Chapitre 6 – Feu intérieur, feu destructeur

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Un matin, alors que Leena entrait dans le réfectoire pour son petit-déjeuner, un brouhaha inhabituel secouait la pièce. Tout le monde parlait en même temps et le son était tellement fort qu’elle ne peut même pas percevoir un mot de ce qui se disait. Étonnée, elle s’installa à sa table habituelle avec les filles de son dortoir.

Depuis qu’elle entretenait une liaison avec Azel et qu’il avait publiquement démontré quelques marques d’affection et de rapprochement à son égard, les autres filles étaient à la fois envieuses et mesquines derrière son dos et tout sucre tout miel, devant elle, dans l’espoir qu’elle leur présenterait le jeune homme. Leena en était tout à fait consciente et cela l’indifférait complètement. Tant qu’elle avait Azel, le reste lui importait peu.

Pourtant, elle s’asseyait toujours avec les filles le matin et le soir, cela lui donnait l’occasion de savoir ce qui se passait et se disait dans le Cercle, maintenant qu’elle n’avait plus la Bibliothèque comme source d’information.

Elle s’installa à la table et les salua :

– Bonjour mesdemoiselles ! Qu’est ce qui se passe aujourd’hui ? Tout le monde à l’air … tellement surexcité !

Rosalyne avait les yeux qui pétillaient, toute cette agitation c’était le meilleur des cadeaux pour elle.

-Tu ne devineras jamais ? Un évènement incroyable s’est produit il y a deux mois !

– Deux mois ? Je suppose que ça doit être exceptionnel pour qu’on en parle encore aujourd’hui.

Rosalyne repoussa sa lourde chevelure brune et s’agita sur son siège.

– Oui c’est énorme !! Il y a eu une sorte de révolution à Kirkwall !

– Kirkwall ? La cité des esclaves ? Dans les Marches Libres ?

– Celle-là même. Un mage à carrément fait sauté la Chantrie. Puis les mages du Cercle là-bas se sont soulevés contre les Templiers. Il y a eu une grande bataille et on parle d’un Hérault qui se serait mêlée au conflit. Dans cette bataille le Premier Enchanteur et le Chevalier-Capitaine sont tous les deux décédés. Les Templiers n’ont pas su gérer la situation par la suite et les mages qui ont survécu sont maintenant en fuite. Selon la rumeur, ils seraient maintenant dans la nature à fomenter un soulèvement général. Ils se sont tous alliés et font parlés d’eux pour que tous les mages les rejoignent.

Une main sur la bouche, Leena souffla :

– Créateur ! Tous ces morts innocents ! Mais l’idée que les mages ne soient plus enfermés comme des animaux pour être libres comme tout le monde est séduisante, je dois dire.

– Chuuut ! Ne parle pas de ça si fort. Les Templiers sont d’autant plus à cran depuis que la rumeur est parvenue jusqu’à nous. Et puis je pense que nous sommes plus en sécurité dans un Cercle que dehors à parcours les routes sales pendant que les Templiers nous poursuivent.

Leena haussa simplement les épaules. Elle ne voulait pas entrer dans ce débat. Tous ces mages ne savent pas ce qu’ils ratent. La plupart des mages avaient été retirés à leurs familles et à la vie normale depuis si longtemps qu’ils n’avaient aucune idée du goût de la liberté.

Mais ce changement radical de situation des mages ne lui déplaisait pas. Si on lui avait proposé, il y a quelques temps, de revenir à une vie de liberté en-dehors de ces murs, elle l’aurait fait sans hésitation. Mais aujourd’hui elle avait Azel et étrangement à la perspective de ne plus le voir, la liberté lui paraissait moins tentante. Pourtant elle se surprit à rêver d’une vie simple, une petite maison dans un village tranquille, où Azel pourrait continuer ses études et où elle pourrait trouver sa voie.

Mais elle doutait que ce rêve tente le jeune homme. Il n’avait surement jamais envisagé de vivre loin du Cercle et de sa grande Bibliothèque. Surtout pas une vie d’apostat. Rosalyne reprit :

– En tout cas, tout le monde à son avis sur les évènements et j’ai en déjà entendu certains dire qu’ils étaient prêt à rejoindre les mages apostat qui sont déjà dans la nature.

L’elfe Sana s’étonna :

– Ah oui ? Qui aurait envie de se mettre volontairement en danger ? Ici nous sommes nourris, logés et à l’abri. Je ne vois pas ce que l’extérieur pourrait nous apporter.

Leena leva les yeux devant tant de naïveté :

– Eh bien la liberté tout simplement. Aller où bon vous semble, voir d’autres personnes que des mages, vous ouvrir l’esprit, ne pas être sous la constante menace d’être apaisé, aimer qui vous voulez et rester avec cette personne… la liste peut être longue.

Les jeunes femmes réfléchirent quelques instants et Rosalyne avoua :

– Oui effectivement présenté ainsi, l’extérieur semble plus tentant.

– Vous voyez, il suffit d’y réfléchir un instant. Cette rébellion n’est pas un simple caprice de quelques mages maltraités.

Elle les laissa sur ses paroles pour rejoindre Irving.

Leur travail n’avançait pas beaucoup. Non seulement Leena peinait toujours sur les sorts les plus simples, mais en plus elle sentait qu’elle était en train de dépasser ses limites. Il la faisait travailler jusque tard le soir et aujourd’hui il voulait qu’elle soit capable de lancer un simple sort de givre. Elle n’arrivait vraiment à rien et se fatiguait beaucoup à force de se retenir. Elle prétexta donc un mal de tête virulent pour écourter la séance du jour. Dehors, l’hiver était déjà bien installé et la nuit se couchait de plus en plus tôt. La Tour s’assombrissait très vite, malgré les nombreuses bougies qui éclairaient chaque coin.

