Chapitre 7 – Fort Céleste

Voilà cinq jours que Leena marchait presque sans interruption. Elle voulait en finir au plus vite. Les deux derniers jours ont été très difficiles, entre la neige et les vents violents qui avaient balayé le chemin. Mais elle avait la Forteresse bien en vue et elle ne lâchait pas son objectif des yeux.

Un bâton à la main, elle puisa dans ses dernières forces pour gravir les derniers mètres qui la séparaient de l’entrée de Fort Céleste, la fameuse place forte de l’Inquisition. Elle était tellement fatiguée, autant physiquement que mentalement. Elle ne rêvait que d’une chose, s’allonger et tout oublier dans la blancheur ouatée du sommeil.

Enfin, elle passa les lourdes portes, ouvertes pour la journée. Aussitôt qu’elle passa, elle fut interpelée par deux soldats en faction. Au moins l’Inquisition ne plaisantait pas avec la sécurité.

– Halte, ma dame ! Qu’êtes-vous venue faire à Fort Céleste ?

Leena rejeta sa capuche et releva fièrement le menton :

– Je suis Leena, mage apostat et bras droit du chef des Libertaires. Je suis venue me rendre au jugement de l’Inquisiteur Seth Lavellan.

Les deux soldats se regardèrent, un peu interloqués. Ils ne semblaient visiblement pas savoir quoi faire d’elle. Avec un petit sourire amusé, elle leur proposa :

– Peut-être devriez-vous m’arrêter et me mettre en cellule ?

– Euh oui…

Prenant un air important et sérieux, l’un deux lui prit ses affaires et son bâton, tandis que l’autre lui passa de lourdes menottes aux poignets par le devant.

– Suivez-nous.

Ils passèrent par une cour immense et étonnement verte et fleurie. Les yeux écarquillés par la surprise, la jeune femme ne savait plus où poser les yeux. Les murs de la Forteresse était gigantesques et paraissaient très épais et pourtant l’atmosphère qui y régnait en son sein était très chaleureuse. Les gens s’activaient un peu partout et pourtant, Leena sentit un étrange sentiment d’apaisement entre ses murs. Même elle pouvait sentir que le Fort était manifestement sous le coup d’un sortilège très ancien et très puissant. Les habitants se retournaient sur leur passage et semblaient surpris de voir la jeune femme, qui semblait tout à fait inoffensive, menottée et escortée par deux soldats fortement armés.

Une femme s’approcha d’eux. Elle avait les cheveux courts et noir, était vêtue avec une armure et il émanait d’elle une aura d’autorité indiscutable.

– Soldats ! Qui est votre prisonnière ?

– Dame Cassandra ! Cette femme est une mage apostat des Libertaires. Elle vient se rendre.

Les yeux bruns de la femme se posèrent sur elle et la scrutèrent pendant de longues minutes. Elle avait l’impression d’être une petite souris sous le regard d’un aigle près à fondre sur elle.

– Oui je crois la reconnaître. Emmenez-là en cellule je me charge d’en faire part à l’Inquisiteur.

Plus doucement elle grommela :

– Si j’arrive à mettre la main sur lui.

Les deux soldats saluèrent et la guidèrent vers une porte basse. Le couloir était éclairé par des flambeaux sur les murs. Bientôt, ils arrivèrent dans une enfilade de cellules, certaines vides, d’autres occupées mais Leena ne tourna pas les yeux, entièrement concentrée sur le fait qu’elle allait enfin pouvoir se reposer.

Les soldats l’enfermèrent dans une cellule et lui retirèrent les menottes. Son nouvel espace était assez petit mais étonnamment propre, un petit lit de paille muni d’une couverture et un pot dans un coin en guise de mobilier, dans l’ensemble la jeune femme s’était attendue à bien pire. Avec étonnement elle se vit demander si elle désirait quelque chose à manger.

– Vous me demandez à moi, votre prisonnière, si je veux quelque chose à manger.

Le soldat qui lui avait posé la question haussa les épaules, et précisa :

– Ca n’est qu’un ragoût ! Et pas très bon en plus… Mais l’Inquisiteur tient à ce que tout le monde soit bien traité dans la Forteresse.

– Alors dans ce cas j’accepte votre proposition, je meurs de faim.

Quelques minutes plus tard, il lui donna un bol plein de ragoût. Leena le savoura, même si il n’était pas si bon que cela, mais il était chaud et nutritif. Elle n’en demandait pas plus. Une fois repue, elle reposa le bol, et s’allongea sur le dos. Elle était tellement exténuée qu’elle aurait presque pu s’endormir, mais elle vivait peut-être ses derniers moments, si l’Inquisiteur décidait de l’exécuter.

