Chapitre 8 – Agent de l’Inquisition

Leena était tétanisée. Jamais elle n’aurait imaginé que ses retrouvailles avec Azel se dérouleraient ainsi. Dans son imagination, ils étaient seuls, sans Seth Lavellan pour témoin. Et surtout le jeune homme ne la fusillait pas du regard ainsi. Bien vite il se reprit et ses yeux n’exprimèrent plus qu’une indifférence froide. Il était si proche qu’elle pouvait presque le toucher. Créateur ! Qu’il était beau, elle l’avait presque oublié. Il allait falloir qu’elle arrête de le dévorer ainsi du regard. Tout de suite ! Ce fut la voix de l’Inquisiteur qui lui permit de se défaire de l’espèce de sortilège dans lequel elle était plongée :

– Je vous inviterai bien à vous asseoir, mais apparemment l’Inquisition n’est pas assez riche pour s’offrir des chaises ! Donc nous allons tous souffrir en silence.

Malgré sa tentative d’humour, l’atmosphère était électrique et étouffante. Seth les regarda tour à tour et sembla légèrement surpris :

– Eh bien je ne m’attendais pas à ça ! Je croyais que vous vous connaissiez.

Azel jeta un regard furieux vers Leena, comme si elle avait divulgué un secret d’état.

Seth reprit :

– Ohhhh je vois ! Vous avez été… j’ai fait une boulette je crois ! Tant pis j’ai besoin de vous deux ! Il va falloir que vous fassiez avec.

Azel se posta bien droit et très sérieux demanda :

– En quoi puis-je vous être utile Inquisiteur ?

– J’y viens, j’y viens. Leena ? Toujours pas décidée à donner à l’Inquisition les coordonnées exactes du camp des Libertaires ?

– Non, je vous ai dit pourquoi. Il y a des gens là-bas qui ne demande que la liberté et la sécurité.

– Pourtant vous savez que je ne peux pas les laisser massacrer des villages sous prétexte qu’il s’y cache des Templiers.

– Oui je sais.

– Parfait ! J’ai eu un rapport hier matin. Les Libertaires ont attaqués des Templiers qui avait déserté. Ils ne voulaient de mal à personne et pourtant ils ont été massacrés. Il n’y a eu qu’un survivant. Alors vous allez m’aider à détruire ce regroupement de l’intérieur parce qu’ils sont dangereux et fanatiques.

La jeune femme écarquilla ses yeux bleus.

– Quoi ? …mais comment voulez-vous … ?

– Je vous laisserai peaufiner les détails. Mais je veux qu’ils stoppent leurs activités meurtrières. Je vous donne une chance de sauver ceux qui peuvent l’être, mais je ne pourrais pas attendre éternellement.

– Vous me renvoyez vers eux ?

– Oui. Vous occupez une place importante là-bas, si vous ne pouvez rien fait, je doute que quelqu’un le puisse, autant envoyer mes troupes tout de suite. Vous partirez dans trois semaines et je vous laisse trois mois pour résoudre ce problème.

– Mais… mais je suis sensée revenir avec des mages égarés. Si j’arrive seule, ils soupçonneront automatiquement quelque chose.

Seth lui sourit alors, un sourire un peu crapule et désigna Azel du menton.

– Vous ne partirez pas seule.

Lorsqu’elle comprit ce qu’il voulait dire, elle s’exclama aussitôt :

– Non je refuse. Je préfère me débrouiller seule. Je trouverais un moyen.

Pour la première fois, Azel se tourna vers la jeune femme et lui demanda d’une voix glaciale :

– Et pourquoi je te prie ? Je suis parfaitement capable de mener à bien cette mission si l’Inquisiteur le pense.

– Parce que tu n’es pas un espion et encore moins un mage de bataille ! Je ne vois pas en quoi ta mort m’aidera à faire quoi que ce soit.

– Je ne suis pas sans défense. Tu vas devoir comprendre que je ne suis pas un petit garçon et que tu n’es pas en charge de ma sécurité.

Le ton montait rapidement. Seth leva les deux mains bien hautes pour calmer le jeu.

– Allons, allons les enfants ! Inutile de se prendre le bec comme ça. Je pensais que vous seriez ravis de vous retrouver. Bon, manifestement j’avais tort. Azel si vous ne voulez pas être partenaires avec Leena je…

– Non. Il n’y a aucun souci Inquisiteur. Je suis prêt à remplir ma part dans l’Inquisition.

Leena intervint :

– Moi je m’y oppose.

Seth croisa les bras.

– Je suis désolé de vous le rappeler Leena mais hier encore vous étiez dans l’une de mes cellules. Il serait stupide de ma part de vous faire totalement confiance. Vous pourriez très bien être une espionne pour les Libertaires. Donc je veux bien vous laisser une chance de prouver tout ce que vous m’avez dit hier mais j’ai besoin de garantis. Azel est ma garantie. Il vous connait et est loyal à l’Inquisition.

Se tournant vers le jeune homme, il reprit :

– Solas vous fait entièrement confiance, et j’ai moi, une entière confiance en son jugement. Donc je compte sur vous. Vous garderez un œil sur Leena et m’enverrez des rapports réguliers. Vous avez des questions ?

Azel secoua la tête :

– Pas pour le moment Inquisiteur.

Seth soupira :

– Je vous ai déjà demandé de m’appeler Seth. Leena ?

La jeune femme, qui avait les sourcils froncés et avait croisé les bras sur sa poitrine, déclara :

– Je n’approuve pas ce plan. Je m’en sortirai mieux seule.

– Je prends ça pour un non ! Je vous laisse voir les détails et nous nous reverrons quelques jours avant votre départ. Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai une cachette à trouver pour l’après-midi avant que Joséphine ne me mette la main dessus.

Sur ces mots, il sortit, laissant seuls les anciens amants. Si c’était encore possible, l’atmosphère s’alourdit encore. Leena aurait voulu pouvoir dire quelque chose, n’importe quoi pour qu’il cesse de la regarder comme si elle n’était qu’une statue. Elle savait qu’elle lui avait fait du mal, beaucoup de mal. Elle avait endossé le rôle de l’horrible traitresse de son plein gré et elle avait beau le regretter de tout son cœur, cela ne changerait rien.

Soudain Azel tourna les talons, prêt à sortir de la pièce sans qu’elle n’ait réussi à émettre le moindre son. Comme par réflexe, sa main se posa sur le coude du jeune homme.

– Azel, attend je t’en prie.

Le jeune homme regarda la main de la jeune mage sur son bras puis la fusilla du regard.

– Ne me touche pas. Je n’ai rien à te dire.

Leena fut choquée par la véhémence de son ton et retira aussitôt sa main. Comme il continua à se diriger vers la lourde porte, désespérée de pouvoir communiquer avec lui, la jeune femme se jeta sur la porte avant qu’il ne l’atteigne. Ils étaient maintenant très proches l’un de l’autre.

– Moi j’ai des choses à te dire. S’il te plait.

Le jeune homme plissa les yeux.

– Fais vite.

La bouche sèche, la jeune femme s’humecta les lèvres et essaya de trouver les mots justes pour apaiser leur relation plus qu’houleuse. Courageusement elle croisa son regard froid.

– Azel, je sais… je sais que je t’ai fait beaucoup de mal. Je ne voulais pas…je te supplie de me croire. Tout ce qui s’est passé il y a trois ans… tout est allé si vite ! La situation me semblait tellement compliquée que j’ai réagi avec précipitation, sans réfléchir. Si je pouvais changer les choses, je le ferai, sans hésitation. Mais je ne peux pas. J’aimerais tellement que tu puisses me pardonner …

La voix d’Azel ne changea pas de ton.

– Et moi j’aimerais te croire, mais comment le pourrais-je quand je sais quelle grande actrice tu peux être ? Après tout tu avais presque réussi à me faire croire que…Mais tout ça n’a plus d’importance aujourd’hui. Maintenant si c’est tout ce que tu as à me dire, laisse-moi passer.

– Je n’aurais jamais ton pardon ?

Le regard du jeune homme se durcit encore.

– Non, le demander ne suffit pas.

Leena sentit comme un coup de poing en pleine poitrine. Ses yeux s’humidifièrent soudainement, ses mains tremblèrent et sa voix s’érailla.

– Oh ! Très bien, je ne peux pas te forcer. Nous devrions quand même discuter de cette mission.

– Oui un autre jour. Je te ferai signe.

Les membres en coton, Leena le laissa passer et le jeune homme passa devant elle sans même lui jeter un dernier regard. La jeune femme sortit à son tour, une seule idée en tête « Ne pas craquer, ne pas craquer, pas ici Leena, marche droit devant toi ». Comme une automate, elle se dirigea vers la taverne, sourde à tout bruit, elle monta les marches, ouvrit la porte de sa chambre, ferma la porte et se laissa enfin aller. Elle s’écroula alors au sol, le corps secoué par des sanglots silencieux, se mordant fortement le poing pour ne pas hurler. Des larmes s’écoulaient maintenant librement sur ses joues. Elle attendit que la crise passe, mais la douleur était trop importante. Soudain, elle se déplaça à quatre pattes vers son sac, farfouilla dedans et sortit la fameuse lettre qu’elle avait écrite quelques mois après sa fuite. Elle voulut la déchirer, annihilant ainsi tout espoir en elle. Mais elle ne put s’y résoudre et la relut encore, ses larmes faisait parfois couler l’encre.

Sur la route de Dénérim, 9 : 37 du Dragon

Azel,

Si tu savais comme je regrette.

Je regrette ne pas t’avoir fait assez confiance pour tout te dire tout de suite. Tu méritais tellement mieux que mes mensonges.

Je regrette de t’avoir quitté. Chaque jour tu me manques un peu plus. Je te retrouve parfois dans l’Immatériel. Je rêve de ta peau contre la mienne, de tes lèvres de tes yeux sur moi. La sécurité et le bonheur que me procuraient tes bras me hantent.

Grâce à toi, ma magie n’était plus une honte mais quelque chose qui me rapprochait de toi. Aujourd’hui elle est redevenue un poids.

Je n’ai jamais décidé de m’enfuir avec Donovan. Je me suis enfuie parce que j’avais peur. Peur de l’apaisement, de causer l’oblitération du Cercle et ta mort par la même occasion. J’aurais tellement voulu que tu partes avec moi. Mais encore une fois j’ai eu peur. Peur pour toi. Tu ne sais pas ce que c’est de vivre à l’extérieur, persécuté, obligé de se cacher. Tu es heureux au Cercle où tu peux t’y épanouir et je craignais que même si tu décides de m’accompagner, tu finisses un jour par me haïr pour t’avoir entraîné là-dedans.

Et comme je regrette te t’avoir fait croire que tu n’avais été qu’une passade.  Je dois être une incroyable menteuse pour que tu aies réussi à y croire. Parce que tout mon corps et mon âme criaient le contraire. Tu as été le premier à me faire sentir que mon corps n’était pas qu’un objet de désir, mais qu’il pouvait aussi être vénéré, être regardé avec tendresse. Le plaisir que je trouvais dans tes bras était autant physique que spirituel. Si tu savais comme j’ai été heureuse d’être digne de ta confiance. Tu m’as ouvert la porte de ton âme et aujourd’hui je me hais pour avoir claqué cette porte.

Enfin, je voulais te dire que je t’aime. Je t’aimais au Cercle, je t’aime aujourd’hui dans cette chambre miteuse, sur la route, et je t’aimerai encore demain. Peut-être ne me croiras-tu pas. Peu m’importe, je veux juste que tu le saches et je garderai ce sentiment au plus profond de moi.

Créateur, je ne sais même pas si cette lettre te parviendra un jour.

A toi pour toujours,

Leena 

La jeune femme replia la lettre et la pressa contre son cœur. Elle n’avait rien de poétique, ça n’avait rien d’une grande prose. C’était le cri brut de son âme quelques temps après leur séparation.

Soudain, elle sentit une présence à côté d’elle. Elle tourna la tête et se trouva face à un visage long, creusé et pâle, mangé par des yeux bleus très clairs et immenses. Un jeune homme blond portant un large chapeau avait réussi à entrer dans sa chambre.

Elle allait crier quand le jeune homme parla :

– Vous êtes une mage, mais vous êtes brisée, de tellement de façon. Votre tristesse était si forte qu’elle m’a appelé.

– Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ?

– Je peux vous faire oublier.

Complètement décontenancée et intriguée à la fois, la jeune femme souffla :

– Me faire oublier quoi ?

– La souffrance, lui, ses yeux sombres, son toucher, tout.

– Azel ?

Le jeune répéta :

– Je peux vous faire oublier.

Leena se recula d’un coup.

– Non, non surtout pas. Va-t’en ! Je t’en prie ne fait pas ça.

Soudain, dans un petit bruit, le jeune homme disparut la laissant à nouveau seule. Elle ne comprit pas vraiment ce qui venait de se passer. Elle se releva et rangea soigneusement la lettre dans un carnet qui la suivait depuis des années.

 

Quelques jours plus tard, une grande effervescence secoua la Forteresse. L’Inquisition partait en guerre contre des Gardes des Ombres à la Forteresse de l’Inébranlable. Tous les soldats étaient réquisitionnés. En quelques heures la Forteresse se vida et une certaine tension envahit ceux qui étaient restés. Iron Bull avait été mis sur la touche pour cette fois-ci, blessé par un combat contre un dragon. Leena lui tint compagnie, de toute façon elle ne savait pas trop quoi faire d’autre. Varric les rejoignit un peu plus tard. Après avoir bu quelques verres, Leena eut la surprise de voir entrer Azel. Jamais encore, elle ne l’avait vu entrer dans la Taverne. Le nain ne put s’empêcher de commenter cette nouvelle arrivée.

– Tiens, tiens, tiens, Peluche ici ! Comme Solas est parti avec l’Inquisiteur, il doit commencer à s’ennuyer un peu je présume.

Surprise, Leena répéta :

– Peluche ?

– Oui, j’ai longtemps cherché un surnom et j’ai fini par remarquer le regard que toutes les femmes ne peuvent s’empêcher de lui lancer. Comme si elle n’avait qu’une envie, le serrer contre elles. Donc Peluche.

Le jeune homme chercha un coin plus tranquille et s’installa avec quelques livres, seul.

Soudain Iron Bull poussa un grognement :

– Rhaaaa, j’ai besoin d’action, je m’ennuie !! Petit Dragon, dans ma chambre, maintenant !

Leena releva un sourcil mais ne détacha toujours pas son regard du jeune homme.

– Non merci Bull. J’aurais trop peur de te réduire en cendres malgré moi !

– Yeah chez moi on garde les paroles cochonnes pour la chambre.

Varric rit mais remarqua où le regard de la jeune femme s’attardait.

– Je crois que tu n’es pas son type Bull.

Iron Bull vit enfin le véritable objet de l’attention de Leena.

– Oh je vois, tu les préfères plus gringalet.

– Quoi ?

Enfin la jeune mage tourna la tête vers eux.

– Non pas du tout. Azel et moi c’est… c’est du passé.

Varric se pencha vers elle.

– Alors là tu en as dit soit trop, soit pas assez.

– Et je n’en dirais pas plus. N’insiste pas Varric.

Heureusement, elle fut sauvée par de nombreux cors, annonçant le retour des soldats. Azel se précipita dehors, bientôt suivi des trois compagnons de taverne.

L’inquisition reprenait possession de la Forteresse. Leena repéra tout de suite l’Inquisiteur, Solas, Cassandra et le jeune homme étrange qui était entré dans sa chambre quelques jours plus tôt. Ils semblaient secoués mais indemne. Elle remarqua tout de suite que de nombreux soldats n’étaient pas de retour et beaucoup d’autres étaient couchés sur des civières. Par contre des hommes et des femmes, dans des armures qu’elle n’avait jamais vues, firent leurs entrées. A ses côtés, Varric s’exclama :

– Par les Ancêtres ! Il a ramené des Gardes des Ombres !

Les Gardes des Ombres ! Ces guerriers quasiment mythiques ! La jeune femme n’en croyait pas ses yeux. Ce fut alors l’effervescence un peu partout. Les Gardes étaient nombreux et il fallait trouver de la place pour tout le monde. Joséphine courrait dans tous les sens. Leena proposa son aide pour soigner les blessés et ne vit pas les heures passées. Elle n’utilisa pas forcément la magie pour les aider mais discuta avec les blessés, chanta pour leur faire oublier la douleur, et se porta volontaire pour cautériser correctement les plaies, la seule chose que sa magie lui permettait. Elle croisa parfois Azel, lui aussi occupé à aider les soldats et leurs regards s’accrochèrent parfois brièvement. Elle le vit même relever la tête pendant qu’elle chantait pour un soldat qui n’en avait plus pour très longtemps.

La nuit passa à une vitesse folle et ce n’est qu’au lever du soleil que la fatigue se fit sentir. Elle sortit des tentes qui avaient été montées pour accueillir les blessés et s’étira sous les rayons du soleil levant. Du coin de l’œil elle remarqua quelque chose d’étrange. Azel se faisait entrainer derrière les écuries par une femme assez grande. La jalousie l’aveugla pendant un bref instant et elle sentit sa magie de feu réagir à cette vive montée émotionnelle. Puis elle vit les habits de la femme et remarqua le griffon gravé sur son épaulière. Une Garde ? Créateur ! Son sang ne fit qu’un tour. Saunia !

Elle se précipita à leur suite et se cacha dans un coin, prête à intervenir au moindre signe d’inconfort d’Azel.

La femme avait acculé le jeune homme dans un coin et marchait de long en large devant lui, comme une lionne. Azel avait les bras croisés et le visage totalement fermé, les yeux vides.

– Mon beau petit mage… Il me semblait bien t’avoir vu. Comme on se retrouve…La vie est bien faite non ?

– Non pas du tout. Que me veux-tu ? Si tu penses pouvoir recommencer comme il y a quelques …

La femme lui rit au nez et d’un doigt caressa la joue du jeune homme qui se crispa.

– Non je ne suis pas si bête. Je voulais simplement te mettre en garde. Tu as déjà fichu ma carrière de Templière en l’air. J’ai mis du temps à me refaire une réputation au sein des Gardes et si jamais tu oses parler de ce qui s’est passé il y a quelques temps entre toi et moi. Je jure que je te tuerai, mon beau mage. Même si c’est la dernière chose que je ferai.

Elle se rapprocha néanmoins dangereusement d’Azel.

– Je ne te demanderai plus rien, mais si tu le souhaites ma porte est ouverte. Je n’ai pas oublié à quel point tu aimais ce que je te faisais.

Hors de lui, le jeune homme la repoussa violement contre le mur grâce à la magie. Il passa devant elle et les dents serrées lui jeta :

– Tu me dégoûtes, ne m’approche plus.

La Garde rit encore.

– On verra bien Azel, mais toi et moi savons ce qu’il en est !

Lorsque le jeune homme fut hors de vue, Leena sortit de sa cachette. Un grand sourire aux lèvres, elle s’approcha de Saunia qui se remettait de la violence du choc.

– Madame ? Vous êtes Gardes des Ombres n’est-ce pas ?

– Qu’est-ce que tu me veux, mage ?

– Juste vous serrez la main madame ! J’admire beaucoup ce que vous faîtes pour nous protéger !

Elle tendit sa main, et Saunia la prit avec beaucoup de réticence. Leena la serra fortement et invoqua sa magie du feu qui ne se fit pas prier. La main de la jeune femme se mit à chauffer et la Garde poussa un cri. Elle essaya de libérer sa main mais la jeune femme augmenta encore la température, faisant tomber la jeune femme à genoux devant elle.

– Mais enfin qu’est-ce qu’il te prend sale…

Toujours en souriant, Leena lui expliqua alors calmement :

– Je suis une amie d’Azel. Je sais ce que vous lui avez fait subir, garce ! Alors à mon tour je vais vous mettre en garde. Vous le touchez, je vous brûle jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un petit tas de cendre de votre corps, vous allez lui parler, je vous brûle, vous ne faites que mine de le regarder, je vous brûle. C’est simple il se trouve dans un coin du Fort, je veux vous voir à l’autre bout. Sinon… eh bien je vous brûle ! J’espère avoir été assez précise et simple pour que vous me compreniez bien, Saunia.

Sous la douleur, les traits de la femme s’étaient crispés et une grimace déformait sa bouche. Elle avait perdu sa superbe et grogna :

– Tu n’oserais pas ! Tu serais exécutée sur le champ.

Leena se pencha alors pour lui murmurer à l’oreille, tout en augmentant encore la chaleur.

– Oui mais voilà, je n’ai plus rien à perdre et comme je vous l’ai dit, je suis assez puissante pour vous faire pratiquement disparaitre de la surface de la terre. Vous finirez juste comme tous ces déserteurs ! Personne ne trouvera le petit tas de cendre que je disperserais au vent. Alors je vous en prie, testez-moi. C’est avec un réel plaisir que je vous prouverai le contraire.

– Sale ….

– Ha, ha, ha pas de gros mots très chère ! Maintenant je vais vous lâcher et vous pourrez aller pleurer dans un coin, mais sachez que si vous me dénoncer, je vous rendrai la pareille. Bonne journée, Saunia !

Elle relâcha la main de la femme où une énorme cloque venait d’exploser. Elle aurait très certainement une belle cicatrice.

Rapidement elle se détourna de la femme et retourna dans la cour. Elle parcourut les alentours des yeux et par chance repéra le jeune homme en haut des remparts. Elle le rejoignit et s’approcha doucement de lui. Il semblait perdu dans ses pensées et ses yeux ne quittaient pas le coin de l’écurie d’où sortit soudain Saunia qui se tenait la main en grimaçant.

– Bonjour Azel.

Du menton il désigna l’écurie.

– Je t’ai vu sortir de là.

– Je voulais juste savoir si tu allais bien.

Il se tourna subitement vers elle.

– Je n’ai pas besoin de ton aide et je n’ai pas besoin de ta compassion. Je peux parfaitement régler mon différent avec Saunia seul.

– Je sais, j’en suis consciente. Ce que j’ai fait, je l’ai fait autant pour toi que pour moi.

– Et qu’est-ce que tu as fait au juste ?

Leena détourna son regard, avec un petit sourire.

– Rien du tout. Je lui ai juste montré que j’étais quelqu’un de très chaleureux.

Le jeune homme soupira :

– Leena…

– Quoi ? Elle est vivante, elle devrait déjà me remercier pour ça.

Pour la première fois elle aperçut comme l’ombre d’un sourire au coin de ses lèvres. Puis le sourire disparut pour ne laisser la place qu’à la tristesse.

– J’aimerais être seul s’il te plait.

Avec un petit sourire désabusé, Leena lui dit :

– Non, tu ne veux pas être seul, tu ne veux juste pas être avec moi. Il y a une nuance.

Il ouvrit la bouche, mais elle ne lui laissa pas le temps de répliquer.

– Je comprends, je te laisse tranquille. C’est juste que je pense que tu ne devrais pas t’isoler.

Elle bailla alors profondément.

– Je vais me reposer. Je sais que je ne me suis pas toujours montrée digne de ta confiance, mais si tu as besoin de parler à propos de Saunia…

Elle haussa les épaules.

– Tu sais où me trouver.

Elle tourna les talons mais fut arrêtée par sa voix.

– Au fait merci… pour ce que tu as fait… avec les soldats blessés.

Leena se tourna à nouveau vers lui.

– Je n’ai pas pu faire grand-chose.

– Ca a suffi.

– Oh eh bien tant mieux.

Azel se détourna et repris sa position initiale, accoudé aux remparts, les yeux à nouveau perdus dans le vide.

Leena était épuisée mais elle avait une dernière chose à faire avant de pouvoir se coucher.

Elle monta les marches vers le bâtiment principal et pria pour qu’il soit déjà levé. A la place d’aller vers l’estrade où se tenait le trône, elle bifurqua à droite et entra timidement dans la rotonde. L’elfe était déjà assis à son bureau, une tasse de thé à la main. Il en but une gorgée et grimaça.

– Maître Solas ?

Surpris, l’elfe leva les yeux vers elle et lui sourit.

– Solas suffira. Vous êtes Leena n’est-ce pas ? Celle qui a été jugée il y a quelques jours ?

Etrangement cet elfe l’intimidait beaucoup, il dégageait quelque chose d’indéfinissable, de mystique.

– Oui c’est bien moi.

– Je trouve la cause de votre ancien groupe juste mais vos méthodes déplorables.

– Euh… merci… je crois ?

– Que puis-je pour vous ?

– Vous êtes un ami d’Azel, n’est-ce pas ?

– Oui je le pense.

– Bien je voulais juste vous demander, si… s’il vous était possible de ne pas le laisser seul aujourd’hui ou du moins de lui occuper l’esprit.

L’elfe la regarda bizarrement.

– Pourquoi cela ?

– Eh bien, disons qu’il vient de retrouver une personne qu’il n’avait pas du tout envie de revoir, qui lui a fait beaucoup de mal, et … je pense qu’il a besoin d’un ami.

– Je verrai ce que je peux faire.

Soulagée, la jeune femme soupira :

– Merci.

– Il n’y a pas de quoi. Mais… vous le connaissez non ? Pourquoi venir demander mon aide pour quelque chose que vous pourriez faire ?

Leena eut un sourire désabusé.

– Oui je le connais, mais j’ai perdu le droit d’être son amie depuis longtemps.

Elle s’en alla alors, et décida qu’elle méritait bien un peu de repos.

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Chapitre 7 – Connaître son ennemi comme soi-même

Seren se réveilla doucement. La première chose qu’elle sentit, c’était une faim dévorante. Elle essaya de fouiller sa mémoire pour se souvenir de ce qu’il s’était passé. Elle se rappelait de l’arène, du petit elfe qu’elle devait protéger, des blessures multiples qu’elle avait encaissées. Et il y avait eu ensuite un trou noir, un passage à vide, puis la voix de Rain, son visage, la petite main de Tabris dans la sienne et encore du noir. Elle essaya de se redresser mais fut stoppée par une main sur le haut de sa poitrine. Elle n’avait pas remarqué la haute silhouette assise dans un fauteuil, à côté de son lit.

– Doucement, Seren. Vous avez perdu énormément de sang, vous devez vous sentir très faible.

La jeune elfe ouvrit grand ses yeux, redressa son oreiller pour le caler derrière son dos et se mit assise, dos contre la tête de lit. Elle se passa une main dans les cheveux. Elle portait sa chemise de nuit et sentait bon le propre. Quelqu’un l’avait baignée et changée. Avec un rougissement, elle espéra que l’humain n’y était pour rien.

– Rain ? Je… je suis un peu perdue.

Le mage lui sourit gentiment.

– Vous avez combattu dans l’arène et vous avez été gravement blessée…

Seren le coupa d’emblée.

– Je vous en prie ne me ménagez pas ! Je sais que j’ai reçu une blessure au ventre, je croyais même être en train de mourir. Et puis tout est soudain très flou.

Rain soupira. Il ne savait pas trop comment lui dire exactement ce qu’elle avait fait dans l’arène.

– Après votre blessure, vous… vous avez changé. Vous n’étiez plus vraiment vous-même. Comme si vous aviez laissé la place à quelqu’un d’autre. Vous vous êtes battue malgré vos nombreuses blessures. Plutôt…sauvagement.

