Chapitre 5 – Celui qui danse sous la pluie

Noria se réveilla en douceur. Pas de maux de tête, pas de bouche pâteuse. Les Faiseurs bénissent les plantes et leur magie. Très vite elle avait appris comment se débarrasser des gueules de bois qui durent. Quelques gouttes et l’effet était magique ! Au vue de l’activité qui filtrait au-dehors, la matinée devait déjà être bien avancée. Bon, ils n’avaient pas tant bu que ça puisqu’elle se rappelait encore de toute la soirée, c’était plutôt bon signe. Cela voulait aussi dire qu’elle n’avait pas fait de bêtise, même si elle allait très certainement se faire gentiment charrier à cause de cette danse avec Seth.

D’ailleurs en parlant de lui, elle était persuadée qu’il ne devait pas être très frais ce matin. Elle s’habilla à la hâte et décida de vérifier s’il était au moins réveillé. Si non, eh bien elle allait pouvoir se venger correctement. Elle pouvait vraiment être pénible quand elle s’y mettait. Et comme par hasard aujourd’hui elle envie de l’être.

Elle sortit de sa tente d’un pas guilleret en prenant soin de prendre avec elle une petite fiole de sa potion miracle. Elle allait peut-être être magnanime et la lui donner s’il se montrait assez charmant avec elle.

Un grand sourire éclairait ses traits lorsqu’elle croisa Beren. Elle le salua et passa son chemin mais il lui agrippa violemment le poignet.

– Tu as passé la nuit avec lui ?

Les doigts de l’elfe étaient tellement serrés qu’ils allaient certainement laisser des marques.

– Beren, lâche moi tu me fais mal !

– Réponds à la question !

Sa voix était dure et ses mâchoires crispées. Il semblait avoir du mal à contenir sa fureur. Noria aussi était furieuse. Non mais pour qui se prenait-il ? Elle siffla entre ses dents serrées :

– Lâche-moi ! Tu n’as aucun droit de me poser cette question d’accord ? Je t’apprécie, mais là tu dépasses les bornes, et même largement. Nous ne sommes pas un couple Beren. Ni maintenant, ni jamais.

Visiblement ça n’était pas la chose à dire. Non seulement il raffermit sa prise, lui arrachant un petit cri de douleur mais il l’attira également à lui.

– Noria je saurais te rendre heureuse ! Ne pars pas à ce Conclave stupide, ne pars pas avec lui !

Là s’en était trop. Etre petite n’avait pas que des désavantages, son genou atterrit pile dans les parties intimes de Beren qui grogna de douleur et la lâcha immédiatement afin de couvrir la zone meurtrit de ses mains.

– Ne me touche plus jamais ! Je suis sincèrement désolée que tu le prennes comme ça, mais c’est bel et bien finit, si tant est que ça ait commencé un jour !

La bonne humeur de Noria s’était pratiquement envolée. Merci Beren !

Heureusement elle se trouva rapidement devant la tente de Seth. Il ne restait plus qu’à voir si messire était déjà réveillé.

 

Seth était encore profondément endormi. Mais à la périphérie de sa conscience il sentait quelque chose lui chatouiller la joue. Mécontent, il grogna et changea de côté. Le chatouillement ne le laissa pas en paix. Il grogna à nouveau mais cette fois-ci un rire clair lui répondit et une voix au timbre amusé lui murmura à l’oreille.

– Bonjour, Beau Gosse ! Le soleil brille, les oiseaux gazouillent et les hahls … et bien les hahls font ce qu’ils ont à faire ! Il est plus que l’heure de se lever.

Si seulement le pic-vert qui se déchainait dans son crâne voulait bien s’arrêter cinq minutes, cela l’aiderait beaucoup à réfléchir. En tout cas il savait maintenant qui était son bourreau. D’une voix enrouée par le sommeil il lui répondit d’un ton peu amène :

– Noria casse toi, tu veux, il est beaucoup trop tôt.