Elle redoutait par-dessus tout d’être apaisée, mais même cette perspective était moins effrayante que l’idée de retourner auprès d’Owen et de continuer ce qu’il lui demandait de faire. Non, elle s’était livrée en tout état de cause et elle n’avait aucun regret.

Ses regrets étaient ailleurs, dataient de quelques années. Comme souvent lorsqu’elle se posait, elle repensa à ses années au sein des Cercles. Comme la vie avait été inconsciente. Et bien évidemment elle repensa à Azel. L’homme qu’elle avait aimé, l’homme qu’elle avait perdu. Elle revoyait encore les yeux sombres du jeune homme et la douleur qu’ils avaient exprimée quand elle avait eu la bêtise et la lâcheté de le laisser derrière elle. Tout cela à cause de ses peurs stupides. Voilà où elle en était aujourd’hui ! Sur le point d’être jugée, peut-être exécutée. Comme elle aimerait le revoir une dernière fois avant de quitter cette terre, pour lui demander pardon, lui dire comment elle avait été bête et qu’il n’avait jamais été qu’une passade mais bien plus que cela, tellement plus…

Mais cela ne servait à rien de repenser à tout cela. Elle lui avait écrit une fois, juste après l’avoir quitté. Cependant elle ne l’avait jamais envoyée et n’avait jamais eu le courage de la détruire. Alors depuis trois ans, elle se trouvait toujours précieusement dans ses affaires. Peut-être pourrait-elle demander en guise de dernière volonté de lui faire parvenir ? S’il était toujours en vie bien sûr. Avec toutes les rébellions qui avaient éclatées un peu partout, cela n’aurait rien d’étonnant. Pourtant elle refusait d’envisager la chose. Pour elle, il était en sécurité quelque part et heureux.

Le soleil continuait sa course dans le ciel et personne ne vint la voir. Finalement elle dut s’assoupir parce qu’elle se réveilla soudain en sursaut au bruit du métal contre le métal. Rapidement elle mit de l’ordre dans son chignon lâche et débarrassa son corsage des morceaux de paille qui s’y étaient logé.

Sans lui dire quoi que ce soit, un autre soldat que ce matin la releva brusquement, lui remit des menottes et la mena dehors. Le soleil était toujours éblouissant et toujours aucun signe de neige dans le Fort, alors que les montagnes alentours en étaient recouvertes.

Ils s’enfoncèrent un peu plus dans la Forteresse et elle découvrit un escalier immense et majestueux qui grimpaient vers une entrée aux mêmes proportions et ornées de magnifique vitraux. Ils gravirent les marches. Leena commença à sentir les premiers signes de nervosité et le nœud dans son estomac commença à se resserrer. Ils arrivèrent dans un hall terriblement haut de plafond et toujours en travaux si elle en jugeait par les échafaudages qui s’y trouvaient encore. Le soldat la poussa dans le dos, l’incitant à avancer. Un attroupement s’était formé et un étroit passage lui était réservé. Elle savait que toute cette mise en scène était faite pour l’intimidée alors elle leva le menton bien haut et regarda droit devant elle, refusant d’écouter les murmures autour d’elle.

Enfin l’étroit chemin laissa la place à une estrade ou était posé un trône assez impressionnant. Dessus siégeait un elfe, assez grand, aux cheveux mi-long et auburn. Les nombreux piercings et le tatouage assez visibles sur son visage ne faisait qu’ajouter à son charme. Seth Lavellan, Inquisiteur. Evidemment elle l’avait déjà rencontré en combat mais n’avait pas pris le temps de l’observer vraiment. Il avait un coude sur l’accoudoir et le menton posé dans sa paume. Les doigts de son autre main tapotaient en rythme de l’autre côté. Il semblait passablement s’ennuyer et si la situation n’était pas si tendue pour elle, elle aurait sans doute souri devant sa désinvolture qui contrastait complètement avec le reste de la pièce.

Leena s’avança alors devant lui. L’Inquisiteur leva les yeux vers elle et elle put croiser son franc regard doré.

Une jeune femme, au teint mat et aux cheveux sombres, s’avança, écriteau à la main et parla d’une voix aux forts accents d’Antiva.

– Inquisiteur, voici Leena, une mage apostat. Elle prétend être le bras droit du chef des Libertaires. Inutile de vous rappeler que ce groupe de rebelles nous pose beaucoup de problèmes et est responsable de nombreuses attaques sur des Templiers qui ont parfois dégénéré et entrainé la mort d’innocents. Elle s’est rendue d’elle-même à votre jugement.