Elle décida de faire un léger détour pour ne pas croiser de Templiers. Même si elle s’était maintenant habituée à vivre enfermée dans des tours, elle n’arrivait toujours pas à supporter la présence immuable des Templiers partout. Elle passa devant un coin très sombre qui passait devant les dortoirs des hommes. Les couloirs étaient presque déserts. Tout le monde devait déjà se trouver au réfectoire pour le dîner.

Soudain elle entendit des murmures provenant de ce qui semblait être un placard, des voix légèrement étouffées et qui semblaient tendues.

– … peut le faire nous aussi.

– Tu n’y pense pas ! C’est trop dangereux.

– Plus nous serons nombreux et plus ça sera facile !

Elle reconnut la voix du premier mage, un homme, qui devait être à peine plus âgé qu’elle et assez séduisant, Donovan.

– Et comment tu comptes t’y prendre, depuis la nouvelle de Kirkwall, les Templiers sont à cran. A la moindre faute j’ai peur qu’ils ne déclenchent l’oblitération totale du cercle ou au moins des apaisements en chaine.

–  Pas tant qu’Irving sera là ! Il tient le Chevalier-Capitaine dans la main.

– Oui mais Irving est vieux et ne sera pas éternel.

– C’est pour ça qu’il faut agir rapidement !

– Et pour les phylactères ? Et je me répète mais comment vas-tu nous sortir de là ?

– Je ne peux pas tout te révéler au cas où mais sache que j’ai pensé à tout et je sais par où nous nous échapperons. Et toi où en es-tu dans le repérage ?

– Eh bien je sais déjà que certains sont partants. Ils n’attendaient que ça pour s’en aller.

Ne voulant pas se faire prendre, Leena s’éloigna soudain, abasourdie. Elle savait que certains mages étaient tout de même conscients que leur situation n’était pas rose, voire même totalement injuste. Mais elle ne se doutait pas qu’ils étaient pour autant prêts à étendre la révolution partout ou en tout cas à avoir le courage d’essayer de s’en aller. Il semblerait donc qu’elle se soit trompée et que Donovan soit en train d’organiser une fuite pour lui et plusieurs mages, avides de liberté.

Leena était vraiment perturbée par les révélations de la journée. Savoir qu’elle n’était pas la seule à se sentir parfois étouffée entre ses quatre murs était étrangement rassurant. Même si elle ne voulait pas quitter Azel, elle était heureuse d’avoir trouvé une solution pour s’échapper de ce Cercle si les choses tournaient aussi mal qu’elle le redoutait.

 

– Non Leena tu es beaucoup trop crispée ! Cela ne fonctionnera pas si tu ne te laisses pas aller. La magie c’est quelque chose qui doit t’être naturel.

La jeune femme soupira et essuya la sueur sur son front. Cela faisait une semaine que la nouvelle de l’explosion et la rébellion de Kirkwall avait atteint le Cercle de Férelden. Une semaine qu’Irving la forçait à travailler ses sorts de glace et la jeune femme craignait d’exploser à tout instant. Elle avait mis en garde le Premier Enchanteur, elle commençait à bien se connaître et elle savait qu’elle flirtait très dangereusement avec ses limites. Et entre ses journées épuisantes avec Irving et ses nuits avec Azel, elle savait qu’elle en faisait trop. Mais elle ne pouvait pas se soustraire à la volonté d’Irving de l’aider. Elle devait faire semblant de croire que tout irait bien et qu’il pouvait faire quelque chose pour elle. De plus il était totalement hors de question qu’elle espace ses nuits avec Azel. Elles étaient finalement devenues essentielles à son bien-être au Cercle de Férelden.

Cela faisait presque quatre mois qu’ils se voyaient autant que possible et même si cela ne pouvait pas vraiment s’apparenter à une vraie relation puisqu’ils ne se rencontraient que le soir, elle avait besoin de ces moments avec lui.

– Tu n’es plus avec moi Leena. J’ai besoin de ta concentration !

La voix d’Irving la ramena au présent.

– Allez, courage jeune fille ! Ferme les yeux, ne pense à rien. Je te demande simplement de ressentir le froid en toi.

– J’essaie Irving.

– Bien. Maintenant je veux que ce froid tu le fasses passer par tes bras, puis par tes mains. Quand tu te sentiras prête tu lanceras le Poing de Givre sur le mannequin.

Leena se concentra et mis toute son énergie sur sa magie. Avec précaution, elle fit appel à elle et chercha le froid. Elle le sentit soudain, chose qu’elle n’avait jamais réussi à faire. Très vite, avant qu’il ne lui échappe, elle le fit monter en elle. Il avait presque atteint le bout de ses doigts. Mais la jeune femme s’emballa un peu sous le coup de l’excitation, et d’un coup le froid se retira. A la place une chaleur torrentielle prit sa place. Leena sera les poings, crispa les mâchoires et essaya de repousser cette vague de feu qui menaçait de s’échapper de son corps. Mais plus elle luttait, plus la chaleur s’intensifiait et bientôt elle cria de douleur.

Aussitôt Irving fut à ses côtés et posa une main sur son épaule.

– Leena tout va bien ?

A travers ses dents toujours serrées, elle essaya de lui répondre.

– Irving…je ne contrôle plus.

– Respire à fond. C’est toi qui maîtrise ta magie et non le contraire.

– Je n’y arrive pas…je suis désolée…je … elle est plus forte que moi !

– Non certainement pas, c’est toi qui décide. Je vais t’aider un peu.

A partir de la main qui se trouvait sur l’épaule de la jeune femme, Irving diffusa sa magie en elle. Il sembla d’abord très surpris d’y trouver autant de pouvoir mais rapidement, il comprit l’urgence et essaya de repousser cette vague de feu. Ensemble ils semblèrent plus forts un moment, mais la vague était trop puissante et elle repoussa la magie d’Irving. Leena sentait que tout contrôle lui échappait et très vite elle essaya de prévenir le mage.

– Allez-vous en Irving, sortez de la pièce !

