Chapitre 5 – Nuit mouvementée

Les jours s’écoulèrent doucement pour Rain. Avec beaucoup de difficulté, il se faisait néanmoins à la vie de l’Empire. Il appréciait l’énorme bibliothèque de Darius, où il trouva des ouvrages de magie dont il n’aurait jamais eu accès au Cercle. Il étudia un peu plus la magie du sang mais la trouva toujours aussi répugnante. Maintenant au moins, il en comprenait les principes sur le papier. Il était partisan de l’adage « Connais ton ennemi comme toi-même ». De plus il aimait les discussions et les échanges qu’il avait avec Darius. Les Tévintides avaient une façon de voir la magie totalement différente des Chantristes. Rain trouvait extrêmement enrichissant d’avoir un point de vue autre que ce que la Chantrie n’avait cessé de lui répéter depuis son plus jeune âge.

Darius sortait assez souvent, que ce soit dans l’arène pour voir d’autres combats, ou dans des soirées organisées par ses amis. Soirées que Rain n’arrivaient toujours pas à apprécier. Emilia était passée au stade supérieur dans sa conquête et il était maintenant obligé d’être très prudent pour ne pas se trouver seul avec elle. Plus il était insensible, plus la femme semblait insistante.

Par contre il avait toujours du mal à se faire servir par des esclaves. Lorsqu’il était plus jeune, sa famille avait des domestiques, mais ils étaient payés et traités avec respect. Ici, les elfes étaient quasiment invisibles et ne recevaient ni attention, ni respect. Darius était, néanmoins, un maître assez attentif au bien-être de ses esclaves. Du moins selon les critères de l’Empire. Ils étaient correctement nourris, avaient le droit de se reposer la nuit et n’était pas battus pour un oui ou pour un non. Même ses esclaves de sang n’avaient pas trop à se plaindre, du moins pour de la simple chair à magie du sang.

Rain ne pouvait tout de même pas s’empêcher de montrer sa désapprobation envers ce système en faisant le moins possible appel aux esclaves. Tout ce qu’il pouvait faire lui-même, il le faisait.

Depuis qu’il avait utilisé sa magie pour guérir Tia, les esclaves s’étaient passé le mot. Il n’était pas rare qu’un elfe ou deux aient le courage de venir vers lui pour lui demander de guérir tels ou tels maux. Très discrètement, et au nez et à la barbe de Darius bien sûr, qui n’accepterait certainement pas que Rain se mêle de ses affaires.

Par contre il y avait une personne qui ne manquait pas de le surveiller pendant ses guérisons. Seren était toujours là, tendue, nerveuse et prête à frapper à la moindre plainte d’un elfe. C’était les seuls moments où ils se croisaient. La plupart du temps, elle l’évitait soigneusement. Tia, au contraire, semblait totalement sous le charme de Rain, lui offrant toujours un sourire ou un petit signe quand ils se voyaient. Il avait même cru la voir rougir quand il s’était entraîné torse nu dans les jardins.

Seren ne voyait, évidemment pas, cette petite toquade d’un bon œil. Du coup elle passait beaucoup de temps avec la jeune fille, veillant à ce qu’elle ne s’approche pas trop près de lui.

Rain trouvait cela dommage car il appréciait beaucoup la jeune elfe, qui profitant de l’absence de Seren, venait lui parler et lui poser des questions sur sa magie guérisseuse.

 

Un soir, tard, alors qu’il était allongé sur son lit à lire tranquillement, il entendit des bruits suspects dans le couloir. Tendant l’oreille, il perçut des bruits de lutte étouffée et des pas qui s’enfuyaient. Aussitôt il se leva et sortit dans le couloir. Il eut juste le temps de voir une silhouette s’enfuir au détour d’un couloir. Précautionneusement, il la suivit. La traque dura quelques minutes et se finit dans la cuisine. Perplexe, il scruta la pièce. Personne. Finalement il repéra une petite porte dans un coin, accessible par un petit escalier, de quelques marches, qui descendait. La porte était très légèrement ouverte et maintenue entrebâillée par une cuillère en bois épaisse. Pourquoi un intrus irait faire une chose pareille ?

Il était bien décider à confronter l’individu. Après tout cela faisait partie de son travail de garde du corps. Il ôta la cuillère pour passer et avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, la porte se referma derrière lui. L’individu était maintenant fait comme un rat.

 

Seren avait été réveillée par des pas inhabituels devant sa porte. Sa chambre ne se trouvait pas dans le quartier des domestiques mais dans l’aile des invités près de celle de Rain et donc à quelques pas du couloir réservé à Darius. Craignant pour la vie de son maître, elle avait empoigné ses armes et foncé dehors. Elle tomba presque nez à nez avec une silhouette toute de noir vêtue. Se voyant découverte, elle fuit aussitôt. Seren la poursuivit aussi silencieusement que possible, elle réussit même à la rattraper à un moment et sauta sur son dos. Malheureusement sa chemise de nuit, longue, n’était pas des plus pratiques pour la lutte. L’individu, un homme au vu de sa force et sa taille, lui donna un violent coup sur la tempe et s’enfuit à nouveau. Jurant dans sa barbe, Seren se redressa et se remit aussitôt à sa poursuite.

