Chapitre 4 – Pour aller de l’avant

TW: ce chapitre raconte l’expérience d’un personnage qui a vécu des abus sexuels.

Le lendemain matin, Leena fut la première à s’éveiller du lourd sommeil où elle était plongée. Elle se réveillait toujours avant l’aube, une habitude qu’elle avait prise pendant ses années hors du Cercle. Elle mit quelques minutes à émerger, sentant le contraste entre le froid qui lui mordait la peau du dos et la chaleur qui se trouvait sous elle. Avec un sourire bienheureux elle releva la tête et tomba sur le visage détendu de son amant. Il semblait tellement paisible dans son sommeil et avait l’air encore plus innocent et jeune, qu’éveillé. Quelques mèches de cheveux s’étaient échappées de sa coiffure stricte et tombaient sur son front et ses yeux clos. Il avait encore un bras autour d’elle et la maintenait contre lui, alors que son autre main reposait sur son torse.

Pendant la nuit, ils avaient réussi à rejeter les couvertures au bas du lit et s’étaient donc naturellement serrés l’un contre l’autre. Le feu n’était plus très vif et seules quelques braises rougeoyaient encore dans l’âtre.

Si elle le pouvait, elle remonterait les couvertures sur eux et se rendormirait, bien calée contre le corps d’Azel. Mais, malheureusement ils n’avaient que trop profité de leur intimité et ils allaient devoir regagner leur dortoir s’ils voulaient être dans leurs lits respectifs à l’heure du lever.

Pour le réveiller en douceur, elle commença par l’embrasser sur le torse, sans obtenir de réaction de sa part. Alors elle remonta vers sa gorge, son cou, sa mâchoire et enfin elle le sentit s’étirer et il grogna de mécontentement :

– Humm.

Leena sourit et posa ses lèvres sur les siennes. Soudain elle se fit basculer rudement sur le dos, par une puissante force magique, et ses poignets se trouvèrent prisonniers d’une poigne de fer. Penché au-dessus d’elle, les yeux du jeune homme étaient encore voilés de sommeil mais une lueur de panique y brillait néanmoins. La jeune femme chercha son regard et ne lutta pas contre l’étreinte plutôt brutale. Enfin il sembla se réveiller complètement.

– Leena ?

– Oui, c’est moi. Tu attendais quelqu’un d’autre ?

Le jeune homme la lâcha rapidement et se recoucha à ses côtés. Une main sur ses yeux il s’excusa :

– Pardonne-moi, je n’ai juste pas l’habitude de me réveiller à côté de quelqu’un. Tout ça, c’est… nouveau pour moi.

Ne le laissant pas ruminer seul, elle se repositionna contre lui, passant un bras autour de sa taille et nichant sa tête contre son cou.

– Je sais, ne t’en fais pas.

Avec un petit sourire, elle ajouta :

– Bonjour tout de même.

– Bonjour Leena.

Elle soupira bruyamment et se redressa à contrecœur.

– J’aimerais que l’on puisse encore rester là pendant un moment mais je crois qu’il serait plus raisonnable de regagner nos dortoirs.

Toujours nue, elle se leva et s’étira impudiquement, sous l’œil inquisiteur d’Azel, qui en avait oublié sa gêne. Avec un petit sourire entendu, la jeune femme se rhabilla rapidement et relaça son corsage.

Lorsqu’elle fut prête, Azel remettait sa dernière tunique. Il ne lui manquait que son écharpe, que Leena ramassa. Elle s’approcha de lui et lui enroula autour du cou jouant distraitement avec les extrémités, sans croiser son regard. Elle voulait lui poser une question mais avait peur de sa réponse. Elle détestait ces moments d’indécision, juste avant de se séparer. Les mains du mage s’enroulèrent autour des siennes et il lui demanda, comme s’il avait lu dans ses pensées.

– Que souhaites-tu me dire ?

Surprise d’avoir été aussi facilement déchiffrée, Leena releva la tête et tomba sur les iris foncés du jeune homme. Légèrement embarrassée, la jeune femme se mordit distraitement la lèvre inférieure.

– Je voulais juste savoir comment tu voyais la suite des choses. Veux-tu qu’on continue à se voir ou …

– Oui j’aimerais beaucoup.

Soulagée, la jeune femme lui sourit et se redressa pour l’embrasser, puis s’arrêta au dernier moment et à la place, frotta affectueusement son nez contre celui d’Azel.

– Demain ?

– Ce soir.

Leena rit :

– Créateur ! Comment refuser !