Comprenant le danger, le mage essaya d’atteindre la porte. Mais il était déjà trop tard. N’en pouvant plus, Leena libéra la magie et l’énergie accumulée dans son corps. Le feu sortit de son corps et l’aveugla. La fournaise l’enveloppa complètement sans lui faire de mal et se propagea dans toute la pièce. La température de la salle grimpa à des niveaux insoutenables puis finalement, tout s’arrêta. Leena était quasiment nue, ses vêtements ayant complètement brulés mais elle se sentait étrangement soulagée. La pression qu’exerçait sa magie de feu avait disparu…jusqu’à la prochain fois malheureusement.

Paniquée, la jeune femme regarda les dégâts autour d’elle. Les vieilles pierres de la salle avaient empêché le feu de se propager mais elles étaient toutes noircies. Tout le mobilier avait été réduit en cendre et seuls quelques squelettes de bois subsistaient. Son regard se posa alors sur la silhouette qui se trouvait au sol, de dos et elle se précipita à ses côtés.

– Irving !

Elle retourna le mage vers elle. Il avait des brûlures un peu partout sur le corps mais il avait eu la présence d’esprit de se protéger avec un bouclier puissant lui évitant une mort douloureuse et affreuse. Ne sachant pas quoi faire, elle secoua légèrement le corps du vieil homme et chercha son pouls.

– Irving ?…

Soudain la porte de la pièce s’ouvrit en grand et tomba parmi les autres décombres. Les yeux ronds, la bouche grande ouverte pour la surprise, le Chevalier-Capitaine entra, trébuchant légèrement et parcourut la pièce dévastée du regard.

– Par Andrasté, que s’est-il passé ici ?

Il remarqua alors les deux mages au sol et dégaina son épée.

– Qu’as-tu fais mage ? Eloigne-toi du Premier Enchanteur sur le champ !

Par sécurité, le Templier déploya une puissante aura dans la pièce qui empêchait toute magie. Leena s’éloigna du corps d’Irving doucement et se recroquevilla contre un mur, assise, les genoux relevés pour masquer sa nudité. Les yeux hantés elle regarda le Templier se pencher vers Irving et l’examiner, en murmurant :

– Je suis désolée, je ne voulais pas… je suis tellement désolée.

– Oh oui tu vas être désolée mage ! Surtout lorsque l’on décidera de ton apaisement. Tu es un vrai danger public !

Heureusement, ce fut ce moment que choisi le Premier Enchanteur pour se manifester et tousser bruyamment.

– Par la grâce du Créateur, vous êtes vivant Irving !

Il aida le mage à se redresser et le soutient pendant qu’il libérait ses poumons de la chaleur et de la fumée accumulées.

– Tout va bien Gregor, je vais bien. Juste quelques égratignures. Leena ? Où est-elle ?

Le Chevalier-Capitaine indiqua du menton la jeune femme.

– Elle va bien Irving. Bien mieux que vous !

Le mage se redressa avec difficulté et grimaça sous la douleur de ses brûlures.

– Créateur, Gregor ! Qu’attendez-vous pour donner à cette jeune femme de quoi se couvrir.

– Mais Irving elle est dangereuse je ne peux…

– Allons, ce qui s’est passé est de ma faute et j’en porte l’entière responsabilité. Je m’en sortirai très bien, alors je vous prie de lui trouver de quoi s’habiller.

Le Templier sortit en grommelant et Irving se pencha vers Leena qui était toujours dans la même position et avait à peine relevé la tête.

– Leena, tu vas bien ?

– Oui…oui, je m’en sors toujours.

– Tu as une magie vraiment étrange. Et je suis terriblement désolé de t’avoir poussée aussi loin et de ne pas avoir écouté tes mises en garde. Je n’avais pas saisi à quel point tes pouvoirs étaient…volatiles.

La jeune femme leva enfin les yeux vers lui.

– Je vous l’avais dit, Irving. Personne ne peut m’aider. Je le sais. Souffrez-vous beaucoup ?

– Je refuse de le croire. Oh ne t’en fais pas pour mes brûlures, j’irai me faire soigner tout à l’heure.

– Mais il est trop tard maintenant ! Le Chevalier-Capitaine a vu de quoi j’étais capable. Il n’acceptera jamais que je reste ainsi.

– Tu penses à l’apaisement mon enfant ? Moi vivant je ne le permettrais pas ! Je suis sûr que tu es une mage exceptionnelle et que ta magie nécessite juste quelques…ajustement, dirons-nous. Nous n’allons pas abandonner maintenant.

Le Templier revient avec une nouvelle robe que la jeune mage s’empressa d’enfiler. Elle était encore couverte de cendre noire. Irving posa ses deux mains sur ses épaules et trouva l’énergie de lui sourire :

– Tout va bien se passer. Va donc te laver et te reposer, mon enfant.

Pieds nus et barbouillée de noir sur le visage, la jeune femme passa devant le Templier qui ne la lâchait pas du regard.

Elle prit un bon bain chaud, l’esprit un peu vide. Elle savait que ce qui s’était passé aujourd’hui lui pendait au nez. Mais maintenant que c’était arrivé, elle était comme perdue. Elle s’en voulait tellement d’être ce qu’elle était, une mage détraquée, une erreur. Et encore une fois son destin se trouvait maintenant entre les mains d’un homme. A vrai dire elle s’attendait à tout instant à être cherchée et emmenée par les Templiers pour son apaisement. Mais rien ne vint.

Elle s’habilla et décida d’aller voir comment se portait le Premier Enchanteur. Elle monta les marches de son bureau et allait frapper quand elle entendit des voix assez distinctes se disputer derrière le panneau de bois. Elle remarqua que la porte était légèrement ouverte. Elle ne put s’empêcher de tendre l’oreille.

– …ne peut pas cautionner cela Irving ! Elle met tout le Cercle en danger !

– Je le répète, tout est de ma faute, je ne suis pas rendue compte et j’ai sous-estimé le problème.

Le Chevalier-Capitaine semblait furieux.