Elle finit sa course dans les cuisines. Elle connaissait les lieux comme sa poche et à part la porte qu’elle venait de passer il n’existait aucune issue. Avec un sourire de triomphe elle remarqua que la petite porte du garde-manger venait de se refermer. L’idiot venait de s’enfermer tout seul. La porte n’avait qu’une poignée à l’extérieur et une fois enfermé, impossible de la rouvrir. Seren ne savait pas trop pourquoi il en était ainsi mais elle savait que ce dispositif datait de quelques générations. Un magister un peu paranoïaque ? Une autre utilisation de cette salle ? Seren ne voulait pas le savoir, tout ce qui comptait ce soir, c’est que l’intru était enfermé. Elle passa rapidement la cuisine en revue pour trouver de quoi laisser la porte ouverte derrière elle. Elle prit une cuillère en bois et coinça la porte avec. Avec précaution elle se faufila dans la pièce. Le garde-manger était assez grand et sombre. Seule une minuscule fenêtre donnait un tout petit peu de lumière. De nombreuses étagères, remplies de nourriture, venaient couper sa vue.

Elle mit peu de temps à localiser l’homme qui tentait de trouver une solution pour sortir. Doucement, elle s’approcha de lui et attaqua. Un âpre corps à corps s’engagea. L’homme était fort et rapide. Il magnait deux dagues pointues et s’en doute enduites de poison. Elle avait affaire à un professionnel de l’assassinat. Malheureusement pour lui, il venait d’accepter le mauvais contrat. Seren se concentra pour ne pas se faire toucher par son adversaire. Mais elle n’avait pas l’habitude de se mettre autant en défense. Dans l’arène, une blessure était quasiment inévitable et servait parfois à la victoire. Là elle n’avait pas le droit à l’erreur. Coincée entre deux étagères, Seren était en mauvaise posture. L’homme en profita et allait lui enfoncer l’une de ses dagues dans l’épaule, quand la jeune femme sentit une douce aura l’entourer. La lame qui devait s’enfoncer dans sa chair dévia de son corps sans qu’elle comprenne comment. Son adversaire était aussi surpris qu’elle. Mais Seren reprit ses esprits plus vite et balança un puissant coup de genoux dans l’entre-jambe de l’homme qui gémit de douleur et tomba à genoux devant elle. Du coin de l’œil elle vit le Shem, Rain dans la pièce. La barrière qui l’avait entourée venait certainement de lui. Il semblait se concentrer pour lancer un nouveau sort. L’air autour d’eux se refroidit subitement. Il allait geler sa cible. Rapidement son Sai virevolta et s’enfonça profondément dans le cœur de l’individu. En une seconde, l’homme tomba au sol, raide mort. Le combat était fini.

Rain la regardait avec colère.

– Pourquoi aviez-vous fait cela ? J’aurais pu le neutraliser sans que l’on ait à le tuer ! Nous aurions pu l’interroger.

Calmement, Seren récupéra son Sai et l’essuya sur les vêtements du mort.

– Inutile, il s’agissait d’un professionnel, il n’aurait pas parlé.

Il fronça les sourcils.

– Vous n’en savez rien. Nous ne sommes pas dans l’arène Seren. Inutile de tuer tous ceux qui se dressent devant vous !

Furieuse, Seren s’avança vers lui et le regarda bien en face. Rain avait du mal à être effrayé par son regard meurtrier, avec ses cheveux tout ébouriffés par le sommeil et sa chemise de nuit qui ne laissait que peu de place à l’imagination.

– Je ne vous ai rien demandé, mage ! Ni votre aide, ni votre avis ! Vous n’êtes qu’un invité de Darius !

– Oh, donc vous maîtrisiez la situation à l’instant ?

– Parfaitement !

Avec un soupir, Seren retourna vers le corps et par précaution le fouilla, même si elle savait parfaitement qu’il n’aurait rien sur lui. Effectivement rien. Elle le prit par les épaules et demanda à l’humain.

– Aidez-moi à le sortir d’ici.

Prenant le corps par les pieds, Rain demanda :

– Vous pensez qu’il était là pour tuer Darius ?

Avec suspicion, Seren répondit :

– Et bien je ne vois pas qui d’autre pourrait être la cible d’un meurtrier professionnel. A part vous bien sûr !

Rain s’arrêta alors. Il n’y avait même pas pensé. Pouvaient-ils avoir retrouvé sa trace ici ? Impossible.