Elle l’embrassa alors, les mains toujours captives de celle du mage.

– Alors à ce soir.

 

Les semaines passèrent dans un flou ponctué de rencontres nocturnes faites d’étreintes passionnelles où ils laissèrent totalement parler leur corps. Petit à petit, Leena arriva à faire tomber les barrières dont Azel avait entouré son corps et tout ce qui touchait à l’intimité. Le toucher de la jeune femme lui était devenu familier et il s’avérait aussi avide de contact qu’elle. Il savait faire chanter son corps comme personne avant lui et lorsqu’elle le sentait en elle, c’était comme s’ils faisaient l’amour pour la première fois. Les sensations étaient toujours aussi brutes et intenses.  Par contre il était toujours aussi fermé et ne parlait pas de ses sentiments où de ce qu’il ressentait. Mais au fil du temps elle sut décrypter son langage corporel. Et elle aimait quand ses mains parcouraient presque frénétiquement sa peau, comme s’il voulait laisser son empreinte sur elle, quand il laissait son désir pour elle s’exprimer et quand il la retenait contre lui après qu’ils aient retrouvé leur souffle. Malheureusement ils ne pouvaient pas passer toutes leurs nuits ensemble. C’était beaucoup trop dangereux.

Elle était néanmoins troublée par le silence qui s’était installé entre eux. Elle aurait voulu partager des choses avec lui mais avait peur de se révéler totalement et de le regretter par la suite. Elle se doutait qu’il en était de même pour lui. Et au final aucun des deux n’avaient le courage de questionner et de découvrir l’autre. Elle savait qu’elle ne s’était pas trompée lorsqu’elle avait affirmé qu’ils se ressemblaient certainement bien plus qu’il ne voulait l’avouer.

Pour Leena, les relations physiques n’avaient jamais posées de problème, des hommes étaient passés dans sa vie et en étaient sortis presque aussitôt. Pas d’attache, pas de relation suivie. En tout cas pas depuis qu’elle avait accordé sa confiance trop vite, il y a des années de ça, et qu’elle l’avait payé cher.

Mais avec Azel, elle avait envie de s’investir, envie de l’aider à chasser tous ses démons. D’instinct elle savait que cet homme ne lui ferait jamais de mal, pas volontairement et qu’il valait largement la peine qu’elle se batte un peu pour casser la carapace qu’il avait construite autour de lui. Le problème c’est qu’elle avait peur !

Peur, de déterrer un sujet grave et lourd qu’elle ne saurait peut-être pas gérer. Elle sentait que le traumatisme qu’il avait vécu n’était pas beau à entendre et il semblerait qu’il n’en ait d’ailleurs jamais parlé à personne.

Peur aussi de trop s’attacher au jeune homme et de se faire jeter par la suite.

Parce que toute sa vie, les gens qu’elle avait aimé l’avait rejetée, à un moment ou à un autre. Elle avait beau se dire à chaque fois qu’on ne l’y reprendrait plus, son cœur semblait suivre son propre chemin et la précipitait inexorablement vers une nouvelle déception, une nouvelle peine.

Or quand elle croisait le regard sombre d’Azel, elle ressentait un besoin presque physique de le protéger et de chasser les ténèbres qui l’obscurcissaient.

C’est pourquoi un soir, alors qu’ils reposaient, enlacés et nus, l’un contre l’autre, les cheveux défaits, leurs deux corps encore enivrés de plaisir et recouvert d’une fine pellicule de sueur, elle décida que c’était ce soir où jamais.

Elle jouait distraitement avec les cheveux noirs du jeune homme, monopolisant tout son courage pour aborder le sujet sensible. Elle se gratta doucement la gorge et se lança.

– Azel ?

Le jeune mage, déjà à moitié endormi, répondit rêveusement.

– Hum hum ?

– Il y a quelques temps, je t’ai dit que je ne te poserai jamais de question sur ce qui s’est passé entre toi et l’ex-templière.

Evidemment, le jeune homme se raidit immédiatement et sembla maintenant tout à fait réveillé.

– Oui et alors ?

Elle releva la tête pour plonger son regard dans le sien.

– Je voulais juste que tu saches que…si jamais tu voulais en parler tout de même, je suis là. N’importe quand et quand tu le souhaites.

Elle ne pensait pas que c’était possible mais il se crispa encore plus sous elle et la main qui se trouvait sur sa hanche la serrait maintenant presque douloureusement. Soudain il se relâcha complètement et expira profondément.

– Je n’en ai jamais parlé à personne.

