Chapitre 2 – Dans l’arène

Après « l’apparition » dans les jardins, Rain avait retrouvé Tia, mais l’adolescente le quitta rapidement, elle avait du travail ailleurs. Si bien qu’il n’eut même pas le loisir de lui demander qui était cette elfe qu’il avait vu. Lorsqu’il se trouva seul, il en profita pour utiliser les bains qui le tentaient depuis son arrivée. Vérifiant plusieurs fois qu’il était bien seul, il se déshabilla et plongea avec délice dans l’eau chaude et accueillante. Par Andrasté quel bonheur !

Il resta immerger quelques minutes, appréciant de sentir ses muscles se dénouer lentement.

Lorsqu’il se sentit enfin propre, il enfila les nouveaux habits qu’il avait eu la prévoyance de prendre avec lui et remonta dans sa chambre avec une bassine pleine d’eau chaude, qu’il avait fait chauffer lui-même au grand désespoir des esclaves en cuisine. Il s’installa confortablement devant sa table de toilette et, aidé du miroir, il commença à tailler sa barbe qui en avait bien besoin. Il prit tout son temps mais une fois fini il passa fièrement sa main sur sa courte barbe de quelques millimètres. Enfin il ressemblait de nouveau à lui-même.

La soirée était presque tombée. Rain en profita pour se préparer rapidement. Ne sachant pas trop où ils allaient ce soir il préféra laisser sa lance d’attaque dans sa chambre. Il glissa néanmoins une courte dague fine à sa ceinture.

Etrangement il trouva facilement son chemin jusque l’entrée, sans devoir demander son aide aux nombreux esclaves qu’il croisa. Il était légèrement mal à l’aise devant les courbettes et les « monsieur » que les elfes exécutaient et murmuraient sur son passage. Il détestait l’esclavage et ne comprenait pas pourquoi les elfes ne se révoltaient pas une bonne fois pour toute pour se libérer du joug des Magister.

Enfin il parvint jusqu’à l’entrée. Darius était déjà là, en habits d’apparat. Visiblement il comptait l’emmener dans une soirée entre nobles. Lorsqu’il l’aperçut, Darius ouvrit les bras.

– Mon ami, vous voici enfin ! Eh bien quel changement, sans tous ces poils sur le visage ! Cela vous va beaucoup mieux.

– Merci Darius, j’avoue que cela fait du bien de se sentir soi-même à nouveau.

– Nous voilà donc tous les deux prêts à passer une soirée inoubliable. Ne vous inquiétez pas, nous serons en sécurité là où nous allons.

Rain se força à sourire.

– J’ai hâte de voir ça.

Darius le guida dehors, et Rain remarqua qu’un de ses esclaves le suivait docilement, comme un petit chiot. Le jeune homme devait tout juste être sorti de l’enfance. Il remarqua tout de suite les nombreuses marques de coup de couteau sur ses bras. Il avait le teint pâle et ressemblait plus à un zombie qu’à un être vivant. Le pauvre garçon servait apparemment de réserve de sang pour Darius. Rain crispa les poings, il allait vraiment devoir faire un effort considérable pour ne pas trop montrer sa désapprobation face à ses pratiques barbares. Il se sentit terriblement lâche de détourner son regard mais il ne pouvait rien faire pour ce jeune garçon.

Darius attira son attention pendant qu’ils marchaient dans les rues de Minrathie. Le soleil se couchait à peine et le fond de l’air était encore chaud. Les rues étaient animées et ils croisèrent beaucoup de monde. Dans le quartier tous étaient accompagnés d’un moins un esclave.

– Je vous ferez visiter les merveilles de cette ville, mon ami. Mais ce soir je vais vous faire découvrir l’un de ses joyaux secrets. Je vous demanderais donc de garder le silence sur ce que vous verrez.

– Vous m’intriguez, Darius… rien de trop dangereux j’espère ?

Darius le regarda brièvement dans les yeux, et sembla saisir que Rain demandait à quoi il allait devoir faire face ce soir.

– Non, comme je vous l’ai dit, nous ne courrons aucun danger ce soir, alors détendez-vous et profitez de votre soirée.

Ils marchèrent pendant presque une demi-heure avant de s’arrêter enfin devant une bâtisse gigantesque. A croire que les Tévintides avaient tous quelque chose à compenser. A côté la porte d’entrée faisait presque minuscule. Avec assurance Darius toqua à la porte, murmura quelque chose et la porte s’ouvrit. Intrigué, Rain le suivit et eut la surprise de se découvrir dans un lieu tout à fait étonnant. Ils se trouvaient dans une sorte d’arène, assez grande pour y mettre une centaine d’hommes debout. Les tribunes s’organisaient en ovale tout autour et grimpaient de quelques étages. Darius le conduisit rapidement vers les tribunes en hauteur. Ils s’installèrent dans de confortables fauteuils, pendant que l’esclave s’activait pour leur verser un verre de vin. Ils n’étaient pas seuls dans cette immense tribune. Un gros homme, aux cheveux filasses, d’une quarantaine d’années, que Darius avait appelé Vorenus, un Magister aussi puissant que son bienfaiteur. Il était très exubérant et se dit ravi de rencontrer un ami de « son cher Darius ». Il y avait également un autre homme d’une trentaine année, Devon, un brun, assez effacé, qui ne semblait pas être à son aise ici et une femme d’une quarantaine d’années, Emilia, dont la beauté se fanait déjà. Elle s’accrocha au cou de Darius aussitôt qu’elle le vit puis s’intéressa à Rain lorsqu’elle apprit qu’il faisait partie de la noblesse Féréldienne.

Rain essaya de se défaire des attentions de cette femme et y parvient finalement. Il se réinstalla et observa un peu plus les lieux. L’arène était comble et composée d’hommes et de femmes Magister. L’excitation de la foule était quasiment palpable. Jamais il n’avait entendu parler de ces combats ! Décidément l’Empire était bien méconnu de ses voisins. Il se tourna vers Darius.

– Qui combat dans vos arènes ?

Le Tévintide lui sourit, énigmatique.

– Vous le verrez bien assez tôt !

Un son de corne résonna alors. Un homme dans une tribune voisine, utilisa un sort pour amplifier le son de sa voix.

– Mesdames et Messieurs, bienvenues dans les arènes de Minrathie ! Ce sort nous vous proposons un combat exceptionnel. A ma droite surgira le champion toutes catégories de Qarinus. Voici l’homme aux innombrables victoires, Crixus !

La foule acclama le champion qui fit son entrée sur le sable de l’arène. C’était un humain à la carrure d’’ours, un géant, une force de la nature. Il s’avança vers le milieu de l’arène et leva bien haut sa hache à deux mains.

– A ma gauche, la championne de cette arène ! Notre championne ! Celle que l’on a vu évoluer ici même ! Dix ans de victoire, mesdames et messieurs. Notre cher Darius nous donne ce soir, Némésis !

Rain s’avança sur son siège. Cette femme qui venait d’entrer dans l’arène était l’elfe qu’il avait vu dans les jardins de Darius !

 

Némésis ! Non elle ne s’appelait pas ainsi. Son nom était Seren. Mais l’arène ne voulait pas de Seren, elle voulait du sang et seule Némésis était capable de leur donner. Lorsque la grille s’ouvrit devant elle, elle empoigna ses armes et s’avança dans l’arène. Si la foule avait acclamé Crixus, elle fut en délire pour elle, scandant son nom, encore et encore. Seren resta de marbre, mais à l’intérieur son sang bouillonnait dans ses veines. Comme à chaque fois elle se tourna vers la tribune de son maître pour lui faire une légère révérence. Mais elle s’arrêta. A côté de Darius se trouvait un homme qu’elle n’avait jamais vu. Il semblait grand et bien bâtit, blond, les cheveux coupés court et une courte barbe lui mangeait les joues. Mais ce qui l’arrêta c’est son regard qui la fixait intensément. De si loin elle ne pût voir de quelle couleur était ses iris et étrangement elle se fit la réflexion qu’elle aurait bien aimé le savoir. Elle se força a détaché ses yeux de lui pour regarder Darius et lui faire sa petite révérence habituelle. Il lui sourit brièvement et son cœur s’emballa, comme à chaque fois qu’il lui montrait de l’intérêt.

Elle se tourna ensuite vers son adversaire du jour. Crixus. Tout en l’observant du coin de l’œil elle se mit à genoux, déposa ses armes au sol et mit ses mains bien à plat contre le sable. Elle sentait le sol vibrer sous les nombreux mouvements des spectateurs. Elle se mit au diapason de cette vibration et se releva. L’humain en face d’elle semblait très confiant. Beaucoup de muscle, pas beaucoup de subtilité. Mais elle ne devait pas le sous-estimer. Evidemment, comme presque tous ses opposants avant lui, il ne put s’empêcher de fanfaronner.

– Alors ma jolie, c’est avec ces cure-dents que tu comptes me mettre à terre ? Je te souhaite bien du courage, personnellement je ne compte pas te faire de cadeau !

Seren ne s’abaissa même pas à répondre, elle se contenta de faire tournoyer ses Sais, impatiente de rabattre le caquet à ce Shem.

La voix de l’animateur retenti encore.

– Némésis, Crixus, que le combat commence !

Ça y était. C’était maintenant, lui ou elle. Elle oublia tout, tout ce qui n’était pas l’ennemi devant elle. Lorsqu’elle se battait, elle avait cette étrange capacité de se détacher complètement de son environnement.

Elle en profita pour jauger son adversaire, le laissant attaquer. Elle esquiva facilement ses coups. Comme elle l’avait supposé il y mettait toute sa force mais elle arriva à les lire avec une facilité déconcertante. C’était ça le grand champion de Qarinus ? Elle passa alors à l’attaque, lui entaillant les cuisses. Crixus réagit tout de suite et c’est comme si lui aussi passa à la vitesse supérieure. Ses coups de haches se firent plus précis, plus rapides et Seren eut alors du mal parer. Finalement il semblerait que Crixus avait lui aussi plus d’un tour dans son sac. Elle dût elle aussi accélérer son rythme. Elle virevolta autour de lui, lui échappant toujours à la dernière seconde. Cela fit enrager le champion qui hurla :

– Arrête de bouger, sale elfe !

Seren rit intérieurement. Comme si elle allait lui faire ce plaisir ! Elle réussit à le blesser sur le bras, profondément. De rage Crixus fit quelque chose à laquelle Seren ne s’attendait pas. Il recula sa tête et avec puissance il lui donna un puissant coup de tête. Heureusement, elle avait su anticiper et s’était déplacer au tout dernier moment, recevant le coup sur son épaule. Cet homme avait une force de bête. Elle recula et massa son épaule endolorie. Crixus ricana.

– On fait moins la maligne hein !

Il profita de son égarement pour lui mettre un coup de manche dans le ventre. Cette fois elle ne put l’éviter et s’écroula au sol, alors que la foule retenait son souffle. Seren avait le souffle coupé. Elle vit l’humain lever sa hache très haut, prêt à l’abattre sur elle. Comme au ralenti elle vit la lame s’abattre, doucement, lentement. Voilà ! C’était le moment ! Avec adresse elle fit une roulade sur le côté et se rétabli sur ses pieds. Le temps reprit son cours et Crixus enfonça sa hache profondément dans le sol, la coinçant pendant quelques secondes.

Pour la première fois depuis son entrée dans l’arène, Seren sourit. Rapidement elle se faufila derrière le Shem, occupé à sortir sa hache du sol. Elle voulut passer l’un de ses Sais sur sa gorge, mais Crixus ne lui en laissa pas le temps. Il finit par abandonner son arme et profita de la proximité physique de la jeune femme pour mettre sa puissance physique à l’œuvre. Il attrapa la jeune femme par le cou et la souleva comme si elle ne pesait pas plus lourd qu’un fétu de paille.

L’elfe ne s’était pas attendu à ce que le Shem ait l’intelligence de laisser son arme aussi facilement.

Elle se trouva prisonnière de sa grande main qui serrait son cou, le bras tendu devant lui, pendant que l’autre bloquait l’un de ses bras armé. La situation devenait compliquée pour Seren et elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même.

Elle ne devait jamais baisser sa garde, même quand la partie était quasiment gagnée. La foule hurlait maintenant, ne supportant pas que leur championne se fasse malmener par un champion d’une autre ville.

Seren réfléchit rapidement avant de ne plus avoir assez d’air dans le corps. Elle devait faire quelque chose, vite.

Elle commença par enfoncer profondément son Sai dans le bras qui retenait son cou. Crixus hurla mais ne relâcha pas sa prise, au contraire. Elle changea de tactique. Elle lâcha son Sai, prit appui sur le bras de l’humain et se servit de cet appui et de sa grande souplesse pour propulser ses jambes vers l’avant. Ses genoux rencontrèrent son menton avec puissance. La tête de l’humain partit vers l’arrière et enfin il lâcha sa prise.

Seren prit une grande goulée d’air et s’accroupit pour ramasser son arme. Crixus était tombé sur le dos complétement sonné. Elle grimpa sur lui et visa chacun de ses yeux avec ses armes ne les arrêtant qu’à un millimètre de ses globes oculaires.

La foule hurla sa joie. Leur championne avait gagné. Le souffle court Seren ne bougea pas pendant de longues minutes.

– Minrathie, ta championne est victorieuse ! Quel sort réserveras-tu au vaincu ?

Et la foule de scander « A mort ! A mort ! A mort ».

Seren leva la tête vers Darius. Celui-ci lui sourit franchement, fier d’elle, et à l’adrénaline du combat se joignit le bonheur d’avoir rendu son maître heureux. Comme malgré lui, son regard se détourna pour se poser sur l’inconnu à ses côtés. Son visage n’exprimait rien de particulier mais son regard semblait toujours aussi intense. Elle regarda à nouveau Darius. Celui-ci se leva lentement sous les hourras de la foule. Il s’approcha du balcon et fit un simple geste du menton dans sa direction.

Résignée, Seren se tourna vers Crixus. Celui-ci avait repris conscience et la regardait avec un calme et une sérénité qui la fascinèrent. Elle n’avait pas le choix et il le savait. Comme d’habitude, elle barricada son cœur et ses sentiments. Elle murmura :

– Tu t’es vaillamment défendu.

Elle leva haut ses Sais et les plongea dans les yeux de l’humain, le tuant sur le coup. La foule lui transmit son approbation par des vivats et des acclamations.

Seren se releva, encore une fois elle était debout, encore une fois elle avait du sang sur les mains.

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Chapitre 2 – Celui qui teste

Seth n’avait pas pu s’empêcher d’observer Noria depuis qu’elle était entrée dans la pièce. Elle semblait avoir retrouvé son calme, dommage ! Il l’a trouvait charmante en colère ! Elle ne cessait de le surprendre, à commencer par ces vêtements. Elles ne ressemblaient vraiment pas aux Dalatiennes qu’il avait croisées durant sa vie au sein des Lavellan.

Il savait qu’il ne la laissait pas indifférente, comme de nombreuses femmes avant elle et même quelques hommes. Et qui était-il pour refuser le plaisir librement consenti ? Une seule règle, ne jamais mêler les sentiments au sexe. C’était en général synonyme de larmes, de drames et de déceptions. Très peu pour lui.

Il n’écoutait évidemment rien de ce qui se disait et scruta la jeune elfe.

Celle-ci se mit subitement à rougir. Oh c’était assez discret mais comme il était en train de l’observer il ne pouvait pas le louper. Qu’est ce qui se passait dans cette jolie petite tête ? Rougissait-elle de colère, de frustration, de désir ?

Subitement elle releva la tête et le regard qu’elle lui laissa ne lassa plus la place au doute. Eh bien il semblerait qu’il se passe des choses peu recommandables dans cette tête et il irait même jusqu’à supposer qu’elle était en train de penser à passer du bon temps avec lui. Pour le simple plaisir de la gêner encore plus, il lui décocha le sourire qu’il savait parfaitement irrésistible. Aucune réaction de sa part ? Rafraichissant ! Maintenant que le jeu était lancé, les paris étaient ouverts. Combien de temps lui résisterait-elle ?

Elle finit par détourner le regard et fit son possible pour paraître distante et insensible à son charme. Puis elle se leva soudainement et sortit de la tente. Il décida immédiatement de la suivre. Après tout ça n’était pas comme si cette petite réunion l’intéressait, c’était même tout le contraire.

Silencieusement il sortit à son tour. La discrétion et la filature c’était son truc après tout et il était même foutrement doué pour ça, en tout modestie. De plus, il suspectait que sa proie ne serait pas trop difficile à suivre. Effectivement, et à sa grande déception, elle ne lui offrit pas un grand challenge, s’enfonçant de plus en plus dans la forêt sans même essayer de couvrir ses traces. Amatrice !

Finalement il atterrit dans une toute petite clairière avec un petit jardin de plantes en son centre à côté d’une construction en bois. Il n’y connaissait pas grand chose en botanique mais il lui sembla que certaines d’entre elles étaient utilisées pour la confection de poison, et plutôt violent avec ça. Par contre pas de Noria en vue. Où était-elle passée ? Il n’avait pas pu la perdre, c’était totalement impossible. C’était comme si les traces s’arrêtaient nettes. Puis tout se passa très vite.

