… je n’y arrive pas. Et je dois pouvoir tourner la page.

Cole s’approcha et prit le morceau de papier avec révérence.

– C’est une lettre pour lui ?

Leena soupira.

– Oui, elle lui était destinée. Mais il est beaucoup trop tard maintenant. Alors tu veux bien faire ça pour moi ?

– La prendre pour vous en débarrasser ?

– Oui fait-en ce que tu veux, je ne veux pas le savoir…

– D’accord, d’accord je peux faire ça.

Et il disparut à sa vue, soudainement. La jeune femme se laissa presque tenter par la perspective de redescendre et de boire jusqu’à s’endormir, sans plus penser à rien, mais le mal de tête qui pointait le bout de son nez l’en dissuada rapidement. Elle prit une chaise, qui s’avéra être à bascule,  un long châle et s’installa devant la fenêtre ouverte se balançant doucement. Elle essaya de faire le vide dans sa tête, alors qu’une douce brise fraîche envahit sa chambre. Mécaniquement, elle défit sa coiffure, laissant le vent jouer avec les boucles de ses cheveux.

Parfois, couchée dans son lit à attendre le sommeil, elle avait songé à toutes ses nuits heureuses qu’elle avait passées dans les bras d’Azel. Elle se souvenait de sa timidité au départ, qui s’expliquait largement par tout ce qu’il avait vécu comme horreurs. Et elle repassait ensuite ces moments, plus tard, où son désir pour elle avait outrepassé ses peurs, où il avait mené la danse lui offrant un plaisir inégalé. Ces moments après l’amour où serrés l’un contre l’autre, ils trouvaient du réconfort et du bonheur ensemble, se racontant des choses qu’ils n’avaient jamais avouées à personne. Mais après trois ans de séparation, elle en voulait terriblement à sa mémoire de ne pas avoir conservé le souvenir du goût de ses lèvres, de la sensation de leurs corps unis. Pourtant elle n’avait eu aucun autre amant après lui. Son corps ne le désirait pas, son cœur non plus. Elle était restée fidèle à un homme qui la détestait ou pour qui elle ne représentait plus rien aujourd’hui. Elle espéra de tout son cœur qu’il trouverait le bonheur avec Jana ou peu importe qui d’autre. Car elle savait combien cet homme méritait d’être aimé.

Leena resta ainsi plongée dans ses pensées pendant un moment. Combien de temps ? Elle ne saurait le dire, cette notion lui échappait complètement. Mais elle entendait que la taverne au rez-de-chaussée était beaucoup plus calme depuis de longues minutes. Les yeux perdus dans le ciel exceptionnellement étoilé de Fort Céleste, elle crût, pendant un instant s’être endormie. C’est un coup sourd à sa porte qui la fit sursauter. Puis un autre, bien plus fort.

Se demandant qui pouvait bien la déranger à cette heure, elle se leva et tituba bon gré mal gré jusqu’à la porte qu’elle entrebâilla. La bouche grande ouverte et les yeux ronds, elle resta un moment immobile devant la personne qui se tenait derrière sa porte :

– Azel ?

Le jeune homme semblait déterminé et triturait dans sa main une feuille de papier qu’elle connaissait bien. Mais comment… le mage interrompit ses pensées :

– Je sais qu’il est tard mais j’aimerais te parler. J’ai vu de la lumière dans ta chambre alors je suis monté. Je peux entrer ?

Sans rien dire, Leena lui ouvrit grand la porte et le laissa passer. Elle n’arrivait pas à comprendre comment la lettre qu’elle avait confiée à Cole se retrouvait maintenant entre les mains d’Azel.

Le jeune homme jeta un bref coup d’œil circulaire avant de légèrement froncer le nez et de se tourner vers la jeune femme qui refermait la porte.

– Ça sent l’alcool ici. Tu as bu ?

La jeune femme haussa les épaules :

– Un peu. J’ai eu une dure journée.

Azel fronça les sourcils et finit par lâcher :

– Je vois.