– Et là encore vous le sous-estimez. Vous vous rendez compte de ce qui se serait passé si elle avait libéré sa magie en plein milieu de la Bibliothèque, au Réfectoire !

– Je sais tout cela Gregor mais je pense pouvoir l’aider.

Le Templier soupira.

– J’ai toujours respecté votre avis et votre jugement Irving, mais là je me dois d’agir. Je ne peux pas laisser ce qui s’est passé cet après-midi sous silence. Soit je préviens la Divine de ce qui s’est passé et ainsi je prends le risque qu’elle décide de demander le droit d’Oblitération, chose que je souhaite éviter autant que vous, soit nous décidons maintenant et ensemble de l’Apaisement de cette mage.

Leena posa une main sur sa bouche pour éviter d’émettre le moindre son.

– Je ne peux pas vous laisser faire ça, Gregor. Pas tant que je serais vivant.

– Et là est tout le problème ! Avec tout le respect que je vous dois, vous n’êtes pas éternel. Et si vous prenez cette mage en charge maintenant, qui le fera après vous ? Personne, parce qu’elle représente un trop grand risque et vous le savez. Vous ne faites que lui offrir un espoir fallacieux.

Leena s’éloigna brutalement et se précipita dans la première salle qu’elle put ouvrir. Elle s’effondra contre le bois et posa son menton sur ses genoux relevés afin de réfléchir à sa situation.

Objectivement, même elle trouvait les arguments du Chevalier-Capitaine valables et tout à fait justifiés. Elle était un danger pour tout le monde, mais elle savait aussi comment éviter cela. Elle devait utiliser ses pouvoirs avec parcimonie et éviter la magie de glace qui était à l’opposé de son élément de prédilection. Elle ne savait pas pourquoi elle avait une telle affinité avec le feu et uniquement avec le feu. Ce pouvoir était puissant et dévastateur si elle l’utilisait. Elle avait un jour réussi à brûler jusqu’aux os un ours sauvage qui l’avait attaquée sur la route en un simple geste. Mais elle avait l’impression que le feu se servait d’elle et non le contraire. Il la grignotait petit à petit et si elle ne voulait pas se laisser dévorer totalement, et causer énormément de dégâts, elle devait le relâcher dans un endroit isolé de tout.

Mais évidemment depuis qu’elle était « mage de Cercle », cela devenait de plus en plus compliqué. A Orlaïs, elle avait fait semblant de n’avoir presque aucun pouvoir, quitte à passer pour une mage totalement inutile, ce qui lui avait valu son transfert ici. Face à son problème, elle était seule, comme elle l’était depuis ses dix ans.

L’Apaisement la terrifiait et elle ne voulait pas mourir non plus. Encore moins entraîner les autres et particulièrement Azel dans sa chute. Or si elle restait au Cercle elle aurait soit l’un soit l’autre. Elle n’avait plus le choix, elle devait fuir. Irving ne pourrait pas la couvrir éternellement. Aussi fou que cela puisse être, elle devait tenter le coup. Mais pas seule. Elle devait voir Donovan et si son plan d’évasion tenait la route, elle s’en irait avec lui.

Et Azel ? Il n’accepterait jamais de la suivre et elle ne pouvait décemment pas lui demander de mettre sa vie en danger pour elle. Non, il la traiterait de folle et lui répèterait qu’elle serait plus en sécurité ici, parce qu’il le croyait vraiment. Mais elle voulait tout de même lui dire qu’elle allait s’enfuir, elle lui devait la vérité. Après avoir vécu autant d’abandons, elle ne pouvait pas lui faire la même chose. Le laisser, sans explication aucune.  Mais d’un autre côté, même si les chances étaient minimes, il pourrait vouloir l’accompagner. Il ne savait pas vivre autrement qu’au Cercle et si jamais il se faisait tuer dehors, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

Inconsciemment, elle savait quelle était la meilleure solution mais son cœur la refusait.

Elle allait fuir et elle allait devoir mentir à Azel, lui cacher ses projets. Elle ne voulait prendre aucun risque.

 

Alors qu’elle réfléchissait à tout cela dans cette salle vide, elle perdit toute notion du temps. Elle se rendit compte, soudain, qu’il était déjà l’heure du couvre-feu. Comme une morte-vivante, elle sortit et rejoignit son dortoir. Heureusement, toutes les filles étaient déjà endormies, elle n’eut donc pas à répondre à tout un flot de questions. Elle savait que la nouvelle de son « accident » avait surement déjà fait le tour de la Tour. Ce qu’elle ignorait par contre c’était ce qui avait été dit exactement. Elle se changea rapidement et alla se glisser sous les draps lorsqu’elle sentit un morceau de papier sous son oreille. Intriguée elle le déplia et lut :

« Les rumeurs les plus folles courent sur l’accident que tu aurais déclenché. J’ai besoin de savoir que tu vas bien. Rejoins-moi dans notre chambre dès que possible. A. »

Créateur ! Elle n’avait pas songé un instant qu’elle avait pu inquiéter Azel. Rapidement elle se releva et se dirigea aussi vite que possible vers la chambre.

Elle eut à peine franchit la porte que le jeune homme se jeta sur elle et la serra aussi fort que possible dans ses bras. Le visage perdu dans ses cheveux défaits, il respira à fond et souffla :

– J’ai eu tellement peur pour toi. Comme tu ne venais pas, je croyais qu’il t’était arrivé quelque chose de grave.

Doucement la jeune fille se colla à lui et s’excusa :

– Pardonne-moi, je n’ai vu ton message que tard, sinon je serai venue bien plus tôt.

Brusquement Azel recula et repoussa la jeune femme à portée de bras. Les mains sur ses épaules, il la scruta de haut en bas.

– Tu n’as rien ? J’ai entendu dire qu’il y avait eu un accident grave et qu’Irving avait été blessé. Comme tu es tout le temps avec lui en ce moment j’ai cru que…

La jeune femme posa une main sur sa joue et lui sourit.

– Je vais bien. Irving aussi. Il y a effectivement eu un accident mais nous nous en sommes sortis indemnes.

– Que s’est-il passé ?

Leena hésita, devait-elle lui mentir encore ? Elle décida de lui donner une demi-vérité :

– Il faut que tu saches quelque chose. Viens t’asseoir à côté de moi.

Intrigué le jeune mage la suivit jusqu’au lit et s’assied à ses côtés. Leena prit une grande inspiration et commença :

– Je ne suis pas vraiment l’assistante d’Irving.

Azel fronça les sourcils :

– Comment ça ?

– Eh bien, c’est assez difficile à avouer. Tu sais, tu pensais que si Irving m’avait choisie pour être son assistante c’était sans doute parce que j’étais une puissante mage ? En fait c’est tout le contraire.

– Le contraire ?

– Oui je suis une mage exécrable, voire très mauvaise. Chaque sort me demande une concentration et une énergie folle. Ce que tu considères sûrement comme un jeu d’enfant est pour moi une épreuve. Irving a été assez gentil pour me donner une chance dans son Cercle et me donner des cours particuliers.

– Oh. Mais pourquoi m’avoir caché ça ?

La jeune fille se releva et lui tourna le dos pour ne pas à avoir à le regarder en face pendant qu’elle lui mentait.

– Parce que j’avais honte. Tu es si brillant et tu t’étais fait une si haute opinion de mes capacités que … que j’ai eu peur de te décevoir, peur que tu te détournes de moi. Je suis désolée de t’avoir menti.

«  Si seulement le problème pouvait être aussi simple » pensa-t-elle.

Elle se détestait de ne pas lui dire toute la vérité, mais elle avait pris une décision et devait s’y tenir. Si elle voulait le mettre totalement hors de danger, elle devait garder son sang-froid et continuer selon son plan.

Elle sentit soudain les bras d’Azel se refermer sur elle et le corps du jeune homme dans son dos.

– Je me fiche de ta magie, Leena.

Il posa ses lèvres sur les tempes de la jeune femme et descendit doucement jusque la peau fine et sensible derrière son oreille.

– C’est toi que je veux, pas tes pouvoirs.

Elle frissonna devant l’intonation presque sensuelle de sa voix. Elle ne l’avait jamais entendu ainsi. Il embrassa sa gorge et la jeune femme pencha la tête. Les mains d’Azel se posèrent sur son ventre et massèrent doucement la peau tendre sous la chemise de nuit puis l’une d’elle remonta vers sa poitrine et empoigna fermement un sein. Leena gémit et rejeta la tête en arrière pour la poser sur l’épaule d’Azel. Il continua à baiser sa joue, son cou, tout ce qu’il avait à portée de lèvres tout en poursuivant ses caresses sur son corps. La main qui se trouvait encore sur son ventre descendit vers son entrejambe où il y posa la main à travers le tissu.

– Tu vois, tu pourrais n’avoir aucune magie en toi que j’aurais encore envie de toucher ton corps.

La jeune femme haleta. Les sensations qu’il lui faisait ressentir étaient indescriptibles. La véritable magie entre eux, c’est que lorsqu’ils se trouvaient ensemble, ils arrivaient à en oublier tout ce qui n’était pas eux.

N’en pouvant plus, Leena se retourna et se jeta sur la bouche d’Azel qui ne se fit pas prier et la laissa prendre les rênes du baiser. Mais bien vite, il redevient maître de leur étreinte et dénoua brusquement les nœuds qui retenaient son corsage et déchira presque le coton en essayant de l’abaisser sur le corps de la jeune femme. Une fois nue, se fut au tour d’Azel de se faire déshabiller. Une fois que leurs deux peaux nues entrèrent en contact, le mage souleva la jeune femme et la déposa sur le lit, un peu brutalement. La jeune femme rebondit sur le matelas en riant. Avec un sourire presque carnassier qu’elle ne lui avait jamais vu, Azel s’allongea sur elle. Leurs bouches se retrouvèrent presque automatiquement alors que les jambes de la jeune femme entourèrent la taille du jeune homme. Il mit fin au baiser et embrassa le haut de sa poitrine :

– Je voudrais que l’on soit honnête l’un envers l’autre. Plus de secrets, plus de mensonges.

Il descendit vers ses seins qu’il baisa à tour de rôle. Il y resta pendant de longues minutes, faisant gémir la jeune femme, les doigts perdus dans les cheveux du mage. Il emprisonna ses mamelons durcis dans sa bouche, les suça longuement puis les relâcha pour les lécher ensuite. A chaque fois, il donnait une attention particulière à sa poitrine, à croire qu’il l’adorait. Ce qui n’était pas pour déplaire à Leena qui avait toujours été sensible à cet endroit. Mais s’il continuait ainsi il allait la faire jouir rien qu’en touchant ses seins. Pourtant la chaleur qui montait au creux de son ventre et qui se répandait dans son entrejambe demandait, réclamait même, aussi son attention. Elle n’arrivait plus à penser, l’esprit embrumé par le désir. C’est pourquoi elle prit l’une des mains du jeune homme et la dirigea vers son entrejambe déjà humide. Azel se laissa guider mais se contenta se passer un doigt du haut vers le bas, sans chercher à aller plus loin. La jeune femme geignit autant de frustration que de plaisir.

– Azel, j’ai besoin de toi…

Le jeune homme lécha la veine palpitante dans son cou et murmura contre sa peau.

– Non, pas encore.

Mais Leena n’arriva pas à patienter et quand, quelques minutes plus tard, le jeune homme continua sa douce torture sur ses lèvres intimes tout en ravageant sa gorge de baisers et de mordillements, elle décida de reprendre les choses en main. Elle bascula le jeune homme sur le dos et le chevaucha. Les yeux d’Azel pétillèrent et il emprisonna immédiatement ses poignets. Ses yeux sombres transpercèrent ceux de la jeune femme, la clouant sur place.

