Chapitre 3 – Celui qui se rapproche

Ils passèrent l’après-midi ensemble, discutant de leurs vies respectives. Noria se sentait vraiment bien en sa compagnie et pour une fois, elle avait l’impression que quelqu’un la comprenait, ou en tout cas ne la jugeait pas. Elle lui avoua que ses activités d’empoisonneuse ne plaisaient pas à tout le monde au clan, mais qu’elle s’en fichait pas mal. Elle avait besoin de s’isoler de ce cocon familial trop présent. Elle adorait sa famille mais elle était un peu le vilain petit canard. A son âge ses sœurs étaient déjà mariées et mères. Cette mission au Conclave était une vraie opportunité pour elle de s’échapper en douceur. Sans leur dire à tous qu’elle étouffait ici. Elle voulait voir le monde, elle voulait être autre chose qu’une bonne Dalatienne.

Seth l’écouta parler de ses aspirations, ses rêves et se laissa lui-même aller à quelques confidences, sur sa vie chez les Lavellan, cette envie d’autre chose qu’il comprenait très bien. Il la régala d’anecdotes sur Orlaïs et la vie des Shems.

Ils allièrent l’utile à l’agréable et Noria essaya d’inculquer quelques notions de botaniques à Seth qui, curieusement, apprécia la leçon. La petite maisonnette en bois avait appartenu à un Shem que le clan de Noria avait accepté d’héberger sur leurs terres, sans poser plus de question. Noria, jeune adolescente à l’époque, avait sympathisé avec ce vieil homme acariâtre. Elle passait ses journées avec cet homme, qui au début ne lui décrochait pas un mot, et ne voulait pas de sa présence avec lui. Après tout il s’était isolé pour une bonne raison. Mais c’était sans compter l’opiniâtreté de la jeune elfe. A force de l’avoir tous les jours dans ses pattes, le vieil homme commença à lui apprendre deux ou trois petites choses. Ils se rapprochèrent au fil du temps et il apprit à apprécier cette jeune fille, désireuse d’apprendre autres choses que les légendes elfiques et le tir à l’arc. Quelque chose à elle. Il finit même par lui avouer qu’il était un ancien Corbeau d’Antiva, ses assassins si réputés, et que toutes ses connaissances venaient de là. Il s’éteignit paisiblement deux ans après sa venue chez les Dalatiens. Laissant son jardin, sa petite maisonnette et son livre de notes à Noria. Elle avait acquis de bonnes bases et s’était perfectionnée depuis.

Elle lui montra la confection d’un enduit pour ces lames et une potion à base d’acide puissant pour faire fondre n’importe quel métal. Cet acide pouvait également être transformé en gaz, moins puissant mais tout aussi efficace contre une bande d’ennemis.

L’intérieur de la maison de bois était très coquet, un grand établi, des fleurs et des plantes séchaient un peu partout donnant une odeur particulière à l’endroit, pas vraiment désagréable. Un petit lit occupait un coin de la pièce et une grande cheminée logeait dans un des murs. Seth siffla d’admiration.

– Pas mal pour une cabane perdue dans les bois !

– Oui c’est mon « repaire » caché ! Là où je fomente mes vengeances et mes élixirs secrets !

– Tes élixirs secrets ? Comme c’est mystique !

– Tu n’imagines pas combien de femmes sont venues vers moi en me demandant aphrodisiaque, élixir d’amour éternels, potion de jouvence, j’en passe et des meilleurs ! Au début j’en avais fait une petite affaire florissante. Mais bon, comme je donnais simplement de l’eau aromatisée, ça c’est vite su et adieu profit !

Seth éclata de rire :

– Quelle déception ! Et aucune d’elle ne t’a demandée un poison pour se débarrasser de quelqu’un ?

Le visage de Noria se ferma subitement.

– Si, c’est arrivé une fois. Ma grande sœur à vrai dire, la plus jolie et la plus gentille de ma fratrie. C’était pour sa brute de mari. Il la frappait quotidiennement. J’étais la seule à m’en apercevoir mais quand je lui en ai parlé elle m’a fait promettre de ne rien dire et de ne rien faire. Quelques temps plus tard, elle m’a demandé un poison rapide et efficace. Ma famille est très soudée mais elle n’arriverait pas à concevoir que ce genre de chose puisse arriver à quelqu’un de proche. Et ce salaud est malin, il ne la frappe jamais au visage mais sur le corps, pour éviter que ça se voit.

Seth serra les dents et les poings de fureur, même s’il ne connaissait pas ce type il lui mettrait bien une droite dans sa sale face de brute.

– Quel enfoiré ! Tu lui as fait un poison ?

– Oui je lui en ai donné un, indolore comme elle le souhaitait. Mais elle ne lui a jamais fait ingérer. Depuis ils sont repartis dans son clan à lui. Je n’ai jamais compris pourquoi elle acceptait cette vie sans se battre. Mais j’imagine que je suis mal placée pour la juger.