Il n’eut pas le temps de réfléchir plus longtemps, lorsqu’il sentit un poids poussé contre l’arrière de ses genoux. La surprise l’empêcha de réagir tout de suite, il tomba donc vers l’avant. Il eut à peine le temps de toucher le sol que dans un même mouvement il se retourna et sortit sa dague prêt à faire face à son adversaire. Il s’apprêta à se redresser quand son opposant se jeta lourdement sur lui, obligeant son dos a rencontré le sol. Il sentit un corps féminin sur le sien et une dague aiguisée sur sa joue. Eh bien finalement peut-être pas si amatrice que ça !

 

Noria ne put contenir un large sourire lorsqu’elle vit l’air surpris de Seth. Elle se pressa d’avantage contre lui jusqu’à que leurs visages se touchent presque, la dague toujours positionnée sur sa joue.

– Ts ts ts, ça n’est pas très poli de suivre une jeune fille innocente dans son jardin secret. Je te déconseille fortement de bouger, ajouta-t-elle en pressant plus fermement la dague.

Seth reprit vite contenance, un sourire ironique sur les lèvres il posa son regard doré sur la petite dague posée sur sa peau.

– C’est avec ça que tu comptes me tuer ?

– Te tuer ? Quelle drôle d’idée ! Non je pensais à une torture plus lente pour te punir de l’humiliation de ce matin.

Elle savait parfaitement que sa menace était totalement veine et qu’il pourrait se libérer très vite s’il le souhaitait. Comme il ne faisait pas mine de bouger et semblait simplement attendre la suite, elle poursuivit.

– Ma dague est enduite d’une mixture maison. Si celle-ci entre en contact avec ton sang tu passeras certainement les heures les plus horribles de ta vie à vomir tripes et boyaux.

Seth grimaça.

– Ça tombe plutôt mal j’ai horreur de salir mes vêtements !

Elle était beaucoup trop proche de lui, les yeux dans les siens. Il fallait qu’elle recule avant de faire quelque chose de stupide, d’inconvenant voire totalement humiliant, voire tout ça à la fois. Mais avant qu’elle ne puisse esquisser le moindre geste, elle sentit la main de Seth se poser doucement dans le bas de son dos. Distraite, elle mit du temps à sentir quelque chose contre sa cuisse. La dague que Seth avait eu le temps de sortir avant qu’elle ne se jette sur lui était maintenant pressée fermement contre son artère fémorale. Un seul geste et il pouvait la tuer. Ah l’excitation du danger ! Elle ne la vivait pas souvent mais elle adorait ça ! Elle l’avait gentiment attiré là où elle le voulait et avait réussi à le surprendre. Mais il avait su reprendre l’avantage, démontrant qu’il était un adversaire digne d’elle. Elle ne relâcha pourtant pas la pression de sa dague mais lui sourit à nouveau :

– Egalité ?

– On peut dire ça comme ça.

Bizarrement ils ne firent aucun geste pour se dégager, se contentant de rester ainsi, la tension entre eux, s’accroissant à chaque seconde qui passait, leurs visages tellement proches l’un de l’autre qu’elle pouvait sentir le souffle de sa respiration contre ses lèvres.

– Mmm tu pourrais peut-être retirer ta dague de ma cuisse, et ta main de mon dos tant que tu y es.

– Toi d’abord, souffla-t-il avec un sourire sensuel à souhait. Après tout c’est toi qui a commencé …

– C’est franchement ridicule !

– Je suis d’accord !

Ils auraient pu continuer comme ça toute la journée ou en tout cas jusqu’à ce que Noria craque et l’embrasse comme elle désirait le faire depuis ce matin, si un bruit soudain devant eux ne les avait pas distraits. Noria releva la tête et Seth se tordit le cou pour apercevoir qui les surprenait dans cette position plutôt délicate. Les pas s’arrêtèrent, ayant atteint la clairière et une voix, au timbre furieux d’homme, demanda :

– Je vous dérange peut-être ?

Noria se releva brusquement. Seth écarta la lame de son corps. Elle se mit debout et s’exclama :

– Beren qu’est-ce que tu fiches ici ?

Celui-ci regarda d’un air mauvais Seth se redresser à son tour et épousseter ses vêtements.

– Je te cherchais Noria. Je voulais parler de …euh de cette nuit.

– Oh non pitié pas encore !

Elle échangea un regard contrit avec Seth et lui dit :

– Désolée, j’ai une petite crise à régler.

Seth croisa les bras et lui lança son fameux sourire.

– Prends ton temps.

Tout en grommelant contre Beren pour les avoir interrompu, elle s’approcha de lui.

Quel dommage que cet abruti les ait interrompu, il savait qu’il était à deux doigts de passer aux choses sérieuses. Il aurait aisément pu se défaire de son étreinte mais pour ça il aura fallu qu’il en ait envie, or il avait vraiment apprécié de sentir ses douces courbes féminines contre lui.

Seth ne voulait pas écouter ce qui allait se dire. Vraiment il ne le souhait pas. Mais il n’y pouvait franchement rien si ils ne s’étaient pas assez éloignés pour ne pas se faire entendre et si son ouïe était particulière bonne.

– Ecoute Beren, on en a déjà parlé, alors je t’en prie épargne moi une énième demande en mariage d’accord.

– Mais enfin Noria tu ne vas pas continuer comme ça ! Tous les hommes du clan te traitent de trainée !

Seth vit la jeune femme rougir de fureur, froncer les sourcils et posa les mains sur ses hanches.

– Mais qu’ils viennent donc me le dire en face ! Oh mais ils n’oseront jamais, ils ont bien trop peur des poisons que je pourrais glisser dans leur repas ! Quelle bande de lavettes !

Elle semblait réellement furieuse. Et il pouvait comprendre. Ca n’était jamais agréable de se faire traiter de putain.

– Maintenant tu vas ouvrir grandes tes oreilles Beren : je-ne-veux-pas-t’épouser d’accord ! Ni toi ni personne ! Je suis une adulte, tu es un adulte et nous avons tous les deux consenti de passer du temps ensemble, essentiellement au lit. C’était sympa mais ça ne va pas et ça n’ira jamais plus loin ! Je ne t’ai jamais promis le contraire.

Seth avait comme une impression de déjà vu, il s’était déjà retrouvé dans la même situation que Noria, et il devait avouer qu’elle était bien plus dure que lui avec ses conquêtes. Le pauvre Beren était livide et serrait les poings de colère.

– Tu fais une grosse erreur Noria. Tu vas le regretter.

– Mais oui c’est ça. Soit gentil, rentre à la maison et trouve toi une gentille fille.

Noria le regarda s’éloigna l’air songeur, puis brusquement elle se tourna et s’avança vers lui.

– Alors que me vaut l’honneur de cette filature ?

– Mmm juste la curiosité. Au fait depuis combien de temps est ce que tu savais que je te suivais ?

Noria roula des yeux et ses lèvres s’étirèrent sur un petit sourire en coin.

– Depuis le début, Beau Gosse ! Je dois dire que tu es franchement très doué mais là tu joues sur mon terrain. J’ai été plus forte c’est tout !

Alors là il était franchement vexé. Mais bon elle n’avait pas tort, et il allait devoir se dérouiller un peu. La vie en ville et en forêt était très différente.

– Mouais disons que tu as du potentiel.

Noria éclata de rire.

– On a vraiment l’impression que ça te fait terriblement souffrir de me l’avouer. Ne t’inquiète pas, ton ego s’en remettra et je suis sûre que tu es habile dans d’autres domaines…

Eh bien elle venait de passer au niveau supérieur dans le flirt. Pour la tester et voir quel type de femme elle était vraiment il lui lança :

– A propos d’autres domaines, il semblerait que ton lit soit disponible ce soir, vu que … Beren c’est ça ? est hors course. Que dirais-tu de tester mes … autres compétences ?

Si elle acceptait sa proposition comme ça, il l’enverrait sur les roses. Avec elle, il avait envie que les choses soient plus difficiles. Il avait envie de voir en elle un challenge, pas un plaisir facile.

Heureusement elle ne le déçut pas. Elle croisa les bras, le toisa de haut malgré sa petite taille et haussa un sourcil.

– Je crois que la petite scène de ce matin t’as légèrement induit en erreur. Je ne suis pas la prostituée du clan. Je choisis qui, je choisis quand.

Et elle ajouta en le regarda de haut en bas.

– Et je ne t’ai pas choisi, j’irai même jusqu’à dire que préfèrerai me faire piétiner par un troupeau de druffles !

Il savait qu’elle mentait mais peu importe. L’information principale c’est qu’elle ne voulait pas lui céder facilement et ça lui allait parfaitement. Il ne pouvait pas refuser un challenge surtout quand on lui présentait sur un plateau. Et puis il fallait bien qu’il se l’avoue, il avait aussi envie d’elle. Il y avait quelque chose chez elle qui l’attirait sans trop savoir quoi exactement. Elle était vive, pleine d’esprit et irradiait d’énergie.

Délibérément, il se rapprocha d’elle, posa son index sous son menton pour croiser son regard et fit aller et venir son pouce sur la peau de son menton.

– Quel dommage ! Mais est-ce que ça ne sonne pas comme un défi ? J’adore les défis.

Les yeux de la jeune elfe se voilèrent légèrement mais elle se reprit et recula d’un pas.

– Je suppose que tu ne m’as pas suivi pour me jouer ton numéro, Beau Gosse ?

Mélodramatiquement, Seth poussa un soupir à fendre l’âme.

– Il n’y a rien à faire dans ce trou de toute façon !

Noria éclata de rire.

– Si tu savais ! Bienvenue dans mon clan ! Cela dit je n’allais rien faire de très palpitant non plus, juste quelques potions de mon cru et un peu de jardinage…Il vaut mieux que je me fasse un peu oublier aujourd’hui. Je suis sur liste noire depuis euhm… le « problème » de ce matin.

– Donc tu es une espèce de maîtresse des poisons ?

– Maîtresse des poisons ? Ça sonne bien ! Mais c’est vite dit. Je suis plus ou moins autodidacte et disons que mes expérimentations tournent parfois… un peu mal.

– Montre-moi ! Après tout je n’ai rien de mieux à faire dans l’immédiat, ça pourrait même s’avérer utile.

– A tes risques et périls Beau Gosse, mais je ne suis pas responsable de ce qui se passera ! Suis-moi et surtout ne touche à rien !

Seth ne put s’en empêcher, il lui décocha son sourire de séducteur et lui lança :

– Ça je ne peux pas te le promettre !

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Chapitre 2 – Et la chandelle se consuma

TW: Ce chapitre contient des scènes érotiques explicites.

Leena se mouvait le plus silencieusement possible. Le couvre-feu était dépassé depuis longtemps et elle aurait très certainement de gros ennuis si elle se faisait attraper à parcourir les couloirs à cette heure. Une simple bougie à la main, elle entra dans l’immense bibliothèque. Elle parcourut plusieurs rayonnages et enfin trouva une petite porte presque cachée par l’obscurité. Elle débouchait sur un petit bureau inoccupé depuis des années. Rapidement, elle entra, referma la porte derrière elle et s’appuya contre le panneau de bois, le souffle légèrement saccadé. Il était déjà là, appuyé contre le mur, près de la fenêtre qui laissait filtrer la pâle lumière de la lune qui faisait briller ses cheveux d’ébène. Il était incontestablement beau et elle se demandait encore comment elle avait réussi à le persuader de venir la retrouver ici, pourquoi il l’avait choisi elle, plutôt qu’une des nombreuses jeunes femmes qui n’attendaient qu’un signe de sa part.

Dès son entrée, il avait levé ses yeux sombres vers elle. Des yeux qui l’avaient séduite dès le premier jour, à la fois très expressifs et plein de mystères. Ils lui racontaient que sous ses airs de doux rêveurs se cachaient une certaine noirceur. Il portait encore ses amples habits de jour et la dévisageait, un sourcil légèrement arqué. Elle était en chemise de nuit et ses cheveux bouclés tombaient librement jusqu’en-dessous de ses épaules.

Le jeune homme se tourna vers elle alors qu’elle s’approchait de lui. Elle s’arrêta juste devant lui, et leva légèrement la tête pour croiser son regard. Les bras le long du corps, les poings serrés, il ne semblait pas savoir quoi faire. Leena déposa le bougeoir sur le bureau qui se trouvait tout à côté et reporta son attention sur le mage. Elle lui sourit gentiment, mais, indécis, le jeune homme souffla :

– Je ne …

– Chuuuut.

Leena posa deux doigts sur ses lèvres pour le stopper. Elle ne connaissait pas son passé, mais elle savait que la proximité physique ne lui était pas familière au vue des réactions que le moindre contact lui provoquaient. Il était mal à l’aise la crispation de son corps le lui criait presque. Peu lui importait, elle ne cherchait pas juste un bon amant. Elle voulait une histoire qui est du sens, avec quelqu’un pour qui elle ressentait quelque chose. Elle décida donc de prendre les devants. Doucement, elle prit le visage d’Azel en coupe et leva le sien pour l’embrasser. Doucement, chastement, une simple caresse de ses lèvres contre celles du jeune homme, sans chercher à aller plus loin. Celui-ci ne bougeait toujours pas, mais elle le sentit trembler légèrement. Alors, du bout de la langue, elle traça le contour de ses lèvres. Azel frémit doucement et enfin se laissa aller. Il lui rendit son baiser, penchant la tête vers elle. Leena entrouvrit les lèvres, attendant qu’il décide de lui-même d’approfondir leur étreinte. Ce qu’il fit au bout de quelques secondes, explorant la bouche de la jeune femme, doucement sans précipitation. Cette douceur et cette retenue fit gémir la jeune femme qui se colla à son corps. Aussitôt le jeune homme mit fin à leur baiser et recula d’un pas. Les yeux vitreux, Leena fut légèrement déboussolée par la réaction d’Azel. Elle comprit rapidement qu’il était encore hésitant. Elle prit alors une décision radicale. D’un geste ample, elle fit tomber le tissu de sa chemise de nuit de ses épaules. Le vêtement glissa avec fluidité le long de son corps pour finir en petit tas à ses pieds. Elle n’avait jamais eu honte de son corps et savait l’effet qu’il avait sur la gente masculine. Ses seins haut perchés et généreux ainsi que ses hanches pleines plaisaient aux hommes. Elle avait appris très tôt à décrypter les regards concupiscents qu’ils lui jetaient depuis sa puberté. Elle levait alors haut le menton, se répétant qu’elle n’était pas qu’un corps et que c’était son esprit dont elle devait être fière. Mais lorsqu’elle trouva à nouveau le regard d’Azel, elle découvrit dans ses iris sombres plus que du désir. Il la regardait avec une certaine révérence, comme s’il la voyait pour la première fois. Comme s’il pouvait voir à travers sa peau nue, et qu’il contemplait son âme.

Doucement, elle lui indiqua du menton la porte derrière elle et lui dit :

– Si tu veux tout arrêter maintenant, il te suffit de passer cette porte. Nous resterons simplement amis.

Sans la quitter des yeux, il fit le pas qui les séparait et du bout des doigts lui caressa la joue, la faisant frissonner de la tête au pied.

De son étrange voix grave et calme, il lui répondit :

– Je décide de rester.

Soulagée, Leena lui sourit. Elle lui prit la main, embrassant le bout de ses doigts. Elle la guida ensuite vers sa poitrine et souffla :

– Alors touche-moi.

Lorsque la main du jeune homme se referma sur son sein et exerça une légère pression, la jeune mage inspira fortement et l’embrassa à nouveau. Cette fois Azel répondit immédiatement, sa langue se frayant un passage vers la chaleur de la bouche de Leena. Leur baiser n’avait plus rien de timide et la jeune femme se força à rester immobile, laissant de temps en temps s’échapper un profond soupir de plaisir. La main libre du jeune homme se referma sur sa hanche et la plaqua plus fermement contre son corps alors que celle qui se trouvait sur son sein se fit plus hardie, palpant la chair sensible. Et quand son pouce trouva son mamelon durci et le pinça légèrement, la jeune femme gémit tout contre sa bouche. Ne sachant trop comment l’interpréter, Azel se figea. Aussitôt, la jeune femme lui ordonna :

– Non ! N’arrête pas.

Et sans faire attention à sa réaction, la jeune femme passa les bras autour de son cou et sa main se faufila dans les mèches sombres d’Azel, lui inclinant suffisamment la tête pour continuer à l’embrasser. Elle n’avait aucune envie de tout stopper maintenant, par alors qu’une simple caresse sur sa poitrine l’avait rendue plus moite de désir que le meilleur de ses amants après bien plus de préliminaires.