– Eh bien quel langage très cher, je suis profondément choquée ! J’en connais un qui n’est pas du matin hein ?

– J’ai pas envie de jouer d’accord ! Sors de ma tente et va emmerder quelqu’un d’autre !

Même sans ouvrir les yeux, il pouvait pratiquement voir la moue boudeuse qui se forma sur ses lèvres.

– Mais… et mon cours particulier ? Tu devais me botter les fesses aujourd’hui si je me souviens bien ou alors tu n’es en fait qu’un lâche et …

Bon, elle n’allait apparemment pas se taire donc il prit les choses en main. En tâtonnant un peu et toujours sans ouvrir les yeux, il la fit basculer sur le lit à ses côtés. Cela eut le mérite de lui couper l’envie de parler. Le calme régnant à nouveau dans sa tente, Seth se réinstalla confortablement sur le ventre passa un bras sur le ventre de la jeune elfe qui, allongée sur le dos n’osait plus bouger, et s’apprêta à repartir dans les bras de Morphée. Malheureusement, Noria ne le laissa pas faire :

– Seth ?

– Mmm ?

– Tu dors nu, non ?

Bon c’était visiblement rappé pour finir sa nuit apparemment. En poussant un soupir, il lui demanda :

– Oui pourquoi ?

– Non parce que… hum… le drap a légèrement bougé et euh… très intéressant ses vallaslins sur tes fe … euh ton corps.

– Tu vas pas la fermer hein ?

– Non !

– Ok t’as gagné ! Mais je te préviens j’ai mal au crâne et je suis pas au mieux de ma forme là…

– Ahah mais c’est là que j’interviens !

Seth finit par ouvrir un œil et rencontra les yeux rieurs de la jeune femme.

– Comment ça ?

– Dis-moi d’abord que je suis la femme la plus géniale du monde et que tu m’adores !

D’un ton monocorde à souhait Seth débita :

– Tu-es-la-femme-la-plus-géniale-du-monde-et-je-vais-peut-être-t’adorer.

Noria fit à nouveau la moue :

– Eh bien surtout n’y met pas trop de cœur on pourrait presque y croire ! Figure-toi que j’ai un remède miracle contre ton problème : autrement dit un anti-gueule de bois !

– Sans rire ? Je vais peut-être effectivement t’adorer. T’es sûre que ça marche ?

Noria lui fit son plus beau sourire :

– Regarde-moi et regarde-toi monsieur Grognon ! Pourquoi est-ce que tu crois que je suis aussi fraîche et pimpante qu’une fleur ?

– Ça reste à voir…

D’humeur joyeuse, Noria le frappa doucement sur l’épaule.

– Hey ! Manifestement tu n’y tiens pas plus que ça à ma potion miracle !

Seth lui donna le ton le plus mélodramatique de son répertoire :

– S’il te plait Noria ! Je suis en pleine souffrance… et à moitié endormi !

– Oh pauvre Beau Gosse ! Tu me fends le cœur !

Elle se dégagea des bras de Seth, se leva, posa la fiole à côté du lit et lui lança par-dessus l’épaule :

– Je t’attends dans moins d’une heure dans ma clairière … enfin si tu en es capable bien sûr. Oh et cache-moi ses fesses que je ne saurais voir ! C’est indécent !

Malgré lui (et le pic-vert dans sa tête) il ne put s’empêcher de rire.

 

Noria s’était donc rendue dans sa clairière et avait fait un peu de jardinage en attendant Seth (s’il venait un jour !). Le soleil était quasiment au zénith et l’air était chaud et lourd. Heureusement la forêt autour apportait un peu de fraîcheur et d’ombre. Après avoir passé presque une demi-heure au soleil à bichonner son jardin, elle prenait maintenant l’ombre, assise sur un gros rocher en bordure des arbres. Elle repensa à ce matin et aux mille et une sensations qu’elle avait éprouvées à se retrouver là, à côté de Seth, son bras planqué contre son ventre, son grand corps masculin presque entièrement offert à sa vue. Elle se demandait encore maintenant comme elle avait pu aligner deux mots correctement.