Seren le regarda droit dans les yeux et lui demanda.

– J’ai été cruelle vous voulez dire. Je les ai massacré n’est-ce pas ?

– Oui vous aviez soif de sang et violence.

La guerrière remonta les genoux et se prit la tête entre les mains en se penchant vers l’avant. Ses longs cheveux couvrirent son visage. Elle murmura.

– Faiseurs, je l’ai laissé s’échapper.

Rain se pencha vers elle et lui remonta le menton.

– Qu’est-ce que vous avez laissé s’échapper ?

Elle leva des yeux éperdus vers lui.

– La bête ! Celle que je garde au fond de moi depuis toujours. Parfois je la sens qui gratte pour sortir. Mais je savais comment la faire reculer. Hier soir, je n’ai pas été assez forte.

– Seren, cela fait maintenant cinq jours que vous étiez endormie. J’ai dû utiliser beaucoup de magie pour ne pas vous laisser mourir. Le processus de guérison a été long.

Pour la première fois, l’elfe prit le temps d’observer l’humain. Il avait les traits légèrement tirés, les yeux fatigués et un peu plus foncés que d’habitude. Elle lui offrit un petit sourire.

– Merci de m’avoir sauvé la vie, Rain. Vous devriez vous reposer.

Rain lui sourit aussi.

– Je vais bien. Mais j’aimerais que vous me reparliez de cette « bête ».

Seren détourna les yeux, gênée. Elle tritura ses doigts, ne sachant pas par où commencer. Cela la peinait de devoir repenser aux premières apparitions de ce qu’elle appelait la « bête ». Finalement, elle prit son courage à deux mains et releva la tête, croisant le regard apaisant et doux de l’humain.

– J’ai toujours senti que les émotions fortes provoquaient quelque chose en moi. Un jour, alors que j’étais encore dans mon clan, ma petite sœur s’est faite violenter par des enfants plus âgés qu’elle. C’était la plus douce des enfants, mais elle était légèrement différente des autres, elle était dans son monde à elle. Elle ne se rendait même pas compte lorsque les autres étaient méchants avec elle. Je les ai surpris en train de se moquer d’elle et de la bousculer. J’ai senti une telle rage en moi, que je me suis précipitée vers eux. Et là ça a été le trou noir, encore une fois. Tout ce que je sais, c’est qu’à dix ans je me suis battue contre un groupe de six adolescents et qu’ils ont tous fini avec, au moins, un membre cassé. Depuis j’ai appris à tenir toutes les émotions trop fortes à l’écart. Sauf le jour où ils m’ont arraché à mon clan…

Rain semblait perdu dans ses pensées. En pleine réflexion, il souffla.

– Mais l’autre soir la douleur était trop forte.

– Je suppose oui.

Subitement Rain, sembla s’animer à nouveau, comme s’il venait d’être traversé par une idée de génie. Il se leva et se dirigea vers la porte en lui disant :

– Ne bouger pas, je reviens tout de suite. J’ai besoin de vérifier quelque chose. Je vous ramène également à manger.

Seren n’eut même pas le temps de dire quoi que ce soit qu’il avait déjà disparu. Avec un soupir elle se renfonça dans les couvertures. Ne pas savoir ce qu’elle avait fait la perturbait énormément. Elle n’avait même pas demandé comment allait Tabris ! Son ventre se mit à gargouiller violemment. Comme si elle avait entendu le message de son estomac, Tia fit son entrée dans la chambre un plateau bien rempli à la main.

– Alors c’est vrai ? Tu es bel et bien réveillée ! Merci Faiseurs !

Rapidement elle posa le plateau au pied du lit et se jeta dans ses bras.

– J’ai eu si peur ! Cela fait cinq jours que tu dormais ! Tu te rends compte ! Je n’ai jamais été aussi inquiète de ma vie !

Tia n’avait plus de famille non plus. Elle était arrivée à l’âge de huit ans chez Darius et depuis, Seren l’avait plus ou moins prise sous son aile. Mais son caractère égal et bienveillant et son côté travailleuse, lui ont permis de se faire aimer de tous dans la maison.

Seren rit devant tant d’énergie et d’enthousiasme. Elle la serra fort contre elle.

– Moi aussi je suis heureuse de te revoir Dahlen. Et merci d’avoir pensé à mon estomac.

Tia gloussa.

– J’étais sûre qu’après autant de temps sans manger, tu serais quasiment morte de faim.

Elle reprit son sérieux et déposa le plateau devant la jeune femme.

– Monsieur Rain n’a quasiment pas quitté ton chevet pendant ton sommeil et ne voulait être perturbé par personne. Cela n’a pas plu au maître. Mais monsieur Rain n’a pas cédé. Il doit être aussi fatigué que toi.

– Je me doute. Mais rassure-moi c’est toi qui m’a changée et lavée n’est-ce pas ?

Tia sourit malicieusement.

– Oui c’est moi, mais figure-toi que j’ai dû stopper monsieur Rain. Il voulait le faire lui-même. Il m’a dit qu’il avait l’habitude de le faire pour ses patients.

Cette fois-ci Seren rougit jusqu’à la racine des cheveux et lança l’un de ses oreillers au visage de la jeune fille, qui rit à gorge déployée. Elle évita le projectile qui atterrit au pied de Rain qui venait de pénétrer à nouveau dans la pièce, un autre plateau à la main. Faussement réprobateur, il haussa un sourcil et dit à Tia.

– Je vous prierai de ne pas perturber ma patiente, jeune demoiselle.

L’adolescente mis une main devant sa bouche pour étouffer son rire.

– Je suis désolée monsieur Rain.

– Ça ira pour cette fois. Je vois que je me suis fait devancer pour le plateau repas.

Seren qui avait attaqué la nourriture apportée par Tia, répliqua :

– Oh le deuxième plateau ne sera pas de trop, j’ai tellement faim que je pourrais dévorer un Druffle tout entier ! Il ne me manque plus que ma pâtisserie préférée et je serai au paradis !

Tia lui fit un clin d’œil.

– Ça peut s’arranger. Je file en cuisine ! Ne mange pas tout Seren ou tu vas devenir énorme.

La jeune femme lui tira la langue et continua à engloutir tout ce qui passait par sa fourchette, avec une certaine frénésie. Tia rit et sortit de la pièce. Rain se rassit à ses côtés, sur le fauteuil près du lit.

– Votre coup de fourchette fait plaisir à voir. Un bon guérisseur ne devrait pas dire ce genre de chose à son patient, mais j’ai vraiment cru que je n’arriverai pas à vous ramener. En attendant, j’ai une piste sur ce qui vous est arrivé dans l’arène.

Il prit le livre qu’il avait déposé sur le plateau repas et l’ouvrit à une page avant de le lui donner.

– Je crois que vous êtes une Berserker. J’ai lu quelques petites choses sur eux, mais je n’en n’ai jamais rencontré.

Fascinée, Seren s’arrêta de manger et observa l’illustration accompagnant le texte. Elle montrait un guerrier, qui avait des blessures multiples sur le corps et qui était entouré de cadavres. Il semblait absorber l’énergie de ses victimes. Elle toucha l’illustration ne pouvant croire qu’elle était pareille à cet homme. Comme hypnotisée, elle répéta.

– Je suis une Berserker.

– Oui. Ce sont de puissants guerriers qui ont la capacité d’entrer dans une espèce de transe. Pour cela il suffit qu’ils soient suffisamment blessés ou qu’ils ressentent une forte émotion. Une fois en transe, c’est comme si leurs esprits étaient mis de côté pour laisser la place à la rage de sang. Plus ils sont blessés, plus ils sont forts. Et pour compenser l’énergie qu’il leur faut pour rester dans cette transe, ils absorbent l’énergie vitale de leur victime. C’est pour cela que vous êtes tombée dans les pommes à la fin du combat. Vous n’aviez plus rien pour compenser votre perte d’énergie.

– Est-ce de la magie ?

– Eh bien apparemment cela reste un mystère pour ceux qui ont étudié ces guerriers.

Doucement Seren reposa sa fourchette, l’appétit soudain coupé.

– Je suis donc une espèce de monstre.

– Non Seren, vous êtes une femme, une guerrière, qui a une particularité. Et cette particularité ne fait en aucun cas de vous un monstre.

– Si vous le dites… Et le jeune garçon, Tabris, allait-il bien ?

– Oui, physiquement il n’avait aucune blessure, je m’en suis assuré. Il avait l’air un peu choqué mais malheureusement il semblait en avoir vu d’autres.

– Tant mieux, j’avais certainement l’air d’une vraie sauvage. J’aurais pu le blesser sans m’en rendre compte.

Rain la rassura tout de suite.

– Jamais vous ne lui auriez fait de mal, au contraire ! Je crois que si vous êtes entrée dans cet état, c’est pour le protéger.

Seren soupira.

– Bien, je sais ce que je suis, mais comment l’empêcher ?

– Vous ne le pouvez pas, Seren, cela fait partie de vous.

– Mais je ne peux pas me laisser aller à nouveau ! Qui sait ce qui pourrait se passer si cela m’arrivait dans une réception, avec des gens innocents, ou ici dans la maison.

– Il ne s’est rien passé pendant toutes ces années, il y a des chances pour que cela continue. Ne vous tracasser pas pour cela, d’accord ? Reprenez des forces. J’ai croisé un elfe qui avait un message pour vous. Darius est dans l’atrium et souhaite nous parler. Je vous attends derrière la porte.

Il se leva en se dirigeant vers la porte et ajouta :

– Allez-y doucement en vous levant, ordre de votre guérisseur.

Quand Rain fut sorti, Seren finit tout de même son assiette, son estomac réclamant toujours plus de nourriture. Elle se leva doucement et fut heureuse de constater que ses jambes ne flanchèrent pas lorsqu’elle se mit debout. Elle en profita pour s’habiller, passant sa tunique longue et son caleçon tout simple.

Enfin elle sortit et trouva Rain appuyé contre le mur, à l’attendre. Il lui sourit et lui proposa son bras, comme s’il se trouvait dans un bal au milieu de la noblesse.

– Nous y allons ?

Légèrement décontenancée, Seren ne sût que faire. Finalement, devant le haussement de sourcil interrogatif de l’humain, elle se décida à accepter son bras. Seren pouvait sentir la chaleur du corps de Rain à ses côtés et sous sa main. Elle dût batailler contre son corps pour empêcher ses joues de s’enflammer…encore ! Vraiment, depuis qu’elle connaissait cet homme, elle se transformait en adolescente rougissante. Némésis ne rougissait pas, Seren non plus…d’habitude. Elle ne savait que penser de l’attitude de Rain. C’était un homme étonnant. Elle savait qu’il était d’origine noble, cela se voyait, se sentait, dans ses manières, sa courtoisie. Mais rien ne l’obligeait à être aimable avec elle, avec les autres esclaves, à la traiter comme une égale. Il avait passé cinq jours à son chevet, à utiliser sa magie sur elle, pour la garder en vie. Parce qu’il ne concevait même pas de faire autrement, esclave ou pas esclave, elle avait eu besoin de sa magie et il la lui avait donnée.

Elle se rendit compte alors, que pendant toutes ses années passées au côté de Darius, elle ne se considérait plus vraiment comme un être humain comme les autres, et surtout pas comme une femme, sauf les rares fois où il avait consenti à la toucher. Avec cet homme, elle se sentait plus humaine, plus consciente de son corps.

Ils firent le chemin ensemble en silence et finirent pas débouchés sur l’atrium central de la maison. Darius était déjà là, assis sur une banquette, un verre de vin à la main. Lorsqu’il les vit arriver, Seren au bras de Rain, il fronça les sourcils, et la jeune femme lâcha aussitôt le bras de l’humain.

Darius se leva à leur approche et ouvrit grand ses bras.

– Seren, ma reine, comme je suis heureux de te voir debout. Tu nous as fait une sacrée frayeur !

Une autre qu’elle aurait pu croire que Darius voulait la prendre dans ses bras. Mais la jeune femme le connaissait assez bien pour savoir que ce geste n’était que symbolique. Si elle se jetait dans ses bras il l’a repousserait certainement.

– Je suis désolée de vous avoir causé du souci, Darius. Et… et je suis désolée d’avoir perdu le contrôle dans l’arène.

– Tu plaisantes ? Tu as été superbe. Notre ennemi souhaitait apparemment me porter un coup en te tuant dans l’arène. J’ai mené ma petite enquête et évidemment les combattants que tu as affrontés l’autre soir étaient payés pour te tuer.

– Ma disparition vous causerait du tort ?

– Bien sûr !

Il s’approcha d’elle et lui prit le visage entre les mains.

– Tu m’es très précieuse ma championne. Tu n’imagines pas le nombre d’alliances que j’ai forgées dans l’arène après tes combats. Les hommes de pouvoir sont attirés par le pouvoir. Et dans l’arène ma reine, c’est toi qui l’a. Ta gloire sur le sable rejaillit sur moi.

Seren avait le souffle coupé, captivée par les yeux gris clairs de son maître.

– C’est pourquoi tu dois me promettre d’être sur tes gardes à partir de maintenant.

Rain intervint.

– Il serait bon que vous soyez sur vos gardes tous les deux. Vous non plus n’êtes pas à l’abri d’une tentative d’assassinat.

Darius lâcha le visage de Seren qui secoua légèrement la tête, pour reprendre ses esprits.

– Et pourtant je n’ai pas subi d’attaque.

– Vous oubliez l’intrus de l’autre nuit, maître Darius.

– Oui mais nous ne savons toujours pas qui était vraiment sa cible.

Il sembla pensif un moment puis il répliqua :

– Rain, je ne vous ai pas encore remercié d’avoir soigné ma Némésis. Vous avez fait preuve d’un… dévouement plus que surprenant.

– Je n’ai rien fait de plus que ce que tout soigneur aurait fait à ma place. Je suis ravi d’avoir pu être utile.

– Si vous le dites. Cela me fait beaucoup de bien de te savoir debout ma championne ! Penses-tu pouvoir retourner dans l’arène rapidement ?

– Eh bien je vais bi…

Rain intervint à nouveau :

– Je pense qu’elle devrait se reposer pendant quelques semaines. J’ai dû puiser dans ses forces pour la guérir, elle a besoin de repos.

Darius souffla, déçu :

– C’est fâcheux ! Nous allons donc devoir nous passer de toi pendant quelques temps. Quel dommage ! Je vous laisse, j’ai à faire. Repose-toi donc ma reine, puisqu’apparemment c’est la seule chose que tu puisses faire !

Il semblait légèrement fâché contre elle et Seren le regarda s’éloigner dans le couloir. Elle ne voulait pas le décevoir. Furieuse elle se tourna vers Rain :

– De quel droit avez-vous dit cela ? Je vais bien !

Rain soupira et croisa les bras.

– Vous ne voyez pas qu’il se sert de vous. Il ne vous traite pas bien. Parfois j’ai l’impression qu’il ne vous considère pas comme un être humain.

– C’est totalement faux ! Il m’apprécie !

– Oui comme on apprécie un animal de compagnie !

Il regretta aussitôt ses paroles lorsqu’il vit le regard blessé de Seren. Il décroisa les bras.

– Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous blesser.

Seren n’eut pas l’occasion de répondre, Tia les interrompit :

– Tout va bien ?

Seren la rassura aussitôt.

– Oui, ne t’en fais pas Dahlen. Mais qu’est-ce que tu as en main ?

L’adolescente présenta fièrement le petit gâteau, plein de crème et de chocolat qu’elle tenait en main.

– Regarde ce que je t’ai trouvé ! Ta pâtisserie préférée !

– Où as-tu trouvé ça ?

Tia joua des sourcils, mystérieuse.

– Ahah c’est mon petit secret.

– Merci Tia, tu es la meilleure !

L’adolescente gloussa de plaisir.

– Ça n’a pas l’air si bon que ça je trouve.

– Tu ne sais pas de quoi tu parles, Dahlen ! Qui n’a pas goûté, ne peut pas juger !

– Quel goût cela a ?

Seren soupira.

– Je ne peux décemment pas te laisser dans l’ignorance. Goûte.

Tia ouvrit grand ses yeux.

– C’est vrai ? Mais je n’ai pas le droit.

– Si c’est moi qui te le propose. Aller personne n’en saura rien.

La jeune femme lui tendit la pâtisserie que l’adolescente prit presque avec révérence. Elle la tourna lentement dans sa main cherchant le meilleur angle pour l’attaquer à pleine dent.

Rain rit devant tant d’indécision.

– Il aura le même goût partout tu sais Tia.

Elle lui sourit.

– Vous avez raison, monsieur Rain.

Elle l’approcha de sa bouche et en prit un bon morceau, elle se mit à mastiquer avec application, essayant de le garder le plus longtemps possible dans la bouche pour en conserver toute la saveur. Elle fit soudainement la grimace, à la grande surprise de Seren.

– Ça a un goût très bizarre. Peut-être a-t-il été mal préparé ?

Seren lui prit le gâteau et goûta la crème du bout de la langue pour recracher aussitôt sa bouchée.

– Dahlen recrache ce que tu as en bouche, je crois que c’est…

Mais elle s’arrêta quand l’adolescente se mit à tousser violemment, crachant du sang au passage.

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Chapitre 7 – Celui qui laisse parler la passion

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Elle devait rêver. Oui ça devait être ça, elle devait faire l’un de ces rêves qui vous paraissent parfois tellement vrais. Et pourtant tout lui paraissait bien réel, la chaleur des mains de Seth qui avait emprisonnés son visage et ses lèvres douces sur les siennes. Son baiser n’avait rien de passionnel ou de possessif, c’était plutôt d’une tendresse à la faire fondre complètement, aussi léger qu’une aile de papillon. Elle eut à peine le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait que Seth s’éloignait déjà. Il posa son front contre le sien et frotta affectueusement le bout de son nez contre celui de la jeune elfe.

– Noria je…

Oh non, elle n’allait pas laisser passer sa chance, elle voulait goûter ses lèvres pas juste les caresser brièvement. Elle l’agrippa par le devant de sa tunique, écrasa sa bouche contre la sienne et coupa net ce qu’il voulait lui dire. Pendant un moment elle redouta qu’il ne la repousse, mais pour son plus grand bonheur, il fit descendre l’une de ses mains sur la nuque de Noria et passa l’autre bras autour de sa taille fine, l’attirant plus près encore. La jeune elfe écarta légèrement les jambes, et Seth en profita pour se faufiler entre elles. Elle fit enfin ce qu’elle souhaitait depuis leur rencontre ; elle passa les bras autour de son cou, et enfouit ses mains dans les longs cheveux de Seth.

Noria mordilla sa lèvre inférieure, et enfin, elle obtint ce qu’elle voulait, l’accès à sa bouche. Leur baiser s’approfondit et ce fut comme si la foudre venait de les frapper. Elle gémit doucement et entoura les hanches du jeune homme de ses jambes fines. Par Mythal que c’était bon ! Elle ne se rendit compte que maintenant à quel point elle désirait ce baiser, à quel point elle le désirait lui !

Ils s’embrassèrent encore et encore, comme s’ils ne pouvaient se rassasier l’un de l’autre, des baisers tantôt tendres, tantôt passionnés qui ne firent qu’accroître encore son désir.

A contre cœur ils se séparèrent, leurs souffles hachés seuls bruits perceptibles dans la cabane. Leurs regards se trouvèrent et ne se lâchèrent pas. Ils ne dirent pas un mot. C’était inutile, tout ce qu’ils avaient besoin de savoir se trouvait déjà là, dans le brillant de leurs yeux dorés.

Elle ne savait plus quoi faire, comme hypnotisé. Elle avait peur de le faire fuir si elle effectuait le moindre geste. Heureusement pour elle, la fuite n’était pas du tout dans l’esprit de Seth à ce moment précis. La voyant hésitante tout à coup, il la rassura d’un sourire. Doucement, il approcha ses doigts des lanières de cuir qui retenait son corset en place, sans pour autant détacher ses yeux des siens. La pièce de cuir tomba au sol, inutile. Il s’attaqua ensuite à sa chemise de coton qui rejoignit le corset au sol. Seth la regardait toujours dans les yeux et cela, bien plus que la caresse froide de l’air contre sa peau nue, la fit frissonner. Fébrilement, elle le déshabilla à son tour, lui retirant sa tunique et sa ceinture. Il fit un pas en avant et la prit dans ses bras, leurs peaux nues se rencontrant pour la première fois. Il se pencha vers elle et reprit ses lèvres. Noria posa les mains sur ses épaules pleine de tâches de rousseur et s’y accrocha, comme si elle voulait s’ancrer à lui. Leurs langues livrèrent à nouveau bataille dans une danse sensuelle qui lui chavira le cœur et l’esprit. Les mains de Seth s’égarèrent le long de ses côtes dans une lente caresse, alors que sa bouche libéra ses lèvres. Il passa une main dans ses cheveux et les tira légèrement vers l’arrière. Puis il traça un sillon de baiser sur sa peau offerte. Il remonta d’abord de sa joue vers son oreille ou il s’attarda sur le lobe, puis il redescendit en embrassant sa gorge. Il s’arrêta dans le creux de son cou qu’il mordilla légèrement.

Seth profita de leur différence de gabarit pour soulever Noria en la tenant pas les fesses. Il la plaqua contre un mur libre de la cabane et la souleva jusqu’à ce que sa bouche soit au même niveau que la poitrine de Noria, qu’il attaqua comme un homme affamé, mordillant, léchant, embrassant suçotant tout ce qui lui tombait sous les lèvres. Face à cet assaut inattendu, Noria rejeta la tête en arrière et ouvrit la bouche en un cri silencieux. Elle ne pût que maintenir la tête de Seth pour que jamais il n’arrête cette douce torture. Finalement il laissa ses lèvres remontées vers sa gorge, sa mâchoire et la laissa glisser doucement le long de son corps pour que ses pieds touchent à nouveau terre. Aussitôt, Noria se mis sur la pointe des pieds pour reprendre sa bouche et partit à l’assaut de son torse dont elle traça les muscles de ses doigts. Rapidement elle laissa l’une de ses mains vagabonder plus bas, vers la bosse qui venait déformer son pantalon. Elle pressa gentiment son sexe durci à travers l’étoffe et ce simple contact fit gémir Seth qui entoura à nouveau son visage de ses larges mains. Elle joua alors de la langue, sans arrêter ses caresses. Les hanches de Seth bougèrent imperceptiblement, cherchant plus de contact. Il rouvrit les yeux et croisa le regard coquin de Noria qui se lécha les lèvres de manière très suggestive. Il ne la lâcha pas des yeux alors que la jeune elfe se laissa tomber à genoux devant lui. Sans détourner le regard elle défit les lanières qui retenaient son pantalon et le fit glisser le long de ses jambes. Seth s’en débarrassa en quelques gestes et retint son souffle.

Noria aimait jouer avec ses partenaires. Elle fit d’abord courir un doigt le long de son membre, plusieurs fois, et joua un moment avec la petite fente de son gland, soufflant légèrement dessus. Seth crispa les mâchoires et gémit de frustration.

– Noria prends-le !

La jeune elfe sourit devant cette petite victoire. Comme elle en mourrait de toute façon d’envie, elle accéda à son désir. D’une main elle le prit fermement à la base et engloutit son gland dans la chaleur de sa bouche. Seth gémit à nouveau et agrippa les cheveux de la jeune femme d’une main. Noria commença un lent va et vient de sa bouche et de sa main. Elle aspira, lécha, embrassa pour le seul plaisir de sentir les ongles de Seth s’enfoncer dans son cuir chevelu et pour entendre ses gémissements de plaisir. Elle finit par le prendre entièrement en bouche en accélérant les va et vient et Seth l’accompagna de mouvements de hanche maîtrisés. L’une des mains de Noria empoigna ses fesses tandis que l’autre caressa la peau douce de ses testicules. Elle n’avait jamais autant pris de plaisir à en donner.

Après quelques minutes de ce traitement particulier elle sentit les coups de reins de Seth s’accélérer et devenir plus erratiques mais elle voulait aller jusqu’au bout. Malheureusement Seth ne lui en laissa pas l’occasion. Il tira légèrement sur ses cheveux pour la faire se relever et c’est avec déception que Noria laissa s’échapper son sexe. Elle embrassa chaque parcelle de peau sur son passage, traçant de sa langue les Vallaslins sur son torse. Seth attira son visage jusqu’à lui et l’embrassa longuement. Puis il la souleva à nouveau par les fesses et se dirigea vers le petit lit. Il la fit s’asseoir tout au bord, se mit à genoux devant elle et la débarrassa rapidement de ses derniers vêtements. Noria appuya ses deux mains sur le lit et se pencha légèrement en arrière, les yeux pétillants d’anticipation.

Seth en joua, lui décochant son sourire si spécial et fit promener son regard sur le corps offert de la jeune elfe. Elle était certes petite mais non dépourvu de formes. Et ce qu’il avait imaginé sous la couverture le jour de leur rencontre ne lui rendait absolument pas justice. Il mit une main bien à plat sur sa gorge et commença à descendre doucement, effectuant des arabesques sur sa poitrine puis sur son ventre et sur ses cuisses.

Il planta son regard dans le sien et lui écarta subitement les cuisses. L’odeur de son excitation titilla ses narines et lui donna envie de la dévorer, ici et maintenant. Mais il comptait bien faire monter l’excitation à son paroxysme. Il empoigna les cuisses de Noria de ses mains et se mit à les pétrirent doucement de ses pouces en remontant doucement. Il en profita pour positionner ses fesses au bord du lit. Il se pencha ensuite vers elle et embrassa son ventre. Il lécha son nombril et commença à descendre, terriblement lentement, sans cesser ses caresses sur ses cuisses.

Le souffle de Noria s’accéléra. Oh oui plus bas encore ! Elle le voulait et elle le voulait maintenant. Elle gémit et essaya de forcer sa tête à descendre plus. Enfin il se positionna en face de son sexe. Il souffla doucement dessus, rendant la jeune femme complètement folle de frustration.

– Seth…

Autant un cri de frustration que d’espoir.

– Chuuuut Da’mi. Patience.

Enfin, enfin il posa sa bouche sur son sexe, dans un baiser intime qui lui fit perdre toute pudeur. Elle écarta encore plus les jambes et plongea les doigts dans les cheveux de Seth.

Seth déposa de doux baisers sur son sexe et à l’intérieur de ses cuisses, puis il commença à laper lentement, comme un chat devant un bol de crème. Il lécha, embrassa, mordilla le moindre millimètre carré de sa peau. Noria qui s’était laissée tomber sur le dos, ondulait des hanches et ravissait les oreilles de Seth de gémissements et de ronronnements de plaisir. Lorsque la langue habile de Seth la pénétra, elle eut un hoquet et son corps se cabra instantanément et lorsqu’elle bougea en elle, elle crût mourir de plaisir.