Un long silence s’installa, qui fut finalement rompu par le jeune homme.

– J’étais dans ma chambre ce soir, quand Cole est apparût devant moi.

Longue pause. Leena ne peut s’empêcher d’être soulagée que le jeune homme se soit trouvé dans sa chambre ce soir, et seul surtout. Son regard tomba sur le morceau de papier qu’il avait toujours en main.

– Il m’a donné cette lettre, en me disait qu’elle m’avait été destiné il y a longtemps.

Il plongea alors son regard dans le sien et elle ne pût détourner les yeux.

– Je l’ai lu. J’aimerais que tu m’expliques.

La jeune femme déglutit, se demandant si elle n’était pas tout simplement en train de rêver. Oui ça devait être ça. C’était la seule façon d’expliquer la tournure très étrange qu’avait pris sa nuit.

– Que je t’explique ? Que veux-tu savoir ?

Agacé, Azel fronça les sourcils et s’avança d’un pas vers elle.

– Pourquoi Leena ? Pourquoi m’avoir menti tout ce temps ? Pourquoi ne m’avoir jamais envoyé cette lettre ? Pourquoi ne m’avoir jamais dit ce que tu ressentais pour moi à l’époque ?

Soudain frissonnante, la jeune femme passa ses bras autour de sa poitrine.

– C’est… j’ai juste été tellement stupide. J’étais terriblement effrayée et ce pour tellement de raisons différentes que je ne saurais même pas par où commencer.

– Commence par le début. J’ai besoin de savoir.

– D’accord, je vais essayer. Je t’ai menti parce que je voulais te protéger, que tu restes en sécurité dans le Cercle. Tu y avais toujours vécu, c’était chez toi, et malheureusement ça ne pouvait pas être chez moi. La menace de l’Apaisement était bien réelle, je n’ai pas menti là-dessus. J’avais vraiment surpris une conversation entre le Premier Enchanteur et le Chevalier-Capitaine. Irving ne voulait pas en arriver là, mais il savait qu’une fois qu’il aurait quitté ses fonctions au Cercle, personne ne pourrait plus me protéger. J’ai donc pris la décision de partir. Et si je ne t’ai rien dit, c’est parce qu’il avait peut-être une chance pour que tu veuilles m’accompagner et je ne sais pas si j’aurais eu la force de te dire non. Pourtant il le fallait. Tu ne savais pas ce que c’est que la vie dehors. Elle a des bons côtés, la liberté entre autres. Mais il y a aussi les mauvais. Etre toujours traqué, obligé de cacher qui l’on est à chaque instant, utiliser le moins possible la magie, et il y a évidemment la menace des Templiers. Moi je savais que j’y survivrai, je l’avais déjà fait. Mais toi ? Et j’avais surtout peur qu’un jour tu me détestes pour t’avoir embrigadé là-dedans.

– Mais j’aurais dû pouvoir prendre cette décision seul. Tu n’avais pas à faire ce choix à ma place.

– Je sais. Maintenant je le sais, mais à il y a trois ans, j’ai laissé parler mes frayeurs.

– Et pourquoi ne m’avoir jamais avoué que tu… que tu…

– Que je t’aimais ? Parce que la dernière fois que je l’ai dit à quelqu’un, j’ai été cruellement trahie. Et même si je savais que tu n’avais rien à voir avec Tyrell, je n’arrivais pas à me dire que les sentiments que j’éprouvais pour toi étaient bien plus profonds. Encore une fois, j’ai juste été lâche.

La jeune femme passa une main dans ses cheveux indisciplinés et eut un rire bref.

– Je n’arrive pas à croire que je suis réellement en train de te confesser tout ça !