Azel sembla avoir mis ses doutes de côté et continua à explorer la bouche de la jeune femme de sa langue, et son corps de ses mains. Celle qui se trouvait sur sa hanche remonta le long de ses côtés en une lente caresse avant de redescendre doucement se poser sur le globe de ses fesses, en appréciant la douceur et la rondeur. Ne pouvant plus se contrôler, Leena frotta doucement son bassin contre le sien et malgré la couche de vêtement qui les séparait, elle pouvait nettement sentir la bosse au niveau de son entrejambe. Leena en ronronna presque de plaisir. Elle reprit alors les rênes du baiser, goûtant à son tour à la bouche du jeune homme. Le seul signe de son appréciation fut la crispation de ses doigts sur la peau de la jeune femme. Lorsque leurs lèvres se séparèrent enfin, ils étaient tous deux hors d’haleine. Les mains d’Azel se posèrent sur ses hanches. Fuyant le regard de la jeune femme il lui demanda :

– Où veux-tu que nous …

Il ne finit pas sa phrase, soudain gêné. Avec un sourire Leena chercha ses yeux sombres et lui répondit :

– Où tu le souhaites. Je te suis.

Étonné le jeune homme scanna la pièce du regard. La jeune femme patienta, puis se laissa guider vers le bureau. Azel se débarrassa de sa longue tunique et la déposa sur le bois poussiéreux puis il souleva la jeune femme pour l’y installer confortablement. Leena écarta légèrement les jambes et l’agrippa par l’écharpe qui ne le quittait jamais, l’attirant entre ses cuisses. Elle posa ensuite ses mains à plat contre son torse, ses doigts jouant avant les vêtements qui le recouvrait et lui demanda :

– Est-ce que je peux ?

Azel leva des yeux surpris, comme si on ne lui avait jamais posé la question. Leena avait encore en tête les rumeurs colportées par ses compagnes de chambre. Des rumeurs concernant le jeune homme et sa relation avec une ancienne templière. Des choses un peu folles se racontaient faisant tantôt de la templière la méchante de l’histoire ou Azel, selon les versions. Mais la jeune femme n’était pas aveugle et pouvait nettement sentir une certaine fragilité chez le jeune homme. Ce qui l’amenait plutôt à croire la première hypothèse.

Azel poussa un long soupir et tout en fermant les yeux, posa son front contre celui de la jeune mage.

– Bien sûr.

Leena lui déposa un baiser contre les lèvres et s’attaqua à ses vêtements, sans précipitation aucune, alors qu’elle rêvait de les lui arracher. Enfin elle put contempler le corps qui se cachait sous cette couche impressionnante de tissu. Le torse du jeune homme était fin et musclé, sa peau blanche luisait d’un halo pâle, offrant un contraste saisissant avec ses cheveux et ses yeux sombres. Elle l’admira quelques secondes mais lorsqu’elle le vit s’agiter, mal à l’aise sous son regard, elle se pencha vers lui et posa ses lèvres sur sa peau nue. Elle partit de son pectoral pour remonter doucement vers sa gorge, qu’elle mordilla légèrement. Depuis le début de leur étreinte il n’avait pas laissé échapper un son, un gémissement. Et Leena trouva cela étrange. Surtout lorsqu’elle sentit la crispation de ses mâchoires qu’elle embrassait, comme s’il se contenait. Elle lui murmura alors à l’oreille :

– Azel, tu peux lâcher prise. Personne ne nous entendra tu sais.

– Je…je ne sais pas si je pourrais. Perdre le contrôle.

– Pourquoi pas ? Ce que nous faisons ici n’a rien à voir avec le contrôle. Au contraire ! Il s’agit de spontanéité, de laisser parler ses désirs et son corps.

Elle guida ensuite l’une de ses mains entre ses cuisses ouvertes, et lui fit passer un doigt contre ses lèvres humides de désir. La respiration du jeune homme se bloqua soudain alors qu’elle poussa un petit cri de plaisir.

– J’ai tellement envie de toi Azel, et chacun de mes soupirs, de mes gémissements est une preuve de ce désir. Mais toi, est-ce que tu as envie de moi ? Vraiment envie ?

Il déglutit bruyamment, faisait rapidement monter et descendre sa pomme d’Adam. Leena avait lâché sa main mais il continuait à la caresser lascivement, du haut vers le bas. Lorsqu’il toucha, par inadvertance, son clitoris, la jeune femme rejeta la tête en arrière et poussa un profond gémissement. Azel se pencha alors vers elle et baisa sa gorge offerte tout en soufflant.

– Oui, j’en envie de toi.

Elle trouva alors son regard :

– Alors laisse toi aller. Offre-toi à moi, comme je m’offre à toi.

Elle sentit le corps du jeune homme parcourut par un long frisson, comme si un éclair venait de le traverser de part en part. Sa main agrippa soudainement ses longs cheveux et ses lèvres se posèrent presque brutalement contre les siennes. Il lui dévora alors la bouche tout un glissant un doigt en elle. Tellement facilement qu’elle aurait pu se sentir gêner d’être dans un tel état d’excitation alors qu’ils avaient à peine commencé. Le changement de comportement du jeune homme l’étonna mais ce qu’il lui faisait était trop bon pour qu’elle s’en soucie vraiment. Le cri qu’elle poussa se perdit dans la bouche du mage. Elle ondula des hanches, essayant d’attirer le doigt du jeune homme le plus loin possible en elle. Elle passa ensuite ses jambes autour de sa taille, alors que le doigt du mage entamait un lent mouvement de l’avant vers l’arrière, le ressortant jusqu’à la première phalange pour le replonger lentement. Cet homme allait la rendre folle, mais pour une fois, le fait que son amant prenne tout son temps ne l’agaça pas. Leena était une jeune femme passionnée qui, d’habitude, aimait les étreintes enflammées, où les deux partenaires plongeaient dans leur désir mutuel sans retenue. Mais ce qu’elle vivait ce soir, avec Azel, était l’expérience la plus sensuelle de sa vie.

Ne voulant pas rester inactive, elle passa lentement sa main entre leurs deux corps et la posa sur le torse du jeune homme, où se trouvait son cœur. Elle pouvait sentir ses battements frénétiques à travers sa peau, et du bout des doigts elle commença à descendre sa main plus bas. D’abord vers son ventre ferme où commençait un sillon de fins poils noirs, puis sur le haut du cuir de son pantalon, pour finalement arrêter sa course sur son membre gonflé qu’elle toucha du bout des doigts. Les baisers du jeune homme redoublèrent d’intensité, la faisait légèrement basculer vers l’arrière. Ce n’est pas pour autant qu’il la détourna de son but. S’appuyant d’une main sur le bureau, l’autre s’attaqua fébrilement aux lacets qui retenaient son pantalon. Elle s’aida ensuite de cette main et de ses jambes pour faire glisser le vêtement jusqu’à avoir accès à ce qu’elle voulait. Le jeune homme se détacha de sa bouche et posa son front contre l’épaule de la jeune mage. Il retira son doigt de sa chair et s’agrippa des deux mains au rebord du plateau de bois. Sa respiration s’accéléra soudain lorsque les doigts fins de sa partenaire se refermèrent sur son sexe dressé. Il poussa alors un grognement guttural contre sa peau et ce son fut sans doute la chose la plus érotique que Leena eut jamais entendu, donnant un coup de fouet à son propre désir. Elle déposa un tendre baiser contre sa tempe et commença un léger va et vient de sa main. Il enfouit alors son visage tout contre le cou de la jeune femme, inspira son parfum et se laissa totalement aller au plaisir. Il poussa quelques soupirs, au gré des mouvements de la main de la mage et lorsque sa bouche trouva la peau tendre de son cou, il la mordilla, l’embrassa, la lécha, sans vraiment faire attention à ce qu’il faisait.

Leena était aux anges. Sentir cet homme, d’habitude si refermé sur lui-même, perdre le contrôle de ses sens et trembler de désir contre elle, grâce à ce qu’elle lui faisait, lui procurait presque autant de plaisir que lorsqu’il la touchait. Elle voulait le combler comme personne ne l’avait fait avant elle, apposer sa marque sur son âme pour que jamais il ne l’oublie. Elle accéléra le mouvement de sa main, s’attardant sur le bout légèrement humide et récoltant un profond gémissement de la part du jeune homme. Malgré lui, ses hanches bougèrent de façon erratique, cherchant à accompagner et prolonger la délicieuse sensation causée par les mouvements de la jeune femme. Celle-ci sentit son membre se gonfler d’avantage dans sa main, proche de la jouissance.

Soudain la main d’Azel se referma violemment sur son poignet et l’arrêta. Il releva la tête et Leena vit une lueur de panique traverser son regard.

– Non, arrête !

Elle grimaça légèrement sous la pression de ses doigts et aussitôt le jeune homme desserra son étreinte, amenant sa main vers sa bouche, baisant doucement la peau meurtrie de son poignet.

– Pardonne-moi, je ne voulais pas te faire mal.

Toujours interloquée, la jeune femme lui demanda :

– Pourquoi m’arrêter ?

Azel détourna le regard et lui répondit :

– Je ne dois pas… je ne peux pas finir sans toi, ça serait …

Il sembla chercher ses mots, puis haussa les épaules et termina :

– … Egoïste.

Leena n’en croyait pas ses oreilles. Qu’avait bien pu faire cette templière pour lui faire croire que son corps ne servait qu’à combler une femme. Elle se redressa et posa fermement sa main sur la nuque du jeune homme, orientant son visage pour qu’il soit obligé de la regarder dans les yeux.

– Azel, je ne sais pas quelles ont été tes précédentes expériences mais il n’y absolument rien d’égoïste dans le fait de prendre du plaisir. J’étais prête à te le donner, sans arrière-pensée. Je veux un amant, pas un simple objet sexuel.

– Alors je ne suis pas sûr d’être le bon partenaire pour toi.

– Bien sûr que si. Je t’ai choisi et tu m’as choisi. Je te demande juste de me faire confiance. Le peux-tu ?

Le jeune homme scruta un instant ses yeux bleu nuit et l’embrassa passionnément avant de répondre :

– Je te fais confiance

La jeune femme lui sourit :

– Bien.

Elle dénoua ses jambes de ses hanches et le poussa légèrement en arrière. Elle descendit du bureau et l’embrassa à nouveau. Gentiment, elle le guida pour qu’il se trouve dos au meuble. Elle descendit ses lèvres vers son menton, son cou et elle sentit avec bonheur la main du jeune homme se perdre dans sa chevelure alors qu’il poussait un profond soupir de contentement. Elle s’attarda ensuite sur son torse, le fit gémir lorsque de ses dents elle effleura ses tétons. Elle se mit ensuite à genoux et chercha le regard sombre du jeune mage. Elle le débarrassa de ses chaussures puis fit descendre complètement son pantalon. Il était à présent nu devant elle et semblait comme statufié. Ses yeux ne la quittaient pas un instant et suivaient chacun de ses mouvements. Sa respiration était irrégulière, comme s’il devait se rappeler de temps à autre la nécessité d’insuffler de l’air dans ses poumons.

La jeune femme déposa quelques baisers sur son ventre, alors qu’elle reprit le membre d’Azel dans sa main et continua ses mouvements. Lentement, elle abaissa sa bouche, sans le quitter des yeux. Elle le vit froncer les sourcils et sa main libre s’agrippa à nouveau au rebord du bureau.

Sans plus de précaution, elle prit son membre en bouche aussi loin qu’elle le put. Les jambes du mage tremblèrent sous lui, la main qui se trouvait dans ses cheveux se crispa sur son cuir chevelu et il laissa échapper :

– Créateurs ! Leena !

La jeune femme libéra sa bouche pour lui répondre.

– Tout va bien Azel, détends-toi et laisse-moi faire.

Elle reprit sa tâche, effectua des mouvements amples du haut vers le bas, afin de l’humidifier un maximum et usant de sa main pour la base qu’elle ne pouvait atteindre. Elle posa son autre main sur sa hanche. Les gémissements qui échappaient au jeune homme firent écho aux siens, ajoutant de délicieuses sensations sur son membre sensible. C’est au moment où Leena joua de sa langue que les hanches du mage bougèrent imperceptiblement, comme s’il se retenait. Ce que confirmait la contraction de ses muscles qu’elle sentait sous sa main. Elle le rassura alors :

– Si tu le souhaites, tu peux bouger les hanches, ça ne me dérange pas.

Au bout de quelques mouvements, il sembla enfin abandonner toute retenue et commença à bouger légèrement. De sa main elle le guida pour trouver le rythme parfait pour elle et pour lui. Elle resserra sa bouche autour de son membre, usant parfois de ses dents pour effleurer légèrement la peau. Cela sembla l’électrifier complètement. Ses coups de hanches gagnèrent en force et la main qui se trouvait toujours dans ses cheveux la maintenait en place sans qu’il se rende vraiment compte de ce qu’il faisait. Leena détendit les muscles de sa gorge pour l’accueillir le plus profondément possible en elle, respirant par le nez. Elle le sentit à nouveau au bord de la jouissance, alors que les hanches du jeune homme perdirent leur rythme.

– Leena, je vais …

Il ne put finir sa phrase et dans un dernier coup de hanche puissant qui plongea son membre encore plus loin, il se libéra au fond de la gorge de la jeune femme en poussant un cri étranglé qui aurait presque pu passer pour un cri de douleur. Les yeux fermés, la tête rejetée en arrière et une expression de pur plaisir inscrite sur son visage, la vision du mage dans la jouissance fit presque oublier à la jeune femme l’inconfort de sa situation. Elle finit par libérer sa bouche, toussant et luttant pour reprendre son souffle.

Aussitôt, Azel tomba à genoux devant elle et déposa une pluie de baiser sur son front en murmurant un flot d’excuses :

– Désolé… pardonne-moi… je ne voulais pas…

Elle l’embrassa alors, coupant court au flot de ses paroles.

– Tu n’as rien fait que je n’ai pas désiré.

Le mage sembla désarçonné par sa réponse mais finit par lui sourire.

– Oh. Eh bien dans ce cas laisse-moi au moins te remercier.

– Tout le plaisir est pour moi.

Avec un petit sourire énigmatique, il lui répondit :

– Non, pas encore.

Il lui tendit la main, l’invitant à se relever. C’est ce qu’elle fit, les genoux légèrement flageolants après être restés si longtemps sur la pierre. Azel la souleva à nouveau pour l’asseoir sur le bureau et l’embrassa lascivement, posant ses mains à plat sur ses cuisses. Il quitta ensuite ses lèvres pour remonter vers son oreille où il lui murmura :

– Laisse-moi te montrer ma gratitude.

Leena aurait bien souhaité répondre mais les mots semblaient coincés au fond de sa gorge. Les lèvres d’Azel reprirent leur voyage sur son visage, descendant vers sa gorge alors que la jeune femme bougea légèrement la tête afin de lui donner un meilleur accès. Elle gémit profondément quand il se mit à aspirer la peau juste au-dessus de la veine qui palpitait follement dans son cou. Il continua ensuite plus bas, vers sa poitrine généreuse, qu’il embrassa goulûment. La jeune femme passa une main dans ses cheveux sombres et soupira d’aise. Elle laissa échapper un cri lorsqu’elle sentit ses lèvres se refermer sur son mamelon durcit. Il le suça d’abord, aspirant la chair sensible jusqu’au seuil entre la douleur et le plaisir puis le relâcha pour lui donner des coups de langue qui allumèrent un vrai brasier dans son entrejambe. Il continua cette douce torture un instant avant de passer à l’autre sein qui subit le même traitement. Lorsqu’il arrêta, elle était déjà au bord de la jouissance et se retenait pour ne pas passer une main entre ses cuisses où la tension était à son maximum. Il remonta vers sa bouche qu’il dévora, alors que ses mains écartèrent doucement ses cuisses pour remonter ensuite de quelques centimètres. Ses pouces caressaient lentement l’intérieur de ses cuisses, tout près de là où elle voulait le sentir. Il détacha ses lèvres de celles de la jeune femme et lui sourit. Ses mains se posèrent soudain sur ses hanches et l’attira tout au bord du plateau de bois. Il se mit, à son tour, à genoux devant elle, la tête à la hauteur de son sexe. Anticipant ce qu’il souhaitait faire, la jeune mage retient son souffle, les iris agrandis par le désir et écarta impudiquement les jambes. Ses yeux rencontrèrent les siens et c’est presque au ralenti qu’elle vit sa bouche se pencher vers elle jusqu’à ce qu’elle sente ses lèvres contre les siennes.

– Créateur oui !

De leur propre accord ses hanches bougèrent violemment, écrasant presque la bouche du jeune homme contre son sexe détrempé.

Le jeune homme gémit, passa un bras autour d’une de ses cuisses pour la maintenir en place alors que les doigts de son autre main écartèrent ses lèvres pour accéder à sa chair intime. Sa langue prit le relai et lapa doucement son sexe,  de haut en bas.

La main toujours prisonnière de ses cheveux d’ébène, la jeune femme avait une vue imprenable d’Azel entre ses cuisses, une vision tellement érotique qu’elle ne pouvait empêcher les gémissements sans fin qui sortaient de sa bouche. Que c’était bon ! Et combien elle avait besoin de ça, même si chacune de ses caresses ne faisait qu’attiser le feu au creux de ses reins. Soudain il la pénétra de sa langue, arrachant un cri presque inhumain à la jeune femme.

– Azel je t’en prie !