– J’ai dit, pas encore.

Sa voix avait des accents autoritaires qui donnèrent des frissons à Leena. L’Azel de ce soir était différent des autres soirs, plus sûr de lui, un peu plus dominateur et cela la ravissait. Elle profita de cet élan pour lui laisser toute liberté.

– Bien. Que veux-tu que je fasse.

Le jeune homme lâcha ses poignets et posa ses mains sur l’arrière de ses cuisses. Il la poussa doucement vers le haut.

– Viens par là.

Le cœur battant, Leena se posta à genoux au-dessus du visage parfait de son amant. Elle n’avait jamais testé cette position et était ravie de tenter de nouvelles choses avec lui. Elle abaissa son regard vers lui et rencontra à nouveau son regard brillant.

– Descend vers moi. Chevauche ma bouche.

La jeune femme arrêta presque de respirer et abaissa doucement son corps vers lui. Lorsque les lèvres du jeune homme se posèrent sur elle, elle en cria de bonheur. D’un doigt, il écarta ses lèvres intimes et la dévora. Le corps de la jeune femme trembla et elle dut poser ses mains à plat sur la tête de lit pour se soutenir. Elle ne put détacher son regard du jeune homme et voir son visage entre ses cuisses, ainsi, lui fit comme un choc électrique du haut de la tête jusqu’à la pointe de ses orteils. Elle se mit alors à onduler des hanches, violemment, sans pouvoir se contrôler et lorsque le nez du jeune homme frotta contre son clitoris, elle perdit complètement la tête et se laissa guider par la puissance de son désir. Elle chevaucha alors sa bouche, vraiment, sans se soucier de savoir s’il pouvait toujours respirer, cherchant la friction de ses lèvres, de sa langue de son nez, voulant à tout prix atteindre la jouissance qui montait dans son ventre. Les mains du mage se posèrent alors sur la rondeur de ses fesses et en malaxa la chair tendre, tandis que sa langue la pénétra brutalement.

– Azel !

Leena jouit tellement fort qu’elle dut se laisser tomber sur le côté, les muscles presque tétanisés et secouée par de légers soubresauts. Couchée sur le ventre, elle tourna son visage vers le jeune homme et posa un doigt contre sa bouche humide de sa jouissance. Essoufflé, le jeune homme la regarda intensément. La jeune mage se releva sur un coude et l’embrassa langoureusement, essayant de transmettre au jeune homme tout ce qu’elle ne pouvait et ne voulait pas dire. Elle était tellement bien avec lui. Elle se sentait chérie, en sécurité.

Azel se redressa :

– Ne bouge pas, écarte juste une jambe.

La jeune femme s’exécuta se redressant sur les coudes et sentit le corps du jeune homme tout contre son dos. Il guida son membre durci entre ses lèvres mouillées. Il remonta ses mains vers celle de la jeune femme, qui étaient crispées sur le drap. A la place il entrelaça ses doigts aux siens et les serra fortement tout en la pénétrant doucement. Même si elle était plus que prête pour lui, cette position la faisait paraître bien plus étroite, créant des sensations extraordinaires pour les deux amants. Il mordilla le haut de son oreille en murmurant :

– J’ai failli te perdre aujourd’hui. Je ne veux pas te perdre, Leena.

Elle gémit et sentit les larmes envahirent ses yeux. Elle le voulait tellement aussi, rester avec lui pour toujours.

Elle déglutit et prit sur elle pour ne pas laisser percevoir sa tristesse.

– Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée Azel. Ne l’oublie jamais, quoi qu’il se passe.

Le jeune homme bougea alors les hanches, lentement puis de plus en plus vite. Leena était totalement à sa merci et pouvait à peine jouer du bassin pour accompagner ses mouvements. Il accéléra la cadence et pencha la tête pour embrasser le creux entre ses épaules. Elle se laissa totalement emporter par le désir du jeune homme, criant librement alors que les gémissements de plaisir d’Azel résonnaient dans ses oreilles comme une douce mélopée. Bien trop vite à son goût, la jeune femme sentit qu’elle partait à nouveau, emportée par des vagues de plaisir plus fortes à chaque coup de rein du mage. Ceux-ci devinrent soudain erratiques et dans un grognement d’extase, il se libéra en elle, le dos arqué, enfoui en plus profond d’elle. Il resta immobile au-dessus d’elle pendant quelques secondes puis se laissa tomber à ses côtés, le sourire aux lèvres.

Aussitôt la jeune femme se serra contre lui et enfouit son visage dans le cou du jeune homme, ne pouvant pas le regarder dans les yeux.

Maintenant que son corps était apaisé, son esprit tournait à plein régime. Il avait raison, il ne devrait y avoir aucun secret entre eux. Pas alors qu’ils avaient trouvé une intimité et une confiance qu’ils n’avaient jamais eu avec qui que ce soit d’autre. Pourtant elle ne pouvait toujours pas se résigner à tout lui dire, mais il avait le droit de savoir qui elle était vraiment. Après quelques minutes, elle se lança :

– Je… je n’ai pas été tout à fait honnête avec toi.

Le jeune homme baissa la tête et tenta de lever celle de la jeune femme vers lui. Elle se laissa faire mais refusa toujours de croiser son regard.

– Comment ça ?

– Ce qui s’est passé cet après-midi était entièrement de ma faute et j’’aurais pu tuer Irving.

– Tuer Irving ?

– Ma magie est une horreur, une erreur même. Je suis dangereuse. Non seulement j’ai du mal à effectuer les sorts les plus simples mais j’ai un grave problème avec mes pouvoirs de feu. J’ai toujours eu une très forte affinité avec cet élément, je ne sais pas pourquoi. Une trop forte affinité. Il n’y a que les sorts de feu qui ne me posent aucuns soucis.

– Je ne comprends pas en quoi c’est un problème.