– Vous ne répondez …

Ils étaient parvenus à la porte et Seren s’était interrompue.

– Vous avez retiré la cuillère !

– Eh bien je ne voulais pas laisser l’intrus s’échapper.

Avec un soupir, Seren laissa tomber le corps. Rain qui ne s’y attendait pas, s’exclama :

– Yeh ! Qu’est-ce qui vous prend ?

– Il me prend que nous sommes coincés ! Il n’y a pas de poignée de ce côté de la porte ! Pourquoi croyez-vous que je me suis amusée à retenir la porte avec une cuillère en bois ?

– Comment vouliez-vous que je le sache ! Si je devais anticiper toutes les étrangetés de cet Empire je n’aurais jamais fini ! Et puis ça n’est pas dramatique. Quelqu’un nous ouvrira bien demain matin.

Seren s’éloigna du corps à grand pas en marmonnant contre ces stupides humains. N’ayant rien d’autre à faire, Rain la suivit et s’assit à côté d’elle contre le mur. Seren siffla entre ses dents.

– Etes-vous obligé de vous mettre si proche ? La pièce est grande !

– Bon écoutez, puisque nous sommes coincés ici pour quelques heures autant résoudre notre différent.

Seren ricana.

– Je connais un très bon moyen. Restez loin de moi.

Las de cette situation, Rain lui avoua :

– Je ne suis pas vraiment un ami de Darius. Je suis sous couverte mais je suis l’un de ses employés. Je suis là pour le protéger.

Seren se tourna vers lui, un sourcil levé. Elle trouva son regard et essaya de lire dans ses yeux clairs.

– Vous ne mentez pas n’est-ce pas ?

– Non jamais.

– Bien vous n’êtes pas là pour tuer Darius, je vous le concède. Mais vous restez un mage.

L’adrénaline quittait peu à peu le corps de Seren et elle se mit soudainement à avoir froid. Elle se frictionnait les bras discrètement. Rain le remarqua :

– Le mage que je suis pourrait vous aider à vous réchauffer.

Voyant la jeune femme piquer un fard et le regarder étrangement, il s’empressa d’ajouter.

– En tout bien tout honneur, bien sûr.

Seren essaya de contrôler son rougissement. Depuis qu’elle avait rencontré cet humain elle rougissait beaucoup trop souvent. Ça en devenait ridicule. Calmement elle lui répondit :

– Je préfèrerais mourir.

En soupirant, Rain releva l’une de ses jambes et posa sa tête contre le mur froid derrière lui.

– Pourquoi ne me définissez-vous que par ma magie ? Je ne vois pas qu’une meurtrière implacable lorsque je vous vois. Pourriez-vous essayer d’en faire autant pour moi ?

– Je …

Elle allait le remettre à sa place, quand elle comprit qu’il avait raison. Si elle devait être son propre juge, le résultat ne serait pas bien brillant. Elle n’était qu’une arme, une guerrière qui tuait pour survivre. Rien d’autre. Mais cet humain lui avait parlé, s’était entraîné avec elle, comme s’ils étaient égaux. Il l’avait vue au-delà de l’arène.

Avec étonnement elle s’entendit lui confier :

– Je déteste les mages. Mais vous avez raison. Vous n’êtes pas qu’un mage.

– Ravi de vous l’entendre dire.

Le silence tomba entre eux. Seren avait maintenant remonté ses jambes contre sa poitrine pour essayer de se réchauffer et posé son menton sur ses genoux. Finalement Rain brisa le silence.

– Donc, pouvons-nous conclure une trêve ?

– Oui.

– Bien, faisons cela dans les règles alors.

Il lui tendit une main. Seren le regarda un moment dans les yeux avant de poser sa main contre la sienne. Il la pressa légèrement, scellant ainsi leur pacte de non-agression.

Seren ressentit comme des légers picotements dans ses doigts au contact de la peau de Rain, elle retira donc vivement sa main de la sienne.

Le regard perdu loin devant elle, elle lui dit :

– Merci Rain.

Surpris le jeune homme tourna la tête vers elle.

– Pourquoi donc ?

– Pour ne pas me juger sur ce que vous avez vu dans l’arène, pour avoir soigné Tia et les autres et… et pour m’avoir protégée tout à l’heure. En fait je ne maîtrisais pas la situation tant que cela.

Rain lui sourit, réchauffant la jeune femme de manière tout à fait inattendue.

– C’était avec plaisir Seren. Et je suis désolé de nous avoir bêtement enfermés là-dedans.

Seren lui sourit à son tour.

– Oh vous, moi, un cadavre dans un garde-manger glacial, je ne pouvais rêver meilleure nuit !

Rain rit doucement.

– A ce propos avez-vous une idée de qui en veut assez à Darius pour vouloir l’assassiner ?