Semblant comprendre ce que souhaitait la mage, le jeune homme remplaça sa langue par deux doigts et remonta sa bouche vers son bourgeon de plaisir qu’il happa entre ses lèvres. Ses doigts allaient et venaient en elle alors que sa bouche continuait son assaut sur son clitoris. Il recourba légèrement le bout de ses doigts et finit par toucher un point sensible en elle. Elle hoqueta de plaisir et se sentit soudain précipiter vers la jouissance à toute vitesse. Sa tête partit vers l’arrière, la bouche ouverte en un cri silencieux et elle dut s’appuyer contre le bureau pour ne pas s’écrouler complètement. Azel n’arrêta pas ses caresses et accompagna chacune des vagues de sa jouissance, mais il ne semblait toujours pas vouloir s’arrêter là et les mouvements de ses doigts prirent plus de vigueur, caressant inlassablement ce point si sensible en elle. Rapidement elle sentit un nouvel orgasme la terrasser. Ses jambes tremblèrent, son souffle se coupa et elle s’effondra complètement sur le bureau le poing enfouit dans sa bouche pour s’empêcher de réveiller tout le Cercle.

Il lui fallut quelques secondes pour revenir à la réalité et reprendre son souffle. Le jeune homme libéra ses doigts et déposa de tendres baisers à l’intérieur de ses cuisses. Elle porta une main sur ses yeux et rit doucement.

– Par Andrasté, tu as failli me tuer ! Où as-tu appris à donner autant de plaisir à une femme ?

Elle se remit assise et vit que le jeune mage s’était redressé, lui aussi. Nu devant elle, les lèvres et le menton luisants de sa jouissance et les yeux brillants il ne pouvait pas être plus beau qu’à cet instant. Portant une lueur sombre passa dans ses yeux lorsqu’il répondit simplement.

– J’ai appris, c’est tout.

Sentant qu’elle avait fait une bourde, Leena détourna le sujet.

– Peu importe.

Elle l’attira contre elle et voulut l’embrasser mais il l’arrêta avant.

– Attends, je devrais…

Il fit mine de s’essuyer la bouche, mais la jeune femme fut plus rapide et elle réussit à poser ses lèvres contre les siennes, goûtant à son propre nectar dans la bouche offerte de son amant. Elle descendit ensuite sur son menton qu’elle nettoya consciencieusement de la langue, faisant gémir le jeune homme. Elle reprit ensuite ses lèvres et se plaqua contre son corps, sentant avec ravissement qu’il était à nouveau dur contre son ventre.

Avec un petit sourire, elle lui dit :

– Tu vois qu’il est bon de donner du plaisir aux autres.

Il passa un doigt sur les lèvres gonflées de la jeune femme et répondit, le visage grave.

– Non. Il est bon de te donner du plaisir.

La main derrière sa nuque, la jeune femme attira son visage vers elle pour un nouveau baiser.

– Je crois que nous sommes plutôt doués.

Enfin elle lui arracha un petit rire.

– Oui je le crois aussi.

Son autre main se dirigea vers son membre à nouveau gonflé lui arrachant un petit cri.

– Mais nous n’avons pas fini, n’est-ce pas ?

Il posa son front contre le sien et la regarda dans les yeux.

– Non, nous n’avons pas fini.

Lentement, elle écarta les jambes, et à nouveau, se positionna au bord du bureau. Leurs regards s’accrochèrent alors qu’Azel se posta entre ses cuisses et guida son membre. Elle était encore tellement humide, que c’est avec fluidité que le jeune homme se logea en elle aussi loin qu’il le put. Ils gémirent de concert, lisant dans le regard de l’autre, le plaisir de ne former qu’un. L’une des mains du mage se posa contre sa nuque alors que l’autre se crispa sur sa cuisse. Il bougea les hanches, décuplant leur désir, d’abord lentement puis plus fort dans un rythme contrôlé.

Leena se sentait tellement bien qu’elle aurait souhaité que ce moment ne finisse jamais. Des amants, elle en avait eu quelques-uns. Certains doués, d’autres moins, mais aucun n’avait su éveiller en elle une telle fièvre, jamais elle n’avait pris autant de plaisir à voir la jouissance se peindre sur un visage. Ce visage encore si juvénile et si séduisant qui cachait des secrets qu’elle aimerait découvrir, un jour peut-être. Elle caressa lentement sa joue, et ne put s’empêcher de souffler :

– Tu es si beau !

Azel se crispa soudain, le regard dur, il se retira de la chaleur de son corps. La jeune femme stoppa ses caresses sur sa joue et essaya de comprendre ce qu’elle avait dit de mal.

– Azel ? Je suis désolée je ne voulais pas… qu’est-ce que j’ai dit … ?

Le jeune homme soupira.

– Rien ne t’en fais pas. Sache juste que mon âme n’est pas aussi séduisante que mon visage.

Sur ces paroles énigmatiques, il releva subitement ses cuisses, forçant la jeune mage à se coucher sur le bureau. Il la pénétra à nouveau d’un seul coup et s’enfouit bien plus loin en elle. A travers le brouillard de ravissement qui envahit ses yeux, elle put lire la surprise et le plaisir sur le visage du jeune homme lorsqu’il laissa échapper :

– Leena tu es si…

Il s’arrêta brutalement, comme s’il avait peur d’en dire plus.

La jeune femme bougea les hanches, l’incitant à faire de même et souffla dans un gémissement :

– Si quoi, Azel ? Dis-moi !

Il reprit ses mouvements de hanche.

– C’est juste…si bon.

– Oh oui, si bon. Alors ne t’arrête plus. Continue.

Comme si c’était le signal qu’il attendait, il accéléra ses coups de rein, allant toujours le plus loin possible. Leena essaya bien de se contrôler mais ses cris se faisaient de plus en plus forts et perçants, alors qu’elle sentait son troisième orgasme monter au plus profond d’elle. Elle savait qu’elle devait arrêter mais son cerveau avait comme cesser de fonctionner correctement et tout ce qui n’était pas leur deux corps, unis et bougeant à l’unisson, n’existait plus. Azel fut obligé de se pencher vers elle et de poser délicatement une main sur sa bouche, sans cesser ses mouvements.

– Chut Leena, tu vas réveiller tout le monde.

Ce nouvel angle permit au sexe du jeune homme de trouver le même point qui l’avait envoyée au septième ciel il y a quelques minutes. Cette nouvelle sensation et la pensée de se faire prendre ainsi envoya une nouvelle vague de plaisir en elle, si intense que son souffle se bloqua soudain, stoppant ses gémissements.

Elle referma ses bras autour de lui et bougea plus fort les hanches, cherchant la jouissance si proche. Le jeune homme retira la main de sa bouche alors qu’elle retrouva sa voix et chuchota d’une voix éraillée :

– Créateur ! Azel je t’en prie ! Juste là, n’arrête pas je vais ….

Il suffit d’un dernier et puissant coup de rein pour qu’elle soit à nouveau emporter vers l’orgasme dans un petit cri de ravissement total. Elle sentit tout son corps se tendre et ses muscles intimes se contractèrent autour du membre du jeune homme. Sans s’en rendre compte, elle l’emporta avec elle dans la jouissance et de très loin elle sentit les pulsations de son sexe alors qu’il se libérait en elle, le visage enfoui contre son cou, son prénom comme un murmure contre sa peau.

La jeune mage le serra fort contre elle, alors qu’elle redescendait doucement sur terre et déposa des baisers sur ses cheveux. Le souffle d’Azel reprit enfin un rythme normal et il voulut se redresser.

– Non, reste là encore un instant. Juste un instant.

Il redressa la tête pour croiser son regard, légèrement amusé.

– Je suis en train de t’écraser.

Leena fit la moue.

– Non absolument pas.

Le jeune mage secoua la tête, mais résigné, ne résista pas. Le nez contre son cou, il se laissa caresser le dos du bout des doigts et malgré leur position assez peu confortable, soupira de contentement.

Soudain la jeune femme demanda :

– Savais-tu que les Orlésiens appellent l’orgasme « la petite mort » ?

Le jeune homme rit.

– Non, je ne savais pas.

Soudain plus sérieux il ajouta :

– Mais je ne pense pas être mort ce soir. Au contraire.

Soudain mal à l’aise, la jeune femme ne put s’empêcher de plaisanter.

– En tout cas mon dos est mort.

Azel se dégagea de son étreinte et se redressa.

– Il est donc temps de bouger.

Il tendit la main pour l’aider à se redresser, ce qu’elle fit en grimaçant. Elle frotta son dos douloureux.

– La prochaine fois, je suggère que l’on se trouve un lit.

Un sourcil haussé, le jeune homme, qui avait enfilé son pantalon, se tourna vers elle.

– La prochaine fois ?

A nouveau mal à l’aise la jeune femme lui tourna le dos et enfila sa chemise de nuit.

– Oui, enfin, j’ai dit ça comme ça ! Je veux dire, rien ne nous oblige à recommencer, surtout si tu ne veux pas. Enfin, on pourrait bien sûr mais…peut-être ?

Elle se rendit bien compte que ses mots n’avaient aucun sens mais l’embarras lui faisait toujours dire n’importe quoi. Elle se retourna pour le retrouver à quelques centimètres d’elle tout habillé. Il se pencha vers elle et l’embrassa longuement, lui faisant à nouveau perdre la tête. Lorsque leurs bouches se séparèrent, il souffla tout contre ses lèvres.

– Oui peut-être.

Leena lui sourit puis elle alla reprendre le bougeoir, dont la bougie était presque entièrement consumée. Pendant ce temps Azel avait ouvert la porte et vérifié que personne ne se trouvait dans le couloir.

La voie libre, ils sortirent enfin du bureau. Leena se tourna une dernière fois vers le mage et déposa un chaste baiser sur sa joue, comme si elle avait, à regret, laissé les amants dans la pièce derrière eux.

– Bonne nuit Azel. A demain.

Le mage la retient un instant contre lui et embrassa ses lèvres, tout aussi chastement.

– Bonne nuit, Leena. Merci.

Sur un dernier regard et un dernier sourire, ils se séparèrent, regagnant chacun leur chambre.

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Chapitre 1 – Celui qui perd la face

Noria émergea doucement d’un profond sommeil. Sans ouvrir les yeux, elle profita de cet état bienfaisant entre l’éveil et la torpeur pour se laisser aller. Elle sentit tout de suite qu’il devait être relativement tôt. Elle se demanda donc ce qui avait bien pu la réveiller. D’ailleurs elle ne se trouvait pas dans sa tente. Mais où se trouvait-elle ? Un ronflement sonore répondit à ses interrogations silencieuses. Résignée, elle ouvrit finalement les yeux pour confirmer ce qu’elle suspectait déjà. Avec un léger grognement, elle reconnut l’homme qui dormait à ses côtés. Par Mythal qu’est-ce qui lui avait pris d’accepter de partager la tente de Beren cette nuit. Cet homme était une vraie plaie ! Alors qu’elle ne cherchait qu’un divertissement passager, il voulait absolument « l’amour pour toujours » et surtout lui « passer la bague au doigt » comme disaient les Shems. Non décidément il avait dû se passer quelque chose pendant la soirée pour qu’elle se laisse embobiner par cet homme.

Soudain tout lui revint d’un coup ! C’était aujourd’hui ! La délégation Lavellan devait venir aujourd’hui ! Et en tant que fille du meilleur chasseur des Hamiadahlen et surtout en tant que candidate pour une opération commune entre différents clans, chose très rare, elle se devait de les accueillir aux côtés de son père et de l’Archiviste Galdor. Elle pouvait encore entendre les recommandations de son père, comme s’il se trouvait dans la pièce. « Noria, mon petit rayon de Soleil, il faut impérativement faire bonne impression demain, tu m’entends ? Pas de mauvaise blague, ma fille. Soit parfaite en tout point de vue et surtout… Parfaitement à l’heure, si tu sais ce que cela veut dire ».

Il allait la tuer c’était certain. Mais elle avait encore le temps, enfin il fallait quand même qu’elle se presse. Rapidement elle sortit du lit, enroula un plaid à la va vite autour de son corps nu, fourragea dans ses cheveux emmêlés, tâtonna pour trouver ses vêtements et fonça comme une furie hors de la tente de Beren.

Ce n’était qu’une fois dehors, alors qu’une douce brise, un peu fraîche, lui retira les derniers lambeaux de sommeil qui embrumaient encore son esprit, qu’elle se mit à réfléchir. Mais il était trop tard.

La délégation Lavellan était déjà là, en avance apparemment. La première personne à la remarquer fut l’Archiviste Lavellan, qui bouche bée la regarda comme si elle venait de se transformer en démon. Puis c’était l’elfe à côté de lui qui posa ses yeux sur elle. Et par les Faiseurs quel homme ! Elancé et plus grand que les elfes qu’elle avait rencontré, les cheveux mi-longs de la même couleur que les feuilles en automne et le regard aussi doré que le sien. Elle pouvait même voir briller des piercings sur son visage. Quand il prit pleinement conscience de la situation délicate de la jeune elfe, un sourire paresseux et charmeur vint étirer ses lèvres et une lueur d’amusement fit pétiller son regard envoûtant. Il respirait la sensualité et paraissait tellement… tellement peu Dalatien. « Noria, reprends-toi ma grande, tu n’arrangeras pas ta situation en bavant sur cet homme ! »

Devant l’étonnement de leurs invités, Galdor et son père se tournèrent également vers elle. Si ce n’était pas elle qui était l’objet de toute cette attention, elle aurait pu trouver leurs expressions des plus comiques.

Elle avait déjà eu affaire à des situations humiliantes, trop de fois pour les compter d’ailleurs. A croire qu’elle était une sorte d’aimant à ennuis. Son père avait les yeux exorbités et ne semblait pas croire ce qu’il voyait, Galdor se contenta de pousser un profond soupir.

Bien, la situation était de toute façon critique. Elle n’avait pas le choix. Se parant du peu de dignité qui lui restait, elle releva le menton bien haut et s’approcha d’eux comme si elle portait la plus belle des robes d’Orlaïs et qu’elle se trouvait à la cour de l’Impératrice Sélène en personne. Elle s’arrêta à la gauche de son père, portant toujours ses habits dans les bras. Celui-ci essayait vainement de reprendre ses esprits et de formuler une phrase :

 – Voici ma … ma… ma…euh…

Elle ne pouvait décemment pas le laisser se ridiculiser ainsi, il y avait tout de même des limites.

– Sa fille, Noria. Même si je suis sûre qu’à cet instant précis, il préfèrerait que ça ne soit pas le cas. N’êtes-vous pas légèrement en avance, reprit-elle en se tournant vers Deshanna Istimaethoriel, l’archiviste Lavellan.

– Oui c’est une idée de Seth de faire le voyage de nuit, lui répondit-il en montrant du menton le jeune elfe qui se tenait à ses côtés, le même sourire ironique sur les lèvres. Pour passer inaperçu je crois. Enfin je suspecte que c’est uniquement dans le but de me réveiller en plein milieu de la nuit.

– Vous m’offensez, L’Ancien, s’offusqua ledit Seth en portant une main sur son cœur.

Donc elle devait son malheur à cet homme, cet homme superbe qui en plus avant une voix charmeuse à souhait avec un petit accent rauque, peut-être d’Orlaïs. Décidément il avait tout pour lui. Les Dieux devaient vraiment la détester aujourd’hui. Pour la première fois elle croisa le regard de Seth et essaya de ne pas se perdre dans le mordoré de ses yeux. Il lui adressa un discret clin d’œil. Quelle suffisance ! Il croyait vraiment que ce genre de truc marchait avec les femmes ? Bon cela fonctionnait apparemment, mais elle préférerait avaler une fiole de larmes des morts que de se l’avouer. Elle força un grand sourire sur son visage et s’exclama :

– Mais quelle bonne idée ! Bien ! Les matinées sont frisquettes en ce moment vous ne trouvez pas ? Je vous retrouve dans quelques minutes, le temps de passer… euh quelque chose de plus chaud.

– Vous voulez dire des vêtements ? Demanda innocemment Seth, l’air de rien.

A nouveau elle croisa son regard. S’il pensait que ces petites piques ridicules allaient la déstabiliser, il se fourrait le doigt dans l’œil. Elle avait grandi avec quatre grands frères et deux grandes sœurs. Etant la plus jeune, elle connaissait toutes les astuces pour faire tourner quelqu’un en bourrique, et grâce à sa fratrie elle avait gagné un calme à toute épreuve.

– C’est cela oui des vêtements, merci… Seth c’est ça ?

Il inclina légèrement le torse, le même sourire diabolique étirant ses traits.

– Pour vous servir, Lethallan.

Elle renifla de dédain et tourna les talons, se dirigeant enfin vers sa destination première, l’abri sécurisant de sa tente. Mais un raclement de gorge qui ne faisait même pas semblant d’être discret se fit entendre. Sans se retourner, elle sut d’emblée de quelle gorge il provenait et demanda :

– Oui Seth ?

– Je crois que vous avez oublié quelque chose.

Oh Faiseurs ! Faites que ça ne soit pas ce à quoi elle pensait ! Lentement elle se retourna. Décidément ça n’était pas son jour. L’elfe s’était avancé et avait apparemment ramassé quelque chose qu’elle venait de faire tomber. Il faisait tourner ce quelque chose autour de son doigt la regardant droit dans les yeux et luttant contre le rire qui menaçait de franchir ses lèvres. Et ce quelque chose c’était son sous-vêtement ! Que Mythal la protège.