Les yeux du jeune homme exprimaient une émotion que la jeune femme n’arrivait pas à déchiffrer. Alors elle continua :

– Pour la lettre… eh bien, je ne suis pas sûre d’avoir eu dans l’idée de te l’envoyer un jour. C’était juste que… comme je ne t’avais rien dit, j’avais besoin d’exprimer mes sentiments quelque part. Me laisser les ressentir aussi, bref cette lettre était plus un défouloir pour mes sentiments qu’autre chose. Je savais que je t’avais fait du mal et je ne voyais pas trop en quoi une simple lettre, mal écrite en plus, aurait changé les choses.

Azel semblait décontenancé, son regard retomba sur le papier dans sa main et il poussa un profond soupir.

– J’ai mis des mois à me remettre de tout ça après ta fuite. Et ces trois années à me demander continuellement pourquoi, à me torturer l’esprit, c’était uniquement parce que tu avais peur et que tu voulais me protéger ?

Il releva les yeux vers elle, des yeux qui exprimaient de la colère.

– Pourquoi en revient-on toujours à ça ? Je ne suis pas un enfant qui a besoin de protection ! M’as-tu seulement un jour considéré comme un homme ? Capable de prendre ses propres décisions, en tout état de cause ? Est-ce que c’est parce que je t’ai raconté ce qui m’est arrivé que tu ne me voyais plus que comme une victime ?

Leena s’approcha alors de lui. Sobre, elle n’aurait certainement pas pris la décision de le toucher, trop anxieuse à l’idée de se faire repousser, mais l’alcool aidant, elle posa sa main sur la joue imberbe du jeune homme, qui ne recula pas, mais fronça les sourcils.

– Non, bien sûr que non ! Je veux dire, je ne te vois pas comme quelqu’un de faible, comme une victime. Et bien sûr que je te vois comme un homme ! Tu penses sincèrement que j’aurais fait toutes ces choses avec toi au lit si je te voyais autrement ? Mais pour moi tu étais bien plus que ça, tu étais Azel, l’homme qui m’avait montrée pour la première fois ce que c’était que d’être désirée, vraiment désirée.

Les iris sombres du jeune homme ne quittaient pas ses yeux, y cherchant la vérité. Finalement il fit quelques pas en arrière, se trouvant pratiquement le dos à la porte.

– Tout ça c’est trop compliqué Leena.

La jeune femme lui sourit tristement.

– Je sais. Mais c’est aussi de l’histoire ancienne pour toi, n’est-ce pas ?

Azel ne répondit rien, se contentant de la regarder. Alors la jeune femme se rapprocha à nouveau et répéta plus doucement :

– N’est-ce pas ?

N’obtenant toujours aucune réponse, Leena se hissa alors sur la pointe des pieds, sans lâcher le regard du jeune homme. Sans l’alcool, elle n’aurait jamais eu le courage de se comporter ainsi mais après avoir surpris cette scène avec Jana cet après-midi, elle n’avait plus rien à perdre. Et là, tout de suite, elle décida qu’elle avait envie de se battre pour lui, de le séduire pour qu’il lui revienne.

Leurs bouches étaient très proches l’une de l’autre et elle pouvait contempler à loisir la couleur si particulière de ses yeux, d’un brun chaud et profond. Elle passa lentement le dos de ses doigts le long de sa joue. Elle entendit la respiration du jeune homme s’arrêter brusquement et il souffla :

– Non, Leena…ne fait pas ça…

Légèrement provocatrice, la jeune femme lui répondit :

– Alors arrête-moi Azel.

Le jeune homme la surpris en lui agrippant fermement les avant-bras. Leena pensait être violemment repoussée mais, au contraire, il l’attira tout contre lui et écrasa ses lèvres contre celle de la jeune femme. Les yeux écarquillés elle mit quelques secondes à se rendre compte de ce qui se passait et quand elle comprit enfin, elle plaqua son corps contre celui du jeune homme. Celui-ci se trouva alors prit entre la porte de bois et le corps de la jeune femme. Les mains d’Azel libérèrent ses bras et parcoururent son corps sans trop savoir où s’arrêter alors que ceux de la jeune mage se refermèrent possessivement autour de son cou. Le plaisir de Leena était tellement violent et puissant qu’elle ne put contenir le gémissement qui alla se perdre contre la bouche d’Azel.