Noria se déplaçait dans cet endroit avec beaucoup d’aisance. Il l’a trouvait bien plus séduisante dans cette petite pièce, pleine de confiance en elle et d’assurance que ce matin à demi nue. Il n’était plus question de tension sexuelle entre eux en ce moment mais plutôt d’une certaine complicité.

Elle était sûre dans ses gestes et guida Seth. Celui-ci était devant l’établi en train de piller une plante pour en faire de la poudre. Noria se trouvait à ses côtés les fesses appuyées contre le bois et observait les mains de Seth travailler. Elle semblait perdue dans ses pensées et elle fut soudainement ramenée à la réalité par une question de Seth :

– Pourquoi tu n’as jamais essayé de voir ailleurs ? Autre chose ?

– Je ne sais pas trop. Il semblerait que je sois moins courageuse que toi.

Seth ricana devant cette affirmation :

– J’en doute.

– Bon et bien disons que le lavage de cerveau de ma famille a réussi. Selon eux la seule place que j’aurais pu me trouver, c’est soit domestique pour une rombière de Shem, soit prostituée. J’avoue que comme ni l’un ni l’autre ne me tentait…

Elle haussa les épaules.

– Du coup je me suis résignée à rester la Dalatienne bizarre de ce clan. Jusqu’à ce qu’on me propose cette mission, dont je ne sais rien d’ailleurs. Espionner les Shems, surtout hors de leur ville, ça m’a l’air d’être un jeu d’enfant.

– Les Shems ont plus de ressources que tu ne le penses Lethallan, ne les sous-estime pas trop.

Puis il ajouta avec un petit sourire :

– Mais tu as de la chance puisque JE serais là pour couvrir tes arrières !

Noria leva les yeux au ciel.

– Comme si j’ai besoin de quelqu’un pour surveiller mes arrières. Figures-toi que mes arrières vont très bien.

– Oui j’ai pu m’en apercevoir.

Seth stoppa son ouvrage et la regarda dans les yeux :

– Plus sérieusement, si on est missionné tous les deux pour cette tâche, j’aimerais que tu me laisses mener l’opération. Je connais les Shems, et j’aimerais autant que tout se passe en douceur.

Noria considéra sa proposition pendant quelques secondes. Sa fierté n’était pas aveugle. Lui laisser mener les opérations ne la dérangeait pas plus que cela, après tout elle était novice en la matière. Elle concéda donc :

– Eh bien ça ne me pose pas de problème mais le souci c’est que je ne suis pas très douée pour suivre les ordres des autres, je suis plutôt du genre solitaire, tu vois.

Seth bougea rapidement, il se posta devant elle, posa les mains sur l’établi de chaque côté de ses hanches, l’emprisonnant dans ses bras. Son regard n’avait rien de séducteur pourtant.

– Noria je ne plaisante pas, en-dehors des clans, la vie est plus palpitante, certes, mais aussi bien plus dangereuse. J’ai besoin de savoir que je peux compter sur toi et que si je te donne un ordre tu le suivras sans poser de question.

La jeune elfe déglutit lentement, assez mal à l’aise du tour que prenait cette conversation et de la proximité physique de Seth. Elle ne pût que souffler :

– Promis.

Le visage de Seth s’adoucit et il lui sourit :

– Bien. Autant essayer de ramener tout le monde sain et sauf de cette mission. Et au fait merci pour cette après-midi, Lethallan. A charge de revanche ! Je te donnerais quelques trucs pour le maniement de la dague. Mais pitié, il va vraiment falloir que tu t’en procure une autre, parce que ton petit couteau là, il ne fait vraiment peur à personne.

– Tss je t’ai déjà dit que ce n’était pas la lame qu’il fallait craindre mais ce qu’il y avait dessus. De toute façon je sais pertinemment qu’en combat au corps à corps j’ai peu de chance de m’en sortir. Je ne manie par l’arc et les fioles pour rien.

– Raison de plus pour t’entrainer un minimum. Et ceci est mon premier ordre en tant que chef d’expédition.

– Eh ben il n’a pas fallu longtemps pour que tu prennes le melon ma parole !

Ironiquement, elle lui fit une petite courbette, battit bêtement des cils et prit une voix haut perchée.

– Oui Ser, à votre service Ser !

– C’est ça, fous toi de moi si tu veux ! Mais prépare-toi pour demain, tu risques de revenir avec quelques bleus.

Noria feignit l’enthousiasme :

– Oh super le bleu c’est carrément ma couleur ! T’as gagné mais je te préviens, pas de rencontre à l’aube hein ! J’ai besoin de mes heures de sommeil moi.

Dehors le soleil était déjà bien bas. Ils allaient devoir rentrés.

– Allez Beau Gosse, il va falloir se presser sinon on risque d’être en retard pour le banquet organisé spécialement en l’honneur des Lavellan. Tu ne voudrais pas faire attendre tout le monde quand même ?

Seth la suivit et haussa négligemment les épaules :

– Faire attendre les gens c’est un peu mon sport préféré.

Chapitre précédent

Chapitre suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *