Chapitre 8 – Agent de l’Inquisition

Leena était tétanisée. Jamais elle n’aurait imaginé que ses retrouvailles avec Azel se dérouleraient ainsi. Dans son imagination, ils étaient seuls, sans Seth Lavellan pour témoin. Et surtout le jeune homme ne la fusillait pas du regard ainsi. Bien vite il se reprit et ses yeux n’exprimèrent plus qu’une indifférence froide. Il était si proche qu’elle pouvait presque le toucher. Créateur ! Qu’il était beau, elle l’avait presque oublié. Il allait falloir qu’elle arrête de le dévorer ainsi du regard. Tout de suite ! Ce fut la voix de l’Inquisiteur qui lui permit de se défaire de l’espèce de sortilège dans lequel elle était plongée :

– Je vous inviterai bien à vous asseoir, mais apparemment l’Inquisition n’est pas assez riche pour s’offrir des chaises ! Donc nous allons tous souffrir en silence.

Malgré sa tentative d’humour, l’atmosphère était électrique et étouffante. Seth les regarda tour à tour et sembla légèrement surpris :

– Eh bien je ne m’attendais pas à ça ! Je croyais que vous vous connaissiez.

Azel jeta un regard furieux vers Leena, comme si elle avait divulgué un secret d’état.

Seth reprit :

– Ohhhh je vois ! Vous avez été… j’ai fait une boulette je crois ! Tant pis j’ai besoin de vous deux ! Il va falloir que vous fassiez avec.

Azel se posta bien droit et très sérieux demanda :

– En quoi puis-je vous être utile Inquisiteur ?

– J’y viens, j’y viens. Leena ? Toujours pas décidée à donner à l’Inquisition les coordonnées exactes du camp des Libertaires ?

– Non, je vous ai dit pourquoi. Il y a des gens là-bas qui ne demande que la liberté et la sécurité.

– Pourtant vous savez que je ne peux pas les laisser massacrer des villages sous prétexte qu’il s’y cache des Templiers.

– Oui je sais.

– Parfait ! J’ai eu un rapport hier matin. Les Libertaires ont attaqués des Templiers qui avait déserté. Ils ne voulaient de mal à personne et pourtant ils ont été massacrés. Il n’y a eu qu’un survivant. Alors vous allez m’aider à détruire ce regroupement de l’intérieur parce qu’ils sont dangereux et fanatiques.

La jeune femme écarquilla ses yeux bleus.

– Quoi ? …mais comment voulez-vous … ?

– Je vous laisserai peaufiner les détails. Mais je veux qu’ils stoppent leurs activités meurtrières. Je vous donne une chance de sauver ceux qui peuvent l’être, mais je ne pourrais pas attendre éternellement.

– Vous me renvoyez vers eux ?

– Oui. Vous occupez une place importante là-bas, si vous ne pouvez rien fait, je doute que quelqu’un le puisse, autant envoyer mes troupes tout de suite. Vous partirez dans trois semaines et je vous laisse trois mois pour résoudre ce problème.

– Mais… mais je suis sensée revenir avec des mages égarés. Si j’arrive seule, ils soupçonneront automatiquement quelque chose.

Seth lui sourit alors, un sourire un peu crapule et désigna Azel du menton.

– Vous ne partirez pas seule.

Lorsqu’elle comprit ce qu’il voulait dire, elle s’exclama aussitôt :

– Non je refuse. Je préfère me débrouiller seule. Je trouverais un moyen.

Pour la première fois, Azel se tourna vers la jeune femme et lui demanda d’une voix glaciale :

– Et pourquoi je te prie ? Je suis parfaitement capable de mener à bien cette mission si l’Inquisiteur le pense.

– Parce que tu n’es pas un espion et encore moins un mage de bataille ! Je ne vois pas en quoi ta mort m’aidera à faire quoi que ce soit.

– Je ne suis pas sans défense. Tu vas devoir comprendre que je ne suis pas un petit garçon et que tu n’es pas en charge de ma sécurité.

Le ton montait rapidement. Seth leva les deux mains bien hautes pour calmer le jeu.

– Allons, allons les enfants ! Inutile de se prendre le bec comme ça. Je pensais que vous seriez ravis de vous retrouver. Bon, manifestement j’avais tort. Azel si vous ne voulez pas être partenaires avec Leena je…

– Non. Il n’y a aucun souci Inquisiteur. Je suis prêt à remplir ma part dans l’Inquisition.

Leena intervint :

– Moi je m’y oppose.

Seth croisa les bras.

– Je suis désolé de vous le rappeler Leena mais hier encore vous étiez dans l’une de mes cellules. Il serait stupide de ma part de vous faire totalement confiance. Vous pourriez très bien être une espionne pour les Libertaires. Donc je veux bien vous laisser une chance de prouver tout ce que vous m’avez dit hier mais j’ai besoin de garantis. Azel est ma garantie. Il vous connait et est loyal à l’Inquisition.

Se tournant vers le jeune homme, il reprit :

– Solas vous fait entièrement confiance, et j’ai moi, une entière confiance en son jugement. Donc je compte sur vous. Vous garderez un œil sur Leena et m’enverrez des rapports réguliers. Vous avez des questions ?

Azel secoua la tête :

– Pas pour le moment Inquisiteur.

Seth soupira :

– Je vous ai déjà demandé de m’appeler Seth. Leena ?

La jeune femme, qui avait les sourcils froncés et avait croisé les bras sur sa poitrine, déclara :

– Je n’approuve pas ce plan. Je m’en sortirai mieux seule.

– Je prends ça pour un non ! Je vous laisse voir les détails et nous nous reverrons quelques jours avant votre départ. Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai une cachette à trouver pour l’après-midi avant que Joséphine ne me mette la main dessus.

Sur ces mots, il sortit, laissant seuls les anciens amants. Si c’était encore possible, l’atmosphère s’alourdit encore. Leena aurait voulu pouvoir dire quelque chose, n’importe quoi pour qu’il cesse de la regarder comme si elle n’était qu’une statue. Elle savait qu’elle lui avait fait du mal, beaucoup de mal. Elle avait endossé le rôle de l’horrible traitresse de son plein gré et elle avait beau le regretter de tout son cœur, cela ne changerait rien.

Soudain Azel tourna les talons, prêt à sortir de la pièce sans qu’elle n’ait réussi à émettre le moindre son. Comme par réflexe, sa main se posa sur le coude du jeune homme.

– Azel, attend je t’en prie.

Le jeune homme regarda la main de la jeune mage sur son bras puis la fusilla du regard.

– Ne me touche pas. Je n’ai rien à te dire.

Leena fut choquée par la véhémence de son ton et retira aussitôt sa main. Comme il continua à se diriger vers la lourde porte, désespérée de pouvoir communiquer avec lui, la jeune femme se jeta sur la porte avant qu’il ne l’atteigne. Ils étaient maintenant très proches l’un de l’autre.

– Moi j’ai des choses à te dire. S’il te plait.

Le jeune homme plissa les yeux.

– Fais vite.

La bouche sèche, la jeune femme s’humecta les lèvres et essaya de trouver les mots justes pour apaiser leur relation plus qu’houleuse. Courageusement elle croisa son regard froid.

– Azel, je sais… je sais que je t’ai fait beaucoup de mal. Je ne voulais pas…je te supplie de me croire. Tout ce qui s’est passé il y a trois ans… tout est allé si vite ! La situation me semblait tellement compliquée que j’ai réagi avec précipitation, sans réfléchir. Si je pouvais changer les choses, je le ferai, sans hésitation. Mais je ne peux pas. J’aimerais tellement que tu puisses me pardonner …

La voix d’Azel ne changea pas de ton.

– Et moi j’aimerais te croire, mais comment le pourrais-je quand je sais quelle grande actrice tu peux être ? Après tout tu avais presque réussi à me faire croire que…Mais tout ça n’a plus d’importance aujourd’hui. Maintenant si c’est tout ce que tu as à me dire, laisse-moi passer.

– Je n’aurais jamais ton pardon ?

Le regard du jeune homme se durcit encore.

– Non, le demander ne suffit pas.

Leena sentit comme un coup de poing en pleine poitrine. Ses yeux s’humidifièrent soudainement, ses mains tremblèrent et sa voix s’érailla.

– Oh ! Très bien, je ne peux pas te forcer. Nous devrions quand même discuter de cette mission.

– Oui un autre jour. Je te ferai signe.

