Chapitre 2 – Dans l’arène

Après « l’apparition » dans les jardins, Rain avait retrouvé Tia, mais l’adolescente le quitta rapidement, elle avait du travail ailleurs. Si bien qu’il n’eut même pas le loisir de lui demander qui était cette elfe qu’il avait vu. Lorsqu’il se trouva seul, il en profita pour utiliser les bains qui le tentaient depuis son arrivée. Vérifiant plusieurs fois qu’il était bien seul, il se déshabilla et plongea avec délice dans l’eau chaude et accueillante. Par Andrasté quel bonheur !

Il resta immerger quelques minutes, appréciant de sentir ses muscles se dénouer lentement.

Lorsqu’il se sentit enfin propre, il enfila les nouveaux habits qu’il avait eu la prévoyance de prendre avec lui et remonta dans sa chambre avec une bassine pleine d’eau chaude, qu’il avait fait chauffer lui-même au grand désespoir des esclaves en cuisine. Il s’installa confortablement devant sa table de toilette et, aidé du miroir, il commença à tailler sa barbe qui en avait bien besoin. Il prit tout son temps mais une fois fini il passa fièrement sa main sur sa courte barbe de quelques millimètres. Enfin il ressemblait de nouveau à lui-même.

La soirée était presque tombée. Rain en profita pour se préparer rapidement. Ne sachant pas trop où ils allaient ce soir il préféra laisser sa lance d’attaque dans sa chambre. Il glissa néanmoins une courte dague fine à sa ceinture.

Etrangement il trouva facilement son chemin jusque l’entrée, sans devoir demander son aide aux nombreux esclaves qu’il croisa. Il était légèrement mal à l’aise devant les courbettes et les « monsieur » que les elfes exécutaient et murmuraient sur son passage. Il détestait l’esclavage et ne comprenait pas pourquoi les elfes ne se révoltaient pas une bonne fois pour toute pour se libérer du joug des Magister.

Enfin il parvint jusqu’à l’entrée. Darius était déjà là, en habits d’apparat. Visiblement il comptait l’emmener dans une soirée entre nobles. Lorsqu’il l’aperçut, Darius ouvrit les bras.

– Mon ami, vous voici enfin ! Eh bien quel changement, sans tous ces poils sur le visage ! Cela vous va beaucoup mieux.

– Merci Darius, j’avoue que cela fait du bien de se sentir soi-même à nouveau.

– Nous voilà donc tous les deux prêts à passer une soirée inoubliable. Ne vous inquiétez pas, nous serons en sécurité là où nous allons.

Rain se força à sourire.

– J’ai hâte de voir ça.

Darius le guida dehors, et Rain remarqua qu’un de ses esclaves le suivait docilement, comme un petit chiot. Le jeune homme devait tout juste être sorti de l’enfance. Il remarqua tout de suite les nombreuses marques de coup de couteau sur ses bras. Il avait le teint pâle et ressemblait plus à un zombie qu’à un être vivant. Le pauvre garçon servait apparemment de réserve de sang pour Darius. Rain crispa les poings, il allait vraiment devoir faire un effort considérable pour ne pas trop montrer sa désapprobation face à ses pratiques barbares. Il se sentit terriblement lâche de détourner son regard mais il ne pouvait rien faire pour ce jeune garçon.

Darius attira son attention pendant qu’ils marchaient dans les rues de Minrathie. Le soleil se couchait à peine et le fond de l’air était encore chaud. Les rues étaient animées et ils croisèrent beaucoup de monde. Dans le quartier tous étaient accompagnés d’un moins un esclave.

– Je vous ferez visiter les merveilles de cette ville, mon ami. Mais ce soir je vais vous faire découvrir l’un de ses joyaux secrets. Je vous demanderais donc de garder le silence sur ce que vous verrez.

– Vous m’intriguez, Darius… rien de trop dangereux j’espère ?

Darius le regarda brièvement dans les yeux, et sembla saisir que Rain demandait à quoi il allait devoir faire face ce soir.

– Non, comme je vous l’ai dit, nous ne courrons aucun danger ce soir, alors détendez-vous et profitez de votre soirée.

Ils marchèrent pendant presque une demi-heure avant de s’arrêter enfin devant une bâtisse gigantesque. A croire que les Tévintides avaient tous quelque chose à compenser. A côté la porte d’entrée faisait presque minuscule. Avec assurance Darius toqua à la porte, murmura quelque chose et la porte s’ouvrit. Intrigué, Rain le suivit et eut la surprise de se découvrir dans un lieu tout à fait étonnant. Ils se trouvaient dans une sorte d’arène, assez grande pour y mettre une centaine d’hommes debout. Les tribunes s’organisaient en ovale tout autour et grimpaient de quelques étages. Darius le conduisit rapidement vers les tribunes en hauteur. Ils s’installèrent dans de confortables fauteuils, pendant que l’esclave s’activait pour leur verser un verre de vin. Ils n’étaient pas seuls dans cette immense tribune. Un gros homme, aux cheveux filasses, d’une quarantaine d’années, que Darius avait appelé Vorenus, un Magister aussi puissant que son bienfaiteur. Il était très exubérant et se dit ravi de rencontrer un ami de « son cher Darius ». Il y avait également un autre homme d’une trentaine année, Devon, un brun, assez effacé, qui ne semblait pas être à son aise ici et une femme d’une quarantaine d’années, Emilia, dont la beauté se fanait déjà. Elle s’accrocha au cou de Darius aussitôt qu’elle le vit puis s’intéressa à Rain lorsqu’elle apprit qu’il faisait partie de la noblesse Féréldienne.