La langue du jeune homme remonta vers son clitoris qu’il harcela. Noria était au bord de la jouissance, mais ça ne suffisait pas à Seth, il voulait tout lui donner. Doucement il la pénétra avec un doigt. Elle était chaude, douce et terriblement humide. Il commença un mouvement de va et vient et continua son travail sur son bourgeon de plaisir. Les gémissements de la jeune elfe étaient de plus en plus sonores. Elle était très proche, il pouvait le sentir dans la contraction de ses muscles intimes et dans la pression de ses doigts dans ses cheveux. Un léger mordillement sur son clitoris suffit à la faire basculer complètement. Elle poussa un grand cri qui se noua dans sa gorge et elle se cambra tellement fort que son dos ne touchait plus le lit. Très satisfait de lui Seth continua à la combler jusqu’à ce qu’elle redescende des cieux où il l’avait propulsée. Après avoir repris son souffle elle se remit assise, pris le visage de Seth entre ses mains et l’embrassa à pleine bouche, goûtant son nectar sur ses lèvres. Par les Faiseurs que ça avait été bon ! Cet homme savait ce qu’il faisait et pour son plus grand plaisir c’était sur elle qu’il exerçait ses talents.

Noria le fit alors basculer sur les fesses et s’assit sur lui à califourchon. Elle recommença à l’embrasser aussitôt tout en passant une main derrière elle, à la recherche du sexe de Seth. Elle le prit à pleine main et se positionna juste au-dessus. Elle détacha ses lèvres des siennes, plongea ses yeux dorés dans les siens, puis descendit doucement sur son sexe dressé. Les deux amants gémirent au même moment, en communion parfaite. Elle ne le quitta pas des yeux alors qu’il la pénétra entièrement d’un puissant coup de rein. Elle ne pût s’empêcher de rejeter la tête en arrière dans un cri de pur plaisir. Jamais elle ne s’était sentie aussi…complète. Elle sentit les mains de Seth enserrer ses hanches et lui donner une légère impulsion. La jeune elfe comprit, et commença à onduler des hanches tout en imprimant un mouvement du haut vers le bas. Seth embrassa la gorge offerte de la jeune femme. Les mouvements de Noria s’accélérèrent et elle posa son front tout contre le sien tout en l’entourant de ses bras, comme si elle voulait ne faire plus qu’un avec lui.

Mais Seth en avait assez de rester passif. Il souleva la jeune femme, qui poussa un cri d’indignation qui le fit rire. Il se releva et la guida vers le lit. La jeune elfe grimpa dessus et se mit à genoux en lui tournant le dos, les bras en appui sur le mur. Elle tourna la tête pour rencontrer le regard de Seth et se cambra légèrement. Celui-ci ne se fit pas prier et se positionna derrière elle. Il la pénétra sans préambule les mains sur les hanches de la jeune elfe. Cette nouvelle position lui permit d’aller plus loin encore, ce qui les fit tous deux gémirent. Seth commença alors à bouger, à un rythme rapide et régulier.

Noria essaya de suivre la cadence et s’accrocha aux aspérités du mur pour tenir sous les coups de rein de son amant. Elle sentait déjà l’orgasme arrivé, encore plus violent que le précédent. Elle n’arrivait plus à penser, seuls les gémissements et le nom de Seth, qu’elle répétait comme une prière, un mantra, arrivaient à franchir ses lèvres.

Seth de son côté n’avait pas de mot pour décrire ce qu’il ressentait, enfouie en plus profond de la femme qu’il considérait autant comme une amie que comme une amante. Il sentait, que ce qui se passait là, allait bien au-delà de la simple jouissance du corps, il se sentait presque à se place. Bientôt il ne fût plus capable de former une pensée cohérente et se laissa tout simplement aller au plaisir. Sentant que Noria était toute proche de la jouissance, il accéléra encore la cadence.

Noria ne touchait plus terre et lorsque le plaisir l’emporta enfin elle se pencha vers l’arrière pour mieux savourer les vagues de la jouissance. Seth se laissa lui aussi aller et lorsqu’il se sentit jouir en elle, il la serra contre lui et chercha ses lèvres pour étouffer son cri dans la bouche de Noria.

Hors d’haleine, ils se laissèrent tomber sur le lit et se serrèrent l’un contre l’autre. Noria, à moitié juchée sur le corps de Seth, avant la tête sur son torse et y suivait lascivement ses tatouages d’un doigt, pendant que le jeune homme caressait son dos.

C’est d’une voix enrouée qu’il lui demanda :

– Pourquoi on se disputait déjà ?

Noria releva la tête et croisa son regard :

– Je ne sais plus et je ne veux pas savoir.

– Bonne idée, oublions ça !

Le silence retomba entre eux. Noria se releva pour chercher une couverture, retourna se pelotonner contre son corps chaud et les en drapa.

– Seth ? Est-ce que …hum.

– Quoi ?

– Est-ce que tu m’en voudrais beaucoup si je te disais que je crois que je suis en train de tombée amoureuse de toi.

Elle sentit le corps de Seth se tendre comme un arc mais finalement il se détendit et la serra fort contre lui.

– Non Da’mi je ne t’en voudrais pas.

Tout doucement, le visage enfoui dans ses cheveux, il souffla :

– Au contraire.

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Chapitre 7 – Fort Céleste

Voilà cinq jours que Leena marchait presque sans interruption. Elle voulait en finir au plus vite. Les deux derniers jours ont été très difficiles, entre la neige et les vents violents qui avaient balayé le chemin. Mais elle avait la Forteresse bien en vue et elle ne lâchait pas son objectif des yeux.

Un bâton à la main, elle puisa dans ses dernières forces pour gravir les derniers mètres qui la séparaient de l’entrée de Fort Céleste, la fameuse place forte de l’Inquisition. Elle était tellement fatiguée, autant physiquement que mentalement. Elle ne rêvait que d’une chose, s’allonger et tout oublier dans la blancheur ouatée du sommeil.

Enfin, elle passa les lourdes portes, ouvertes pour la journée. Aussitôt qu’elle passa, elle fut interpelée par deux soldats en faction. Au moins l’Inquisition ne plaisantait pas avec la sécurité.

– Halte, ma dame ! Qu’êtes-vous venue faire à Fort Céleste ?

Leena rejeta sa capuche et releva fièrement le menton :

– Je suis Leena, mage apostat et bras droit du chef des Libertaires. Je suis venue me rendre au jugement de l’Inquisiteur Seth Lavellan.

Les deux soldats se regardèrent, un peu interloqués. Ils ne semblaient visiblement pas savoir quoi faire d’elle. Avec un petit sourire amusé, elle leur proposa :

– Peut-être devriez-vous m’arrêter et me mettre en cellule ?

– Euh oui…

Prenant un air important et sérieux, l’un deux lui prit ses affaires et son bâton, tandis que l’autre lui passa de lourdes menottes aux poignets par le devant.

– Suivez-nous.

Ils passèrent par une cour immense et étonnement verte et fleurie. Les yeux écarquillés par la surprise, la jeune femme ne savait plus où poser les yeux. Les murs de la Forteresse était gigantesques et paraissaient très épais et pourtant l’atmosphère qui y régnait en son sein était très chaleureuse. Les gens s’activaient un peu partout et pourtant, Leena sentit un étrange sentiment d’apaisement entre ses murs. Même elle pouvait sentir que le Fort était manifestement sous le coup d’un sortilège très ancien et très puissant. Les habitants se retournaient sur leur passage et semblaient surpris de voir la jeune femme, qui semblait tout à fait inoffensive, menottée et escortée par deux soldats fortement armés.

Une femme s’approcha d’eux. Elle avait les cheveux courts et noir, était vêtue avec une armure et il émanait d’elle une aura d’autorité indiscutable.

– Soldats ! Qui est votre prisonnière ?

– Dame Cassandra ! Cette femme est une mage apostat des Libertaires. Elle vient se rendre.

Les yeux bruns de la femme se posèrent sur elle et la scrutèrent pendant de longues minutes. Elle avait l’impression d’être une petite souris sous le regard d’un aigle près à fondre sur elle.

– Oui je crois la reconnaître. Emmenez-là en cellule je me charge d’en faire part à l’Inquisiteur.

Plus doucement elle grommela :

– Si j’arrive à mettre la main sur lui.

Les deux soldats saluèrent et la guidèrent vers une porte basse. Le couloir était éclairé par des flambeaux sur les murs. Bientôt, ils arrivèrent dans une enfilade de cellules, certaines vides, d’autres occupées mais Leena ne tourna pas les yeux, entièrement concentrée sur le fait qu’elle allait enfin pouvoir se reposer.

Les soldats l’enfermèrent dans une cellule et lui retirèrent les menottes. Son nouvel espace était assez petit mais étonnamment propre, un petit lit de paille muni d’une couverture et un pot dans un coin en guise de mobilier, dans l’ensemble la jeune femme s’était attendue à bien pire. Avec étonnement elle se vit demander si elle désirait quelque chose à manger.

– Vous me demandez à moi, votre prisonnière, si je veux quelque chose à manger.

Le soldat qui lui avait posé la question haussa les épaules, et précisa :

– Ca n’est qu’un ragoût ! Et pas très bon en plus… Mais l’Inquisiteur tient à ce que tout le monde soit bien traité dans la Forteresse.

– Alors dans ce cas j’accepte votre proposition, je meurs de faim.

Quelques minutes plus tard, il lui donna un bol plein de ragoût. Leena le savoura, même si il n’était pas si bon que cela, mais il était chaud et nutritif. Elle n’en demandait pas plus. Une fois repue, elle reposa le bol, et s’allongea sur le dos. Elle était tellement exténuée qu’elle aurait presque pu s’endormir, mais elle vivait peut-être ses derniers moments, si l’Inquisiteur décidait de l’exécuter.

Elle redoutait par-dessus tout d’être apaisée, mais même cette perspective était moins effrayante que l’idée de retourner auprès d’Owen et de continuer ce qu’il lui demandait de faire. Non, elle s’était livrée en tout état de cause et elle n’avait aucun regret.

Ses regrets étaient ailleurs, dataient de quelques années. Comme souvent lorsqu’elle se posait, elle repensa à ses années au sein des Cercles. Comme la vie avait été inconsciente. Et bien évidemment elle repensa à Azel. L’homme qu’elle avait aimé, l’homme qu’elle avait perdu. Elle revoyait encore les yeux sombres du jeune homme et la douleur qu’ils avaient exprimée quand elle avait eu la bêtise et la lâcheté de le laisser derrière elle. Tout cela à cause de ses peurs stupides. Voilà où elle en était aujourd’hui ! Sur le point d’être jugée, peut-être exécutée. Comme elle aimerait le revoir une dernière fois avant de quitter cette terre, pour lui demander pardon, lui dire comment elle avait été bête et qu’il n’avait jamais été qu’une passade mais bien plus que cela, tellement plus…

Mais cela ne servait à rien de repenser à tout cela. Elle lui avait écrit une fois, juste après l’avoir quitté. Cependant elle ne l’avait jamais envoyée et n’avait jamais eu le courage de la détruire. Alors depuis trois ans, elle se trouvait toujours précieusement dans ses affaires. Peut-être pourrait-elle demander en guise de dernière volonté de lui faire parvenir ? S’il était toujours en vie bien sûr. Avec toutes les rébellions qui avaient éclatées un peu partout, cela n’aurait rien d’étonnant. Pourtant elle refusait d’envisager la chose. Pour elle, il était en sécurité quelque part et heureux.

Le soleil continuait sa course dans le ciel et personne ne vint la voir. Finalement elle dut s’assoupir parce qu’elle se réveilla soudain en sursaut au bruit du métal contre le métal. Rapidement elle mit de l’ordre dans son chignon lâche et débarrassa son corsage des morceaux de paille qui s’y étaient logé.

Sans lui dire quoi que ce soit, un autre soldat que ce matin la releva brusquement, lui remit des menottes et la mena dehors. Le soleil était toujours éblouissant et toujours aucun signe de neige dans le Fort, alors que les montagnes alentours en étaient recouvertes.

Ils s’enfoncèrent un peu plus dans la Forteresse et elle découvrit un escalier immense et majestueux qui grimpaient vers une entrée aux mêmes proportions et ornées de magnifique vitraux. Ils gravirent les marches. Leena commença à sentir les premiers signes de nervosité et le nœud dans son estomac commença à se resserrer. Ils arrivèrent dans un hall terriblement haut de plafond et toujours en travaux si elle en jugeait par les échafaudages qui s’y trouvaient encore. Le soldat la poussa dans le dos, l’incitant à avancer. Un attroupement s’était formé et un étroit passage lui était réservé. Elle savait que toute cette mise en scène était faite pour l’intimidée alors elle leva le menton bien haut et regarda droit devant elle, refusant d’écouter les murmures autour d’elle.

Enfin l’étroit chemin laissa la place à une estrade ou était posé un trône assez impressionnant. Dessus siégeait un elfe, assez grand, aux cheveux mi-long et auburn. Les nombreux piercings et le tatouage assez visibles sur son visage ne faisait qu’ajouter à son charme. Seth Lavellan, Inquisiteur. Evidemment elle l’avait déjà rencontré en combat mais n’avait pas pris le temps de l’observer vraiment. Il avait un coude sur l’accoudoir et le menton posé dans sa paume. Les doigts de son autre main tapotaient en rythme de l’autre côté. Il semblait passablement s’ennuyer et si la situation n’était pas si tendue pour elle, elle aurait sans doute souri devant sa désinvolture qui contrastait complètement avec le reste de la pièce.

Leena s’avança alors devant lui. L’Inquisiteur leva les yeux vers elle et elle put croiser son franc regard doré.

Une jeune femme, au teint mat et aux cheveux sombres, s’avança, écriteau à la main et parla d’une voix aux forts accents d’Antiva.

– Inquisiteur, voici Leena, une mage apostat. Elle prétend être le bras droit du chef des Libertaires. Inutile de vous rappeler que ce groupe de rebelles nous pose beaucoup de problèmes et est responsable de nombreuses attaques sur des Templiers qui ont parfois dégénéré et entrainé la mort d’innocents. Elle s’est rendue d’elle-même à votre jugement.

La voix de l’Inquisiteur résonna alors :

– Comment peut-on être sûrs que vous nous dites la vérité.

Leena se gratta la gorge et répondit d’une voix claire :

– Je ne vois pas pourquoi j’irai inventer une chose pareille, Inquisiteur.

Une autre voix, au timbre grave et profond se fit alors entendre sur le côté. Leena tourna la tête pour voir un immense qunari aux larges cornes.

– Si je peux me permettre chef, je me rappelle de cette femme, elle était bien dans ce groupe d’apostat qui nous a attaqué il y a quelques semaines. Elle a failli me griller sur place. Je n’oublie jamais une jolie rousse !

Le qunari fit alors un clin d’œil à la jeune femme, qui crut rêver. Mais son regard se posa alors sur une autre personne, debout juste à côté de l’immense silhouette du qunari. Un homme, aux vêtements larges qui cachaient complètement les formes de son corps. Des cheveux noirs coiffés en chignon sur sa nuque et des yeux sombres. Il n’avait pas tellement changé. Ses traits avaient gagné en rudesse et perdu cette rondeur de l’adolescence. Par contre ses iris sombres semblaient plus durs, plus fermés. Il la fixait intensément mais elle n’arriva pas à déchiffrer l’émotion que traduisait son regard. Il se tenait bien droit au côté d’un elfe chauve et grand. Malgré elle, elle murmura :

– Azel !

Le sang-froid qu’elle affichait depuis le début de ce procès s’envola en éclat, ses mains se mirent à trembler et elle serra les poings pour cacher cette faiblesse. Son visage pâlit d’un seul coup et ses yeux ne le quittait plus du regard.

L’Inquisiteur sembla se rendre compte de son émotion et la rappela gentiment à l’ordre.

– Couché Iron Bull ! Cela dit merci pour ces précisions. Leena êtes-vous toujours avec nous ?

Lentement la jeune femme revint à la réalité et se força à détacher ses yeux de l’homme qu’elle n’avait pas vu depuis trois ans. Elle était déjà gênée de devoir se mettre à nu devant toute cette foule, mais accepter la responsabilité des choses qu’elle avait faites devant Azel était une toute autre chose. Elle se tourna à nouveau vers l’Inquisiteur et essaya de revenir au présent.

– Oui Inquisiteur je suis là.

– Bien. Avez-vous quelques choses à redire sur les accusations qui sont faites contre vous ?

– Je n’ai entendu que des accusations contre le groupe auquel j’appartenais. Oui j’ai été le bras droit du chef des Libertaires. Mon rôle, jusqu’à il y a quelques mois, était essentiellement d’organiser le camp. Oui nous revendiquons la liberté des mages et leur droit à vivre librement et normalement comme tout être vivant sur ces terres et nous sommes prêts à nous battre pour ça. Oui nous avons engagé le combat contre des Templiers qui voulaient nous tuer ou nous ramener dans des Cercles. Et oui nous avons attaqué l’Inquisition et malheureusement nous… nous avons causé des morts innocentes et inutiles. Je le regrette. Jamais je n’ai souhaité que notre liberté se paie avec le sang d’innocents.

L’Inquisiteur sembla pensif un moment puis demanda :

– Pourquoi vous rendre ? Vous auriez très bien pu vous enfuir et disparaitre.

Leena soupira :

– J’ai fui les Libertaires parce que je ne suis plus d’accord avec les méthodes employées par leur chef. Et je ne me suis pas enfuie parce-que… parce-que j’en ai assez de fuir. Je suis juste fatiguée et je crois en votre Inquisition, en ce qu’elle est capable de faire. Je sais que vous n’êtes pas contre les mages et que vous en avez accueilli beaucoup.

L’Inquisiteur Lavellan haussa un sourcil.

– C’est ce que vous espérez ? Que je vous pardonne et que je vous accueille ?

– Je m’en remets à votre jugement.

Le silence se fit dans la salle, comme si chacun retenait son souffle. L’Inquisiteur se leva.

– Je vous engage en tant qu’Agent de l’Inquisition. Mais sous certaines conditions dont j’aimerais discuter avec vous en privé, demain. Enlevez-lui les menottes.

Leena n’en croyait pas ses oreilles ! Elle n’aurait jamais pensé que cela serait aussi facile. Lorsqu’on lui retira les bracelets de fer, elle se massa instinctivement les poignets et chercha Azel du regard. Mais elle ne le trouva nulle part. Les spectateurs se dispersèrent et la jeune femme d’Antiva s’approche d’elle, une moue légèrement contrariée sur le visage.

– Je suis Joséphine Montillet, conseillère de l’Inquisition et Intendante de Fort Céleste. Je vous préviens tout de suite qu’il n’y a malheureusement plus de chambre libre et en bonne état dans le Fort. Vous allez devoir loger dans une chambre à la taverne. Je vous ferez apporter vos affaires sur place. L’Inquisiteur souhaite vous voir demain matin dans la salle du Conseil. Vous pouvez disposer mais sachez qu’à la moindre incartade vous n’aurez pas de seconde chance.

– J’ai compris. Merci de votre franchise Dame Montillet.

La jeune femme sourit.

– Vous pouvez m’appeler Joséphine. Bienvenue dans l’Inquisition.

 

Leena prit une grande inspiration et se décida à rentrer dans la taverne. Le court chemin entre la Grande Salle et cette taverne avait été un enfer. Tout le monde semblait la regarder de haut en bas et faisait un pas de côté avant de passer à côté d’elle. Comme si elle avait une malade contagieuse. Elle ne pouvait pas les en blâmer mais c’était tout de même extrêmement pénible.

Au premier coup d’œil, l’intérieur de la taverne lui parut tout de suite accueillant et chaleureux. Même en fin d’après-midi il y avait de l’animation et de nombreuses personnes partageaient un verre. Son arrivée aurait pu passer inaperçu si l’immense qunari de tout à l’heure ne l’avait pas tout de suite repérée.

– Hééé ! Mais c’est le Petit Dragon ! Alors le chef a décidé de vous garder finalement ! Venez par ici que je vous offre la pinte de bienvenue.

Leena ne put s’empêcher de sourire. Il était le premier à ne pas la juger comme les autres.

– C’est très gentil euh…

– Moi c’est Bull. Iron Bull. Pour vous servir Petit Dragon.

– C’est donc très gentil à vous Iron Bull mais je voudrais d’abord voir ma chambre. Je redescendrai plus tard.

– Ca me va. A tout à l’heure alors.

Elle se dirigea vers le comptoir et le tavernier, un nain qui semblait vraiment sympathique, lui donna les clefs de sa chambre. Elle monta les quelques marches et finit par trouver sa chambre. Elle entra et découvrit une petite chambre avec une fenêtre qui donnait sur la cour. Un lit qui semblait confortable, une petite armoire et une coiffeuse avec un petit miroir où avait été posé un bac d’eau. C’était parfait. Plus que parfait même.

Rapidement elle vida son sac et se rafraîchit du mieux qu’elle put. Elle croisa alors son reflet et failli ne pas se reconnaître. Elle avait le teint livide, ses cheveux semblaient encore plus rebelles que d’habitude et ses yeux paraissaient comme éteints. Elle essaya de se recoiffer au mieux et pinça ses joues pour leur redonner de la couleur.

Elle redescendit dans la salle et s’approcha d’Iron Bull.

– Alors ce verre ?

 

C’est légèrement ivre que Leena décida de monter sur les remparts de la Forteresse pour prendre un peu l’air. Sa journée avait bien mieux fini qu’elle n’avait commencé. Elle avait bu quelques verres à la taverne avec le qunari et sa bande de mercenaire. Ils avaient été rejoints par une elfe étrange du nom de Sera, et un nain charmant, Varric, qui avait tout de suite adopté le surnom que lui avait donné Iron Bull. Ils avaient discuté de tout et de rien et elle avait réussi à comprendre que l’elfe étrange et chauve qui se tenait aux côtés d’Azel s’appelait Solas et que le jeune humain était devenu son assistant dans ses études magiques. Elle avait alors sourit. Non, il n’avait pas vraiment changé.

Elle marchait doucement, sans but, sa lourde cape de laine la protégeant du vent froid. La nuit était fraîche mais le ciel était dégagé et laissait voir la beauté des étoiles qui brillaient au-dessus de sa tête. Elle s’accouda au rebord et observa ce qui allait devenir son nouvel environnement. La cour était plus silencieuse mais pas encore vide. Elle vit soudain la silhouette d’Azel descendre le grand escalier du bâtiment principal. Ce n’est qu’en le revoyant après tant d’année, qu’elle comprit à quel point il lui avait manqué. Elle rêvait de pouvoir se jeter dans ses bras et lui prouver à quel point elle tenait à lui, mais évidemment c’était hors de question. Même sous l’effet de l’alcool elle ne s’en sentait pas capable. Elle savait qu’elle serait immédiatement rejetée et ça l’achèverait sans doute tout autant qu’une lame dans son cœur. Elle se contenta de l’observer de loin alors qu’il se dirigeait vers un bâtiment plus petit, sûrement dédié au logement des membres de l’Inquisition. Comme par automatisme, sa main se tendit vers lui, comme si elle pouvait le toucher par magie.

– Vous le connaissez, non ?

Leena sursauta et poussa un petit cri. L’Inquisiteur se trouvait non loin d’elle. Il s’approcha et s’accouda à ses côtés.

– Mmm, Raziel je crois ?

– Non Azel.

Le jeune elfe lui sourit.

– Donc vous le connaissez.

Courroucée de s’être faite prendre, la jeune femme fit la moue :

– Est-ce dans les habitudes de l’Inquisition d’interroger ses prisonniers alors qu’ils ont clairement abusé de l’alcool ?

– Vous n’êtes plus ma prisonnière, donc techniquement je fais ce que je veux et en retour vous n’êtes pas obligée de me répondre.

– Vous avez gagné Inquisiteur. Oui je le connais.

– Appelez-moi Seth. Il y a assez de monde qui m’appelle Inquisiteur à tout bout de champ. Vous étiez mage dans un Cercle ?

– Oui, dans celui de Férelden avec Azel, pendant quelques mois. Je me suis enfuie et ça faisait trois ans que je ne l’avais pas vu.

– J’aimerais vous confiez une mission un peu spéciale. Mais pour ça j’ai besoin de vous poser des questions.

Leena se tourna vers lui :

– Je croyais que vous vouliez me voir demain matin. C’est ce que m’a dit Dame Montillet.

– Dame Monti… oh Joséphine ! Oui ça c’est son côté protocolaire. Je déteste le protocole et je n’ai pas besoin de mes conseillers pour discuter avec vous.

– Bien alors allez-y si vous voulez. Je n’ai rien à cacher.

– Comment avez-vous quitté les Libertaires ? Vous vous êtes juste enfuie ? Comme ça ?

– Non, pour eux je suis partie renforcer nos rangs en trouvant des mages isolés et en les ramenant vers la sécurité de notre camp. Je ne suis pas sensée revenir avant un mois au moins.

– Bien. Vous étiez vraiment proche du chef ?

Leena haussa un sourcil :

– Tout dépend de ce que vous appelez « proche ».

– Et bien vous aviez son oreille attentive ?

– Oui avant. Il demandait conseil autour de lui, il était plus mesuré, cherchant avant tout le bien-être et la survie des membres du groupe. Il y a des vieillards et des enfants qui comptent sur lui. Mais comme tout homme qui a un peu de pouvoir, il est en train de devenir un tyran, un meurtrier. Et évidemment il n’écoute personne.

– Etiez-vous amants ?

– Eh bien vous n’y allez pas par quatre chemins ! Non nous n’étions pas amants, même s’il me l’avait proposé régulièrement.

– Ce camp est-il loin ?

– Non quelques jours de marche.

– Vous me donneriez sa position exacte ?

– Pour que vos troupes débarquent et tuent tout le monde ? Non je vous l’ai dit, il y a des innocents dans ce camp. Je refuse de les mettre en danger. Si c’est ça vos conditions de libération, ramenez moi en cellule tout de suite.

– J’aime votre loyauté Leena. Donc non, je ne vous remettrai pas en prison. J’ai encore quelques petits aménagements à faire mais j’aimerais que vous me rejoigniez tout de même demain matin Leena.

– Mais je croyais…

Seth lui offrit son plus beau sourire et commença à s’éloigner :

– J’ai changé d’avis ! Bonne nuit à demain !

 

Légèrement nauséeuse le lendemain matin, elle se promit de ne plus jamais suivre un qunari et un nain dans une beuverie. Elle était devant la lourde porte de la Salle du Conseil, et hésita quelques minutes avant de toquer timidement. Fortement étouffée, elle entendit une voix lui indiquer d’entrer.

La pièce était très grande et lumineuse, trop lumineuse pour son pauvre crâne. Une lourde table de bois recouverte d’une carte gigantesque constituait le seul mobilier de la pièce. Seul l’Inquisiteur Seth se trouvait dans la pièce. Il lui sourit.

– Parfait ! Pile à l’heure ! Il ne nous manque qu’une personne avant de passer aux choses sérieuses.

Leena ne savait pas du tout ce qu’il voulait dire par là, mais elle se doutait que cela avait à voir avec la mission si spéciale qu’il voulait lui confier.

– Détendez-vous Leena, vous n’êtes plus à votre procès.