La voix de l’Inquisiteur résonna alors :

– Comment peut-on être sûrs que vous nous dites la vérité.

Leena se gratta la gorge et répondit d’une voix claire :

– Je ne vois pas pourquoi j’irai inventer une chose pareille, Inquisiteur.

Une autre voix, au timbre grave et profond se fit alors entendre sur le côté. Leena tourna la tête pour voir un immense qunari aux larges cornes.

– Si je peux me permettre chef, je me rappelle de cette femme, elle était bien dans ce groupe d’apostat qui nous a attaqué il y a quelques semaines. Elle a failli me griller sur place. Je n’oublie jamais une jolie rousse !

Le qunari fit alors un clin d’œil à la jeune femme, qui crut rêver. Mais son regard se posa alors sur une autre personne, debout juste à côté de l’immense silhouette du qunari. Un homme, aux vêtements larges qui cachaient complètement les formes de son corps. Des cheveux noirs coiffés en chignon sur sa nuque et des yeux sombres. Il n’avait pas tellement changé. Ses traits avaient gagné en rudesse et perdu cette rondeur de l’adolescence. Par contre ses iris sombres semblaient plus durs, plus fermés. Il la fixait intensément mais elle n’arriva pas à déchiffrer l’émotion que traduisait son regard. Il se tenait bien droit au côté d’un elfe chauve et grand. Malgré elle, elle murmura :

– Azel !

Le sang-froid qu’elle affichait depuis le début de ce procès s’envola en éclat, ses mains se mirent à trembler et elle serra les poings pour cacher cette faiblesse. Son visage pâlit d’un seul coup et ses yeux ne le quittait plus du regard.

L’Inquisiteur sembla se rendre compte de son émotion et la rappela gentiment à l’ordre.

– Couché Iron Bull ! Cela dit merci pour ces précisions. Leena êtes-vous toujours avec nous ?

Lentement la jeune femme revint à la réalité et se força à détacher ses yeux de l’homme qu’elle n’avait pas vu depuis trois ans. Elle était déjà gênée de devoir se mettre à nu devant toute cette foule, mais accepter la responsabilité des choses qu’elle avait faites devant Azel était une toute autre chose. Elle se tourna à nouveau vers l’Inquisiteur et essaya de revenir au présent.

– Oui Inquisiteur je suis là.

– Bien. Avez-vous quelques choses à redire sur les accusations qui sont faites contre vous ?

– Je n’ai entendu que des accusations contre le groupe auquel j’appartenais. Oui j’ai été le bras droit du chef des Libertaires. Mon rôle, jusqu’à il y a quelques mois, était essentiellement d’organiser le camp. Oui nous revendiquons la liberté des mages et leur droit à vivre librement et normalement comme tout être vivant sur ces terres et nous sommes prêts à nous battre pour ça. Oui nous avons engagé le combat contre des Templiers qui voulaient nous tuer ou nous ramener dans des Cercles. Et oui nous avons attaqué l’Inquisition et malheureusement nous… nous avons causé des morts innocentes et inutiles. Je le regrette. Jamais je n’ai souhaité que notre liberté se paie avec le sang d’innocents.

L’Inquisiteur sembla pensif un moment puis demanda :

– Pourquoi vous rendre ? Vous auriez très bien pu vous enfuir et disparaitre.

Leena soupira :

– J’ai fui les Libertaires parce que je ne suis plus d’accord avec les méthodes employées par leur chef. Et je ne me suis pas enfuie parce-que… parce-que j’en ai assez de fuir. Je suis juste fatiguée et je crois en votre Inquisition, en ce qu’elle est capable de faire. Je sais que vous n’êtes pas contre les mages et que vous en avez accueilli beaucoup.

L’Inquisiteur Lavellan haussa un sourcil.

– C’est ce que vous espérez ? Que je vous pardonne et que je vous accueille ?

– Je m’en remets à votre jugement.

Le silence se fit dans la salle, comme si chacun retenait son souffle. L’Inquisiteur se leva.

– Je vous engage en tant qu’Agent de l’Inquisition. Mais sous certaines conditions dont j’aimerais discuter avec vous en privé, demain. Enlevez-lui les menottes.

Leena n’en croyait pas ses oreilles ! Elle n’aurait jamais pensé que cela serait aussi facile. Lorsqu’on lui retira les bracelets de fer, elle se massa instinctivement les poignets et chercha Azel du regard. Mais elle ne le trouva nulle part. Les spectateurs se dispersèrent et la jeune femme d’Antiva s’approche d’elle, une moue légèrement contrariée sur le visage.