Rain essaya de se défaire des attentions de cette femme et y parvient finalement. Il se réinstalla et observa un peu plus les lieux. L’arène était comble et composée d’hommes et de femmes Magister. L’excitation de la foule était quasiment palpable. Jamais il n’avait entendu parler de ces combats ! Décidément l’Empire était bien méconnu de ses voisins. Il se tourna vers Darius.

– Qui combat dans vos arènes ?

Le Tévintide lui sourit, énigmatique.

– Vous le verrez bien assez tôt !

Un son de corne résonna alors. Un homme dans une tribune voisine, utilisa un sort pour amplifier le son de sa voix.

– Mesdames et Messieurs, bienvenues dans les arènes de Minrathie ! Ce sort nous vous proposons un combat exceptionnel. A ma droite surgira le champion toutes catégories de Qarinus. Voici l’homme aux innombrables victoires, Crixus !

La foule acclama le champion qui fit son entrée sur le sable de l’arène. C’était un humain à la carrure d’’ours, un géant, une force de la nature. Il s’avança vers le milieu de l’arène et leva bien haut sa hache à deux mains.

– A ma gauche, la championne de cette arène ! Notre championne ! Celle que l’on a vu évoluer ici même ! Dix ans de victoire, mesdames et messieurs. Notre cher Darius nous donne ce soir, Némésis !

Rain s’avança sur son siège. Cette femme qui venait d’entrer dans l’arène était l’elfe qu’il avait vu dans les jardins de Darius !

 

Némésis ! Non elle ne s’appelait pas ainsi. Son nom était Seren. Mais l’arène ne voulait pas de Seren, elle voulait du sang et seule Némésis était capable de leur donner. Lorsque la grille s’ouvrit devant elle, elle empoigna ses armes et s’avança dans l’arène. Si la foule avait acclamé Crixus, elle fut en délire pour elle, scandant son nom, encore et encore. Seren resta de marbre, mais à l’intérieur son sang bouillonnait dans ses veines. Comme à chaque fois elle se tourna vers la tribune de son maître pour lui faire une légère révérence. Mais elle s’arrêta. A côté de Darius se trouvait un homme qu’elle n’avait jamais vu. Il semblait grand et bien bâtit, blond, les cheveux coupés court et une courte barbe lui mangeait les joues. Mais ce qui l’arrêta c’est son regard qui la fixait intensément. De si loin elle ne pût voir de quelle couleur était ses iris et étrangement elle se fit la réflexion qu’elle aurait bien aimé le savoir. Elle se força a détaché ses yeux de lui pour regarder Darius et lui faire sa petite révérence habituelle. Il lui sourit brièvement et son cœur s’emballa, comme à chaque fois qu’il lui montrait de l’intérêt.

Elle se tourna ensuite vers son adversaire du jour. Crixus. Tout en l’observant du coin de l’œil elle se mit à genoux, déposa ses armes au sol et mit ses mains bien à plat contre le sable. Elle sentait le sol vibrer sous les nombreux mouvements des spectateurs. Elle se mit au diapason de cette vibration et se releva. L’humain en face d’elle semblait très confiant. Beaucoup de muscle, pas beaucoup de subtilité. Mais elle ne devait pas le sous-estimer. Evidemment, comme presque tous ses opposants avant lui, il ne put s’empêcher de fanfaronner.

– Alors ma jolie, c’est avec ces cure-dents que tu comptes me mettre à terre ? Je te souhaite bien du courage, personnellement je ne compte pas te faire de cadeau !

Seren ne s’abaissa même pas à répondre, elle se contenta de faire tournoyer ses Sais, impatiente de rabattre le caquet à ce Shem.

La voix de l’animateur retenti encore.

– Némésis, Crixus, que le combat commence !

Ça y était. C’était maintenant, lui ou elle. Elle oublia tout, tout ce qui n’était pas l’ennemi devant elle. Lorsqu’elle se battait, elle avait cette étrange capacité de se détacher complètement de son environnement.