– Parce que mon feu est très volatile. Je suis incapable de le contrôler. A chaque sort que je fais, il prend de plus en plus d’ampleur, il me dévore de l’intérieur. Jusqu’à ce que je sois obligée de l’expulser.

Le jeune homme sembla réfléchir quelques instants puis finit par lui dire :

– Je suis sûr qu’il y a forcément quelque chose à faire.

Désabusée, la jeune femme ricana.

– C’est ce que pensait Irving avant qu’il ne soit attaqué par ma fournaise. Il aurait pu en mourir.

– Alors c’est ça qui s’est passé aujourd’hui, tu as perdu le contrôle ?

– Oui. Toute la semaine il m’a fait travailler mes sorts de glace. Tu te doutes bien que je suis encore plus nulle dans cette discipline que dans les autres. Je sentais que j’allais franchir mes limites, j’ai essayé de prévenir Irving. Mais lui non plus ne connaissait pas vraiment le fond du problème. Depuis que je suis enfermée dans un Cercle j’essaie de le cacher au mieux. Je sais que si les Templiers avaient connaissance du danger que je représente, ils n’hésiteraient pas une seconde et m’apaiseraient sur le champ.

Azel la serra plus fort contre lui et enfin Leena eut le courage de croiser son regard.

– Je te remercie de ta franchise. Mais tu n’es plus toute seule maintenant. Il faut que tu acceptes de te laisser aider. Je vais faire des recherches. J’y passerai autant de temps que nécessaire mais je trouverai un moyen de t’aider. En attendant je suis sûre que tu peux faire confiance à Irving. Il ne laissera personne te faire du mal.

Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes puis la jeune femme avoua encore.

– Je déteste être mage, cela ne m’a rien apporté de bon.

Azel la fit basculer sur le dos et la regarda avec une certaine dureté.

– Tu n’as pas le droit de dire ça. Etre mage est une chance et surtout cela t’as mené à moi. Rien que pour cela, je suis moi, très heureux que tu le sois.

Elle ne put empêcher les larmes d’envahir ses yeux. Personne ne lui avait fait ce genre de déclaration. Personne.

Avec une profonde tendresse, il dégagea une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux, essuya une larme qui coulait sur sa joue et lui sourit.

Comment ? Comment était-elle supposée quitter cet homme merveilleux ? Pourtant elle allait devoir en trouver la force. C’était une question de survie, pour elle comme pour lui.

 

Le jour suivant, elle se décida finalement à aller parler à Donovan. Il commença par être extrêmement méfiant. D’une part elle n’était pas sensé savoir ce qu’il tramait dans le dos du Premier Enchanteur et des Templiers et ensuite aux yeux de tous elle était l’assistante d’Irving. Elle ne lui en voulait pas de ne pas lui faire immédiatement confiance. Mais finalement elle réussit à le convaincre qu’elle ne cherchait que la liberté et qu’elle ne comptait absolument pas lui mettre des bâtons dans les roues, au contraire. Il lui donna rendez-vous près du grand cellier près du réfectoire en plein milieu de la nuit.

L’évasion se ferait dans cinq jours. Cinq jours pour faire ses adieux à la Tour de Férelden. Cinq jours pour faire ses adieux à Azel, sans pouvoir lui dire vraiment. Elle était dans un état second, essayant de ne pas penser à l’échéance prochaine. Elle demanda à le voir pendant ses quatre dernières nuits et lorsqu’elle l’embrassait, qu’elle lui donnait du plaisir, elle arrivait presque à se convaincre qu’elle n’allait pas devoir le quitter. Mais à chaque fois qu’il lui parlait de l’avenir, des recherches qu’il avait commencées pour elle, elle était brutalement ramenée à la réalité.

Devant Irving aussi elle devait faire bonne figure, jouer la comédie et faire comme si elle avait une confiance totale en l’avenir. Un avenir que le Premier Enchanteur lui promettait meilleur. Il ne lui avait évidemment pas parlé de la conversation qu’il avait eue avec le Chevalier-Capitaine et affichait une confiance presque rassurante sur sa capacité à résoudre son problème.

Par contre depuis son « accident » elle sentait constamment le poids du regard des Templiers sur elle. Le Chevalier- Capitaine avait dû donner des instructions précises à son sujet. Elle eut même peur qu’ils ne décident de la surveiller pendant la nuit, heureusement il semblait estimé que cela n’était pas nécessaire.

Le dernier soir avec Azel fut un moment chargé en émotion. Elle lui demanda de lui faire l’amour doucement puis passionnément. Elle voulait tout de lui et plusieurs fois elle faillit craquer, lui parler de ses projets et le supplier de l’accompagner, mais par une volonté dont elle ne savait pas capable, elle garda le silence, profitant des dernières caresses, des derniers moments en sa compagnie. Il s’endormit bien avant elle, et elle en profita pour l’observer dans son sommeil, graver ses traits dans sa mémoire. Du bout du doigt elle traça les lignes de son visage, les passa dans ses cheveux sombres, le long des muscles de son torse. Ainsi elle avait l’impression d’emporter un peu de lui avec elle.

Elle ne put s’empêcher de le réveiller pour s’unir une dernière fois avec lui avant de trouver, elle aussi le repos dans ses bras.

Lorsqu’ils se séparèrent avant l’aube, comme à l’accoutumé, elle dût puiser dans ses dernières ressources de volonté pour paraitre aussi normale que possible. Lorsqu’il lui donna à nouveau rendez-vous le soir même, elle lui donna une fausse excuse et évita de le regarder trop longtemps dans les yeux. Il lui sourit simplement et baisa son front en lui souhaitant une bonne journée. Elle attendit de le voir disparaitre au détour d’un couloir avant de retourner dans leur chambre, de s’effondrer sur le lit qui portait encore l’odeur de leurs ébats et de pleurer toutes les larmes qu’elle retenait depuis presque cinq jours. Le visage enfoui dans l’oreiller, elle songea à lui laisser une lettre ici, dans ce lieu qu’ils avaient partagé, mais décida qu’il valait mieux ne rien en faire. Qu’aurait-elle pu lui dire de toute façon ?