– Je suis Joséphine Montillet, conseillère de l’Inquisition et Intendante de Fort Céleste. Je vous préviens tout de suite qu’il n’y a malheureusement plus de chambre libre et en bonne état dans le Fort. Vous allez devoir loger dans une chambre à la taverne. Je vous ferez apporter vos affaires sur place. L’Inquisiteur souhaite vous voir demain matin dans la salle du Conseil. Vous pouvez disposer mais sachez qu’à la moindre incartade vous n’aurez pas de seconde chance.

– J’ai compris. Merci de votre franchise Dame Montillet.

La jeune femme sourit.

– Vous pouvez m’appeler Joséphine. Bienvenue dans l’Inquisition.

 

Leena prit une grande inspiration et se décida à rentrer dans la taverne. Le court chemin entre la Grande Salle et cette taverne avait été un enfer. Tout le monde semblait la regarder de haut en bas et faisait un pas de côté avant de passer à côté d’elle. Comme si elle avait une malade contagieuse. Elle ne pouvait pas les en blâmer mais c’était tout de même extrêmement pénible.

Au premier coup d’œil, l’intérieur de la taverne lui parut tout de suite accueillant et chaleureux. Même en fin d’après-midi il y avait de l’animation et de nombreuses personnes partageaient un verre. Son arrivée aurait pu passer inaperçu si l’immense qunari de tout à l’heure ne l’avait pas tout de suite repérée.

– Hééé ! Mais c’est le Petit Dragon ! Alors le chef a décidé de vous garder finalement ! Venez par ici que je vous offre la pinte de bienvenue.

Leena ne put s’empêcher de sourire. Il était le premier à ne pas la juger comme les autres.

– C’est très gentil euh…

– Moi c’est Bull. Iron Bull. Pour vous servir Petit Dragon.

– C’est donc très gentil à vous Iron Bull mais je voudrais d’abord voir ma chambre. Je redescendrai plus tard.

– Ca me va. A tout à l’heure alors.

Elle se dirigea vers le comptoir et le tavernier, un nain qui semblait vraiment sympathique, lui donna les clefs de sa chambre. Elle monta les quelques marches et finit par trouver sa chambre. Elle entra et découvrit une petite chambre avec une fenêtre qui donnait sur la cour. Un lit qui semblait confortable, une petite armoire et une coiffeuse avec un petit miroir où avait été posé un bac d’eau. C’était parfait. Plus que parfait même.

Rapidement elle vida son sac et se rafraîchit du mieux qu’elle put. Elle croisa alors son reflet et failli ne pas se reconnaître. Elle avait le teint livide, ses cheveux semblaient encore plus rebelles que d’habitude et ses yeux paraissaient comme éteints. Elle essaya de se recoiffer au mieux et pinça ses joues pour leur redonner de la couleur.

Elle redescendit dans la salle et s’approcha d’Iron Bull.

– Alors ce verre ?

 

C’est légèrement ivre que Leena décida de monter sur les remparts de la Forteresse pour prendre un peu l’air. Sa journée avait bien mieux fini qu’elle n’avait commencé. Elle avait bu quelques verres à la taverne avec le qunari et sa bande de mercenaire. Ils avaient été rejoints par une elfe étrange du nom de Sera, et un nain charmant, Varric, qui avait tout de suite adopté le surnom que lui avait donné Iron Bull. Ils avaient discuté de tout et de rien et elle avait réussi à comprendre que l’elfe étrange et chauve qui se tenait aux côtés d’Azel s’appelait Solas et que le jeune humain était devenu son assistant dans ses études magiques. Elle avait alors sourit. Non, il n’avait pas vraiment changé.

Elle marchait doucement, sans but, sa lourde cape de laine la protégeant du vent froid. La nuit était fraîche mais le ciel était dégagé et laissait voir la beauté des étoiles qui brillaient au-dessus de sa tête. Elle s’accouda au rebord et observa ce qui allait devenir son nouvel environnement. La cour était plus silencieuse mais pas encore vide. Elle vit soudain la silhouette d’Azel descendre le grand escalier du bâtiment principal. Ce n’est qu’en le revoyant après tant d’année, qu’elle comprit à quel point il lui avait manqué. Elle rêvait de pouvoir se jeter dans ses bras et lui prouver à quel point elle tenait à lui, mais évidemment c’était hors de question. Même sous l’effet de l’alcool elle ne s’en sentait pas capable. Elle savait qu’elle serait immédiatement rejetée et ça l’achèverait sans doute tout autant qu’une lame dans son cœur. Elle se contenta de l’observer de loin alors qu’il se dirigeait vers un bâtiment plus petit, sûrement dédié au logement des membres de l’Inquisition. Comme par automatisme, sa main se tendit vers lui, comme si elle pouvait le toucher par magie.