Les membres en coton, Leena le laissa passer et le jeune homme passa devant elle sans même lui jeter un dernier regard. La jeune femme sortit à son tour, une seule idée en tête « Ne pas craquer, ne pas craquer, pas ici Leena, marche droit devant toi ». Comme une automate, elle se dirigea vers la taverne, sourde à tout bruit, elle monta les marches, ouvrit la porte de sa chambre, ferma la porte et se laissa enfin aller. Elle s’écroula alors au sol, le corps secoué par des sanglots silencieux, se mordant fortement le poing pour ne pas hurler. Des larmes s’écoulaient maintenant librement sur ses joues. Elle attendit que la crise passe, mais la douleur était trop importante. Soudain, elle se déplaça à quatre pattes vers son sac, farfouilla dedans et sortit la fameuse lettre qu’elle avait écrite quelques mois après sa fuite. Elle voulut la déchirer, annihilant ainsi tout espoir en elle. Mais elle ne put s’y résoudre et la relut encore, ses larmes faisait parfois couler l’encre.

Sur la route de Dénérim, 9 : 37 du Dragon

Azel,

Si tu savais comme je regrette.

Je regrette ne pas t’avoir fait assez confiance pour tout te dire tout de suite. Tu méritais tellement mieux que mes mensonges.

Je regrette de t’avoir quitté. Chaque jour tu me manques un peu plus. Je te retrouve parfois dans l’Immatériel. Je rêve de ta peau contre la mienne, de tes lèvres de tes yeux sur moi. La sécurité et le bonheur que me procuraient tes bras me hantent.

Grâce à toi, ma magie n’était plus une honte mais quelque chose qui me rapprochait de toi. Aujourd’hui elle est redevenue un poids.

Je n’ai jamais décidé de m’enfuir avec Donovan. Je me suis enfuie parce que j’avais peur. Peur de l’apaisement, de causer l’oblitération du Cercle et ta mort par la même occasion. J’aurais tellement voulu que tu partes avec moi. Mais encore une fois j’ai eu peur. Peur pour toi. Tu ne sais pas ce que c’est de vivre à l’extérieur, persécuté, obligé de se cacher. Tu es heureux au Cercle où tu peux t’y épanouir et je craignais que même si tu décides de m’accompagner, tu finisses un jour par me haïr pour t’avoir entraîné là-dedans.

Et comme je regrette te t’avoir fait croire que tu n’avais été qu’une passade.  Je dois être une incroyable menteuse pour que tu aies réussi à y croire. Parce que tout mon corps et mon âme criaient le contraire. Tu as été le premier à me faire sentir que mon corps n’était pas qu’un objet de désir, mais qu’il pouvait aussi être vénéré, être regardé avec tendresse. Le plaisir que je trouvais dans tes bras était autant physique que spirituel. Si tu savais comme j’ai été heureuse d’être digne de ta confiance. Tu m’as ouvert la porte de ton âme et aujourd’hui je me hais pour avoir claqué cette porte.

Enfin, je voulais te dire que je t’aime. Je t’aimais au Cercle, je t’aime aujourd’hui dans cette chambre miteuse, sur la route, et je t’aimerai encore demain. Peut-être ne me croiras-tu pas. Peu m’importe, je veux juste que tu le saches et je garderai ce sentiment au plus profond de moi.

Créateur, je ne sais même pas si cette lettre te parviendra un jour.

A toi pour toujours,

Leena 

La jeune femme replia la lettre et la pressa contre son cœur. Elle n’avait rien de poétique, ça n’avait rien d’une grande prose. C’était le cri brut de son âme quelques temps après leur séparation.

Soudain, elle sentit une présence à côté d’elle. Elle tourna la tête et se trouva face à un visage long, creusé et pâle, mangé par des yeux bleus très clairs et immenses. Un jeune homme blond portant un large chapeau avait réussi à entrer dans sa chambre.

Elle allait crier quand le jeune homme parla :

– Vous êtes une mage, mais vous êtes brisée, de tellement de façon. Votre tristesse était si forte qu’elle m’a appelé.

– Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ?

– Je peux vous faire oublier.

Complètement décontenancée et intriguée à la fois, la jeune femme souffla :

– Me faire oublier quoi ?

– La souffrance, lui, ses yeux sombres, son toucher, tout.

– Azel ?

Le jeune répéta :

– Je peux vous faire oublier.

Leena se recula d’un coup.

– Non, non surtout pas. Va-t’en ! Je t’en prie ne fait pas ça.