Elle passa la journée comme un fantôme, les yeux rougis d’avoir trop pleuré. Irving la renvoya même plus tôt, voyant qu’elle ne semblait pas être dans son assiette mais eu la délicatesse de ne pas l’interroger sur son état. Comme le dortoir était vide, elle en profita pour emballer quelques affaires dans un baluchon. Lorsque le couvre-feu sonna, ce fut le début d’une longue attente pour Leena. Elle compta les heures, évita de penser à tout ce qu’elle laissait derrière elle.

Elle était tellement concentrée à faire le vide dans sa tête qu’elle failli ne pas se lever à temps. Elle se précipita dans les couloirs, son baluchon serré contre elle. Elle eut la chance de ne croiser personne sur son chemin. Elle passa devant leur chambre secrète et ne put s’empêcher de poser une main sur la pierre froide dans un dernier adieu. Soudain elle entendit des bruits de pas, paniquée elle regardait en tous sens pour trouver un moyen de se cacher. Elle allait ouvrit le passage secret quand elle entendit :

– Psst Leena ? C’est toi ?

La jeune femme soupira de soulagement.

– Donovan, je suis là, j’arrive.

Brusquement le mur de la chambre secrète s’ouvrit et elle croisa le regard sombre d’Azel qui semblait aussi surpris qu’elle.

– Leena ? Je venais récupérer un parchemin que j’avais laissé hier soir. Mais toi que fais-tu là ?

Ses yeux tombèrent soudain sur le baluchon qu’elle tenait toujours serré contre elle. Elle ne pouvait plus lui mentir, elle n’en avait plus la force.

– Je m’en vais Azel. Je quitte la Tour.

– Quoi mais… ? Pourquoi enfin ? Et comment ?

L’incompréhension pouvait se lire sur son visage.

– Je dois partir parce que je suis en danger ici et que je suis également un danger pour les autres. Je sais qu’Irving essayera de me sauver, mais s’il ne le peut pas ou plus, le Chevalier-Capitaine a été très clair et c’est l’apaisement qui m’attend.

Le jeune homme fronça les sourcils.

– Comment peux-tu en être aussi sûre ?

– J’ai surpris une conversation entre lui et Irving. Je ne peux pas rester Azel.

Il l’a contempla pendant quelques secondes puis lui assura d’une voix ferme.

– Bien, je te crois. Et si tu pars je viens avec toi.

La jeune femme sourit tristement. Au fond de son cœur, elle avait espéré qu’il dise cela. Il ne l’abandonnerait pas, comme tous ceux avant lui. Et elle se rendit compte à cet instant qu’elle était désespérément et éperdument amoureuse de lui.

– Non Azel, ta place est ici. Je risque de me faire poursuivre et si jamais les Templiers nous récupèrent, tu sais ce qui nous attend.

Il prit soudain conscience d’un fait qui lui avait échappé jusqu’à présent, un fait qui alluma une lueur de douleur dans son regard.

– Tu allais partir sans me le dire, n’est-ce pas…

Leena ne put qu’hocher la tête, ayant soudainement perdu la capacité de parler.

– Après tout ce que l’on a vécu ensemble tu allais me laisser ici, sans explication aucune… tu allais me laisser derrière toi. Et si je ne t’avais pas croisée ici, par pur hasard, je n’aurais jamais su pourquoi…Comment peux-tu être…

C’est ce moment précis que choisi Donovan pour apparaître derrière la jeune femme.

– Leena que fais-tu ? On ne peut plus attendre…

Les yeux d’Azel allèrent de la jeune femme au nouveau venu, et ses traits se tordirent soudain, comme s’il venait de recevoir un coup au cœur.

– Tu t’enfuis avec lui ?

Leena n’avait pas voulu que les choses se passent ainsi, mais l’apparition de Donovan et le malentendu qui en résultait lui donnait l’occasion parfaite pour qu’il la haïsse et oublie toute envie de la suivre.

– Leena réponds-moi !

– Chuut imbécile tu vas nous faire repérer. Leena je croyais que tu voulais partir seule ?

Les mots étaient comme coincés au fond de sa gorge, parce qu’elle savait qu’elle allait devoir le blesser. Elle déglutit se rapprocha de Donovan et prit sa main dans la sienne.

– Je pars, avec Donovan et toi tu restes là, comme tu l’as toujours fait. Toi et moi c’était une distraction agréable mais c’est fini. Retourne à tes études pendant que je reprends ma liberté.

Les yeux d’Azel se posèrent sur leurs mains enlacées et il recula d’un pas. La voix brisée, il répéta :

– Une distraction ?

Leena lui sourit.

– Oui une sympathique distraction. Retourne te coucher, Azel. Tu n’as plus rien à faire là.

Il la scruta longuement, attendant peut-être qu’elle change d’avis, qu’elle lui dise que tout cela n’était qu’une mascarade, qu’elle l’aimait plus que tout et qu’elle ne voulait pas le quitter. Finalement il se détourna d’elle, le visage fermé, le regard éteint.

– Oui effectivement, tu as raison j’ai n’ai vraiment rien à faire là.

Une fois Azel hors de vue, Leena s’appuya contre le mur en étouffant un sanglot, le poing contre sa bouche.

Donovan lâcha sa main et se pencha vers elle.

– Ça va aller ?

La voix éraillée, la jeune femme lui répondit :

– Non mais je survivrai. Allons-nous-en.

L’esprit complètement vide, le cœur brisé, le corps ravagé par la douleur. Elle suivit le groupe de mages devenus apostat, passant par un chemin secret en-dessous du lac. Elle avait fait un choix et devait maintenant vivre avec.

A la première occasion elle rabattit la capuche de sa lourde cape en laine sur sa tête et s’éloigna du groupe.

Elle survivrait mieux seule, comme d’habitude.

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