Leurs lèvres se retrouvèrent presque instinctivement et se pressèrent l’une contre l’autre. Le sang de la jeune femme se mit à bouillir dans ses veines, provoquant un raz de marée de lave qui prit racine dans son bas-ventre. Elle prit alors la lèvre inférieure d’Azel entre ses dents et la mordilla légèrement, faisant grogner le jeune homme. Dans un ensemble parfait, ils s’ouvrirent alors l’un à l’autre afin d’approfondir le baiser. Leurs langues se touchèrent et luttèrent un moment, avant de s’apprivoiser à nouveau. D’un peu fébrile, le baiser devient passionné. Les mains du mage finir leurs courses folles sur sa nuque et au creux de ses reins, l’attirant plus près encore. Leena gémit lorsqu’elle sentit la preuve évidente de son désir pour elle contre le bas de son ventre. Dotée d’une volonté propre, ses hanches bougèrent lascivement contre lui.

Elle savait que le désir et les sentiments étaient des choses bien différentes et que ça n’était pas parce que le corps du jeune homme réagissait au sien qu’elle pouvait en conclure qu’elle avait réussi à se frayer un chemin vers son cœur. Mais c’était en tout cas une première étape. Goûter à la bouche d’Azel fit comme un choc électrique à Leena. Elle aimait croire que Jana n’était pas capable d’éveiller ainsi les sens du mage, qu’elle seule le pouvait. Oh oui s’il le fallait elle allait se battre pour le récupérer. Fini la Leena passive et apathique. Si elle avait la moindre chance, elle comptait bien la saisir.

Deux sentiments très contradictoires se bataillèrent en elle. D’un côté, une plénitude et un bonheur qu’elle avait envie de savourer, de faire durer dans le temps, et de l’autre un désir violent et urgent de sentir sa peau contre la sienne, de ne faire à nouveau plus qu’un avec lui.

C’est ce désir qui l’emporta sur le reste et ses mains cherchèrent fébrilement à le débarrasser des nombreuses couches de vêtements qu’elle savait trouver entre elle et le corps du jeune homme.

Il s’arracha alors brutalement à elle et la repoussa à bout de bras. Le souffle court, les yeux encore voilés par le désir, les deux jeunes gens se regardèrent longuement. Azel finit par dire d’une voix ferme :

– Tu es ivre, tu ne sais pas ce que tu fais et moi non plus d’ailleurs.

La jeune femme fronça les sourcils, contrariée :

– Je sais parfaitement ce que je fais !

– Le mal que tu m’as fait il y a trois ans Leena, je ne peux pas l’effacer par magie et je ne l’oublierai pas parce qu’on passe une nuit ensemble.

– Avoue au moins que tu en as autant envie que moi !

Après un cours silence, le jeune homme concéda :

– Peut-être.

– Alors pourquoi arrêter ? Est-ce que… est-ce que c’est à cause de Jana ?

Surpris, Azel la regardai étrangement :

– Pourquoi parler de Jana ? Elle n’a rien à voir avec tout ça. C’est juste qu’au jour d’aujourd’hui je ne sais pas si je peux te faire confiance, et sans confiance, il est hors de question qu’il se passe quoi que ce soit entre nous.

Il se retourna et posa sa main sur la poignée de la porte puis tourna légèrement la tête vers elle :

– Merci de m’avoir avoué tout ça.

  Les poings serrés, Leena répliqua :

– Je n’abandonnerai pas.

– Non, ça tu l’as fait il y a bien longtemps.

Malgré ces paroles un peu cruelles, une fois seule, Leena ne se laissa pas aller au chagrin. Ses yeux brillants d’une résolution nouvelle, elle se promit de faire tout ce qui était en son pouvoir pour prouver à Azel qu’elle n’était plus la même et qu’aujourd’hui elle ne le laisserait plus jamais derrière elle.

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