Soudain, dans un petit bruit, le jeune homme disparut la laissant à nouveau seule. Elle ne comprit pas vraiment ce qui venait de se passer. Elle se releva et rangea soigneusement la lettre dans un carnet qui la suivait depuis des années.

 

Quelques jours plus tard, une grande effervescence secoua la Forteresse. L’Inquisition partait en guerre contre des Gardes des Ombres à la Forteresse de l’Inébranlable. Tous les soldats étaient réquisitionnés. En quelques heures la Forteresse se vida et une certaine tension envahit ceux qui étaient restés. Iron Bull avait été mis sur la touche pour cette fois-ci, blessé par un combat contre un dragon. Leena lui tint compagnie, de toute façon elle ne savait pas trop quoi faire d’autre. Varric les rejoignit un peu plus tard. Après avoir bu quelques verres, Leena eut la surprise de voir entrer Azel. Jamais encore, elle ne l’avait vu entrer dans la Taverne. Le nain ne put s’empêcher de commenter cette nouvelle arrivée.

– Tiens, tiens, tiens, Peluche ici ! Comme Solas est parti avec l’Inquisiteur, il doit commencer à s’ennuyer un peu je présume.

Surprise, Leena répéta :

– Peluche ?

– Oui, j’ai longtemps cherché un surnom et j’ai fini par remarquer le regard que toutes les femmes ne peuvent s’empêcher de lui lancer. Comme si elle n’avait qu’une envie, le serrer contre elles. Donc Peluche.

Le jeune homme chercha un coin plus tranquille et s’installa avec quelques livres, seul.

Soudain Iron Bull poussa un grognement :

– Rhaaaa, j’ai besoin d’action, je m’ennuie !! Petit Dragon, dans ma chambre, maintenant !

Leena releva un sourcil mais ne détacha toujours pas son regard du jeune homme.

– Non merci Bull. J’aurais trop peur de te réduire en cendres malgré moi !

– Yeah chez moi on garde les paroles cochonnes pour la chambre.

Varric rit mais remarqua où le regard de la jeune femme s’attardait.

– Je crois que tu n’es pas son type Bull.

Iron Bull vit enfin le véritable objet de l’attention de Leena.

– Oh je vois, tu les préfères plus gringalet.

– Quoi ?

Enfin la jeune mage tourna la tête vers eux.

– Non pas du tout. Azel et moi c’est… c’est du passé.

Varric se pencha vers elle.

– Alors là tu en as dit soit trop, soit pas assez.

– Et je n’en dirais pas plus. N’insiste pas Varric.

Heureusement, elle fut sauvée par de nombreux cors, annonçant le retour des soldats. Azel se précipita dehors, bientôt suivi des trois compagnons de taverne.

L’inquisition reprenait possession de la Forteresse. Leena repéra tout de suite l’Inquisiteur, Solas, Cassandra et le jeune homme étrange qui était entré dans sa chambre quelques jours plus tôt. Ils semblaient secoués mais indemne. Elle remarqua tout de suite que de nombreux soldats n’étaient pas de retour et beaucoup d’autres étaient couchés sur des civières. Par contre des hommes et des femmes, dans des armures qu’elle n’avait jamais vues, firent leurs entrées. A ses côtés, Varric s’exclama :

– Par les Ancêtres ! Il a ramené des Gardes des Ombres !

Les Gardes des Ombres ! Ces guerriers quasiment mythiques ! La jeune femme n’en croyait pas ses yeux. Ce fut alors l’effervescence un peu partout. Les Gardes étaient nombreux et il fallait trouver de la place pour tout le monde. Joséphine courrait dans tous les sens. Leena proposa son aide pour soigner les blessés et ne vit pas les heures passées. Elle n’utilisa pas forcément la magie pour les aider mais discuta avec les blessés, chanta pour leur faire oublier la douleur, et se porta volontaire pour cautériser correctement les plaies, la seule chose que sa magie lui permettait. Elle croisa parfois Azel, lui aussi occupé à aider les soldats et leurs regards s’accrochèrent parfois brièvement. Elle le vit même relever la tête pendant qu’elle chantait pour un soldat qui n’en avait plus pour très longtemps.