Soudain, sans qu’elle n’entende rien venir, elle sentit deux bras l’enserrer au niveau de la taille et la soulever. Elle se trouva plaquer contre un torse, masculin visiblement, et des lèvres lui claquèrent un baiser sonore sur la joue. Quelques secondes plus tard, elle se retrouva à nouveau assise sur sa pierre. C’était Seth bien sûr, sinon elle ne se serait certainement pas laisser faire.

– Ta potion est un pur miracle ! Sincèrement si tu ne sais pas quoi faire à Orlaïs, je te conseille de la commercialiser. Ça ferait un malheur auprès de tous ces nobles qui pensent pouvoir tenir l’alcool. Je me sens en super forme !

Noria rit doucement et se releva.

– Je savais qu’un jour tu m’adorerais ! Ça n’était qu’une question de temps, d’alcool et de quelques plantes. Trop facile ! Bon alors cette leçon ?

– Oui d’ailleurs à propos de ça, tu ne m’as même pas entendu venir. Heureusement que je n’étais pas un dangereux psychopathe. Je suppose que tu ne vas pas changer ta dague ?

– Elle est très bien comme elle est, c’est-à-dire à ma taille !

Seth haussa les épaules :

– Comme tu voudras Da’mi…

Noria tiqua devant le petit surnom qu’il venait de lui donner. Elle grommela dans sa barbe :

– Tu vas voir ce qu’elle peut te faire la « petite dague ».

Ils passèrent les heures suivantes à s’entraîner. Seth se montrait un mentor patient mais intraitable, la faisant recommencer jusqu’à ce qu’il soit satisfait. A commencer par la filature et le camouflage.

– Le camouflage c’est essentiel, surtout pour les gabarits comme toi ! Tu ne peux pas vraiment compter sur la force brute.

Noria roula des yeux, exaspérée :

– Je sais tout ça ! D’ailleurs je te rappelle que j’ai réussi à te semer le premier jour…

– Uniquement parce que je n’étais pas concentré ! Maintenant tais-toi et apprends !

Au bout d’un moment, ils passèrent à des exercices plus physiques, la lutte au corps à corps. Encore plus difficile pour elle.

Elle avait beau faire de son mieux, Seth la dominait à chaque exercice. En plus l’atmosphère c’était encore alourdie et les nuages bas ne présageaient rien de bon.

Noria était hors d’haleine et en sueur.

– Allez Da’mi un petit effort ! Je te promets qu’on arrête si tu arrives à me mettre sur le dos.

Docilement, la jeune elfe se remit en position. Elle sentit les premières gouttes de pluie sur sa peau.

– On devrait peut-être rentrer avant le déluge !

– Tu plaisantes ? Tu ne vas pas me dire que quelques gouttes te font peur quand même ! Prend ça comme un défi !

Noria serra les dents et se reconcentra. Elle tenta tous les coups fourrés qu’elle connaissait, toutes les passes mais elle n’arrivait à rien. Et le sourire suffisant de Seth ne l’aidait vraiment pas. Pendant leur lutte, les nuages avaient lâché les trombes d’eau qu’ils retenaient prisonniers. Ils étaient trempés jusqu’aux os, glissaient sur l’herbe humide mais ils ne firent pas mine d’arrêter. Finalement elle décida d’y aller franchement. Noria pris le plus d’élan possible, et fonça sur Seth. Elle le percuta de tout son poids au niveau de l’estomac, et même si celui-ci avait essayé de parer le coup et de l’arrêter, la surprise aidant, elle arriva enfin à faire basculer l’elfe sur le sol. Noria, perchée sur la poitrine de Seth, dût crier pour se faire entendre à travers le déluge qui s’abattait sur eux :

– Bon et maintenant on peut rentrer, espèce de fou furieux !

Seth éclata de rire :

– Tu ne trouves pas ça exaltant ?

– Je suis trempée et pleine de boue, j’arrive moyennement à trouver CA exaltant ! Allez viens !

Elle se releva et tendit la main vers Seth pour le relever. Ils coururent jusqu’à la maison de bois pour enfin se mettre à l’abri. Seth ouvrit la porte et ils se faufilèrent à l’intérieur. Noria ne pût s’empêcher d’éclater de rire devant la dégaine de Seth :

– Si tu te voyais !! On dirait un mabari sous la pluie.

Seth sourit et le rire communicatif de la jeune fille fit le reste. Riant à moitié il répliqua :

– Tu n’es franchement pas mieux !

C’est seulement une fois la porte refermée, que Noria se rendit compte que la température avait nettement baissée pendant l’orage et qu’elle grelottait, claquant des dents. Elle se frotta les bras dans une veine tentative de se réchauffer un peu. Elle ne put qu’observer Seth se mettre à l’œuvre pour allumer un feu dans la cheminée. Une fois qu’une belle flambée illumina la pièce, il se tourna vers la jeune femme :

– Tu devrais enlever tes vêtements ou tu vas réussir à tomber malade.

– C’est…c’est tout ce que tu… tu as trouvé pour… me faire retirer mes vêt…vêtements ?

– Allez Da’mi ne te fais pas prier, tu as bien des couvertures dans cette bicoque non ?

– Tour…tourne-toi !

– Pff franchement…

De mauvaise grâce il s’exécuta. Noria farfouilla dans le coffre et trouva deux grandes couvertures. Elle se débarrassa de ses vêtements, tellement mouillés qu’ils lui collaient à la peau, et s’emmitoufla dans la couverture.

– C’est bon tu peux te retourner !

Elle lui lança la deuxième couverture.

– A ton tour !

Seth ne se fit pas prier et en souriant commença à se déshabiller. Toute rouge, Noria se tourna rapidement et s’affaira sur son établi :

– Veux-tu du thé pour te réchauffer ?

– Oui pourquoi pas.

Quelques minutes plus tard, tous les deux perdus dans une couverture bien enroulées autour d’eux, sirotaient tranquillement leurs thés. Seth assis sur le lit le dos au mur et Noria assise devant la cheminée. Malgré tout, la jeune elfe n’arrivait pas à se réchauffer, et de légers tremblements la secouaient encore.

En soupirant, Seth tapota l’espace juste à côté de lui et lui dit :

– Viens par là.

Noria qui n’attendait que ça, grimpa sur le lit et se faufila dans les bras de Seth, pour profiter de sa chaleur. Qu’elle était bien là, au chaud, en sécurité et enfin ses tremblements se calmèrent.

– Tu es sûre que personne ne risque de nous surprendre ici ?

La jeune elfe étouffa un bâillement et lui répondit :

– Aucun risque, tout le monde sait qu’il ne veut mieux pas me déranger quand je fais mes potions et puis le vieux fou avaient tout prévu. La porte est enchantée, seul le propriétaire et ceux qu’il invite peuvent l’ouvrir.

– Oh comme j’ai ouvert la porte ça veut donc dire je suis ton invité ?

– Moui on peut dire ça.

– Je suis honoré.

– Ouais et bien n’en abuse pas non plus. C’est MA maison, mais comme je suis quelqu’un de sympathique je te la prête.

Le silence retomba entre eux, uniquement perturbé pas la pluie qui tombait toujours dehors et les crépitements du bois dans la cheminée. Noria, la voix un peu éraillée par le sommeil, lui demanda :

– Seth ?

– Oui ?

– Tu m’emmèneras à Val Royaux ?

– Mais oui Da’mi

– Seth ?

– Quoi encore ?

– Je suis contente qu’on parte ensemble pour cette mission.

– Moi aussi Da’mi.

Et étonnement il le pensait, il s’était plus attaché à la jeune elfe en quelques jours qu’à tout son clan, qu’il avait pourtant côtoyé toute sa vie. Seth resserra son étreinte et posa son menton sur la tête de la jeune femme. Il répéta :

– Moi aussi.

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