Un autre coup à la porte retentit et encore une fois, Seth invita la personne à entrer. C’est avec stupeur que la jeune femme dévisagea longuement l’homme qui venait d’entrer. Seth l’accueillit chaleureusement :

– Ah Azel ! Entrez donc ! Nous allons pouvoir commencer.

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Chapitre 6 – L’éveil de la bête

Les mains de Seren tremblèrent légèrement lorsqu’elle se prépara ce soir-là pour l’arène. Elle les pressa rapidement l’une contre l’autre pour les maîtriser à nouveau. Cela ne lui arrivait jamais, elle n’avait jamais peur. Non pas qu’elle était sûre de sa victoire, elle savait pertinemment qu’une fois dans l’arène tout pouvait arriver. Elle était tout simplement prête à mourir s’il le fallait, parce qu’un combattant qui entrait dans l’arène sans y être préparer, finissait souvent le nez dans le sable. Mais ce soir elle avait un mauvais pressentiment.

Elle essaya de faire le vide en enfilant son gantelet, de trouver cet état second qu’elle atteignait dans l’arène. Plus de peur, plus de doute, plus de sentiments. Elle respira à fond et sortit de sa chambre.

Le chemin vers l’arène fut aussi silencieux que d’habitude. Elle passa les portes du bâtiment et eut la surprise d’y trouver de nombreux autres combattants ce soir. Darius avait raison, quelque chose se tramait.

Elle prit sa place devant les grilles qui la séparait de son champ de bataille. Deux hommes étaient en train de se battre. L’un avait une longue épée à deux mains tandis que l’autre avait une épée et un lourd bouclier. Vu la maîtrise de ce dernier, le combat risquait de finir rapidement. Et effectivement quelques minutes plus tard, l’homme à l’épée longue commit une erreur et se fit piéger. La foule fut magnanime et laissa les deux combattants en vie.

Seren inspira longuement, l’heure était maintenant venue.

« Minrathie, ce soir l’Arène est fière de vous présenter un spectacle d’un tout nouveau genre. Grâce à un bienfaiteur qui a préféré rester anonyme, nous vous livrons une lutte unique en son jour. Mais d’abord laissez-moi vous introduire nos combattants pour la suite des festivités. Et voici tout d’abord, notre championne, Némésis ! »

Les grilles se levèrent devant elle. Seren entra dans l’arène et ressentit immédiatement les vibrations et l’anticipation de la foule. Comme à son habitude elle se tourna vers les tribunes de Darius. Le Magister semblait toujours inquiet. Elle s’inclina et croisa le regard de Rain, qui hocha doucement la tête, la saluant.

« Mais ce soir, les choses vont se corser pour notre championne qui devra partager le sable de l’arène avec dix des meilleurs combattants de l’Empire ! »

Surprise, Seren se tourna vers l’entrée principale et vit bien une dizaine de combattant tous armés jusqu’aux dents s’avancer dans la lumière. Puis des employés de l’arène entrèrent par une plus petite porte, tirant derrière eux des esclaves de tout âge et de tout sexe. Chaque employé s’approcha d’un combattant et les menotta à un esclave. Seren se vit donc liée, par une épaisse chaîne de fer de quelques mètres, à un jeune garçon d’une dizaine d’années. Mais que se passait-il ?

« Voici les nouvelles règles du combat de ce soir ! Comme vous le voyez, chaque guerrier est relié à un esclave. Ce soir ils devront, certes, rester en vie mais ils devront également veiller sur leur « partenaire elfe ». Quiconque perd un esclave perd le jeu ! Que le meilleur, où plutôt le plus protecteur gagne ! »

Seren croisa le regard du jeune elfe qui semblait être à un stade au-delà de l’effroi.

– Hey Dahlen, quel est ton nom ?

– Ta…Tabris.

– Ecoute-moi Tabris, je ne laisserais personne te faire du mal ce soir d’accord ?

– Oui…oui madame.

Seren se tourna vers les autres combattants. Au lieu de se choisir chacun un adversaire, elle se rendit compte qu’ils s’étaient tous tournés vers elle. Maintenant qu’elle y prêtait un peu plus attention, leurs esclaves semblaient tous prêts à se battre, chacun ayant une petite dague ou un couteau sur lui. Elle était la seule à avoir un enfant à son poignet. Elle prit aussitôt la mesure du danger. Elle était seule contre tous. Seule à pouvoir sauver cet enfant innocent.

– Recule Tabris et surtout ne quitte jamais mon dos du regard. Essaie de me suivre.

– J’ai pe…peur madame.

– Je sais, ne t’inquiète pas. Tout ira bien, tu peux le faire.

Elle essaya de trouver une position stratégique pour le combat à venir et se trouva acculée contre un mur. Au moins elle pouvait essayer de protéger ses arrières. Avec le peu de liberté de mouvement que lui accordait la chaîne elle ne pouvait qu’attendre que les autres combattants viennent à elle.

Ce qu’ils firent. Trois guerriers essayèrent de la mettre à mal directement. Elle attaqua aussitôt vite qu’elle le put. Pas de pitié ! Elle frappait pour tuer, il en allait de la vie du jeune garçon. Un combattant aux doubles dagues tenta de la prendre par surprise et finit le cœur transpercé. Une frappe nette, chirurgicale. Les deux autres hommes attaquèrent ensemble. Celui qui portait un marteau lourd l’abattit violemment. Seren esquiva mais le deuxième homme à l’épée anticipa son mouvement et lui asséna un coup à la cuisse, causant sa première blessure de la soirée. Elle contre-attaqua, et lutta quelques secondes au corps à corps avant de lui enfoncer un Sai dans la gorge. L’homme gargouilla, et finit par mourir, étouffé dans son propre sang. L’esclave auquel il était lié se jeta sur elle avec un cri et finit empalé sur ses Sais. L’homme au marteau en profita pour essayer de s’attaquer à Tabris. Seren courut vers le guerrier et sauta sur son dos, lui enfonçant ses armes dans la chair tendre à la jonction de l’épaule et du cou. L’homme s’écroula, mort. Son esclave lâcha son arme et demanda grâce. Seren ne s’occupa pas de lui mais du reste des combattants qui avaient décidé de faire front ensemble. Elle virevolta, armes à la main neutralisant deux autres combattants. Mais la chaîne était courte et son immobilité forcée, pour protéger le garçon, l’obligeait à changer totalement de style de combat. Hors elle tirait sa puissance de sa vitesse de mouvement. Elle sentit rapidement que ses forces s’affaiblissaient. Elle avait une blessure à la cuisse qui saignait abondamment et une autre à l’épaule gauche qui endolorissait petit à petit son membre. Dans quelques minutes, elle ne pourrait plus l’utiliser, elle le savait. Son souffle se fit plus erratique, son sang tâchait le sable de l’arène, sa vision se fit plus floue. Les autres guerriers se rendirent également compte de son état et en profitèrent pour redoubler leurs attaques.

Elle para une attaque, puis deux, enfonça avec une grimace de douleur, son Sai gauche dans le ventre de l’un, prit un coup d’épée au flanc, entailla la chair d’un autre. Elle posa un genou à terre, le souffle court. Elle se tourna vers Tabris et vit qu’un homme avançait vers lui, arme au clair. Non elle ne pouvait pas le laisser mourir, elle le lui avait promis. Elle n’avait aucun moyen de parer ce coup. Sans réfléchir elle se précipita devant lui et offrit son corps pour recevoir le coup à la place de l’enfant. L’épée s’enfonça profondément dans son ventre. L’homme, étonné de la trouver sur son chemin, ressortit la lame.

Seren gémit. Elle sentit du sang couler de sa bouche, de sa blessure, de chaque pore de sa peau. Elle tomba à genoux, sans force et ferma les yeux. Jamais elle n’avait été autant en danger dans l’arène et aussi  proche de la mort

Elle ne voulait pas mourir, elle avait encore une mission, elle avait quelqu’un à protéger. Elle sera les poings et essaya de mobiliser le peu de force qui lui restait. Sans résultat.

Soudain elle se sentit partir. Une voix murmura, cajoleuse : « Ouvre-moi la porte, Seren et je t’offrirai la puissance. ». Quel choix avait-elle ? Elle accepta et se laissa submerger.

Elle ouvrit les yeux.

 

Darius était nerveux, mais fit en sorte que personne ne puisse le voir. Il était constamment inquiet ces derniers temps. Premièrement cela faisait quelques mois qu’il n’avait plus de nouvelle régulière de son père, qui vivait pourtant au même endroit que lui. Cela faisait plusieurs années qu’il empoisonnait régulièrement son paternel. Rien de léthal, juste de quoi le rendre grabataire et incapable de prendre une décision. Ses parents étaient très jeunes lorsqu’ils l’avient eu. De sorte que lorsqu’il avait eu l’âge de prendre sa suite, son père était encore dans la force de l’âge, et peu enclin à lui céder son siège. Après la mort de sa mère, Darius avait décidé de prendre son destin en main et avait pris la décision de le forcer et d’empoisonner son père. Il avait alors obtenu très tôt son rang de Magister et cette situation lui convenait à merveille. Il avait installé son père dans une aile isolée de la demeure et avait veillé à ce qu’un de ses loyals serviteurs lui donne sa dose régulière de poison. Il ne connaissait pas les détails et s’en fichait tant que le travail était fait. Mais depuis quelques temps ses esclaves se faisaient refouler aux portes de l’aile de son père. Il ne savait pas ce qui s’y passait. Il ne pouvait pas faire d’esclandre au risque d’éveiller les soupçons.

Et puis il y avait eu ces menaces de mort régulières et maintenant ce combat très étrange.

En voyant tous ces combattants se retourner contre Seren, il avait eu une grimace. Il ne pouvait pas perdre sa championne. Elle était le symbole vivant de son pouvoir, de son ambition, de sa force. Si elle tombait il finirait par perdre ses alliés, et sans allié un Magister n’était rien.

Seren était mal en point et il vit Rain serrer les poings à côté de lui. Comme toute la foule, il retint son souffle quand l’épée traversa le corps de sa championne de part en part. Pour la première fois il ne put contenir son émotion et inspira bruyamment. Il s’avança sur sa chaise, comme tout le monde dans la tribune et crût assister aux derniers instants de la championne de Minrathie, quand Seren tomba à genou.

Mais soudain quelque chose se produisit. L’atmosphère de l’arène s’alourdit, devenant lourde, pesante. Une aura rougeâtre entoura subitement Seren, crépitant comme de minuscules éclairs. Elle se redressa et empoigna ses armes. Il murmura :

– Il se passe quelque chose.

Rain à ses côtés répliqua :

– Elle ne semble plus elle-même.

Le combat reprit, comme si elle ne ressentait aucune douleur. Ses adversaires semblaient cloués sur place, comme paralysés par la peur, ne se réveillant que lorsque l’elfe était sur eux. La lutte fut inégale, elle frappa comme une démone, se moquant de recevoir d’autres blessures. Plus elle était blessée plus son aura s’intensifiait, et plus elle tuait plus elle semblait puissante.

Déjà il ne restait plus que cinq combattants. Les esclaves, terrifiés, avaient déjà rendu les armes depuis longtemps. Étrangement elle semblait toujours protéger le jeune esclave avec qui elle était reliée.

Malgré lui, Darius frissonna devant la férocité de sa championne et pour la première fois, il l’a vit comme une femme, puissante, sans scrupule, une sorte d’égale. Il aimait ce qu’il voyait, se sentait presque excité par ce spectacle hors du commun.

L’un des combattants l’avait empoigné par l’arrière, bloquant ses bras. Elle se débattit comme une diablesse, donnant des coups de pieds à l’homme devant elle. Elle envoya son pied voler à une telle vitesse et avec une telle force contre la tête de l’homme que celle-ci craqua bruyamment et que l’homme tomba. Encore un mort. Elle était superbe !

Elle passa l’homme qui la retenait par-dessus son corps dans un cri sauvage, l’enjamba pour s’asseoir sur sa poitrine et finit par l’étrangler à mains nues. Une fois son adversaire mort elle se redressa et fit face à son combattant suivant. Elle lui donna un puissant coup de tête. Sonné, l’homme ne vit rien venir. Deux Sais s’enfoncèrent dans son ventre. Il tomba à terre se vidant, petit à petit, de son sang.

Un homme plus costaud que les autres fonça sur Seren et la fit tomber sur le dos l’écrasant de tout son poids. Elle se trouva complètement prisonnière des muscles de l’homme, ne pouvant plus bouger les bras et les jambes. Elle mordit alors son adversaire au cou, faisant hurler de douleur sa victime. Elle s’accrocha à son cou si fort qu’elle trouva la carotide, qu’elle sectionna à pleine dents et se trouva arrosé de sang. L’homme incapable de bouger finit par se vider de son sang et exhala son dernier souffle sur elle. Vivement elle se débarrassa de la dépouille et se releva. Du bras elle s’essuya la bouche et hurla :

– Encore ! Plus !

Ce cri galvanisa la foule qui hurla sa joie. Il ne restait plus que deux combattants, qui malgré leur expérience semblaient hésitants et apeurés. Seren était quasiment couverte de rouge, son sang et celui de ses ennemis se mêlant en une peinture de guerre terrifiante.

Ils décidèrent finalement de l’attaquer ensemble mais finirent comme les autres, baignant dans leur sang dans le sable de l’arène. Elle décapita ses derniers assaillants et présenta leurs têtes à la foule qui l’acclama. Les elfes esclaves encore debout se firent tout petits et essayèrent de ne pas se faire remarquer par la grande vainqueur de ce combat.

«  Minrathie ! Salue ta championne ! »

Darius ne cacha pas sa satisfaction et applaudit plus fort que jamais. Il semblerait que quelqu’un avait voulu le priver de sa Némésis. Eh bien maintenant cette personne savait à quoi s’en tenir, sa championne était quasiment invincible.

 

Rain était inquiet pour Seren. Lorsqu’il la vit se battre comme une sauvage assoiffée de sang, il savait qu’il n’avait plus en face de lui l’elfe méfiante et rougissante qu’il apprenait à découvrir. Son regard parcourut le corps de la jeune elfe et son œil de guérisseur vit tout de suite qu’il lui fallait intervenir rapidement. Il ne savait même pas comment elle faisait pour tenir debout.

Elle s’était postée devant le jeune garçon, prête à frapper la première personne à vouloir lui faire du mal. Une grille s’ouvrit près d’eux et Seren guida le garçon, qui ne semblait pas plus effrayer que ça pour par sa protectrice, dans les sous-sols.

Darius se leva soudain :

– Je vais féliciter personnellement ma championne ! Vous m’accompagnez bien sûr ?

Darius voulait donc qu’il s’occupe de ses blessures. Tant mieux, celui lui évitera de le lui demander lui-même.

– Bien sûr ! Je vous suis.

Escortés de deux esclaves soldats, ils pénétrèrent dans les sous bassement de l’arène. L’air y était chaud et sentait le sang et la poussière. Ils se dirigèrent vers le fond, là où Seren était rentrée. Ils furent stoppés par un employé de l’arène, complètement affolé.

– Seigneur ! Elle a perdu l’esprit ! Elle a failli tuer l’un de mes collègues ! Elle refuse qu’on l’approche pour retirer les menottes. Impossible d’établir un contact avec elle.

– Donnez-moi les clés, imbécile, je vais m’en charger. Moi elle m’écoutera.

Ils finirent par arriver jusqu’à elle. Le jeune esclave n’osait pas bouger, et Seren faisait les cent pas devant lui, les Sais toujours à la main. Elle semblait moins insensible à la douleur et serrait les dents. Son aura s’était apaisée mais un étrange voile rouge recouvrait ses yeux.

Sûr de lui, Darius s’avança vers elle.

– Ma Némésis ! Tu as été grandiose. Maintenant il est temps de rentrer. Laisse-moi te retirer ces menottes qu’on te débarrasse de ce garçon.

Il avança la main vers elle, mais vivement elle siffla entre ses dents et se recula, se postant en position d’attaque. Aussitôt les soldats intervinrent. Darius les stoppa.

– Arrêtez enfin ! C’est inutile, jamais Seren ne me ferait le moindre mal !

Contredisant ses paroles, la jeune femme passa à l’attaque et Darius ne dût sa vie qu’à la rapidité de son esclave soldat qui le protégea de son bouclier.

Le Magister semblait extrêmement choqué. Rain lui dit :

– Darius je crois que c’est inutile. Elle n’est pas dans son état normal.

Furieux, autant contre lui-même que contre la jeune femme, Darius répliqua méchamment :

– Ah oui et que proposez-vous donc ?

– Laissez-moi seul avec elle, je vais essayer de l’apaiser. Je connais un sort.

En fait il ne connaissait aucun sort capable de la ramener à elle, mais il pensait pouvoir la calmer en lui parlant et l’atteindre par-delà son état.

Darius se précipita vers lui et lui fourra la clé dans sa main.

– Bien, puisque vous êtes plus malin que les autres je vous laisse. Mais ne venez pas vous plaindre si elle vous déchiquette !

– Ne vous inquiétez pas pour moi.

D’un geste de la main il ordonna à ses serviteurs de le suivre et ils s’éloignèrent, laissant Rain seul avec une Seren nerveuse et furieuse. Il leva les mains, haut devant lui pour lui montrer qu’elle n’avait rien à craindre de lui et il modula sa voix pour la rendre aussi calme et autoritaire que possible.

– Seren écoutez-moi. C’est moi Rain. Vous êtes grièvement blessée vous devez me laisser vous soigner ou vous aller mourir. Vous m’entendez Seren ?

La jeune femme avait les yeux fixés sur lui et suivait le moindre de ses mouvements. Lentement, il s’avança vers elle. L’elfe gronda légèrement mais ne tenta pas de l’attaquer. Il y avait déjà de l’amélioration. Finalement il arriva face à elle.

– Seren ? Vous vous souvenez ? Je suis un mage guérisseur. J’ai guéri la cheville de Tia. Elle était tombée devant nous…

Le visage de la jeune elfe se détendit légèrement et le voile dans ses yeux se leva.

– Tia ?

– Oui Tia ! Vous vous rappelez ?

– Rain ?

Le mage lui sourit et gentiment, leva une main vers son visage. Il hésita un instant mais décida de ne pas utiliser sa magie pour l’apaiser ou l’endormir. Il avait peur de perdre définitivement sa confiance. Alors il caressa doucement sa joue, pleine de sang séché.

– Oui c’est moi Seren. Revenez. Vous n’êtes pas une bête sauvage. Je le sais et vous le savez aussi. Vous n’êtes pas Némésis.

Le voile rouge se leva complètement laissant à nouveau voir le vert de ses yeux. Rain en profita pour défaire les menottes à ses poignets. L’enfant s’approcha de Seren, lui prit la main et la serra gentiment. Seren tourna la tête vers lui.

– Merci de m’avoir sauvé la vie, madame. Laissez le Shemlen sauver la vôtre maintenant d’accord ?

Il s’en alla. Seren replongea ses yeux dans les siens.

– Me laisserez-vous vous soigner ?

L’elfe fronça les sourcils, comme si elle essayait de se souvenir de quelque chose.

– Rain, j’ai mal, que s’était-il passé ?

– Vous étiez dans l’arène. Vous avez sauvé la vie d’un petit garçon.

Son regard se voilà à nouveau, mais de tristesse. Elle posa sa main contre celle de Rain, qui l’avait à nouveau posée sur sa joue.

– Qu’ai-je fais aux autres ?

Il allait lui répondre quand le corps de Seren céda, et elle s’effondra contre lui, évanouie. Aussitôt il se mit au travail.

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Chapitre 6 – Celui qui se laisse embrasser

– C’est avec une grande joie que je souhaite vous annoncer officiellement la coopération entre votre clan et le nôtre. Dans quelques jours, Aradan, l’apprenti de votre archiviste et Noria, l’une de vos meilleures chasseresses se joindront à nous pour notre retour au clan Lavellan. Puis ils partiront avec deux des nôtres pour leur mission. Mais ce que vois surtout aujourd’hui, c’est le début d’une nouvelle ère pour les elfes… ou enfin notre race retrouve une partie de ce qu’elle a été …

Eh bien l’archiviste Deshanna Istimaethoriel était en grande forme aujourd’hui ! Noria roula des yeux en direction de Seth qui lui répondit par un clin d’œil appuyé. Manifestement lui aussi trouvait que l’Archiviste exagérait beaucoup trop.

Depuis leur petite retraite forcée dans le cabanon, une étrange complicité s’était formée entre eux, comme s’ils se connaissaient depuis des années. Mais elle ne devait en aucun cas s’emballer. Quoiqu’elle ressente à son égard, elle allait devoir tout contenir. Après tout, il n’avait finalement rien tenté de sexuel envers elle, un léger flirt c’était bien tout. Elle n’était sûrement pas à son goût. De son côté il était évident qu’elle aurait voulu bien plus, mais elle appréciait sa compagnie et cette entente qui s’était établie entre eux. Elle trouvait cela bien plus précieux qu’une simple partie de jambes en l’air. Si elle devait rester dans la zone « amis », soit, cela lui ferait mal mais elle pouvait vivre avec ça. Elle allait juste devoir s’empêcher de fantasmer trop souvent et brider ses élans de jalousie. Etait-elle amoureuse ? Difficile à dire, après tout, il ne se connaissait que depuis quelques jours. Mais en tout cas, elle savait qu’elle n’avait jamais ressenti ça pour personne d’autre. Et chaque jour passé à ses côtés ne faisait que renforcer ce sentiment. A la simple idée de partir enfin à l’aventure, son cœur s’emballait, ses mains devenaient moites et un grand sourire éclairait ses traits. Mais partir au côté de Seth, en qui elle avait toute confiance, et qu’elle considérait déjà, au moins comme un ami, c’était la cerise sur le gâteau !

Elle intercepta le regard de Seth, qui lui fit un léger mouvement du menton vers la forêt. Ils avaient convenu de se retrouver là-bas, dans la cabane. Elle avait de nombreux préparatifs à faire et Seth avait proposé de l’aider. Il ne demandait qu’une seule chose en échange, le secret de sa potion anti-gueule de bois ! Oui Seth ne perdait vraiment pas le Nord. Elle le vit s’éclipser discrètement à l’ombre des arbres et allait le suivre, mais elle se fit intercepter par les membres de sa famille, qui tous, voulaient la féliciter. Sa mère avait des larmes dans les yeux et son père et ses frères et sœurs présents lui donnèrent tous un tas de recommandations et de conseils pour vivre hors du clan, comme si Noria allait partir à l’instant. Franchement ils étaient impossibles ! Heureusement pour Seth, il avait accès à l’intérieur du cabanon, parce qu’avec leurs bêtises elle mit de longues minutes avant de pouvoir enfin prendre congé. Puis il fallut parler aux Archivistes et à Aradan avec qui elle allait devoir également coopérer. Elle ne le connaissait pas très bien. En tant que futur Archiviste, il avait évolué dans une sphère différente des autres enfants du clan. Elle prit donc sur elle de discuter avec lui. Il semblait être un jeune homme sensé et prudent, enfin pour un mage en tout cas.

Une fois ces formalités « protocolaires » accomplies, elle pût enfin se diriger elle aussi vers le couvert des bois.

Seth s’ennuyait ferme. Mais que faisait-elle ? Cela faisait une éternité qu’il l’attendait. Finalement il se résigna à ouvrir la porte du cabanon. Cela le gênait un peu, comme si ce simple geste équivalait à bien plus. Et s’il y réfléchissait, bien sûr que cela valait bien plus. Noria lui avait donné libre accès à son « jardin secret «, à son intimité. Et bizarrement cela lui parut presque normal, lui qui fuyait comme la peste toute forme d’emprisonnement. Là dans cette petite cabane, il se sentait bien.

Il ouvrit donc la porte et la laissa ouverte pour la jeune femme, espérant qu’elle ne tarderait pas trop. Il fit courir ses mains sur le bois de l’établi et emplit ses poumons de l’odeur maintenant presque familière des plantes et autres fleurs qui séchaient.

Il entendit subitement du bruit à l’extérieur et s’apprêta à accueillir Noria mais ça n’était pas elle sur le seuil de la porte. C’était la jeune rousse du bal, celle qui avait déclenché une bagarre générale. Comment Noria l’avait-elle appelé ? Dara ? Cara ? Ah non Dana ! Oui c’était ça ! Elle lui avait semblé bien effacée mais visiblement, la jeune elfe était bien plus entreprenante que cela pour l’avoir suivi jusqu’ici. Elle avait dû attendre, pour ne pas éveiller ses soupçons.

Très sûre d’elle, la flamboyante rousse entra dans la cabane et se dirigea vers lui en ondulant exagérément des hanches. Comment avait-il pu la trouver séduisante ? Elle était tout simplement vulgaire.

– Eh bien je suppose que des félicitations sont de rigueur, n’est-ce pas ? Je suis Dana, fille du forgeron.

– Euh oui merci, enchanté de te rencontrer Dana. Tu ferais mieux de rentrer au clan, ton père va s’inquiéter de ton absence non ?

– Oh ça ne risque pas, il est parti faire des achats dans la ville Shem la plus proche. J’ai tout mon temps.

Elle se colla presque à lui, l’emprisonnant entre elle et l’établi de bois et posa une main sur son torse.

– J’ai vu comment tu me regardais pendant le bal, et cet endroit est tout à fait charmant en vérité, très romantique. Noria est occupée en ce moment, elle ne nous dérangera pas tout de suite. Et si on en profitait pour prendre du bon temps toi et moi mmh ?

Elle approcha ses mains de la ceinture de Seth mais celui-ci les intercepta et essaya de les maintenir à l’écart de son corps.

– Holà tout doux ! Il ne me semble pas t’avoir donné la permission de me toucher !

– Oh mais je n’ai besoin de personne pour prendre ce que je veux. Aller arrête un peu, tu en meurs d’envie !

Elle ne lui laissa même pas le temps de répliquer quoi que ce soit, elle se projeta en avant et presser ses lèvres contre celles de Seth.

C’est évidemment à ce moment qu’il entendit une voix sur le pas de porte :

– Seth ?

Noria se dépêcha de rejoindre son jardin. Connaissant Seth il devait déjà s’ennuyer à tourner en rond en l’attendant. Elle espérait qu’il n’allait pas tripoter ses plantes et fioles, il pouvait se blesser, avec tout ce qui se trouvait là-dedans. Arrivée à la clairière, elle remarqua tout de suite l’absence de Seth mais vit la porte de la cabane ouverte. Elle accéléra le pas, pressée de lui raconter les inepties que sa famille venait de lui dire. Elle entendait déjà son rire résonner dans sa tête.

Elle se figea soudain sur le pas de la porte. Oui Seth était rentré dans la cabane. Mais il n’était pas seul. Dana était collée à lui et il l’a tenait pas les bras. Pour la presser plus fortement contre lui ? La repousser ?

Elle ressentit comme un coup de poing en pleine poitrine. Comment pouvait-il lui faire ça ? Ici ? Dans sa maison ? Son cocon ? Cet endroit qui était devenu au fil des jours comme leur secret à eux, à eux seuls ? Il osait ramener cette trainée ici ? Elle n’eut que la force de souffler :

– Seth ?