La nuit passa à une vitesse folle et ce n’est qu’au lever du soleil que la fatigue se fit sentir. Elle sortit des tentes qui avaient été montées pour accueillir les blessés et s’étira sous les rayons du soleil levant. Du coin de l’œil elle remarqua quelque chose d’étrange. Azel se faisait entrainer derrière les écuries par une femme assez grande. La jalousie l’aveugla pendant un bref instant et elle sentit sa magie de feu réagir à cette vive montée émotionnelle. Puis elle vit les habits de la femme et remarqua le griffon gravé sur son épaulière. Une Garde ? Créateur ! Son sang ne fit qu’un tour. Saunia !

Elle se précipita à leur suite et se cacha dans un coin, prête à intervenir au moindre signe d’inconfort d’Azel.

La femme avait acculé le jeune homme dans un coin et marchait de long en large devant lui, comme une lionne. Azel avait les bras croisés et le visage totalement fermé, les yeux vides.

– Mon beau petit mage… Il me semblait bien t’avoir vu. Comme on se retrouve…La vie est bien faite non ?

– Non pas du tout. Que me veux-tu ? Si tu penses pouvoir recommencer comme il y a quelques …

La femme lui rit au nez et d’un doigt caressa la joue du jeune homme qui se crispa.

– Non je ne suis pas si bête. Je voulais simplement te mettre en garde. Tu as déjà fichu ma carrière de Templière en l’air. J’ai mis du temps à me refaire une réputation au sein des Gardes et si jamais tu oses parler de ce qui s’est passé il y a quelques temps entre toi et moi. Je jure que je te tuerai, mon beau mage. Même si c’est la dernière chose que je ferai.

Elle se rapprocha néanmoins dangereusement d’Azel.

– Je ne te demanderai plus rien, mais si tu le souhaites ma porte est ouverte. Je n’ai pas oublié à quel point tu aimais ce que je te faisais.

Hors de lui, le jeune homme la repoussa violement contre le mur grâce à la magie. Il passa devant elle et les dents serrées lui jeta :

– Tu me dégoûtes, ne m’approche plus.

La Garde rit encore.

– On verra bien Azel, mais toi et moi savons ce qu’il en est !

Lorsque le jeune homme fut hors de vue, Leena sortit de sa cachette. Un grand sourire aux lèvres, elle s’approcha de Saunia qui se remettait de la violence du choc.

– Madame ? Vous êtes Gardes des Ombres n’est-ce pas ?

– Qu’est-ce que tu me veux, mage ?

– Juste vous serrez la main madame ! J’admire beaucoup ce que vous faîtes pour nous protéger !

Elle tendit sa main, et Saunia la prit avec beaucoup de réticence. Leena la serra fortement et invoqua sa magie du feu qui ne se fit pas prier. La main de la jeune femme se mit à chauffer et la Garde poussa un cri. Elle essaya de libérer sa main mais la jeune femme augmenta encore la température, faisant tomber la jeune femme à genoux devant elle.

– Mais enfin qu’est-ce qu’il te prend sale…

Toujours en souriant, Leena lui expliqua alors calmement :

– Je suis une amie d’Azel. Je sais ce que vous lui avez fait subir, garce ! Alors à mon tour je vais vous mettre en garde. Vous le touchez, je vous brûle jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un petit tas de cendre de votre corps, vous allez lui parler, je vous brûle, vous ne faites que mine de le regarder, je vous brûle. C’est simple il se trouve dans un coin du Fort, je veux vous voir à l’autre bout. Sinon… eh bien je vous brûle ! J’espère avoir été assez précise et simple pour que vous me compreniez bien, Saunia.

Sous la douleur, les traits de la femme s’étaient crispés et une grimace déformait sa bouche. Elle avait perdu sa superbe et grogna :

– Tu n’oserais pas ! Tu serais exécutée sur le champ.

Leena se pencha alors pour lui murmurer à l’oreille, tout en augmentant encore la chaleur.

– Oui mais voilà, je n’ai plus rien à perdre et comme je vous l’ai dit, je suis assez puissante pour vous faire pratiquement disparaitre de la surface de la terre. Vous finirez juste comme tous ces déserteurs ! Personne ne trouvera le petit tas de cendre que je disperserais au vent. Alors je vous en prie, testez-moi. C’est avec un réel plaisir que je vous prouverai le contraire.

– Sale ….

– Ha, ha, ha pas de gros mots très chère ! Maintenant je vais vous lâcher et vous pourrez aller pleurer dans un coin, mais sachez que si vous me dénoncer, je vous rendrai la pareille. Bonne journée, Saunia !

Elle relâcha la main de la femme où une énorme cloque venait d’exploser. Elle aurait très certainement une belle cicatrice.