Elle en profita pour jauger son adversaire, le laissant attaquer. Elle esquiva facilement ses coups. Comme elle l’avait supposé il y mettait toute sa force mais elle arriva à les lire avec une facilité déconcertante. C’était ça le grand champion de Qarinus ? Elle passa alors à l’attaque, lui entaillant les cuisses. Crixus réagit tout de suite et c’est comme si lui aussi passa à la vitesse supérieure. Ses coups de haches se firent plus précis, plus rapides et Seren eut alors du mal parer. Finalement il semblerait que Crixus avait lui aussi plus d’un tour dans son sac. Elle dût elle aussi accélérer son rythme. Elle virevolta autour de lui, lui échappant toujours à la dernière seconde. Cela fit enrager le champion qui hurla :

– Arrête de bouger, sale elfe !

Seren rit intérieurement. Comme si elle allait lui faire ce plaisir ! Elle réussit à le blesser sur le bras, profondément. De rage Crixus fit quelque chose à laquelle Seren ne s’attendait pas. Il recula sa tête et avec puissance il lui donna un puissant coup de tête. Heureusement, elle avait su anticiper et s’était déplacer au tout dernier moment, recevant le coup sur son épaule. Cet homme avait une force de bête. Elle recula et massa son épaule endolorie. Crixus ricana.

– On fait moins la maligne hein !

Il profita de son égarement pour lui mettre un coup de manche dans le ventre. Cette fois elle ne put l’éviter et s’écroula au sol, alors que la foule retenait son souffle. Seren avait le souffle coupé. Elle vit l’humain lever sa hache très haut, prêt à l’abattre sur elle. Comme au ralenti elle vit la lame s’abattre, doucement, lentement. Voilà ! C’était le moment ! Avec adresse elle fit une roulade sur le côté et se rétabli sur ses pieds. Le temps reprit son cours et Crixus enfonça sa hache profondément dans le sol, la coinçant pendant quelques secondes.

Pour la première fois depuis son entrée dans l’arène, Seren sourit. Rapidement elle se faufila derrière le Shem, occupé à sortir sa hache du sol. Elle voulut passer l’un de ses Sais sur sa gorge, mais Crixus ne lui en laissa pas le temps. Il finit par abandonner son arme et profita de la proximité physique de la jeune femme pour mettre sa puissance physique à l’œuvre. Il attrapa la jeune femme par le cou et la souleva comme si elle ne pesait pas plus lourd qu’un fétu de paille.

L’elfe ne s’était pas attendu à ce que le Shem ait l’intelligence de laisser son arme aussi facilement.

Elle se trouva prisonnière de sa grande main qui serrait son cou, le bras tendu devant lui, pendant que l’autre bloquait l’un de ses bras armé. La situation devenait compliquée pour Seren et elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même.

Elle ne devait jamais baisser sa garde, même quand la partie était quasiment gagnée. La foule hurlait maintenant, ne supportant pas que leur championne se fasse malmener par un champion d’une autre ville.

Seren réfléchit rapidement avant de ne plus avoir assez d’air dans le corps. Elle devait faire quelque chose, vite.

Elle commença par enfoncer profondément son Sai dans le bras qui retenait son cou. Crixus hurla mais ne relâcha pas sa prise, au contraire. Elle changea de tactique. Elle lâcha son Sai, prit appui sur le bras de l’humain et se servit de cet appui et de sa grande souplesse pour propulser ses jambes vers l’avant. Ses genoux rencontrèrent son menton avec puissance. La tête de l’humain partit vers l’arrière et enfin il lâcha sa prise.

Seren prit une grande goulée d’air et s’accroupit pour ramasser son arme. Crixus était tombé sur le dos complétement sonné. Elle grimpa sur lui et visa chacun de ses yeux avec ses armes ne les arrêtant qu’à un millimètre de ses globes oculaires.

La foule hurla sa joie. Leur championne avait gagné. Le souffle court Seren ne bougea pas pendant de longues minutes.

– Minrathie, ta championne est victorieuse ! Quel sort réserveras-tu au vaincu ?

Et la foule de scander « A mort ! A mort ! A mort ».

Seren leva la tête vers Darius. Celui-ci lui sourit franchement, fier d’elle, et à l’adrénaline du combat se joignit le bonheur d’avoir rendu son maître heureux. Comme malgré lui, son regard se détourna pour se poser sur l’inconnu à ses côtés. Son visage n’exprimait rien de particulier mais son regard semblait toujours aussi intense. Elle regarda à nouveau Darius. Celui-ci se leva lentement sous les hourras de la foule. Il s’approcha du balcon et fit un simple geste du menton dans sa direction.

Résignée, Seren se tourna vers Crixus. Celui-ci avait repris conscience et la regardait avec un calme et une sérénité qui la fascinèrent. Elle n’avait pas le choix et il le savait. Comme d’habitude, elle barricada son cœur et ses sentiments. Elle murmura :

– Tu t’es vaillamment défendu.

Elle leva haut ses Sais et les plongea dans les yeux de l’humain, le tuant sur le coup. La foule lui transmit son approbation par des vivats et des acclamations.

Seren se releva, encore une fois elle était debout, encore une fois elle avait du sang sur les mains.

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