– Je sais. Et je pense que ça n’est pas sain de tout garder pour toi. Si ça n’est pas avec moi, fait le avec quelqu’un d’autre. Peu m’importe, mais je pense vraiment que tu en as besoin.

Azel ne dit rien pendant un moment, semblant peser le pour et le contre. Une bûche craqua dans l’âtre faisant sursauter la jeune femme.

– D’accord, parlons-en.

Incrédule, la jeune femme se redressa d’un bloc et les yeux écarquillés, redemanda :

– Tu … tu veux en parler ? Maintenant ?

Il hocha simplement la tête. Elle ne s’attendait vraiment pas à ça ! Au mieux, elle espérait qu’il réfléchisse à sa proposition et que l’idée de s’ouvrir un peu à elle fasse son chemin. Pas qu’il se décide immédiatement. Mais elle ne pouvait plus reculer, ça lui était impossible. Le jeune homme se leva et enfila son pantalon et sa chemise. Leena fit de même avec sa propre chemise. Elle comprenait parfaitement qu’il se sente mal à l’aise à l’idée de parler de ça alors qu’il était tous deux nus. Il vint ensuite la rejoindre, s’asseyant contre la tête de lit. Toujours silencieux, il la fixait intensément, une lueur un peu désespérée dans le regard.

Sans trop savoir comment, la jeune femme sut d’emblée quoi dire.

  1. – Préférerais-tu que je te pose des questions ?

D’une voix légèrement enrouée, il lui répondit :

– Oui je crois que ça serait plus facile.

Doucement, elle approcha sa main de celle d’Azel et la serra dans la sienne. Elle ne savait pas trop par quoi commencer, alors elle tenta timidement :

– Cette templière, qui était-elle ?

Azel tourna la tête vers le feu et offrit son profil à la jeune femme. Les yeux dans le vide, les flammes jouant sur sa peau blanche et dans ses cheveux noirs, y allumant des reflets fauves, il sembla chercher ses mots. Finalement, il répondit :

– Elle s’appelait Saunia. Elle devait avoir un peu plus d’une trentaine d’année. Grande, elle n’était pas vraiment belle mais avait beaucoup de charme. Elle savait toujours quoi dire pour flatter les autres et était très appréciée de tous. De plus c’était une templière talentueuse.

– Et toi, quel âge avais-tu ?

– Quand je l’ai rencontré je venais de fêter mes dix-neuf ans.

– Si jeune …

Un sourire désabusé se dessina sur les lèvres du jeune mage.

– Oui j’étais jeune et assez naïf. Enfin, encore plus naïf qu’aujourd’hui je veux dire. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite mais elle a utilisé tout cela contre moi. Elle savait que je n’avais qu’une expérience limitée de la vie.

Leena serra un peu plus fort sa main.

– Comment t’a-t-elle approché ?

– Elle était affecté à la surveillance de mon dortoir et donc de tous les mages qui y dormaient. A cette époque je travaillais déjà sur des expériences qui ne plaisaient pas beaucoup au Premier Enchanteur. Mais j’étais déterminé à les mener à bien, avec ou sans son accord. Je te l’ai dit c’était une bonne templière. Elle m’a suivi un jour, sans que je ne m’en aperçoive et elle a découvert les études que je menais en secret.

– Je suppose qu’elle ne t’a pas dénoncé …

– Non, au contraire. Elle me répétait que mes études étaient importantes et qu’elle était la seule à comprendre leur utilité. Mais qu’elle devait rester à mes côtés pour me surveiller. Elle s’est montrée très amicale avec moi. Elle aimait me rappeler qu’elle mettait sa carrière en danger pour moi, mais que du jour au lendemain, elle pouvait me mettre dans une position très délicate.

Il retomba dans le silence et Leena bougea involontairement vers lui, cherchant son contact.

– Elle s’est servi de ça pour te demander des « faveurs » ?

– Oui c’est là que tout à commencer.

Il serra les mâchoires mais ne quittait pas le feu du regard, comme s’il n’arrivait pas à la regarder dans les yeux.

– Au début c’était juste des baisers. Elle me suivait partout, au réfectoire, à la bibliothèque. Dès que nous étions seuls, elle me plaquait contre un mur et me demandait de l’embrasser. Au début je lui disais simplement non. Elle faisait alors une moue déçue et triste, me répétant qu’après tout ce qu’elle faisait pour moi, je pouvais bien l’embrasser.

J’étais complètement perdu. D’un côté je savais que je ne devais pas céder. Que cela n’arrangerait rien. Mais une autre part de moi, une part que j’ai longtemps détesté, était flattée de son attention. Flattée que cette femme pleine de confiance en elle et aimée de tous s’intéresse au presque adolescent que j’étais. Alors j’ai cédé. Je l’ai embrassé.

Sentant l’horreur arrivée, Leena souffla :

– Azel …

– Au bout de quelques semaines, ça ne lui suffisait plus. Elle m’a demandé de la retrouver dans une salle de classe, la nuit. La première fois, je n’y suis pas allé. Elle… elle a ensuite laissé tomber complètement sa façade de protectrice. Pour je ne sais qu’elle raison, elle me voulait moi et elle était prête à me menacer pour cela.

Alors j’ai cédé, encore. Les premiers temps elle me demandait simplement de la toucher, de lui donner du plaisir, avec ma main, avec ma bouche. Elle n’arrêtait pas de me répéter combien j’étais séduisant et que j’étais le seul à pouvoir la satisfaire. Qu’elle voulait briser mon innocence pour faire de moi un homme.  Ca, associé au fait qu’on pouvait être découvert d’un instant à l’autre, ça l’électrisait complètement. Puis elle a pris de l’assurance, me donnant des ordres de plus en plus précis. Jusqu’au jour où elle m’a touché, parce qu’elle voulait que je « la baise », selon ses propres termes.

Il avait presque craché ces derniers mots.

– Et lorsqu’elle m’a touché…

Sa voix se brisa alors et une grimace de dégoût déforma ses traits.

– … lorsqu’elle m’a touché, j’aurais voulu rester de marbre, que mon corps suive ma tête et non mes hormones. Mais non, à chaque fois mon corps me trahissait et lorsque je faisais ce qu’elle voulait, elle jubilait littéralement. Me disait que sous mes airs de petit ange innocent j’adorais ça. Et elle avait en partie raison. Alors que mon âme était à l’agonie, mon corps était victime consentante !

– Créateur !

Les yeux de Leena étaient troublés par des vagues de larmes qui ne voulaient pas couler. N’y tenant plus, elle se précipita aux côtés d’Azel et tourna délicatement son visage vers elle. Ses yeux sombres étaient hantés et plein de larmes contenues. Elle serra ses mains à lui faire mal et le regarda dans les yeux.

– Tu n’y es pour rien ! Cette garce a abusé de toi, de toutes les manières possibles. Tu n’as pas à t’en vouloir.

– Je le sais ! Aujourd’hui je le sais. Mais je me suis détesté pour cela pendant des mois. J’ai bien essayé de résister, je te le jure. Mais elle me frappait. Pas au visage bien sûr, pour ne pas attirer l’attention mais il existe des tas d’autres endroits extrêmement douloureux sur le corps humain. Le jour où j’ai essayé d’utiliser la magie, la punition a été violente. As-tu déjà subit les pouvoirs des templiers ?

La jeune femme acquiesça silencieusement.

– Alors tu sais combien c’est douloureux.

– Oui, malheureusement je sais. Et les autres mages, ils n’ont rien remarqué ?

Azel haussa les épaules et détourna à nouveau son regard :

– Je ne sais pas, j’étais trop centré sur ma détresse pour voir autre chose. Tout ce que je sais c’est que l’homme que je voyais dans le miroir n’était qu’un fantôme. Je n’arrivais plus à manger correctement, et si j’étais déjà de nature discrète, j’ai essayé de m’effacer complètement, de disparaitre. Pendant ce temps, le calvaire continuait. Et plus le temps passait plus elle devenait autoritaire et voulait essayer tout un tas de nouvelles choses. Elle adorait me donner des ordres : ne pas laisser un mot, un soupir s’échapper de ma bouche, ne pas avoir d’orgasme avant elle, l’appeler « Maîtresse » quand elle me posait une question…

– Combien…combien de temps cela a duré ?

– Cinq mois, deux semaines et cinq jours.

– Tu l’as dénoncée ?

– J’aurais voulu. J’ai failli, mais au dernier moment elle a réussi à me faire croire que cela ne m’apporterait rien de bon, que personne ne me croirait et que je ne pourrais plus mener à bien mes études. Comme si cela avait encore de l’importance !

Et puis un jour un mage est venu me parler. Je… je préfère ne pas divulguer son identité. Il m’a demandé si tout allait bien, parce que j’avais l’air encore plus pâle que d’habitude et que mon visage était amaigri. Je l’ai repoussé. Alors que j’aurais pu tout lui dire, en finir peut-être, j’ai eu peur.