Aussitôt les visages de Seth et de Dana se séparèrent et c’est avec une expression abasourdie que Seth la regarda. Dana ne semblait pas plus mal à l’aise que cela. C’est d’une voix blanche que Noria déclara :

– Dana, si tu as, ne serait-ce qu’un seul neurone encore actif, je te conseille de t’en aller maintenant et rapidement et de ne jamais, mais alors jamais remettre les pieds ici !

La rousse essaya bien de répliquer :

– Non mais pour qui …

Mais Seth lui ordonna d’une voix froide :

– Barre-toi. Maintenant.

Indignée la jeune elfe se précipita dehors et Noria se décala légèrement pour la laisser passer.

Blanche comme un linge, Noria entra dans la cabane et referma la porte derrière elle. Seth n’avait pas bougé. Elle commença :

– Je sais que je ne n’ai pas le droit de dire quoi que ce soit sur ce que je viens de voir. Mais j’emmerde le droit ! Vous êtes deux adultes consentants mais…

Sa voix se brisa légèrement.

– … mais pourquoi ici Seth ? Merde, pourquoi chez moi ? Tu as le monde entier pour la baiser si tu le souhaites, mais il a fallu que tu l’invites ici ?

– Noria écoute un peu avant de …

– Avant de quoi ? De piquer une crise ? Bordel, oui je vais piquer une crise !

Elle s’approcha de lui et commença à marteler de ses poings la poitrine du jeune homme.

– C’est déjà assez difficile comme ça mais il faut que tu compliques encore plus les choses !

– Noria …

Mais elle ne l’écoutait absolument pas, aveuglée par sa traîtresse jalousie et la colère.

– C’est plus fort que toi hein ? C’est MA maison, je t’ai laissé y entrer, je t’ai ouvert MA porte ! Mais il a fallu que tu gâches tous les bons moments qu’on a passé ensemble ici, rien que tous les deux…

– Noria laisse-moi en placer une !

– Va te faire foutre Seth ! J’en ai ma claque moi, alors sors d’ici et …

Il stoppa les martèlements de ses poings, la prit par la taille, la souleva et la fit s’asseoir sur l’établi, de sorte que les yeux de la jeune femme soient au même niveau que les siens.

– Maintenant tu vas m’écouter, Da’mi.

Pour le coup Noria se tint coïte.

– Cette espèce de nymphomane m’a sautée dessus ! Je n’aurais jamais essayé quoi que ce soit avec elle ici, surtout pas ici. D’accord ?

– Bien sûr, comme c’est pratique ! C’est la vilaine fille qui est nymphomane hein !

– Franchement je suis déçu que tu penses ça de moi !

– Oh et puis ça va être de ma faute à présent !

– Rhaaa mais tu me rends dingue Noria ! Pourquoi ne peux-tu pas me croire tout simplement ?

– Parce que j’ai encore l’image de toi et de cette… cette catin en train de vous bécoter sur mon établi et que ça me semblait bien réel comme vision !

– Bien ! Parfait ! Il ne nous reste qu’à changer cette vision !

Noria n’avait aucune idée de ce qu’il voulait dire par là. Mais bien vite elle eut sa réponse, lorsque les lèvres de Seth se posèrent sur les siennes.

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Chapitre 6 – Feu intérieur, feu destructeur

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Un matin, alors que Leena entrait dans le réfectoire pour son petit-déjeuner, un brouhaha inhabituel secouait la pièce. Tout le monde parlait en même temps et le son était tellement fort qu’elle ne peut même pas percevoir un mot de ce qui se disait. Étonnée, elle s’installa à sa table habituelle avec les filles de son dortoir.

Depuis qu’elle entretenait une liaison avec Azel et qu’il avait publiquement démontré quelques marques d’affection et de rapprochement à son égard, les autres filles étaient à la fois envieuses et mesquines derrière son dos et tout sucre tout miel, devant elle, dans l’espoir qu’elle leur présenterait le jeune homme. Leena en était tout à fait consciente et cela l’indifférait complètement. Tant qu’elle avait Azel, le reste lui importait peu.

Pourtant, elle s’asseyait toujours avec les filles le matin et le soir, cela lui donnait l’occasion de savoir ce qui se passait et se disait dans le Cercle, maintenant qu’elle n’avait plus la Bibliothèque comme source d’information.

Elle s’installa à la table et les salua :

– Bonjour mesdemoiselles ! Qu’est ce qui se passe aujourd’hui ? Tout le monde à l’air … tellement surexcité !

Rosalyne avait les yeux qui pétillaient, toute cette agitation c’était le meilleur des cadeaux pour elle.

-Tu ne devineras jamais ? Un évènement incroyable s’est produit il y a deux mois !

– Deux mois ? Je suppose que ça doit être exceptionnel pour qu’on en parle encore aujourd’hui.

Rosalyne repoussa sa lourde chevelure brune et s’agita sur son siège.

– Oui c’est énorme !! Il y a eu une sorte de révolution à Kirkwall !

– Kirkwall ? La cité des esclaves ? Dans les Marches Libres ?

– Celle-là même. Un mage à carrément fait sauté la Chantrie. Puis les mages du Cercle là-bas se sont soulevés contre les Templiers. Il y a eu une grande bataille et on parle d’un Hérault qui se serait mêlée au conflit. Dans cette bataille le Premier Enchanteur et le Chevalier-Capitaine sont tous les deux décédés. Les Templiers n’ont pas su gérer la situation par la suite et les mages qui ont survécu sont maintenant en fuite. Selon la rumeur, ils seraient maintenant dans la nature à fomenter un soulèvement général. Ils se sont tous alliés et font parlés d’eux pour que tous les mages les rejoignent.

Une main sur la bouche, Leena souffla :

– Créateur ! Tous ces morts innocents ! Mais l’idée que les mages ne soient plus enfermés comme des animaux pour être libres comme tout le monde est séduisante, je dois dire.

– Chuuut ! Ne parle pas de ça si fort. Les Templiers sont d’autant plus à cran depuis que la rumeur est parvenue jusqu’à nous. Et puis je pense que nous sommes plus en sécurité dans un Cercle que dehors à parcours les routes sales pendant que les Templiers nous poursuivent.

Leena haussa simplement les épaules. Elle ne voulait pas entrer dans ce débat. Tous ces mages ne savent pas ce qu’ils ratent. La plupart des mages avaient été retirés à leurs familles et à la vie normale depuis si longtemps qu’ils n’avaient aucune idée du goût de la liberté.

Mais ce changement radical de situation des mages ne lui déplaisait pas. Si on lui avait proposé, il y a quelques temps, de revenir à une vie de liberté en-dehors de ces murs, elle l’aurait fait sans hésitation. Mais aujourd’hui elle avait Azel et étrangement à la perspective de ne plus le voir, la liberté lui paraissait moins tentante. Pourtant elle se surprit à rêver d’une vie simple, une petite maison dans un village tranquille, où Azel pourrait continuer ses études et où elle pourrait trouver sa voie.

Mais elle doutait que ce rêve tente le jeune homme. Il n’avait surement jamais envisagé de vivre loin du Cercle et de sa grande Bibliothèque. Surtout pas une vie d’apostat. Rosalyne reprit :

– En tout cas, tout le monde à son avis sur les évènements et j’ai en déjà entendu certains dire qu’ils étaient prêt à rejoindre les mages apostat qui sont déjà dans la nature.

L’elfe Sana s’étonna :

– Ah oui ? Qui aurait envie de se mettre volontairement en danger ? Ici nous sommes nourris, logés et à l’abri. Je ne vois pas ce que l’extérieur pourrait nous apporter.

Leena leva les yeux devant tant de naïveté :

– Eh bien la liberté tout simplement. Aller où bon vous semble, voir d’autres personnes que des mages, vous ouvrir l’esprit, ne pas être sous la constante menace d’être apaisé, aimer qui vous voulez et rester avec cette personne… la liste peut être longue.

Les jeunes femmes réfléchirent quelques instants et Rosalyne avoua :

– Oui effectivement présenté ainsi, l’extérieur semble plus tentant.

– Vous voyez, il suffit d’y réfléchir un instant. Cette rébellion n’est pas un simple caprice de quelques mages maltraités.

Elle les laissa sur ses paroles pour rejoindre Irving.

Leur travail n’avançait pas beaucoup. Non seulement Leena peinait toujours sur les sorts les plus simples, mais en plus elle sentait qu’elle était en train de dépasser ses limites. Il la faisait travailler jusque tard le soir et aujourd’hui il voulait qu’elle soit capable de lancer un simple sort de givre. Elle n’arrivait vraiment à rien et se fatiguait beaucoup à force de se retenir. Elle prétexta donc un mal de tête virulent pour écourter la séance du jour. Dehors, l’hiver était déjà bien installé et la nuit se couchait de plus en plus tôt. La Tour s’assombrissait très vite, malgré les nombreuses bougies qui éclairaient chaque coin.

Elle décida de faire un léger détour pour ne pas croiser de Templiers. Même si elle s’était maintenant habituée à vivre enfermée dans des tours, elle n’arrivait toujours pas à supporter la présence immuable des Templiers partout. Elle passa devant un coin très sombre qui passait devant les dortoirs des hommes. Les couloirs étaient presque déserts. Tout le monde devait déjà se trouver au réfectoire pour le dîner.

Soudain elle entendit des murmures provenant de ce qui semblait être un placard, des voix légèrement étouffées et qui semblaient tendues.

– … peut le faire nous aussi.

– Tu n’y pense pas ! C’est trop dangereux.

– Plus nous serons nombreux et plus ça sera facile !

Elle reconnut la voix du premier mage, un homme, qui devait être à peine plus âgé qu’elle et assez séduisant, Donovan.

– Et comment tu comptes t’y prendre, depuis la nouvelle de Kirkwall, les Templiers sont à cran. A la moindre faute j’ai peur qu’ils ne déclenchent l’oblitération totale du cercle ou au moins des apaisements en chaine.

–  Pas tant qu’Irving sera là ! Il tient le Chevalier-Capitaine dans la main.

– Oui mais Irving est vieux et ne sera pas éternel.

– C’est pour ça qu’il faut agir rapidement !

– Et pour les phylactères ? Et je me répète mais comment vas-tu nous sortir de là ?

– Je ne peux pas tout te révéler au cas où mais sache que j’ai pensé à tout et je sais par où nous nous échapperons. Et toi où en es-tu dans le repérage ?

– Eh bien je sais déjà que certains sont partants. Ils n’attendaient que ça pour s’en aller.

Ne voulant pas se faire prendre, Leena s’éloigna soudain, abasourdie. Elle savait que certains mages étaient tout de même conscients que leur situation n’était pas rose, voire même totalement injuste. Mais elle ne se doutait pas qu’ils étaient pour autant prêts à étendre la révolution partout ou en tout cas à avoir le courage d’essayer de s’en aller. Il semblerait donc qu’elle se soit trompée et que Donovan soit en train d’organiser une fuite pour lui et plusieurs mages, avides de liberté.

Leena était vraiment perturbée par les révélations de la journée. Savoir qu’elle n’était pas la seule à se sentir parfois étouffée entre ses quatre murs était étrangement rassurant. Même si elle ne voulait pas quitter Azel, elle était heureuse d’avoir trouvé une solution pour s’échapper de ce Cercle si les choses tournaient aussi mal qu’elle le redoutait.

 

– Non Leena tu es beaucoup trop crispée ! Cela ne fonctionnera pas si tu ne te laisses pas aller. La magie c’est quelque chose qui doit t’être naturel.

La jeune femme soupira et essuya la sueur sur son front. Cela faisait une semaine que la nouvelle de l’explosion et la rébellion de Kirkwall avait atteint le Cercle de Férelden. Une semaine qu’Irving la forçait à travailler ses sorts de glace et la jeune femme craignait d’exploser à tout instant. Elle avait mis en garde le Premier Enchanteur, elle commençait à bien se connaître et elle savait qu’elle flirtait très dangereusement avec ses limites. Et entre ses journées épuisantes avec Irving et ses nuits avec Azel, elle savait qu’elle en faisait trop. Mais elle ne pouvait pas se soustraire à la volonté d’Irving de l’aider. Elle devait faire semblant de croire que tout irait bien et qu’il pouvait faire quelque chose pour elle. De plus il était totalement hors de question qu’elle espace ses nuits avec Azel. Elles étaient finalement devenues essentielles à son bien-être au Cercle de Férelden.

Cela faisait presque quatre mois qu’ils se voyaient autant que possible et même si cela ne pouvait pas vraiment s’apparenter à une vraie relation puisqu’ils ne se rencontraient que le soir, elle avait besoin de ces moments avec lui.

– Tu n’es plus avec moi Leena. J’ai besoin de ta concentration !

La voix d’Irving la ramena au présent.

– Allez, courage jeune fille ! Ferme les yeux, ne pense à rien. Je te demande simplement de ressentir le froid en toi.

– J’essaie Irving.

– Bien. Maintenant je veux que ce froid tu le fasses passer par tes bras, puis par tes mains. Quand tu te sentiras prête tu lanceras le Poing de Givre sur le mannequin.

Leena se concentra et mis toute son énergie sur sa magie. Avec précaution, elle fit appel à elle et chercha le froid. Elle le sentit soudain, chose qu’elle n’avait jamais réussi à faire. Très vite, avant qu’il ne lui échappe, elle le fit monter en elle. Il avait presque atteint le bout de ses doigts. Mais la jeune femme s’emballa un peu sous le coup de l’excitation, et d’un coup le froid se retira. A la place une chaleur torrentielle prit sa place. Leena sera les poings, crispa les mâchoires et essaya de repousser cette vague de feu qui menaçait de s’échapper de son corps. Mais plus elle luttait, plus la chaleur s’intensifiait et bientôt elle cria de douleur.

Aussitôt Irving fut à ses côtés et posa une main sur son épaule.

– Leena tout va bien ?

A travers ses dents toujours serrées, elle essaya de lui répondre.

– Irving…je ne contrôle plus.

– Respire à fond. C’est toi qui maîtrise ta magie et non le contraire.

– Je n’y arrive pas…je suis désolée…je … elle est plus forte que moi !

– Non certainement pas, c’est toi qui décide. Je vais t’aider un peu.

A partir de la main qui se trouvait sur l’épaule de la jeune femme, Irving diffusa sa magie en elle. Il sembla d’abord très surpris d’y trouver autant de pouvoir mais rapidement, il comprit l’urgence et essaya de repousser cette vague de feu. Ensemble ils semblèrent plus forts un moment, mais la vague était trop puissante et elle repoussa la magie d’Irving. Leena sentait que tout contrôle lui échappait et très vite elle essaya de prévenir le mage.

– Allez-vous en Irving, sortez de la pièce !

Comprenant le danger, le mage essaya d’atteindre la porte. Mais il était déjà trop tard. N’en pouvant plus, Leena libéra la magie et l’énergie accumulée dans son corps. Le feu sortit de son corps et l’aveugla. La fournaise l’enveloppa complètement sans lui faire de mal et se propagea dans toute la pièce. La température de la salle grimpa à des niveaux insoutenables puis finalement, tout s’arrêta. Leena était quasiment nue, ses vêtements ayant complètement brulés mais elle se sentait étrangement soulagée. La pression qu’exerçait sa magie de feu avait disparu…jusqu’à la prochain fois malheureusement.

Paniquée, la jeune femme regarda les dégâts autour d’elle. Les vieilles pierres de la salle avaient empêché le feu de se propager mais elles étaient toutes noircies. Tout le mobilier avait été réduit en cendre et seuls quelques squelettes de bois subsistaient. Son regard se posa alors sur la silhouette qui se trouvait au sol, de dos et elle se précipita à ses côtés.

– Irving !

Elle retourna le mage vers elle. Il avait des brûlures un peu partout sur le corps mais il avait eu la présence d’esprit de se protéger avec un bouclier puissant lui évitant une mort douloureuse et affreuse. Ne sachant pas quoi faire, elle secoua légèrement le corps du vieil homme et chercha son pouls.

– Irving ?…

Soudain la porte de la pièce s’ouvrit en grand et tomba parmi les autres décombres. Les yeux ronds, la bouche grande ouverte pour la surprise, le Chevalier-Capitaine entra, trébuchant légèrement et parcourut la pièce dévastée du regard.

– Par Andrasté, que s’est-il passé ici ?

Il remarqua alors les deux mages au sol et dégaina son épée.

– Qu’as-tu fais mage ? Eloigne-toi du Premier Enchanteur sur le champ !

Par sécurité, le Templier déploya une puissante aura dans la pièce qui empêchait toute magie. Leena s’éloigna du corps d’Irving doucement et se recroquevilla contre un mur, assise, les genoux relevés pour masquer sa nudité. Les yeux hantés elle regarda le Templier se pencher vers Irving et l’examiner, en murmurant :

– Je suis désolée, je ne voulais pas… je suis tellement désolée.

– Oh oui tu vas être désolée mage ! Surtout lorsque l’on décidera de ton apaisement. Tu es un vrai danger public !

Heureusement, ce fut ce moment que choisi le Premier Enchanteur pour se manifester et tousser bruyamment.

– Par la grâce du Créateur, vous êtes vivant Irving !

Il aida le mage à se redresser et le soutient pendant qu’il libérait ses poumons de la chaleur et de la fumée accumulées.

– Tout va bien Gregor, je vais bien. Juste quelques égratignures. Leena ? Où est-elle ?

Le Chevalier-Capitaine indiqua du menton la jeune femme.

– Elle va bien Irving. Bien mieux que vous !

Le mage se redressa avec difficulté et grimaça sous la douleur de ses brûlures.

– Créateur, Gregor ! Qu’attendez-vous pour donner à cette jeune femme de quoi se couvrir.

– Mais Irving elle est dangereuse je ne peux…

– Allons, ce qui s’est passé est de ma faute et j’en porte l’entière responsabilité. Je m’en sortirai très bien, alors je vous prie de lui trouver de quoi s’habiller.

Le Templier sortit en grommelant et Irving se pencha vers Leena qui était toujours dans la même position et avait à peine relevé la tête.

– Leena, tu vas bien ?

– Oui…oui, je m’en sors toujours.

– Tu as une magie vraiment étrange. Et je suis terriblement désolé de t’avoir poussée aussi loin et de ne pas avoir écouté tes mises en garde. Je n’avais pas saisi à quel point tes pouvoirs étaient…volatiles.

La jeune femme leva enfin les yeux vers lui.

– Je vous l’avais dit, Irving. Personne ne peut m’aider. Je le sais. Souffrez-vous beaucoup ?

– Je refuse de le croire. Oh ne t’en fais pas pour mes brûlures, j’irai me faire soigner tout à l’heure.

– Mais il est trop tard maintenant ! Le Chevalier-Capitaine a vu de quoi j’étais capable. Il n’acceptera jamais que je reste ainsi.

– Tu penses à l’apaisement mon enfant ? Moi vivant je ne le permettrais pas ! Je suis sûr que tu es une mage exceptionnelle et que ta magie nécessite juste quelques…ajustement, dirons-nous. Nous n’allons pas abandonner maintenant.

Le Templier revient avec une nouvelle robe que la jeune mage s’empressa d’enfiler. Elle était encore couverte de cendre noire. Irving posa ses deux mains sur ses épaules et trouva l’énergie de lui sourire :

– Tout va bien se passer. Va donc te laver et te reposer, mon enfant.

Pieds nus et barbouillée de noir sur le visage, la jeune femme passa devant le Templier qui ne la lâchait pas du regard.

Elle prit un bon bain chaud, l’esprit un peu vide. Elle savait que ce qui s’était passé aujourd’hui lui pendait au nez. Mais maintenant que c’était arrivé, elle était comme perdue. Elle s’en voulait tellement d’être ce qu’elle était, une mage détraquée, une erreur. Et encore une fois son destin se trouvait maintenant entre les mains d’un homme. A vrai dire elle s’attendait à tout instant à être cherchée et emmenée par les Templiers pour son apaisement. Mais rien ne vint.

Elle s’habilla et décida d’aller voir comment se portait le Premier Enchanteur. Elle monta les marches de son bureau et allait frapper quand elle entendit des voix assez distinctes se disputer derrière le panneau de bois. Elle remarqua que la porte était légèrement ouverte. Elle ne put s’empêcher de tendre l’oreille.

– …ne peut pas cautionner cela Irving ! Elle met tout le Cercle en danger !

– Je le répète, tout est de ma faute, je ne suis pas rendue compte et j’ai sous-estimé le problème.

Le Chevalier-Capitaine semblait furieux.

– Et là encore vous le sous-estimez. Vous vous rendez compte de ce qui se serait passé si elle avait libéré sa magie en plein milieu de la Bibliothèque, au Réfectoire !

– Je sais tout cela Gregor mais je pense pouvoir l’aider.

Le Templier soupira.

– J’ai toujours respecté votre avis et votre jugement Irving, mais là je me dois d’agir. Je ne peux pas laisser ce qui s’est passé cet après-midi sous silence. Soit je préviens la Divine de ce qui s’est passé et ainsi je prends le risque qu’elle décide de demander le droit d’Oblitération, chose que je souhaite éviter autant que vous, soit nous décidons maintenant et ensemble de l’Apaisement de cette mage.

Leena posa une main sur sa bouche pour éviter d’émettre le moindre son.

– Je ne peux pas vous laisser faire ça, Gregor. Pas tant que je serais vivant.

– Et là est tout le problème ! Avec tout le respect que je vous dois, vous n’êtes pas éternel. Et si vous prenez cette mage en charge maintenant, qui le fera après vous ? Personne, parce qu’elle représente un trop grand risque et vous le savez. Vous ne faites que lui offrir un espoir fallacieux.

Leena s’éloigna brutalement et se précipita dans la première salle qu’elle put ouvrir. Elle s’effondra contre le bois et posa son menton sur ses genoux relevés afin de réfléchir à sa situation.

Objectivement, même elle trouvait les arguments du Chevalier-Capitaine valables et tout à fait justifiés. Elle était un danger pour tout le monde, mais elle savait aussi comment éviter cela. Elle devait utiliser ses pouvoirs avec parcimonie et éviter la magie de glace qui était à l’opposé de son élément de prédilection. Elle ne savait pas pourquoi elle avait une telle affinité avec le feu et uniquement avec le feu. Ce pouvoir était puissant et dévastateur si elle l’utilisait. Elle avait un jour réussi à brûler jusqu’aux os un ours sauvage qui l’avait attaquée sur la route en un simple geste. Mais elle avait l’impression que le feu se servait d’elle et non le contraire. Il la grignotait petit à petit et si elle ne voulait pas se laisser dévorer totalement, et causer énormément de dégâts, elle devait le relâcher dans un endroit isolé de tout.

Mais évidemment depuis qu’elle était « mage de Cercle », cela devenait de plus en plus compliqué. A Orlaïs, elle avait fait semblant de n’avoir presque aucun pouvoir, quitte à passer pour une mage totalement inutile, ce qui lui avait valu son transfert ici. Face à son problème, elle était seule, comme elle l’était depuis ses dix ans.

L’Apaisement la terrifiait et elle ne voulait pas mourir non plus. Encore moins entraîner les autres et particulièrement Azel dans sa chute. Or si elle restait au Cercle elle aurait soit l’un soit l’autre. Elle n’avait plus le choix, elle devait fuir. Irving ne pourrait pas la couvrir éternellement. Aussi fou que cela puisse être, elle devait tenter le coup. Mais pas seule. Elle devait voir Donovan et si son plan d’évasion tenait la route, elle s’en irait avec lui.

Et Azel ? Il n’accepterait jamais de la suivre et elle ne pouvait décemment pas lui demander de mettre sa vie en danger pour elle. Non, il la traiterait de folle et lui répèterait qu’elle serait plus en sécurité ici, parce qu’il le croyait vraiment. Mais elle voulait tout de même lui dire qu’elle allait s’enfuir, elle lui devait la vérité. Après avoir vécu autant d’abandons, elle ne pouvait pas lui faire la même chose. Le laisser, sans explication aucune.  Mais d’un autre côté, même si les chances étaient minimes, il pourrait vouloir l’accompagner. Il ne savait pas vivre autrement qu’au Cercle et si jamais il se faisait tuer dehors, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

Inconsciemment, elle savait quelle était la meilleure solution mais son cœur la refusait.

Elle allait fuir et elle allait devoir mentir à Azel, lui cacher ses projets. Elle ne voulait prendre aucun risque.

 

Alors qu’elle réfléchissait à tout cela dans cette salle vide, elle perdit toute notion du temps. Elle se rendit compte, soudain, qu’il était déjà l’heure du couvre-feu. Comme une morte-vivante, elle sortit et rejoignit son dortoir. Heureusement, toutes les filles étaient déjà endormies, elle n’eut donc pas à répondre à tout un flot de questions. Elle savait que la nouvelle de son « accident » avait surement déjà fait le tour de la Tour. Ce qu’elle ignorait par contre c’était ce qui avait été dit exactement. Elle se changea rapidement et alla se glisser sous les draps lorsqu’elle sentit un morceau de papier sous son oreille. Intriguée elle le déplia et lut :

« Les rumeurs les plus folles courent sur l’accident que tu aurais déclenché. J’ai besoin de savoir que tu vas bien. Rejoins-moi dans notre chambre dès que possible. A. »

Créateur ! Elle n’avait pas songé un instant qu’elle avait pu inquiéter Azel. Rapidement elle se releva et se dirigea aussi vite que possible vers la chambre.

Elle eut à peine franchit la porte que le jeune homme se jeta sur elle et la serra aussi fort que possible dans ses bras. Le visage perdu dans ses cheveux défaits, il respira à fond et souffla :

– J’ai eu tellement peur pour toi. Comme tu ne venais pas, je croyais qu’il t’était arrivé quelque chose de grave.

Doucement la jeune fille se colla à lui et s’excusa :

– Pardonne-moi, je n’ai vu ton message que tard, sinon je serai venue bien plus tôt.

Brusquement Azel recula et repoussa la jeune femme à portée de bras. Les mains sur ses épaules, il la scruta de haut en bas.

– Tu n’as rien ? J’ai entendu dire qu’il y avait eu un accident grave et qu’Irving avait été blessé. Comme tu es tout le temps avec lui en ce moment j’ai cru que…

La jeune femme posa une main sur sa joue et lui sourit.

– Je vais bien. Irving aussi. Il y a effectivement eu un accident mais nous nous en sommes sortis indemnes.

– Que s’est-il passé ?

Leena hésita, devait-elle lui mentir encore ? Elle décida de lui donner une demi-vérité :

– Il faut que tu saches quelque chose. Viens t’asseoir à côté de moi.

Intrigué le jeune mage la suivit jusqu’au lit et s’assied à ses côtés. Leena prit une grande inspiration et commença :

– Je ne suis pas vraiment l’assistante d’Irving.

Azel fronça les sourcils :

– Comment ça ?

– Eh bien, c’est assez difficile à avouer. Tu sais, tu pensais que si Irving m’avait choisie pour être son assistante c’était sans doute parce que j’étais une puissante mage ? En fait c’est tout le contraire.

– Le contraire ?