– Vous le connaissez, non ?

Leena sursauta et poussa un petit cri. L’Inquisiteur se trouvait non loin d’elle. Il s’approcha et s’accouda à ses côtés.

– Mmm, Raziel je crois ?

– Non Azel.

Le jeune elfe lui sourit.

– Donc vous le connaissez.

Courroucée de s’être faite prendre, la jeune femme fit la moue :

– Est-ce dans les habitudes de l’Inquisition d’interroger ses prisonniers alors qu’ils ont clairement abusé de l’alcool ?

– Vous n’êtes plus ma prisonnière, donc techniquement je fais ce que je veux et en retour vous n’êtes pas obligée de me répondre.

– Vous avez gagné Inquisiteur. Oui je le connais.

– Appelez-moi Seth. Il y a assez de monde qui m’appelle Inquisiteur à tout bout de champ. Vous étiez mage dans un Cercle ?

– Oui, dans celui de Férelden avec Azel, pendant quelques mois. Je me suis enfuie et ça faisait trois ans que je ne l’avais pas vu.

– J’aimerais vous confiez une mission un peu spéciale. Mais pour ça j’ai besoin de vous poser des questions.

Leena se tourna vers lui :

– Je croyais que vous vouliez me voir demain matin. C’est ce que m’a dit Dame Montillet.

– Dame Monti… oh Joséphine ! Oui ça c’est son côté protocolaire. Je déteste le protocole et je n’ai pas besoin de mes conseillers pour discuter avec vous.

– Bien alors allez-y si vous voulez. Je n’ai rien à cacher.

– Comment avez-vous quitté les Libertaires ? Vous vous êtes juste enfuie ? Comme ça ?

– Non, pour eux je suis partie renforcer nos rangs en trouvant des mages isolés et en les ramenant vers la sécurité de notre camp. Je ne suis pas sensée revenir avant un mois au moins.

– Bien. Vous étiez vraiment proche du chef ?

Leena haussa un sourcil :

– Tout dépend de ce que vous appelez « proche ».

– Et bien vous aviez son oreille attentive ?

– Oui avant. Il demandait conseil autour de lui, il était plus mesuré, cherchant avant tout le bien-être et la survie des membres du groupe. Il y a des vieillards et des enfants qui comptent sur lui. Mais comme tout homme qui a un peu de pouvoir, il est en train de devenir un tyran, un meurtrier. Et évidemment il n’écoute personne.

– Etiez-vous amants ?

– Eh bien vous n’y allez pas par quatre chemins ! Non nous n’étions pas amants, même s’il me l’avait proposé régulièrement.

– Ce camp est-il loin ?

– Non quelques jours de marche.

– Vous me donneriez sa position exacte ?

– Pour que vos troupes débarquent et tuent tout le monde ? Non je vous l’ai dit, il y a des innocents dans ce camp. Je refuse de les mettre en danger. Si c’est ça vos conditions de libération, ramenez moi en cellule tout de suite.

– J’aime votre loyauté Leena. Donc non, je ne vous remettrai pas en prison. J’ai encore quelques petits aménagements à faire mais j’aimerais que vous me rejoigniez tout de même demain matin Leena.

– Mais je croyais…

Seth lui offrit son plus beau sourire et commença à s’éloigner :

– J’ai changé d’avis ! Bonne nuit à demain !

 

Légèrement nauséeuse le lendemain matin, elle se promit de ne plus jamais suivre un qunari et un nain dans une beuverie. Elle était devant la lourde porte de la Salle du Conseil, et hésita quelques minutes avant de toquer timidement. Fortement étouffée, elle entendit une voix lui indiquer d’entrer.

La pièce était très grande et lumineuse, trop lumineuse pour son pauvre crâne. Une lourde table de bois recouverte d’une carte gigantesque constituait le seul mobilier de la pièce. Seul l’Inquisiteur Seth se trouvait dans la pièce. Il lui sourit.

– Parfait ! Pile à l’heure ! Il ne nous manque qu’une personne avant de passer aux choses sérieuses.

Leena ne savait pas du tout ce qu’il voulait dire par là, mais elle se doutait que cela avait à voir avec la mission si spéciale qu’il voulait lui confier.

– Détendez-vous Leena, vous n’êtes plus à votre procès.

Un autre coup à la porte retentit et encore une fois, Seth invita la personne à entrer. C’est avec stupeur que la jeune femme dévisagea longuement l’homme qui venait d’entrer. Seth l’accueillit chaleureusement :

– Ah Azel ! Entrez donc ! Nous allons pouvoir commencer.

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