Heureusement pour moi, cet homme était tenace. Une nuit, elle m’avait attaché contre le lit et avec son épée, elle s’amusait à me déshabiller en me tailladant les vêtements. J’étais tellement terrifié que cela ne dérape que j’étais comme pétrifié. Je n’ai même pas pris conscience tout de suite de ce qui se passait. La porte s’est ouverte et cet homme, ce mage est entré. Tout ce que j’ai vu, c’est l’air stupéfait de Saunia et à mon tour j’ai jubilé. J’étais dans une position telle, qu’elle ne pouvait faire croire à personne qu’elle était innocente. Et ce fut le cas. Ce mage l’a dénoncée. J’avais d’abord peur que personne ne me croit. C’était la parole d’un jeune mage assez discret contre celle d’une templière respectée. Mais Irving et ce mage ont témoigné pour moi. Saunia a bien essayé de me décrédibiliser en parlant de mes expériences, mais encore une fois c’est Irving qui m’a aidé et a affirmé qu’il était au courant et avait donné son accord pour mes expériences. Elle a été jugée coupable, destituée de son statut de Templière et envoyée aux Gardes des Ombres.

– Tu sais ce qu’elle est devenue ? Si elle a survécu ?

– Non, et je ne veux pas le savoir.

Le silence retomba, uniquement perturbé par le craquement du bois dans la cheminée.

– Et ce mage, tu lui as parlé ?

– Non j’avais trop honte. Après… après qu’elle soit partie. Personne n’a osé me parler de ce qui s’est passé. Tout le monde évitait le sujet. Et j’en étais heureux. J’étais tellement dégoûté et en colère contre moi. Je voulais oublier mais mes cauchemars m’en empêchaient.

Sa voix s’érailla encore.

– Non seulement je lui avais toujours cédé, mais en plus de ça je n’avais même pas trouvé le courage de la dénoncer. J’ai simplement attendu qu’on vienne me sauver et je n’ai même pas su remercier cet homme comme je l’aurais dû. J’ai mis énormément de temps à me pardonner, à ne plus réagir lorsque j’entendais des ricanements autour de moi.

Enfin il tourna de lui-même la tête vers elle. Leena approcha les deux mains du jeune homme de son visage et en baisa les phalanges.

– Je suis, tellement, tellement désolée que tu aies eu à subir tout ça.

Elle lui libéra les mains et en posa une sur sa joue. Dans un état émotionnel indescriptible, la jeune femme ressentait à la fois de la colère et de la rage contre cette femme, une compassion et une tendresse infinie pour Azel et une tristesse sans nom pour la perte de son innocence. Les larmes coulaient maintenant sans qu’elle ne s’en rende compte.

Du pouce, le jeune homme essuya les larmes qui s’écoulaient sur sa joue.

– Ne pleure pas, tout cela c’est du passé maintenant. Mais merci. Merci de m’avoir écouté.

– Oh Azel !

Dans un élan naturel, elle lui ouvrit les bras. D’abord surpris, le jeune homme accepta son étreinte. Doucement elle se laissa tomber sur le dos, l’entraînant avec elle. Azel se lova alors tout contre elle, la tête bien calée sous le menton de la jeune femme. Celle-ci le serra alors plus fort et baisait de temps en temps son front.

– Merci de m’avoir parlé. Je devine combien ça a dû être dur pour toi de t’ouvrir à moi. Et je suis très heureuse que tu l’aies fait.

– En fait, je crois que tu avais raison. Il a été plus dur de garder tout ça en moi, que de te parler. Peut-être que maintenant que mon fardeau est allégé je pourrais vraiment mettre cette histoire derrière moi. Redevenir le Azel que j’étais avant et pas Azel la victime.

– Tu y arrives déjà, un peu plus chaque jour. Ne la laisse pas gagner.

Le jeune homme releva la tête et la scruta quelques instants, avant de se redresser pour se mettre face à son visage. Puis il l’embrassa doucement, longuement, sans précipitation et retourna dans la chaleur de ses bras. Pour lui changer les idées, Leena lui demanda de lui parler de son enfance, ce qu’Azel fit, sans se faire prier. La jeune mage, écouta son récit, rit à certaines anecdotes, tout en lui caressant paresseusement le dos.

Une nouvelle intimité s’était forgée entre eux, elle pouvait le sentir et la chérissait secrètement, alors qu’elle resserra instinctivement ses bras autour d’Azel.

Puis épuisés moralement, ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, les images de ce qu’ils avaient, l’un vécu et l’autre entendu, s’effaçant petit à petit comme un mauvais rêve.

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