Derrière lui son père faisait, semble-t-il, une attaque d’apoplexie, soutenu par un Galdor qui hésitait entre la stupéfaction et l’horreur. Là s’en était trop !

Rouge de colère, Noria se précipita vers lui, repris brusquement son bien et tourna les talons, suivi par le rire de Seth qui avait enfin réussi à franchir la barrière de sa bouche.

Il allait payer pour cet affront, oh oui il allait le payer …

 

Seth n’en avait pas cru ses yeux ! Une espèce de tornade blonde avait surgit d’une tente à moitié nue. En une fraction de seconde, ce petit bout de femme venait de pimenter son séjour ennuyeux, avec son clan tout aussi ennuyeux. Elle lui arrivait à peine au milieu de la poitrine et pourtant elle semblait prendre plus de place que tout le groupe réuni. Elle ressemblait à un petit rayon de soleil, en plus sexy, avec des formes juste là où il le fallait. Malheureusement l’espèce de couverture qui entourait son corps était bien trop épaisse pour ne faire que deviner ce qui se cachait en-dessous. Tout chez elle était doré, de ses cheveux mi-longs qui lui arrivaient aux épaules, à son teint légèrement hâlé prouvant qu’elle passait la plupart de son temps au soleil, jusqu’aux iris de ses yeux étirés, comme ceux d’un chat.

Il avait pris un malin plaisir à essayer de la déstabiliser, et sans le coup de pouce du sous-vêtement perdu, il n’y serait peut-être même pas arrivé. Elle semblait avoir de la répartie et lui paraissait cent fois plus intéressante que ces bouseux de Dalatiens.

Pour la centième fois au moins aujourd’hui il se demandait encore pourquoi il était revenu chez les Lavellan. Après ce qui s’était passé à Orlaïs il avait ressenti le besoin de changer d’air, de retrouver une certaine sérénité. Mais, après quelques mois passé avec son ancien clan, il s’ennuyait tellement qu’il était même prêt à prendre n’importe quelle mission. Tout sauf cet immobilisme qu’il avait déjà fui des années auparavant.

Mais finalement il n’était pas mécontent de ce voyage. Cette semaine allait vraiment être très intéressante.


Elle allait l’étriper ! Comment pouvait-elle être attirée par cet homme horripilant à souhait ! Elle fit passer sa rage sur le pauvre plaid qui avait préservé sa dignité et mit sa chemise, son corset et son caleçon. Elle enfila ses mitaines d’archère, une lui arrivait au coude tandis que l’autre s’arrêtait à son poignet. Elle bouillonnait tellement de rage qu’elle dû s’y reprendre à plusieurs fois pour nouer ses bottes. Un coup de peigne dans ses cheveux et voilà elle se sentait en pleine possession de ses moyens ! Elle savait que son apparence n’avait rien de très Dalatien mais elle s’en fichait pas mal. Son décolleté était trop généreux et pigeonnant grâce au corset. Elle avait fait confectionner ses vêtements par une talentueuse shem qui ne lui avait posé aucune question. Quand on était la septième enfant d’une famille on avait envie de sortir du lot.

Par habitude elle passa son carquois dans le dos, attacha sa petite dague à la cuisse et pris son arc. C’est de son pas chaloupé qu’elle se rendit dans la tente de l’Archiviste où les « puissants » des deux clans s’étaient réunis. Tout le monde était là évidemment. Et apparemment les deux clans avaient hâte de discuter. A priori le conflit entre les mages et les templiers ne les concernait pas mais les mages apostats commençaient à envahir leurs territoires, et leur venue n’apportait rien de bon, hormis la violence et les combats. Ils avaient entendu des rumeurs de Conclave et comptaient bien savoir ce que les Shemlens tramaient. Cette fois les Dalatiens ne resteraient pas passifs. Il avait été décidé que plusieurs elfes, sélectionnés parmi les deux clans partiraient espionner les évènements du Conclave. Seth et Noria faisaient partis des « heureux » candidats. Tous les deux avaient été volontaires.

D’ailleurs en parlant du loup, Noria pouvait sentir le regard appréciateur de Seth sur sa silhouette lorsqu’elle s’assit en face de lui à côté de son père. Tiens, tiens, ainsi donc elle n’était pas la seule à éprouver cette subite attirance. Le jeu était donc équilibré. Tant mieux. Noria n’était pas du genre à minauder où à aimer l’art subtil de la séduction. Quand elle voulait quelque chose elle le prenait tout simplement. Mais pour une fois elle sentait un adversaire à sa mesure. Et vu l’attitude de l’elfe à son égard, Seth ne devait absolument pas douter de son pouvoir de séduction. Elle avait envie de jouer ; elle le voulait à genoux, la suppliant de partager sa couche, ivre de passion pour elle, entre ses cuisses…

Par Mythal, elle espérait que personne n’avait remarqué la soudaine rougeur de ses joues. C’est dans ce genre de situation qu’elle se félicitait de ne pas avoir le teint de porcelaine de sa mère.

Comme s’il utilisait un sort pour lire dans ses pensées, Seth croisa son regard et lui offrit ce fameux sourire qu’elle décida d’appeler « Genoux Tremblants » parce qu’elle était certaine que s’il lui décochait ce fameux sourire alors qu’elle était debout, il y avait de grande chance que ses jambes ne la portent plus.

Mais enfin que lui arrivait-il ! Ça n’était pourtant pas la première fois qu’elle se trouvait face à un beau garçon. A bientôt vingt-cinq ans on ne pouvait pas franchement la traiter de pucelle inexpérimentée. Et pourtant elle ne pouvait s’empêcher de lire mille promesses dans ses yeux, et d’imaginer tous les endroits où elle voudrait qu’il pose sa bouche.

Elle se détacha de son regard magnétique et feignit l’ennui le plus profond. Mais elle pouvait encore sentir le regard de Seth sur elle. Bon sang cet homme n’avait donc aucune retenue, aucune tenue !

Il faisait beaucoup trop chaud dans cette tente confinée. Il fallait qu’elle s’aère l’esprit. Voyant que la discussion, de toute façon, ne requérait nullement sa présence elle en profita pour s’éclipser discrètement, sans remarquer la silhouette silencieuse qui l’avait suivie.

Chapitre suivant

Insomnie

Il était tard à Fort Céleste. Cela faisait maintenant quelques semaines qu’ils y étaient installés et Aerin ne s’y faisait pas encore. Elle avait passé sa vie dehors, à l’air frais. Dormir tous les soirs dans un grand lit, à la lueur d’une cheminée n’était pas pour lui déplaire mais elle n’y était pas encore habituée. Quand tout le monde était couché le soir, elle restait éveillée, attendant que le sommeil la trouve enfin.

Pour une fois, elle décida de mettre à profit ces heures d’insomnies. Elle sortit de ses appartements qui venaient d’être refaits à neuf. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi ils avaient décidé de commencer par sa chambre alors que le travail de reconstruction était colossal et certains endroits nécessitaient des réparations bien plus urgentes que sa chambre. Mais Joséphine avait été intraitable. Que diraient les gens s’ils savaient que l’Inquisitrice logeaient dans un taudis ? Aerin supposait qu’il devait y avoir une logique à tout ça, mais elle lui échappait complètement.

Ce soir elle décida de se rendre dans la bibliothèque qui était déjà bien pourvue. Elle avait repéré un ou deux ouvrages sur la magie qu’elle souhaitait lire, mais n’en avait pas encore eu le temps. Elle avait commencé sa formation de Mage des Failles mais ne s’y était pas encore vraiment attelée. Bien sûr, elle pourrait demander des conseils à Solas mais à la vérité, l’apostat l’intimidait beaucoup. Il semblait tellement sage, qu’à côté, elle se sentait bien idiote et ignorante. Pourtant elle avait beaucoup étudié, ayant toujours été fascinée par la magie. Mais ses connaissances ne semblaient jamais devoir égalées celles de Solas.

Doucement, pour ne réveiller personne, elle traversa le hall vide et plein de morceau de bois et de pierre. Elle n’avait jamais eu de maison en pierre avant mais elle devait avouer qu’elle se sentait plutôt bien dans cette imposante forteresse. Sans doute à cause de la magie elfique qui imprégnait les lieux, selon Solas.

« Non Aerin, ne repense pas à lui ». L’étreinte qu’ils avaient échangé dans l’Immatériel avait été à la fois magique, merveilleuse et tellement frustrante. Depuis qu’elle avait eu un aperçu de ses baisers, elle voulait goûter ses lèvres, elle voulait un vrai baiser. Mais depuis ce jour, il n’avait absolument rien tenté, et de son côté elle était bien trop intimidée pour ne serait-ce qu’oser le regarder dans les yeux.

Elle n’était pas comme cela d’habitude. Elle n’était pas du genre timide et se moquait plutôt de ce que les autres pouvaient bien penser d’elle. Mais avec lui, tout était différent. Elle cherchait ses regards, son approbation, sa fierté. Cela en devenait presque ridicule mais elle ne pouvait pas s’arrêter. Aucun homme ne l’avait encore regardé comme Solas la regardait. Comme une égale, une personne intéressante, il voyait au-delà de sa froideur, de sa barrière d’indifférence et de sa beauté physique. Et malgré elle, elle fondait comme neige au soleil. Chaque nouvelle conversation avec lui lui montrait de nouvelles perspectives, et l’enrichissait au plus haut point.

Elle ouvrit la porte de la rotonde et la traversa, admirant au passage les fresques peintes par Solas depuis leur arrivé. Elle toucha la peinture avec révérence, du bout des doigts. Elle leva haut la bougie pour admirer les nombreux détails.

Enfin elle monta les marches vers la bibliothèque et toujours sans bruit farfouilla dans les étagères pour trouver le livre qu’elle cherchait. Elle entendit soudain du bruit et se retourna vivement. Rien. Elle avait dû rêver, ou alors c’était l’un des soldats qui effectuait sa ronde habituelle. Elle haussa les épaules et chercha à nouveau. Enfin elle le trouva tout en haut d’une bibliothèque. Elle soupira. Evidemment jamais les choses n’étaient simples ! Elle monta sur un marchepied, mais là encore elle n’était toujours pas assez grande. Bon sang, elle n’était pourtant pas de petite taille, mais ces étagères étaient beaucoup trop hautes. En extension, sur la pointe des pieds, elle arriva enfin à frôler l’ouvrage. Une voix au timbre grave et légèrement ironique résonna alors :

– Comptez-vous volez votre propre bibliothèque, Inquisitrice ?

Surprise, Aerin sursauta violemment et manqua de peu de tomber. Aussitôt Solas fut à ses côtés, lui maintenant la taille. La chaleur des mains de l’apostat se propagea immédiatement à Aerin qui rougit violemment. Sous le coup de la frayeur et de la proximité physique de l’elfe, son cœur battit follement et elle posa une main apaisante sur sa poitrine.

– Mythal, vous m’avez fait une de ces peurs !

Solas sourit et lâcha ses hanches.

– J’en suis désolé Inquisitrice. Descendez, je vais vous attraper le livre que vous cherchiez.

Aerin s’exécuta et rougissant toujours, elle lui indiqua du doigt celui qu’elle voulait. Solas lui attrapa sans difficulté et encore une fois la jeune femme admira le physique hors du commun de l’apostat. Il était tellement plus grand et large d’épaules que les autres elfes qu’elle avait rencontrés. Brusquement elle se rendit compte qu’elle venait de parler à voix haute.

Solas lui sourit:

– Eh bien merci, je suppose qu’être plus grand et « large d’épaule » a ses avantages.

Solas lut le titre du livre, haussa un sourcil interrogateur et lui demanda :

– Vous vous intéressez à la Magie des Failles, Inquisitrice.

Maladroitement, Aerin essaya de lui répondre sans bafouiller.

– Euh oui. Depuis peu, en fait. Je la trouve assez fascinante et peu commune.

Solas lui offrit le petit sourire en coin, qu’elle avait appris à guetter.

– Oui c’est aussi ce que je pense. Voulez-vous de l’aide pour son étude ?

– Oh je ne voudrais pas vous ennuyer avec cela. Je saurai bien me débrouiller.

– Vous ne m’embêter jamais, Inquisitrice. Les moments passés avec vous sont toujours enrichissants.

« Mythal, Aerin, si tu oses encore rougir, il va te prendre pour une adolescente qui n’a jamais discuté avec un homme de sa vie. Reprends-toi ! »

Elle réussit à prendre sur elle et au lieu de colorer ses joues elle lui offrit également un sourire.

– Dans ce cas, avec plaisir.

Solas lui offrit alors sa main.

– Bien, descendons alors. Inutile de prendre ce livre. La Magie des Failles est plus intuitive que studieuse.

Aerin ouvrit des yeux ronds, mais instinctivement posa sa main dans la sienne :

– Vous voulez commencer maintenant ?

– Pourquoi pas ? Vous préféreriez peut-être que je vous aide à trouver le sommeil ?

Le faisait-il exprès ? Sachant ce qu’il s’était passé durant leur premier sommeil ensemble, Aerin se voyait mal, se balader à nouveau avec lui dans l’Immatériel.

– Non, non ! J’aime autant commencer!

Solas la guida au centre de la pièce. D’un geste de la main il alluma les quelques torches autour de la rotonde.

Il posa une fiole vide sur son bureau et fit recula la jeune femme de quelques pas.

– Nous allons commencer par un sort assez simple. Vous allez essayer de renverser cette fiole à l’aide d’un poing de l’Immatériel.

Aerin croisa les bras et haussa un sourcil, sceptique.

– N’y-a-t-il rien de plus facile pour commencer ?

Solas rit doucement.

– Vous vous en sortirez très bien.

Il se mit ensuite à lui expliquer la particularité de la Magie des Failles et Aerin écouta, attentive, posant des questions lorsqu’un concept lui échappait. Elle aimait apprendre et finalement Solas se montra un professeur patient et humble.

– Il est temps de passer à la pratique Inquisitrice. Vous savez quoi faire…

Aerin se mit bien face à la fiole et se concentra. Elle monopolisa une belle quantité de magie et la guida vers l’objet de verre. Un « pouf » assez pathétique retentit mais ce fut bien tout.

Solas fit un petit bruit de gorge, essayant de camouflant son rire. Contrariée de ne pas avoir réussi du premier coup, Aerin fit la moue.

– Très belle conviction Inquisitrice, mais comme je vous l’ai dit, la Magie des Failles est intuitive. Vous réfléchissez beaucoup trop lorsque vous lancez un sort.

Il passa derrière elle, beaucoup trop près à son goût et guida sa main, lui prenant le poignet. Son souffle titilla le bout de son oreille. Elle ferma brièvement les yeux.

– Détendez-vous, Inquisitrice. Ressentez l’énergie vous envahir. Lorsqu’elle vous parcourt les doigts, alors vous savez que vous pouvez la libérer. La sentez-vous ?

Aerin souffla.

– Oui.

Elle fit comme il lui indiquait et libéra sa magie au bon moment. Malheureusement sans guère plus de résultats. Néanmoins ils purent distingués une vague forme de main se matérialiser devant eux.

Solas ne bougea pas.

– Très bien, Aerin. Vous venez de faire un pas de géant. Continuez.

Aerin essaya de se reconcentrer et après quelques essais toujours infructueux, elle soupira de frustration.

– Inutile, je crois que cela suffit pour ce soir.

Gentiment, l’apostat insista.

– Essayez encore une fois. Je vais accompagner votre mouvement.

Pour lui faire plaisir elle s’exécuta. Elle remobilisa sa magie et sans grande conviction ni grande concentration elle laissa s’échapper sa magie guidée par la main de l’apostat. A sa grande surprise, un poing parfaitement formé se matérialisa, parcourut la courte distance entre elle et le bureau et renversa avec fracas la fiole qui s’écrasa sur le sol de pierre.

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©Lowenael

Les yeux pétillants, le sourire aux lèvres, elle tourna la tête vers lui.

– Avez-vous vu ? J’ai réussi !

Le visage assez proche du sien, Solas lui sourit et posa un regard plein de fierté sur elle. Aerin se trouva alors prisonnière de ses yeux. Il se trouvait toujours très proche d’elle, l’autre main de l’apostat avait trouvé son chemin sur sa hanche et elle n’avait qu’à avancer légèrement la tête pour l’embrasser.

Leurs visages avaient retrouvé leur sérieux, les yeux dans les yeux, le souffle légèrement saccadé. Aerin ne pouvait se détacher de lui et sincèrement, elle pensait que le mage s’en chargerait pour elle. Mais Solas ne fit pas mine de bouger non plus. Soudain, elle la vit. La lueur qu’il avait eu juste avant de se détourner d’elle dans l’Immatériel. Un soupçon de honte et de douleur mélangée. Il allait reculer, aussi sûrement qu’il l’avait fait la première fois. Alors Aerin bougea instinctivement, comme pour le retenir, et posa sa main sur sa joue. Manifestement, cela fonctionna puisqu’il ne recula pas mais au contraire se pencha vers elle. Lentement, très lentement, leurs lèvres se frôlèrent, dans une caresse aérienne, presque trop légère. Puis, à force de se chercher, elles se trouvèrent et se pressèrent avec plus d’insistance l’une contre l’autre. Les lèvres de Solas étaient encore meilleures que dans ses rêves, douces et fermes, brûlantes et froides, pleine de passion et de retenu. Mais s’il n’approfondissait pas son baiser, elle allait certainement en mourir de désir inassouvi. Enfin, après quelques minutes de simples baisers, il lui mordilla doucement les lèvres, demandant la permission d’aller plus loin. Avec un gémissement de plaisir, Aerin se tourna tout à fait vers lui et passa ses bras autour de son cou, une main contre l’arrière de son crâne. Elle s’ouvrit à lui et découvrit un nouveau seuil de plaisir, lorsque la langue de Solas envahit sa bouche, l’explorant, la cherchant, la titillant. Ne voulant pas rester inactive Aerin se battit pour la domination du baiser et finalement obtint ce qu’elle désirait, l’accès à sa bouche. Elle en dégusta le moindre recoin, faisait à son tour gémir le mage.