– Oui je suis une mage exécrable, voire très mauvaise. Chaque sort me demande une concentration et une énergie folle. Ce que tu considères sûrement comme un jeu d’enfant est pour moi une épreuve. Irving a été assez gentil pour me donner une chance dans son Cercle et me donner des cours particuliers.

– Oh. Mais pourquoi m’avoir caché ça ?

La jeune fille se releva et lui tourna le dos pour ne pas à avoir à le regarder en face pendant qu’elle lui mentait.

– Parce que j’avais honte. Tu es si brillant et tu t’étais fait une si haute opinion de mes capacités que … que j’ai eu peur de te décevoir, peur que tu te détournes de moi. Je suis désolée de t’avoir menti.

«  Si seulement le problème pouvait être aussi simple » pensa-t-elle.

Elle se détestait de ne pas lui dire toute la vérité, mais elle avait pris une décision et devait s’y tenir. Si elle voulait le mettre totalement hors de danger, elle devait garder son sang-froid et continuer selon son plan.

Elle sentit soudain les bras d’Azel se refermer sur elle et le corps du jeune homme dans son dos.

– Je me fiche de ta magie, Leena.

Il posa ses lèvres sur les tempes de la jeune femme et descendit doucement jusque la peau fine et sensible derrière son oreille.

– C’est toi que je veux, pas tes pouvoirs.

Elle frissonna devant l’intonation presque sensuelle de sa voix. Elle ne l’avait jamais entendu ainsi. Il embrassa sa gorge et la jeune femme pencha la tête. Les mains d’Azel se posèrent sur son ventre et massèrent doucement la peau tendre sous la chemise de nuit puis l’une d’elle remonta vers sa poitrine et empoigna fermement un sein. Leena gémit et rejeta la tête en arrière pour la poser sur l’épaule d’Azel. Il continua à baiser sa joue, son cou, tout ce qu’il avait à portée de lèvres tout en poursuivant ses caresses sur son corps. La main qui se trouvait encore sur son ventre descendit vers son entrejambe où il y posa la main à travers le tissu.

– Tu vois, tu pourrais n’avoir aucune magie en toi que j’aurais encore envie de toucher ton corps.

La jeune femme haleta. Les sensations qu’il lui faisait ressentir étaient indescriptibles. La véritable magie entre eux, c’est que lorsqu’ils se trouvaient ensemble, ils arrivaient à en oublier tout ce qui n’était pas eux.

N’en pouvant plus, Leena se retourna et se jeta sur la bouche d’Azel qui ne se fit pas prier et la laissa prendre les rênes du baiser. Mais bien vite, il redevient maître de leur étreinte et dénoua brusquement les nœuds qui retenaient son corsage et déchira presque le coton en essayant de l’abaisser sur le corps de la jeune femme. Une fois nue, se fut au tour d’Azel de se faire déshabiller. Une fois que leurs deux peaux nues entrèrent en contact, le mage souleva la jeune femme et la déposa sur le lit, un peu brutalement. La jeune femme rebondit sur le matelas en riant. Avec un sourire presque carnassier qu’elle ne lui avait jamais vu, Azel s’allongea sur elle. Leurs bouches se retrouvèrent presque automatiquement alors que les jambes de la jeune femme entourèrent la taille du jeune homme. Il mit fin au baiser et embrassa le haut de sa poitrine :

– Je voudrais que l’on soit honnête l’un envers l’autre. Plus de secrets, plus de mensonges.

Il descendit vers ses seins qu’il baisa à tour de rôle. Il y resta pendant de longues minutes, faisant gémir la jeune femme, les doigts perdus dans les cheveux du mage. Il emprisonna ses mamelons durcis dans sa bouche, les suça longuement puis les relâcha pour les lécher ensuite. A chaque fois, il donnait une attention particulière à sa poitrine, à croire qu’il l’adorait. Ce qui n’était pas pour déplaire à Leena qui avait toujours été sensible à cet endroit. Mais s’il continuait ainsi il allait la faire jouir rien qu’en touchant ses seins. Pourtant la chaleur qui montait au creux de son ventre et qui se répandait dans son entrejambe demandait, réclamait même, aussi son attention. Elle n’arrivait plus à penser, l’esprit embrumé par le désir. C’est pourquoi elle prit l’une des mains du jeune homme et la dirigea vers son entrejambe déjà humide. Azel se laissa guider mais se contenta se passer un doigt du haut vers le bas, sans chercher à aller plus loin. La jeune femme geignit autant de frustration que de plaisir.

– Azel, j’ai besoin de toi…

Le jeune homme lécha la veine palpitante dans son cou et murmura contre sa peau.

– Non, pas encore.

Mais Leena n’arriva pas à patienter et quand, quelques minutes plus tard, le jeune homme continua sa douce torture sur ses lèvres intimes tout en ravageant sa gorge de baisers et de mordillements, elle décida de reprendre les choses en main. Elle bascula le jeune homme sur le dos et le chevaucha. Les yeux d’Azel pétillèrent et il emprisonna immédiatement ses poignets. Ses yeux sombres transpercèrent ceux de la jeune femme, la clouant sur place.

– J’ai dit, pas encore.

Sa voix avait des accents autoritaires qui donnèrent des frissons à Leena. L’Azel de ce soir était différent des autres soirs, plus sûr de lui, un peu plus dominateur et cela la ravissait. Elle profita de cet élan pour lui laisser toute liberté.

– Bien. Que veux-tu que je fasse.

Le jeune homme lâcha ses poignets et posa ses mains sur l’arrière de ses cuisses. Il la poussa doucement vers le haut.

– Viens par là.

Le cœur battant, Leena se posta à genoux au-dessus du visage parfait de son amant. Elle n’avait jamais testé cette position et était ravie de tenter de nouvelles choses avec lui. Elle abaissa son regard vers lui et rencontra à nouveau son regard brillant.

– Descend vers moi. Chevauche ma bouche.

La jeune femme arrêta presque de respirer et abaissa doucement son corps vers lui. Lorsque les lèvres du jeune homme se posèrent sur elle, elle en cria de bonheur. D’un doigt, il écarta ses lèvres intimes et la dévora. Le corps de la jeune femme trembla et elle dut poser ses mains à plat sur la tête de lit pour se soutenir. Elle ne put détacher son regard du jeune homme et voir son visage entre ses cuisses, ainsi, lui fit comme un choc électrique du haut de la tête jusqu’à la pointe de ses orteils. Elle se mit alors à onduler des hanches, violemment, sans pouvoir se contrôler et lorsque le nez du jeune homme frotta contre son clitoris, elle perdit complètement la tête et se laissa guider par la puissance de son désir. Elle chevaucha alors sa bouche, vraiment, sans se soucier de savoir s’il pouvait toujours respirer, cherchant la friction de ses lèvres, de sa langue de son nez, voulant à tout prix atteindre la jouissance qui montait dans son ventre. Les mains du mage se posèrent alors sur la rondeur de ses fesses et en malaxa la chair tendre, tandis que sa langue la pénétra brutalement.

– Azel !

Leena jouit tellement fort qu’elle dut se laisser tomber sur le côté, les muscles presque tétanisés et secouée par de légers soubresauts. Couchée sur le ventre, elle tourna son visage vers le jeune homme et posa un doigt contre sa bouche humide de sa jouissance. Essoufflé, le jeune homme la regarda intensément. La jeune mage se releva sur un coude et l’embrassa langoureusement, essayant de transmettre au jeune homme tout ce qu’elle ne pouvait et ne voulait pas dire. Elle était tellement bien avec lui. Elle se sentait chérie, en sécurité.

Azel se redressa :

– Ne bouge pas, écarte juste une jambe.

La jeune femme s’exécuta se redressant sur les coudes et sentit le corps du jeune homme tout contre son dos. Il guida son membre durci entre ses lèvres mouillées. Il remonta ses mains vers celle de la jeune femme, qui étaient crispées sur le drap. A la place il entrelaça ses doigts aux siens et les serra fortement tout en la pénétrant doucement. Même si elle était plus que prête pour lui, cette position la faisait paraître bien plus étroite, créant des sensations extraordinaires pour les deux amants. Il mordilla le haut de son oreille en murmurant :

– J’ai failli te perdre aujourd’hui. Je ne veux pas te perdre, Leena.

Elle gémit et sentit les larmes envahirent ses yeux. Elle le voulait tellement aussi, rester avec lui pour toujours.

Elle déglutit et prit sur elle pour ne pas laisser percevoir sa tristesse.

– Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée Azel. Ne l’oublie jamais, quoi qu’il se passe.

Le jeune homme bougea alors les hanches, lentement puis de plus en plus vite. Leena était totalement à sa merci et pouvait à peine jouer du bassin pour accompagner ses mouvements. Il accéléra la cadence et pencha la tête pour embrasser le creux entre ses épaules. Elle se laissa totalement emporter par le désir du jeune homme, criant librement alors que les gémissements de plaisir d’Azel résonnaient dans ses oreilles comme une douce mélopée. Bien trop vite à son goût, la jeune femme sentit qu’elle partait à nouveau, emportée par des vagues de plaisir plus fortes à chaque coup de rein du mage. Ceux-ci devinrent soudain erratiques et dans un grognement d’extase, il se libéra en elle, le dos arqué, enfoui en plus profond d’elle. Il resta immobile au-dessus d’elle pendant quelques secondes puis se laissa tomber à ses côtés, le sourire aux lèvres.

Aussitôt la jeune femme se serra contre lui et enfouit son visage dans le cou du jeune homme, ne pouvant pas le regarder dans les yeux.

Maintenant que son corps était apaisé, son esprit tournait à plein régime. Il avait raison, il ne devrait y avoir aucun secret entre eux. Pas alors qu’ils avaient trouvé une intimité et une confiance qu’ils n’avaient jamais eu avec qui que ce soit d’autre. Pourtant elle ne pouvait toujours pas se résigner à tout lui dire, mais il avait le droit de savoir qui elle était vraiment. Après quelques minutes, elle se lança :

– Je… je n’ai pas été tout à fait honnête avec toi.

Le jeune homme baissa la tête et tenta de lever celle de la jeune femme vers lui. Elle se laissa faire mais refusa toujours de croiser son regard.

– Comment ça ?

– Ce qui s’est passé cet après-midi était entièrement de ma faute et j’’aurais pu tuer Irving.

– Tuer Irving ?

– Ma magie est une horreur, une erreur même. Je suis dangereuse. Non seulement j’ai du mal à effectuer les sorts les plus simples mais j’ai un grave problème avec mes pouvoirs de feu. J’ai toujours eu une très forte affinité avec cet élément, je ne sais pas pourquoi. Une trop forte affinité. Il n’y a que les sorts de feu qui ne me posent aucuns soucis.

– Je ne comprends pas en quoi c’est un problème.

– Parce que mon feu est très volatile. Je suis incapable de le contrôler. A chaque sort que je fais, il prend de plus en plus d’ampleur, il me dévore de l’intérieur. Jusqu’à ce que je sois obligée de l’expulser.

Le jeune homme sembla réfléchir quelques instants puis finit par lui dire :

– Je suis sûr qu’il y a forcément quelque chose à faire.

Désabusée, la jeune femme ricana.

– C’est ce que pensait Irving avant qu’il ne soit attaqué par ma fournaise. Il aurait pu en mourir.

– Alors c’est ça qui s’est passé aujourd’hui, tu as perdu le contrôle ?

– Oui. Toute la semaine il m’a fait travailler mes sorts de glace. Tu te doutes bien que je suis encore plus nulle dans cette discipline que dans les autres. Je sentais que j’allais franchir mes limites, j’ai essayé de prévenir Irving. Mais lui non plus ne connaissait pas vraiment le fond du problème. Depuis que je suis enfermée dans un Cercle j’essaie de le cacher au mieux. Je sais que si les Templiers avaient connaissance du danger que je représente, ils n’hésiteraient pas une seconde et m’apaiseraient sur le champ.

Azel la serra plus fort contre lui et enfin Leena eut le courage de croiser son regard.

– Je te remercie de ta franchise. Mais tu n’es plus toute seule maintenant. Il faut que tu acceptes de te laisser aider. Je vais faire des recherches. J’y passerai autant de temps que nécessaire mais je trouverai un moyen de t’aider. En attendant je suis sûre que tu peux faire confiance à Irving. Il ne laissera personne te faire du mal.

Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes puis la jeune femme avoua encore.

– Je déteste être mage, cela ne m’a rien apporté de bon.

Azel la fit basculer sur le dos et la regarda avec une certaine dureté.

– Tu n’as pas le droit de dire ça. Etre mage est une chance et surtout cela t’as mené à moi. Rien que pour cela, je suis moi, très heureux que tu le sois.

Elle ne put empêcher les larmes d’envahir ses yeux. Personne ne lui avait fait ce genre de déclaration. Personne.

Avec une profonde tendresse, il dégagea une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux, essuya une larme qui coulait sur sa joue et lui sourit.

Comment ? Comment était-elle supposée quitter cet homme merveilleux ? Pourtant elle allait devoir en trouver la force. C’était une question de survie, pour elle comme pour lui.

 

Le jour suivant, elle se décida finalement à aller parler à Donovan. Il commença par être extrêmement méfiant. D’une part elle n’était pas sensé savoir ce qu’il tramait dans le dos du Premier Enchanteur et des Templiers et ensuite aux yeux de tous elle était l’assistante d’Irving. Elle ne lui en voulait pas de ne pas lui faire immédiatement confiance. Mais finalement elle réussit à le convaincre qu’elle ne cherchait que la liberté et qu’elle ne comptait absolument pas lui mettre des bâtons dans les roues, au contraire. Il lui donna rendez-vous près du grand cellier près du réfectoire en plein milieu de la nuit.

L’évasion se ferait dans cinq jours. Cinq jours pour faire ses adieux à la Tour de Férelden. Cinq jours pour faire ses adieux à Azel, sans pouvoir lui dire vraiment. Elle était dans un état second, essayant de ne pas penser à l’échéance prochaine. Elle demanda à le voir pendant ses quatre dernières nuits et lorsqu’elle l’embrassait, qu’elle lui donnait du plaisir, elle arrivait presque à se convaincre qu’elle n’allait pas devoir le quitter. Mais à chaque fois qu’il lui parlait de l’avenir, des recherches qu’il avait commencées pour elle, elle était brutalement ramenée à la réalité.

Devant Irving aussi elle devait faire bonne figure, jouer la comédie et faire comme si elle avait une confiance totale en l’avenir. Un avenir que le Premier Enchanteur lui promettait meilleur. Il ne lui avait évidemment pas parlé de la conversation qu’il avait eue avec le Chevalier-Capitaine et affichait une confiance presque rassurante sur sa capacité à résoudre son problème.

Par contre depuis son « accident » elle sentait constamment le poids du regard des Templiers sur elle. Le Chevalier- Capitaine avait dû donner des instructions précises à son sujet. Elle eut même peur qu’ils ne décident de la surveiller pendant la nuit, heureusement il semblait estimé que cela n’était pas nécessaire.

Le dernier soir avec Azel fut un moment chargé en émotion. Elle lui demanda de lui faire l’amour doucement puis passionnément. Elle voulait tout de lui et plusieurs fois elle faillit craquer, lui parler de ses projets et le supplier de l’accompagner, mais par une volonté dont elle ne savait pas capable, elle garda le silence, profitant des dernières caresses, des derniers moments en sa compagnie. Il s’endormit bien avant elle, et elle en profita pour l’observer dans son sommeil, graver ses traits dans sa mémoire. Du bout du doigt elle traça les lignes de son visage, les passa dans ses cheveux sombres, le long des muscles de son torse. Ainsi elle avait l’impression d’emporter un peu de lui avec elle.

Elle ne put s’empêcher de le réveiller pour s’unir une dernière fois avec lui avant de trouver, elle aussi le repos dans ses bras.

Lorsqu’ils se séparèrent avant l’aube, comme à l’accoutumé, elle dût puiser dans ses dernières ressources de volonté pour paraitre aussi normale que possible. Lorsqu’il lui donna à nouveau rendez-vous le soir même, elle lui donna une fausse excuse et évita de le regarder trop longtemps dans les yeux. Il lui sourit simplement et baisa son front en lui souhaitant une bonne journée. Elle attendit de le voir disparaitre au détour d’un couloir avant de retourner dans leur chambre, de s’effondrer sur le lit qui portait encore l’odeur de leurs ébats et de pleurer toutes les larmes qu’elle retenait depuis presque cinq jours. Le visage enfoui dans l’oreiller, elle songea à lui laisser une lettre ici, dans ce lieu qu’ils avaient partagé, mais décida qu’il valait mieux ne rien en faire. Qu’aurait-elle pu lui dire de toute façon ?

Elle passa la journée comme un fantôme, les yeux rougis d’avoir trop pleuré. Irving la renvoya même plus tôt, voyant qu’elle ne semblait pas être dans son assiette mais eu la délicatesse de ne pas l’interroger sur son état. Comme le dortoir était vide, elle en profita pour emballer quelques affaires dans un baluchon. Lorsque le couvre-feu sonna, ce fut le début d’une longue attente pour Leena. Elle compta les heures, évita de penser à tout ce qu’elle laissait derrière elle.

Elle était tellement concentrée à faire le vide dans sa tête qu’elle failli ne pas se lever à temps. Elle se précipita dans les couloirs, son baluchon serré contre elle. Elle eut la chance de ne croiser personne sur son chemin. Elle passa devant leur chambre secrète et ne put s’empêcher de poser une main sur la pierre froide dans un dernier adieu. Soudain elle entendit des bruits de pas, paniquée elle regardait en tous sens pour trouver un moyen de se cacher. Elle allait ouvrit le passage secret quand elle entendit :

– Psst Leena ? C’est toi ?

La jeune femme soupira de soulagement.

– Donovan, je suis là, j’arrive.

Brusquement le mur de la chambre secrète s’ouvrit et elle croisa le regard sombre d’Azel qui semblait aussi surpris qu’elle.

– Leena ? Je venais récupérer un parchemin que j’avais laissé hier soir. Mais toi que fais-tu là ?

Ses yeux tombèrent soudain sur le baluchon qu’elle tenait toujours serré contre elle. Elle ne pouvait plus lui mentir, elle n’en avait plus la force.

– Je m’en vais Azel. Je quitte la Tour.

– Quoi mais… ? Pourquoi enfin ? Et comment ?

L’incompréhension pouvait se lire sur son visage.

– Je dois partir parce que je suis en danger ici et que je suis également un danger pour les autres. Je sais qu’Irving essayera de me sauver, mais s’il ne le peut pas ou plus, le Chevalier-Capitaine a été très clair et c’est l’apaisement qui m’attend.

Le jeune homme fronça les sourcils.

– Comment peux-tu en être aussi sûre ?

– J’ai surpris une conversation entre lui et Irving. Je ne peux pas rester Azel.

Il l’a contempla pendant quelques secondes puis lui assura d’une voix ferme.

– Bien, je te crois. Et si tu pars je viens avec toi.

La jeune femme sourit tristement. Au fond de son cœur, elle avait espéré qu’il dise cela. Il ne l’abandonnerait pas, comme tous ceux avant lui. Et elle se rendit compte à cet instant qu’elle était désespérément et éperdument amoureuse de lui.

– Non Azel, ta place est ici. Je risque de me faire poursuivre et si jamais les Templiers nous récupèrent, tu sais ce qui nous attend.

Il prit soudain conscience d’un fait qui lui avait échappé jusqu’à présent, un fait qui alluma une lueur de douleur dans son regard.

– Tu allais partir sans me le dire, n’est-ce pas…

Leena ne put qu’hocher la tête, ayant soudainement perdu la capacité de parler.

– Après tout ce que l’on a vécu ensemble tu allais me laisser ici, sans explication aucune… tu allais me laisser derrière toi. Et si je ne t’avais pas croisée ici, par pur hasard, je n’aurais jamais su pourquoi…Comment peux-tu être…

C’est ce moment précis que choisi Donovan pour apparaître derrière la jeune femme.

– Leena que fais-tu ? On ne peut plus attendre…

Les yeux d’Azel allèrent de la jeune femme au nouveau venu, et ses traits se tordirent soudain, comme s’il venait de recevoir un coup au cœur.

– Tu t’enfuis avec lui ?

Leena n’avait pas voulu que les choses se passent ainsi, mais l’apparition de Donovan et le malentendu qui en résultait lui donnait l’occasion parfaite pour qu’il la haïsse et oublie toute envie de la suivre.

– Leena réponds-moi !

– Chuut imbécile tu vas nous faire repérer. Leena je croyais que tu voulais partir seule ?

Les mots étaient comme coincés au fond de sa gorge, parce qu’elle savait qu’elle allait devoir le blesser. Elle déglutit se rapprocha de Donovan et prit sa main dans la sienne.

– Je pars, avec Donovan et toi tu restes là, comme tu l’as toujours fait. Toi et moi c’était une distraction agréable mais c’est fini. Retourne à tes études pendant que je reprends ma liberté.

Les yeux d’Azel se posèrent sur leurs mains enlacées et il recula d’un pas. La voix brisée, il répéta :

– Une distraction ?

Leena lui sourit.

– Oui une sympathique distraction. Retourne te coucher, Azel. Tu n’as plus rien à faire là.

Il la scruta longuement, attendant peut-être qu’elle change d’avis, qu’elle lui dise que tout cela n’était qu’une mascarade, qu’elle l’aimait plus que tout et qu’elle ne voulait pas le quitter. Finalement il se détourna d’elle, le visage fermé, le regard éteint.

– Oui effectivement, tu as raison j’ai n’ai vraiment rien à faire là.

Une fois Azel hors de vue, Leena s’appuya contre le mur en étouffant un sanglot, le poing contre sa bouche.

Donovan lâcha sa main et se pencha vers elle.

– Ça va aller ?

La voix éraillée, la jeune femme lui répondit :

– Non mais je survivrai. Allons-nous-en.

L’esprit complètement vide, le cœur brisé, le corps ravagé par la douleur. Elle suivit le groupe de mages devenus apostat, passant par un chemin secret en-dessous du lac. Elle avait fait un choix et devait maintenant vivre avec.

A la première occasion elle rabattit la capuche de sa lourde cape en laine sur sa tête et s’éloigna du groupe.

Elle survivrait mieux seule, comme d’habitude.

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Chapitre 5 – Nuit mouvementée

Les jours s’écoulèrent doucement pour Rain. Avec beaucoup de difficulté, il se faisait néanmoins à la vie de l’Empire. Il appréciait l’énorme bibliothèque de Darius, où il trouva des ouvrages de magie dont il n’aurait jamais eu accès au Cercle. Il étudia un peu plus la magie du sang mais la trouva toujours aussi répugnante. Maintenant au moins, il en comprenait les principes sur le papier. Il était partisan de l’adage « Connais ton ennemi comme toi-même ». De plus il aimait les discussions et les échanges qu’il avait avec Darius. Les Tévintides avaient une façon de voir la magie totalement différente des Chantristes. Rain trouvait extrêmement enrichissant d’avoir un point de vue autre que ce que la Chantrie n’avait cessé de lui répéter depuis son plus jeune âge.

Darius sortait assez souvent, que ce soit dans l’arène pour voir d’autres combats, ou dans des soirées organisées par ses amis. Soirées que Rain n’arrivaient toujours pas à apprécier. Emilia était passée au stade supérieur dans sa conquête et il était maintenant obligé d’être très prudent pour ne pas se trouver seul avec elle. Plus il était insensible, plus la femme semblait insistante.

Par contre il avait toujours du mal à se faire servir par des esclaves. Lorsqu’il était plus jeune, sa famille avait des domestiques, mais ils étaient payés et traités avec respect. Ici, les elfes étaient quasiment invisibles et ne recevaient ni attention, ni respect. Darius était, néanmoins, un maître assez attentif au bien-être de ses esclaves. Du moins selon les critères de l’Empire. Ils étaient correctement nourris, avaient le droit de se reposer la nuit et n’était pas battus pour un oui ou pour un non. Même ses esclaves de sang n’avaient pas trop à se plaindre, du moins pour de la simple chair à magie du sang.

Rain ne pouvait tout de même pas s’empêcher de montrer sa désapprobation envers ce système en faisant le moins possible appel aux esclaves. Tout ce qu’il pouvait faire lui-même, il le faisait.

Depuis qu’il avait utilisé sa magie pour guérir Tia, les esclaves s’étaient passé le mot. Il n’était pas rare qu’un elfe ou deux aient le courage de venir vers lui pour lui demander de guérir tels ou tels maux. Très discrètement, et au nez et à la barbe de Darius bien sûr, qui n’accepterait certainement pas que Rain se mêle de ses affaires.

Par contre il y avait une personne qui ne manquait pas de le surveiller pendant ses guérisons. Seren était toujours là, tendue, nerveuse et prête à frapper à la moindre plainte d’un elfe. C’était les seuls moments où ils se croisaient. La plupart du temps, elle l’évitait soigneusement. Tia, au contraire, semblait totalement sous le charme de Rain, lui offrant toujours un sourire ou un petit signe quand ils se voyaient. Il avait même cru la voir rougir quand il s’était entraîné torse nu dans les jardins.

Seren ne voyait, évidemment pas, cette petite toquade d’un bon œil. Du coup elle passait beaucoup de temps avec la jeune fille, veillant à ce qu’elle ne s’approche pas trop près de lui.

Rain trouvait cela dommage car il appréciait beaucoup la jeune elfe, qui profitant de l’absence de Seren, venait lui parler et lui poser des questions sur sa magie guérisseuse.

 

Un soir, tard, alors qu’il était allongé sur son lit à lire tranquillement, il entendit des bruits suspects dans le couloir. Tendant l’oreille, il perçut des bruits de lutte étouffée et des pas qui s’enfuyaient. Aussitôt il se leva et sortit dans le couloir. Il eut juste le temps de voir une silhouette s’enfuir au détour d’un couloir. Précautionneusement, il la suivit. La traque dura quelques minutes et se finit dans la cuisine. Perplexe, il scruta la pièce. Personne. Finalement il repéra une petite porte dans un coin, accessible par un petit escalier, de quelques marches, qui descendait. La porte était très légèrement ouverte et maintenue entrebâillée par une cuillère en bois épaisse. Pourquoi un intrus irait faire une chose pareille ?

Il était bien décider à confronter l’individu. Après tout cela faisait partie de son travail de garde du corps. Il ôta la cuillère pour passer et avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, la porte se referma derrière lui. L’individu était maintenant fait comme un rat.

 

Seren avait été réveillée par des pas inhabituels devant sa porte. Sa chambre ne se trouvait pas dans le quartier des domestiques mais dans l’aile des invités près de celle de Rain et donc à quelques pas du couloir réservé à Darius. Craignant pour la vie de son maître, elle avait empoigné ses armes et foncé dehors. Elle tomba presque nez à nez avec une silhouette toute de noir vêtue. Se voyant découverte, elle fuit aussitôt. Seren la poursuivit aussi silencieusement que possible, elle réussit même à la rattraper à un moment et sauta sur son dos. Malheureusement sa chemise de nuit, longue, n’était pas des plus pratiques pour la lutte. L’individu, un homme au vu de sa force et sa taille, lui donna un violent coup sur la tempe et s’enfuit à nouveau. Jurant dans sa barbe, Seren se redressa et se remit aussitôt à sa poursuite.