Rapidement elle se détourna de la femme et retourna dans la cour. Elle parcourut les alentours des yeux et par chance repéra le jeune homme en haut des remparts. Elle le rejoignit et s’approcha doucement de lui. Il semblait perdu dans ses pensées et ses yeux ne quittaient pas le coin de l’écurie d’où sortit soudain Saunia qui se tenait la main en grimaçant.

– Bonjour Azel.

Du menton il désigna l’écurie.

– Je t’ai vu sortir de là.

– Je voulais juste savoir si tu allais bien.

Il se tourna subitement vers elle.

– Je n’ai pas besoin de ton aide et je n’ai pas besoin de ta compassion. Je peux parfaitement régler mon différent avec Saunia seul.

– Je sais, j’en suis consciente. Ce que j’ai fait, je l’ai fait autant pour toi que pour moi.

– Et qu’est-ce que tu as fait au juste ?

Leena détourna son regard, avec un petit sourire.

– Rien du tout. Je lui ai juste montré que j’étais quelqu’un de très chaleureux.

Le jeune homme soupira :

– Leena…

– Quoi ? Elle est vivante, elle devrait déjà me remercier pour ça.

Pour la première fois elle aperçut comme l’ombre d’un sourire au coin de ses lèvres. Puis le sourire disparut pour ne laisser la place qu’à la tristesse.

– J’aimerais être seul s’il te plait.

Avec un petit sourire désabusé, Leena lui dit :

– Non, tu ne veux pas être seul, tu ne veux juste pas être avec moi. Il y a une nuance.

Il ouvrit la bouche, mais elle ne lui laissa pas le temps de répliquer.

– Je comprends, je te laisse tranquille. C’est juste que je pense que tu ne devrais pas t’isoler.

Elle bailla alors profondément.

– Je vais me reposer. Je sais que je ne me suis pas toujours montrée digne de ta confiance, mais si tu as besoin de parler à propos de Saunia…

Elle haussa les épaules.

– Tu sais où me trouver.

Elle tourna les talons mais fut arrêtée par sa voix.

– Au fait merci… pour ce que tu as fait… avec les soldats blessés.

Leena se tourna à nouveau vers lui.

– Je n’ai pas pu faire grand-chose.

– Ca a suffi.

– Oh eh bien tant mieux.

Azel se détourna et repris sa position initiale, accoudé aux remparts, les yeux à nouveau perdus dans le vide.

Leena était épuisée mais elle avait une dernière chose à faire avant de pouvoir se coucher.

Elle monta les marches vers le bâtiment principal et pria pour qu’il soit déjà levé. A la place d’aller vers l’estrade où se tenait le trône, elle bifurqua à droite et entra timidement dans la rotonde. L’elfe était déjà assis à son bureau, une tasse de thé à la main. Il en but une gorgée et grimaça.

– Maître Solas ?

Surpris, l’elfe leva les yeux vers elle et lui sourit.

– Solas suffira. Vous êtes Leena n’est-ce pas ? Celle qui a été jugée il y a quelques jours ?

Etrangement cet elfe l’intimidait beaucoup, il dégageait quelque chose d’indéfinissable, de mystique.

– Oui c’est bien moi.

– Je trouve la cause de votre ancien groupe juste mais vos méthodes déplorables.

– Euh… merci… je crois ?

– Que puis-je pour vous ?

– Vous êtes un ami d’Azel, n’est-ce pas ?

– Oui je le pense.

– Bien je voulais juste vous demander, si… s’il vous était possible de ne pas le laisser seul aujourd’hui ou du moins de lui occuper l’esprit.

L’elfe la regarda bizarrement.

– Pourquoi cela ?

– Eh bien, disons qu’il vient de retrouver une personne qu’il n’avait pas du tout envie de revoir, qui lui a fait beaucoup de mal, et … je pense qu’il a besoin d’un ami.

– Je verrai ce que je peux faire.

Soulagée, la jeune femme soupira :

– Merci.

– Il n’y a pas de quoi. Mais… vous le connaissez non ? Pourquoi venir demander mon aide pour quelque chose que vous pourriez faire ?

Leena eut un sourire désabusé.

– Oui je le connais, mais j’ai perdu le droit d’être son amie depuis longtemps.

Elle s’en alla alors, et décida qu’elle méritait bien un peu de repos.

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