Les mains de Solas s’étaient sagement ancrées dans son dos, bien trop sagement au goût d’Aerin. Elle voulait les sentir partout sur elles. Heureusement, comme s’il lisait dans ses pensées, l’une d’elle remonta sur sa nuque et se perdit dans ses longs cheveux blonds, lui maintenant la tête dans un angle parfait pour continuer de l’embrasser, alors que sa deuxième main glissa plus bas et vint flatter la rondeur de ses fesses.

Le baiser qu’ils échangeaient n’avait rien de comparable avec celui dans l’Immatériel. Il était plus sauvage, plus demandeur, plus exigeant, plus urgent.

Elle allait avoir besoin de toute la force de Mythal et de Falon’Din réunit pour arrêter maintenant. Son corps était en feu et plus le baiser s’approfondissait plus la chaleur semblait se diriger entièrement vers son bas-ventre. Décidemment cet elfe bouleversait tout son univers. Jamais elle ne s’était sentit ainsi. Elle avait déjà ressenti du désir, bien sûr, elle n’était pas une sœur chantriste et malgré ce que certains dans son clan disaient derrière son dos, certains hommes n’avaient pas refusé de partager sa couche. Mais avec Solas, ce désir atteignait un niveau presque effrayant.

Après de longues minutes, leurs bouches se séparèrent enfin. Hors d’haleine, les yeux fermés, front contre front, ils prirent le temps de retrouver leurs esprits.

Elle ne voulait pas briser la magie de l’instant mais elle se mordilla doucement la lèvre inférieure et demanda doucement.

– Dites-moi que nous ne sommes pas dans l’Immatériel ?

Solas rit.

– Non, je vous assure que nous n’y sommes pas.

– Bien, tant mieux.

Solas s’éloigna alors lentement d’elle. Il prit sa main dans la sienne et lui en baisa le dos.

– Pardonnez-moi Aerin. Je n’aurais pas dû.

Décontenancée, la jeune elfe lui demanda, hésitante :

– Pourquoi ?… N’avez-vous donc rien ressenti ?

Solas la regarda droit dans les yeux, une lueur étrange dans le regard.

– Au contraire, Inquisitrice. Bien au contraire.

Il recula d’un pas et reprit son masque d’apostat mystérieux.

– Si vous le souhaitez nous pouvons continuer votre entrainement durant quelques semaines, Inquisitrice.

Aerin était un peu perdue. Il y a encore une minute elle était dans ses bras et ils s’embrassaient à perdre haleine et maintenant il se comportait comme si rien ne s’était passé. Personne ne pouvait brider ainsi ses sentiments. Pourtant Solas semblait très bien y arriver. Elle commença :

– Mais…

Elle abandonna vite l’idée de discuter de ce qui venait de se passer avec lui. Son visage était complètement fermé et son langage corporel indiquait clairement qu’il ne souhaitait aucunement s’attarder là-dessus.

Elle croisa ses bras haut sur la poitrine, les frictionnant alors qu’un frisson traversa son corps privé de chaleur. Elle se sentait presque furieuse d’avoir été rejetée ainsi pour la deuxième fois. Alors elle réagit comme elle le faisait toujours, elle remit sa barrière de glace autour d’elle et hautaine elle releva le menton sifflant d’une voix glaciale.

– Je vous remercie Solas, ça ne sera pas nécessaire. Joséphine m’a, de toute façon, trouvé une enseignante. Je vous remercie de m’avoir consacré votre précieux temps.

Solas s’inclina légèrement.

– Je suis à votre disposition lorsque vous le souhaitez, Inquisitrice.

– Bonne nuit Solas.

– Bonne nuit Inquisitrice.

Aerin sortit de la rotonde, le cœur lourd.

Entre deux gorgées

Entre deux gorgées

Le soir était tombé sur les collines des Marches Solitaires. Quatre agents de la toute nouvelle Inquisition avait monté un petit campement improvisé, uniquement composé de sacs de couchage disposés en cercle autour d’un feu. Les discussions étaient animées, surtout entre Cassandra et Varric qui semblaient passer leur temps à se chamailler. La Chercheuse prônait le sens du devoir et du sacrifice pour leur noble cause lorsque le Messager d’Andrasté la coupa net dans son discours.
– Rien ni personne ne vaut la peine qu’on se sacrifie.
Le ton sec et l’air lointain de Seth trahissaient son amertume.
– Laissez-moi deviner, Aimable, vous avez été trahi par une personne en qui vous aviez confiance et pour qui vous aviez tout abandonné ? Par un grand amour peut-être ? Elle est partie avec votre meilleur ami après avoir revendu tous vos biens ? Supposa Varric, l’esprit toujours rempli de récits hauts en couleurs.
– J’aurais préféré.
– Là, mon garçon, vous en avez trop dit ou pas assez.
– L’enfoiré de l’histoire, c’était moi.
– Ha ! Intéressant ! Il y avait une femme ? Il y a toujours une femme dans ce genre d’histoires.
– Varric, s’il vous plaît, soupira Solas.
– Vous savez quoi ? Laissez tomber.
Seth fit mine de se lever mais fut rattrapé par la main de Varric qui s’était rapidement posée sur son épaule, le forçant à se rasseoir.
– Alors là, l’Elfe, il n’est pas question qu’on vous laisse filer sans en savoir plus !
Le nain lui resservit un godet de vin en l’encourageant à leur raconter toute l’histoire. Seth se résigna à leur confier ce qu’il avait sur le cœur.
– C’était il y a quatre ans, la vie plan-plan des Dalatiens ne me convenait pas, j’avais donc quitté mon clan pour chercher du boulot à Orlaïs. J’ai galéré des semaines sans rien trouver, puis un jour j’ai entendu des rumeurs à propos d’un groupe qui cherchait quelqu’un pour une mission spéciale. Je me doutais que l’affaire n’était pas claire, mais tout ce qui comptait pour moi c’était la forte récompense promise. Je suis rentré en contact avec eux et il s’est avéré que les types en questions préparaient un gros coup.
– Coup d’état ? Enlèvement avec rançon ? Cambriolage ?
– Cambriolage.
– Bingo ! S’exclama Varric, triomphant.
– Et vous y avez participé ? Demanda Cassandra avec une certaine appréhension.
– Oui.
La Chercheuse désapprouva grandement. Elle qui était déjà déçue par le caractère difficile du Messager d’Andrasté, apprendre maintenant qu’il avait, en plus de cela, un passé criminel… C’en était trop. Cassandra vida son verre d’une traite, puis ordonna à Varric de la resservir. Une ambiance pesante s’était installée autour du feu de camp. Chacun regardait le contenu de son godet. Solas rompit le silence.
– Avec tous les préjugés dont ils font l’objet, il n’est pas aisé pour les elfes, qui plus est dalatiens, de trouver du travail en ville.
– C’est vous qui parlez de préjugés sur les Dalatiens ? Ironisa Seth.
– Justement, en toute humilité, je me considère comme une personne ouverte d’esprit et philanthrope, pourtant…
– « En toute humilité », hein ?
– Pourtant, reprit posément Solas, je me méfie d’eux. Alors, les humains d’Orlaïs… Il n’est pas étonnant que vous n’ayez trouvé du travail que dans l’illégalité.
– Ne lui cherchez pas d’excuse, Solas, intervint Cassandra. En faisant des efforts, il aurait pu se faire engager comme domestique par n’importe quelle famille aisée.
– Laissez finir le petit, Chercheuse. Quelque chose me dit que cette organisation de cambriolage n’est que le lancement d’une intrigue bien plus passionnante, devina Varric, une lueur d’excitation mêlée de curiosité dans les yeux.
– Je me suis bien fait engager par une riche famille, mais comme garde du corps. Le plan était que je gagne la confiance du patriarche pour qu’il me laisse un double des clés de son bureau où se trouvait un énorme coffre fort rempli d’or. D’après nos informateurs, la deuxième personne qui connaissait la combinaison de ce coffre n’était autre que sa fille, Encia. J’étais donc aussi chargé de lui soutirer cette information… en douceur. Par chance, la demoiselle était jeune et naïve, du genre à tomber rapidement amoureuse, vous voyez. Et dès notre première rencontre, j’ai senti que je lui plaisais.
– « En toute humilité », plaisanta Solas, tandis que Cassandra laissait s’échapper son râle caractéristique.
– C’était une opération délicate, les types qui m’avaient engagé le savaient et ils étaient prêts à la laisser s’étaler sur plusieurs mois pour assurer son succès. Dans un premier temps, je me suis concentré sur mon boulot de garde du corps du père. Je voulais d’abord m’attirer sa confiance, chose impossible si j’avais directement fait du charme à sa petite princesse. Nous avions pourtant innocemment commencé à sympathiser. Mais le peu d’attention et de gentillesse que je lui apportais lui montaient déjà à la tête.
Seth marqua une pause pour vider son verre cul-sec. Il avait les mains crispées sur son godet et un regard grave dans lequel dansaient les reflets du feu de camp. Ses compagnons s’échangèrent des regards hésitants, voulurent lui dire qu’il pouvait s’arrêter si c’était trop dur pour lui de continuer, mais chacun se tut, avide d’en apprendre davantage. Le Messager reprit la parole après quelques minutes qui leur semblèrent interminables, tant ils étaient suspendus à ses lèvres.
– Au bout de deux mois, j’avais enfin le double des clés du bureau, il ne me restait plus qu’à obtenir la combinaison du coffre. Je suis donc passé à la vitesse supérieure avec Encia. Fleurs, cadeaux, déclaration… Elle marchait à fond. Elle inventa même une fausse histoire de menaces d’enlèvement pour que son père me confie sa garde nuit et jour. L’ennui, c’est que pour palier à mon absence, il engagea quelqu’un d’autre pour assurer sa propre sécurité. Un type malin, en plus d’être balaise. Le plan était compromis, mais je voulais risquer le tout pour le tout. Une nuit, je profitais qu’Encia soit en totale confiance après l’extase pour lui soutirer l’information. J’attendis qu’elle s’endorme pour me rendre dans le bureau de son père. Je m’y introduisis, mais j’eus à peine le temps d’ouvrir la porte du coffre qu’elle se referma violemment, manquant de peu de me sectionner les doigts. C’était ce molosse de nouveau garde du corps ! Il avait entendu les rumeurs du cambriolage circuler… Et il avait vu clair dans mon jeu. Il était donc resté monter la garde dans le bureau pour confirmer ses doutes. Il me sauta dessus comme un chien enragé, son arme tendue vers moi, prêt à m’éventrer.
Seth marqua de nouveau une pause pour se resservir du vin.
– Mais vous le faiites exprès ?! S’écria soudainement Cassandra au bord de la crise de nerfs, faisant sursauter l’elfe qui en renversa son verre par terre. Vous ne pouvez pas vous arrêter au beau milieu d’une action aussi intense !
Lavellan ramassa lentement son godet et le fit remplir par Varric. Son regard était maintenant empli d’une immense tristesse, une expression de profonde culpabilité que Solas pouvait reconnaître entre mille.
– Mais, ce chien enragé n’avait pas remarqué sa jeune maîtresse qui m’avait suivi en secret… Encia fit rempart de son corps et se prit le coup à ma place. La surprise de sa diversion désarçonna mon agresseur, ce qui me permit de lui lancer ma dague en plein face, le tuant sur le coup. Encia, elle, baignait dans son sang mais était toujours consciente. Je me précipitais sur elle en lui criant « T’es folle ! Pourquoi t’as fait ça ?! »… Elle me caressa la joue en me souriant… Je connaissais sa réponse. Elle ne méritait pas ce sort, tout comme je ne méritais pas son amour et encore moins son sacrifice.
La gorge nouée, Seth baissa la tête et se la prit dans les mains.
– Elle est morte pour un mensonge.
Varric lui passa la main sur l’épaule en signe de compassion. Voyant l’état du Dalatien, il s’en voulait d’avoir insisté pour qu’il se mette à table.
– Allons, mon garçon. Vous savez ce qu’on dit, le passé, c’est le passé. Vous n’y pouvez plus rien, alors ne le laissez pas vous ronger.
Le silence envahit de nouveau le petit campement de fortune. Solas attisait doucement les braises à l’aide de son bâton, prenant garde à ne pas trop le brûler. Cassandra avait la mâchoire serrée, son sens de la justice mis à rude épreuve. Cependant, elle ressentait la détresse qu’avait engendré ce souvenir pénible et n’avait pas le cœur à accabler Lavellan davantage. Seth s’allongea dans son sac de couchage en tournant le dos au feu.
– Rien ni personne ne vaut la peine qu’on se sacrifie. Surtout pas moi. Alors, Messager de mes fesses ou pas, occupez-vous des vôtres.

Chapitre 1 – Une nouvelle vie

Cela faisait maintenant un mois que Leena avait été transférée dans le cercle de Férelden. Heureusement, elle savait s’adapter à toutes les situations et rapidement elle avait fait connaissance avec ses voisines de chambrée. Les trois jeunes femmes étaient toutes très différentes, et si parfois leurs gloussements et leurs cancans l’ennuyaient, elle arrivait globalement à bien s’intégrer. Comme tous les nouveaux venus, elle avait été assignée au rangement de la bibliothèque, jusqu’à ce que le Premier Enchanteur lui trouve une nouvelle tâche, à la hauteur de ses capacités.

Un jour, alors qu’elle profitait d’une pause bien méritée, elle s’installa avec ses trois camarades à une table d’étude. Evidemment, au lieu de se plonger dans les livres, elles préféraient se murmurer les derniers ragots qui courraient. Leena les écoutaient d’une oreille distraite et, le regard un peu vague, parcourait la bibliothèque des yeux. Soudain, un homme entra dans la pièce, paré de vêtements amples qui ne laissaient rien paraître des formes de son corps. La jeune femme l’avait déjà remarqué. Séduisant pour qui aimait le type rat de bibliothèque, il avait surtout un regard saisissant. Même s’il semblait gentil, il ne parlait quasiment à personne et était toujours en retrait par rapport aux autres. Leena ne l’avait vu qu’à la bibliothèque où il se retirait dans un coin bien isolé et à l’abri des regards, pendant des heures, sur un bureau près d’une haute fenêtre.

Lorsqu’il passa près des jeunes femmes, celles-ci se turent soudain, jusqu’à ce que l’une d’elle, la brune Rosalyne, s’enhardisse à lui adresser la parole :

– Bonjour Azel !

Le jeune homme tourna la tête vers elle, comme s’il semblait surpris de découvrir du monde ici. Il adressa au groupe de filles un léger regard de reproche puis s’en alla ensuite rapidement, sans dire un mot. Leena était très surprise. D’un part c’était tout de même un peu impoli de ne pas répondre à une simple salutation et puis à sa place tous les autres hommes qu’elle avait connu dans les Cercles auraient saisi l’occasion de flirter avec elles. Mais, pas lui. C’était comme si on l’avait subitement arraché de ses rêveries et qu’il ne souhaitait qu’y retourner.

Lorsqu’il fut hors de vue, Maya, une grande blonde au physique un peu ingrat, soupira :

– Créateur, qu’il est beau !

Rosalyne la reprit aussitôt :

– Ne rêve pas, c’est moi qu’il a regardée !

Sana, l’elfe du groupe, fit une grimace.

– Franchement je ne sais pas ce que vous lui trouvez, il fait simplement du fayotage auprès du Premier Enchanteur pour récupérer sa place un jour.

Leena qui l’avait aussi suivi des yeux, un peu malgré elle, leur demanda :

– Qui est-ce exactement ? Il semble si… renfermé.

Maya s’empressa de lui répondre, se penchant légèrement, comme une conspiratrice. Les autres suivirent le mouvement. En roulant des yeux, Leena fit de même pour entendre quelque chose.

– C’est Azel ! Il est dans le Cercle depuis… depuis toujours non ?

Rosalyne confirma :

– Oui il est né ici je crois.

Maya continua :

– Bref, personne ne sait vraiment grand-chose sur lui, il est très mystérieux, le nez toujours fourré dans les livres. Il a passé l’épreuve en moins d’une minute. La magie semble être toute sa vie, et il est exceptionnellement doué. Il semblerait qu’il n’ait jamais eu de … relation. Même si beaucoup de filles s’en vantent. Elles mentent !

Elle tapa légèrement du poing sur la table.