Elle finit sa course dans les cuisines. Elle connaissait les lieux comme sa poche et à part la porte qu’elle venait de passer il n’existait aucune issue. Avec un sourire de triomphe elle remarqua que la petite porte du garde-manger venait de se refermer. L’idiot venait de s’enfermer tout seul. La porte n’avait qu’une poignée à l’extérieur et une fois enfermé, impossible de la rouvrir. Seren ne savait pas trop pourquoi il en était ainsi mais elle savait que ce dispositif datait de quelques générations. Un magister un peu paranoïaque ? Une autre utilisation de cette salle ? Seren ne voulait pas le savoir, tout ce qui comptait ce soir, c’est que l’intru était enfermé. Elle passa rapidement la cuisine en revue pour trouver de quoi laisser la porte ouverte derrière elle. Elle prit une cuillère en bois et coinça la porte avec. Avec précaution elle se faufila dans la pièce. Le garde-manger était assez grand et sombre. Seule une minuscule fenêtre donnait un tout petit peu de lumière. De nombreuses étagères, remplies de nourriture, venaient couper sa vue.

Elle mit peu de temps à localiser l’homme qui tentait de trouver une solution pour sortir. Doucement, elle s’approcha de lui et attaqua. Un âpre corps à corps s’engagea. L’homme était fort et rapide. Il magnait deux dagues pointues et s’en doute enduites de poison. Elle avait affaire à un professionnel de l’assassinat. Malheureusement pour lui, il venait d’accepter le mauvais contrat. Seren se concentra pour ne pas se faire toucher par son adversaire. Mais elle n’avait pas l’habitude de se mettre autant en défense. Dans l’arène, une blessure était quasiment inévitable et servait parfois à la victoire. Là elle n’avait pas le droit à l’erreur. Coincée entre deux étagères, Seren était en mauvaise posture. L’homme en profita et allait lui enfoncer l’une de ses dagues dans l’épaule, quand la jeune femme sentit une douce aura l’entourer. La lame qui devait s’enfoncer dans sa chair dévia de son corps sans qu’elle comprenne comment. Son adversaire était aussi surpris qu’elle. Mais Seren reprit ses esprits plus vite et balança un puissant coup de genoux dans l’entre-jambe de l’homme qui gémit de douleur et tomba à genoux devant elle. Du coin de l’œil elle vit le Shem, Rain dans la pièce. La barrière qui l’avait entourée venait certainement de lui. Il semblait se concentrer pour lancer un nouveau sort. L’air autour d’eux se refroidit subitement. Il allait geler sa cible. Rapidement son Sai virevolta et s’enfonça profondément dans le cœur de l’individu. En une seconde, l’homme tomba au sol, raide mort. Le combat était fini.

Rain la regardait avec colère.

– Pourquoi aviez-vous fait cela ? J’aurais pu le neutraliser sans que l’on ait à le tuer ! Nous aurions pu l’interroger.

Calmement, Seren récupéra son Sai et l’essuya sur les vêtements du mort.

– Inutile, il s’agissait d’un professionnel, il n’aurait pas parlé.

Il fronça les sourcils.

– Vous n’en savez rien. Nous ne sommes pas dans l’arène Seren. Inutile de tuer tous ceux qui se dressent devant vous !

Furieuse, Seren s’avança vers lui et le regarda bien en face. Rain avait du mal à être effrayé par son regard meurtrier, avec ses cheveux tout ébouriffés par le sommeil et sa chemise de nuit qui ne laissait que peu de place à l’imagination.

– Je ne vous ai rien demandé, mage ! Ni votre aide, ni votre avis ! Vous n’êtes qu’un invité de Darius !

– Oh, donc vous maîtrisiez la situation à l’instant ?

– Parfaitement !

Avec un soupir, Seren retourna vers le corps et par précaution le fouilla, même si elle savait parfaitement qu’il n’aurait rien sur lui. Effectivement rien. Elle le prit par les épaules et demanda à l’humain.

– Aidez-moi à le sortir d’ici.

Prenant le corps par les pieds, Rain demanda :

– Vous pensez qu’il était là pour tuer Darius ?

Avec suspicion, Seren répondit :

– Et bien je ne vois pas qui d’autre pourrait être la cible d’un meurtrier professionnel. A part vous bien sûr !

Rain s’arrêta alors. Il n’y avait même pas pensé. Pouvaient-ils avoir retrouvé sa trace ici ? Impossible.

– Vous ne répondez …

Ils étaient parvenus à la porte et Seren s’était interrompue.

– Vous avez retiré la cuillère !

– Eh bien je ne voulais pas laisser l’intrus s’échapper.

Avec un soupir, Seren laissa tomber le corps. Rain qui ne s’y attendait pas, s’exclama :

– Yeh ! Qu’est-ce qui vous prend ?

– Il me prend que nous sommes coincés ! Il n’y a pas de poignée de ce côté de la porte ! Pourquoi croyez-vous que je me suis amusée à retenir la porte avec une cuillère en bois ?

– Comment vouliez-vous que je le sache ! Si je devais anticiper toutes les étrangetés de cet Empire je n’aurais jamais fini ! Et puis ça n’est pas dramatique. Quelqu’un nous ouvrira bien demain matin.

Seren s’éloigna du corps à grand pas en marmonnant contre ces stupides humains. N’ayant rien d’autre à faire, Rain la suivit et s’assit à côté d’elle contre le mur. Seren siffla entre ses dents.

– Etes-vous obligé de vous mettre si proche ? La pièce est grande !

– Bon écoutez, puisque nous sommes coincés ici pour quelques heures autant résoudre notre différent.

Seren ricana.

– Je connais un très bon moyen. Restez loin de moi.

Las de cette situation, Rain lui avoua :

– Je ne suis pas vraiment un ami de Darius. Je suis sous couverte mais je suis l’un de ses employés. Je suis là pour le protéger.

Seren se tourna vers lui, un sourcil levé. Elle trouva son regard et essaya de lire dans ses yeux clairs.

– Vous ne mentez pas n’est-ce pas ?

– Non jamais.

– Bien vous n’êtes pas là pour tuer Darius, je vous le concède. Mais vous restez un mage.

L’adrénaline quittait peu à peu le corps de Seren et elle se mit soudainement à avoir froid. Elle se frictionnait les bras discrètement. Rain le remarqua :

– Le mage que je suis pourrait vous aider à vous réchauffer.

Voyant la jeune femme piquer un fard et le regarder étrangement, il s’empressa d’ajouter.

– En tout bien tout honneur, bien sûr.

Seren essaya de contrôler son rougissement. Depuis qu’elle avait rencontré cet humain elle rougissait beaucoup trop souvent. Ça en devenait ridicule. Calmement elle lui répondit :

– Je préfèrerais mourir.

En soupirant, Rain releva l’une de ses jambes et posa sa tête contre le mur froid derrière lui.

– Pourquoi ne me définissez-vous que par ma magie ? Je ne vois pas qu’une meurtrière implacable lorsque je vous vois. Pourriez-vous essayer d’en faire autant pour moi ?

– Je …

Elle allait le remettre à sa place, quand elle comprit qu’il avait raison. Si elle devait être son propre juge, le résultat ne serait pas bien brillant. Elle n’était qu’une arme, une guerrière qui tuait pour survivre. Rien d’autre. Mais cet humain lui avait parlé, s’était entraîné avec elle, comme s’ils étaient égaux. Il l’avait vue au-delà de l’arène.

Avec étonnement elle s’entendit lui confier :

– Je déteste les mages. Mais vous avez raison. Vous n’êtes pas qu’un mage.

– Ravi de vous l’entendre dire.

Le silence tomba entre eux. Seren avait maintenant remonté ses jambes contre sa poitrine pour essayer de se réchauffer et posé son menton sur ses genoux. Finalement Rain brisa le silence.

– Donc, pouvons-nous conclure une trêve ?

– Oui.

– Bien, faisons cela dans les règles alors.

Il lui tendit une main. Seren le regarda un moment dans les yeux avant de poser sa main contre la sienne. Il la pressa légèrement, scellant ainsi leur pacte de non-agression.

Seren ressentit comme des légers picotements dans ses doigts au contact de la peau de Rain, elle retira donc vivement sa main de la sienne.

Le regard perdu loin devant elle, elle lui dit :

– Merci Rain.

Surpris le jeune homme tourna la tête vers elle.

– Pourquoi donc ?

– Pour ne pas me juger sur ce que vous avez vu dans l’arène, pour avoir soigné Tia et les autres et… et pour m’avoir protégée tout à l’heure. En fait je ne maîtrisais pas la situation tant que cela.

Rain lui sourit, réchauffant la jeune femme de manière tout à fait inattendue.

– C’était avec plaisir Seren. Et je suis désolé de nous avoir bêtement enfermés là-dedans.

Seren lui sourit à son tour.

– Oh vous, moi, un cadavre dans un garde-manger glacial, je ne pouvais rêver meilleure nuit !

Rain rit doucement.

– A ce propos avez-vous une idée de qui en veut assez à Darius pour vouloir l’assassiner ?

– Mon maître à de nombreux ennemis mais pas assez fous pour tenter quoi que ce soit contre lui.

– Peut-être étiez-vous la cible ?

Surprise, Seren demanda :

– Pourquoi moi ? Je ne suis qu’une esclave.

– Certes mais vous êtes aussi une part de son pouvoir, de sa renommée.

Plus elle y réfléchissait, plus elle trouvait cela impossible.

– Non je ne pense pas.

Elle bailla et s’étira. La fatigue commençait à embrumer son esprit. Rain ne put s’empêcher de la taquiner.

– Vous pouvez dormir, je prends le premier tour de garde. Aucun cadavre, ni aucun jambon ne nous attaqueront pendant votre sommeil.

Seren rit puis lui dit d’une voix déjà ensommeillée.

– Quel chevalier vous faîtes ! Vous êtes très courageux.

A la grande surprise de Rain, la jeune elfe s’endormit presque aussitôt, se laissant petit à petit tomber contre lui, trouvant le confort de son épaule et la chaleur de son corps.

Cherchant une position plus confortable il passa un bras autour des épaules de la jeune elfe, qui en profita pour se lover contre sa poitrine, en frissonnant toujours. Rain sourit. Pour quelqu’un qui le détestait, Seren semblait apprécier le confort de ses bras. Après tout il pouvait bien le lui donner, c’était en partie de sa faute s’ils se trouvaient dans cette situation.

Rain la serra contre lui et ferma les yeux, s’endormant à son tour.

 

Seren se sentait particulièrement bien, au chaud et en sécurité. Elle fut néanmoins réveillée par des voix étouffées dans la cuisine. Elle ouvrit rapidement les yeux pour se retrouver dans les bras de Rain. Sa joue se trouvait carrément contre la poitrine de l’humain. Vivement elle se détacha de lui, pour rencontrer ses deux yeux verts, rieurs à cet instant. Elle sentit immédiatement le sang affluer vers son visage. Il lui demanda :

– Bien dormi ?

– Euh oui… désolée pour…

Ne voulant pas l’embarrasser plus que nécessaire, il coupa court aux balbutiements de la jeune femme.

– Et si nous sortions de là, avant que notre ami ne se mette à sentir.

Seren se leva aussitôt.

– Oui bonne idée.

Elle alla toquer à la porte et c’est Tia qui leur ouvrit.

– Seren, monsieur Rain ? Qu’est-ce que vous faisiez enfermés ici ?

Comprenant subitement ce que cela pouvait dire, la jeune adolescente ouvrit des yeux ronds :

– Vous… vous avez passé la nuit ensemble ?

Seren s’empressa de la contredire.

– Mais non enfin ! Nous étions à la poursuite d’un assassin et nous avons fini enfermé là-dedans. D’ailleurs quelqu’un devrait venir retirer le cadavre avant qu’il ne contamine toute la nourriture.

Tia semblait presque déçue.

– Oh oui bien sûr. Au fait le maître voudrait te voir le plus vite possible.

Etonnée, Seren lui demanda :

– Il est déjà debout ? Mais le jour vient à peine de se lever !

– Ne me demande pas pourquoi ! Je ne suis que la messagère.

Rain intervint.

– Je vous suis, nous devons lui parler de cet assassin.

C’est donc ensemble qu’ils firent irruption dans le bureau de Darius, après être passés par leur chambre respective pour se changer.

Le Magister semblait avoir passé une mauvaise nuit. Ses cheveux étaient ébouriffés, comme s’il avait passé la nuit à fourrager dedans. Il portant des habits froissés et faisait des va et vient dans la pièce. Il les regarda entrer ensemble avec suspicion.

– Ah vous voilà ! Où étiez-vous Rain je vous ai fait chercher mais vous n’étiez pas dans votre chambre ?

– C’est une longue histoire.

Rain lui parla donc des événements de la nuit. Cela sembla troubler encore plus Darius qui finit par s’arrêter de bouger et se pencha sur son bureau.

– Quelque chose se prépare je le sens. J’ai reçu ce courrier hier soir. Une lettre de l’organisateur des jeux. Il semblerait que quelqu’un, un anonyme, ait payé une coquette somme pour voir Seren dans les jeux de ce soir. Je n’ai pas de précision sur la nature du combat qui t’attend mais il semblerait que l’on doit s’attendre à des « surprises ».

– Eh bien ne la faites pas combattre ce soir si vous pensez que c’est trop dangereux !

Avec un soupir, Darius se posta devant Seren et posa sa main contre sa joue.

– Tu sais que je ne peux pas perdre la face, je ne peux pas refuser.

La jeune elfe, intoxiquée par la présence et la proximité physique de son maître, lui assura :

– Peu importe l’ennemi, je me battrai et je gagnerai.

Rain ferma les yeux, résigné. Il avait un très mauvais pressentiment.

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Chapitre 5 – Celui qui danse sous la pluie

Noria se réveilla en douceur. Pas de maux de tête, pas de bouche pâteuse. Les Faiseurs bénissent les plantes et leur magie. Très vite elle avait appris comment se débarrasser des gueules de bois qui durent. Quelques gouttes et l’effet était magique ! Au vue de l’activité qui filtrait au-dehors, la matinée devait déjà être bien avancée. Bon, ils n’avaient pas tant bu que ça puisqu’elle se rappelait encore de toute la soirée, c’était plutôt bon signe. Cela voulait aussi dire qu’elle n’avait pas fait de bêtise, même si elle allait très certainement se faire gentiment charrier à cause de cette danse avec Seth.

D’ailleurs en parlant de lui, elle était persuadée qu’il ne devait pas être très frais ce matin. Elle s’habilla à la hâte et décida de vérifier s’il était au moins réveillé. Si non, eh bien elle allait pouvoir se venger correctement. Elle pouvait vraiment être pénible quand elle s’y mettait. Et comme par hasard aujourd’hui elle envie de l’être.

Elle sortit de sa tente d’un pas guilleret en prenant soin de prendre avec elle une petite fiole de sa potion miracle. Elle allait peut-être être magnanime et la lui donner s’il se montrait assez charmant avec elle.

Un grand sourire éclairait ses traits lorsqu’elle croisa Beren. Elle le salua et passa son chemin mais il lui agrippa violemment le poignet.

– Tu as passé la nuit avec lui ?

Les doigts de l’elfe étaient tellement serrés qu’ils allaient certainement laisser des marques.

– Beren, lâche moi tu me fais mal !

– Réponds à la question !

Sa voix était dure et ses mâchoires crispées. Il semblait avoir du mal à contenir sa fureur. Noria aussi était furieuse. Non mais pour qui se prenait-il ? Elle siffla entre ses dents serrées :

– Lâche-moi ! Tu n’as aucun droit de me poser cette question d’accord ? Je t’apprécie, mais là tu dépasses les bornes, et même largement. Nous ne sommes pas un couple Beren. Ni maintenant, ni jamais.

Visiblement ça n’était pas la chose à dire. Non seulement il raffermit sa prise, lui arrachant un petit cri de douleur mais il l’attira également à lui.

– Noria je saurais te rendre heureuse ! Ne pars pas à ce Conclave stupide, ne pars pas avec lui !

Là s’en était trop. Etre petite n’avait pas que des désavantages, son genou atterrit pile dans les parties intimes de Beren qui grogna de douleur et la lâcha immédiatement afin de couvrir la zone meurtrit de ses mains.

– Ne me touche plus jamais ! Je suis sincèrement désolée que tu le prennes comme ça, mais c’est bel et bien finit, si tant est que ça ait commencé un jour !

La bonne humeur de Noria s’était pratiquement envolée. Merci Beren !

Heureusement elle se trouva rapidement devant la tente de Seth. Il ne restait plus qu’à voir si messire était déjà réveillé.

 

Seth était encore profondément endormi. Mais à la périphérie de sa conscience il sentait quelque chose lui chatouiller la joue. Mécontent, il grogna et changea de côté. Le chatouillement ne le laissa pas en paix. Il grogna à nouveau mais cette fois-ci un rire clair lui répondit et une voix au timbre amusé lui murmura à l’oreille.

– Bonjour, Beau Gosse ! Le soleil brille, les oiseaux gazouillent et les hahls … et bien les hahls font ce qu’ils ont à faire ! Il est plus que l’heure de se lever.

Si seulement le pic-vert qui se déchainait dans son crâne voulait bien s’arrêter cinq minutes, cela l’aiderait beaucoup à réfléchir. En tout cas il savait maintenant qui était son bourreau. D’une voix enrouée par le sommeil il lui répondit d’un ton peu amène :

– Noria casse toi, tu veux, il est beaucoup trop tôt.

– Eh bien quel langage très cher, je suis profondément choquée ! J’en connais un qui n’est pas du matin hein ?

– J’ai pas envie de jouer d’accord ! Sors de ma tente et va emmerder quelqu’un d’autre !

Même sans ouvrir les yeux, il pouvait pratiquement voir la moue boudeuse qui se forma sur ses lèvres.

– Mais… et mon cours particulier ? Tu devais me botter les fesses aujourd’hui si je me souviens bien ou alors tu n’es en fait qu’un lâche et …

Bon, elle n’allait apparemment pas se taire donc il prit les choses en main. En tâtonnant un peu et toujours sans ouvrir les yeux, il la fit basculer sur le lit à ses côtés. Cela eut le mérite de lui couper l’envie de parler. Le calme régnant à nouveau dans sa tente, Seth se réinstalla confortablement sur le ventre passa un bras sur le ventre de la jeune elfe qui, allongée sur le dos n’osait plus bouger, et s’apprêta à repartir dans les bras de Morphée. Malheureusement, Noria ne le laissa pas faire :

– Seth ?

– Mmm ?

– Tu dors nu, non ?

Bon c’était visiblement rappé pour finir sa nuit apparemment. En poussant un soupir, il lui demanda :

– Oui pourquoi ?

– Non parce que… hum… le drap a légèrement bougé et euh… très intéressant ses vallaslins sur tes fe … euh ton corps.

– Tu vas pas la fermer hein ?

– Non !

– Ok t’as gagné ! Mais je te préviens j’ai mal au crâne et je suis pas au mieux de ma forme là…

– Ahah mais c’est là que j’interviens !

Seth finit par ouvrir un œil et rencontra les yeux rieurs de la jeune femme.

– Comment ça ?

– Dis-moi d’abord que je suis la femme la plus géniale du monde et que tu m’adores !

D’un ton monocorde à souhait Seth débita :

– Tu-es-la-femme-la-plus-géniale-du-monde-et-je-vais-peut-être-t’adorer.

Noria fit à nouveau la moue :

– Eh bien surtout n’y met pas trop de cœur on pourrait presque y croire ! Figure-toi que j’ai un remède miracle contre ton problème : autrement dit un anti-gueule de bois !

– Sans rire ? Je vais peut-être effectivement t’adorer. T’es sûre que ça marche ?

Noria lui fit son plus beau sourire :

– Regarde-moi et regarde-toi monsieur Grognon ! Pourquoi est-ce que tu crois que je suis aussi fraîche et pimpante qu’une fleur ?

– Ça reste à voir…

D’humeur joyeuse, Noria le frappa doucement sur l’épaule.

– Hey ! Manifestement tu n’y tiens pas plus que ça à ma potion miracle !

Seth lui donna le ton le plus mélodramatique de son répertoire :

– S’il te plait Noria ! Je suis en pleine souffrance… et à moitié endormi !

– Oh pauvre Beau Gosse ! Tu me fends le cœur !

Elle se dégagea des bras de Seth, se leva, posa la fiole à côté du lit et lui lança par-dessus l’épaule :

– Je t’attends dans moins d’une heure dans ma clairière … enfin si tu en es capable bien sûr. Oh et cache-moi ses fesses que je ne saurais voir ! C’est indécent !

Malgré lui (et le pic-vert dans sa tête) il ne put s’empêcher de rire.

 

Noria s’était donc rendue dans sa clairière et avait fait un peu de jardinage en attendant Seth (s’il venait un jour !). Le soleil était quasiment au zénith et l’air était chaud et lourd. Heureusement la forêt autour apportait un peu de fraîcheur et d’ombre. Après avoir passé presque une demi-heure au soleil à bichonner son jardin, elle prenait maintenant l’ombre, assise sur un gros rocher en bordure des arbres. Elle repensa à ce matin et aux mille et une sensations qu’elle avait éprouvées à se retrouver là, à côté de Seth, son bras planqué contre son ventre, son grand corps masculin presque entièrement offert à sa vue. Elle se demandait encore maintenant comme elle avait pu aligner deux mots correctement.

Soudain, sans qu’elle n’entende rien venir, elle sentit deux bras l’enserrer au niveau de la taille et la soulever. Elle se trouva plaquer contre un torse, masculin visiblement, et des lèvres lui claquèrent un baiser sonore sur la joue. Quelques secondes plus tard, elle se retrouva à nouveau assise sur sa pierre. C’était Seth bien sûr, sinon elle ne se serait certainement pas laisser faire.

– Ta potion est un pur miracle ! Sincèrement si tu ne sais pas quoi faire à Orlaïs, je te conseille de la commercialiser. Ça ferait un malheur auprès de tous ces nobles qui pensent pouvoir tenir l’alcool. Je me sens en super forme !

Noria rit doucement et se releva.

– Je savais qu’un jour tu m’adorerais ! Ça n’était qu’une question de temps, d’alcool et de quelques plantes. Trop facile ! Bon alors cette leçon ?

– Oui d’ailleurs à propos de ça, tu ne m’as même pas entendu venir. Heureusement que je n’étais pas un dangereux psychopathe. Je suppose que tu ne vas pas changer ta dague ?

– Elle est très bien comme elle est, c’est-à-dire à ma taille !

Seth haussa les épaules :

– Comme tu voudras Da’mi…

Noria tiqua devant le petit surnom qu’il venait de lui donner. Elle grommela dans sa barbe :

– Tu vas voir ce qu’elle peut te faire la « petite dague ».

Ils passèrent les heures suivantes à s’entraîner. Seth se montrait un mentor patient mais intraitable, la faisant recommencer jusqu’à ce qu’il soit satisfait. A commencer par la filature et le camouflage.

– Le camouflage c’est essentiel, surtout pour les gabarits comme toi ! Tu ne peux pas vraiment compter sur la force brute.

Noria roula des yeux, exaspérée :

– Je sais tout ça ! D’ailleurs je te rappelle que j’ai réussi à te semer le premier jour…

– Uniquement parce que je n’étais pas concentré ! Maintenant tais-toi et apprends !

Au bout d’un moment, ils passèrent à des exercices plus physiques, la lutte au corps à corps. Encore plus difficile pour elle.

Elle avait beau faire de son mieux, Seth la dominait à chaque exercice. En plus l’atmosphère c’était encore alourdie et les nuages bas ne présageaient rien de bon.

Noria était hors d’haleine et en sueur.

– Allez Da’mi un petit effort ! Je te promets qu’on arrête si tu arrives à me mettre sur le dos.

Docilement, la jeune elfe se remit en position. Elle sentit les premières gouttes de pluie sur sa peau.

– On devrait peut-être rentrer avant le déluge !

– Tu plaisantes ? Tu ne vas pas me dire que quelques gouttes te font peur quand même ! Prend ça comme un défi !

Noria serra les dents et se reconcentra. Elle tenta tous les coups fourrés qu’elle connaissait, toutes les passes mais elle n’arrivait à rien. Et le sourire suffisant de Seth ne l’aidait vraiment pas. Pendant leur lutte, les nuages avaient lâché les trombes d’eau qu’ils retenaient prisonniers. Ils étaient trempés jusqu’aux os, glissaient sur l’herbe humide mais ils ne firent pas mine d’arrêter. Finalement elle décida d’y aller franchement. Noria pris le plus d’élan possible, et fonça sur Seth. Elle le percuta de tout son poids au niveau de l’estomac, et même si celui-ci avait essayé de parer le coup et de l’arrêter, la surprise aidant, elle arriva enfin à faire basculer l’elfe sur le sol. Noria, perchée sur la poitrine de Seth, dût crier pour se faire entendre à travers le déluge qui s’abattait sur eux :

– Bon et maintenant on peut rentrer, espèce de fou furieux !

Seth éclata de rire :

– Tu ne trouves pas ça exaltant ?

– Je suis trempée et pleine de boue, j’arrive moyennement à trouver CA exaltant ! Allez viens !

Elle se releva et tendit la main vers Seth pour le relever. Ils coururent jusqu’à la maison de bois pour enfin se mettre à l’abri. Seth ouvrit la porte et ils se faufilèrent à l’intérieur. Noria ne pût s’empêcher d’éclater de rire devant la dégaine de Seth :

– Si tu te voyais !! On dirait un mabari sous la pluie.

Seth sourit et le rire communicatif de la jeune fille fit le reste. Riant à moitié il répliqua :

– Tu n’es franchement pas mieux !

C’est seulement une fois la porte refermée, que Noria se rendit compte que la température avait nettement baissée pendant l’orage et qu’elle grelottait, claquant des dents. Elle se frotta les bras dans une veine tentative de se réchauffer un peu. Elle ne put qu’observer Seth se mettre à l’œuvre pour allumer un feu dans la cheminée. Une fois qu’une belle flambée illumina la pièce, il se tourna vers la jeune femme :

– Tu devrais enlever tes vêtements ou tu vas réussir à tomber malade.

– C’est…c’est tout ce que tu… tu as trouvé pour… me faire retirer mes vêt…vêtements ?

– Allez Da’mi ne te fais pas prier, tu as bien des couvertures dans cette bicoque non ?

– Tour…tourne-toi !

– Pff franchement…

De mauvaise grâce il s’exécuta. Noria farfouilla dans le coffre et trouva deux grandes couvertures. Elle se débarrassa de ses vêtements, tellement mouillés qu’ils lui collaient à la peau, et s’emmitoufla dans la couverture.

– C’est bon tu peux te retourner !

Elle lui lança la deuxième couverture.

– A ton tour !

Seth ne se fit pas prier et en souriant commença à se déshabiller. Toute rouge, Noria se tourna rapidement et s’affaira sur son établi :

– Veux-tu du thé pour te réchauffer ?

– Oui pourquoi pas.