– Mon maître à de nombreux ennemis mais pas assez fous pour tenter quoi que ce soit contre lui.

– Peut-être étiez-vous la cible ?

Surprise, Seren demanda :

– Pourquoi moi ? Je ne suis qu’une esclave.

– Certes mais vous êtes aussi une part de son pouvoir, de sa renommée.

Plus elle y réfléchissait, plus elle trouvait cela impossible.

– Non je ne pense pas.

Elle bailla et s’étira. La fatigue commençait à embrumer son esprit. Rain ne put s’empêcher de la taquiner.

– Vous pouvez dormir, je prends le premier tour de garde. Aucun cadavre, ni aucun jambon ne nous attaqueront pendant votre sommeil.

Seren rit puis lui dit d’une voix déjà ensommeillée.

– Quel chevalier vous faîtes ! Vous êtes très courageux.

A la grande surprise de Rain, la jeune elfe s’endormit presque aussitôt, se laissant petit à petit tomber contre lui, trouvant le confort de son épaule et la chaleur de son corps.

Cherchant une position plus confortable il passa un bras autour des épaules de la jeune elfe, qui en profita pour se lover contre sa poitrine, en frissonnant toujours. Rain sourit. Pour quelqu’un qui le détestait, Seren semblait apprécier le confort de ses bras. Après tout il pouvait bien le lui donner, c’était en partie de sa faute s’ils se trouvaient dans cette situation.

Rain la serra contre lui et ferma les yeux, s’endormant à son tour.

 

Seren se sentait particulièrement bien, au chaud et en sécurité. Elle fut néanmoins réveillée par des voix étouffées dans la cuisine. Elle ouvrit rapidement les yeux pour se retrouver dans les bras de Rain. Sa joue se trouvait carrément contre la poitrine de l’humain. Vivement elle se détacha de lui, pour rencontrer ses deux yeux verts, rieurs à cet instant. Elle sentit immédiatement le sang affluer vers son visage. Il lui demanda :

– Bien dormi ?

– Euh oui… désolée pour…

Ne voulant pas l’embarrasser plus que nécessaire, il coupa court aux balbutiements de la jeune femme.

– Et si nous sortions de là, avant que notre ami ne se mette à sentir.

Seren se leva aussitôt.

– Oui bonne idée.

Elle alla toquer à la porte et c’est Tia qui leur ouvrit.

– Seren, monsieur Rain ? Qu’est-ce que vous faisiez enfermés ici ?

Comprenant subitement ce que cela pouvait dire, la jeune adolescente ouvrit des yeux ronds :

– Vous… vous avez passé la nuit ensemble ?

Seren s’empressa de la contredire.

– Mais non enfin ! Nous étions à la poursuite d’un assassin et nous avons fini enfermé là-dedans. D’ailleurs quelqu’un devrait venir retirer le cadavre avant qu’il ne contamine toute la nourriture.

Tia semblait presque déçue.

– Oh oui bien sûr. Au fait le maître voudrait te voir le plus vite possible.

Etonnée, Seren lui demanda :

– Il est déjà debout ? Mais le jour vient à peine de se lever !

– Ne me demande pas pourquoi ! Je ne suis que la messagère.

Rain intervint.

– Je vous suis, nous devons lui parler de cet assassin.

C’est donc ensemble qu’ils firent irruption dans le bureau de Darius, après être passés par leur chambre respective pour se changer.

Le Magister semblait avoir passé une mauvaise nuit. Ses cheveux étaient ébouriffés, comme s’il avait passé la nuit à fourrager dedans. Il portant des habits froissés et faisait des va et vient dans la pièce. Il les regarda entrer ensemble avec suspicion.

– Ah vous voilà ! Où étiez-vous Rain je vous ai fait chercher mais vous n’étiez pas dans votre chambre ?

– C’est une longue histoire.

Rain lui parla donc des événements de la nuit. Cela sembla troubler encore plus Darius qui finit par s’arrêter de bouger et se pencha sur son bureau.

– Quelque chose se prépare je le sens. J’ai reçu ce courrier hier soir. Une lettre de l’organisateur des jeux. Il semblerait que quelqu’un, un anonyme, ait payé une coquette somme pour voir Seren dans les jeux de ce soir. Je n’ai pas de précision sur la nature du combat qui t’attend mais il semblerait que l’on doit s’attendre à des « surprises ».

– Eh bien ne la faites pas combattre ce soir si vous pensez que c’est trop dangereux !

Avec un soupir, Darius se posta devant Seren et posa sa main contre sa joue.

– Tu sais que je ne peux pas perdre la face, je ne peux pas refuser.

La jeune elfe, intoxiquée par la présence et la proximité physique de son maître, lui assura :

– Peu importe l’ennemi, je me battrai et je gagnerai.

Rain ferma les yeux, résigné. Il avait un très mauvais pressentiment.

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