Sana répliqua :

– Tu oublies cette histoire avec la templière.

Rosalyne persifla :

– Tu sais très bien que cette immonde femme l’a sûrement forcé et a abusé de lui.

Leena demanda :

– Attendez de quoi vous parlez ?

Maya se pencha encore plus :

– Cela remonte à quelques mois, et nous n’avons que la version officielle qui évidemment ne donne pas les détails sur ce qui s’est réellement passé. Ce qui est sûr, ce que cette templière lui tournait autour depuis quelques temps et de façon assez peu subtile. Elle était toujours derrière lui, à le suivre comme un petit chien, à le toucher dès que possible, sans jamais se faire prendre bien sûr ! De plus il a reçu quelques « cadeaux » pendant ces moments. Pour le reste, tout ce que l’on sait, c’est que quelques semaines plus tard cette templière a été renvoyée, non seulement du Cercle, mais aussi de l’Ordre des Templiers. Elle a été envoyée chez les Gardes des Ombres. Personne ne sait ce qu’elle est devenue. Mais pour se faire ainsi jeter, elle a du faire quelque chose d’innommable. Depuis, Azel est encore plus distant avec tout le monde et spécialement les femmes.

Sana précisa :

– Il s’agit de ta version des choses. Moi j’ai entendu dire que c’est lui qui lui tournait autour et qu’il a profité de son physique avantageux pour la séduire. Elle est devenue son esclave sexuelle et ne pouvait rien lui refuser. C’est pourquoi il a reçu autant de « cadeaux ». Il a bien profité de cette situation et quand il en a eu assez, il l’a dénoncée pour lui échapper. C’est un homme dangereux qui cache une âme noire derrière un visage d’ange !

– N’importe quoi !

Leena laissa les trois amies débattre, elle devait se remettre au travail. Mais elle était maintenant très intriguée. Elle ne connaissait pas la vérité, mais elle avait du mal à le voir comme quelqu’un de mauvais.

Elle eut tellement de travail l’après-midi qu’elle n’eut pas l’occasion d’y penser plus avant. Et lorsqu’elle crut en avoir enfin fini, elle eut une très mauvaise surprise. La responsable de la Bibliothèque, Edwina, lui donna, à la dernière minute, une énorme pile de livres à ranger, provenant directement du bureau du Premier Enchanteur Irving. Evidemment elle ne pouvait pas refuser et c’est avec une pointe d’envie, qu’elle vit les autres mages sortir de la grande salle, petit à petit, jusqu’à se vider complètement.

Seule, des mèches folles et bouclées s’étant échappées de son chignon serré qui encadrait son visage, sans doute recouvert de poussière, la jeune femme jeta un regard assassin à la haute pile qui lui restait encore à ranger. Elle soupira bruyamment puis se remit à la tâche. Cela faisait déjà plus d’une heure qu’elle était seule et pourtant la pile ne semblait pas vouloir descendre.

Quelques livres en mains, elle se faufila entre les étagères et au détour d’une allée se trouva nez à nez avec un retardataire dont elle n’avait même pas sentit la présence. Le fameux Azel. Par miracle, elle réussit à garder tous les livres en main, mais ne put empêcher un petit cri de surprise de s’échapper de ses lèvres.

– Créateurs ! Non, mais ça va pas de faire des peurs pareilles aux gens ! Je croyais être toute seule depuis des heures !

Le jeune homme semblait tout aussi surpris qu’elle.

– Je ne suis désolé. D’habitude je suis le dernier à partir. Je pensais être seul depuis longtemps.

La jeune mage souffla sur la mèche qui tombait devant ses yeux.

– Ça aurait été le cas si le Premier Enchanteur n’avait pas décidé de rendre les livres qu’il a empruntés depuis des années, juste aujourd’hui ! Et évidemment la Responsable Edwina veut que tout soit rangé pour demain matin.

Avec un petit sourire, elle ajouta :

– Je suis désolée de t’avoir crié dessus, j’ai vraiment eu peur. Je suis Leena, je suis arrivée…

– …il y a un mois. Je sais. Il n’y a que les nouveaux qui se font tyranniser par Edwina.

Leena grimaça :

– Ravie de savoir que je ne suis pas sa seule victime !

Azel lui sourit, allumant une petite lueur malicieuse dans ses yeux. Leena eut comme un coup au cœur. Etait-il possible d’être aussi séduisant sans chercher à l’être ?

– Je m’appelle Azel.

Après un moment d’hésitation, il lui proposa :

– As-tu… besoin d’aide ?

Le sourire de Leena s’étira d’une oreille à l’autre.

– Vraiment tu ferais ça ? J’avoue que ça m’aiderait beaucoup d’avoir à mes côtés quelqu’un qui connait bien les lieux.

Il jeta un coup d’œil aux livres qui se trouvaient déjà dans sa main.

– Je vois ça. D’autant que ceux que tu portes se rangent dans une section qui doit être visitée une fois par an, grand maximum. Donne-les moi je m’en occupe.

– Merci Azel, tu me sauves la vie.

Il rit.

– Tu n’exagères pas un tout petit peu ? Il ne s’agit que de livres.

– Non il s’agit d’une montagne de livres qui aurait bien finit par me dévorer !

Le jeune homme secoua la tête, le sourire toujours aux lèvres, puis s’éloigna la pile de livres à la main.

Ils travaillèrent de concert pendant encore deux bonnes heures pour venir à bout de tout le rangement. La nuit était tombée depuis longtemps, rendant leur travail d’autant plus difficile. Azel était très silencieux, concentré sur sa tâche de sorte qu’elle ne réussit pas vraiment à éclaircir le mystère que représentait le mage. Epuisée d’avoir parcouru autant de kilomètres dans cette énorme pièce, Leena, assise sur une table, les jambes ballottant doucement, attendait qu’Azel finisse la dernière pile. Enfin il réapparut au détour d’une allée et vient s’appuyer sur le meuble à côté d’elle, en poussant un soupir.

– Voilà ! Je crois qu’on en est venu à bout.

– Et tu es mon héro ! Sincèrement si tu as besoin de quoi que ce soit, dis le moi. J’ai une dette envers toi !

Le jeune homme haussa les épaules.

– Ça n’est rien. Ici c’est comme ma maison, je connais tous les recoins par cœur.

– Tu as été séparé de ta famille jeune ?

– Je suis arrivé ici alors que je n’avais que quelques mois.

– Vraiment ?

Elle tourna son visage vers lui et remarqua une toile d’araignée, prise dans ses cheveux, près de sa tempe. Elle leva la main pour la lui retirer. Mais lorsque le jeune homme vit sa main se rapprocher de son visage il recula brusquement la tête, une lueur presque menaçante dans le regard. Surprise, Leena retira lentement sa main.

– Je… tu as une toile d’araignée dans les cheveux, juste là. Je voulais simplement te l’enlever.

– Oh merci.

Il retira la toile lui-même. Mal à l’aise, la jeune femme, se remit sur ses pieds et épousseta le bas de sa robe.

– Encore merci pour ton aide. Je vais me coucher, je suis épuisée. Mais je ne plaisantais pas lorsque je te disais que j’avais une dette envers toi. Si tu as besoin de moi je suis là !

Après un dernier sourire, elle se détourna. De loin, elle l’entendit tout de même murmurer :

– Je tâcherai de m’en souvenir.

Leena décida de garder pour elle le temps passé avec Azel. D’une part parce qu’il ne s’était rien passé, et d’autre part parce qu’elle avait l’impression d’avoir partagé avec lui un moment privilégié, hors du temps, spécial. Les adjectifs ne manquaient pas. En tout cas elle était de plus en plus sceptique sur la théorie du Azel machiavélique mais elle était loin d’être une jeune fille naïve et savait qu’il était dangereux de faire confiance trop vite.

Les jours précédents, elle ne fit que le croiser très brièvement, le temps de s’échanger une salutation et un sourire. Un jour où elle ne le vit pas entrer, elle se mit à s’inquiéter. Il venait tous les jours à la bibliothèque et très tôt en général.

N’y tenant plus, vers l’heure de midi, elle se dirigea vers le coin où elle était, habituellement, sûre de le trouver. Elle accéléra le pas, s’attendant à trouver sa table d’étude vide. Mais non il était bien là. La tête appuyée contre ses coudes, posés sur le bureau, le jeune homme était profondément endormi. Quelques mèches noires, plus courtes, lui tombaient devant les yeux et sa poitrine se soulevait légèrement au rythme de sa respiration tranquille. Leena devina qu’il devait être là depuis la veille et s’était endormi pendant son travail, le nez dans les parchemins.

Sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller la jeune femme alla lui chercher un petit encas et une tasse de thé.

Sa supérieure, Edwina, lui lança un regard suspicieux. Leena haussa les épaules et articula lentement « Petite pause déjeuner ». La vieille femme roula des yeux et haussa les épaules. Elle lui fit ensuite un geste de la main, l’incitant à se trouver un coin à l’abri des regards. Elle détestait que les mages mangent près de ses précieux livres mais comme le règlement de l’interdisait pas, elle n’y pouvait pas grand-chose, à son grand dam.

Rapidement, la jeune femme se faufila jusqu’au mage endormi. Elle repoussa les nombreux papiers et livres qui recouvraient l’intégralité du bureau pour faire de la place à la tasse de thé et à la collation qu’elle avait amenée.

Avec prudence elle posa une main sur l’épaule du jeune homme et le secoua légèrement. Celui-ci se réveilla en sursaut, les cheveux en bataille et les yeux agrandis par une émotion difficilement déchiffrable et encore brumeux de fatigue. Voilà une vision séduisante qui n’était pas pour déplaire à la jeune mage. Il semblait un peu perdu et d’un mouvement d’épaule un peu brusque, il se redressa, échappant au contact de la main de Leena.

– Bonjour bel endormi ! Je t’ai apporté de quoi boire et manger un peu pour m’excuser de ce réveil un peu brutal.

Azel étira ses membres endoloris.

– Quelle heure est-il ?

– L’heure du service de midi au réfectoire. Tu as passé la nuit ici ?

Le jeune homme se passa une main lasse sur le visage et bailla.

– Oui. J’ai travaillé tard hier soir et je n’ai pas vu l’heure passée. Edwina a l’habitude.

Avec un petit sourire de gratitude, il prit la tasse de thé, en but une gorgée et attaqua le quignon de pain.

– Comme je ne t’ai pas vu ce matin, je me suis inquiétée et je t’ai trouvé endormi sur le bureau. J’ai pensé que tu serais bien mieux dans un lit pour rattraper tes heures de sommeil.

– Merci, c’est…gentil de ta part.

Après une pause de quelques secondes, il reprit :

– Tu t’inquiétais ?

Voilà qui était embarrassant ! C’est comme si elle avait ouvertement avoué qu’elle guettait son passage tous les jours.

– Oui enfin, façon de parler.

Elle jeta un coup d’œil curieux à ses notes et détourna rapidement la conversation :

– Qu’est-ce que tu étudies ?

Les yeux du jeune homme s’allumèrent soudain et il s’anima, devenant une toute autre personne.

– Je fais des recherches sur l’Immatériel.

– Oh, ça à l’air intéressant et risqué aussi.

– Pas si on s’y prend correctement. J’essaie de prouver qu’un mage exercé peut influencer l’esprit d’une personne quand celle-ci dort et donc parcourt l’Immatériel.

Intéressée Leena, remarqua :

– Cela me semble à la fois horrible et fascinant. Et alors, qu’as-tu trouvé ?

Le jeune homme soupira :

– Eh bien sur le papier, cela semble faisable, et j’ai trouvé des témoignages qui corroborent ma théorie, mais il me faudrait des preuves plus tangibles. Expérimenter sur un sujet consentant.

– Le Premier Enchanteur ne peut pas t’aider ?

– Malheureusement non. Il considère mes recherches un peu dangereuses. Il accepte que je continue mes études tant que cela reste sur le papier et que je ne les divulgue pas parce qu’il me fait confiance. Mais je ne pense pas qu’il autoriserait une vraie expérience là-dessus.

– C’est dommage mais je le comprends. Posséder ce genre d’emprise sur une personne pourrait s’avérer très malsain.

– Je le sais bien mais l’ignorance est à mon sens bien plus dangereux. La magie du sang vient d’expérimentations douteuses qui ont mal tourné et nous sommes démunis contre elle parce que nous ne savons pas précisément comment elle fonctionne et comment la contrer. Cela fait partie des sujets tabous. Je ne souhaite qu’anticiper les menaces pour mieux lutter contre elles. Mais évidemment mes idées ne plaisent pas à tout le monde.

– Je comprends ce que tu essaies de faire, même si je trouve ça étrange.

Soudain le jeune homme releva la tête et la regarda droit dans les yeux, la transperçant presque de son regard. Mal à l’aise, Leena dansa d’un pied sur l’autre.

– Quoi ? J’ai quelque chose sur le visage ?

Lentement Azel déclara :

– Tu as bien dit que tu me devais une faveur n’est-ce pas ?

Leena leva les mains devant elle et recula d’un pas.

– Oui, enfin je pensais plutôt à quelque chose comme te cuisiner tes plats préférés pendant une semaine, ranger ta chambre, ce genre de choses ! Pas de te donner accès à ma tête et à mes rêves.

Déçu, le jeune homme soupira :

– Oui, pardonne-moi, tu as raison, je ne peux pas te demander une chose pareille.

Et voilà, Leena se sentait maintenant coupable. Il n’avait pas hésité à l’aider quand elle avait eu besoin de lui et elle se trouvait incapable d’honorer sa dette.

– Bon, je… je veux bien y réfléchir. Je te donnerai ma réponse demain.

Azel lui sourit en retour.

– Merci Leena. J’attendrai ici.

La jeune femme avait cogité toute la nuit. Inexplicablement, elle avait confiance en lui, mais donner accès à son esprit n’était pas une décision à prendre à la légère, sur une simple intuition. Oh et puis qui croyait-elle tromper ? Elle était attirée par lui et voulait se rapprocher de lui, chose qu’elle avait plus ou moins réussit. Elle ne l’avait jamais vu aussi loquace que lorsqu’il parlait de ses recherches et ne semblait plus la regarder comme un simple fantôme, comme les autres. Et puis qu’elle le veuille ou non, elle avait une dette envers lui.

Elle le croisa, tôt le lendemain matin, dans la bibliothèque, mais ne put se résoudre à aller le voir tout de suite. Les heures s’égrainaient, l’heure du déjeuner passa puis le soleil commença à décliner derrière les vitres.

Finalement, la jeune femme ressembla autant de courage qu’elle le put et se dirigea à grands pas vers le coin de son bureau. Lorsqu’il la vit débouler devant lui, les poings serrés, les joues un peu rouges, il leva immédiatement les yeux vers elle. Elle s’appuya des deux mains sur le bureau et se pencha vers lui.

– D’accord ! Je suis d’accord ! Mais à mes conditions !

– Vraiment ? Merci beaucoup Leena, ces études sont très importantes pour moi.

Spontanément et emporté par un enthousiasme soudain, l’une des mains du jeune homme se posa sur la sienne et elle sentit comme un courant électrique la traverser. Ses doigts étaient longs et fins, sa main douce et chaude au contact, exempt des cals et des cicatrices des hommes qui l’avaient déjà touchée. Elle n’eut aucun mal à imaginer ces mains sur son corps nu. Mais son fantasme fut de courte durée parce qu’aussitôt qu’il remarqua son geste, il la retira, comme si ce simple contact l’avait brûlé.

Leena s’éclaircit la voix, encore troublée par son geste inattendu.

– Comme je le disais, j’aimerais émettre quelques conditions.

– Bien sûr tout ce que tu voudras.

– Je veux simplement ta promesse que tout ce qui se passera pendant ton expérience, restera entre nous et que tu ne t’en serviras jamais contre moi.

– Je t’en fais la promesse. A ton tour, tu dois me promettre de ne pas en parler. Tu es bien consciente de ce que cela implique n’est-ce pas ? Je vais essayer de m’immiscer dans tes rêves et les modifier.

– Oui je sais. Et je te le promets. Personne n’en saura rien. Sache juste qu’il m’arrive souvent de hum… faire des cauchemars.

– Tant mieux, je préfère rendre tes rêves agréables que le contraire.

Soudain parcourut d’un frisson, la jeune femme passa les bras autour de sa poitrine.

– Alors comment allons-nous procéder ?

– J’ai déjà l’endroit idéal. Je pensais que nous pourrions commencer cette nuit ?

Abasourdie, Leena répéta :

– Cette nuit ? Si vite ?

– Oui, enfin si tu es d’accord.

La jeune femme soupira bruyamment :

– Allons-y pour ce soir.

Azel lui adressa un sourire rassurant.

– Ne t’en fais pas tout ira bien. Au mieux pour toi, je n’arriverais à rien, au pire j’altèrerais très légèrement ton rêve. Me fais-tu confiance ?

Leena le regarda un instant dans les yeux.

– Étonnement oui.

Leena avait l’habitude de se faufiler dans le noir, et l’interdit ne lui faisait pas peur. Pourtant, ce soir-là, alors qu’elle se dirigea vers la salle qu’Azel lui avait indiquée, elle était rongée par l’angoisse. Même si elle possédait elle-même des pouvoirs magiques, elle était souvent mal à l’aise face à tout cela. Son enseignement avait été très tardif et elle se méfiait presque autant de la magie qu’une personne qui en était dépourvue.