Quelques minutes plus tard, tous les deux perdus dans une couverture bien enroulées autour d’eux, sirotaient tranquillement leurs thés. Seth assis sur le lit le dos au mur et Noria assise devant la cheminée. Malgré tout, la jeune elfe n’arrivait pas à se réchauffer, et de légers tremblements la secouaient encore.

En soupirant, Seth tapota l’espace juste à côté de lui et lui dit :

– Viens par là.

Noria qui n’attendait que ça, grimpa sur le lit et se faufila dans les bras de Seth, pour profiter de sa chaleur. Qu’elle était bien là, au chaud, en sécurité et enfin ses tremblements se calmèrent.

– Tu es sûre que personne ne risque de nous surprendre ici ?

La jeune elfe étouffa un bâillement et lui répondit :

– Aucun risque, tout le monde sait qu’il ne veut mieux pas me déranger quand je fais mes potions et puis le vieux fou avaient tout prévu. La porte est enchantée, seul le propriétaire et ceux qu’il invite peuvent l’ouvrir.

– Oh comme j’ai ouvert la porte ça veut donc dire je suis ton invité ?

– Moui on peut dire ça.

– Je suis honoré.

– Ouais et bien n’en abuse pas non plus. C’est MA maison, mais comme je suis quelqu’un de sympathique je te la prête.

Le silence retomba entre eux, uniquement perturbé pas la pluie qui tombait toujours dehors et les crépitements du bois dans la cheminée. Noria, la voix un peu éraillée par le sommeil, lui demanda :

– Seth ?

– Oui ?

– Tu m’emmèneras à Val Royaux ?

– Mais oui Da’mi

– Seth ?

– Quoi encore ?

– Je suis contente qu’on parte ensemble pour cette mission.

– Moi aussi Da’mi.

Et étonnement il le pensait, il s’était plus attaché à la jeune elfe en quelques jours qu’à tout son clan, qu’il avait pourtant côtoyé toute sa vie. Seth resserra son étreinte et posa son menton sur la tête de la jeune femme. Il répéta :

– Moi aussi.

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Chapitre 5 – S’ouvrir à l’autre

Leena était nerveuse et triturait ses doigts de façon mécanique. Le Premier Enchanteur l’avait convoquée dans son bureau. Sûrement pour discuter de sa situation. Tellement de choses pouvaient déraper alors que pour la première fois, elle était heureuse dans un Cercle. Comme elle aurait voulu avoir rencontré Azel autrement, à l’extérieur. Tout aurait été plus simple. Malheureusement ils étaient tous deux nés mages et elle était maintenant terrifiée de perdre d’un coup tout ce qu’elle avait trouvé ici.

La porte s’ouvrit soudain et le Premier Enchanteur émergea de son bureau. Le vieil homme semblait soucieux mais il fit l’effort de sourire à la jeune femme et les rides autour de ses yeux se plissèrent. Il était difficile de lui donner un âge à cause de la barbe qui lui mangeait tout le bas du visage, mais les nombreux plis de son visage ainsi que la courbure de son dos trahissaient un certain âge.

– Leena ? Entre je t’en prie.

Comme sur un ressort, la jeune femme se redressa et entra dans la pièce :

– Merci, Premier Enchanteur.

Il ferma la porte derrière lui et alla s’asseoir avec difficulté sur son haut siège.

– Allons, appelle moi Irving, mon enfant. Comme tout le monde ici. Alors comment se passe ton intégration dans notre Cercle ?

La jeune femme s’assied et posa sagement ses mains sur ses genoux.

– Très bien monsieur. Tout le monde a été très aimable avec moi et je me suis très vite faite à ma nouvelle vie.

Le vieil homme lui sourit mais ne l’a quittait pas un instant des yeux. Son regard inquisiteur la mit assez mal à l’aise et elle dût se contenir pour ne pas gigoter sur sa chaise, comme une petite fille prise en faute.

– Bien, très bien. J’ai entendu dire qu’Azel et toi étiez amis.

Surprise, Leena fronça les sourcils.

– Pourquoi… Comment savez-vous…

Le rire de Premier Enchanteur la coupa :

– Tout finit toujours par se savoir ma chère ! C’est un petit cercle. Et puis la nature renfermée de ce jeune homme n’a pas dû t’échapper. Alors lorsqu’il s’affiche souriant et riant à tes côtés, les gens parlent et jasent. Telle est la nature humaine.

La jeune femme releva fièrement la tête.

– Eh bien oui, Azel et moi sommes amis.

Irving lui sourit :

– Tant mieux. Il a besoin d’être entouré par autre chose que ces précieux livres. Et je suis sûre qu’une charmante jeune fille comme toi saura lui ouvrir d’autres perspectives.

Leena battit plusieurs fois des cils. Avait-elle rêvé ou le Premier Enchanteur venait de lui faire un clin d’œil ?

– En tout cas je suis très heureux que tout se passe au mieux pour toi. Comme je te l’ai dit au début, j’ai accepté ton transfert sous certaines conditions. Tu comprends, bien entendu, que je ne peux pas me permettre de te mettre ou de mettre mon Cercle en danger.

– Oui bien sûr.

– C’est pourquoi j’ai dû te laisser un moment à la Bibliothèque, au simple rangement des ouvrages. J’avais besoin d’un peu de temps pour savoir ce que j’allais pouvoir faire pour t’aider.

– Oh et euh… avez-vous trouvé ?

– J’ai dû en parler au Chevalier-Capitaine bien sûr. Il doit être mis au courant de tout ce qui te concerne.

La jeune fille déglutit nerveusement. Ses craintes se confirmaient.

– J’ai donc décidé de te prendre en charge moi-même. Sans me vanter outre mesure, je pense être le plus apte à résoudre ton problème et à contrôler les possibles dégâts collatéraux. Nous utiliserons une salle isolée et je mettrais autant de protections magiques que possible autour.

– Avec tout le respect que je vous dois Premier Enchanteur, je doute que ça soit une bonne idée.

– N’aie crainte mon enfant, tout se passera à merveille. Tu ne peux pas rester ainsi toute ta vie ?

– Et pourquoi pas ? Tant que je ne fais rien, les risques de perte de contrôle sont bien moindres.

Irving la regarda avec tristesse et se pencha vers elle.

– J’ai bien peur que ce Cercle soit ta dernière chance, Leena. Je ne crois pas que les Templiers accepteront un autre transfert.

Leena serra fortement ses mains l’une contre l’autre pour éviter que leurs tremblements ne soit trop visibles.

– Alors laissez-moi partir ! Je jure de ne plus utiliser la magie !

Le vieux mage secoua la tête.

– Depuis que ton sang a été récolté pour ton phylactère, tu es devenue une mage à part entière. Si tu sors du cercle sans permission, tu deviendras une apostat. Et tu sais comment finissent les apostats ?

La jeune femme acquiesça.

– Je suis navré de tout cela mais je préfère être le plus transparent possible avec toi. Tu n’es pas une enfant et tu dois savoir quelles sont tes perspectives d’avenir. Et même si le tableau peut te paraître bien sombre, sache que je ferai tout mon possible pour t’aider.

Avec beaucoup de difficulté, elle tenta de contrôler sa voix.

– Merci Irving.

– Parfait alors c’est réglé ! Pour les autres tu seras ma nouvelle assistante, cela me semble plus pratique que de devoir trouver une excuse chaque jour pour me suivre. Nous commencerons en début de semaine prochaine si tu le viens bien, le temps que j’installe et prépare ta salle de cours. Pour la première fois tu me rejoindras ici. As-tu des questions mon enfant ?

Tâchant de faire bonne figure, la jeune mage secoua négativement la tête. Alors avec un sourire qui se voulait rassurant, le Premier Enchanteur lui désigna la porte.

– Bien, alors tu peux disposer mon enfant. Je te souhaite une bonne journée et j’espère sincèrement que notre collaboration pourra t’aider.

Rapidement, Leena se leva et sortit du bureau. Une fois la porte fermée, elle s’y appuya lourdement et soupira. C’était bien pire que ce qu’elle avait imaginé.

 

Leena finissait sa journée à la Bibliothèque. Pour une fois, la journée avait été calme au niveau travail et elle n’avait plus qu’à patienter jusqu’à l’heure du dîner, que tout le monde sorte. Les yeux perdus dans le vague, assisse sur un bureau qui faisait face à une haute fenêtre, elle observait le lac Calenhad qui brillait sous le coucher de soleil. Les derniers rayons frappaient le verre de la fenêtre et inondait la jeune femme de sa lumière. Elle donnerait n’importe quoi pour être à l’extérieur et sentir la vraie chaleur de l’astre contre sa peau. Depuis trois ans qu’elle vivait dans les Cercles, elle avait perdu le teint légèrement doré qu’elle avait toujours eu. Elle rêvait parfois de sentir à nouveau les fleurs, l’herbe, d’entendre les oiseaux chanter ou encore de parcourir les routes vers l’aventure, sans trop savoir où cela la mènerait.

La conversation qu’elle avait eue avec Irving l’inquiétait énormément. Elle ne voulait pas être aidée. Elle voulait simplement qu’on la laisse en paix. Elle n’avait jamais demandé à être mage et elle pouvait très bien vivre sans utiliser ses pouvoirs.

Elle fut tirée de ses rêveries quand elle sentit un bras se refermer autour de sa taille et un menton se poser sur son épaule, tout contre sa joue.

– Tu vas bien ? Tu sembles songeuse.

La jeune femme se tourna vers Azel et machinalement regarda aux alentours pour vérifier qu’ils étaient bien seuls. Il n’était pas utile que le Cercle sache qu’ils étaient en fait un plus que des « amis ».

– Oui ne t’en fais pas, tout va parfaitement bien. On devrait être un peu plus discret, non ?

Le jeune homme haussa les épaules.

– Peu m’importe l’opinion des autres.

La jeune femme sourit et caressa brièvement sa joue imberbe.

– Je sais, mais si les Templiers ont la preuve que nous sommes amants, ils peuvent très bien nous séparer et nous envoyer ailleurs.

Azel réfléchit quelques instants.

– Oui tu as raison. Désolé, je ne sais pas trop comment tout cela fonctionne. J’ai appris que tu avais enfin eu un entretien avec Irving. Comment cela s’est passé ?

Leena soupira.

– Je vois que l’information a déjà fait le tour. Oui il m’a reçue et oui tout s’est bien passé.

Devant le silence de la jeune mage, Azel insista :

– Et alors ? Peux-tu enfin dire adieu aux pavés poussiéreux et à Edwina ?

A contrecœur, la jeune femme répondit :

– Oui, à partir de la semaine prochaine. Je serai l’assistante d’Irving.

Les yeux écarquillés par la surprise, le jeune homme resta un moment sans voix :

– Tu… tu vas être son assistante ?

– Oui. Pour le moment en tout cas.

– C’est… c’est fantastique ! Il doit t’estimer beaucoup. Tes pouvoirs doivent être impressionnants. Le seul assistant qu’il est eu c’était il y a des années et il est maintenant Premier Enchanteur dans un Cercle d’Orlaïs.

Gênée de devoir lui mentir, la jeune fille détourna les yeux :

– Je ne pourrais pas te dire. J’espère juste… être à la hauteur de ses attentes.

– Irving est un homme bon. Je le connais depuis que je suis tout petit. Je suis certain que tout se passera bien, tu seras parfaite.

Avec un petit sourire crispé, elle tenta de faire diversion. Elle sauta au sol et se dirigea vers la sortie.

– Je meurs de faim. Tu m’accompagnes ?

Il fronça légèrement les sourcils et la scruta un instant avant de répondre.

– Non désolé, j’ai encore du travail que j’aimerais terminer.

Il s’approcha d’elle et lui demanda :

– Nous pourrions nous voir… ce soir ?

Pour la première fois de la journée, le sourire de Leena ne fut pas forcé.

– Avec grand plaisir.

 

Sa formation avec Irving débuta doucement. Ils commencèrent avec quelques sorts de base, que les enfants apprenaient au début de leur formation dans le Cercle. Mais même ceux-là lui posèrent des difficultés énormes. Il s’écoula une bonne semaine avant qu’elle puisse faire ne serait-ce qu’un simple bouclier. Irving la félicita chaleureusement mais ses mots sonnèrent creux pour elle. Parce qu’au plus profond d’elle, elle sentait déjà que le feu montait dans ses veines, et d’ici peu il submergerait tout et elle ne pourrait plus le contrôler. Elle allait devoir faire un choix. Soit trouver le moyen d’évacuer en toute sécurité, soit s’en aller le plus rapidement possible. Et pour le moment, elle ne savait pas comment faire pour la première solution et la deuxième…et bien elle se trouvait absolument incapable d’envisager de partir et de laisser Azel derrière elle. Malgré toute sa bonne volonté et ses mises en garde personnelles, elle était maintenant beaucoup trop impliquée. Depuis qu’il lui avait raconté son agression, elle sentait que leur relation avait passé un cap et le jeune homme se comportait aussi différemment avec elle. Son toucher, son regard, son sourire avaient tous quelque chose de presque révérencieux et d’incroyablement tendres. Pour la première fois elle se sentait véritablement désirée. Pas seulement son corps, mais elle, toute entière. Et ça, elle ne pouvait pas s’en détourner, pas alors que c’est ce qu’elle cherchait depuis qu’elle avait été abandonnée.

Mais elle avait de plus en plus de mal à cacher son inquiétude et si Azel ne lui demandait rien pour le moment, elle savait qu’il avait remarqué quelques changements chez elle et qu’il allait, tôt ou tard, finir par lui poser des questions. Elle allait devoir lui mentir une fois de plus, comme à chaque fois qu’elle lui disait que tout allait bien.

Ce soir encore, ils s’étaient retrouvés dans la chambre, qu’elle considérait comme la leur maintenant. Nus et emmitouflés dans d’épaisses couvertures, ils étaient assis sur des cousins moelleux face au feu.

Leena était postée entre les jambes d’Azel, pressée contre son torse nu et profitait du moment présent, essayant de faire le vide dans son esprit. Elle sentait les doigts du jeune homme aller et venir sur la peau de son bras. Avec un petit sourire, la jeune mage lui demanda :

– Alors, est ce que l’on peut dire que je t’ai définitivement convaincu sur les bienfaits des câlins.

Azel laissa courir sa bouche de sa joue jusqu’à sa tempe :

– Peut-être…

Leena rit :

– Je t’ai complètement converti oui !

Le jeune homme posa son menton sur son épaule et lui dit soudain :

– Tu es sans doute la personne qui en sait le plus sur moi, tu sais.

Un peu déconcertée par ce début de conversation étrange, Leena lui demanda :

– Est-ce que cela te pose un problème ?

– Non pas vraiment. C’est simplement que je ne sais pas grand-chose sur toi. Tu restes très mystérieuse à mes yeux.

– Oh. Et… donc ? Tu souhaiterais me poser des questions ?

Elle le sentit hausser les épaules.

– Pourquoi pas.

– D’accord je t’écoute.

Après un petit silence, le jeune homme se lança.

– Lorsque j’ai été dans ton esprit, j’ai vu ton cauchemar. Est-ce que c’était ta famille autour de la table ?

– Je suppose que si je me contente de te dire oui ça ne suffira pas à contenter ta curiosité ?

– Et bien ça serait ton choix, mais effectivement je préférerais que tu étoffes un peu.

La jeune femme prit une grande inspiration. Le dernier homme à qui elle avait confié sa vie l’avait laissée presque brisée. Parler à Azel était une véritable épreuve pour elle. Mais il lui avait fait confiance et elle se devait d’en faire autant. Dans un dernier moment de lâcheté, elle essaya encore de le dissuader.

– Il n’y a rien de bien intéressant dans ma vie.

– Mais c’est la tienne.

– Très bien, je t’aurais prévenu ! Je suis née dans une famille de marchands itinérants. Mon père avait une énorme roulotte où nous vivions sur les routes. Ils vendaient un peu de tout, allait parfois récupérer ce qu’il trouvait sur les champs de bataille. C’était un homme assez froid, qui ne pensait que profit et utilité. Ma mère était une femme usée avant l’heure. Je pense que mon père et elle ne s’aimaient pas. Je ne les ai jamais vus échanger un regard ou un geste tendre ou amoureux. Elle n’avait pas choisi cette vie, mais elle s’en ait contentée. Elle s’occupait de toute l’intendance, et de nous bien sûr.

– Au moins tu as connu tes parents. Je ne sais même pas à quoi ils ressemblent ou ressemblaient. Je ne sais pas non plus s’ils sont toujours vivants.

– Est-ce que tu aimerais savoir ?

– Plus jeune peut-être. Aujourd’hui j’ai trouvé ma place et je sais qui je suis, peu importe mes racines. Combien avais-tu de frère et sœur ?

– Nous étions quatre enfants en tout. Il y avait moi et ma sœur jumelle, Ann et…

Azel la tourna légèrement pour qu’il puisse voir son visage. Il semblait complètement abasourdi :

– Tu as une sœur jumelle ?

– Oui. Ann. Nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau et nous en jouions souvent. Cela faisait tourner nos parents en bourrique.

– C’est très étonnant. Cela doit être très étrange d’avoir en permanence son propre visage devant soi.

– Ann et moi avions une relation très fusionnelle. On ne se quittait jamais, portions les mêmes vêtements. Lorsqu’elle était malade, j’étais malade. La tendresse que mes parents ne nous donnaient pas, nous la trouvions l’une en l’autre.

Cinq ans plus tard, est née Alyssa. Mon père était furieux de ne toujours pas avoir de fils, d’héritiers à qui confier sa chère roulotte. Un an plus tard Talia et deux ans après Judith. Avec Ann nous avions parié qu’ils n’arrêteraient pas temps que le fameux garçon ne montrerait pas le bout de son nez. Mais la place commençait à se faire rare dans la roulotte et nous étions entassés les uns sur les autres.

– Ton enfance a-t-elle était heureuse ?

– Non, pas vraiment. Je dirais que sans Ann, elle aurait même été très triste. Nous voyagions beaucoup, alors nous ne pouvions pas vraiment nous lier d’amitié avec les autres enfants et nous étions obligées de travailler pour notre père. Nous faisions les rabatteuses. Ann et moi avions un petit numéro qui avait beaucoup de succès.

– Dans ton cauchemar ils te quittaient tous, les uns après les autres. Que s’est-il passé ?

La jeune femme se serra un peu plus contre lui et sa voix se fit un peu plus distante.

– Mes pouvoirs se sont manifestés vers mes dix ans. J’ai presque enflammé la roulotte dans mon sommeil. Mon père était furieux et voulait m’abandonner sur la route. Il n’avait que faire d’une fille mage. Je le dégoûtais. C’est ma mère qui est intervenue en ma faveur. Même si elle n’était pas plus heureuse que mon père, elle avait encore un peu d’amour pour moi, je restais sa fille. Ils ont donc attendu d’arriver au prochain village et ils m’ont laissé devant le parvis de la Chantrie, avant de s’éloigner. J’ai supplié, pleuré, tempêté. Ils n’ont jamais tourné la tête vers moi. Lorsque je faisais mine de les suivre, mon père me giflait. La dernière image que j’ai de ma famille, c’est Ann qui me regardait avec un air désespéré, et mes deux autres sœurs qui me faisaient signe.

Elle sentit les lèvres d’Azel sur sa tempe :

– Je suis désolé Leena.

– Ça a été dur au début, évidemment. A dix ans, je me suis soudain retrouvée seule et sans ressource. Je n’ai évidemment pas attendue sagement qu’une sœur vienne me récupérer. Les premières années sont un peu floues pour moi. C’était essentiellement de la survie. J’ai commencé par mendier, puis j’ai chanté dans les rues. Nous avions passé beaucoup de temps dans les tavernes, même si ma mère détestait ça, et j’avais un répertoire de chansons assez large. Quelques années plus tard j’ai voyagé vers Dénérim. Je m’étais dit que tout serait plus simple à la capitale. J’étais jeune et stupide. Je venais d’avoir quinze ans, j’étais déjà devenue une femme. Mon corps avait changé mais pas ma tête. J’ai commencé mes petits spectacles dans les rues, et je récoltais beaucoup d’argent. Encore aujourd’hui je ne sais pas si c’est à cause de mon corps ou ma voix. Le fait est que j’étais un peu perturbée par tout cet argent qui me tombait dans les mains.

Mais ma réussite a vite fait le tour du quartier et ça ne plaisait pas à tout le monde. Un jour, je suis tombée sur un guet-apens. Cinq hommes ont tenté de m’agresser et de me voler. J’ai été sauvé in-extremis par un seul homme.

– L’homme que j’ai vu dans ton esprit ?

– Oui Tyrell. Il a surgit tel un héros pour sauver la demoiselle en détresse.

– Tu ne pouvais pas te défendre grâce à ta magie ?

– Non je n’y ai même pas pensé. Je ne l’utilisais que très rarement, ça n’était pas quelque chose de naturel mais une espèce de malédiction qui m’avait enlevée tout ce que j’avais.

Azel resserra son étreinte autour d’elle et attendit la suite.

– Tyrell était grand, beau, charmant, bien plus âgé et expérimenté que moi. Mais je m’en fichais bien. Il m’avait sauvée la vie. J’ai tout de suite été séduite, hypnotisé par son charme. Il m’a prise sous son aile. Enfin je devrais plutôt dire qu’il m’a exploitée mais évidemment je ne m’en suis pas rendu compte. J’avais quinze ans, j’étais amoureuse comme seule une adolescente peut l’être. Il m’a trouvé de nouveaux vêtements, plus féminins, m’a créé une mise en scène. Je chantais, il empochait. J’étais heureuse pour la première fois de ma vie.

Azel avait repris ses caresses sur son bras.

– Il a été ton amant ?

– Pas au début, mais oui il l’a été. Notre collaboration a duré trois ans, notre couple deux.

– Et que s’est-il passé ?

– Il a appris que j’étais une mage en fuite, une apostat. Il avait peur d’être considéré comme un complice et d’avoir des ennuis avec les Templiers. Je ne l’ai su que plus tard mais il était recherché pour plusieurs méfaits, dont plusieurs cambriolages dans de grandes maisons de nobles et de multiples arnaques. Lorsqu’il l’a appris, il ne m’a rien dit, à continuer à me faire l’amour, à me dire qu’il m’aimait plus que tout au monde.

Nous avions une petite maison, un peu miteuse, que je considérais comme notre nid d’amour. Un jour je suis rentrée du marché et j’ai retrouvé la maison entièrement vidée, notre cache avec tout l’argent que nous avions amassé, vide également. Pas de trace de Tyrell. Pas de lettres, pas de signe de lutte. C’était comme s’il n’avait pas existé. Au début j’ai eu peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose. J’ai cherché sa trace pendant des mois dans toute la capitale. Et puis un jour je l’ai repéré. Il n’avait même pas eu la décence de changer de ville. Il était avec son nouveau petit oiseau chanteur. Une adolescente de quinze ans à peu près. Plus belle et plus talentueuse que moi. Il avait son bras autour de sa taille et la dévorait des yeux.

La jeune femme sentit des larmes couler sur sa joue et elle les essuya rageusement. Elle s’était juré de ne plus pleurer sur cette histoire pathétique.

– J’ai eu le cœur brisé. Je me sentais tellement vide. On venait de m’abandonner. Encore une fois. Et cette fois-ci par l’homme que j’aimais. Ça n’est que bien plus tard que j’ai compris que tout ça, ça n’avait été que du vent pour lui. Je suis même certaine aujourd’hui que mes agresseurs ont été payés par lui.

Malgré elle, des larmes silencieuses continuaient de couler.

– J’ai alors quitté Dénérim. J’ai repris le chemin des routes. Retrouvé ma vie de vagabonde, et je suis allée jusqu’à Orlaïs. Et puis il y a eu un accident et je me suis faite prendre par les Templiers. Heureusement je suis tombée sur des hommes bons qui ont accepté de m’amener au Cercle avant de me juger.

Après un silence, elle conclut d’une voix éraillée par les larmes :

– Voilà mon histoire ! Tu vois rien de bien intéressant, mais légèrement pathétique ça …

Azel la coupa soudain et lui demanda :

– Tourne-toi vers moi.

Leena tourna la tête vers lui et lui demanda :

– Quoi qu’est-ce que …

– Tourne-toi.

Leena s’exécuta et se trouva assise sur les cuisses nues du jeune homme. Délicatement celui-ci prit son visage dans ses mains et des pouces, effaça les larmes sur ses joues.

– Ta famille a été lâche et Tyrell est un homme idiot qui ne te méritait pas. Tu vaux tellement plus que tout ça.

Regarde toi aujourd’hui, tu es une femme exceptionnelle, une mage accomplie et tu n’as pas besoin d’eux.

Un sanglot échappa à la jeune femme. Si seulement il savait…

– Et toi… tu es trop… gentil pour ce monde… mais un jour … tu me laisseras aussi… c’est ma malédiction.

Il lui sourit.

– Jamais ! Je suis là maintenant et je reste avec toi.

Elle écrasa ses lèvres contre les siennes, et Azel lui rendit son baiser, la serrant fortement contre son torse. Elle plongea ses doigts dans ses cheveux noirs et envahit totalement sa bouche. Ses hanches bougèrent contre les siennes. Elle l’embrassa presque avec violence. Doucement, le jeune homme se détacha d’elle et posa ses mains sur les hanches généreuses de la jeune femme, stoppant ses mouvements. Elle avait les yeux encore humides illuminés par une lueur un peu sauvage.

– Je suis là Leena, je suis là. Quoi qu’il arrive tu pourras toujours compter sur moi. Je te le promets.

Comme elle aimerait le croire, mais la peur d’être déçue était bien plus forte. Elle  n’avait plus qu’un but, la préservation de son cœur et de son âme. Alors que faisait-elle là ? Pourquoi continuer à le voir, alors qu’elle savait que chaque nuit, chaque soirée passée avec lui, ce but devenait de plus en plus flou. Parce qu’elle avait besoin de lui tout simplement ! Et il était là pour le moment, pour elle. Rien que pour elle et qu’elle devienne une abomination si elle n’en profitait pas. Avec un petit sourire Leena se pencha vers lui et posa son front contre le sien.

– Nous formons un drôle de couple, tu ne trouves pas ?

Resté sérieux, le jeune homme dégagea une main de la jeune femme de ses cheveux, en embrassa le creux et leva les yeux vers elle :

– Non je ne trouve pas.

Leena pencha son visage vers lui et souffla contre ses lèvres :

– Oui tu as raison, nous sommes parfaits ensemble. Tu es parfait pour moi.

Quoi qu’il lui arrive par la suite, elle aurait ces moments-là et elle savait qu’ils étaient authentiques parce qu’il n’y avait rien de faux en lui. C’est dans ces instants qu’elle se sentait bien plus âgée que ses vingt-trois ans et qu’elle aimerait être la parfaite mage qu’il la croyait être, qu’il méritait. Mais elle ne pouvait pas changer qui elle était. Il l’embrassa alors puis lui demanda :

– Peux-tu chanter pour moi ?

Avec un grand sourire, Leena s’exécuta, chantant une chanson d’amour pour l’homme qu’elle ne méritait pas.

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