Arrivée devant la bonne porte, elle inspira à fond pour se donner du courage puis entra, avant de pouvoir changer d’avis.

Elle fut accueillie par le sourire d’Azel et elle se dit qu’elle pourrait facilement s’habituer à le voir lui sourire ainsi. Cela n’apaisa pourtant pas le nœud qu’elle sentait dans sa gorge.

La pièce où elle venait de pénétrer n’était pas très grande et servait apparemment de débarras. Azel avait déplacé la plupart des meubles pour installer une couche de paille recouverte de couverture en laine et avait allumé quelques bougies pour éclairer la pièce.

– Je ne suis désolé de ne pas avoir trouvé mieux.

Leena s’approcha de lui et regarda sa future « couche » avec un peu de suspicion puis haussa les épaules :

– Oh c’est tout à fait charmant ! J’ai connu bien pire. Alors, qu’est-ce que je suis sensée faire.

Le jeune homme sembla soudain gêné mais finit par lui demander d’une voix légèrement enrouée.

– Tu devrais t’allonger.

Avec un petit sourire en coin, la jeune mage essaya de détendre l’atmosphère et s’exécuta. Elle défit son chignon pour qu’il ne la gêne pas.

– Si c’est une ruse pour pouvoir coucher avec moi, il y a des moyens plus simples tu sais !

Un flash traversa les yeux sombres d’Azel et ses traits se durcirent soudainement.

– Non pas de ruse de ce genre.

– Je sais. Désolée, c’est juste que je suis nerveuse. Bien ! Quelle est la prochaine étape ?

Le visage à nouveau plus détendu, il lui offrit un petit sourire ironique :

– Eh bien il faudrait que tu t’endormes.

– Oh ! Et tu as prévu une histoire à me raconter ? Parce que je ne suis pas sûre de pouvoir m’endormir si aisément.

Le jeune homme pris un verre en main et un bloc de feuille, puis il s’assied à ses côtés.

– Tiens, bois ça. Ça t’aidera à trouver le sommeil plus facilement mais ça n’est pas une drogue. Tu pourras te réveiller à tout instant.

Leena sentit le breuvage qu’il lui tendait puis le but d’un trait. Azel lui reprit le verre des mains et le posa. Les mains croisées sur le ventre, la jeune femme, tenta de se détendre.

– Si jamais tu arrivais à pénétrer dans mon rêve et qu’il devenait trop horrible, pourrais-tu…pourrais-tu me réveiller s’il te plait ?

– Evidemment. Ne t’en fais pas, tout se passera bien.

– Je le sais, c’est juste que, c’est un peu … intime de laisser l’entrée de son esprit à quelqu’un.

– Et je te suis extrêmement reconnaissant de ce cadeau.

Soudain, elle se sentit partir et une bouffée d’angoisse la saisit. Inconsciemment, elle chercha quelque chose à quoi se raccrocher et trouva la main d’Azel qu’elle serra fortement dans la sienne. Celui-ci lui tapota légèrement les doigts.

– Tout ira bien Leena, tout ira bien…

Elle ne sentit pas vraiment la transition entre la réalité et l’Immatériel, elle glissa tout simplement. Son rêve commençait plutôt bien. Elle était attablée avec toute sa famille, une famille qui semblait unie, avec son père et sa mère plus souriants qu’elle ne les avait jamais vu et ses quatre sœurs qui discutaient et riaient ensemble. Rien que ce détail aurait dû la mettre sur la bonne voie. Jamais ce genre de scène de s’était passée dans la réalité. Mais tout le monde semblait tellement heureux qu’elle n’y prêta pas attention.

Elle passait un bon moment avec eux quand soudain ses mains s’enflammèrent d’un coup. Des mains qu’elles contemplaient pour la première fois, les mains d’une enfant. Une enfant d’une dizaine d’années. Tous reculèrent et poussèrent un cri d’effroi. Sa plus jeune sœur se leva subitement et sortit de la pièce. Puis son autre sœur, jusqu’à ce qu’elles soient parties toutes les quatre. Leena aurait voulu les suivre mais elle se trouva soudain attachée à sa chaise par une longue langue de flamme qui s’enroula autour des accoudoirs. Ses parents lui jetèrent un profond regard de dégoût et la laissèrent seule. Elle lutta contre ses chaînes un moment, cria, supplia pour que quelqu’un l’aide. Puis apparut un homme. Plutôt jeune, grand, musclé, les cheveux châtain, il s’approcha d’elle avec un grand sourire, qui respirait la confiance en soi et la virilité. Il s’assit un moment à côté d’elle, lui caressa les cheveux de ses grandes mains et elle se sentit tout de suite mieux, plus en sécurité. Puis l’homme l’embrassa sur la joue, lui fit un petit sourire ironique et s’en alla aussi. Elle hurla pour qu’il revienne, qu’il ne la laisse pas seule mais il ne se retourna même pas. Lorsqu’il l’avait embrassé, elle s’était soudain senti grandir pour atteindre une taille adulte.

Elle était là, pathétique, seule, enchainée par la magie à cette chaise. Elle tempêta, pria pour qu’on la libère. Mais à la place le décor s’effaça doucement, comme si on le gommait petit à petit, la porte d’abord, la table, tout devient aussi noir qu’une nuit sans étoile et sans lune. Lorsque la noirceur l’atteignit, elle sanglota bruyamment. Le feu de ses mains s’arrêta.

Le silence et le noir complet autour d’elle. Entrecoupé par sa respiration laborieuse, paniquée et par ses pleurs. Elle avait froid maintenant, et claquait des dents. Elle voulait que ça s’arrête.

Soudain elle sentit une douce chaleur autour d’elle, puis une faible lumière l’entourer. Le décor ne réapparut pas entièrement mais la porte se matérialisa devant elle. Elle s’ouvrit brusquement pour laisser passer une silhouette d’abord indistincte. Elle s’approcha d’elle et la libéra de ses chaînes. Leena leva les yeux et rencontra deux pupilles sombres, emplies d’une humanité qu’elle avait rarement vu. Les contours de cette personne se firent plus nettes et elle reconnut une silhouette masculine qui lui tendait la main.

Elle ouvrait et fermait la bouche mais Leena ne l’entendait pas, et s’accrochait désespérément à la chaise. Elle ne savait pas qui il était et avait peur de le suivre. Brusquement elle retrouva l’usage de son ouïe.

– …entends Leena ? Je suis là tout va bien. Tu n’as qu’à prendre ma main et je mettrai fin à tout ça. C’est moi, Azel ! Il faut que tu te réveilles !

Azel ! Elle ne savait plus très bien qui il était mais ce simple nom lui redonna du courage et de la confiance. Elle prit sa main…

… et se réveilla en sursaut. Un cri étranglé lui échappa et elle se redressa d’un coup, tremblante, les joues striées de larmes. Elle tourna la tête vers l’homme à ses côtés, les yeux encore emplis d’effroi. Doucement le jeune homme leva la main et essuya une larme qui glissait lentement le long de sa joue. Un sanglot échappa à la jeune femme et elle se jeta dans ses bras. Les mains agrippées à sa tunique large, elle pleurait sur son épaule. Elle avait encore cette impression de ne plus exister, d’être seule au monde et avait besoin de se sentir vivante. Azel semblait trop surpris pour réagir mais finalement il passa les bras autour d’elle, maladroitement et frotta son dos en lui murmura des paroles qu’il espérait apaisantes. La chaleur du corps d’Azel et le ton de sa voix, plus que ses paroles, finirent par apaiser la jeune femme qui se contenta de se lover contre sa poitrine. Le menton callé contre les boucles de la jeune mage, Azel s’excusa :

– Pardonne-moi, je ne pensais pas que tes cauchemars étaient si pénibles. Et je suis désolé de ne pas avoir réussi à t’atteindre avant. J’ai eu du mal à …

Leena s’arracha à son étreinte, et les yeux encore brillants de larmes, mais un grand sourire aux lèvres, elle l’interrompit :

– Mais tu as réussi.

– Oui bien sûr, je le devais, je t’entendais crier au loin et je…

Soudain il sembla réaliser ce que cela impliquait et une main dans ses cheveux il souffla :

– Créateur j’ai réussi !

– Et du premier coup !

Un énorme sourire étira les lèvres du jeune homme et un rire lui échappa. Il avait un rire contagieux et qui réchauffa le cœur un peu meurtri de la jeune mage. Il répéta un peu plus fort :

– J’ai réussi, j’avais raison !

Il prit alors le visage de Leena en coupe et l’attira vers le sien, sans doute trop envahi par la joie pour se rendre compte de ce qu’il faisait.

– Et c’est grâce à toi ! Si tu savais comme je te suis reconnaissant de m’avoir fait confiance.

Stupéfaite, Leena ouvrit des yeux aussi grands que des soucoupes. Elle entendait à peine le jeune homme. Tout ce qu’elle voyait c’est ses lèvres qui bougeaient et ne faisaient que la tenter énormément. Tout ce qu’elle entendait c’était les fous battements de son cœur. Tout ce qu’elle sentait s’était les mains du mage sur son visage.

Prise d’une envie irrépressible et d’une impulsion, Leena se pencha brusquement et écrasa ses lèvres contre celle du jeune homme. Créateur que c’était bon. Ses lèvres étaient douces et sensuelles et lorsque sa langue pénétra dans sa bouche encore entrouverte par la stupéfaction, et toucha la sienne, un frisson de désir la traversa et finit directement sa course dans son bas-ventre. Pendant quelques secondes, quelques secondes magiques, le jeune homme lui rendit son baiser, attirant même son visage plus près encore, ses pouces caressant distraitement sa joue.

Puis il s’arracha brusquement à ses lèvres et la repoussa presque violemment. Leena poussa un gémissement de frustration et de dépit.

Les yeux écarquillés le jeune homme la dévisageait maintenant comme si elle avait fait quelque chose de terrible. Si bien qu’elle ressentit immédiatement le besoin de s’excuser.

– Désolée, je ne sais pas ce qui m’a pris, je croyais… je pensais…

Il retira les mains de son visage et se recula, évitant le regard de la jeune femme :

– Tu pensais mal. Ecoute, je ne t’en veux absolument pas. Je crois que cette nuit a été riche en émotions et que nous avons besoin de repos tous les deux. Viens.

Dans un silence total et gênant, il l’aida à se relever et souffla les bougies qui les entouraient. D’un geste de la main il convoqua un petit feu-follet qui les escortèrent. Il raccompagna la jeune femme aussi près du dortoir des filles qu’il lui était possible puis lui souhaita froidement bonne nuit.

Le reste de la nuit fut un calvaire pour Leena. Décidément, depuis qu’elle connaissait Azel, son sommeil en pâtissait beaucoup. Elle ne cessait de repenser à tout ce qui s’était passé. Ce cauchemar, d’abord, qui la harcelait depuis des années et qui ne voulait pas la laisser tranquille. A chaque fois les émotions qu’elle éprouvait étaient terrifiantes de réalisme.

Mais elle repensait surtout à ce baiser, aux sentiments qui l’avaient envahie lorsqu’elle avait compris qui venait l’arracher de ses chaines sur cette chaise maudite. Le goût des lèvres du jeune homme la hantait et son corps en réclamait plus. Mais elle sentait qu’elle était allée trop loin pour lui, dépassant les limites d’une amitié naissante. Elle aurait dû le fuir, lui et ses problèmes relationnels mais étrangement, cela l’attendrissait plus qu’autre chose et elle voulait lui montrer, lui prouver combien le contact physique pouvait être bon et doux.

Epuisée moralement, elle finit par s’endormir, une heure avant l’aube. Elle fut réveillée par la cacophonie des autres femmes qui avaient, elles, profité d’un bon sommeil réparateur. En grognant elle se leva, sachant pertinent qu’Edwina lui ferait payer tout retard. Elle s’habilla promptement et se précipita vers la bibliothèque. Elle n’avait pas faim ce matin. Elle se dirigea vers le comptoir qui était le sien, où elle commença à trier les derniers livres déposés, quand son regard tomba sur quelque chose d’inhabituel.

Avec mille précaution, elle prit en main la rose rouge qui était posée sur son bureau et porta la fleur à son nez. Elle inspira doucement le parfum entêtant et décrocha le petit mot qui y était attaché.

« Encore merci. Considère ta dette comme dûment payée. Azel. »

Un petit sourire flotta sur les lèvres de Leena, un sourire un peu triste. Si elle lisait correctement entre les lignes, il s’agissait certes d’un remerciement mais surtout d’un adieu. Il considérait qu’il n’avait plus rien à se dire. La jeune femme contempla la fleur rouge sang, le regard un peu triste. Elle s’en doutait, sans trop savoir pourquoi, elle savait qu’elle avait commis une faute.

Les journées passèrent lentement, dans un espèce de brouillard. Ses camarades virent bien que quelque chose n’allait pas mais Leena ne pouvait et ne voulait rien leur dire, prétendant que son travail à la Bibliothèque l’ennuyait profondément. Elle avait jeté un sort sur la rose qu’il lui avait offerte pour que jamais elle ne se fane, ni ne soit détruite ou écrasée. Elle embaumait encore son armoire à chaque fois qu’elle l’ouvrait.

Elle croisait encore Azel de temps en temps. A chaque fois, elle lui souriait, mais le jeune homme lui jetait à peine un regard et le sourire qu’il lui adressait parfois était crispé et légèrement forcé.

Elle aurait voulu oublier tout cela mais ses souvenirs ne lui laissaient aucun répit et c’était la nuit que c’était le plus dur. Ses cauchemars avaient presque disparus, remplacés par d’autres rêves. Des rêves de baisers enfiévrés, de corps nus enlacés, d’yeux sombres, voilés par le désir, les doigts de la jeune femme plongés dans une chevelure aussi noire que le charbon… Elle se réveillait maintenant pantelante de désir, son entrejambe pulsant au rythme effréné de son cœur. Parfois elle cédait au pulsion de son corps et aussi silencieusement que possible, elle se tournait vers le mur et glissait une main entre ses cuisses pour délivrer son corps de ce désir inassouvi. Mais évidemment ça n’était pas assez et elle en sanglotait presque de frustration. Elle envisagea même brièvement de prendre un amant mais elle savait que pas plus que sa main, un autre homme ne saurait satisfaire son désir.

Bon sang ! Elle n’avait pas complètement imaginé la réponse du jeune homme à son baiser. Elle savait, au plus profond d’elle même que pendant quelques secondes leur étreinte avait été partagée.

Un mois après l’expérience d’Azel, Leena n’en pouvait plus. Ses nuits étaient de plus en plus agitées, et elle se dit qu’elle n’avait plus rien à perdre. Un soir, alors que presque tout le monde avait déserté la bibliothèque, elle griffonna rapidement quelque chose sur un morceau de papier, le replia et prit la direction du bureau d’étude d’Azel.

Son cœur battait la chamade mais elle était bien décidée à ne pas reculer. Elle irait jusqu’au bout. Azel, la main sous le menton, contemplait pensivement l’extérieur à travers la grande vitre. Le soleil se couchait et jetait des reflets fauves dans ses cheveux noirs. Lorsqu’il la vit, il leva les yeux vers elle, surpris.

– Leena ? Quelque chose ne va pas ?

– Oui ! Ton indifférence ne me va pas ! Je ne sais pas pourquoi tu m’en veux autant. Ça n’était qu’un baiser ! Mon intention n’a jamais été de te blesser, c’est juste que tu es toi et je voulais simplement …

Elle détourna les yeux de son regard, si sombre qu’on pourrait presque s’y noyer et essaya de reprendre son souffle, de remettre de l’ordre dans ses idées.

– Ce que j’essaie de te dire, terriblement maladroitement, c’est que j’éprouve du désir pour toi. Un désir si fort que ça m’empêche de dormir la nuit. A chaque fois que je me repasse ce baiser, j’ai l’impression que l’espace d’une seconde, tu y as répondu, que tu le voulais autant que moi. Je sais qu’être près de moi, physiquement, te gêne mais je deviens folle à force de faire des conjectures.

Les doigts tremblants, elle déposa le morceau de papier sur son bureau et releva le menton pour rencontrer à nouveau son regard. Il avait la bouche légèrement ouverte par la surprise et la regardait tellement intensément qu’elle craignit pendant un instant de finir en petits tas de cendre à ses pieds.

– Alors voilà, je me lance parce que de toute façon je n’ai rien à perdre. Si jamais… si tu éprouves vraiment la même chose, si vraiment tu as aimé ce baiser autant que moi, alors retrouve-moi ce soir à l’endroit indiqué sur ce papier. J’attendrai… toute la nuit s’il le faut. Juste cette nuit. Si tu ne viens pas j’aimerais au moins que tu me parles à nouveau, que l’on puisse devenir amis peut-être. Voilà c’est tout ce que j’avais à te dire.

Sans plus rien ajouter elle se détourna et fila reprendre son poste, heureuse d’avoir enfin trouver le courage de lui dire ce qu’elle avait sur le cœur. L’attente jusqu’à ce soir allait être longue.

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